‹ Grammaire comparée des langues classiquesChapitre 45 sur 100 · EN SANSCRIT · texte numérisé non relu

EN SANSCRIT

§ 82. — Les règles de l’euphonie sanscrite sont des plus compliquées. Nous ne pouvons que noter les plus importantes au point de vue comparatif, en renvoyant pour le reste aux grammaires sanscrites et notamment à celles de M. Benfey et de M. Max Millier.

A l’exception des nasales gutturale, palatale et cérébrale, qui ne sont que des accommodations du n dental, toutes les consonnes peuvent jouer en sanscrit le rôle d’initiales, mais non tous les groupes 1 . Remarquons seulement que parmi ces groupes initiaux (à l’exception d’un seul, pt , fort rarement usité)/ ' aucun ne se compose de deux explosives de suite.

11 n’y en a pas davantage dans les finales. On peut admettre que la formation et la composition des mots amènent seules les explosives médiales en contact.

§ 83. — Quant aux médiales, les groupes de consonnes admises en sanscrit sont fort nombreux. La plupart sont de deux lettres, mais il peut y en avoir jusqu’à cinq. M. Benfey les a énumérés dans sa Grammaire complète (§ 12J. Nous y renvoyons, nous bornant à constater ici quelques lois qui en ressortent.

1° Deux explosives voisines ne sont souffertes

i. Voy. Benfey, Follstàndige grammatik, § 10, où tous les groupes de consonnes initiales sont énumérés.

qu’au meme degré, sourde contre sourde, sonore contre sonore. Quand, dans la formation des mots, deux explosives de degré différent se rencontrent, c’est la première ou antécédente qui se met au degré de la seconde ou subséquente*. Ainsi la racine jug (jungere), unie au suffixe participial ta, fait, non pas * jug- ta ni *jug-da , mais jukta.

2° Nul groupe commençant par une explosive aspirée ne continue par une explosive (sauf des géminations très-rares, khkh,dhdh). En d’autres termes, il ne se rencontre pas de groupe d’explosives commençant par une aspirée. Si la formation des mots amène la rencontre d’une aspirée antécédente avec une explosive subséquente, soit aspirée soit pure, l’antécédente perd son caractère pour prendre celui des pures ; mais comme l’aspiration doit se retrouver, la pure qui l’aurait suivie s’aspire elle-même par métathèse. Ainsi la j budh (s’éveiller, savoir), unie au suffixe participial ta, fait, non *budhta ni *bud/ida, mais bud-dha (éveillé, savant) 1 .

La métathèse peut même aller plus loin et, quand il est impossible qu’elle se porte sur la consonne qui

1. M. Steinthal (Charakteristik , p. 480), prétend avec raison que cette accommodation régressive du sanscrit et de quelques autres langues est le signe d’une intelligence active et supérieure, la syllabe qu’on prononce la première s’y trouvant déjà modifiée par la prévision de celle qui va suivre. L’accommodation contraire, du subséquent à l’antécédent, trahit des esprits plus paresseux et moins synthétiques.

2. Ici par une dérogation au principe général que nous signalions tout à l’heure, c’est l’antécédent qui modifie le subséquent pour le degré. La règle ordinaire, avec la métathèse de l’aspiration, exigerait * buttha.

suit, elle peut se reporter sur la consonne de la syllabe précédente, séparée par une voyelle. Ainsi la \J budh prise comme thème nominal, unie à la flexion de l’instrumental pluriel bhis qui commence elle-même par une aspirée, fait bhud-bhis pour *budh-bh/s (sapientibus). Nous verrons en grec quelque chose de semblable.

3° Les aspirées antécédentes d’un groupe ne sont jamais suivies d’une sifflante. L’aspirée que la formation des mots amènerait à cette situation est convertie en pure correspondante, qui par une seconde modification s’assourdit devant la sifflante. Ainsi le même thème budh uni à la flexion su du locatif pluriel, fait bhutsu (apud sapientes), pour * budh- su , avec la même métathèse de l’aspiration.

En résumé, en sanscrit, l’aspirée antécédente d’un groupe de consonnes ne peut être suivie que d’une nasale, ou d’une liquide ou d’une semi-voyelle.

Il en est de même de l’aspirée simple h. Dans les cas analogues, elle se dissout dans la classe d’explosives dont elle provient, car nous verrons qu’elle n’est pas primitive*.

