La labiale douce V persiste ou se dissout
1** V initial persiste : vinum vin. Il se change rarement en f: vicem fois.
^ V médial subsiste généralement : levamen levain, novMus nouveau ; mais la syncope de v, comme celle de ft, est très fré* quente : avunculus oncle, caveola* geôle, pavonem paon, paver paor* peur, pluvia pluie, vivanda* (pour vivenda^ aliment, subsistance, ce qui est nécessaire à la vie) viande, autrefois toute espèce de nourriture, auj. chair. Le v médial subsiste toujours lorsque, placé après la tonique, il est suivi d'un e final produit par a latin ou remplaçant toute autre terminaison latine : nova neuve, expavidus épave, fluvius fleuve, etc.
(1) Cette ancienne forme fors : Tout est perdu, fors /'honneur (François I"), s'est oodservée dans forcené, v. fr. forsené, propr. qui est hors de sens. Le v. flr. s&né=aeiï9é. V. Diez, Et. Wôrt., l, 578.
3® V ne peut pas plus jouer le rôle de finale que son analogue J; le français le remplace partout par/": captivus chétif, navis nef, novm neuf; dans davis clef (on écrit aussi clé), f est muet.
Un changement remarquable, «i'est celui de i? en jp guttural, c'est-à-dire en un son qui appartient à un autre organe. Ce g est le plus souvent suivi d'un u muet : vadum gué, x-agina gaine, vastare guaster* gâter, vespa guêpe, veradum p. verv(ictum guéret (prov. garah), vipera guivre* givre (f.), vulpeculus (dim^ de mUpes, renard) goupil*, d'où goupillon, à l'origine queue de renard.
Cette mutation de v en g ou gu s'est faite parla confusion avec le lo teutonique, qui, en passant dans les langues romanes, est généralement devenu gu par la prosthèse de g (cf. dj ou dy de j), comme dans : werra guerre, warda guarder* garder, wari guérir, wahtan guetter, weigar guère, wisa guise (^).
1. G latin persiste en français sous trois formes : sous la forme primitive de c devant o, w, sous celle de c devant a, sous celle de g devant e, i. '
a) Devant o, Uj c demeure guttural, mais en prenant souvent le son de la faible g. H en est de même quand c est final ou qu'il est placé devant une consonne (v. § 38).
P C initial persiste en général : coagulare cailler, coquus queux, cotem queux, cubare couver, sctUelia écuelle, coda pour cmida queue; il devient quelquefois g guttural : cofifiare gonfler, eupeUetum* (de cupellu) gobelet, camélia gamelle.
2** C médial : l'adoucissement de c en g est la règle générale en roman : acutus aigu, cicuta ciguë, ciconia cigogne, draconem dragon, locusta langouste. Cette tendance à adoucir le c a éte poussée si loin en français, qu'elle a amené parfois sa suppression tetale : praeconium prône, securus seiir* sûr (esp, seguro, pr. segur).
3® C final tombe le plus souvent : amicus ami, focus feu, joais jeu, loctis lieu, sic si ; il subsiste encore sonore ou muet dans : apud hoc avec, la<nis lac, stonuichus estomac.
b) Le c latin placé devant a ou an a perdu son articulation gutturale pour prendre le son de la chuintante foite en passant successivement par les phases suivantes : kija, tya^ ts = it. d,
(1) Le romaud, en pareil cas, a rendu le tu germanique par vu sans prosthèse de g : vuardatf uuerir,vuetyirj vueré; gyera, guerre, et gyiM, guise, sont des emprunts au rançais.
d'où è, c'est-à-dire ch français ; dans ce cas, le latin a peut se transformer en toute autre voyelle sans perdre son action sur le c précèdent, c'est-à-dire que le passage du c au ch est antérieur à celui de a à e ou d'autres voyelles.
1** C initial : castellum château, calvus chauve, candda chandelle, camdm* (de canus) chenu, capUlm cheveu, capsa châsse, camem chair, cantm chant, cctufna* chaume au XVI* siècle, d'où chômer pour chaumer (^), caldata (s.-e. via, prop. voie maçonnée à la chatix) chaussée, catdis chou. Dans quelques mots c devant a s'est d'abord affaibli en </, d'où il passé à la chuintante douce } : capdla* javelle, cavecia gaviole* javiole* jaiole jeole* geôle O-
Peu de mots échappent à cette loi, et ces mots sont des débris des vieux dialectes qui, comme le picard, repoussaient le son ch là où l'admettaient ceux qui ont eu le plus d'influence sur la fonnation de la langue actuelle : camp à côté de champ^ de campus; campagne de campania, à côté de champaigne* Champagne; câble, de capulum; caisse à côté de châsse, d'où enchâsser ^ de capsa; cage, de cavea; pàque, de pascha, La plupart des autres sont de formation moderne ou ont été empruntés aux autres langues romanes, surtout à l'italien; mais à côté de ces mots, il s'en trouve d'autres formés régulièrement par le changement de c en ch; cadence (it. cadenza) et chéance* chance^ de cadentia, formé de cadere; camarade (esp. camarada) et chambre^ de caméra; canal et chenal, de canalis; canaille et chien, cftenil, de canis; cap (it. capo), capitaine, captif et chef, de caput; caprice (it. capriccio) et chèvre, de capra; carrosse (it. carrozzo) et char, de carrus; carte et charte, de charta; causeet chose, de causa; cabane et diavanne*, qui est resté dans certains dialectes, de capanna* ; cavale (it. cavalla) et cheval, de cahallus ; etc.
