‹ Grammaire comparée des langues classiquesChapitre 20 sur 100 · Orient und Occident, I · texte numérisé non relu

Orient und Occident, I

2. Gôttingische gelehrte Anzeigcn , n° du 23 mai 1846, p. 842.

3. De l'accentuation dans les langues indo-européennes tant anciennes que modernes, par L. Benloew, Paris, 1847.

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le dernier pour se joindre au mot déjà formé. Ainsi l’augment et le redoublement, s’adjoignant à des verbes déjà formés, sont appelés à juste titre des derniers déterminants. Mais, de l’aveu de l’auteur ', l’application de cette théorie est moins certaine quand il s’agit des désinences, qui ont une union plus intime avec le mot, et dont le caractère modificateur était par cela même plus aisé à méconnaître.

On ne saurait nier que ce système ne repose sur un principe psychologique assez juste. L’accentuation sur le dernier déterminant serait bien le résultat naïf d’une pensée encore étrangère à l’abstraction et à la généralisation, et s’abandonnant, comme les enfants et les sauvages, à la dernière idée conçue. Cependant, pour rester dans le vrai, il ne faut pas attribuer à ce principe une valeur absolue, et l’on est forcé de reconnaître que, même si on lui accorde en beaucoup de cas la préférence, le dernier déterminant n’a pas été l’unique loi de l’accentuation sanscrite.

La théorie générale de l’accentuation des déterminants a été absolument contestée par Bopp. Cet illustre père de la philologie comparée en a proposé une autre qui n’a pas été admise et que nous n’avons pas à examiner ici 1 ; mais ses critiques méritent la plus sé-

L Ouv. cit., p. 56.

2. V ergleichendes accentuationssystem des Sanskrit and Griechischen, von Fr. Bopp, Berlin, 1854. L’auteur croit que la tendance primitive consistait à porter l'accent sur le commencement du mot, et que le rejet sur les dernières syllabes fut l'effet d’une décadence et d’un affaiblissement du langage. Ce système a été réfuté par MM. Weil et Benloew, dans une dissertation insérée à la 6n de leur Théorie générale de l’accentuation latine, Paris, 1855.

rieuse considération. Nous n’en relèverons qu’un point qui suffit, sinon pour renverser la théorie précédente, au moins pour la faire rentrer en de justes limites. Si les déterminants portaient seuls l’accent, la syllabe radicale, qui est le pur déterminé, ne devrait jamais le recevoir lorsqu’elle n’a subi aucune modification. Or, de nombreux exemples montrent la radicale restée à l’état pur et pourtant accentuée. Citons-en seulement quelques-uns : sdJii (amitié), J sait (sequi) ; tâksan (charpentier), sjtaks (fendre) ; nâmas (adoration), yjnam (courber) ; vàk as (parole), yjvak (parler) ; gühja (celandus), <Jguh (cacher); divja (céleste), yjdiv (briller); s\>àpna (songe), yjsvap (dormir); pàkti (cuisson), y fpa/i (cuire); dâhana (feu), <Jdah (brûler).

Que conclure de là? faut-il abandonner l’espoir de fixer les lois de l’accentuation sanscrite ? Oui, si l’on poursuivait un principe absolu au moyen duquel on pût en sanscrit, comme on le peut en latin et en allemand, déterminer du premier coup d’œil la syllabe qui doit porter l’accent dans tout mot donné. A cet égard; en sanscrit et dans les noms grecs, l’usage seul peut enseigner la place de l’accent. Mais si l’on se borne à caractériser d’une façon générale les principes qui ont présidé au choix de la syllabe accentuée, on peut dès aujourd’hui parvenir à des résultats satisfaisants, et MM. Benfey et Benloew notamment nous semblent être dans la bonne voie, en tant qu’ils rapportent l’accentuation sanscrite au principe logique. La seule modification que nous proposerions à leur système consisterait à l’élargir, et à tenir le plus grand compte possible de la liberté avec laquelle l’accent se promène

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en sanscrit, tantôt sur les divers éléments déterminants et tantôt sur le déterminé lui-même.

