GB AMM AIRE COMPARÉE
Pour gh et pour y grec, les exemples certains sont plus rares. Nous citerons : y] ghar (briller), qui a fait gharma (chaleur); déjà en grec le gh s’est changé en 6 : 0épto, 0epp.oç; le latin y répond par le vieux mot formas (chaud) et par fcn>eo; \J ghars (broyer) = ypito (oindre) = frio, frico, far , farina , furfur, frenum, etc. On rapproche encore du grec (bile) le latin fel; du grec y eu, goth. giutan (répandre, allem. mod. giessen), le latin fud, fundere, fatire, fons, etc.
§ 120. — Le f se présente très-fréquemment en médiale dans les langues italiotes, telles que l’osque et l’ombrien. On a l’ombrien tefe (tibi) pour le védique tubhja; prufe (probe), sscr. prabhava (excellent); l’osque méfiai (mediæ), sscr. madhja, etc. Au contraire, le latin, en dehors des mots composés comme efficio, aufugio, etc., n’offre qu’un très-petit nombre de mots qui contiennent le f médial. Tels sont : ru fus ( roux), scrofa (truie), offa (bouchée), si fi/us (arch., sifflement), bufo (crapaud), tofus (tuf), nefrundines [ reins), mefitis (odeur sulfureuse), infra, in férus et ses dérivés, inferior , in f mus'.
Mettons de côté offa et va fer, dont l’origine et les relations nous échappent; tofus et mefitis qui sont des mots étrangers: tofus est le grec TÔ<poç; mefitis était, dans le Samnium et chez les Hirpins, au centre des langues italiotes, le nom d’une divinité qui présidait aux sources sulfureuses. La plupart des autres mots
1 . Nous ne citons pas A fer, Africa, qui sont manifestement des mots d’origine étrangère.
cités ont, en latin même, des formes voisines où l’aspirée f est remplacée par la pure b. A côté de scrofa (la truie en tant qu’animal qui fouille), on trouve scrobis (fosse); à côté rufus, ruber, rubus (la ronce, à cause du suc rouge de ses fruits); à côté de bufo (crapaud), bubo (hibou, animal fort différent, mais peut être nommé de même pour quelque analogie de cri ou d’autre chose); à côté de sifilus, sibilus ; à côté de nefrundines, nebrundines. Ne pourrait-on pas supposer, devant ces rapprochements, que les formes en f aient appartenu originellement à quelque dialecte plus voisin des langues italiotes, d’où elles seraient entrées dans le latin concurremment avec les formes normales en b ?
Pour infra , inferior, infimus, il paraît bien hasardé de les comparer à i/itra, interior, intimus, à cause de la différence du sens. Pourtant on ne peut s’empêcher d’en rapprocher l’allemand unler (angl. under ), qui signifie à la fois « dessous » comme infra , et « parmi » comme intra, et qui comme infra (et intraï) se rapporte au sanscrit ad/iara 1 (inférieur).
On pourrait même ajouter que peut-être les mots composés n’ont souffert la présence d’un f devenu médial qu’à une époque assez avancée de la langue ; car les composés où f se trouve sont d’une clarté qui témoigne de leur récente formation. Au contraire, dans les composés assez anciens pour que le primitif se soit perdu, comme condere, abdere , que je n’hésite pas à rapporter à J dhâ (poser, faire),
1 . Pour le t qui proviendrait ainsi d’un tih [primitif, voy. plus bas, la seconde note du § 123.
plutôt qu’à y ' dà (donner), le dh ne s’est pas converti en f, comme il a probablement fait dans facere, mais il s’est adouci en d simple. 11 en serait de même pour arch. candelaber, cp. lucifer: ber et fer viendraient de ferre (y/ bhar ), à des âges différents.
Quoi qu’il en soit de cette conjecture on peut toujours conclure que si le f médial n’est pas absolument étranger au latin, au moins ne se présentait-il que rarement dans l’état primitif de la langue, tandis qu’il était normal dans les dialectes italiotes.
§ 121. — Le h, dont nous avons indiqué (§ 118) les échanges avec f entre le latin archaïque et le latin classique, est resté, dans ce dernier, comme représentant fréquent de l’aspirée gutturale gh, y, soit au commencement, soit à l’intérieur des mots. Ainsi on comparera yajxo; avec hamus ; yicov avec hiems (le sanscrit hima a, comme le latin, changé gA en A); ye£ p avec l’archaïque hir (main); yoproç (cour) avec hortus, etc. A l’intérieur des mots, le h de veho est pour une gutturale qui se retrouve dans le parfait uexi ( yec-si ).
Un seul cas où h remplace l’aspirée labiale bh, <p, est dans mihi, védique mahja, pour *mabhja, cp. tubhja (tibi) .
Quant à l’aspirée dentale dh , 6, elle n’est jamais remplacée par h en latin.
1. Je ne dois pas dissimuler que cette opinion, qui a été émise pour la première fois par M. Crain ( Bemerkungen zur lateinischen lautle/ire), est combattue par M. Corssen (Nachtràge, p. 193 sqq). Sans prétendre décider, j’ai poussé l’examen des faits aussi loin que j’ai pu.
§ 122. — Le h, étant une faible aspiration que l’italien ne connaît même plus, est souvent tombé : en initiale dans er pour l’ancien her (hérisson) ; dans anser, sanscrit hâsa, gr. yjn'v, allem. gans; dans olas pour l’ancien holus (légume). En médiale la chute de h et de la voyelle qui suit est une contraction trèsfréquente : mi — mihi; nemo = ne-homo ; nil—nihil; via—*vehia; prendere — prehendere ; præbere = præhibere ; debere = *dehibere. En revanche on trouve quelquefois un h probablement inorganique, par exemple dans humérus (épaule), comparé au sanscrit âsa et au grec topo;.
§ 123. — Pour les aspirées médiales, le cas le plus fréquent est celui où elles passent en latin aux sonores pures correspondantes.
Gh ou h sanscrit, grec ■/, devient en latin g. Ex. : ahi—if\t ; (serpent)=a/tgmy‘; nakha (pour *naghà ) = o-vuy-Q? = unguis ; yj lih, Iti/ja = lingere ; \J mih, ôp.i yéu>= mingere ; ùhas (serrement) == arigor, angere, angustus.
Dh ou h sanscrit, grec 0, devient en latin d. Ex. : madhja = médius ; vidhavà = vidua ; urdfwa = op- 0o; (droit) = arduus'.