i"" C tnédial persiste dans peu de mots avec le son de la chuintante forte : rfïica/w5 duché, graeca grièche,wwcare moucher; le plus souvent il se vocalise en i ou y : hraca braie, precare prier, pagare payer, focarium foyer, ou bien il disparaît entièrement : arnica amie, mendicare mendier, vermca verrue, locare louer, etc. Le son guttural se maintient, mais en passant à la douce, dans cicada cigale.
c) Devant e, i (y), ainsi que devant ae, œ (équivalents de «), le son c = k (^), s'alliant avec la semi-voyelle j ou y, est de-
(1) Caumu (dans le latin du muyenâge, furie chaleur, puis moment de la Journée où la chaleur est trop forte pour permettre au laboureur de travailler) est devenu en provençal chaiinœ signiflant le temps de i-epos des troupeaux. Le romand a le mAme mot ronma (ç:=t8,K mais qui désigne le lieu où le bétail c/iome à l'ombre.
(2) Geôle, au moyen âge, avait le double sens de cage ex, de prison ; on disait aussi bien au XIII* sièce la gpôle d'un oiseau que la geôle (ia javiole à Neuchàtel) d'un prisonnier. An sens deca^^e d'<jiseau, geôle a donné enjeôler, auj. enjôler, propr. mettre en cage, captiver.
(3) Pendant toute la durée de l'empire d'Occident, le c conserva devant toutes les voyelles le son guttural qui lui est propre : decem, fecit sonnaient comme dekem, fekit; mais, devant un i suivi d'une voyelle, cia, cie, cio, viti, le c devait avoir pris de bonne heure le son palatal ou sifflant, puis(|ue dans les plus anciennes chartes c se confond souvent avec r {nuncius et nuntiua); ainsi concio ne se prononçait pas conkio, mais eontcJio ou conttto A dater du VII* siècle cette prononciation devient celle du c devant e et *, alors même qu'aucune autre voyelle ne suit. V. Diez, Or. 1, 231.
Tenu, pendant la période romane, d'abord kj ou ki/, puis ty, pour s'arrêter à la palatale dure d, c'est-à-dire të dans les langues de Test (italien, romanche et romain), par ex. it. cima (pron. tchima), tandis que dans les langues de l'ouest (espagnol, portugais, provençal et français), il arrive jusqu'à la sifQante ç, c'est-à-dire ts (c'est ce qu'on appelle assibilation) ; enfin nous voyons en français le ç^ par une dernière progression, rejeter l'élément dental et se simplifier en un s fort, comme dans cime^ qui se prononce sime {}).
V* G initial persiste toujours avec le son sifflant: ceniutn cent, cera cire, cervus cerf, cima cime, cingere ceindre, cïlium cil (d'où dessiller pour décUler)^ caepa cive, cœlîtm ciel. S est pour c dans dngula sangle (autrefois cengle).
2° C médial plftcé devant e et i se change en un s, tantôt doux (écrit s ou e), tantôt fort (écrit o, s ou ss) : jacere gésir, //cere loisir, raceinus raisin, lacertns lézard, fades face, vennicellus vermisseau, ^wnfc^w génisse, etc.
On trouve quelques exemples de c initial ou médial devenant chuintant devant e et i : circare cercher* chercher, cicer chiche, ferocem farouche, pelticea* peluche.
3® C final est représenté par s ou a: muet dans : soricein souris, nucem noix. Dans ducem duc, il s'est conservé avec le son guttural.
Ch se confond avec c dans quelques mots de formation très anciemie : chorda corde, chordtu choeur, chortem court* cour, brachium bras (it. braccio, esp. brazo).
2. Outre c, le latin avait une autre muette gutturale forte, c'est Q, qui se présentait toujours suivi de w, plutôt consonne que vo)"elle {aqua = aqva). Qu a eu en général le même sort quec.
a) Devant a, o, Uj qu persiste avec le son guttural, mais ti devient muet; c'est poui-quoi l'orthographe moderne tend à remplacer qu par c :
1° Qu initial : quatuor quatre, quomodo comme*, quare quar* car, quassare casser, quadragesima carême, quota cote, quadratus carré, quadraria* camère, qtfadrifurcum carrefoui*, quaquila* caille.
Qu médial est descendu à la douce g : asqualis égal, aqua aiguë (d'où aiguière).
(1) V. la note 3 A la fin de l'ouvrage. Le z ou tz teutonique {-=^9} est aussi devenu a simple en passant dans les langues romanes de l'ouest : tr. grincer^ de l'a. b. aU. grttniion.
Qu ne s'est point permuté en ch devant a, ce qui fait supposer que le u de qua n*était pas encore muet à Tépoque où ca est devenu cha,
b) Devant e et i, qu devient lingaal ou reste guttural.
1^ Dans différents mots, qu a pris le son du c roman, d'où Ton peut inférer que cette permutation de ç en c a été précédée de la chute de u : querqueduia cercelle et sarcelle, coquina cuisine. La chuintante apparaît dans quercinus^ chesne* chêne, quisque unm chescun* chascun* chacun.
2** Dans d'autres mots, qu s'est conservé guttural avec u muet : querda querelle, quaerere quérir, queni que, qui qui, quid quoi, quintus quint, quindecim quinze, quicunque quiconque; remplacé par c dans : quietus coi, laqueus lacs, où il est muet. Dans quinque cinq, le qu est devenu sifflant à l'initiale et est resté guttural à la finale.