LABIALES
Sscr. gr. lat.
bh&f
Goth
th
ch, h
z t ss
chjh
§ 138. — Les lois que nous venons d'esquisser sont loin d'être sans exceptions 1 . Sans entrer dans les détails, nous noterons seulement les principes généraux de ces exceptions, qui peuvent être admis comme lois secondaires.
1° Les sourdes primitives sont protégées contre la substitution quand elles sont précédées par s ou k, soit au commencement, soit à l'intérieur ou à la fin des mots. Ex.: sscr. ^ sligh = a*:t\yiù (monter), g. steigan y hall, steigcn (monter), au lieu de *stheigan et de *sdeigen;\] slâ (sscr. st/iâ, à cause de la sifflante, voy. § 107), gr. t<yT7juLi, lat. store , g. s ta ndan, ha\\. stehen (être debout) ; sscr. naktà (nuit), g. nahts, angl.
\. M. Lottner les a étudiées et énumérées avec soin. Nous renvoyons à son savant article, Exceptions à la loi de substitution, dans le Journal de Kuhn , t. XI, p. 161 sqq.
142 GRAMMAIRE COMPARÉE. |§ i 3Q]
nighty hall, nacht (nuit), au lieu de *nahûis et de * nachd.
2° La substitution régulière s'applique plus généralement aux initiales qu'aux médiales et aux finales; cependant en haut-allemand, pour la substitution des sonores pures aux aspirées gothiques, c'est le contraire qui a lieu.
3° Les aspirées primitives sont les explosives que la substitution atteint le plus; et les sourdes primitives celles qu'elle atteint le moins, en mettant à part le b sanscrit qu'elle n'atteint pas du tout.
k° Les dentales sont la famille d'explosives la plus sujette à la substitution. Nous avons vu que les trois dentales la subissent aux deux étages, tandis que, parmi les gutturales et les labiales, l'aspirée gothique se maintient très-souvent en haut-allemand. Ajoutons que les cas d'exception, tant au commencement qu'au milieu et à la i in des mots, sont beaucoup plus rares parmi les dentales que dans les deux autres familles.
§ 139. — Telle est la loi de substitution des langues germaniques, nommée aussi loi de Grimm à cause de l'illustre philologue qui, le premier, l'a mise en pleine lumière 1 . Il nous reste maintenant à nous demander si l'on possède une explication naturelle
4. Voyez la Grammaire allemande de Grimm (2 e édit., t. I, p. 580 sqq.). La première édition de ce volume est de 4 81 9. Il faut reconnaître que, dès 4818, dans ses recherches sur l'origine de l'ancien norrois et de l'islandais, Rask avait clairement aperçu la loi de substitution ; mais il l'avait appliquée seulement à la branche Scandinave des langues germaniques. Consultez à ce sujet Bopp, Grumm,coin/j. 9 tmd. fr.,t.I, p. 14G,note2.
et satisfaisante de ce singulier phénomène et de la marche qu'il a dû suivre dans ses manifestations.
Le problème serait aisé à résoudre, si les langues germaniques s'étaient bornées à remplacer par des sonores pures les aspirées originelles qu'elles se seraient trouvées impuissantes à prononcer. Déjà nous avons vu le grec changer en aspirées sourdes les aspirées sonores du sanscrit, et le latin les transformer toutes en sonores pures, ou en deux spirantes felh. Un phénomène analogue a lieu dans le zend. Bien que cette langue ne manque pas elle-même d'aspirées, en ayant de gutturales et de dentales , elle change presque toujours les aspirées sanscrites en sonores pures *. 11 en est de même du lithuanien, des langues slaves et des langues celtiques, auxquelles les aspirées manquent. Mais là s'arrête l'analogie. Elle laisse intacte la difficulté principale, savoir, comment il se fait que l'aspirée s'étant changée en sonore, la sonore primitive à son tour s'est changée en sourde, et la sourde en aspirée, ou plutôt en la continue spirante qui , dans les langues indo-européennes, a remplacé généralement l'explosive aspirée primitive.
Ce singulier phénomène ne se montre pas d'ailleurs
1. Voy.Bopp, Gramm. comp., §§ 34-65. On pourrait croire que le zend pousse plus loin l'analogie avec les langues germaniques, car en beaucoup de cas les pures sanscrites passent à leur tour en zend à l'état d'aspirées. Mais Kugène Burnouf (Journal asiatique, 2 e série, t. IX, p. a3 sqq.) et Bopp {Gramm. comp., § 47) ont démontré que l'analogie n'est qu'apparente; car en zend le passage des pures aux aspirées n'a lieu que sous l'influence de certaines lettres voisines, tandis que les substitutions germaniques procèdent indépendamment des circonstances de ce genre.
uniquement dans les langues germaniques. Autant qu'on en peut juger par ses transcriptions des noms grecs, la langue étrusque, ne possédant pas de sonores, les remplaçait par des sourdes, et celles-ci quelquefois par des aspirées : "AàpacTo; y devenait Atresthe; IloAu^eu)C7)ç, Pultuke ; Ikpceu;, P herse > etc 1 . Ce changement d'ensemble, ce tour complet de la roue constitue un phénomène d'une explication difficile.
§ 140. — M. Max Millier* en a indiqué une cause qui se présente, au premier abord, avec l'apparence de la vérité. C'est qu'une fois les pures sonores employées à représenter les aspirées originelles qu'on ne prononçait plus, il y aurait eu péril que l'homonymie n'introduisît la confusion entre les mots primitifs pourvus d'aspirées et ceux qui étaient pourvus de pures sonores, si l'on n'y avait porté remède. Les langues teutoniques, a guidées par un désir de conserver distinct ce qui devait être distinct 3 , » auraient dès lors remplacé les sonores par les sourdes, et les sourdes par les spirantes /*, t>, z 9 th, ch y inconnues au langage primitif, mais à la disposition de la prononciation nouvelle.
Mais, si ingénieuse qu'elle soit, cette explication se heurte à deux grandes difficultés.
D'abord, en admettant qu'elle explique la substi-
1 . J. Grimm, Gesch. der deutschen sprac/ie, p. 416. Le même auteur constate une substitution semblable, des explosives sourdes aux continues spirantes, entre le finnois et le hongrois.