‹ Grammaire comparée des langues indo-européennesChapitre 40 sur 51 · TUR · texte numérisé non relu

TUR

identifié avec le £ sanscrit et zend des formes primaires, ni expliqué par l'effet ordinaire de la loi de substitution des consonnes. Je crois plutôt que la désinence gothique, avant la perte de la voyelle finale, était da; on a vu que dans les désinences grammaticales et dans les suffixes, le gothique met volontiers un d entre deux voyelles, au lieu d'un t primitif; or, après la suppression de la voyelle finale, ce d se change ordinairement en th ($ 91, 3 et 4).

En vieux haut-allemand, nous trouvons un t, que je rapporte également à ce d gothique; la substitution de consonnes particulière au vieux haut-allemand ($ 87, 2) a ramené ici la ténue primitive. C'est ainsi que nous avons wég-a-t « vous remuez» en regard du latin veh-1-4s, du grec #y-e-re, du lithuanien tné£-a-te, de l’ancien slave gesere ves-e-te, du sanscrit vdh-a-fa, du zend 202$2h vas-a-la; la forme gothique est vinith, pour vimd, venant lui-même de ng-a-d.

$ 447. Deuxième personne du singulier, en sanscrit, en zend

et en ancien slave.

Nous passons au singulier. En sanscrit, les formes primaires ont la désinence #1, les formes secondaires un simple 4:. Dans certaines positions, st se change en # ($ 21°).

En zend, le sanscrit # est resté, au lieu que st devient hi ($ 53). On'a, par exemple, 272) bavaht «tu es», en regard du sanscrit bdvasi; sy» ahi (même sens) en regard du sanscrit dsi (pour as-#); et, d'autre part, DS COUUE kérëndisi «tu fais» en regard de affa krndñ!. Dans les formes secondaires, la sifflante finale, en se combinant avec un » a précédent, donne en zend un % 6; avec un » 4 précédent, elle donne gw do; la sifflante est conservée après les autres voyelles.

1 Forine védique

Ainsi l’on a, par exemple, ksssnwmale) frafrdvayé «tu parlas » (littéralement «tu fis entendre») en regard du sanscrit présrdvayas; mais nous avons bac mraus «tu parlas» , qui suppose la forme sanscrite dbrés!.

Parmi les langues de l'Europe, c'est l'ancien slave qui a le mieux conservé la désinence des formes primaires si ou &t : les verbes qui s’adjoignent immédiatement les désinences personnelles ($ 436, a) ont s; tous les autres verbes prennent ä?. On peut comparer :

Ancien slave. Sanscerit.

IECH jesi resn NX dsi A4CH dasi* «das» aria dédén mCH jasi sedisr NT dis EGCH vési wnovisti» QU véisi nueux piefi «bibis» FUNf& pivesi * CHIELUM st7efi x quiescis » LL | #é8é (moyen), xeioas caœiEuM sméjeii (ca sa) cridesr WU smdyasé ERIUH véjei «flas» AU vési 3H4KLUM gnajeñi mnovisli» TTÉU pénñs RHEELUIM diveki «vivis” AY pivasi ndaAaun padeht «cadis » quù padyasé «tu vas»

SESEIM veseéi «vehis» AU véhasi neueum peceli «coquis ufà pdcasi TPACEUIH trañseéi (CA saù) ctremisr . WUTÈ trésasi A€PELM dereit xexcorias » ŒUTf& drnûsi «laceras»”

1 Au lieu de dbrés, le sanscrit fait d’une manière irrégulière ébravis.

2 Sur la cause euphonique de celte différence, voyez $ 92!.

3 Voyez $ 436, s.

* Comparez NHEO pivo «bière».

* Forme moyenne qui est remplacée en slave par le pronom réfléchi postposé.

‘ Ce verbe est fléchi d'après la neuvième classe ($ 109", 5), mais avec suppression irrégulière du # de la racine gxd.

7 La vraie racine est dar (d'après les grammairiens indiens Z df); O1 né (par euphonie pour nd) est La caractéristique de la neuvième classe. Voyez $ 109", 5.

Ancien slave. Sanscrit.

NPOLHLU prosist x precaris » yæfa pretdsi “interrogas» ‘ NAAHLUH puñdiii « pellis » Tea pédiyan

GOVAHLUH budiäi rexpergefacis» nuafa bôdiyasi.

$ 4h8. Deuxième personne du singulier, en lithuanien, en grec, en borussien et en vieux haut-allemand.

