‹ Grammaire comparée des langues classiques phonétiqueChapitre 57 sur 82 · Loc. cit · texte numérisé non relu

Loc. cit

2. Gesch. der deutschen sprache, p. 436. Notons seulement pour mémoire l'opinion que, dans son patriotisme naïf, l'illustre J. Grimm a exprimée sur l'origine de la loi de substitution. Elle serait due (ibid., p. 437) à l'orgueil que les Germains conçurent lorsqu'ils envahirent l'empire romain. Cet orgueil aurait communiqué de l'emphase à leur prononciation et leur aurait fait prononcer les sonores en sourdes et les sourdes en aspirées. Mais, « s'il en était ainsi, ajoute avec finesse M. Max Millier (ouv. cit., p. 200), la réduction des aspirées en sonores pures, qui sont les plus douces des lettres, ne prouverait-elle pas à son tour la tendance opposée? »

appréciable, la racine védique grabh (prendre) se présente en gothique sous la forme greipan au lieu de * greiban* , le haut-allemand greifen a opéré la substitution en subissant l'influence de greipan et non celle de grabh, qui aurait donné *greipen. C'est donc au gothique qu'il est subordonné. Si, comme il ne paraît guère douteux, on accepte le sanscrit ahan (jour), qui est pour *dahan da/i, brûler, briller, cp grec o\xuo), comme l'origine du gothique dags (jour), angl. day, on possédera ainsi un autre exemple du même genre ; car la loi de substitution exigerait que le gothique fût *tags et le haut-allemand *zack. Mais le gothique ayant gardé par exception la dentale primitive, le haut-allemand a opéré sa substitution, tag y en prenant encore l'exception gothique pour point de départ.

Enfin une dernière preuve que la substitution hautallemande n'est pas contemporaine de la substitution gothique est fournie par J. Grimm*. Il fait voir par des documents positifs que la substitution haut-allemande s'est opérée successivement à partir du troisième siècle de notre ère, et qu'elle n'était pas achevée dans les monuments de l'ancien haut-allemand qu'on possède du septième au neuvième siècle. La Prière de Wessobrunn et le Chant de Hildebrand ont encore dat pour daz et des formes analogues. Il est visible que cette substitution était alors encore flottante et indécise. Ainsi Notker emploie, suivant une euphonie qui lui est particulière, tantôt les

i . Pour le on admet qu'il est protégé par le r qui le suit. 2. Geschichte der deutschen sprac/ie, p. 484-51 3.

formes d'un étage et tantôt celles de l'autre 1 . Des faits de cette nature ne tranchent-ils pas la question ?

Que conclure de ce qui précède? L'analogie du zend, du latin, des langues slaves et celtiques, qui ont perdu les aspirées en tout ou en partie, nous incline à admettre que le changement des consonnes germaniques a pu commencer par la substitution des sonores pures aux aspirées primitives. Pour le reste, nous chercherons la cause du déplacement d'ensemble des consonnes, dans une confusion de prononciation analogue à celle que l'allemand actuel manifeste encore entre les sonores et les sourdes 2 ; et nous supposerons que cette cause a agi à deux reprises , de manière à former, parmi les langues germaniques, l'étage gothique et l'étage haut-allemand. Mais ce point accordé, la régularité des substitutions qui en résulte n'en reste pas moins un phénomène inexpliqué et appelant les investigations de la philosophie du langage.

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