INTRODUCTION. LXXXI
thique, on ne voit pas pourquoi une explication spéciale serait donnée pour cinq ou six vefbes, par ce seul motif qu'on les peut rapprocher de causatifs sanscrits'. À plus forte raison devons-nous repousser des rapprochements qu'interdisent les lois phoniques, comme celui de pléro avec le sanscrit plévaydms « je fais couler», ou encore celui des verbes lithuaniens en inu avec les causatifs sanscrits en aya*. |
Le causal a été longtemps un favori de la philologie comparative : on ne croyait pouvoir y rapporter assez de verbes. Les racines sanscrites finissant par un 4 prennent devant aya un p : ainsi sthd « être debout » fait au causatif sthd-paydmi c je fais tenir debout ». Quelle est l’origine de cette lettre p? il est difficile de le dire. Peut-être le verbe gôpaydms «je protége», dérivé du substantif gépa « pasteur, protecteur », et quelques autres semblables, ont-ils servi de modèles à cette formation. Quoi qu'il en soit, le causatif en -paydmi est d'origine récente, comme le prouve déjà cette circonstance, qui n’a point échappé à M. Bopp?, que le send n’y participe point. On est d'autant plus étonné de voir notre auteur reconnaître cette formation en lithuanien, en slave, en grec, en latin. Ï1 voit, par exemple, un causatif de cette espèce dans le verbe latin rapio, et (par le changement de p en c) dans jaco, doceo*.
3° Pasaf, désidératf, intensif. — Nous réunissons ces
‘ Leo Meyer paraît pencher vers la même opinion dans son récent ouvrage : Die gothische Sprache (Berlin, 1869), S 293.
? Voyez $ 74h et suiv.
* Voyez 5 750.
* Voyez S$ 5ah, 747, 748, 768.
LxXXII INTRODUCTION.
trois formations, qui appartiennent en propre au verbe sanscrit et zend.
Le passif est marqué en sanscrit par la syllabe ya, qui reçoit l'accent tonique, et qui vient se placer après la racine : les désinences personnelles sont celles du moyen. Ainsi vas «habiller», budh «savoir», qui font au moyen vas-lé «il s’habille», bédh-a-té «il sait», ont pour passif vas-yd-té «il est habillé», budh-yé-té «il est su»: Dans celte sylabe ya, nous reconnaissons le suffixe ye qui figure aussi avec le sens passif dans les participes guh-ya « devant être caché », paé-ya « devant être cuit». C'est là certainement l'emploi le plus moderne de ce suflixe ya qui a été tant de fois appelé à concourir à la conjugaison. Aussi nous est-il difficile de croire qu'il faille voir un passif, à la manière sanscrite, dans le latin morior, fo, et dans le gothique uskia « enascor ».
Le désidératif se forme par l'addition du verbe auxiliaire as « être x, qui vient se joindre à la racine redoublée. Ainsi #ñd « savoir » fait fréñdsdms « je désire savoir ». M. Bopp en rapproche le grec yryvœ0oxe et le latin (g)nosco. « La egutturale, dit-il, n'est très-probablement, dans ces «formes, qu'un accompagnement cuphonique de la sif- «flante !». Mais les verbes grecs commé ysyvo0xew, f- Épooxw, Pasxw, (BAwoxw, ct les verbes latins comme (g)nosco, suesco, profciscor, apiscor, qui n'ont leur ox, sc que dans les temps spéciaux, doivent bien plutôt ètre rapprochés des verbes sanscrits gacéhdmi, yaéthdmi (pour gashdmi, yaskdmi), lesquels renoncent également à leur sk
| Voyez $ 701.
INTRODUCTION. LXXAUI
hors du présent et de l'imparfait'. C'est au chapitre des caractéristiques, et non à celui des verbes dérivés, qu'on se serait attendu à trouver ces formes. -
L'intensif prend aussi le redoublement, auquel il donne le plus de poids qu'il lui est possible. Ainsi vif «entrer» fait vévéçmi « j'entre avec force, j'entre souvent »; lup « couper» fait l6lépmi «je coupe beaucoup, je déchire». Les verbes grecs ou latins que cite notre auteur, comme œœuraÀÀ&w, dudtAw, mauPalvo, gurgulio, n'ont avec ces formations sanscrites qu'une ressemblance lointaine. Le redoublement, à lui seul, ne suffit point pour établir la parenté, car il appartient à cette classe de faits grammaticaux qui se produisent chez tous les peuples, et qu'un philologue a spirituellement appelés des anthropismes. Il faut donc renvoyer ces formations à la grammaire spéciale de chaque idiome.
On voit que le chapitre du verbe se termine comme celui du pronom. Au delà d'une certaine limite chronologique, les ressemblances cessent ou ne sont plus dues qu'à des rencontres fortuites. La structure du verbe apparaît comme identique dans toutes les langues indocuropéennes aussi longtemps qu'on étudie la racine, les désinences, les caractéristiques des classes, les temps et les modes primitifs; mais si l'on pousse jusqu'aux formations secondaires et jusqu'aux verbes dérivés, les analogies deviennent plus rares et finissent par s'évanouir. Rien, au fond, n'est plus naturel, et le devoir de la science sera de
* Sur le changement de sk en cch, voyez Kuhn, dans son journal, t. 1, p. 391 et suiv.
LETSIV INTRODUCTION.
tracer nettement cette limite. Deux familles sorties d’une mème origine, mais éloignées et isolées l'une de l'autre, auront en commun non les souvenirs d'hier, mais seulement la mémoire des anciens jours.
Clarens, le 23 septembre 1869.
Micnez BRéaL.
DES
LE VERBE
$ 4a6. Des voix. — L'actif et le moyen en sanscrit. — Le moyen en gothique.
Le sanscrit a deux formes pour l'actif. La première, qui a le gns transilif, c'est-à-dire qui marque une action s’exerçant au dehors, est appelée par les grammairiens indiens parasmäipadam*, c’est-à-dire «la forme [s'appliquant] à l'étranger». L'autre est nommée dtmané-padam?, c'est à savoir «la forme [s’appliquant] à soi-même» : son sens propre est de marquer l’action réfléchie ou intransitive; elle sert aussi à indiquer que l'acte se fait au profit du sujet ou se trouve avec celui-ci dans quelque relation étroite. Ainsi dé signifie «donner»; mais à
1 qrù pérasmdi est le datif de péra «l'autre».
2 Atmdné est le datif du mot HTCW. démdn «âme». Ce nom remplace souvent, aux cas obliques, les pronoms personnels des trois personnes et des trois nombres : c'est loutefois la troisième personne qu'il désigne le plus fréquemment; on a vu qu'il en est de même pour Île pronom sva. Ajoutons que dtmdn est toujours employé an singulier, même quand il marque le pluriel ou le duel. Dans les langues sémitiques, le mot signifiant «âme» est employé d’une façon analogue; mais il faut qu’il prenne encore le suflixe du pronom de la personne qu’on veut désigner. On dit, par exemple, en arabe, à la troisième personne, nafsa-hu «se», littéralement «ani- Du sui».
2 LE VERBE
l’âtmanépadam, dé, combiné avec la préposition 4, veut dure «sibi dare» ou, en d’autres termes, «prendre». Le causatif daréäyämi signifie «faire voir, montrer» : avec les désinences de l’âtmanépadam, il prend le sens de «se montrer ». Les verbes st «être couché », ds « être assis » !, mud «se réjouir », rud «briller, plaire, se réjouir», sont usités seulement à l'ätmanépadam; ydc « demander, prier» a les deux formes, mais la forme réfléchie est la plus fréquente, car c’est d'ordinaire pour son propre profil qu'on demande et qu'on prie. Mais, en général, la langue sanscrite, telle qu'elle est parvenue jusqu'à nous, dispose des deux formes d'une façon assez arbitraire : c’est le plus petit nombre des verbes qui a gardé l’une et l'autre voix; encore est-il rare que la signification propre de chacune ressorte alors bien clairement.
Parmi les langues congénères, le zend, le grec et le gothique ont seuls conservé cette ancienne forme réfléchie. J’ai démontré, il y a longtemps, que le passif gothique est identique, quant à son origine, avec le moyen sanscrit et grec?. Depuis lors, J. Grimm a attiré l’attention sur deux expressions restées inaperçues avant lui et qui sont d’une grande importance, car elles nous ont conservé la forme moyenne avec le sens actif. Ulfilas traduit deux fois xara6drw par atsteigadau et une fois fuodoéw par lausjadau. À ces exemples sont venus se joindre depuis : ufkunnanda « yvéoovras », faanda «vituperant », gavasjada undivanein «évduontas d@bapoiav», vaurkjada eépyd£etai n, ustiuhada «aæarepydéeToi» et hugandau «yaurodrwoas»S. Dans la pre-
‘ Le verbe sf fait à la troisième personne du singulier, au présent de l'indicatif, éété —= neïtes. De même, ds fait dsté «= ho.
