TRANSFORMATIONS EN SANSCRIT
§ 92. — K. Le k est primitif partout où il se présente en sanscrit*. Ex. : ka (quis); yj kar (faire), etc. Mais la comparaison du sanscrit avec lui -même et avec les langues congénères montre qu’en beaucoup d’occasions le k y a subi divers genres de dégénérescences.
La plus ordinaire est celle qui fait passer l’explosive par affaiblissement à l’état continu, soit imparfait dans la palatale k, soit complet dans la sifflante ç\ Ainsi le verbe kar devient au parfait redoublé Rakàra (fecit) pour *kakâra, le redoublement y affaiblissant le k en R. La yj vak ( loqui ) est pour *vak , comme le prouve le latin l'ocare.
L’affaiblissement du k en ç est prouvé par la comparaison du sanscrit, yj ci (jacere), avec le grec : çaitai = xeîvai (jacet); yj cru (audire),gr. xXuu; \ j diç (montrer), àetxvupi, dico ; daçan , Séxa, decem ; çvan (chien), xuwv, canis, etc.
1 . Il est bien entendu qu’on excepte les k amenés par l’euphonie.
2. L’analogie de ce passage a lieu dans la prononciation du c français, qui est une gutturale explosive devant les voyelles a, o, u, et une sifflante sourde devant e et i.
Pour être comparés étymologiquement, les mots sanscrits en k et ç doivent donc être ramenés à des formes primitives en k.
Un p s’est substitué au k primitif dans quelques cas que nous verrons se multiplier en grec. Ex. : yj pak (cuire) pour *kak = coquere ; pnnRan (cinq) pour *kankan — quinque ; ap (eau) pour *ak=aqua.
Enfin le h est quelquefois un remplaçant du k, par exemple dans hfdaja (cœur) pour *kardaja, cp. xap^ia, cor. On doit supposer un intermédiaire *khrdaja.
§ 93. — G. Comme le k, le g est primitif en sanscrit partout où il se trouve, sauf les rencontres euphoniques; mais il a une grande tendance à s’amollir en g palatal, comme il le fait dans les redoublements. Ex. : gi garni (je vais), yj gâ ; et dans une foule de yj, telles que jug (joindre), qui, dans juga = lat. jugurrt , a conservé son g primitif.
§ 94. — KH. Les aspirées sourdes du sanscrit n’étant pas considérées comme primitives, le kh est attribué à deux origines :
1° A une variation du k pur, prouvée soit par le sanscrit lui-même, dans lequel la yj khakh n’est qu’une variante de la yj kakkh (rire) == gr. v.oLv.f x*u>, lat. cachinnare ; soit par la comparaison des congénères; ex. : khindami (désespérer) , cp. gr. xîvàuvo ; (danger); khalng (ténèbres), lat. caligo; yj khan (creuser), cp. lat. canalis, etc.
2° Kh provient aussi d’un primitif sk, où le s est tombé en aspirant le k par son influence. Ainsi, la yj
khang (boiter) se rapporte au grec oca(<o ; v / (mêler), à l’anglo-saxon scncan, anglais lo s/iake (secouer).
Mais le plus souvent sk a dégénéré en la palatale K h, correspondante à kh. Ainsi gaMhàmi (je vais), est pour *gaskânu, cp. homér. (Sxgxw; \J khid (fendre), est pour *skid, cp. et scindere; fchâja
(ombre), pour *skâja, cp. <rxta\
$ 95. — GH. Au contraire le gh sanscrit est primitif partout où il se présente, et il ne passe jamais à l’état de gh palatal. Sa seule variation est en h, comme le prouvent une foule de mots sanscrits où A a pour correspondant en grec un y ou un y, ou un g en latin et en gothique. Ex.: itham (je), pour *agham, cp.èyo, ego ; \j mi h, gr. 6-piyew, lat. mingere , le substantif maigha (nuage) qui en vient a conservé l’ancien gh ; hàsa (oie), yr|v, allem. gnns; y/ vah (porter), eyw, lat. l'ehere, gotli. vagjnn ; y / lih (lécher), foîyw, linge re ; rnahal (grand), piya;, magnus.
§§ 96 - 98 . — cirn châles originelles et leurs transformations EN GREC.
§ 96. — K. Comme nous l’avons vu (§ 92) , le grec a conservé cette explosive intacte dans beaucoup de cas où le sanscrit l’a modifiée, comme dans jwojv,
1. Dans quelques mots le kh correspond à un y grec, Ex. y ! kliaul (boiler), cp. gr. yu>),oç ; nakha (ongle) gr. d-vuy-o«, çankha (coquille), gr. xo'y y»), lat. concha. Bopp (Gr. comp., §13) suppose que, dans ces rares exemples, le kh était primitivement un gh.
xscp&ta, xîïpiai, £éxa, Setxvufti. Quand il y porte atteinte, il ne la fait pas passer de l’état explosif à l’état continu, ce dernier genre de lettres lui étant étranger, mais il la fait changer de famille, et y substitue une labiale n, ou une dentale t. Ex. : la \J riR (abandonner), primitif *rik, fait en latin linquere, mais en grec Périra; quinque devient tcévte ; coquere , ireTrreiv. Suivant M. G. Curtius 4 , le changement du x en tc s’est étendu à g environ des emplois du x originaire.
Le changement du x en t est beaucoup plus rare. On le trouve dans tiç = quis ; 7revTe = quinque = pankan ; Teccapeç = katvciras, quatuor , cp. l’homérique xurupeç, etc. 11 faut probablement voir ici une palatale dégénérée. En effet les palatales contiennent un son de t. Quant aux causes de la transformation de la gutturale en labiale, nous en parlerons plus loin
§ 97. — r. Le grec a conservé le y comme le x originel dans une foule de cas où le sanscrit l’a affaibli en palatale. Ex.: yévo;, sscr. gana (race) ; yovu, sscr. gânu (genou).
Si le k se change en p en grec et même quelquefois en sanscrit, le g ne se change pas en b dans la seconde de ces langues; au contraire le grec subit ce changement d’une manière notable. Ainsi y ' gà (aller) devient pTijAt; gu ru (lourd), comparatif garljâs , devient {3apu; gau (bœuf), (3ou;.
Enfin le grec offre quelques exemples d’un changement de y en S, comparable à celui de x en t. Ainsi
t. Journal de Kuhn , 111, 401 sqq.
AïipiV/ip (Gérés) est pour rtf-jttfmp (la Terre-mère). Par suite d’une permutation analogue on rapproche SeX<pu; du sanscrit garbha (utérus); et à5eX<po? (frère), homérique â£eX<pEioç, s’explique par sn-garbhja (couterinus).
§98. — X. Aux exemples cités (§ 95) de l’équivalence du y grec au gh sanscrit, ajoutons : stec/m ( aller), stigh (monter) ; £oXiyoç (long) sscr. dlrgha, pour *dargha, comparatif dràghïjâs ; ypiw (oindre), \J ghrs (broyer). I/aspirée dégénère en simple y à l’intérieur du mot, dans èyto, ptyaç, cités plus haut; dans èyyuç (près), sscr. â/tus pour *ai>ghus (étroit).
Très-rarement le grec change le gh originaire en une dentale 6. On peut citer Qepjxo;, qui correspond au sanscrit gharma (chaleur).