On ne saurait trop le redire : en sanscrit, toute syllabe a sa signification et sa valeur propre ; la langue a conservé la conscience de la composition d’où résultent les mots. Chacun d’eux, le plus souvent, peu. être considéré comme une petite phrase composée de mots élémentaires; ce qui réduirait, en dernière analyse, l’accent syllabique à un accent oratoire posé sur le point le plus important du mot-phrase. La composition qui de ces parties a fait un tout a précisément eu sa cause dans l’accent tonique. C’est lui qui a servi de centre et autour duquel le reste s’est groupé ; et c’est pourquoi on a pu à juste titre l’appeler l’âme des mots. Du moment qu’il a une telle origine, on en comprend la liberté primitive ; et l’on sent la difficulté d’assigner des lois fixes à un phénomène issu des impressions de l’esprit et variant à leur gré.

Que les déterminants l’attirent à eux pour une grande part, c’est ce qu’il parait impossible de contester. On le constate avec certitude dans une occasion où les conditions existent à l’état le plus visible. Dans les composés possessifs 1 , qui sont la classe des composés la plus nombreuse en sanscrit, c’est le déterminant, c est-à-dire le qualificatif, qui porte invariablement l’accent Ex. : bahu-vidfia (multimodus) ; svajeun-prabha (per se splendorem [habens]); nirmala (sans tache). Le grec suit la même loi en tant

1 . Les composés possessifs sont constitués d’un qualificatif et d'un nom qui deviennent ensemble un adjectif attribué à un sujet. Exemple en français : Un bœuf courtes-cornes, c’est-àdire qui possède de courtes cornes.

que les règles particulières de son accentuation le lui permettent, comme dans fieyaÔupLoç (magnanime), t«vu- (qui a la langue allongée)'.

Mais quand il n’est plus question de composés proprement dits, quand il s’agit de simples mots formés par des racines plus ou moins intactes, des suffixes de dérivation et des flexions, alors il y a une hésitation, et l’accentuation se promène tantôt sur le suffixe, tantôt sur la flexion, tantôt sur la radicale renforcée, tantôt même sur la radicale intacte, qui devait être dans les langues germaniques le terme de ce voyage de l’accent cherchant l’élément logique et significatif. Le sens de ces hésitations est dans la conscience plus ou moins affaiblie de la constitution intime des mots, comme nous l’avons vu à propos des verbes allemands munis de préfixes.

§ 17. — Un principe nouveau s’introduit dans l’accentuation du grec et du latin. Le souvenir de la constitution intime des mots s’y est presque toujours perdu ’. Le mot a cessé d’apparaître comme un tout composé de parties, pour se réduire à la représentation individuelle et symbolique d’une certaine idée. Dès lors il

1 . Nous avons vu qu’il en est de même pour tous les composés germaniques, et que le déterminant y porte l’accent principal.

2. Les grammairiens grecs, si forts sur l’analyse de la phrase et des « parties du discours, » n’ont pas tenté la décomposition du mot pris en lui-même, tandis que les grammairiens indiens ont poussé cette décomposition aussi loin que possible. N’est-ce pas que ces derniers agissaient sur un idiome où le sens des éléments était encore vivant, tandis que les Grecs n’avaient à leur disposition qu’une langue où ce sens était oublié?

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n’y a pas lieu pour la prononciation d’accentuer un élément logique qui n’est plus distingué des autres syllabes. L’accent ne peut plus avoir d’autre effet que de distinguer le mot des autres mots et d’en marquer l’individualité, et pour ce résultat il suffit d’une accentuation purement rhythmique ou euphonique. Dans cette intention instinctive (car l’instinct seul a opéré tout cela), l’accent se cantonne dans les trois dernières syllabes du mot, et finit par se fixer sur celle où la quantité le dirige.

Le grec sert de transition. La quantité n’y exerce encore qu’une action négative, en empêchant l’accent de reculer plus loin que la pénultième lorsque la dernière est longue. Mais dans ces limites, la tradition obscurcie de l’ancien accent logique y règne encore dans les noms (dans les verbes au contraire l’accent grec est aussi fixe que l’accent latin). Bopp a montré, par une foule de rapprochements, que l’accent grec continue l’accent sanscrit autant que le permettent ses lois particulières*. Comparez, par exepiple, bhdrànti— <pepû’j5t (dor. çî'povTi) ; àlabliarn = ?Xa£ov ; pdnüa = irevTe ; padds — iroSo'ç ; svâ(f(îs = viàuç ; bhütârn — <purov ; dhâtàwjas = ÔstÉq; ; ndiîs = vaiïç, génit. nâvàs =vao$, dat. nàvi = vx£ ; garda — yepwv ; juktds — ÇeuxTo;; darndjâmi — Sxjxa^w, etc.