? Système de conjugaison de la langue sanscrile, page 123 et suiv. Comparez Vocalisme, page 79 et suiv. et Grimm, Grammaire allemande, I, 1050. 11 sera question plus loin de quelques restes de la furme réfléchie en ancien slave et peut-être
aussi en latin.
% Voyez l'édition d'Ulfilas de Von der Gabelents et Lôbe, pages 187 et 25.
mière édition de sa Grammaire allemande!, Jacob Grimm explique avec raison atsteigadau et lausadau comme des impératifs; mais il supposait alors chez le traducteur gothique une erreur qui lui aurait fait rendre les expressions grecques par des formes du passif. Je ne vois pas ce qui aurait pu induire Ulfilas à traduire par un passif le moyen fvodo@w et encore moins l'actif xata6drew. Son texte lui présentait bien d’autres occasions de confondre le moyen grec avec le passif. Dans la seconde édition de sa Grammaire?, J. Grimm se pose cette question : « Aurions- «nous ici un moyen gothique de la troisième conjugaison?» Il n'est pas douteux pour moi que ces formes appartiennent en effet au moyen. Mais je ne puis, comme le fait cette foisJ. Grimm, y voir des subjonctifs, car 1l faudrait qu'elles eussent li qui caractérise ce mode. Le subjonctif moyen ne peut pas, pour se distinguer du subjonctif passif, renoncer à un signe qui est précisément l’exposant modal. Je n'hésite donc pas à reconnaître dans atsisigadau et lausjadau, ainsi que dans hugandau « yaunodrwcas», des impérati's moyens : ils s'accordent parfaitement avec les impératifs moyens en sanscrit, comme Gdr-a-t4m « qu’il porte, qu’il soutienne», Gdr-a-ntim «qu'ils portent, qu'ils soutiennent». Le gothique au est ici avec le sanscrit 4m dans le même rapport qu'à la première personne du subjonctif actif sÿau « que je sois » avec le sanscrit sydm. L'ancien m s’est résolu en # et a formé une diphthongue avec l'a précédent.
1 est vrai que, ai l’on ne consultait que la forme, atsteipadau, lausjadau et kugandau pourraient aussi bien être des passifs : 1l est probable que si Ulfilas avait eu à exprimer l’idée « qu'il soit délivré », 1l aurait également mis lausadau. Mais je ne crois pas
1 Tome 1, page 444.
1 Tome 1, page 855.
3 Le subjonctif gothique correspond au potentiel sanscrit (Gér-éta pour bér-ai-ta) el à l'optalif grec (Pép-o:-10). Voyez $ 672 et suiv.
b LE VERBE.
que la traduction de la Bible lui ait fourni une occasion d'employer l'impératif passif.
Nous avons déjà fait observer ! que les formes gothiques tuhaith, sigmjaith et batraith sont des troisièmes personnes de subjonctif moyen. Batraith correspond au sanscrit béréla (venant de baraita), au grec @éporro, au zend barala.
$ 4a7. Le passif, en sanscrit et en zend.
En grec et en gothique, la forme moyenne a été transportée au passif, en sorte que passif et moyen sont complétement identiques, excepté, pour le grec, à l’aoriste et au futur. Au contraire, en sanscrit et en zend, le passif, tout en employant les désinences plus pesantes du moyen, présente dans les temps spéciaux ($ 109") une différence essentielle : il adjoint à la racine la syllabe ya? et il supprime les syllabes caractéristiques et les particularités de toute sorte qui distinguent, aux deux formes de l'actif, les diverses classes de verbes. En grec, ds{x-vu-rœs esi à la fois un passif et un moyen : au contraire, en sanscrit, &nu-té' (de à «assembler ») ne peut être qu'un moyen, car le passif fait di-yd-t6. En grec, dido-rœu, iofla-ras sont à la fois passifs et moyens ; mais les formes sanscrites congénères dat-té"°, tsla-14 sont seulement des moyens; leur passif est dt-ydté, sit-ydté®.
Comme le passif, en sanscrit et en zend, supprime les particularités des classes et comme 1l se forme immédiatement de la racine, il peut être mis sur la même ligne que le causatif, le désidératif et l'intensif, c’est-à-dire les verbes dérivés. Aussi en traiterons-nous quand nous nous occuperons de ces verbes. Le
1 Voyez ci-dessus, tome [, page 20, note s.
3 11 sera question plus loin ($ 733 et suiv.) de l’origine de cette syllabe.
3 Forme irrégulière pour dadd-té.
* Quelques racines en d affaiblissent celte voyelle en f devant le carecière passif ya.
moyen, au contraire, pourra être étudié en même temps que la forme transitive de l'actif, car 1l ne s’en distingue presque jamais que par l'élargissement des désinences personnelles.
$ 428. Les modes et les temps.
Les modes sont en sanscrit au nombre de cinq, si l’on y veut comprendre lindicatif. Celui-ci, à proprement parler, n’exprime que de simples relations temporelles et non des relations modales; on peut donc dire que ce qui le constitue comme mode, c'est l'absence de toute notion modale. Viennent ensuite le potentiel, l'impératif, le précatif et le conditionnel. Il y a, en outre, dans les Védas, des restes d'un mode qui répond, par son principe de formation, au subjonctif grec : les grammairiens indiens l’appellent {#&!. Les mêmes modes, y compris le subjonctif ou Ü4, existent en zend, hormis peut-être le conditionnel, que je n'y ai pu découvrir. Ce dernier mode, qui est dans un rapport intime avec le futur, est rare aussi en sanscrit.
L'infinitif et les participes sont des formations nominales.
L'indicatif a six temps, savoir : un présent, trois prétérits et deux futurs. Les prétérits répondent, quant à leur forme, à l'imparfait, à l’aoriste et au parfait grecs. À l'égard de la signification, le sanscrit, tel qu'il nous est parvenu, les confond presque toujours. Aussi, dans ma Grammaire sanscrite, leur ai-je donné des noms qui se rapportent uniquement à leur forme. Je les ai appelés : le prétérit augmenté uniforme?, le prétérit augmenté mulüforme, le prétérit redoublé. Les deux futurs se confondent
1 Les grammairiens de l'Inde désignent les temps et les modes par des voyelles qu, pour les temps principaux, sont encadrées entre &{ let &f, et, pour les temps secondaires, entre & Î et Æ à. Ils obtiennent ainsi les noms suivants : laf, Bt, lut, Lrt, lt, lôt; lai, liñ, luñ, Irñ. Voyez Colebrooke, Grammaire sanscrite, pages 139 et 181.
? Nous employons indifféremment, dans notre traduction, les mots prétérit augmenié ou prétérit à augment. — Tr.
LE VERBE
également dans l'usage. Je leur ai donné des noms qui rappellent leur composition : j'appelle le premier, qui répond au futur grec et lithuanien, futur à auxiliaire '; le second, futur à parttcipe, parce que le premier terme dont il est composé correspond au participe latin en turus. Je n'ai pas rencontré jusqu'à présent en zend le futur à participe; mais tous les autres temps dont il vient d'être question sont usités dans cette langue.
Les modes autres que l'indicatif n’ont chacun en sanscrit et en zend qu'un seul temps. Î1 faut remarquer toutefois que le potentiel et le précatif sont entre eux dans le même rapport qu'en grec l’optatif présent et l'optatif aoriste second : aussi Pânini comprend-il ces deux formes modales sous le nom commun de ki. De plus, le potentiel peut être employé pour exprimer le désir et la prière exactement comme le précatif?.
Dans les Védas, on trouve encore la trace d’un certain développement donné aux modes, qui n’y sont pas bornés, comme dans le sanscrit classique, à un seul temps: d’après ces restes, on peut conclure que, si les langues de l’Europe l’emportent sur le sanserit et le rend par la variété de temps que présentent les divers modes, elles doivent au moins le principe de cette fécondité à une période antérieure à leur existence indépendante.
$ 4a9. Les nombres. — Les langues indo-européennes ne distinguent pas les genres dans le verbe.
Dans la plupart des idiomes qui font l’objet de nos comparaisons, le verbe a trois nombres. En latin, toutefois, le verbe, aussi bien que le nom, a perdu le duel. Au contraire, le plus ancien des dialectes germaniques, le gothique, a conservé le duel pour le verbe, quoiqu'il l'ait perdu dans la déclinaison. L'ancien
! C'est le plus fréquemment employé.
