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d’une race étrangère. A une époque évidemment postérieure à la migration des peuples aryens, le grec et le sanscrit se sont séparés pour la prononciation des aspirées (§ 91). Plus tard encore le latin a traversé une période de prononciation incertaine entre le c et le g (§ 102). Sous l’influence ibérique l’espagnol moderne confond le v et le b. Ces événements bien constatés dans l’histoire des langues indo-européennes nous paraissent donner la clef de ce qui a dû se passer ici.
Reste à comprendre comment, sans convention expresse, on a pu sortir régulièrement de cette confusion. Quand des désordres de cette nature se produisent, il semble qu’ils ne devraient pas engendrer la régularité. On en a sous la main un exemple. Par suite de l’influence des Ibères, dont les descendants basques ne peuvent distinguer le v et le b, l’espagnol a mêlé ces deux lettres dans ses dérivations, et aujourd’hui encore il paraîtdifïicile d’assigner des règles fixes à l’orthographe et à la prononciation différente du v et du b dans cette langue 1 . Si donc le point de départ a été une prononciation indécise, il reste à expliquer comment l’instinct linguistique des peuples germains a réussi à sortir de cette confusion par une orientation régulière et un choix fixe et déterminé entre les sourdes, les sonores et les aspirées, question plutôt du domaine de la psychologie que de celui de la
1. Voy. Diez, Gramm. des langues romanes, 2' éd., t. I, p. 371 . Le savant auteur a mêlé, dans le passage que nous citons, deux choses qu’on voudrait distinguer : 1° la tendance à passer du b au v, de l’explosive à la continue, commune à toutes les langues néo-latines; et 2° la confusion entre le v et le b, particulière à l’espagnol.
linguistique , et dout la solution n’est pas encore trouvée.
§ 141 . — M. Muller suppose* que les trois prononciations se sont différenciées simultanément, chacune de son côté, et non successivement. J. Grimin a soutenu l’opinion contraire’; et à nos yeux, lors même qu’on n’admettrait pas comme suffisantes ses raisons de croire que le langage des Gètes n’avait pas encore subi la substitution des consonnes, il resterait toujours des motifs sérieux de penser que la substitution gothique a précédé celle du haut-allemand.
On les tirerait d’abord de ce que, comme nous l’avons vu, la première est bien plus complète, plus régulière et sujette à moins d’exceptions que la seconde, et que dans beaucoup de cas, la substitution hautallemande s’arrête à l’étage gothique ou a tendance à y revenir. Bien plus, le haut-allemand se plie aux exceptions du gothique, et c’est en prenant celles-ci pour point de départ qu’il fait son évolution propre. Par exemple, lorsque, par uue dérogation sans motif
\ . Loc. cit.
2. Gesch. der deutschen sprache, p. 436. Notons seulement pour mémoire l’opinion que, dans son patriotisme naïf, l’illustre J. Grinnn a exprimée sur l’origine de la loi de substitution. Elle serait due (ibid. ,*p. 437) à l’orgueil que les Germains conçurent lorsqu'ils envahirent l’empire romain. Cet orgueil aurait communiqué de l’emphase à leur prononciation et leur aurait fait prononcer les sonores en sourdes et les sourdes en aspirées. Mais, « s’il en était ainsi, ajoute avec finesse M. Max Muller (ouv. cit., p. 200), la réduction des aspirées en sonores pures, qui sont les plus douces des lettres, ne prouverait-elle pas à son tour la tendance opposée ? »
appréciable, la racine védique grabh (prendre) se présente en gothique sous la forme greipan au lieu de * greiban *, le haut-allemand greifen a opéré la substitution en subissant l’influence de greipan et non celle de grabh , qui aurait donné *greipen. C’est donc au gothique qu’il est subordonné. Si, comme il ne paraît guère douteux, on accepte le sanscrit ahan (jour), qui est pour *dahan (^ dah, brûler, briller, cp. grec &atw), comme l’origine du gothique dags (jour), angl. day , on possédera ainsi un autre exemple du même genre ; car la loi de substitution exigerait que le gothique fût *tags et le haut-allemand *zack. Mais le gothique ayant gardé par exception la dentale primitive, le haut-allemand a opéré sa substitution, tag , en prenant encore l’exception gothique pour point de départ.
Enfin une dernière preuve que la substitution hautallemande n’est pas contemporaine de la substitution gothique est fournie par J. Grimm 1 2 . 11 fait voir par des documents positifs que la substitution haut-allemande s’est opérée successivement à partir du troisième siècle de notre ère, et quelle n’était pas achevée dans les monuments de l’ancien haut-allemand qu’on possède du septième au neuvième siècle.
J .a Prière de Wessobrunn et le Chant de Hildebrand ont encore dat pour daz et des formes analogues. Il est visible que cette substitution était alors encore flottante et indécise. Ainsi Notker emploie, suivant une euphonie qui lui est particulière, tantôt les
1 . Pour le g , on admet qu’il est protégé par le r qui le suit.