SUPPLÉANTS DU V EN GREC
§ 160. — Le grec, ne possédant pas de v eo propre, l’a représenté de plusieurs manières dont l’exposition ne laisse pas d’être assez compliquée.
1° Paru voyelle. Ce remplacement, qui serait le plus simple de tous, ne se présente guère que pour le v médial primitif. Ex.: 5uw=sscr. dvàu (duo) ; crû, dor. tû, sscr. tuant (tu) ; xûwv = sscr. çvan (canis) ; 7ouw = lat. lava ; les formes dialectales telles que vauoç au lieu du classique vaoî, sscr. navas, lat. navis.
Cette vocalisation est quelquefois favorisée par la chute de la voyelle qui suivait originairement le v. Ainsi Û7rvoç se rattache au sanscrit svapna (sommeil): le s s’étant converti en esprit rude et Va étant tombé, sva est devenu û ; de même Oupa se rapporte au sscr. dvàra (pour *dhvara, § 113); le sscr. katv aras (quatuor) devient l’éolien Tuéiupeç ; yuviî (femme) se rattache au sscr. gani qui serait pour *gvani ( ?) ; le suffixe cûv 7i est pour tvanà.
Au commencement des mots, le v primitif est rarement remplacé par u. On peut citer {>ipoç (tissu), ûipouvu > (tisser), répondant à la <J vabh , qu’on retrouve dans le védique ürna-vàbha (tisseur de laine, nom de l’araignée), et dans l’allemand weben (tisser).
Plus souvent, le va initial sanscrit se trouve représenté en grec par une diphthongue su, surtout ou, qu’on peut s’expliquer par la conversion de la syllabe va en u qui subit le guna. Ex.: au sanscrit urd (large, étendu), qui est pour *varu, cp. comparatif vârïjâs, répond le grec sùpu; ; au védique vâghat (chant.
prière), le grec euy optai (prier) ; à vâri (eau), oopov (urine); à vàra (queue), oùpx; à vrana pour * varna (blessure), oùXri, cp. lat. vulnus\ à varuna (dieu du ciel noir), oùpavo; (ciel).
§ 161. — 2° Par (3. La prononciation du (3 grec était assez molle pour qu’il ait pu servir à remplacer le c. Les Latins, il est vrai, quoique ayant un c à leur disposition, transcrivent toujours par un b le (3 des noms grecs 1 . Mais quand les Grecs ont à transcrire un v latin, ils écrivent indifféremment (3 ou oo. Varro est transcrit par eux tantôt Botppo>v et tantôt Oüxpptov; ce qui prouve qu’en quelques occasions du moins leur (3 avait un son peu différent du u> anglais. Il est donc aisé de comprendre que, dans un certain nombre de mots, leu primitif ait été représenté par un (3. Ex. en initiale: pouXopixi lat. volo , sscr.y/iw (choisir); (3£o; (vie), fhtx (force), védique vajas (vie, force vitale, vivres, nourriture), \Jvl (aller, conduire)*; (3pfy(«> (mouiller), sscr. <J vars (pleuvoir); (3p£a, éolien pour le classique pt^a (racine) , allem. wurzel , \J vardh (croître). — En médiale : céëoaai (adorer), sscr. y/ saiv (venerari) ; y^€yi (jeunesse), sscr. juvan (juvenis) * .
3° Les changements de v en (3 étant une fois établis,
LL e b latin lui-même n’était pas aussi distinct du v que le nôtre. Ferveo fait ou parfait ferbui, rien que pour éviter le groupe vui qui n’était pas usité. Cp. aussi bovile et bubile (étable) .
2. Cette étymologie excellente est proposée par M. Max Muller, dans le Journal de Kuhn, t. X, p. 213.
3. Le rapprochement entre îJ&ji et juvan pourrait faire diffi-
il ne peut sembler étonnant que le v se change aussi en l’aspirée grecque des labiales. 2<po;, pour le sscr. sva (suus), en est un exemple incontestable.
Quant au changement de v en p. grec qui a été mis en avant', on l’a révoqué en doute ainsi que la parenté entre les suffixes participiaux du sanscrit en vaut et en mant. L’exemple le plus important qu’on en cite est le participe 'XeXeiyji.oTeç (ayant léché, de 7efyw), dont on expliquerait le p. comme remplaçant le digamma des participes en wç pour /•toç, sscr. vanl ; mais cette explication est sujette à trop de difficultés pour que nous l’admettions sans réserve.
§ 162. — 4° Par l’esprit doux, ’. Le représentant normal grec du v initial primitif est l’esprit doux, qui remplace un digamma dans la plupart des cas où il est organique. En effet, il existe aussi un esprit doux inorganique : par suite de l’affaiblissement général des aspirations dans le grec classique, l’esprit doux en vint à ne plus y être senti du tout, et dès lors on s’en servit pour marquer l’absence d’aspiration sur les voyelles initiales qui n’étaient pas frappées de l’esprit rude. C’est ainsi que l’a privatif est marqué d’un esprit doux, en signe simplement d’absence d’aspiration,
culté, si le comparatif javijàs et le védique javüthja (éternellement jeune), ne faisaient supposer une forme *javan qui correspond exactement au mot grec.