Le hithuanien a conservé la désinence pleine st dans quelquesuns des verbes dont la première personne se termine en mu, notamment dans ei-sl «tu vas», gélb-si «tu aides», sérg-st «tu gardes », sdug-si (même sens), mëg-si «tu dors». Tous les autres verbes n’ont conservé de la désinence si que la voyellet, devant laquelle, comme on l’a déjà fait remarquer ($ 436, 1), le caractère de la classe est supprimé dans la première et la deuxième conjugaison de Mielcke; on a, par conséquent, wez-i, en regard du slave vese-#i, du sanscrit véh-a-s, du gothique vi9-s, du grec Éy-es-s.

La forme &y-es-s et les formes analogues doivent s'expliquer, selon moi, par une métathèse qui a fait passer dans la syllabe précédente l; de la désinence organique os; £x-es-s est donc pour ëx-e-o1. Rappelons ici une métathèse analogue dans les féminins comme yevérespa, répeiva ($ 119), dans les comparatifs duelvov, x={pwv, et dans les verbes comme pavouæs, yaipo ($ 109", 2). La désinence organique o+ ne s’est conservée invariable que dans le dorien é5-c', auquel correspondent le sans-

1 Rapprochez la forme sende »e=#6)ç0 j'érèéahi. En russe, s-prositj signifie einlerroger”.

? Forme causale de pad raller». Je crois que le latin pello appartient à la même racine, avec changement de d en Î ($ 17) et assimilation du j qui suivait (comparez dAAos, venant de &Ajos, $ 19). Ce j serait un reste du caractère causatif HA aya.

3 Schleicher, Grammaire lithuanienne, p. 252 et suiv.

4 L'orthographe essi «lu es» ost fautive.

crit d-si (avec perte de la consonne radicale s) et le borussien at-sai, as-se, es-se et as-8e.

En borussien, la désinence de la deuxième personne du singulier s'est maintenue d’une façon très-complète. Non-seulement le verbe substantif précité, mais presque tous les verbes pour lesquels il nous reste des exemples de la deuxième personne, présentent l’une ou l’autre des désinences qui viennent d’être mentionnées. La forme pure st se trouve dans giw-a-si! «tu vis», lequel est plus près du sanscrit gfv-a-sa que le slave *HseuM #tv-e-&. La désinence la plus fréquente est sai, qui rappelle le grec ox, le sanscrit & se (venant de sai, $ 2), le gothique sa; mais je crois que la terminaison borussienne doit s'expliquer par le penchant particulier de cet idiome pour les diphthongues : c’est ainsi qu'à la première personne du singulier le verbe substantif fait asmai, ce qui lui donne l'aspect d'un moyen. Le borussien asmai est plus près que le lthuanien esmi du lette es-mu, dont l’u est, selon moi, laffaiblissement de l'a de la désinence borussienne ma; rappelons, à ce sujet, le rapport qui existe entre le vieux haut-allemand ru (dans déru, $ 356) et le gothique sat (= sanscrit sy&i), au datif féminin de certains pronoms ?.

1 Ou, avec deux s, giæ-a-ssi. Voyez mon mémoire Sur la langue des Borussiens, pages 9 et 10.

3 En traitant des formes asmaï, asmu, asmau, Schleicher (Mémoires de philologie comparée, publiés par Kubn et Schleicher, t. I, p. 114 et suiv.) paraît n’avoir pas tenu compte du lette esmu, quand il affirme que ni en lithuanien , ni dans aucune langue indo-européenne, il n'existe à la première personne du singulier aclif une désinence -maw ou -mu. Si nous ne connaissions la forme intermédiaire asmat, fournie par le borussien, il serait difficile de concevoir comment la désinence mi a pu devenir #u en lette; mais on comprend sans peine comment, d'après le principe du gouna sanscrit, mi devient mai : à son tour, maï a pu faire mu, de la même manière que les datifs pronominaux en smdi ont fait smu en borussien et mu en vieux haulallemand. Par un nouveau gouna , esmu devient esmau (comparez le borussien satnan cfliam» au sanscrit sénu-m, au lithuanien sénus).

Nous retournons au lithuanien pour faire observer qu’à la deuxième personne du singulier, dans les formes secondaires, nous trouvons un : en regard de la désinence sanserite s; exemple : sukai «tu tournas», pour suka-s. Je regarde aujourd'hui cet : comme une vocalisalion ou comme un remplaçant de s (S 157). L'ancien slave a dû supprimer le s final des formes secondaires ($ 92"); exemple : 6esh vesi «transporte», en regard du sanscrit véhé-s «que tu transportes» ($ 92°), du zend vasôi-s, du grec éyos-s, du latin vehé-s, du gothique vigai-s, du

à vieux haut-allemand mwégé-s.

