‹ Grammaire comparée des langues classiquesChapitre 25 sur 100 · I, 328 sqq · texte numérisé non relu

I, 328 sqq

2. I, 363, note; cp. L. Quicherat, Fers i fient ion latine, p. 84.

fin d’un pied. On peut aussi, sans hésitation, considérer les finales de quantité douteuse, comme des longues en train de s’abréger à l’époque classique. Mais, en beaucoup de cas, la longueur primitive des finales ne peut qu’être induite du rapprochement des langues congénères.

C’est ainsi que, dans les nominatifs singuliers féminins de la première déclinaison, on suppose que Va était primitivement long en latin comme en sanscrit et en p rtie en grec, où il s’est le plus souvent changé en ■/!. Mais pour le prouver directement, on ne possède que l’exemple peu concluant d’un a long à la césure dans ce vers d’Ennius :

Et densis üquïlà pcnnis ubnixa vnlabat.

Il est plus certain qu’à la même époque les ablatifs eu e de la troisième déclinaison étaient encore longs, puis qu’on avait conservé l’habitude de les écrire en ei. Tel est cet autre vers d’Ennius :

T uni cava sub montei late specus intu' patebat.

Aux temps classiques, Vo est douteux dans les nominatifs singuliers de la troisième déclinaison et dans la première personne au singulier de l’indicatif présent des verbes. Il était long originairement, comme le prouve la comparaison avec le grec : ‘k£a>v = leo; Xo’joj = /flco. De bonne heure, l’accentuation tendit à le rendre bref. L’abrégement alla jusqu’à Vo des ablatifs singuliers de la seconde déclinaison, dans les mots employés à l’état invariable , tels que rnodô , citô, illico , et même aux gérondifs en do, qui sont de purs ablatifs. Cette influence s’étendit aux duels duo , ambo ,

correspondant en grec à des finales en w, et aux impératifs en lo : estô, cp. Istm.

Dans la finale at des troisièmes personnes à tous les temps des verbes, \'â était primitivement long, comme il est demeuré dans les autres personnes âs, âmus, âlis. Ennius a dit :

Nœnum rumores ponebât ante salutem 1 .

Il en est de même pour la finale verbale en et, comparée à es, émus, ctis. Ennius a dit :

Omnibu' cura viris uter essët induperator.

Il en est encore de même pour la finale en il de la quatrième conjugaison, comparée à Is, ïmus, itis.

Le bus des datifs et ablatifs pluriels avait peut-être été originairement long, comme il l’est resté dans son équivalent en i, dans nobïs, vubïs. Les nominatifs en or de la troisième déclinaison étaient longs, comme le prouvent les cas obliques en ôrent, ôris, ôre, et les finales grecques correspondantes en ttio, v-wp. Les' passifs en or étaient longs, provenant d’un actif également long à l’origine : amôr=amô+$qs

§ 31 . — Nous arrivons enfin aux chutes de voyelles, qui sont le dernier degré de l’affaiblissement. Dans

1 . Telle est la meilleure leçon de ce vers d’aprè£ fa majorité des manuscrits dn De officiis de Cicéron, avec la correction proposée par Lachmann, nœnum pour non enim. Voy. la 2 e édit, du Cicéron d’Orelli, par Baiter et Halm, t. IV, p. S88. Non ponebat enim ne se trouve que dans un manuscrit, le plus moderne de tous. C’est visiblement la correction d’un archaïsme incompris. •

VOCALISME.

l’impossibilité d’en passer ici tous les cas eu revue, nous noterons seulement quelques exemples capitaux, renvoyant pour les détails au grand ouvrage de M. Corssen 4 . La cause principale qui entraîne les chutes est toujours l’accent aigu sur la syllabe qui précède, du moins dans la période d’accentuation archaïque dont nous avons parlé plus haut. De plus, la chute des voyelles est en rapport direct avec leur légèreté. L’a, qui est la plus grave de toutes, est aussi celle qui offre le plus de résistance. Il ne tombe jamais en finale : l’aide * puerus disparait dans puer, mais l’a de puera résiste. Dans les cas rares où tombe l’a médial, son affaiblissement a le plus souvent précédé sa chute. Ainsi nomenclator , de nornen + calare, suppose un primitif * nome ncalator ; mais avant de tomber, cet a s’est affaibli en u : nomenculator \ De même * præhabeo, avant de se contracter en præbeo, s’est affaibli en præhibeo , qu’on trouve dans Plaute.

