EN GREC
§ 158. — Voici un des points sur lesquels la phonétique comparative a le plus de permutations à constater. Dans l’état où il nous est parvenu et qui se rapporte à la période classique, l’alphabet usuel des Grecs ou alphabet ionien n’a plus ni j ni v. Mais en revanche, il offre des signes, ', £, sur lesquels
nous avons à nous expliquer, en y joignant le digamma f, très- important aussi, quoique non usité dans l’alphabet classique.
L’alphabet archaïque des Grecs, tel qu’il nous est connu par les inscriptions et par le témoignage des anciens, était loin d’être aussi complet que le classique. Entre autres lacunes, il ne possédait ni H représentant e long, ni esprits rude et doux (irvEujAava xoù tJ/iVjv). L’e quelquefois géminé remplaçait le
premier 1 . Quantaux deux autres, l’esprit doux n’était pas noté, l’esprit rude l’était seul devant les voyelles initiales par la lettre H, jouant le rôle qu’elle a conservé dans l’aiphabet latin, tandis que plus tard elle a servi en grec à figurer l’e long. L’usage de marquer par un H l’aspiration dite esprit rude ne tarda pas à se perdre, et pendant un certain temps l’alphabet n’en contint plus de trace. La notation par les deux esprits ne date que d’environ 200 ans avant notre ère*. Dès lors la règle s’établit peu à peu dans l’orthographe que toute voyelle simple ou toute diphthongue initiale devait être marquée d’un esprit ; et l’esprit rude eut le privilège de frapper toujours l’u initial*, et aussi la consonne initiale p.
Nous avons déjà vu la raison de cette dernière règle, tenant à ce que, sauf un petit nombre d’exceptions incertaines, le grec ne possède pas de véritable r initial (§ 151). L’esprit rude qui le surmonte tient la place d’un s et plus souvent d’un v tombés.
§ 159. — Le digainma y , ainsi nommé parce qu’il