PARTICULIERS AU LATIN
§ 26. — Outre les variations normales de l’a en c, a, et ses affaiblissements en i, u, il se passe en latin des affaiblissements spéciaux, qui constituent un des changements les plus importants qu’ait subis cette langue depuis son état archaïque jusqu’à la période classique et à la basse latinité. Dans l’état archaïque, tel qu’on le connaît par le Chant des Frères arvales, la Loi des XII Tables, l’inscription Duilicnne, celle du tombeau des Scipions, le Sénatus-consulte des Baccha-
i. Gramm. comp., § 6.
VOCALISME.
nales, etc. , dans cet état, le vocalisme était presque aussi pur que dans le grec homérique. Ce même vocalisme, au contraire, quand il a pris la forme classique, fait du latin un idiome pour ainsi dire nouveau, et très-rapproché des langues modernes.
La première cause de l’altération vocalique est la confusion qui s’opère entre Ye et IV, entre l’o et Vu. Par suite, la variation et l’affaiblissement de l’a tendent à se mêler dans un système général d’affaiblissement portant surtout sur les voyelles inaccentuées, et les modifiant diversement suivant l’influence de la lettre qui vient après. Cette modification de la voyelle par la lettre qui suit est un cas d’accommodation (voy. § 79). Elle constitue un fait, nouveau, plus ou moins étranger au sanscrit et au grec, et qui se montre pour la première fois en latin d’une façon prédominante. On peut l’expliquer par un double progrès dans l’unité des mots et dans l’aisance de la prononciation. Au moment où l’on prononce la voyelle, l’organe se prépare déjà pour le son qui va suivre ; cette préparation se réfléchit sur la voyelle, et fait choisir celle qui se prête au voisinage avec le plus de facilité. Si une pareille influence ne s’exercait pas encore dans l’état antérieur du langage, cela tient sans doute à ce qu’on appliquait alors à des mots d’une unité moins concentrée une prononciation plus lente et moins courante, et aussi à ce que dcsélémenls d’une combinaison plus récente se prêtaient moins à la dégénérescence.
L’a est toujours primitif aux endroitsoù il subsiste ; aucune lettre suivante n’a le pouvoir de l’attirer ni de le fixer spécialement. Il en est presque de même
de Vo. On ne connaît qu’un seul cas bien constaté où une consonne attire o pour a. C’est, comme nous l’avons vu, le e qui le précède ou qui le suit : sscr. avi —ouïs; nava = noinis; vamârni—vomo. Du reste, l’o s’affaiblit et cède sa place aux autres voyelles presque aussi souvent que l’a. C’est ce qui eut lieu dans les flexions. On peut admettre que toutes les flexions en us , uni, unt , étaient antérieurement en os, om , ont. Outre l’analogie du grec o;, ov, ovti, on a une preuve authentique à cet égard dans les inscriptions archaïques, notamment dans celle du tombeau des Scipions : Ilonc oino ploirume cosentiont duonoro optumo fuise viro, Luciom Scipionc , fil i os Barbati, consol
On voyait au Musée Campana une coupe archaïque en terre cuite, sur laquelle était écrit bonom pocolom. Ce mot de pocolom, ainsi que plusieurs semblables, tomolo , famolus, etc., conservés dans les inscriptions, nous apprennent que le diminutif ulus était antérieurement olus, qui s’est conservé dans les formes en eolus et iolus : filiolus, Tulliola, capreolus, etc.
Après la chute d’une consonne finale, les voyelles i, u, ont tendance à être remplacées par e : mage, pote, pour magis, potis ; arnabare= amabaris; necesse— necessum; fecere — fecerunt. Telles sont aussi les finales des nominatifs en en : agmen, tibicen , comparées aux autres cas en inis, ine, etc. E est pour i dans puh>eris=. * pulvisis; pour u dans vulneris — * vulnusis; dans les participes en endus — undus.
§ 27. — Dans les composés latins, en y comprenant les mots formés d’un radical et d’un préfixe ou d’un redou-
VOCALISME.
blement, le second membre éprouve d’ordinaire un affaiblissement dans sa voyelle radicale. C’est là un phénomène non moins nouveau et spécial au latin, que celui que nous signalions tout à l’heure. M. Corssen 1 l’attribue à ce qu’originairement ce second membre, qui est le déterminé, perdait l’accent aigu, qui s'attachait exclusivement au premier membre ou déterminant. A cette explication incomplète, puisqu’en sanscrit la même accentuation des composés existe sans produire les mêmes effets, nous joindrions celle qui se tirerait de l’unité du mot et de la fusion de ses éléments, plus grandes en latin qu’en sanscrit et en grec. Quoi qu’il en soit, la voyelle affaiblie du second membre se transforme encore ici diversement, suivant la consonne qui la suit. Voici les faits principaux, en laissant de côté les exceptions :
Devant les labiales p et b, a se transforme en u ou en i. Ex. : aucupio— averti capio ; contubernium de taberna; accipio de capio ; sinciput de caput ; eripio de rapio; insipidus de sapidus.
Devant l seul, a se transforme en i : insilire de salire ; et en u devant l suivi d’une consonne : insultare de saltare; irisulsus de salsus.
Devant les dentales, les gutturales et les nasales, a se transforme en i. Ex. : profiteor de fateor ; institua de staluo; Jupiter de Jovis-paler ; displiceo de placer e; reliceo de tacere ; difficilis de facere; inimicus d’ amicus; immineo de manere ; cominus de manus.
L 'a se transforme en e devant deux consonnes réunies (sauf quand la première est un l, insultare , ou