I. Voyelles atones en dehobs des cas d'hiatus
a. VoydUs posttoniques, § 26
1. D'après la règle même de l'accentuation latine, la posttonique ne peut occuper que deux places, la dernière si le mot est paroxyton^ c'est-à-dire a l'accent sur la pénultième, comme u dans mercàtum, et l'avant-dernière si le mot estproparoa^torif c'est-à-dire a l'accent sur l'antépénultième, comme u dans/rfèîHa. Mais, dans )'un comme dans l'autre cas, la posttonique disparait ou s'assourdit en e muet.
2. Dans les paroxytons comme dans les proparoxytons, Vat<me finale est soumise aux deux lois suivantes :
a) Le a, bref ou long, se maintient en prenant le son de e muet : amas aimes, amai aimet* aime, ladnca laitue; — anima âme, caméra chambre, domina dame, fagina faîne, purpura pourpre.
b) Les autres voyelles e, f, o, m, brèves ou longues, tombent : amare aimer, roHonem raison, septem sept, frot^em front, novem nef, homo on, mercatum marché ; — fatuns fat, friffidus froid.
Cependant la conservation de certains groupes de consonnes empêche la disparition complète des voyelles finales autres que a. Tantôt ces groupes existaient déjà en latin, comme dans patrem, tantôt ils sont un produit roman dû à la chute de la voyelle qui suit la syllabe accentuée, comme dans^'ud(X)cem. Mais, dans l'un comme dans l'autre cas, la voyelle posttonique est représentée par un e muet, que ce e^soit un affaiblissement de cette voyelle, ou, ce qui est plus vraisemblable, qu'il en vienne prendre la place après sa chute : hotninem homme, cinerem cendre, acrem aigre, humilis humble, tetnplum temple, firmus ferme. Le e muet existe dans l'orthographe moderne même après une seule consonne, s'il est nécessaire pour faire entendre cette consonne : amo aim* aime, rtibeus rubjus rouge.
Cette élision si fréquente des terminaisons latines explique pourquoi la langue française possède un si grand nombre d'homonymes ; par ex : camem chair, carus cher, cathedra chaire; nomen nom, non non; noctem nuit, nocet nuit ; vanus vain, vinum vin; securua sur, super sur; novem neuf, no~ vus neuf; murus mur, maturus mùr; falcem faux, falsus faux; finis fin, fa^ mes faim, etc.
3. Quant à la péntdtième dans les proparoxytons, comme elle est la plus voisine de la tonique, elle disparaît toujours en français , même quand c'est un a : cânnsJns chanve* chanvre, cdldimus chaume, angélus angle* ange, anima âme, portions porche, quâmodo comme, t/Unila table, etc.
§ 26 VOYELLES POSTTONIQUES 59
Dans les mots accentués sur Tantépénultième, comme tabula, ravant-dernière voyelle est nécessairement brève en latin : absorbée parla tonique qui la précédait, cette voyelle se prononçait a peine, el si les Romains des hautes classes la faisaient sentir en parlant, il est certain que le peuple supprimait ces inflexions délicates ; au lieu de tabula, le latin populaire disait tâb'la, et, quand cette langue vulgaire devint le français, le mot ainsi contracté devint à son tour table. D'ailleurs, par sa constitution même , qui Tempéche de reculer Faccent tonique plus loin que ravant-dernière syllabe, le français était forcé, pour conserver à l'accent latin sa place dans des mots tels que tabula, de supprimer le u bref qui occupe ravant-dernière place, et de dire table,
4. De ce qui précède il résulte que, dans les proparoxytons, les deux syllabes qui suivent la tonique se contractent en une seule syllabe muette : càlamiis chaume, câmera chambre, ou elles perdent toute trace de la consonne qui les sépare et se réduisent à un simple e muet : lamina lame, pincipem prince, ou enfin le e muet lui-même fait défaut et l'apocope est complète : frigidus froid, niiidus net.
Voici des exemples de ces trois procédés appliqués aux mots latins pour\'us de sufHxes bissyllabiques atones (^) :
1» icuB^ ïca, IciÂm : porticus porche ; — betonica bétoine; — laîcus lai.
2f* toem (nom. ex ou ix) : pollicem pouce, ilicem yeuse.
3^ îdus, idis; Ida (nom. i«) ; tepidus tiède, luridus lourd; — pa^tdtt^ palle* pasle* pâle, jofptda jaspe; — solidus sol sou.