Cette observation a inspiré à M. Corssen des réflexions dont on ne saurait trop louer la justesse : « L’a ne tombe qu’après s’être converti en u, e, i. On pouvait déjà le conjecturer à priori; mais quand un tel postulat de la raison est clairement établi par les faits, cela témoigne d’une action organique et rationnelle de l’esprit linguistique, qui travaillait et construisait son œuvre d’après une nécessité intime, longtemps avant que les individus qui parlaient la langue en eussent conscience et eussent songé à s’en servir pour bâtir la grammaire et la philosophie du langage*. »

1. T. Il, p. \ à 70. — 2. Martial, Epigr. X, 30, 23. 3. II, 52.

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Pour les autres voyelles, citons quelques cas fréquents.

L’o tombe dans les suffixes féminins en Irix = lorix. L’a tombe dans les diminutifs primaires ou secondaires : bacillus = * bacululus ; gernellus= * geminulus ; puella — * puerula; Stella = * steru/a; corolla — * corunula; ampulla = * amphorula, etc. Les comparatifs en lus se réduisent en is dans les indéclinables ma gis = * ma glus, satis = satius. L’e tombe dans supra, infra, intra,=supera, etc. Nous avons déjà parlé de ces chutes d 'e devant r, si aisément amenées par la facile prononciation de cette liquide après une autre consonne. Les syllabes ve, ni subissent de fréquentes suppressions : junior — * juvenior ‘ ; amasti = amavisti ; optaram—optaveram. La chute de l'/est très-commune : * quæstor — quæsitor; na/de — valide; nauta = navita ; cautum = * cavilum ; audeo, cp. avidus; tegnien — tegimen. Les suffixes en mnus, alumnus, Vertumnus, appartiennent à d’anciens participes moyens dont la forme intégrale en minus = [xevo; est encore conservée dans les passifs : amamini, legimini.

Ces chutes préludent à la construction des langues néo-latines. Telles sont les formes caldci=calida; merlo (dans les inscriptions) =r= mérita; postus et ses composés dispostus, compostus, repostus, qui abondent dans Lucrèce et dans Virgile, et qui sont déjà de l’italien.

Des changements non moins importants que ceux

i . La quantité de jüvenis , comparée à celle de junior, fait penser qu’il y a ici, non une simple chute de ve, mais une chute de v et une contraction d’e.

VOCALISME.

que nous venons d’énumérer eurent lieu, à propos des diphthongues de renforcement, entre la période archaïque et la période classique. Nous prendrons soin de les noter et de remonter autant que possible aux formes premières ; car pour comparer le latin avec les langues congénères, l’état le plus probant est l’état ancien, comme étant le plus voisin de l’identité pri mitive, et livrant la vraie explication de mainte forme qui , dans l’état classique, resterait inexplicable ou donnerait lieu à de fausses analogies.

§ 32 - 34 . ALLONGEMENT d’ à ET DE SES ÉQUIVALENTS

§ 32. — Reprenons la comparaison générale du sanscrit et des langues congénères.

La question de savoir s’il y a un â primitif est débattue entre les sanscritistes. Nous dirons quelques mots de cette controverse en parlant des racines. Ici nous noterons seulement les cas où Va et ses équivalents ë et d s’allongent en â et en ses équivalents ë et ô, en grec, en latin et dans les langues germaniques.

Le sanscrit n’ayant ni ë ni ô, manque également de l’è et de Vô, avec lesquels on ne doit pas confondre les diphthongues ai, au, à tort transcrites en ë et en ô.

L’allongement d’« en â est fréquent en sanscrit. Il se montre dans ksipâmi (jacio) comparé à ksi pat i (jacit); dans le féminin açvâ (equa) comparé au masculin açvas (equus); dans le pluriel daivàs (dii) comparé au singulier dnivas (deus), etc.

§ 33. — L’â sanscrit a pour représentants en grec,

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