4° Les sifflantes, étant considérées comme sourdes, assourdissent dans les groupes médiaux les explosives sonores qui les précèdent. Au contraire les nasales, les liquides et les semi-voyelles souffrent devant elles,

1. Le A final des thèmes nominaux, quand il est final en déclinaison ou suivi d’une ilexion à consonne initiale, se change en une explosive cérébrale qui se substitue à l’aspirée primitive que h représente. Ainsi, le thème nominal lih (lécheur), de la }J lih (lécher) qui est pour ligh, cp. et lirigere, fait au

ijoiiiin. sing. lit, au plur. instruit!, lidbhis, locatif litsu.

en médiales, les sourdes et les sonores, les pures et les aspirées indifféremment. En initiales, elles agissent comme sonores sur la dernière lettre du mot précédent.

5® Les géminations de consonnes sont beaucoup moins fréquentes en sanscrit que dans les langues que nous lui comparons, leur source principale, qui est l’assimilation, existant peu dans cette langue *. Celles qui se présentent, soit en médiales, soit autrement, doivent le plus souvent leur existence à des accommodations de degré, ou à des renforcements.

6° Sur l’accommodation des nasales, voy. § 142.

§ 84. — Pour les finales, il y a une grande distinction à faire en sanscrit, selon que le mot est suivi d’un repos ou qu’il se lie dans la prononciation avec le mot suivant. Cette distinction, qui semble spéciale à cette langue, existe pourtant jusqu’en français, où beaucoup de consonnes finales, telles que les s des pluriels, ne se prononcent que sur le mot suivant et non autrement. Mais le sanscrit est la seule des

t. En revanche elle existe au plus haut degré dans le pâli qui est directement dérivé du sanscrit. On peut même dire que l’invasion de l’assimilation dans le sanscrit a été le grand agent pour la formation de cette langue.

Relevons comme un des rares exemples de l’assimilation en sanscrit la règle d’euphonie qui veut que le t final s’assimile, quand le mot suivant commence par une explosive palatale. Ainsi tat + Ha (idque) devient tnkha.

La dissimilation est plus rare encore en sanscrit que l’assimilation. On peut citer gànàmi (nosco), pour * gnândmi, ^ gna, dont le n est tombé à cause de la caractéristique nà qui le suit dans la conjugaison. Le grec présente un cas analogue dans fivwoxto pour ’fiYvtisxüj, cp. yviopt.

langues indo-européennes qui ait noté dans son orthographe ces nuances délicates de la prononciation.

Devant un repos, les seules consonnes finales admises en sanscrit sont les explosives pures sourdes, à l’exception de la palatale k, laquelle devant le repos retourne à son.origine, la gutturale k : donc k , t , t, p; la liquide /, les nasales ou l’anusvâra qui en tient lieu. Quant à s, qui organiquement termine beaucoup de mots, et à r qui en termine aussi un certain nombre, devant le repos ces lettres sont remplacées par le visarga ( h faible) ; mais dans les citations grammaticales on rétablit le s et le r organiques.

11 en est tout autrement à l’intérieur de la phrase : les mots s’y unissent entre eux, pour l’orthographe, à peu près comme si la phrase entière ne formait qu’un seul mot composé. Les finales sont altérées sous 1 influence des initiales qui suivent, et toutes celles dont la présence était interdite devant un repos reparaissent selon les occasions. La différence entre les deux cas tient sans doute, d’un côté à l’accent qui assourdissait les finales devant le repos, et de l’autre à un mode de parler qui liait fortement entre eux les mots de la phrase.

Les seuls groupes de consonnes soufferts en finales sont bilittéraux et composés d’un r suivi exclusivement, devant le repos, de k, t, t, p; soit rk, rt, rt, rp. Tout autre groupe final se simplifie, le plus souvent par la chute de la dernière consonne. Telle est la finale des 3“ personnes plurielles en an, abaudhan, pour * abaudhant (ils savaient), cp. baudhanli (ils savent).

Quant aux finales non suivies d’un repos, les règles

dans la rencontre des mots sont en général les mêmes que les lois d’accommodation que nous avons indiquées pour les médiales. L’élément déterminant est l’initiale suivante : la finale s’y accommode, sourde devant sourde, sonore devant sonore (les voyelles initiales, les liquides, nasales, semi-voyelles et l’aspirée simple étant comptées comme sonores). Nous dirons quelques mots des cas particuliers à propos des lettres qu’ils concernent. Pour les détails et l’étude systématique de cette euphonie (appelée en sanscrit sarulhi , liaison), nous renvoyons aux grammaires sanscrites.

Page 1