‹ Grammaire comparée des langues classiques phonétiqueChapitre 56 sur 82 · Lectures on the science of language, 2 e série, p · texte numérisé non relu

Lectures on the science of language, 2 e série, p

3. « Guided by a wish to keep distinct what must be kept distinct. • Ouv. cit., p. 207.

tution qui eut lieu de ia langue indo-européenue originelle à l'étage gothique , elle rend absolument inutile la seconde substitution de l'étage gothique à l'étage haut-allemand y et dès lors elle est impuissante à l'expliquer 1 . Cette seconde substitution prouve à elle seule que la cause doit être cherchée dans une action physiologique, et non dans un expédient auquel on aurait eu recours pour la clarté du langage.

D'ailleurs la philosophie linguistique serait renversée, et la doctrine qui attribue l'origine du langage à une convention aurait gain de cause, si une pareille théorie pouvait être adoptée. Quand une langue dérivée perd la faculté de prononcer certains sons qui faisaient partie de celle d'où elle sort, il en résulte tout simplement des homonymes, et la langue nouvelle n'y échappe pas. Ainsi, le zend convertissant les aspirées du sanscrit en pures , les deux racines dhâ (poser) et dû (donner), tiÔt^i et Stâtopi, s'y confondent dans un même verbe da qui signifie à la fois donner et faire. 11 en est de même de dere dans les composés latins : il signifie tantôt donner (jed-derè) et tantôt mettre (ab-dere , con-dere). Le chinois surtout est plein de ces homonymes* produits par des ressemblances de mots usés, auxquels on peut comparer le français tour, de turris et de

1 . M. Mùller répondrait à cette objection que la substitution des deux étages, gothique et haut-allemand, s'est opérée simultanément de chaque coté, et non successivement de l'un à l'autre; mais nous verrons tout à l'heure que cette opinion n'est pas probable.

2. Voy. sur ce sujet un article de M. Fr. Minier, dans Orient und Occident, t. III, p. 427.

gr. coup. 10

tornus; somme, de somnus et de summa, etc. Une fois que la dégradation les a réduits à cet état, le langage est bien forcé de les garder et de les éclaircir par des moyens indirects. A moins d'une convention expresse, également impossible à imaginer et à mettre en pratique, jamais on n'aura recours à l'expédient de les distinguer par des prononciations nouvelles.

M. Max Mûller propose encore une autre explication qui s'écarte de la précédente 1 . La prononciation primitive aurait été confuse ; les pures et les aspirées y auraient été émises peu distinctement. Puis plus tard, quand l'oreille et la bouche devinrent plus exercées, chacun se serait « orienté n à sa manière, Aryas, Grecs, Latins, etc., d'un côté, d'un autre, Goths et Bas-Allemands, Hauts-Allemands d'un troisième, sans qu'aucun des trois modes de prononciation puisse être considéré comme antérieur aux deux autres i

Bien que cette explication nous semble approcher davantage de la vérité, de graves difficultés l'empêchent encore à nos yeux d'être suffisante.

La confusion primitive entre les aspirées et les pures est une Conjecture qui paraît peu admissible, à cause des homonymies nombreuses qu'elle aurait créées. Les homonymes par corruption se conçoivent et sont inévitables, mais à l'origine il semble qu'ils auraient tout brouillé. Nous aimerions mieux supposer que la confusion n'existait pas au commencement, mais qu'elle s'est produite à un instant donné, par suite d'une circonstance perturbatrice telle que le contact

\. Ouv. cit., p. 2H.

[g 140] CONSONNES EXPLOSIVES. 147

d'une race étrangère. A une époque évidemment postérieure à la migration des peuples aryens, le grec et le sanscrit se sont séparés pour la prononciation des aspirées (§ 91). Plus tard encore le latin a traversé une période de prononciation incertaine entre le c et le g (§ 1 02). Sous l'influence ibérique l'espagnol moderne confond le v et le b. Ces événements bien constatés dans l'histoire des langues indo-européennes nous paraissent donner la clef de ce qai a dû se passer ici.

Reste à comprendre comment, sans con /ention expresse, on a pu sortir régulièrement de cette confusion. Quand des désordres de cette nature se produisent, il semble qu'ils ne devraient pas engendrer la régularité. On en a sous la main un exemple. Par suite de l'influence des Ibères, dont les descendants basques ne peuvent distinguer le i> et le b, l'espagnol a mêlé ces deux lettres dans ses dérivations, et aujourd'hui encore il paraîtdifficile d'assigner des règles fixes à l'orthographe et à la prononciation différente du s> et du b dans cette langue 1 . Si donc le point de départ a été une prononciation indécise, il reste à expliquer comment l'instinct linguistique des peuples germains a réussi à sortir de cette confusion par une orientation régulière et un choix fixe et déterminé entre les sourdes, les sonores et les aspirées, question plutôt du domaine de la psychologie que de celui de la

i. Voy. Dtez, Gramm. des langues romanes , 2 e éd., t. I, p. 371 . Le savant auteur a mêlé, dans le passage que nous citons, deux choses qu'on voudrait distinguer : 1° la tendance à passer du b au t>, de l'explosive à la continue, commune à toutes les langues néo-latines; et 2° la confusion entre le v et le b 9 particulière à l'espagnol.

linguistique , et dont la solution n'est pas encore trouvée.

$ 141. — M. Mûller suppose 4 que les trois prononciations se soqt différenciées simultanément, chacune de son coté, et non successivement. J. Grimm a soutenu l'opinion contraire*; et à nos yeux, lors même qu'on n'admettrait pas comme suffisantes ses raisons de croire que le langage des Gètes n'avait pas encore subi la substitution des consonnes, il resterait toujours des motifs sérieux de penser que la substitution gothique a précédé celle du haut-allemand.

On les tirerait d'abord de ce que, comme nous l'avons vu, la première est bien plus complète, plus régulière et sujette à moins d'exceptions que la seconde, et que dans beaucoup de cas, la substitution hautallemande s'arrête à l'étage gothique ou a tendance à y revenir. Bien plus, le haut-allemand se plie aux exceptions du gothique, et c'est en prenant celles-ci pour point de départ qu'il fait son évolution propre. Par exemple, lorsque, par une dérogation sans motif

Page 1