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188 GRAMMAIRE COMPARÉE. [§ 17‘i]

dans le latin insuper , qu il diviserait ainsi : ins-uper. La même explication rendrait compte du latin sub et super.

Le groupe initial su est remplacé d’ordinaire en grec par un simple esprit rude, représentant s, avec chute du u. Ex. : = sscr. sveuiu = lat. suave ;

éxupo'ç = sscr. çvaçura pour *svaçura (beau-père) ; ôç pour «npo'ç (suus). Cependant le v s’est conservé en se vocalisant dans Ctcvo; (sommeil), sscr. svapna.

Le groupe initial sr est remplacé en grec par p surmonté de l’esprit rude. Ex. : £éto (couler), sscr. y/ sru.

§ 171. — L’esprit rude provenant de s s’affaiblit quelquefois en esprit doux, comme nous avons vu l’esprit doux provenant du v se renforcer en esprit rude (§ 1 6.3) . 11 n’y avait entre les deux qu’une nuance aisée à brouiller. C’est ainsi que le préfixe a, o, dans le sens de réunion, tout en correspondant au sanscrit sa, pour sam (avec), ne porte cependant que l’esprit doux : homér. à-&e7<peio; (frère) = sscr. sagarb/tja (co-uterinus); a7oyoç (épouse) vient de cc-Tiyo; (de même lit); ô-xavpoç (du même père); moç (véritable, usité en composition) correspond au sscr. satja (vrai, réel) ; ’Epiwu; correspond de même à Saranjù (divinité védique de la tempête).

§ 172. — Devant toute autre consonne que v ou r primitifs, s initial, ne pouvant plus se changer en esprit rude, persiste comme sifflante, ou tombe tout à fait. Exemples de la chute : vooç (belle-mère) = lat. nurus, sscr. snusa ; uipijj.va (souci), cp. sscr. y/ snutr

(memorari); puxpoî (petit), à côté de l’archaïque ffu.ty.po; ; Taùpo; = (auras, cp. sscr. slhùra ; céyo; et ffreyo; (tectum).

§ 173. — Le s médial primitif entre deux voyelles est sujet à tomber en grec, en donnant lieu, soit à la rencontre des voyelles en hiatus intérieur, soit à la contraction en diphthongue ou en longue. Ainsi le s terminal des thèmes nominaux tombe devant les flexions à voyelles initiales. Ex. : yevo; = véd. garais = lat. genus , fait au génitif yéveo; , yévou;, pour ’yéveffoç, cp. véd. ganusas , lat. generis pour *genasis. Les verbes à thème terminé par une liquide ou par une nasale ont le futur en <3, par contraction pour eu, eau : xplvw (juger) fait au futur xpwü pour *xptvésai. Tels sont encore une foule de dérivés, comme àlr'ïïua. (vérité) pour *àW6e<na, de a-7ir]0éç (non caché). Les génitifs homériques en oïo sont pour *offio = sscr. asja; (solveris) est pour * Xueuai, cp. >i>.uffai (solutus es); 7uou (sois délié!), pour *Xueoo, cp.le parfait 7é7uffo. Citons enfin îoç (poison) pour sscr.

visa, lat. virus; ritiç, éol. aùw; pour *a ùffco;, sscr. usas'.

Le s médial peut même tomber quand il était suivi d’une consonne, mais alors par compensation il laisse un renforcement à la voyelle précédente. Ainsi etpu (sum) est pour *èffp.i = sscr. asmi. On trouve un cas analogue dans rpoirapoiÔev (en avant), qui serait pour *nrpo7rapoffôev, de irapoç (ante), sscr. pu ras.

1 . Cette forme, ainsi que le latin aurora (pour *ausosa ), correspondrait à une forme sanscrite renforcée *ausas.

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§ 1 74. — Suivant M. Kuhn 1 2 , le s médial, en tombant après une vovjelle initiale, aurait quelquefois opéré une métathèse, et se serait transporté comme esprit rude sur cette même initiale. Ainsi s’expliqueraient les esprits rudes inorganiques dans : iepo; (fort, saint), sscr. isira (fort); euco (allumer), sscr. ausâmi, yj us (brûler); éo>ç (attique : aurore), sscr. usas (même y/); rp. ai (sedeo), sscr. yj as, etc. Ainsi s’expliquerait la contradiction entre ■Àp.eü;, ûp-et; (nous, vous) et le dorien âp.p£;, üpp.sç, sscr. asrnatl, jusrnad. L’esprit rude disparaîtrait dans les formes dialectales, où le s est absorbé par l’assimilation ; il reparaîtrait par métathèse dans les formes classiques, qui ne l’assimilent pas*.

