G GRAMMAIRE COMPARÉE
§ 23. — Le grec et le latin offrent les mêmes phénomènes, parmi lesquels nous distinguerons les affaiblissements qui ont lieu dans le passage entre l’indo-européen primitif et ces deux langues, de ceux qui se manifestent dans le développement interne de chacune d’elles en particulier.
Le grec affaiblit en u un a primitif dans vuxra (noetem), sscr. nàktam (noctu); dans yuvï) (femme), véd. "a ni' (épouse); dans ovu^ (ongle), sscr. nukhâ; dans z.’jy.lo; (cercle), sscr. kakrü (roue) ; dans £üv, gûv, sscr. sam (avec), etc.
11 l’affaiblit en i dans ïmro;, sscr. üçva (cheval); dans Ti0vif/.i, ài&toiu, sscr. dàdhâmi , dàdâmi ; dans ’Epiwu;, sscr. Saranju .
Quant aux affaiblissements d’« et de ses équivalents ë et ô d’un mot à l’autre dans la langue grecque, ils sont loin d’être aussi nombreux qu’en sanscrit et en latin, le grec se distinguant en général par la stabilité de ses voyelles. On notera pour Vu àvwvupioç, d’ovopa, et des formes dialectales comme l’éolique TSugceu; pour ’oSuaaéuç (Ulysses). Pour 17 on aura ïcât (sois), comparé à egtw (qu’il soit); l’homérique ir£<?jp£; pour véccapeç (quatre); xipvnfu = xepavvupu ( mélanger ) ; ( hesternus ) , comparé à y0é;
(hier), etc.
L7 équivalent de l’a tombe dans iuittw pour * iriirETu (tomber), y ' sscr. pat , cp. aor. 2, î-Kicm pour dor. E7UET0V, et TCETavvupu ; dans yîyvopwct pour * yiyEvopiai (naître), ^ sscr. gau , cp. yevo; ; dans iraTpo'ç pour * TraTEûoç , etc.
Toute voyelle radicale se change en e dans la syllabe réduplicative du parfait grec.
VOCALISME.
§ 24. — Les affaiblissements du latin sont plus compliqués, parce que les voyelles ë et ô, tout en se montrant en cette langue, comme en grec, les équivalents de l’a, y jouent aussi, comme / et «, le rôle de voyelles affaiblies. Nous allons noter ici seulement les cas, peu nombreux, où l’a primitif ne se présente en latin, dès l’époque archaïque, que sous la forme affaiblie, réservant à examiner plus loin, dans un paragraphe spécial, les transformations des voyelles dans le développement même de la langue latine.
A s’est transformé en u dans les flexions de déclinaison en us , um, sscr. as, arn, grec o;, ov; dans les superlatifs archaïques en tumus , sumus, sscr. lama ; dans les flexions de conjugaisons en unt, sscr. anti, grec (dorien) ovti. Il est vrai que dans tous ces cas on suppose, avec l’appui des inscriptions, des formes archaïques en os , om, tomos, ont, qui font rentrer cet affaiblissement dans la seconde catégorie, dont nous ne nous occupons pas encore.
L’affaiblissement de l’a primitif en /est plus direct dans inter = sscr. antar; quinque — pankan ; ignis = agni; mihi= véd. mahja, etc.
L’a ou son équivalent e tombe tout à fait en initiale dans sum, sumus, sunt, sim, etc., pour * esum, etc. ; comme il est tombé en sanscrit dans une partie de la conjugaison & as mi : smas, santi, sjârn, etc. Le grec, au contraire, a conservé la voyelle initiale dans toute la conjugaison d’etp.
L’a primitif, représenté par son équivalent e, s’est également perdu dans les cas obliques patris, matris, pour * pateris, etc.; dans les suffixes en brum pour
berum (du sscr. bhar porter), et dans les cas obliques du masculin, ber-bri, etc.
§ 25. — L’affaiblissement de l 'a joue un grand rôle dans les langues germaniques. Bopp 1 le considère comme le principe qui donne la clef de l’apophonie ( ablaut ) des verbes forts; il en sera question dans la conjugaison. A ses yeux, ich binde (je lie), gebunden (lié), s’expliquent par des affaiblissements de Va primitif, qui subsiste dans le prétérit ich band (je liai).
Quant aux cas où l’a indo-européen ne se rencontre dans les langues germaniques qu’affaibli déjà, ils sont souvent dénaturés par des modifications secondaires qu’il serait trop long d’exposer ici. Citons l’affaiblissement d’a en u dans le gothique vulfs (lupus), sscr. vrka, pour * varka; et celui d’a en i dans le gothique sita (sedeo), sscr. sad.