1 En général, le précaüf est beaucoup moins usité que le potentiel.
svfIONS PRÉLIMINAIRES. $ 430. 7
lave! avait, et le hthuanien possède encore à l'heure qu'il est, e duel pour le nom comme pour le verbe. Le pâli et le prâcrit qui, à d’autres égards, sont si près du sanscrit, ont perdu le luel : par cette lacune de leur grammaire, comme par la perte le la voix moyenne, ils sont sur la même ligne que le latin.
À la différence des langues sémitiques, le verbe indo-euro- »en , dans ses désinences personnelles, ne fait pas la distinction les genres. Cela ne doit pas nous étonner si nous songeons que es pronoms des deux premières personnes, même employés “mme mots indépendants, s’abstiennent de faire cette distincion. Au contraire, dans les langues sémitiques, 1l n’y a que la remière personne, soit dans le verbe, soit dans le pronom solé, qui ne spécifie pas les genres; la deuxième et la troisième ersonne distinguent toujours le féminin du masculin, que le wonom forme un mot à part ou qu'il soit combiné avec le
erbe 2.
$ &30. Division des temps et des modes en deux classes, d'après les flexions personnelles.
Si l’on considère les flexions personnelles, on est conduit à liviser les temps et les modes en deux classes, dont l’une préente des désinences plus pleines, l’autre des désinences plus ëmoussées. C'est surtout en sanscrit, en zend et en grec que ette division est très-visible. À la première classe appartiennent les temps qu’en grec on appelle temps principaux, savoir : le présent, le futur et le parfait (ou prétérit redoublé); les désinences de ce dernier temps ont toutefois éprouvé, en sanscrit comme en zend et en grec, de fortes mutilations, qui ont évi-
1 Plusieurs dialectes slaves ont encore le duel, notamment le slovène, le hohé-
mien et le serbe.
3 Cependant en slave, le verbe fait à certaines personnes la distinction des genres.
Voyez $ 697, remarque.
8 LE VERBE
demment pour cause la surcharge produ À la seconde classe appartiennent les plus, en sanscrit et en zend, tous les catif, à l'exception du présent du subj l'impératif qui appartiennent en propr le subjonctif a également les désinence:
l'optatif, qui répond au potentiel sansc:
sinences émoussées. Le pu de réwloius es primitive était éwouw?.
$ 431. Restes de cette divisio
En latin, cette division est encore vi sonne, quoique le rapport qui existait deux sortes de flexions se trouve renv modes qui avaient autrefois la flexion p nence a disparu complétement. Au co la désinence émoussée m, ce m s’est maï d’une part, amo, amabo; mais, d'un aut sim, amem, comme en sanscrit d-bavan «que je sois», kdmdyéyam « que j'aime
A la deuxième et à la troisième p nences sont devenues semblables, l'i 6 perdu; on a, par conséquent, legisl on avait déjà legus, legat, legant.
$ 3e. Restes de cette d'
En gothique, cette ancienne di
* Les flesions appartenant en propre à l'i pleines que des désinences émoumées.
2 C'est co que prouvent la conjugaisor æloln», qui vient de réwlou. [Si réx7
réslopas, — Tr] .
> Excepté dans les deux verbes sum
cé al,
en désinences émoussées se manifeste surtout de la manière suivante. Les terminaisons # et nt des formes primaires ont conservé leur dentale, grâce à la voyelle qui venait après; mais li s’est perdu. Âu contraire, dans les formes secondaires, le t, n'étant protégé par rien, est tombé, comme en grec. On a donc, d’une part, bair-5-1h «il porte», en regard de xxfa béra-t; bair-a-nd «ils portent», en regard de A<fèr bür-a-nt, en grec Pép-o-vrs. Mais, d’un autre côté, on a batrai «qu'il porte», en regard de #4 bdr-8-t (venant de barait), en grec @épos.
À la première personne du singulier, la désinence pleine mi a complétement disparu, comme en latin!. Au contraire, le m final des formes secondaires, s’il ne s’est pas maintenu sans changement, comme en latin, a du moins laissé à sa place un représentant : il s’est vocalisé en u ($ 18). En regard du sanscrit bär-à-m, on a donc bair-a «je porter; mais en regard de bdr-éy-am, on a batr-a-u (venant de bairam pour batraim) « que je porte». Le rapport de ces deux formes entre elles peut se comparer à celui de fero avec feram.
À la deuxième personne du singulier, en gothique comme en latin, les formes primaires et les formes secondaires sont devenues semblables, les premières ayant perdu leur : final, les autres en ayant été privées dès l’époque où les langues germaniques se séparèrent de leurs sœurs de l'Asie. On a, par conséquent, bair1-s «tu portes» en regard du sanscrit bdr-a-s1, et bair-ai-s «que tu portes» en regard de Ag bdr8-s, fer-d-s, Pép-o1-s.
$ 433. Restes de cette division en ancien slave.
En ancien slave, les formes secondaires du singulier ont dù sacrifier leur consonne finale ($ 92"). Il en résulte que l'impé-
1 Excepté dans tm «je suisn.
ratif slave, qui correspond au potentiel sanscrit, à l’optatif grec, au subjonctif latin et germanique, a sa seconde et sa troisième personne du singulier terminées par la voyelle 1, qui est la caractéristique du mode; de même, à l’aoriste, la deuxième personne est semblable à la troisième, Île s et le t étant tombés. Au contraire, les formes primaires ont très-bien conservé les désinences mu # ou cu st, Tu fé, ATL uñfi où ATL ah.
Nous allons à présent examiner en détail la forme et l'origine des désinences personnelles.
$ 434. La première personne de l'actif et du moyen, en sanserit, en zend, en grec et en latin.
Au singulier comme au pluriel, la première personne est primitivement caractérisée par un m. Au duel, dans la forme transitive de l'actif, ce m a été amolli en v'. Nous avons déjà observé le même changement de "» en v dans le pronom ww vaydm «nous», pour 444 mayam (S 331).
L'expression complète de la première personne du singulier, dans les formes primaires de l'actif transitif, est "1; en sanscrit et en zend, cette désinence ms: appartient à tous les verbes sans exception. En grec, le futur l'a absolument perdue?; le présent, abstraction faite de quelques formes dialectales, ne l’a conservée que dans les verbes qui correspondent à la seconde con-
! Toutes les langues n’ont pes la première personne duelle de la forme trensitive. Le grec, par exemple, en est dépourvu.
? On a donc rüs-ow en regard du sanscrit tép-t-éyd-mi ($ 664), et, de même, dd-0w, 1-00, 0-0, deix-aw en regard de dd-syd-mi, dü-syd-mi, sid-syä-mi, dék-sy&-mi.
jugaison en sanscrit!. Les autres verbes grecs ont tout à fait supprimé la désinence personnelle. En effet, leur w, ainsi que lo latin de toutes les conjugaisons, représente l'é sanscrit, par exemple, dans béd-4-m: «je sais», tud-4-m1 «je pousse»; or, cet 4 n'appartient ni à la désinence personnelle, n1 à la racine; c'est la caractéristique de la classe. 11 s’allonge à la première personne, en vertu d'une loi générale qui veut que, devant un "= ou un v suivis d'une vgyelle, les caractéristiques consistant en un a ou se terminant par un a lui fassent subir un allongement; c’est pour cette raison que nous avons bôd-4-mt «je sais», bôd=-ä-vas « nous savons tous deux», b6d-d-mas «nous savons», en regard de béd-a-n «tu sais», bôda-t «il sait», béd-a-las «vous savez tous deux», bôd-a-tas «ils savent tous deux», bôd-a-la «vous savez», béd-a-nt «ils savent». Le grec ne prend point part à cet allongement : il a, par exemple, @ép-o-ues en regard du sanscrit bdr-d-mas. Mais il est possible qu’au singulier on ait eu primitivement Péo-«-ps en regard de bdr-d-mi : on pourrait alors admettre qu'au pluriel et au duel? l'œ a été abrégé, à cause de la surcharge causée par des désinences plus pesantes; et de fait, il y a le même rapport entre la forme supposée Pép-w-pu et Pép-o-per ou Oép-o-uus, qu'entre didw-pu et SSo-uer ou dido-pas. Si pourtant (ce que je suis moins porté à admettre) on regarde @ép-o-u+ comme la forme primitive, l'allongement de l'o devra être considéré comme une compensation pour la perte de la désinence.
1 sera question plus loin ($ 493) de la division des verbes sanscrits en deux conjagaisons. La deuxième conjugaison comprend les deuxième, troisième, cinquième, septième, huitième et neuvième classes ($ 109 “). Néanmoins, elle ne compte qu’un nombre de verbes relativement petit, environ deux cents. [La division en deux conjngaisons appartient à M. Bopp; la division en dix classes provient des grammairiens indiens. — Tr.]