° Au sujet du présent, en vieux haut-allemand, il faut encore remarquer qu'au lieu d’un simple s 1 a aussi quelquefois st;

. cette dernière forme a prévalu en moyen haut-allemand et en allemand moderne. Exemples : bis-t «tu es», à côté de bis = sanscrit bdn-a-s1; iuos-t «tu fais», à côté de tuos = sanscrit dddäa, grec Tin-s; stas-t «tu es debout» (dans Notker) pour le sanscrit défa-si, le grec on-s; gas-t, pés-t, geis-t «tu vas», à côté de gâ-s = sanscrit gdgé-n, grec Blén-s; huhs-t «tu offres», à côté de piuti-s = sanscrit bôd'a-st, venant de bauda-s ($ à). Je regarde ce t comme un débris du pronom de la deuxième personne, lequel a conservé ici l’ancienne ténue, grâce à la lettre s qui précède ($ 91, 1). On trouve assez souvent le pronom complet tu ajouté, comme pronom annexe, après le signe personnel s; exemples : bis-tu «tu es», ginnis-tu «lu commences», scades-tu «tu nuisr!.

$ 4hkg. La deuxième personne en arménien.

L’arménien a s, non-seulement dans les formes secondaires où il représente le s sanscrit, mais dans les formes primaires où il est pour le sanscrit si. Comparez e-s «tu es » avec le sanscrit d-#, en latin e-s, en gothique t-s; emus ta-s «tu donnes » avec le sans- 1 Voyez Graff, Dictionnaire du vieux baut-allemand, t. V, col. 80.

crit dddä-s, en grec dus, en latin da-s; quu ga-s «tu viens» avec le sanscrit gdgé-s, en vieux haut-allemand gé-s, en grec Bkyw-s ($ 123); abpbu bere-s «tu portes» avec le sanscrit bdr-a-si, en gothique bair1-s, en vieux haut-allemand bir-1-s. Pour les formes secondaires, comparez flv tes (venant de tyes) «que tu sois» avec le sanscrit syds, le latin siés, le grec {o){ns (S 183?, 2); anwglru taie-s (venant de dayes) «dabis» avec le sanscrit déyd-s «que tu donnes», le grec doins.

Au lieu de s, dans les formes secondaires, on trouve aussi pr, notamment à l’imparfait, aux deux aoristes et facultativement au futur !. Comme exemple de la seconde forme de l’aoriste, nous aterons hp ekr «tu vins»?, pour le sanscrit dgé-s, le grec &axs. Si l'impératif présent prohibitif (c'est-à-dire précédé de sut = sanscrit md, grec pu/) est originairement identique, comme le suppose Petermann’, avec le présent de l'indicatif sanscrit, nous avons un r comme représentant de la désinence primaire #. Mais il se pourrait aussi que cet impératif précédé de ms correspondît à l'imparfait : on sait, en effet, qu’en sanscrit l'imparfait ainsi que l’aoriste, précédés de la particule m4, sont souvent employés à la place de l'impératif présent; ils peuvent alors être privés de l’augment. Exemple : m4 bar-a-s «ne porte pas», qui correspond parfaitement, abstraction faite du changement de s final en r, à l’arménien m1 ber-e-r (même sens). Si ce rapprochement est fondé, berer serait pour e-berer (en grec EPepes). Pour tous ses verbes, l'arménien aurait gardé dans cette construction un imparfait simple*.

1 Dans le futur arménien, nous avons reconnu ($ 183°, 2) le précatif sanscrit et l'aoriste de l'optatif grec. Sur l'imperfait, voyez le même paragraphe.

+ Le k, dans ekir, est le substitut du g de ga-m. Voyez Petermann, Grammaire arménienne, p. 254.

3 Grammaire arménienne, p. 191.

4“ On a déjà vu que l’imparfait ordinaire des verbes attributifs contient le verbe substantif.

h0 NENCES PERSONNELLES.

