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DE LA COMPENSATION

§ 44. — Ce phénomène constitue une sorte de balancement organique. Les voyelles radicales sont sujettes à s’affaiblir par compensation devant des suffixes et des flexions chargés et pesants. Réciproquement, les voyelles sont sujettes à se renforcer par compensation, quand une consonne ou même une syllabe qui

4. Telle est l’origine delà prononciation anglaise de l’u long en iou, comme dans huge (énorme), pr. hiouge ; tube , pr. tioube ; use , etc.

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les suit vient à tomber : il arrive souvent alors qu’à la place de la consonne tombée il y a un renforcement de la voyelle précédente, par voie d’allongement ou de diphlhongue. Le français en offre de nombreux exemples. La chute du s à l’intérieur des mots y a allongé la voyelle qui précédait: cp. rester et arrêter, pasteur et pâtre. Ce serait , à notre avis, mal interpréter ce phénomène que de parler d’une transformation de consonne en voyelle. Sauf deux cas que nous verrons tout à l’heure, les voyelles et les consonnes ne permutent pas, étant de nature différente; seulement le voisinage ou la suppression des unes peut t agir sur les autres, et c’est ce qui a lieu dans la compensation.

Nous avons parlé (§ 22) de l’affaiblissement des voyelles par compensation devant les flexions lourdes. Nous y reviendrons à propos des flexions. II nous reste à dire quelques mots du phénomène contraire, c’est à dire du renforcement compensatif des voyelles.

§ 45. — Ce renforcement a souvent lieu en sanscrit par suite de la chute d’une ou plusieurs consonnes qui suivaient la voyelle. Tantôt, et c’est le cas le plus simple, il se borne à un allongement de la voyelle. Ainsi durmanas (mal intentionné) fait au nominatif sing. masc. dur marias pour * diirmanas-s (le deuxième s étant le signe du nomin. sing. masc.); à l’accusatif pluriel des thèmes masculins en a , la flexion art est pour ans , par chute du s terminal 1 ; râgan (roi) fait

1 . La même chose a lieu en français sans qu’on s’en aperçoive. A moins de liaison, la prononciation n’y fait pas sentir le s des pluriels; mais par compensation, elle allonge la voyelle

au nomin. sing. râgâ pour * râgans ; pitar (père) fait de même au nomin. sing. pità pour * pilars.

Tantôt le renforcement compensatif a lieu par diphthongue , et quelquefois alors il présente des formes d’un genre particulier. Nous avons vu plus haut qu’en général l a sanscrit peut se renforcer par allongement, mais qu’il n’est pas sujet à se modifier en diphthongue. Cependant, quelques cas de compensation le modifient en une diphthongue ai, au, dont l’origine ne peut guère s’expliquer que par l’adjonction fortifiante d’un i ou d’un u, ou du moins par un allongement où le second a (â—a + d) se serait affaibli en i ou en «.

Ainsi aidhi (sois !) pour *asdfii, y/ as (être), ne s’explique que par l’adjonction d’un i compensatif de la chute du s. Selon M. Benfey', cette diphthongue s’expliquerait ainsi : l’a de * asdhi se serait d’abord allongé par compensation en * âdhi , équivalent à * aadhi ; et le second a se serait affaibli en i de manière à former la diphthongue ai. On ne peut expliquer de la même manière les formes analogues daihi (donne!) Jdâ ■ dhaihi (pose), y /dhâ. Peut-être résultent-elles de la contraction d’anciennes formes redoublées dadàhi, dadhàhi, où la voyelle radicale se serait d’abord affaiblie en i : * dadihi ’, par suite de l’accentuation de la dernière syllabe, et de la tendance

qui précède, quand elle n’est pas un e muet ou une voyelle déjà longue : beau-beaux , bon-bons, enfant-enfants. Si l’on prononce ces mots à haute voix, l’oreille distinguera bien ce que nous indiquons ici.

i . Kurze grammalih, § 1 65, note.

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