3 Jl ne peut être question ici que du duel moyen, le duel actif n'ayant plus de première personne.
La désinence moyenne et passive pas appartient à toutes les classes de verbes : c’est une preuve de plus qu'à l'actif 1ls ont dû tous avoir anciennement la désinence ps. Le grec, pour la première personne du moyen et du passif, l'emporte sur ses frères de l'Asie, qui ont perdu le m dans toutes leurs formes, tant primaires que secondaires. Comparez, par exemple, le sanscrit Gdr-É au grec Pép-o-uu. Si donc d'un côté le sanscrit bdr-à-mi nous sert à restitucr l’ancienne forme de @épw, à son tour le grec Pép-0-uas nous permet de ramener Gdr-ê à son type primitif bar-d-mé ou bar-a-mé.
$ 436. La désinence ms en lithuanien.
On voit par ce qui précède comment les différents idiomes de la famille que nous étudions peuvent s'éclairer et se compléter l'un l'autre : même parmi les mieux conservés, il n’en est aucun dont l'organisme nous soit parvenu intact. Tandis que la désinence ps est encore en plein usage chez les Grecs d’aujourd’hui, la forme sanscrite correspondante était déjà détruite à l’époque où furent composés les Védas. D'un autre côté, dans les poëmes homériques, tous les futurs et la plupart des formes de présent ont déjà perdu la désinence pu que le sanscrit , aux temps correspondants, a partout conservée, et qui existe encore à l’heure qu'il est, en lithuanien, dans un grand nombre de présents. On a, par exemple :
Lithuanien. Sanscrit. Grec.
esmi rje suis» dsmi éupul, eiul eimi «je vais» émi elpu dümi «je donne» * dadämi ILES démi «je place» dädämi rl slôtwmi rje suis debout» ttéfdmi lou édmi «je dévoren ' ddmi #je manger .......
1 L'allongement, dans ce verbe et dans la plupart des suivants, est occasionné par l'accent. Comparez $ 92°.
Lithuanien, Sanscrit. Grec.
sédmi «je suis assis» ni-Sidämi' «je m'assieds» ........ gédmi rje chante» gädämi rje disn ....... .
gélbms ej'aide» Fapéytms œje faisn? ........
sergmi rje garde» Sonore e res soso saugmmi je CONSETVE» sous ssesse vero.
mégmi rje dors» ns cos.
lékmi «je laisse» rindcmi «je séparer ...,..,..
$ 436, 1. Examen des verbes lithuaniens en ms. — La désinence lithuanienne s.
Dans les verbes lithuamiens qui viennent d'être cités, la désinence mi se joint immédiatement à la racine, comme dans les verbes sanscrits de la deuxième, troisième et septième classe ©. Les formes esmi, eëmi et édm appartiennent évidemment à la deuxième classe sanscrite. Le verbe édm: fait, à la première personne du pluriel, éd-me = sanscrit ad-mds, à la deuxième personne du pluriel és-te = sanscrit at-&i, à la troisième personne du singulier és-t = sanscrit dt-ti*. Au duel, éd-wa, és-ta s'accorde avec le sanscrit ad-vds, at-ids. Dü-mi «je donne» (pour düd-mi = sanscrit dddâmi, grec dédwms) et dé-mi « je place » (pour déd-mi = sanscrit dédämi, grec r{ônp:) appartiennent à la troisième classe sanscrite : la mutilation qu'ils éprouvent dans leur syllabe radicale est de même nature que celle que subissent, en sanscrit, les verbes dä et dà devant les désinences pesantes du duel et du pluriel “, ainsi que dans les temps spéciaux du moyen ($ 481).
‘ Racine sad, avec le préfixe ni.
1 Je rapporte à cette racine le gothique halp «aider» (hilpa, halp, Pipum).
3 Voyez S 109°, 3.
* Comparez le latin es-tis «vous mangez» et l’archaïque es-t #il mange». À la troisième personne du singulier, l': final s’est conservé, en lithuanien, dans és-ti «il est», efti (comparez le dorien e-s:) «il van, düs-ti «il donne». Les autres verbes lithuaniens en ms ont perdu l': final de la troisième personne (voyez Mielcke, Grammaire fithuanienne, page 134 et suiv. et Schleicher, page 250 et suiv. ).
5 Ona, par exemple, dad-vés «nous donnons tous deux», dad-més «nous don-
Stôw-mi «je suis debout» qui, par le sens et par la racine, correspond au sanscrit t{é{ä-mi, appartient, sans aucun doute, à la dixième classe sanscrite ou forme causative. Il a perdu au singulier (deuxième personne stôw-1, troisième personne sw) la caractéristique de sa classe; mais elle reparaît au duel et au pluriel sous la forme d’un 1! : duel stw-1i-wa, s#w4-ta, pluriel stéo--m, stôw-i-1 (pour stümime, stowite). I] y a dussi, à côté de stôw-mi, une forme stwju (ou stôju), aoriste stüwéjau.
De même que s@w-mi, je rapporte à la dixième classe ou forme causative tous les autres verbes en m1 qui, au duel et au pluriel, ne joignent pas, comme es-mi, ei-mi, éd-m:, leurs désinences immédiatement à la racine. Je rattache, par exemple, sédm: (pour sëd4-m1) «je m'assieds», duel séd+-wa, pluriel séd-s-me, aoriste sedéjau, au sanscrit sdd-dyd-m: et au latin sedeo ($ 109", 6). À côté de raudôju, que j'ai rapproché du causatif sanscrit réddyäms , il y a aussi une forme raidmi; mais je doute qu'on trouve un duel et un pluriel analogues.
La conjugaison ordinaire, en lithuanien, nous présente la désinence u à la première personne du singulier. Je regarde cet # comme la vocalisation d’un m= (5 18): devant cet w, comme devant l’: de la deuxième personne, les verbes de la première conjugaison (suivant la division de Mielcke) suppriment la voyelle a, qui est la caractéristique de la classe. On a, par exemple, suk-ù «je tourne», suk'-l «tu tournes», en opposition avec
4? «il tourne», sék-a-wa «nous tournons tous deux», sûuk-a-ta « vous tournez tous deux » *, sûk-a-me « nous tournons».
nons»; dad-vds «nous plaçons tous deux», ded-més «nous plaçons», au lieu de dadd-vas, dadd-mas ; dadä-vas, dadä-mas.
* Voyez Mielcke, Grammaire lithuanienne, page 134.
? Suk-à n'a pas de désinence personnelle.
* La troisième personne du duel ct du pluriel cst remplacée, dans les verbes lithuaniens, par la troisièine personne du singulier.
sük-a-te « vous tournez». Dans la troisième et la quatrième conjugaison de Mielcke, qui, à l'égard du présent, peuvent être considérées comme n’en formant qu’une seule, la voyelle de la classe se réunit à la désinence personnelle u et :, et forme avec elle une diphthongue : on a, par exemple, Witkaü «je tiens»,
lakai «tu tiens » = laik-a-ù (venant de lak-a-m), laik-a-1.
$ 436, a. La désinence ms en ancien slave.
En ancien slave, 4 mt est la forme la mieux conservée de la désinence qui nous occupe. Elle se trouve dans imami «j'ai», et dans un petit nombre de verbes se rapportant à la deuxième et à la troisième classe sanscrites ($ 109", 3). Ce sont cm jes-mi rje suis » = Wifi ds-mu; mu Ja-mil «je mange» = Wfer éd-mi; ea vômi «je sais» = fer vél-mi; Aa da-mi «je donne» (pour dad-mi) = gevfà didims.
Dans la conjugaison ordinaire, l'ancien slave, à l'exception le ima-mi «j'air?, a complétement renoncé à l': de la désinence æ. De plus, il a affaibli le # en à ($ 92°); exemple : 5ep4 beruñ «j'assemble». L'u renfermé dans la syllabe finale 4 ui représente le caractère de la classe; 1l est originairement identique avec le des autres personnes (ber-e-, ber-e-t), comme en grec 'o de @ép-o-uev est identique avec le de Pép-e-7s, Pép-e-ror. Je divise donc ainsi : ber-u-ñn, comme en sanscrit bar-d-m ($ 434). Au contraire, le slovène a partout conservé l’ancien m de la
1 Un d radical tombe, en slave, devant les désinences personnelles commençant ner m et s. Devant un t, il se change en s ($ 103). |
3 Comme ima-m! est, dans la conjugaison ordinaire, le seul verbe où la désinence xersonnelle vienne se joindre à un a, je crois que c’est cet a qui nous a conservé ici a désinence complète. On a vu plus haut que l'a est la plus pesante et la plus énerpique parmi les voyelles. De même, en polonais, abstraction faite du petit nombre le verbes qui joignent immédiatement les désinences personnelles à la racine, il n'y | que la conjugaison en a (la première conjugaison suivant la division de Banditke) jui ait conservé le signe personnel sn ; exemple : czyt-a-m «je lis».
première personne; exemples : plet-e-m «je tresse», gor-1-m «je brûle», dél-a-m «je travaille ».
