INTRODUCTION. XX1Y
lion quum est le masculin de quam!, qua est le pluriel neutre de quid.
L'observation de notre auteur aurait pu être généralisée : la plupart des thèmes pronominaux se présentent à nous sous une triple forme, c'est-à-dire qu’ils ont tour à tour les voyelles a, : et u. À côté du thème ta, il a dû exister un thème secondaire #, auquel se rapportent les formes latines au-tem ct 1-tem; à côté de na, nous avons mn qui a donné nem-pe, et nu qui est resté en sanscrit comme particule interrogative, et dont peuvent être rapprochés le grec vu et vüy. Cette faculté de transformation de la voyelle est un des traits qui distinguent les racines pronominales des racines verbales ?.
Nous n'avons pas l'intention de passer en revue tous les thèmes de la troisième personne. Leur grand nombre a été la cause principale de la richesse et de la flexibilité de nos idiomes, car ils se retrouvent à peu près tous comme suffixes, et, en se combinant entre eux, ils ont permis de multiplier presque à l'infini les dérivés d'une racine. De plus, ils ont donné naissance à ces innombrables particules qui sont comme les jointures du discours, et auxquelles nos langues doivent le mouvement, la souplesse et la force de leur syntaxe.
Nous passons maintenant à la classe des mots que
‘ La comparaison des langues italiques montre que la préposition cum a une autre origine que la conjonction quum : landis que cette dernière est représentée en ombrien par ponne, pour pom + de, la préposition figure dans le même dialecte sous la forme com.
* À côté du thème ma, nous avons une forme mi dans Île sanscrit amishim, amibhis, et une forme mu dans amwn, amüni.
ExxYI INTRODUCTION.
M. Bopp appelle «adjectifs pronominaux ». Le propre des pronoms, selon la définition de notre auteur, étant de désigner des personnes ou des choses, les mots tels que meus, tuus, suus, lahs, tantus, Üoos, woïos ne peuvent être des pronoms, mais seulement des adjectifs pronominaux. En tête de cette classe, on trouve les adjecüfs possessifs. De même que nos idiomes ont remanié à plusieurs fois leurs noms de nombre ordinaux pour les maintenir d'accord avec les nombres cardinaux, de même ils ont refait les adjectifs possessifs pour les tenir, autant que possible, en ligne avec les pronoms personnels. Îl ne faut donc pas plus chercher à rapprocher meus de éués que du slave mo. Mais à défaut des mots eux-mêmes, on peut comparer les modes de formation : on arrive, sur ce point, à des observations intéressantes.
L une des plus importantes, c'est l'échange constant et réciproque qui existe dans toutes les langues entre l'adjectif possessif et le génitif du pronom personnel ou démonstratif. Tantôt nous voyons, comme en latin, que le pronom personnel, ayant perdu son génitif, emprunte simplement la forme qui lui manque à l'adjectif possessif correspondant; ainsi met n'est pas autre chose que le génitif de meus, nostrf celui de noster, et nostrum (formé comme deum, cæhcolum) est le génitif pluriel du même mot. D'autres fois, c'est l'adjectif possessif au neutre ou privé de flexion qui sert de génitif au pronom personnel : tels sont asmékam «de nous» (littéralement notre»), yushmäkam « de vous» (littéralement « votre») en sanscrit, meina « de moin (littéralement « mon»), unsara « de nous” (littéralement «notre») en gothique.
INTRODUCTION. XEXVI
Mais nous avons aussi des exemples de l'échange inverse, et le génitif des pronoms personnels ou démonstratifs peut donner naissance à un adjectif possessif. C’est ce qui a eu lieu pour le français leur et pour le latin cujus, cua, cujum. Nulle part cet emprunt n’est aussi curieux à étudier que dans les langues germaniques. On sait qu'en allemand et en anglais le pronom possessif n'est pas le même si cest dun homme ou d'une femme que je parle, que dans le premier cas, par exemple, «son habit» se dira sein kleid, his cloth, mais, dans le second, thr kleid, her cloth. Gette faculté, qui à première vue semble une invention des langues germaniques, s'explique très-bien du moment qu'on sait que ces pronoms possessifs proviennent d'anciens génitifs du pronom «il, elle».
Le chapitre que nous analysons se termine par un certain nombre de rapprochements où l'on ne reconnaît pas toujours le coup d'œil habituellement si sûr et si juste de notre auteur. Quand, par exemple, il retrouve dans le grec ryAixos le sanscrit tédriçga «tel», quand il identifie tévant et Tñpos, ladiya et roïos, quand il pense découvrir dans l’adverbe ryvixa le substantif sanscrit niç «nuit», nous devons convenir qu'il dépasse les bornes de la méthode comparative. Mais au temps où M. Bopp avait présenté pour la première fois ces rapprochements, on n’apercevait pas encore assez clairement la limite que la science nouvelle devait se défendre de franchir.