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Les grammaires sanscrites mettent encore au compte du

VOCALISME.

Si l’on recherche la raison du guna, de la vriddhi et des renforcements en général, il est naturel d’y voir une insistance emphatique de la voix, destinée à appeler l’attention sur la syllabe qui les porte et à lui donner plus d’importance. Cette explication est fortifiée par la coïncidence, sinon absolue, au moins générale, qui existe entre l’accent tonique et le renforcement. Dans la majorité des cas, le renforcement se rencontre avec le libre accent du sanscrit. Ainsi la racine verbale bhid (fendre) fait au parfait redoublé bibhdida (j’ai fendu), avec guna du radical accentué, et bibhidimd (nous avons fendu), sans guna du radical inaccentué. On a de même tutàuda (j’ai piqué), lutudimâ (nous avons piqué), lU( l (lat- tunderé). Le verbe i (aller) frappe de guna le radical dans les personnes du présent où le radical est accentué, et le laisse sans renforcement dans les personnes où il n'est pas accentué: aimi, aisi, aiti (eo, is, it), imâs. ithd, jdnti pour * iânti (imus, itis, eunt). Le grec suit ici le sanscrit pour le renforcement, mais avec une accentuation dérangée : eipu, eïç, ewti, tjuv, îve, ïasi ; à cause de ce principe nouveau, qu’en grec, les flexions verbales ne portent pas l’accent.

Nous allons passer à l’examen successif des voyelles i et u. Nous y verrons les phénomènes du renforcement se présenter aussi dans les langues congénères, mais presque exclusivement sous la forme du guna et sans distinction de la vriddhi.

guna et de la vriddhi le passage des pseudo-voyelles r et l en ar, ar, al, àl. Nous rappelons que le point de vue comparatif amène plutôt à considérer r et l comme des affaiblissements des syllabes ar et al spéciaux au sanscrit.

§§ 36 - 39 . LA VOYELLE i.

§ 36 . — L7 est primitif dans le sanscrit imas (nous allons), y li, cp. qwv, imus; vidmas (nous savons), sJ vid, cp. îàpev, vide mus, et le gothique vitum (nous avons su) ; dans le suffixe li formateur de noms féminins, comme pakti (coction), cp. r^tç, etc.

Le plus souvent, peut-être toujours, en sanscrit, i long paraît provenir d’un i bref. C’est ainsi que 17 de pati (dominus) s’allonge à l’accusatif pluriel patin pour * patins. De même gir (sermo), acc . giram, fait au nomin. sing. gir pour * gir s, au pluriel girbhis, girsu, etc.

Le grec présente, avec la même racine, i bref dans à' 7:iov (je bus), et long dans iuvcd (je bois), itïfii (bois!). Nous parlerons plus bas du latin, dans lequel 17 ne paraît pas s’être allongé directement.

Le guna de 17 en sanscrit est ai. On le trouve dans ai mi (je vais), y/*, cp. eîpi; dans vaida (je sais), y/ vid, cp. olàa; daiva (dieu), y ! div (splendere) ; bibhaili (il craint), d bhi ; çaitai (il gît), y/ çi, cp . xeîtai ; vaiça (domus), y / viç (entrer), cp. olxoç.

La vriddhi de 17' est âi. Elle sert surtout à tirer des dérivés secondaires de dérivés déjà frappés du guna. Ainsi, de daiva (dieu) on tire dâiva (divin); de vaida (science), on tire vàidja (savant); de vaiça (maison), vâiçja (habitant, homme de la troisième caste) .

§ 37. — Le grec opère le guna de 17 par l’insertion tant de l’a que de ses deux équivalents t et o. Ainsi aï9op.at (brûler) nous présente un radical frappé de

VOCALISME,

guna, comme le prouvent îôatvu (chauffer) et i6apo'{ (clair), qui ont conservé la racine pure, sscr. idh (brûler). Et est le guna de 1\ dans gïpu, comparé à t[i£v ; ot joue le même rôle dans X&otîra, comparé à êXiirov. On suppose, avons-nous dit, qu’il existe entre et et ot une certaine gradation due à la différence de poids entre e et o. Elle expliquerait dus nuances comme celles qui distinguent 1 têoç (gutta), lilSoj (libare), et>.oi€n (libatio).

§ 38. — Le guna latin de IV avait lieu d’abord au moyen de l’a et de ses équivalents, en ai, ei, oi. Mais dans le latin classique, ai est devenu æ; ei est devenu

I ou ë; oie st devenu œ, i ou même «, comme le prouve la comparaison avec les monuments que I on possède d’une latinité plus ancienne 1 .

Le guna est en ai ou æ dans ædes (maison, antérieurement foyer), sj idh (brûler), cp. aîôouoa (vestibule); dans mæstus, cp. miser ; æmulus, cp. imitari, etc.

Il est en ï pour ei ou oi dans divus — sscr. daiva ; vicus—vaiça; vïnum — vaina , olvoç. L’ë remplace l’ï dans vëndemia pour vindemia ; dans les pluriels en es, auparavant en îs, pour eis, omnês, ornais, omneis.

II devient même bref par position devant une autre voyelle, dans dëus pour * dêvus, cp. dü>us.

Le guna est en œ pour oi dans fœdus, cp. fïdes. L ’œ passe en ü dans des mots comme ünus , commune ,

i . Les diphthongues grecques ont subi en réalité une simplification analogue : ai est devenu ê-, ei = t; oi — ï, mais dans la prononciation seulement; l'orthographe s'est maintenue.

mü/iire, anciennement écrits oinos, comoine , mœnire ; Punicus de Pœnus ; pœna et pünire, etc.

On verra peut-être une double gradation de IV, analogue au guna et à la vriddhi, dans les trois formes fïdes, jîdus (feidus) et fœdus ( foidus ).

§ 39. — Le guna, de même que l’affaiblissement des voyelles, joue un grand rôle dans la conjugaison germanique. Nous en parlerons en son lieu. Constatons seulement ici que le guna de IV a lieu en gothique par ai, haut-allemand ei. Ainsi la y f bit (mordre), sscr. bhul (fendre), qui est pure au prétérit 1 " pers. plur. goth. bitum , anc. haut-all. bizumes, fait à la 1” pers. sing. goth. bail, anc. haut-all. beiz (je mordis); cp. sscr. bibhidima (nous fendîmes) et bibhaida (je fendis).

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