$S 436,3. Restes de la désinence ms en gothique et en vieux haut-allemand.
En gothique, le seul verbe qui ait conservé le signe personnel m, C'est i-m «je suis » (en sanscrit ds-mt); c'est aussi le seul verbe qui, comme les verbes sanscrits de la deuxième classe, joigne immédiatement les désinences à la racine (1-s «tu es», 18-t «il est»); encore ne le fait-1l qu'au singulier.
En vieux haut-allemand, quelques verbes qui, en sanscrit, appartiennent à la troisième classe, ont renoncé au redoublement et sont entrés de la sorte dans la deuxième classe. Ils ont également conservé le m ou, à sa place, le n de la première personne !. Tels sont : t6-m, iua-m, tua-n, ancien saxon dé-m «je fais» = sanscrit dédä-mi «je place?; (gé-m)°, gé-n «je vaisr = sanscrit gdgé-mt, grec Blénm; (std-m), stésn «je suis debout» = sanscrit Asfi-mit, grec {oîn-u. Ont encore conservé le signe personnel m ou n tous les verbes qui ont contracté en éouené le caractère aya de la dixième classe sanscrite*; exemples : pêt-6-m, bët-6-n «je prie»; sak-êm, sagh-é-m, sag-ên «je dis». Je crois que, dans ces verbes et dans les verbes analogues, le signe personnel a été conservé grâce à la voyelle longue qui précède, car elle a plus de force qu'une brève pour porter la désinence : dans la première conjugaison faible, on a nerju «je
1 Ge sont seulement Îles manuscrits les plus anciens qui présentent un m. Depuis le 1x° siècle, on a un n. À la première personne du pluriel, on a également n au lieu de més. Voyez Grimm, Grammaire allemande, t. I, p. 875.
? Comparez, pour le sens, vi-dadd-mi v je fais».
* Les formes entre parenthèses sont celles qui sont restituées par conjecture. —Tr.
4 Voyez $ 508. Conjuguée d’après la deuxième classe, la racine séd ferait sid-mi.
* Deuxième et troisième conjugaisans à forme faible, d’après la division de Grimm.
Voyez $ 109", 6.
soutiens » et non ner—ju-m ou nerju-n; de même, dans toutes les conjugaisons fortes on a u et non u-m ou u-n!. Un fait analogue se présente en sanscrit, où les verbes de la cinquième classe, dont le caractère est nu, ne prennent, à la seconde personne de l'impératif, la désinence personnelle k que si la racine se termine par une consonne ($ 451).
Les formes bi-m, pi-m, bi-n, pi-n «je suis » sont seules de leur espèce. C’est aussi le seul verbe qui ait conservé en haut-allemand moderne le signe de la première personne. I doit probablement ce privilége à sa nature monosyllabique : peut-être aussi l'usage extrêmement fréquent du verbe substantif n’est-il pas étranger au maintien de la désinence. Je crois toutefois que le vieux haut-allemand bim, bin avait aussi complétement préservé le corps de sa racine que le pluriel bir-u-més, nous aurions eu une première personne du singulier bir-u, et non ber-u-m ou btr-u-n.
$ 436, 4. Restes de la désinence m: en arménien.
En arménien, tous les verbes sans exception ont conservé le m de la désinence primaire m1; mais ils ont complétement perdu l': final. L’arménien se trouve donc, à cet égard, sur la même ligne que le persan moderne, le slovène, l'irlandais; 1l surpasse, par son état de conservation, les langues classiques, les langues germaniques et le plus grand nombre des langues slaves. Exemples : wunl ta-m «je donne» = sanscrit dédä-m; quul
Exemple : bir-u eje porte», pour le sanserit bér-d-mi, deuxième personne bér-à-si. L'u du vieux haut-allemand biru est l’affaiblissement de l’a du gothique baira : il ne faut donc pas le comparer à l’u du lithuanien sukù (venant de sukm, $436, 2), mais plutôt à l'u des verbes bohémiens comme plet-u «je tresse». En effet, dans ce dernier verbe, lu est un reste de l’ancien slave 4 uñ ($ 436, à) et il est identique, comme le de plet-e-6 «tu tresses», à l'a qui sert de caractéristique, en sanscrit, aux verbes tels que bdr-d-mi, Bér-a-s1.
* Pour bim-u-més — sanscrit Bév-d-mas. Voyez $ 20.
lu. a
ga-m eje viens» = fdgû-mi «je vais», vieux haut-allemand (ga-m), ga-n; YlrunS ke-a-m aje visn = givd-mu; pbpbi bere-m «je porter = bär-d-mi, deuxième personne ber-e-sbdr-a-a.
$ 437. Expression de la première personne, dans les formes secondaires.
Dans les formes secondaires, en sanserit et en rend, l’expression de la première personne du singulier est m, et non mi (8 430). En latin, cette désinence émoussée s'est partout conservée, au lieu que la désinence pleine s'est perdue (3 4312). En grec, un #æ final devient » : on a donc #?sp-0 en regard du sanscrit déar-a-m, &5{du-v et Eôw-» en regard de édad4-m et ddé-m, Giôo-inv et So-inv en regard de dad'-ydm et dé-yäsam. À l'aoriste premier, le grec a perdu tout à fait le signe personnel; comparez, par exemple, £de:£a avec WT déikiam. Mais du moyen éés£dunr on est autorisé à inférer une ancienne forme HiËar et, plus anciennement encore, éde£au. En ce qui concerne le gothique, qui change le = en w, voyez $ 432. L’arménien a gardé le # au présent du subjonctif; il le supprime partout ailleurs, notamment à l'imparfait, à l'aoriste et au futur
Rawnque. — À euphonique inséré. en sanscrit, devant le = des formes secondaires. — Nous avons divisé plus haut éberem et éfepor de cette façon : dbar-a-m. &9%6p-0-v. Îl faut ajouter 1c1 que, suivant les grammairiens indiens, la désinence complète de la première personne du singulier, dans les formes secondaires, n'est pas m. mais em : éfarem serait donc pour déardm. venant de éker-e-am, et il y aurait dision du premier «, qui est k carectère de la cle", On trouve. en effet. dans certaines formes, la déninence am. sans que l'a puise être attribué au caractère de la classe : ana ke verhe t rallers fait 4v-am - j'allais». et non &r-m; bré «parler» fait éhrer-am où brer-am - je parlais rs. et non ébré-æ : les verbes qui prennent
Vues Srog' ta «6
dans les temps spéciaux les syllabes nu et « comme caractères de la cinquième et de la huitième classe, font navam, avam, et non né-m, é-m, comme on pourrait s’y attendre d'après leur présent en nô-mi, 6-mi; exemples : dstrnavam «je répandais», pluriel éstrnuma «nous répandions », en regard du grec éol6pvür, éc6pruuev. Mais il faut observer que la seconde personne, en sanscrit, « simplement un #, la troisième personne simplement un { pour désinences; on a, par exemple, dstr-n6-s, dstr-n6-t en regard du grec éoT6p-v5-s, èo16p-vü-{r). Remarquons encore que le grec, à la première personne, a simplement un ». On peut conclure de ces faits que l'a de dstrnavam s'est irrégulièrement introduit de la première conjugaison dans la deuxième, de même qu'en grec nous avons é076pvv-0-» à côté de 0 76pvü-v, et 80 16pru-s ‘ à côté de &076pvü. Ce sont surtout les verbes qui joignent immédiatement les désinences personnelles à une racine finissant par une consonne qui auront favorisé l'introduction d'un a à la première personne; au présent védmi «je sais» il eût été impossible d'opposer an imparfait dvédm : il fallait donc bien, ou que le caractère personnel tombäât tout à fait, comme cela est arrivé à la deuxième et à la troisième personne”, ou bien qu'on empruntât le secours d'une voyelle de liaison. C’est ainsi que, dans la déclinaison, les thèmes terminés par une consonne prennent am à l’accusatif au lieu de m; mais il est arrivé aussi pour cette désinence ce que nous venons de constater pour le signe de la première personne : le am de l'accusatif se retrouve avec des thèmes finissant par une voyelle, comme naës et Grû, qui font näv-am et Gruv-am, au lieu de néum , brém , comme le feraient attendre le grec vaÿ-v et d2p6-». Quoi qu'il en soit, cet a s’est si solidement installé dans les formes secondaires, à la première personne, qu'on pourrait établir, en théorie comme en pratique, la règle suivante : " final se fait précéder d'un a, quand il n'a pas déjà devant lai un a ou un é, soit appartenant à la racine, soit représentant le caracière de la classe ou du mode. Nous avons donc, d'une part, dbar-a-m -je portais», ddadä-m rje donnais», éyd-m «j'allais» (racine yé), dyunä-m aje liais»”, dadyä-m que je donne»; et, d’un autre côté : éstr-
: ÉoTépyv-e supposerait en sanscrit une forme éstrnav-a-t.
