‹ Grammaire comparée des langues indo-européennesChapitre 23 sur 51 · L INTRODUCTION · texte numérisé non relu

L INTRODUCTION

quelques traces des caractéristiques dans les temps généraux : c'est ainsi qu'Homère nous présente les formes &dc oew, dwoouey, qui ont gardé au futur le redoublemen! de la racine !.

On peut donc, avec M. Bopp?, diviser tous les verbes, selon leur provenance, en deux grandes catégories : les uns venant immédiatement de la racine, soit simple (classe à), soit redoublée (classe 3); par exemple, @r-ui, T{0n-pu. Ce sont les seuls qui, à prendre les choses dans leur rigueur, méritent le nom de verbes primitifs. Les autres sont formés d'un thème nominal, et ils devraient déjà être appelés verbes dérivés, si l'instinct grammatical, s'emparant des suflixes, ne les avait à la longue rendus mobiles, et n’en avait pas fait librement usage pour enrichir et varier la conjugaison.

Telle est la théorie de notre auteur, et la seule abjection que nous songerons à lui faire, c'est de s'en être écarté deux fois sans motif. Renonçant aux idées qui l'ont guidé pour les autres classes de verbes, M. Bopp explique les verbes de la quatrième classe (nah-ya-t «il lie») et ceux de la dixième (bddha-ya-4 « il fait savoir») par l'insertion d'un verbe auxiliaire + «aller » ou £ « désirer »°. Le suffixe ya n'étant pas moins usité que les suflixes a et nu, on est en droit de demander à M. Bopp pourquoi il devient ici infidèle à ses propres idées. Mais nous aurons l'occasion de revenir sur ce prétendu verbe auxiliaire, qui reparaîtra

! Odyssée, XIII, 358; XXIV, 3138.

* Voyez $ 732.

* Voyez $ 501.

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ncore plusieurs fois dans les explications de notre aueur !.

Ce sont les désinences personnelles qui constituent le erbe. Partout où elles manquent, à l'infinitif, au partiipe, nous avons devant nous des formes nominales, non les formes verbales. Il est vrai que ces désinences peuvent ‘émousser et même disparaître avec le temps. Elles sanquent presque partout aujourd hui en anglais, et elles ont déjà défant à certaines personnes du parfait sanscrit. fais 1à où elles ont existé dans le principe, la significaion verbale survit à la destruction du signe matériel, et arrive souvent que notre esprit croit encore reconnaître a désinence 1à où elle a péri depuis longtemps.

Nous avons déjà parlé des pronoms ma «je» et ta «il ri forment la première et la troisième personne’. Le ronom #4 etu», qui présentait une plus large surface à

+ Une fois introduit par M. Bopp dans la théorie de la conjugaison, ce erbe auxiliaire s'y est installé si fortement qu'on le retrouve chez la plupart es philologues. Tout récemment encore, il a reparu chez M. Gurtius (De la hronologie dans la formation des langues indo-européennes) et chez M. Max füller (La Stratification du langage). Ces deux opuscules viennent d’être raduits en français et forment le premier fascicule de la Bibliothèque de École des hautes études.

* ]l n’y a plus de désinence personnelle dans Îles formes grecques comme de, due, éÂuoa, éÂuae, Aéluxa, Aéluxs.

* Au sujet du pronom ta, on peut observer que le verbe, dans les langues 1do-européennes, s'abstient de marquer la différence des genres, soit que tte distinction n'ait pas encore existé au temps où furent créées les formes erbales, soit que le langage y ait renoncé, pour ne point surcharger le erbe.

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l'altération phonique, et qui d’ailleurs risquait de se confondre avec le pronom ta, a subi d'assez fortes modifications.

Au pluriel et au duel, nous trouvons des désinences qui ne rappellent en rien les pronoms restés usités comme mots indépendants pour signifier «nous, vous». Mas il faut se rappeler que le langage avait sans doute plus d'une manière d'exprimer des idées aussi complexes. Selon l’explication la plus vraisemblable, la désinence védique masi veut dire « moi [et] toi»!. De mème, on peut supposer que la forme la plus ancienne de la seconde personne a été tvasi «toi [et] toi», quoique dès la période indo-européenne cette désinence semble avoir déjà perdu son : final. Au sujet de la troisième personne, les hypothèses les plus diverses ont été présentées. M. Bopp suppose que le n de bharant «ils portent» est l'expression symbolique de la pluralité’; selon M. Pott, ant se compose des deux thèmes démonstratifs ana + 4. M. Ascohi a proposé une autre explication : bharant serait un participe signifiant eportantr; comme dans le latin amamini, nous aurions ici une forme nominale ayant pris place au milieu de la conjugaison.

Parallèlement à l'actif, nous trouvons une série de désinences dont le propre est de marquer le retour de l'action sur le sujet : ce sont les désinences de la voix moyenne. Elles ont fourni la matière d’une des plus

! Le pronom tva «toi» se serait altéré en si comme à la seconde personne du singulier bhara-si «lu portes».

* Voyez $$ 236 et 458. [CF Mémoires de la Société de linguistique, Il, p. 193.]

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