‹ Grammaire comparée des langues classiquesChapitre 72 sur 100 · NASALES SANSCRITES · texte numérisé non relu

NASALES SANSCRITES

§ 14*2. — On se souvient que le sanscrit possède autant de nasales que de familles de consonnes, et de plus l’anusvâra auxiliaire, employé surtout à la fin des mots (v. § 59).

Parmi ces nasales, deux seulement, la dentale n et la labiale m, sont primitives. Les autres n’en sont que des transformations appelées par les lois euphoniques. La seule de ces lois à relever ici est celle qui veut que, lorsqu’une nasale précède immédiatement une autre consonne, la nasale s’accommode à l’organe (famille) de la consonne suivante. Une labiale ne peut-être précédée que d’un m, une dentale d’un n, une gutturale d’un n, une palatale d’un â, une cérébrale d’un ri. Ainsi y ! gam (aller) + suff. turn—gantum (ire). Cette accommodation s’applique très-rigoureusement à l’euphonie des mots entre eux. Ainsi tam + gagarn (hune elephantum) devient tan gagam (ou tâ gagam, avec l’anusvâra) ', etc. Cette accommodation va quel-

i . Le changement de n dental en n cérébral, quand la syllabe précédente contient r, r ou /, est une circonstance particulière au sanscrit et sans intérêt comparatif. Nous la notons seulement comme la cause la plus ordinaire de la présence de n dans les mots sanscrits.

quefois jusqu’à l’assimilation : tal labhatai (ou tâ labhatai ) pour tam + labhatai (hune adipiscitur) ; pâksàl lünati pour pàksân + lünati (alas abscindit).

TV et m sont primitifs en sanscrit dans les mots où ils se trouvent, en dehors des permutations euphoniques. On trouvera quelques exceptions, par exemple si l’on admet la permutation de c en m, dans le suffixe participial en mant , mat qui serait pour vanl, vat; et la permutation entre n et r, dans j'agvan (sacrificateur), féminin jagvani ou jagvarï ; dans pivan gras), féminin pïvarî, cp. intov, rieipa ‘.

SS 143-146. NASALES GRECQCES.

§ 143. — Le grec compte trois nasales : v, u, et y qui acquiert une prononciation nasale quand il est à l’intérieur des mots devant une explosive gutturale (x, y, y), ainsi que le prouvent les transcriptions latines : <4 ne bises = ’Ayytcrç ; sphinx — y£.

En initiales, le v et le p. sont toujours primitifs et conformes aux «et /«sanscrits. Ex. : pmfp = mâtar; vaôç = nàns.

Pour les nasales médiales, le grec se conforme à la même loi d’accommodation euphonique que le sanscrit, ne souffrant que p devant les labiales, v devant les

1 . Cette permutation a lieu certainement entre le latin Imminem, sanguinem, et l’espagnol hombre, sangre ; entre l’anglais London et le français Londres. Ici c’est la chute de la voyelle intermédiaire, qui a amené le changement de la nasale en une liquide plus aisée à joindre à l’explosive précédente. Le français a la permutation contraire dans morigéner, du latin morigerare.

dentales et y devant les gutturales. Mais il subit des altérations diverses dont nous noterons les plus importantes.

§ 144. — Entre o et le v, qui ne marque qu’une nasalisation de la voyelle, est sujet à se transformer en u par compensation (voy. § 46). Ainsi les accusatifs pluriels masculins en ans du sanscrit védique sont devenus en grec ou; pour ov; : açvans (equos) a fait en grec ïtcicou; au lieu de *trrov;. Le dor. <pépovrt = sscr. bharanti s’est d’abord modifié en *<plpov<jt, cp. £$<001 pour *èî8<irti = dadàti , et *<pépov<n a fait le «plpouot de la langue classique. Le thème ô£ovt-, d’où oâdvTo; (dentis), fait au nominatif singulier o&ou; pour *6&ovt;. M«£ovo; (melioris) et pte^ove; (meliores) se contractent en jm- £ou;; Atito'vo; (Latonæ) en Aïitoùç. De même eu devant ; se transforme en diphthongue et, par une compensation analogue pour la chute du v : xtOet; (ponens) est pour *ti06vt;, Cretois -riQe'v;.

Un phénomène tout semblable a lieu dans les langues germaniques. C’est une règle générale en anglosaxon*, que devant f, s et l h , le n tombe. Ainsi, le gothique munths devient en anglo-saxon mudh , anglais rnouth (bouche) ; le sscr. danta (dent), goth. tunthus, devient l’ags. toth, angl. toolh; le sscr. antara (autre), hall, ander, goth. anther, devient en ags. et en anglais ot/ier. Le dialecte bas-allemand appelé platldeutsch offre le même changement*. Le hall, geins

1 . Max Millier , Lectures on the se. of language, 2' série, p. 215; Trad. fr., t. 1, p. 273.

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