4« ilis, tluSf lia : tnobilis meuble, mespilutn nèfle.
5« idus, ûla, itlxim : angulus angle, fabula fable.
Quand, après la syncope du u, le { se trouve précédé d'un coujk Tétat franc (c'est-à-dire non précédé d'une consonne), la gutturale se vocalise en un i palatal qui mouille le l : oculus œil, bajulua baile* bail* (d'où baillif bailli). C'est ainsi que les sufHxes composés aculus (a, um), iculus (eculus) et uculus font respectivement : ail, fém. aille, trabaculum travail ; — eil, ou il, fém. eUle, ille : articulus arteir orteil, periculum péril, auricula oreille, lenticula lentille ; — ouil, puis ou, fém. ouille, veruculum verrouil* verrou, ranucula pour ranuncula renouille* grenouille.
6» ôlus : apostolus apôtre, parabola paraule* parole
70 imus : decimus disme* dlme, quadragesima carême
80 înus (a, um) et inem (nom. o) ; galbinus jaune, œphinus coffre, pagina page, virginem vierge.
90 ëreni (nom. er ou ia), érum, âram (nom. er, era, erus), ôrem^ (nom or ou ur), ura : cinerem cendre, numerum nombre, viperam guivre, marmorem marbre.
Les neutres en us (gén. eriê, oris), or (gén. ôris, ûris) et er (gén. ëris) appartiennent également à cette rubrique : genus genre, fulgur foudre, piper poivre.
iO> ttu8, Ita, item (nom. es) : cubitus coude, œmite^n comte, semità sente* (d'où sentier), gurgitem gorge, praepositus prévôt.
II0 eus, tus (a, um) ; alveus auge, proptu9 proche; allium ail, tinea teigne ; oleum huile ; studium étude.
12» ûuê, ùis : fatuus fat, viduus vide et veve* veuve (v. § 28).
(1) V. Scheler, Exposé... p. 6etsiiiv.
60 VOYELLES PROTOXIQUES § 27
b. Voyelles protoniques, § 27
1 . Les voyelles qui précèdent la syllabe accentuée offrent une résistance fort inégale, suivant qu'elles sont initiales, comme le a de amicMs, ou médiales, comme le t de dormiforium.Ce dernier cas ne pouvant se présenter que si la tonique est précédée de plus d'une syllabe, nous étudierons d'abord les mots où elle est précédée d'une seule syllabe , puis ceux où elle se trouve précédée de deux syllabes au moins.
2. Lorsque la tonique est précédée d'une seule syllabe qui se trouve ainsi être l'initiale du mot, cette dernière est généralement très ferme.
a) La voyelle de l'initiale se maintient, comme dans : sunleus ami, ecdésia église, lUiteélum Imceul, solkulus * soleil, hiiftiânus humain.
b) Lorsqu'elle n'est pas maintenue, elle subit des modifications analogues à celles de la voyelle tonique. Ainsi, pour nous en tenir aux permutations les plus fréquentes :
a devient <; ou ai : hcérlum {^zanl, nciUus aigu: e 9 ie, oi : feritaiem tieriè, messiônem moisson ; , i t> e^ oi : diUïvium dJluge^ vicimis voisin ; o « eu, ou : plordre pleurer,, formica fourmi ; u » o, ou : urtica ortie, currére courir.
Il y a toutefois des changements inconnus aux voyelles toniques, comme celui de e (ou de i par l'intermédiaire de e) et de 0 en a ; f^rôctm farouche, jAgritia p^rece* paresse, locti^a langouste, et celui de e ou de ien u: g^mé/l us juiweaw^ finumum femier* ft^mier.
c) Si la voyelle de l'initiale ne subissait pas d'autres modifications, elle devrait paraître presque aussi ferme que la tonique elle-même. Ce qui les (fifférencie profondément, c'est que la première s'affaiblit souvent en e muet : csJxiUus cheval dendrius denier, domnicélla demoiselle, minûtus meuMy jwniperus genièvre.
Les diphtongues subissent des modifications analogues : ae et oe sont traités comme e : cheptUla c/boule ; au devient o, rarement ou : paxisdre poser, gsnidére jouir.
3. Lorsque la syllabe accentuée est précédée de deux syllabes, l'accent tonique divise le mot en deux moitiés, et la finale de la première moitié ou protonique, quand elle n'est ni en position ni en hiatus, est soumise à des lois de même nature que celle de la seconde ou posttonique (§ 28). D'après cela :