* À La troisième personne de l'imparfait, on a drét au lieu de évét-t (S 9h). La deuxième personne, au lieu de dvét-s, fait de même avét, ou bien dré-s avec suppression de la consonne radicale et maintien de la désinence, comme dans le latin pes, pour ped-s.
? Neuvième classe, Voyez $ 109", 5.
nar-am «je répandais», au lieu de dstr-nô-m; bar-éy-am que je portes (S 43), au lieu de Barém; tisféy-am «que je sois debout», au lieu de tistém!.
S 438. Restes de m, désinence des formes secondaires, en gothique et en lithuanien.
En gothique, comme on l’a déjà fait remarquer ($ 432), le m des formes secondaires s’est résolu en u. Le vieux haut-allemand a complétement perdu cette désinence, excepté dans un seul exemple qui nous présente l'ancien m, et non, comme le gothique, le m altéré en u; c'est le mot Ernem «que j'apprenne», dans Kéro.
En lithuanien, la forme émoussée m s’est altérée en w, comme la forme pleine m1 : nous avons donc buwaü qui correspond à l’aoriste sanscrit d-büvam «je fus», comme d'autre part, au présent, on a laikaëü «je tiens», venant d’une ancienne forme lækam pour latkamu.
En ce qui concerne le slave, nous renvoyons le lecteur aux
S$S 433 et 566.
$ 439. Origine de la désinence de la première personne.
Il nous reste à nous demander quelle est l'origine de la désinence de la première personne. Je regarde m comme un affaiblissement de la syllabe ma, qui est le thème, en sanscrit et en zend, des cas obliques du pronom de la première personne. Il y a le même rapport entre la syllabe m1, dans dédämi, et sa forme originaire ma, qu'entre li du latin abjicuo et l’u de Jaao ($ 6). Dans les formes secondaires, par un nouvel affaiblissement, "m1 est devenu m.
L'accord remarquable qui règne entre toutes les langues indo-
\ Cette forme titém s’accorderait plus exactement avec tiéfés, tiéjét, tijema, tiétéla.
européennes prouve que la division en formes primaires et en formes secondaires appartient à un âge très-reculé. Je ne crois pas cependant qu'il faille la faire remonter jusqu’à cette période primitive où l'organisme grammatical, dans la fleur de la jeunesse, n’avait encore rien perdu de son intégrité; je pense plutôt que les désinences se sont émoussées à la longue, et que la cause de cet affaiblissement a été le besoin d’alléger le verbe, quand le commencement du mot se chargeait d’une syllabe additionnelle (comme aux prétérits à augment), ou quand une insertion se faisait à l’intérieur (comme au potentiel ou optatif). Les désinences émoussées se sont donc produites petit à petit; nous voyons, en effet, que le latin a encore partout mus et le grec er (plus anciennement pes), tandis que mas, en sanscrit, n'est resté qu'aux formes primaires; encore s’y est-il fréquemment mutilé en ma, c'est-à-dire qu'il a pris la forme qui est de règle pour les désinences secondaires. On a, par exemple, bär-4mas, sdrp-ä-mas, et quelquefois bdr-d-ma, sdrp-4-ma, en regard du grec @ép-o-ues, épn-o-ues, du latin feri-mus, serp-1-mus ($ 109", 1); et l’on a toujours d6ar-d-ma en regard de éQép-opes, ferebamus, toujours ds-ma en regard de 4(o)-ues, erâmus, toujours dady#-ma en regard de didoln-ues, toujours tisféma en regard de stémus.
l est plus difficile d'expliquer l'origine de la désinence mas. On pourrait admettre qu'elle se décompose en m-as : m serait alors le thème et as la désinence du nominatif pluriel. En effet, mas finit comme Wg& pddas, pes comme wédes, et les désinences personnelles expriment toujours la relation que sert à marquer le nominatif. Mais il se peut aussi que le s de mas soit de même provenance que le s du zend ssgye yüs « vous » *, du sanscrit nas, vas et du latin nés, w6s?. De même que nous avons expliqué
! Pour yüsmé. Voyez $ 335.
1 Voyez $$S 336 et 337.
plus haut w& a-sm£ comme un composé copulatif signifiant «je [et] ils »!, ad-mds voudrait dire proprement «je [et] ils mangent »?.
Quant à la désinence védique mas, en zend ma, on peut voir dans si une forme à la fois affaiblie et mutilée de sma°; ou bien encore, on peut regarder masi comme étant pour mas4, qui lai-même se rattacherait au nominatif védique asmé (pour masm6}* : dans cette hypothèse, la première partie de la diphthongue é (= « + :} aurait été supprimée, et le pronom masmé aurait rejeté son second æ, tandis qu'à l'état isolé il a perdu lo # initial.
Rauaqus. — De la désinence grecque. pev. — Examen d'une objection de Pott et de Curtius *. — Je regarde le » de la désinence se comme sort d'un ancien s. On a de même la forme #v «il était» en regard du dorien s et du védique #t&4 ds ($ 530). Rapprochez aussi le suffixe -0ey — sanscrit tas, latin -tus*. L'affablissement d'un s en n n'a en lui-même rien de
1 Voyez $ 333.
* Pott explique autrement la syllabe mas (Annales de critique scientifique, 1833, page 326). IL y voit la réunion des pronoms de la première et de la deuxième personne : le pronom de là première personne serait exprimé par "=a; celui de la deuxjÿme par s, comme à la seconde personne du verbe. Mais il faut d'abord faire dériver ce s du t de tvam, au lieu que, en adoptant l'opinion donnée ci-dessus, le s n’a pas besoin d'explication. Il semble d’ailleurs plus naturel que l'expression enous» associe au moi des personnes autres que celles à qui on adresse la parole, car les réeits ne se font pes ordinairement à ceux qui ont pris part aux événements racontés.
S Exemple : A1 dadmasi, en zend #2665»5 dadämahi « nous donnons». | La mutilalion consislerait dans la perte de m et l’affaiblissement dans Île changement de l'aeni. — Tr.]
® Voyez $ 333.
5 Nous avons cru devoir transporter ici, comme à sa place la plus naturelle, une note qui, dans l'édition allemande, se trouve au $ 7927. — Tr.
* Voyez S 421. — On pourrait objecter qu’à côté de la forme -es il existe une forme -9s. Mais Buttmann (Grammaire grecque développée, $ 116, 4, remarque 1) fait observer que les particules qui prennent -fe sont celles qui ne répondent plus très-nettement à la question unde. Partout ailleurs, c’est le mètre qui a occasionné le changement de -Ber en -0e (drrp68e, Pindare ; Kuxp60e, Callimaque; Ar66ade, œdrsoûe, Théocrite). Rappelons aussi la suppression complète du » dans les accusatifs
plus surprenant que celui d'un s en r', qui a lieu si fréquemment et si réyulièrement en sanscrit, ainsi que dans certains dialectes grecs ($ aa) et dans plusieurs formes grammaticales des langues congénères.
Quant à la désinence sanscrite "=#a, usitée dans les formes secondaires, mais employée aussi quelquefois au présent, je la regarde comme une mutation pour mas ($ 439). Cette matilation n’a eu heu très-probablement qu'après la séparation des idiomes indo-européens; elle s'est généralisée en ancien perse, où le s final, après en # ou un d, disparaît dans toutes les désinences.
Pott* propose pour la désinence grecque ue> une autre explication, à laquelle s'est rangé G. Gurtius *. Selon ces deux savants, mas est devenu pes en grec; quant à uev, il représenterait le sanscrit ma, auquel serait venue s’ajonter postérieurement une nasale complémentaire. Mais on peut demander pourquoi la même nasale n'est pas venue s'ajouter aussi à d'autres désinences finissant par une voyelle, par exemple à l'e du vocatif des noms de la deuxième déclinaison ($ 204), ou à l'e du duel ($ 209). Remarquons en outre que le » de uev s'y trouve à demeure fixe, et non pas seulement devant une voyelle, comme le » ephelkysticon.
Pott cite à l'appui de son opinion les impératifs doriens comme Àeyé»tœ, mosbvro, duorioéyrw; mais il est au moins aussi vraisemblable d'expliquer la désinence #rw comme une mutilation pour »rœv que de regarder »rwv comme un élargissement de wrw, car le dorien, quand ül s'écarte des autres dialectes, ne présente pas toujours la forme la plus ancienne.
