INTRODUCTION. LV
Une autre découverte de M. Bopp concerne la création d'un nouveau moyen en slave et en latin.
Nous avons déjà dit, à propos du pronom sva «soir, que l'ancien slave l'emploie à toutes les personnes pour former des verbes réfléchis. On a, par exemple, dituñ san eje m'honore», citei sah «tu t'honoresr, diet sañ «il s'honore». Maïs l'agglutination du régime pronominal au verbe est un fait si naturel qu'en différents dialectes lettoslaves il n'a pas manqué de se produire. En lithuanien, par exemple, le pronom réfléchi, dont ïl ne reste que la lettre initiale s, est soudé au verbe actif. Ainsi woadina signifie «il nomme » et wadinas «il se nomme »; wadinate «vous nommez» et wadinatés « vous vous nommez». Du reste, quoique dans ces formes l'agglutination soit complète, le lithuanien sent encore la présence du pronom réfléchi, et il peut, dans certaines constructions, le placer avant le verbe.
Le latin, qui a perdu également l'ancienne voix moyenne, semble l'avoir remplacée de la même manière. Le s et le r qui terminent les formes comme lætor, letaris, lætatur, ont tout l'air d'appartenir au pronom réfléchi! : les voyelles i, u qui précèdent le s ou le r servent à la jonction du pronom. D’après cette explication, læto-r est pour lrto-se, letar-1-s pour letas-se, letat-u-r pour lætat-se. M. Bopp veut analyser de la même manière toutes les formes du passif latin : il se demande quels sont les éléments contenus dans lætamur, læter, lætabar. Mais peut-être est-il juste de laisser une certaine place à l'analogie : le
1 Sur le changement de s en r, voyez $ 23. Comme exemples de s changé en r à la fin du mot, on peut citer arbor, honor, major, robur.