LXXVII INTRODUCTION
On peut reprocher à l'ouvrage de M. Bopp de ne pas
nous faire assez voir cet affranchissement des suflixes. Nonseulement l'auteur néglige de le faire ressortir, mais il a l'air souvent de le nier. H faut lire, par exemple, l'étonnante explication qu'il présente des verbes en euw !, ou les singulières difficultés qu'il oppose à la généralisation des verbes en «ww?. Admirablement perspicace pour découvrir les causes les plus menues et les commencements les plus obscurs des formes grammaticales, 11 semble quelquefois n’avoir point d'yeux pour leur entier épanouissement. À ce défaut vient se joindre le désir de retrouver en sanscrit le prototype de formations purement grecques ou latines. Regardant le suflixe aya comme indépendant dès l'origine, il cherche à y rattacher directement les formes en #8, a«w*; bien plus, il voudrait en tirer les verbes latins comme fumigare, mitigare, par un durcissement de 7 en g dont le latin ne présente aucun exemple.
Aussi bien que le grec et le latin, le sanscrit a rendu certains suflixes indépendants. Ainsi les noms neutres en as, comme {apas « pénitence », namas « respect », ont donné naissance à des verbes tapas-ya-h «il fait pénitence», namas-ya-h «il respecte». Puis, d'après l'analogie de ceux-
* Voyez $ 777.
* Voyez S 769.
* Voyez $ 762.
* Voyez $ 773. Les verbes latins en igére sont un exemple de la force de l'analogie. L'ancienne langue latine a dû posséder un certain nombre de substantifs formés comme remex, remigis (d'où remigium); on peut supposer, par exemple, un substantif fiter, litigis (d'où litigium). Ces noms ont donné naissance aux verbes en igüre, tels que remigare, litigare, el à limitation de ceux-ci. on a fait fumigare, mitigare.
INTRODUCTION. ton
ci, le sanscrit a formé .des dénominatifs en asye, sya, qui ont ordinairement la signification désidérative. De madhu emiel» vient un verbe madhv-asyati ail désire du miel», de açva «cheval» vient agva-syat «elle désire l'étalon». M. Bopp, dans ces verbes, croit reconnaître la racine as cêtre» suivie de l'auxiliaire f « désirer». Attribuant à ces formations sanscriles un âge très-reculé, notre auteur en rapproche les verbes latins comme lacessere, capessere, ainsi que les désidératifs tels que athcissare, græcissare?. C'est méconnaître la part d'initiative qu'il faut laisser à chaque idiome et mêler les créations d'âges très-différents. Heureusement nous retrouvons le coup d'œil du linguiste dans d’autres paragraphes : citons notamment ceux où il explique l'origine d'une sorte de passif nouveau que le gothique s’est donné.
2° Causahf ou causal. — On appelle ainsi une formation sanscrite qui donne à entendre que le sujet fait faire l'action marquée par la racine. Tandis que bédhat signifie œil sait», le causatif bédhayah veut dire «il fait savoir». Les grammairiens indiens expliquent bédhayats comme venant directement de la racine budh, par le moyen du gouna et de la caractéristique aya. Mais 1l est plus probable qu'il faut appliquer à ces formes la même méthode de décomposition qu'aux verbes dénominatifs, dont ils ne
1 Ce qui prouve que, dans les verbes comme acvasyati, l'idée du désir n’a pas besoin d'être explicitement énoncée, ce sont les verbes comme equire en latin, raupéw en grec.
* Voyez S$ 761 et 775.
* Fullja «impleo», fullna simpleor». Voyez $ 770 et suiv. Comparez