§ 175. — Le j final, que le grec maintient généralement, prend pourtant quelquefois l’apparence d’une transformation, par exemple dans la 1 re pers. plur. des verbes actifs en p.ev, qui répond au sscr. mas, lat. mus; et dans les datifs singuliers et pluriels en <piv, qui ont été rapprochés de l’instrumental pluriel sscr. en bhis. Mais la variation de cette dernière forme en <ptv et epi donne la clef de cette apparente transformation. Le s ne permute point avec n, mais il tombe et sa chute amène la présence d’un v paragogique (voy. § 194), facultatif dans la déclinaison,

1 . Zeitschrift, II, 260; système adopté par M. Schleicher, Compendium, 2 e éd.,p. 218; mais encore contesté par M. Curtius, Grundziige, i Tt éd., II, 257.

2 . L’exemple de f\ ps"; = atipsç rend douteux que l’esprit rude inorganique de f7T7ro; (cheval), pour éol. ïxxoç, cp, sscr. açva, provienne d’une métathèse du digamma de ’ixfoç , puisque l’assimilation a absorbé ce dernier.

obligatoire dans la conjugaison. On s’expliquera de même les adverbes en 6ev correspondant au sscr. tas : to'Ôev = kutas (d’où?).

§ 176. — Enfin, le dialecte laconien nous offre quelques exemples d’un changement de s final en r, qui est familier à l’euphonie sanscrite (§ 157), et que nous allons voir se produire pour le s médial du latin. Ex. : Tip, véxup, lüiye'XafTTotp, pour le grec classiqûe (quis), véxuç (mortuus), èmyeXacTJiç (irrisor).

§§ 177-181. LES SPIRANTBS LATINES; LE j.

§ 177. — Nous avons parlé de h et de f (§§ 118- 125), à propos des aspirées dont ces lettres jouent le rôle en latin. Le z n’est qu’une transcription du £ grec et n’a pas à nous occuper ici, non plus que la lettre double x — es. Nous arrivons doue au j.

Une grande confusion résulte, pour l’élude de cette lettre, de ce que les anciens ir ont pas distingué comme signe la voyelle / duy consonne ou semi-voyelle. Les modernes l’ont fait eux-mêmes fort arbitrairement, écrivant tantôt jarn, tantôt iam , tantôt ejus, tantôt eius , etc. La règle devrait être de suivre la prosodie, et d’écrire y là où la prosodie traite la lettre comme une consonne, et i là où elle la traite comme une voyelle. On écrirait donc :

Et jam sumraa procul villarum culmina fumant.

Virg., I eclog.y 83.

parce qu’ici le j fait position comme une consonne ;

Plebêjæ Deciorum anima? , plebëja fuerunt

Noinina. Juven., VIII, 2S3.

Mense malas màjo nubere vulgus ait.

Ovid., Fast., V, 490.

puisque dans tous ces cas le j se comporte comme une consonne.

En latin le j initial est toujours suivi d’une voyelle. Le j médial ne se présente qu’entre deux voyelles, sauf dans les composés 1 , où il souffré une consonne avant lui, quand il était initial dans le second membre du composé: ab-jicio, in-juria. Cependant, dans les anciens composés, où le sentiment de la composition s’est perdu, la vocalisation de ce j s’est opérée : etiam = et jam ; quoniam = quum jam.

§ 178. — Le y latin initial correspond d’abord au y initial du sanscrit. Ex. : juvenis = sscr . juvan ; jecur, sscr . jakart ; jugum = sscr. juga. Il correspond aussi au groupe dj. Ex. : jocare, sscr. y dif, part, passé passif: djüta ; Jupiter = Djâuspilar. Au contraire, le même groupe sanscrit dj se traduit en latin par di dans dies, dius =. dju. Jam rentrerait dans la loi précédente s’il était pour *diam (aujourd’hui)*.

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