Au pluriel, la deuxième personne de tous les temps et de tôus les modes est exprimée par .p d; devant cette lettre, & e s'allonge et a s'élargit par l'addition d’un y +. Peut-être ce 2 ÿ est-il sorti d’un s, comme celui de la première personne ($ 44o); ber-84 « vous portez » serait alors pour ber-e-tÿ, et celui-ci pour ber-e-ts : comparez les pluriels latins en &s ( fer-hs), les duels sanscrits en {as (bdr-a-as) et les duels gothiques en ts (bair-a-ts). L’allongement ou l'élargissement de la voyelle précédente serait alors une compensation pour la perte du signe personnel. Mais si le g de ber-8-ÿ « vous portez», npuwpp ors-ai-ÿ «vous chassez» ! et des formes analogues est la vraie expression du rapport personnel, il faut l'expliquer par le » du thème #4 tva?, de même que le pronom simple de la deuxième personne a donné en arménien, aux cas obliques, les thèmes de, do ($ 340). Rappelons à ce sujet les désinences dvé et dvam du moyen sanscrit : ber-4-j «vous portez» répondrait au sanscrit bar-a-dvé, et l'impératif prohibitif m1 ber-8-j «ne portez pas» à m4 bar-a-doam.

$ 4bo. La désinence di à la deuxième personne du singulier de l'impératif sanscrit.

11 nous reste à examiner deux désinences de la seconde personne du singulier, qui ne sont employées chacune que dans un seul temps : ce sont, en sanserit, di et da. La première se trouve à l'impératif de la seconde conjugaison principale, laquelle répond à la conjugaison grecque en pu. La désinence & se trouve au parfait redoublé de tous les verbes.

À côté de fa di, nous avons f& k:, qui est une forme moins pleine de la même terminaison. Dans le sanscrit ordinaire, di ne se trouve qu'après unc consonne; exemples : ad-di «mange», vidli «sache», vap-dt «parle», yuñg-di «unis». Les voyelles

* Première personne ors-a-mg.

? Voyez $ aaû.

DEUXIÈME PERSONNE. $ 450. h1

n'étant pas assez fortes pour porter la désinence pleine après elles, il ne reste du d'que l'aspiration !. Exemples : 6d-h{ «brille », pd-hi «gouverne». Il n’est pas douteux que di n'ait été d’abord la désinence usitée pour tous les verbes : on le pouvait déjà supposer par la comparaison du grec, où l’on n’a pas seulement lo-0, néxpay-01, dvwy-0, mémeio-0i, mais encore Pa-0f, i-6:, ofÿ-8, ete. Le sanscrit présente d’ailleurs des exemples assez nombreux d’aspirées dont il n’est resté que le À ($ 23), et dans les dialectes plus récents, tels que le pâli et le prâcrit, on trouve souvent un À là où le sanscrit a un d, un ÿ ou un 6?. Aussi avais-je déjà émis dans mes premiers écrits® l'idée que ce n'est pas, comme on l’admettait jusqu'alors, la désinence h: qui se renforce et devient di après une consonne, mais au contraire di qui s’affaiblit en h: après une voyelle. Mon hypothèse a été depuis justifiée par le dialecte védique, où l’on trouve déjà, à la vérité, la forme mutilée hi, mais où la désinence di se combine cependant encore quelquefois avec une voyelle; on a, par exemple *, #ru-di « écoute », qui correspond parfaitement au grec «1501. De son côté, le zend est venu confirmer le même fait, car il a partout di ou di, et non st, comme 1l faudrait s'y attendre, si la forme } avait déjà existé au moment où le zend s’est séparé du sanscrit ‘; exemples : stdidi «loue», en regard du sanscrit stuhi; kéréndidi «fais», en regard du sanscrit krnu, qui a entièrement perdu sa désinence personnelle; dag-d «donne»

(par euphomie pour dad-di), en regard du sanscrit déhis.

' La seule exception est ga édi «sois», venant de ad-df, qui lui-même est pour as-di. Comparez le grec lo-8i. |

? Le latin présente de même humus en regard du sanscrit bdmi.

* Système détaillé de la langue sanscrite (1827), $ 315, remarque. Grammatica entica, $ 315. Annales de critique scientifique, 1831, p. 381.

* Voyez Rosen, Rig-vedæ specimen, pages 6 et 232.

5 Voyez S 57.

* Voyez $ 103. On trouve aussi (Vendidad-Sädé, p. 422) ddidi, dans lequel je

$ 451. Deuxième personne de l'impératif, en sanscrit et en grec.

