‹ Grammaire comparée des langues classiquesChapitre 21 sur 100 · CLASSIFICATION ET VALEUR RELATIVE · texte numérisé non relu

CLASSIFICATION ET VALEUR RELATIVE

DBS VOYELLES.

§ 19. — Quand on fait abstraction des pseudovoyelles r et l (voy. § 4), il ne reste au sanscrit que trois voyelles principales a, i, u, avec les longues correspondantes et les diphtliongues ai, au, ài, âu, dont le caractère commun est de commencer par un a. Quant aux groupes ta, ua } ou ils se décomposent en deux syllabes, comme ou le rencontre dans la poésie védique 1 2 ; ou, comme il arrive toujours dans le sanscrit classique, 17 et Vu se changent devant a en leur semi-voyelle, et forment les syllabes Ja, va.

A est la voyelle fondamenlale du sanscrit. On a même été jusqu’à supposer’ qu’originairement il était la voyelle unique et qu’ i et u ne se présentaient qu’à l’état de semi-voyelles combinées avec a. Laissant de côté cette conjecture, nous reconnaîtrons le rôle prépondérant de Va aux caractères suivants :

1° 11 domine dans les formes les plus anciennes.

1 . Dans les langues germaniques, iu, ie, forment de véritables diphthongues.

2. Léo Meyer, Vergleichende grammatik der griechischen und lateinischen sprachen , 1. 1, p. 96.

VOCALISME.

2° Il sert régulièrement à fortifier les autres voyelles en les précédant et les changeant en diphthongues, tandis qu’il arrive fort rarement 1 , dans les langues qui nous occupent, que les autres voyelles servent à fortifier a en se diphthonguant avec lui.

3° Dans l’histoire du sanscrit, du grec et du latin, l’a primitif s’affaiblit souvent par transformation en u et en i; mais jamais u et i ne font le chemin inverse et ne remontent jusqu'à se transformer en a pur et simple.

Comme nous l’avons dit (§ 5), e et o brefs n’existent ni en sanscrit ni en gothique. Ils se montrent en grec comme équivalents d’a, dus simplement à une vocalisation plus variée. En latin, ils jouent tantôt le rôle d’équivalents et tantôt celui d’affaiblissements. A ce dernier point de vue, ë apparaît comme un intermédiaire entre a et i, et ô comme un intermédiaire entre a et «.

Pour terminer ce que nous avons à dire sur les voyelles simples, notons notre u français, qui paraît avoir été l’u attique et Yjr latin, et qui est l’a des Allemands. Sa nature est d’être un intermédiaire entre u (ou) et i, ou en d’autres termes un «troublé.

La fignre suivante indique les rapports des voyelles simples entre elles :

1 . On pourrait dire jamais, sauf des cas très-rares et d’une explication peu certaine. Voy. plus bas, § 43,

Les longues ë et ô, également étrangères au sanscrit, procèdent dans les autres langues, soit de Yâ, soit des diphthongues ai, au, ou de leurs équivalents ei, oi , eu, ou.

Nous allons examiner successivement chacune des trois voyelles fondamentales dans son état pur, dans ses équivalents, ses affaiblissements, ses renforcements, et dans les longues et les diphthongues qui en proviennent. Le sanscrit nous servira de base : nous y rapporterons, pour les comparer, les phénomènes du vocalisme en grec, en latin, et plus sommairement dans les langues germaniques.

§§ 20 - 21 . A PCR ET SES ÉQUIVALENTS ë ET Ô.

§ 20. — L’a bref est la voyelle la plus commune eu sanscrit, comme on en peut juger en prenant un vers au hasard dans le Rig-véda :

Kasja nûiià katamasja amrtànàm manàmahai Râru daivasja nàma ' .

\ . Cujus profecto, cujusnam immortalium enunciemus gratum dei nomen? I Mand., hymn. 24, verset 1.

VOCALISME.

Partout où il se présente Y à est primitif.

Le grec l’a conservé dans une foule de mots comme \J labh (obtenir); àaxvw, sJ daç (mordre). 11 s’est maintenu dans les aoristes seconds comme ûctxvov, «rpairov, erpapov, de xretva>, Tpércw, Tpépoj.

Le latin aussi l’a maintenu dans beaucoup de cas : agcre, y/ ag (mener, agiter); magnus, sscr. mahat (grand); anguis, sscr. ahi (serpent), etc.

Il se retrouve en gothique, par exemple dans thala, sscr. tat (istud); nahts (nuit), sscr. nahtam (de nuit); tamjan, sscr. damajâmi (dompter). De même en ancien haut - allemand , l’a est primitif dans bans, sscr. hâsa (oie); rat (roue), sscr. rallia (char), etc.