Pott objecte que le changement d’un s en » est difficile à comprendre au point de vue physiologique, car quoique tous les deux soïent des dentales, ils présentent des sons très-différents. Mais la différence est encore plus grande entre une muette et la nasale du même organe, et cependant, en sanscrit, une muette finale se change en la nasale du même organe quand elle est placée devant une nasale : ainsi atiffat mürdhi il était à la tête» devient atislan mérdni. En latin, nous avons de même somnus pour sopnus,
comme æarépa (== sanscrit pitdrem, latin patrem). Nous avons déjà eu sonvent l'occasion de faire observer que les consonnes finales sont les plus sujettes à être affaiblies ou supprimées.
1 Le n est une liquide comme le r.
1 Recherches étymologiques, 1° édition, Il, page 306 et suiv.
3 Formation des temps et des modes, page 27.
et en grec oeuvôs pour ce6vôs. En lilhuanien et en slave, nous trouvons le changement contraire d'un sen d, quoiqu'il ne soit occasionné par aucane lettre voisine : ainsi le sanscrit ndvax «neuf» devient en lithuanien deæyni, en ancien slave devañti ($ 317). De même, en grec, le n du suffixe ŒX man, latin men, devient un 5 (ô-vouar — ATX nman, nômen). Je crois aussi que la désinence védique tana, à la deuxième personne du pluriel, est pour tata : cette dernière forme n’est pas autre chose, selon moi, que la répétition de la désinence ordinaire ta”.
$ 44o. “a première personne du pluriel en vieux haut-allemand, en gofhique, en lithuanien, en ancien slave et en arménien.
En vieux haut-allemand, la première personne du pluriel présente la flexion très-complète més, aux formes secondaires comme aux formes primaires, c'est-à-dire au subjonctif comme à l'indicatif. Le gothique présente simplement un # dans les formes primaires, tandis qu'il a ma dans les formes secondaires.
Le lithuanien a partout me, le slovène mo, l'ancien slave ax mi. Exemples : lithuanien st@wi-me « nous nous tenons debout», slovène déla-mo «nous travaillons», ancien slave ms ja-mü «nous mangeons» = Weg ad-mis, ERM3 vé-mi «nous savons » = fag vu-mds. En ancien slave, au lieu d'un 3 #, on aurait pu s'attendre à trouver un € e ou un o o en regard de l'a sanscrit ($ 92°); je crois que l’& est dû à l'influence de la lettre s qui se trouvait primitivement à la fin de cette forme ?.
ll est plus difficile d'expliquer l'8 long du vieux haut-allemand. Peut-être, comme le conjecture Graff*, la désinence més se rapporte-t-clle à la désinence mas, qui est particulière au
1 Comparez les impératifs latins en téte et les impératifs védiques en tdt (deuxième et troisième personnes du singulier). Voyez S 719.
? Comparez les nominalifs singuliers des thèmes en o avec les nominalifs sanscrils en a-s (5 255. t. IT, p. 86), et les datifs pluricls en M3 mû avec les datifs sanscrils en byas ($ 2',7).
3 Diclionnaire du vieux haut-allemand, t. 1, col. 21,
dialecte védique. II faudrait alors admettre ou bien que la suppression de li final a été compensée par l'allongement de la voyelle précédente !, ou bien que l? a passé d'une syllabe dans l'autre ?. On peut s'étonner de voir qu’en gothique la désinence pleine #4 mas est représentée simplement par m, au lieu que le 4 ma des formes secondaires s’est conservé intact: nous avons, par exemple, bair-a-m «ferimus» en regard du sanscrit bär-dmas, et bair-ai-ma «feramus » en regard de Bdr-ê-ma. Cette différence vient probablement de ce que les voyelles qui précèdent la désinence, étant plus pleines au subjonctif qu'à l'indicatif *, sont plus capables de supporter le poids de la flexion. Le préténit gothique nous fournit l'exemple d’un fait analogue : les seules racines qui aient conservé la syllabe réduplicative sont celles qui renferment une voyelle longue. Remarquez qu'au prétérit redoublé, où le sanscrit nous présente la désinence ma, et non "as, le gothique a simplement un m; comparez, par éxemple, bund-u-m «nous liâmes » à qafean baband1-md. Ici le gothique supprime l'a final parce que la voyelle précédente est brève. En arménien, la désinence sanscrite mas devient 4p mj; mais cette forme mÿ ne s'est conservée complétement qu'au présent de l'indicatif et du subjonctif. Partout ailleurs, on a supprimé le #, c’est-à-dire la partie essentielle de la désinence ; le 2 4 représente la lettre finale s ($ 216) du sanscrit mas : comme ce .p d se trouve à tous les temps et à tous les modes, on doit conclure que l'arménien se réfère à une époque où la langue n'avait pas encore fait la distinction, à la première per-
! Dans cette hypothèse, més serait pour més, de même qu'en gothique é représente l’é long sanscrit ($ 69, 2). En vieux haut-allemand, on trouve aussi quelques exemples d’un é tenant la place de l'4; par exemple, gé-t «il va», de la racine gd.
? Comparez $ 448. Dans les désinences, en vieux haut-allemand, ai devient 4 ($ 79).
* Ai au subjonclif présent, ÿ (qui s'écrit e:) au subjonclif prétérit. Exemples : bair-ai-ma, bér-ei-ma.
SINGULIER
Sanscrit. Zend. Grec. Latin. Germanique !. Lithuanien. Anc. slore. tislämi histämi longue sto stêm stommi stajun dadämi* dadäm” Gfôwm do ....... dümi dam dsmi" ah: épuré sum im esmi jesmi bar@mi® bardmi @épo fero baira .... beruh° vahämi vasämi éyw veho viga tweiu vesuñ tSléyam ........ lolaipy sem ....... ..... ...... dadyäm daidyañm"® diôolyr dem ....... ..... .. ..
1 Stém et stémés appartiennent au vieux haut-allemand; les autres formes sont gothiques.
? En arménien, auf la-m.
3 Voyez $ 39.
4 En arménien, em.
5 En arménien, ber-e-m.
* eJ’assemble», sû-bréman e fardeau». Voyez Miklosich, Radices, p. 4.
7 Je crois que éyw appartient à la racine vak «transporter» : en effet, si dyos (pour Féyos) est de la même famille que &y, il s’ensuit que éyw est pour Féye et qu'il répond à vdh4ms et à veho. Le sens «transporter» paraît encore assez clairement dans les composés dséye, déyw, évéye, etc. La racine sanscrite vak a, d'ailleurs, aussi le sens de «porter», d'où l’on arrive aisément à celui de eposséder». Il semble que le grec, dans la conjugaison de ce verbe, ait mélé deux racines d'origine différente, à savoir éy — && vah et oye (own) — Le sah «supporter»; nous avons dans oye la même métathèse de la voyelle radicale que dans Bé£Anxa, venant de la racine BaA. Si, contrairement à cette explication, on regarde éye et oy#-0w comme appartenant à la même racine, il faut admettre que éyw est pour oéyw, et qu'il a perdu le o initial. Mais on ne devrait pas pour cela regarder l'esprit rude de é£w et des formes analogues comme le représentant du o, car le déplacement de l'aspiration suffit pour en rendre compte ($ 104°).
® Viga ne s'emploie qu'en combinaison avec la préposition ga : ga-viga «je secoue», ga-vag «je secouai». Quant à vag-a «je remue», il se rapporte à la forme causative vdhdyämi ($ 109", 6). Il en est de même du lithuanien wétô}u «je me transporte» ($ 92°).
* La forme daidyañm , qui se trouve au commencement du Vendidad, appartient à la racine sanscrite dd «poser», et non à la racine dd «donner». C’est ce qui ressort du sens du contexte, qui exige l'idée de efaire, créer»; le verbe sanscrit dé a la même signification, sinon à l’état simple, du moins combiné avec la particule vi. Je
Sansenit.
(a)syaäm baréyam ävaham
dadyäma baréma vahéma
évahéma
Zend. Grec. Latio. Germanique. Lithuanien. Anc. slave. hyañm? é(o)iny siem sijau ss... (Pépoiv)" feram batrau sos. ss.
avasèm* elyov vehebam ...... .
DUSL.
os... os cornes sos stowmiwa slajevé
.. .. ....... düma davé soso se. ss... Dairôs ... .. berevê sus cos se soso. Vig08 wézama vesevé
ses sono ses... batratva® ..... berévé * sv... no sensor vovoeses VIJGIDA ..... vesêvé
PLURIEL
ss. lolapes stâmus sidmés stôime stajemü ss. Ôldoues damus ...... düme damü dadëmahs ....... ........ ......, ..... soso. Pépoues ferimus bairam ..... beremü barämahi ....... ......., .......