La conservation plus ou moins complète de la désinence fà di dépend, comme on vient de le voir, du plus ou moins de vigueur de la partie antérieure du mot. Une autre preuve de ce fait nous est fournie par les verbes de la cinquième classe, dont la caractéristique est nu ($ 109", 4). Quand cette syllabe nu s'appuie sur une consonne précédente, le verbe présente la forme mutilée k; exemple: dpnu-hi « obtiens », de la racine dp (comparez ad-imscor). Mais quand nu est précédé d’une voyelle, la consonne ” » à elle seule n’est pas assez forte pour porter la désinence hs; exemple : &-né «assemble», de la racine 4. lei le sanscrit se rencontre avec le grec, où les verbes de la même classe sont également dépourvus, à l'impératif, de la désinence personnelle; exemple : dsées5. Mais la rencontre en question est fortuite, car le grec et le sanscrit ne sont arrivés, chacun de son côté, à cette forme mutilée qu'après la séparation des idiomes indo-européens; on peut même dire que dséxvÿ n'est pas absolument dénué de flexion, car il a un 5 long qui renferme encore, selon moi, ls de la désinence S:; c’est ainsi qu’à l'optatif nous avons dæswüro!, venant de dœssvero. Ï1 n’est donc pas nécessaire de rapporter deéxvü à la conjugaison en w et d'y voir une contraction pour deéxvue; de même, 70e: ne vient pas de r{es, mais de r/er:, avec suppression du +, comme rÜwle de réwîsr:?; de même encore {on (pour 101») vient de ÿo1a(8)s. Il est vrai que dédou est pour didos; mais nous avons encore dans Pindare dfdos, qui s'explique très-bien par la forme d/d0(8): °.

reconnais un impératif aoriste de Ja cinquième formation sanscrite; il répond, par conséquent, au grec àd-6i.

1 Iliade, XXIV, vers 665.

? Comparez des faits analogues en espagnol, où nous avons, par exemple, à ls

deuxième personne du pluriel, cantais, venant du latin cantatts. Le rapport de déos avec didou n’est pas le même que celui de réw7oscs, r6-

$ 452. Suppression de la désinence à la deuxième personne de l'impératif, en sanscrit et en grec.

De même que le % u ae 1a cinquième classe, quand il n'est pas précédé de deux consonnes, est devenu incapable de porter la désinence personnelle di ou ht, de même l'a bref de la première conjugaison principale est trop faible pour servir de support, en sanscrit et en zend, à la désinence en question ; 1l semble qu’il l'ait déjà perdue dès l’époque la plus reculée, car elle manque aussi à la conjugaison correspondante en grec, c’est-àdire aux verbes en w, et elle fait absolument défaut en latin et dans les langues germaniques. Les verbes forts, dans ces derniers idiomes, perdent en outre le caractère de la classe; exemple : nig (pour vwa), en regard du sanscrit 4€ véh-a, du zend vag-a, du latin vehk-e, du grec #y-&.

$ 453. La désinence du parfait sanscrit a.

Nous passons à la désinence & £a qui, comme nous l'avons déjà dit ($ 450), appartient en propre au prétérit redoublé. En zend, je ne connais pas d'exemple certain de cette désinence dans les formes redoublées: mais je ne doute pas qu’elle n’ait également été d’un usage général dans cet idiome. [ y a un passage du Yaçna! où l'expression sb messe) fra-dadäla ne peut guère signifier autre chose que «tu donnas», et doit correspondre au sanscrit pra-dadäia ($ 39); en effet, cette forme ne peut être la seconde personne du pluriel, car il faudrait spss9s)) fra-daita?,

loioa avec réwloucs, rüxlovaa. En effet, dans ces dernières formes, l’: remplace une nasale, comme dans pélus, pour péAäs (venant de péAavs). Dans la langue ordinaire, cette nasale s’est résolue en v; mais elle peut aussi devenir un :, comme on le voit encore par ri#els (pour r#0évs). Au contraire, dans Oldou et dldos, il n'y a pas eu altération d’une ancienne nasale.

: Vendidad-Sädé, p. 311.

2 Pour s0%»310 fradasia (S 38).

hh DÉSINENCES PERSONNELLES.

avec suppression de l'é de la racine, comme en sanserit et comme à la première personne plurielle sgpwçgess dadëmahi (S 30).

