Benloew, Accentuation, p
à ceux par lesquels le latin s’est transformé en français
§ 14. — L’accentuation des langues germaniques est le contraire de l’accentuation grecque et latine. Indépendante des conditions prosodiques, elle se cantonne exclusivement sur le commencement du mot, c’est-à-dire sur la syllabe radicale ou sur le préfixe qui la précède. Ex. : allem. eigenthümlich (proprius) , aûsgehen (sortir); angl. wômanishness (effémination) ; ôffspring (rejeton) . Cette accentuation invariable est une des causes qui ont condamné les éléments flexionnels à l’effacement dans les langues néo-germaniques , et qui ont fait de l’anglais l’idiome presque monosyllabique que l’on connaît.
§ 1 5. — Il nous reste à voir s’il est possible de pénétrer jusqu’aux raisons d’être de l’accentuation, et jusqu’aux idées qui ont déterminé le choix de telle ou telle syllabe pour porter l’accent.
Le seul système parfaitement clair est celui des langues germaniques. La logique toute pure y préside à la fixation de l’accent aigu sur la syllabe radicale, qui est l’élément principal du mot, ou sur le préfixe, qui a une importance égale comme élément modificateur ou déterminant de l’idée principale. On a ainsi géhen (ire), aûsgehen (exire), eingehen (inire). L’al-
i . Des objections ent été soulevées contre ce système, par M. G. Curtius, dans le Journal de Kuhn , t. IX, p. 321 sqq. Nous pensons que M. Corssen y a répondu d’une manière satisfaisante, à la fin de ses Kritische beitrxge zur lateinischen formenlehre.
VOCALISME.
lemand est fidèle à cette accentuation du déterminant préférablement au déterminé , quand il s’agit des mots composés : l’élément déterminant reçoit invariablement l’aigu. Ex. : Vull-mond (pleine-lune) , Kàrn-feld (champ de blé). La règle ne faiblit que lorsque le mot s’est assez concentré ou a pris un sens assez détourné pour que la conscience de la composition soit effacée. Ainsi ab-nehmen (ôter), composé où l’existeuce du préfixe séparable est encore évidente, s’accentue àbnehmen ; mais dans benehmen (prendre), be n’est plus séparable et n’a plus d’existence par soimême : on accentue donc benéhrnen. Ueber-gehen (super-ire) accentue le déterminant quand il signifie aller au delà, ûebergehen ; mais quand il passe au sens métaphorique de négliger, il accentue la radicale, ûebergehen ’.
§ 1 6. — On a attribué à l’accentuation sanscrite un principe analogue à celui des composés germaniques. On a pensé que, dans cette langue, l’accent se fixait
1 . Dans les composés allemands, l’aigu, portant principalement sur le déterminant, n’est pas l’accent unique. On reconnaît aussi la présence d’un accent secondaire sur la radicale du déterminé. Ainsi on a hôcrner-tràgend (corriger). Celte particularité est utile à noter. C’est à nos yeux une circonstance à laquelle les grammairiens allemands ont seuls pris garde ; mais elle n’existe pas moins dans les autres langues, et elle pourrait servir à expliquer, par de simples échanges entre le principal et le secondaire, bien des variations d’accent, soit entre le sanscrit et le grec, soit dans le sanscrit lui-méme, qui semblent autant d’anomalies quand on ne considère que l’aigu. Telles sont notamment les variations de l’accent entre les classesdela conjugaison sanscrite. Voy. Bopp, V ergl. accentuât ., p. 57 sqq.
de préférence sur les éléments déterminants ou modificateurs du mot. Pour bien comprendre cette théorie, il faut se représenter les mots sanscrits comme des composés, où les affixes et les flexions jouent le rôle des déterminants et les radicaux le rôle du déterminé. Souvent, autour d’un même radical, plusieurs éléments secondaires se sont accumulés; souvent aussi le radical lui-même a reçu un renforcement modificateur dans sa voyelle constitutive. L’accent s’attacherait à une de ces modifications, tantôt au suffixe, tantôt au préfixe, tantôt à la flexion ou à la voyelle radicale renforcée. Ainsi imâs (nous allons : yji ■+■ mas ) a son accent sur la flexion, tandis qu’au singulier aimi (je vais), la syllabe radicale ayant subi un renforcement, c’est sur elle que l’accent repose. Il est sur le suffixe de formation dans nakhd (ongle), sur l’auginent dans âdàm (aoriste, je donnai), sur le redoublement dans dculâmi^ je donne), sur la flexion de déclinaison dans nâubhjâs (navibus), etc.
M. Benfey revendique pour lui-même 1 l’honneur de cette ingénieuse découverte, qu’il a exposée pour la première fois en 1 846, dans les Annonces savantes de Gœtti figue'. De son côté, dans une savante thèse de doctorat publiée en 1 847 5 , M. Benloew fit un pas de plus et créa la théorie du « dernier déterminant ». Il prétendit que, lorsqu vin mot compte plusieurs déterminants, l’accent se serait surtout et de préférence attaché à celui de ces éléments qui avait apparu