Il y a, il est vrai, un grand nombre d’exemples contraires, mais les concordances sont assez nombreuses pour qu’on ne puisse se refuser à y voir les restes

1. Par exemple, le sanscrit st’dclîjàn (plus doux) a l’accent sur la première. Le grec ne pouvant le suivre à cause de la dernière qui est longue, fait donc ijSîojv ; mais au neutre ^îiov il y revient, ainsi qu’au superlatif ^Siotoç.

d’une primitive identité, troublée par deux circonstances nouvelles : 1°le cantonnement de l’accent grec dans les trois dernières syllabes des mots ; et 2° la répugnance de cette langue pour accentuer les flexions. Les flexions verbales grecques ne portent jamais l’accent que lorsqu’il y est amené par la loi des trois syllabes. Le principe se traduit pratiquement par la règle que les verbes grecs reculent l’accent le plus possible*. Quant aux flexions nominales, elles ne le prennent qu’exceptionnellement, aux cas indirects des monosyllabes de la 3' déclinaison. Dans le reste, lorsque la flexion semble porter l’accent, c’est par suite de sa fusion avec la voyelle formative des thèmes.

Entre le grec et le latin une transition nouvelle est marquée par le dialecte éolien, qui évite d’accentuer la dernière syllabe. Enfin, en latin l’accent se pose exclusivement sur la pénultième ou l’antépénultième, suivant la quantité. Il parvient ainsi à un état régulier, où la quantité l’enchaîne comme le principe logique l’enchaîne en allemand.

§ 18. — Nous ne pourrions, sans excéder notre sujet, suivre l’histoire de l’accent tonique jusque dans les langues néo-latines. Nous n’avons heureusement qu’à renvoyer nos lecteurs à l’excellent travail de M. G. Paris*. Disons seulement qu’en français, en

1. Sauf les exceptions des indicatifs présents eîjtf, çjjftî, qui suivent une accentuation primitive , les verbes grecs ne prennent l’accent sur la dernière que par suite d’une contraction.

2. Étude sur le rôle de l'accent latin dans la langue française , Paris, 1862.

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espagnol, en italien, sauf des prononciations rustiques et populaires, l’accent a perdu en grande partie sa nature musicale pour se confondre avec la quantité. Quand la position (§8) ne s’y oppose pas, la syllabe accentuée tend en général à devenir longue. Ainsi le â latin de âmo est devenu long dans l’italien âmo, où il est accentué, tandis qu’il est demeuré bref dans amd—amâvit, où il ne porte pas l’accent 1 .

Pourtant cette tendance à l’allongement ne se réalise pas toujours : l’accent reste en plus d’un cas posé sur une brève, comme dans le français je sonne, pour le latin sono. Il se marque alors par un léger coup de la voix, écho affaibli de l’ancien accent chantant.

L’allongement que les langues néo-latines imposent si souvent à la voyelle accentuée peut être considéré comme provenant d’une tendance que nous constaterons tout à l’heure (§ 35) dans le sanscrit lui-même. La voyelle accentuée a, par cela même, une propension au renforcement. On peut voir, dans la longue de l’italien âmo et du français j'aime, des cas de renforcement de la voyelle accentuée. L’affaiblissement et la chute des voyelles inaccentuées, caractérisant les langues néolatines et surtout le français, se constatent également dès l’époque du sanscrit et des langues anciennes.

Si l’on compare entre eux les états si différents auxquels l’accent tonique est parvenu dans les langues modernes issues de la souche indo-européenne, on peut dire que l’accentuation logique des langues germa-

1 . Le vieux français suivait la même marche, renforçant par une diphthongue Va accentué dans j'aime, et laissant intact l’a inaccentué dans il ama. Plus tard l’influence de la première forme s’est étendue à tout le verbe.

niques révèle un sentiment plus persistant de la constitution du mot, un état plus voisin des origines. L’accentuation euphonique des langues grecque et latine, au contraire, témoigne d’une tradition moins vivace, et d’un état dans lequel les mots n’ont plus qu’un sens purement symbolique, et où leur unité est désormais un fait accompli.

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