§ 21 . — Parmi les langues qui nous occupent, les premières variations de l’a en ë et en ô par pure équivalence se présentent en grec et en latin.

Le grec remplace â par o dans iroàcîç , sscr. padas (pedis) ; dans les nominatifs en o; et ov, sscr. as et am, etc.; mais plus souvent encore il le remplace par e. Ex. : ècm, sscr. asti ; <pépci>, sscr. bharàmi (je porte) ; âpepciv, sscr. abhararn (je portais); «pépeTe, sscr. bharatha (vous portez), etc.

Le latin fait, comme le grec , fero— bharàmi ; est — asti. 11 change à primitif en ë dans pecus = paçu, deceni = daçan, etc. Il le change en o dans polis = pâli (maître), veto = astâu. Le v particulièrement semble attirer o pour a dans son voisinage. Ainsi ovis = avi; vomo — nam à mi, dont le grec au contraire a fait èaÉio ; voco, \J va/i, etc. La syllabe sanscrite s va devient souvent en latin so. Ex. : sôcer = ca. coup. 3

çvaçura; sôror = svasar , sôpor, \J svap (dormir) ; sono , y/ svan (résonner).

Les ë et ô brefs apparaissent aussi dans le développement de l’ancien haut-allemand et des anciens dialectes bas-allemands, où ils jouent le rôle d’une dégénérescence de sons primordiaux, e pour a, o pour u. Ainsi, dans l’ancien haut-allemand, aux formes les plus archaïques warjan (défendre), halid (héros), succèdent à partir du huitième siècle les formes werjen , helid (allemand moderne held). O est pour l’ancien u dans sonne (soleil), pour sunnu, etc.

§§ 22-25. AFFAIBLISSEMENT ÉT CIHJTE DE h à.

§ 22. — La comparaison entre les formes les plus simples des mots et les formes plus chargées de flexions et d’aiïixes, dans lesquelles par compensation la partie radicale s’allége, a révélé à l’illustre Bopp ' une différence de gravité entre les voyelles. La plus pesante de toutes est l’a. Quand il est allégé, l’a devient régulièrement u ou i, ou enfin il tombe complètement. A son tour, u s’allége quelquefois en mais non réciproquement. Les exemples nous feront aisément comprendre.

Dans ces exemples, nous donnerons les mots sanscrits avec leur accentuation ; et l’on remarquera que, sauf le cas des redoublements, les affaiblissements et les chutes n’atteignent que des syllabes ne portant pas 1 accent tonique. L’inaccentuation doit donc être considérée, autant que la compensation signalée par

1. Grammaire comparée , §§ 6, 7, 8. Voy. la traduction française de M. Bréal.

ÏS 221

Bopp, comme la cause originelle de ces phénomènes.

A s’affaiblit en u dans le sanscrit. Ex. : kar durai (je fais) devient au pluriel kurrnàs 1 ; paru (inultus, iroXü) est pour 4 paru, par (emplir) ; de là pur? (ville) = iroXiç*.

L’affaiblissement de l’a en i est beaucoup plus fréquent. Ex. : pitr 1 pour * patar (pater) ; duhilr 1 (fille) pour *duhatar (âuyaTrp) ; /wçâ'(nuit), comp. l’adverbe nàktam (noctu) ; dadhâmi (tiQ^ui) fait au participe passif dhitd (Ostoç). Une partie des verbes à redoublement prennent i à la syllabe réduplicative : blb/iarmi (fero )yjbhar; tisthâmi (sto, cp. sisto), sJ slhâ, tandis que d’autres conservent l’a : dddàmi (do).

U s’affaiblit en i dans l’aoriste àûndidam pour 4 âundudam (madui), y/ und ; nous verrons que ce phénomène est fréquent en latin.

Enfin a tombe souvent en sanscrit devant mie consonne suivie d’une voyelle. Ex. : kakrai pour 4 kakarai, 3 e pers. sing. parfait moyen de y' kar (faire) ; gaghnus pour 4 gaghanus (interfecerunt), 3° personne plur. parfait actif de han (tuer). L’a de la syllabe va tombe et le v se vocalise en u dans uktd pour 4 vakta , participe passif de vak (loqui) ; dans suptd , participe de sJ svap (dormir). C’est par un procédé semblable que ja devient / dans istd pour * jakta , participe passif de y' jag (sacrifier).

1 . Ainsi qu’il sera expliqué plus tard en parlant de la conjugaison, mi est une désinence verbale légère, et mas une désinence lourde.

2. Par suite de la même idée, ville se disait en osque tua, c'est-à-dire la totalité, la commune.

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