Dessous éyoues vehimus vigam wèzame vesemi vagdmahs ....... ........ ose soso cos histatma iotalques stémus ....... ..... staymi daidyäma didoimues démus ....... ..... dadimi baraima @époiuss ferâmus bairaima ..... berémü vasaima Éyoiues vehâmus vigaima ..... vesémü avasma? elyoues vehebamus ....... ..... ......
crois toutefois que le verbe d4 edonner» ferait également daidyañm, car le y change ordinairement le d précédent en d.
1 Voyez $ 430.
2 Ou vasém.
3 Voyez $ 4k1.
* Voyez $ 92°.
5 Forme védique; voyez $ 439.
6 En arménien, ou la-mj.
7 En arménien, ber-e-mg.
$ 443. Formes diverses de la désinence de la deuxième personne.
Le thème pronominal sanscrit tva, en se combinant avec les thèmes verbaux, s’est scindé en différentes formes. Ou bien le t est resté invariable, ou il est devenu, par la substitution de l’aspirée à la ténue, un é ou un d, ou il s’est altéré en s (comparez le grec ov). Tantôt le v s’est maintenu, tantôt il a été supprimé. Quant à la voyelle a, ou elle est restée invariable, ou bien elle s’est affaiblie en :, ou enfin elle a disparu tout à fait.
C’est au moyen que la forme pronominale s’est le mieux conservée, dans les désinences sva, dvê, dvam : sva se trouve au singulier de l'impératif, dé au pluriel des formes primaires, dom au pluriel des formes secondaires. Mais comme nous traiterons dans un chapitre spécial des désinences du moyen, nous passons tout de suite à la forme active transitive.
Le v du thème tva ne s’y est complétement conservé nulle part; mais je crois en reconnaître une trace dans l'aspiration du {. Nous trouvons, en eflet, un £, au lieu d’un t, au duel et au pluriel des formes primaires, et aux trois nombres du prétérit redoublé. Au contraire, les formes secondaires, qui ont en général des désinences plus émoussées, présentent au pluriel et au duel la ténue pure; on peut comparer, par exemple, tisfé-ta «que vous soyez debout » avec tisla-la « vous êtes debout », et, au duel, dl5fé-tam «que vous soyez debout tous deux» avec tlsfa-las « vous êtes debout tous deux». On voit par là qu'en sanscrit les aspirées sont plus pesantes que les ténues et les moyennes, ce qui s'explique aisément, puisque les aspirées sont la réunion d’une ténue ou d’une moyenne avec un À parfaitement perceptible à l'oreille ($ 12). Dans cette aspiration qui suit le t, je crois reconnaître un reste du v de tvam.
$ &kh. Origine de ces formes diverses.
On voit par les exemples qui viennent d’être cités que la désinence pleine de la deuxième personne du présent est {as au duel et &a au pluriel. Mais en étudiant le substantif ($ 206), nous avons vu que le duel doit son origine à un renforcement des désinences plurielles : or, les désinences personnelles, étant des pronoms, sont dans le rapport le plus étroit avec le nom. On pourrait donc admettre que la deuxième personne du pluriel, dans le verbe, a d’abord été {as : de cette forme as serait dérivée la désinence duelle ts: dans le cours du temps, le pluriel {as aurait perdu son s et le duel éds aurait abrégé son 4. Remarquons que déjà à la première personne le s de mas ne tient plus très-solidement, car on trouve fréquemment ma, même dans les formes primaires. Si as est, en effet, la désinence primitive de la deuxième personne du pluriel, elle s'accorde parfaitement avec le latin ts; en même temps se trouverait confirmée la conjecture de Thiersch !, qui a été amené par des observations sur lhiatus à supposer que dans Homère, au lieu de re, la désinence du pluriel était res, en analogie avec la première personne pes.
ll reste à examiner quelle est l’origine de la lettre s qui termine {as : sans aucun doute, elle est identique avec le s de mas. En conséquence, ou il faut diviser de cette façon : Es, et regarder as comme la désinence du nominatif pluriel; ou bien, il faut diviser ainsi : &-s, et expliquer le s comme un reste du pronom annexe sma ($ 335)?. Si cette dernière hypothèse est la vraie, on pourrait admettre que le m de sma s’est conservé dans la désinence duelle tam des formes secondaires,
! Grammaire grecque, 3° édilion, $ 163, remarque. 3 Ona vu ($ 332) que sma se joint indifféremment au pronom de la premitre personne (a-smé nous»), ou à celui de la deuxième personne (yu-émé#"« vous»).
en sorte que sma aurait été mutilé de deux manières différentes, ayant subi une fois la suppression de son m et une autre fois celle de s.
Mais il se présente encore une autre explication pour le m de tam, quelle que soit d’ailleurs, parmi les deux hypothèses précédentes, celle qu’on préfère pour la désinence fas. Comme ce sont ordinairement les formes primaires qui, en s'émoussant, ont donné naissance aux formes secondaires, on peut supposer que la lettre sourde m provient d’un s : c'est ainsi qu'en grec, même dans les formes primaires, nous avons ro» en regard de w& ées, et, à la première personne, per en regard de mas, pes; de même, en prâcrit, l'ancienne désinence casuelle f&& bts est devenue f# hi ($ 97). Par une application du même principe, on peut supposer que la désinence at byäm, dans la déclinaison duelle, est primitivement sortie du pluriel byas par un simple allongement de la voyelle ($ 215), et que plus tard le s final s'est altéré en m.
$ 445. Deuxième personne du duel, en gothique, en ancien slave et en lithuanien.
Tandis qu’en grec le s de la désinence duelle {as s'est altéré en », même dans les formes primaires, le gothique étend l’ancien s à toutes les formes, tant primaires que secondaires. C’est là une nouvelle preuve du fait énoncé ci-dessus, à savoir que la nasale que nous trouvons en sanscrit à la deuxième personne duelle des formes secondaires, provient d'un ancien s, et que cette altération est postérieure à la séparation des idiomes. Le gothique a, au contraire, perdu l'a qui précédait le s : cette suppression est conforme à une règle générale de cette langue, qui veut que devant un s final, dans les mots polysyllabiques, l'a soit ou rejeté ou affaibli en :. Ici, l'a a été rejeté, ce qui fait que nous avons {s comme désinence, en regard du sanscrit
las : rapprochez bair-a-ts de AT4& bdr-a-ias, en grec @ép-eroy, et, d'autre part, bair-a-ts de AAA bar-ê-tam, en grec Pép-o1-T0v.
Le slave a dû supprimer la consonne finale de la désinence en question ($ 92 “). Le lithuanien, sans y être obligé, l’a également rejetée. Tous deux font t4, qui correspond à la fois au las sanscrit des formes primaires et au (am des formes secondaires. Comparez le slave Aacra das-ta ($ 103), le lithuanien düs-ta «vous donnez tous deux», au sanscrit qrug dat-lis, au grec dido-rov, et, d'autre part, A4AMTA dad-1-ta « que vous donniez tous deux», au sanscrit &UTa& dad-yd-tam, au grec dido-inror; rapprochez encore le lithuanien düd-5-t-a? «vous donnûtes tous deux» du sanscrit ddä-tam et du grec #do-Tor.
$ 46. Deuxième personne du pluriel.
Je ne connais pas d'exemple, en zend, de la deuxième personne du duel. Le pluriel est, comme en sanscrit, »$ ia dans les formes primaires *, et »g ta dans lés formes secondaires. En grec, en slave et en lithuanien, nous avons partout re, Te, e. Le latin a partout 4s ($ 444), excepté à l'impératif, où 4s a été affaibli en te. Le gothique présente toujours un tk, avec suppression de la voyelle finale; mais ce th ne doit, selon moi, ni être
1 La même suppression de l'a a lieu au nominatif singulier des thèmes en a : comparez vulfs au sanscrit orkas et au lithuanicn wilkas.
* Le lithuanien traite dûd comme étant la racine. L’5 de l’aoriste est donc simplement une voyelle de liaison qui correspond à l'a du sanscrit ébud-a-tam « vous sûles tous deux».
3 On pourrait expliquer, en zend, l'aspiration du & £ comme provenant d'un r dont il était primitivement suivi, et qui, quoique disparu, se ferait encore sentir de celie façon ; on a vu, en effet ($ 47), que les semi-voyelles peuvent changer un t précédent en aspirée. Mais comme nous trouvons également un £ en sanserit , où la même loi phonique n'existe pas, je préfère appliquer aux deux langues l'explication donnée ci-dessus ($ 443), et voir dans le h que renferme l’aspirée f le représentant effectif de l'ancien r.