‹ Grammaire comparée des langues classiquesChapitre 92 sur 100 · S ET SES SUPPLÉANTS EN GREC · texte numérisé non relu

S ET SES SUPPLÉANTS EN GREC

§ 1 69. — La sifflante dentale grecque ; est primitive, à moins qu’elle ne provienne de l’affaiblissement du t (voy. § 108), ou d’une assimilation. Mais en revanche, la sifflante primitive est loin d’être toujours traduite par un ?. Au contraire, pour la majorité des cas le s primitif initial a fait place en grec à l’esprit rude, et en médiale entre deux voyelles il est tombé.

Parlons d’abord des cas de conservation. Ils sont rares en initiale devant une voyelle. On peut citer céëofjwi (adorer), sscr. y/ saiv ; capà (corde), si on le rattache à sscr. y/ si (lier)*, lat. sertum, sériés , allem. seil (corde) ; dans xae-euw (coudre), sscr. yj siv,

cp. sütra (fil); oao? (sauf), cp. lat. sanus ; caw (cribler), cp. lat. serere (semer), serrien.

Le voisinage d’une consonne l’a très-souvent garanti. Ex. : ortceipw (semer), cp. lat. spargo ; evAXsa (boiter), cp. sscr. y/ Kfiang , pour *skang; GxXeyyiç (étrille), lat. strigilis; aTpayysu'to, lat. stringo.

Le groupe sv offre aussi des exemples analogues, avec vocalisation et surtout avec chute du v. Ex. : oupiy£ (flûte), sscr. yj svar (briller, résonner) ; à la même \J appartiennent ceipîjv (sirène), aetpio; (soleil), et peut

t. Grundzüge, t re éd., II, 199 sqq.

2. Étymologie contestée par Curtius, Grundziige, t re éd., 1,320; H, 253.

être Gikrm (lune). Probablement ç est encore pour si> dans ffiyâw (tacere), cp. allem. schweigen ; oôên (queue) ooéeo) (agiter), cp. allem. schweif (queue), schweben (flotter en l’air).

Excepté dans les mots dérivés et composés, et dans les rencontres des thèmes avec les flexions verbales du futur et de l’aoriste 1 Xucw, eXusa (où il était protégé par un j qui est tombé : cp. les futurs sanscrits en sjàmi), il y a peu d’exemples du s médial primitif conservé en grec entre deux voyelles. On cite p.icréw (haïr) qui se rattache à miser , mæslus ; xa'siç (frère); vf,coç (île) peut-être pour *vrjx<ro< ;, cp. Nocijo; (l’île de Naxos) ; voaoç (maladie) , mais ce dernier fait penser à noxa ( noc-sa ) ; et d’ailleurs l’étymologie de ces mots est trop incertaine pour qu’on y puisse rien fonder.

Au contraire, le voisinage d’une explosive a d’ordinaire protégé le s primitif à l’intérieur des mots. Le ; est protégé par la consonne dans g<m — sser. asti — est ; ïamço s—vespera; êc0o; (vêtement), sscr. vas Ira, lat. veslis; -(ctou (sedet), sscr. àstai, \Jâs (sedere). Au contraire dans rîu.ai (sedeo), il est tombé, et il s’est assimilé dans dor. èupù pour pu.

Quelquefois la consonne qui le protégeait est tombée, et comme elle a continué de le protéger malgré sa chute, il est ainsi resté seul entre deux voyelles. Ex. : Stxijûç (épais), lat. densus; (rosée), sscr.

drapsa (goutte); tco? (égal), pour ^ptc/’oç, éolien par assimilation t'osoî, sscr. visu (égal); [xéaoç (médius), qui est pour *(AE0joç, sscr. rnadhja , par affaiblissement * pcecrjoç, ensuite homér. u.é<sa oç, et de l<à par chute d’un des a, picoç, cp. (iuQoç et jiueïao ; (profondeur) pour *{ïu6jo;, et ’Evo oiyôtuv (nom propre : èv-out-ySwv, se-

couant la terre), de w0éw (secouer); tïcu (dedans), homér. ecrw pour *èva-o>.

A la fin des mots, au contraire, le s primitif s’est généralement maintenu, par exemple dans les nominatifs et génitifs singuliers, dans les nominatifs et accusatifs pluriels, à la 2 e personne du singulier des verbes: s^ei^a;=sscr. adiksas (tu indicas).

§ 170 . — Passons aux permutations. La transformation normale du s primitif devant les voyelles initiales en grec est l’esprit rude. Déjà le sanscrit nous a préparés à cet affaiblissement 1 2 , quand nous y avons vu le s final se changer en la simple aspiration du visarga (§ 1 57). Ex. : 6, • n (le, la), sscr. sa, sâ (is, ea); (il pleut), ué-roç (pluie), sscr. <J su (dégoutter), exprimer un suc); Oto; (fils), cp. sscr. su/a (même \] , avec le sens d’engendrer) ; âp.a, ôptoç, sscr. sama (ensemble, égal); ô[j.aXoç, cp. lat. similis; oDAopiai (sauter) pour *ff«7jo|i.ai , sscr. y/ sar (aller), lat. satire; ê^ofzat, pour *<7eSjof/.ai, sscr. y/ sad (être assis), lat. sedeu ; éirra = sscr. saptan = lat. sep te m. ; êirouat = lat. sequor , <J sali (suivre).

On est tenté de citer encore vno et ùxsp comparés au latin sub et super. Mais le sanscrit donne upa et upari , et le gothique ufar, qui rendent difficile l’explication de l’û grec et du s latin. M. Pott croit y reconnaître sa + upa. M. Curtius ’ penche à y voir la combinaison de eïç (qui est pour *êvç) + uirép, comme

1. Le zend le pratique comme le grec. Ex. : henti — sscr. santi = sunt; haptan = sscr. saptan = gr. lier* = septem.

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