DES CONSONNES PRIMITIVES
§ 91 . — Avant de reprendre les consonnes une à une, il nous reste à dire quelques mots sur leur ordre d’ancienneté, et à les ramener autant que possible aux consonnes primitives qui doivent servir de points de repère pour la comparaison.
L’étude comparative des voyelles montre que le sanscrit et le gothique en ont conservé l’état le plus ancien, réduit aux trois voyelles fondamentales a , u, i. Pour les consonnes, la comparaison des langues montre que l’état le plus ancien a été conservé par le grec. C’est vers les consonnes grecques qu’on est ramené le plus souvent par les rapprochements étymologiques.
L’alphabet si complet du sanscrit contient beaucoup de lettres qui doivent leur origine à des nuances île prononciation nées ou du moins notées dans celte langue après la séparation des peuples. C’est ainsi que
les cérébro-dentales paraissent être nées du commerce des Aryas avec les races jaunes qui occupaient avant eux le sol de l’Inde. Les palatales 1 résultent également d’un développement spécial du sanscrit, où elles forment transition entre l’état explosif des gutturales et leur état continu. Les langues congénères dont nous nous occupons n’en possèdent pas les équivalents.
Sauf des cas exceptionnels, les aspirées sourdes du sanscrit, kh, ih , ph sont traduites par des putes dans les langues que nous comparons. Ainsi le sariserit prihu (large) fait en grec ir^arru; asthi (os) fait ôsTê'ov ; ratha (char) fait le latin rota. On en a conclu que ce genre d’aspirées n’était pas primitif en sanscrit et provenait de dégénérescences. Quant aux aspirées sonores gh , dh, bh , leur caractère d’aspirées primitives ne saurait faire de doute; mais les langues que nous comparons les traduisent par des aspirées sourdes, savoir, le grec par y, 0, <p, et le latin par fou b, saus qu’on puisse décider d’une manière certaine lesquelles, des aspirées sonores sanscrites ou des aspirées sourdes grecques, sont le plus près des origines.
La sifflante s est seule primitive. Les autres proviennent, ç de k, s de s et de k, et h des aspirées.
En résumé, l’examen comparatif des langues indo-
1 . Comme nous l’avons dit, nous ne tiendrons pas compte des cérébro dentales sanscrites, à cause de leur défaut d’intérêt comparatif, et nous négligerons d’indiquer suivant quelles règles elles se substituent aux dentales, renvoyant sur ce point aux grammaires sanscrites. Quant aux palatales k, g et h la sifflante palatale ç, nous en parlerons en traitant des gutturales dont elles proviennent.
européennes amène à considérer comme primitives les consonnes suivantes : gutturales, 4, g , g/i (-/J ; dentales t, d, dh (0); labiales p, b, bh (<p); nasales n, m ; liquides r, /; semi-voyelles y, v ; sifflante, s.
Comme on le voit, les continues correspondant aux explosives n’apparaissent pas encore dans l’état primitif. Celles qui sont retenues ici peuvent être considérées comme issues d’une autre source : s comme sifflante primitive et non comme dégénérescence des dentales; v comme semi- voyelle primitive et non comme dégénérescence des labiales.