Parmi les langues de l'Europe, c’est le gothique qui se rapproche le plus du sanscrit, car, à la deuxième personne du singulier, il a un t comme désinence dans ses prétérits simples (appelés aussi prétérits forts). Ce t n'a pas été touché par la loi de substitution des sons, parce qu'il est toujours précédé d’une autre consonne ($ 91, 1); autrement nous devrions nous attendre à trouver en gothique un th, c’est-à-dire le représentant habituel du t sanscrit. 11 ne faut pas oublier, en effet, que le 4 { sanscrit est une lettre d’origine relativement récente ($ 12), qui tient ordinairement la place d’un 4 t{, c'est-à-dire de la lettre à laquelle le grec oppose un r et le gothique un tk.

LL est vrai qu’en grec la désinence correspondant au w & sanscrit est a, par exemple dans #08, olo8x. Mais on ne doit pas se laisser tromper par une identité qui n’est qu’apparente : ce 9 est dû à la présence du o précédent, comme on peut s’en assurer par la comparaison du passif et du moyen, où tous les + des désinences personnelles se changent en ©, quand ils sont précédés d’un o!. I reste à expliquer d’où provient ce o. Dans 4o6a et oloûa, je crois qu’il appartient à la racine”?, et qu'il faut diviser ces mots ainsi : #o-0a, olo-0a (pour oid-8a). Le premier correspond au parfait sanscrit ds-1-la «tu es assis» et est sans doute lui-même un parfaitt. Le second correspond au sanscrit véi-ia

' Par exemple dans Pépeoôe, éPépeote, Pepéolw, S30000v, édiddoôny (S h74). Quand le & grec n’est pas le résultat d’une modification phonique perticulière à cette langue, il correspond au 4 d'sanscrit, et non au 4 t (S 16).

3 Je retire l'explication que j'ai donnée autrefois de ce o dans Îles Annales de littérature orientale, p. 41.

% Sans la voyelle de liaison, nous devrions nous attendre à avoir ds-la, qui existe peut-être dans le dialecte védique. La première personne #a, pour #oa, correspond au sanscrit dsa «je suis assis».

* Si pourtant l'on voulait voir dans #o0a un imparfait, on pourrait en rapprocher l'imparfait moyen HKUTT dsids.

(pour véd-ia) «tu sais», au gothique vats-t (pour vait-t, $ 102) et au zend se»x»h vais-ta. Ainsi qu'on peut le constater par la comparaison du sanscrit avec les autres langues de la famille, la racine #4 présente dès les temps les plus anciens cette double particularité, qu'elle a les désinences du parfait redoublé sans prendre le redoublement et tout en ayant le sens d’un présent; on peut rapprocher la première personne véda (et non vivéda) «je sais» du grec ofda (pour Foïda), du gothique vait et du zend vaida.

Quant à #Pno-0a et aux formes dialectales comme @ño-êe, 7{0no-0a, elo0a, 0éAnoba, xAaloio-ba, il semble que la désinence 0a s’y soit introduite par abus : ni le temps, ni le mode n'appelaient cette désinence. Peut-être est-ce l'exemple de #-0a et de olo-8a qui a fait que cette terminaison est venue se surajouter au o, qui à lui seul exprimait déjà la seconde personne. Thiersch propose une autre explication ! : il regarde 6e comme une désinence adverbiale, qui serait venue se joindre à o1 abrégé en o. Il faudrait alors rapprocher ce a du suffixe sanscrit ha (venant de da), du suffixe zend da, et du 6x de #6a, éyraÿda ($ h20). Mais alors on devra admettre aussi que dans les formes comme +{no-0a, Ao-0a, le thème pronominal auquel appartenait ce suffixe? s’est perdu, et que l’adverbe s’est totalement dépouillé de sa signification.

$ 454. La désinence du parfait st en gothique et en vieux haut-allemand.

En gothique, les racines finissant par une voyelle insèrent encore un s euphonique devant la désinence personnelle t; le seu] exemple qui nous reste est sa1s6-s-1° «tu semas», de la ra-

! Grammaire grecque, principalement pour le dialecte homérique, p. 216.

* On pourrait supposer, par exemple, le thème i, que nous trouvons dans le zend #-da eicir ($S 4ao).

3 Ulfilas. Luc. XIX , 21.

h6 DÉSINENCES PERSONNELLES.

cine #6. De même, la racine v (= sanscrit vd) «souffler » a dû faire probablement vaivé-s- (= sanscrit vavd-l). Peut-être ce s a-t-il été introduit par suite d’une fausse analogie avec les nombreux verbes forts terminés par une dentale, lesquels changent cette dentale en s devant le t de la seconde personne ($ 102); c'est ainsi que nous avons bans-t «tu lias » en regard du sanserit babdnd-i-ls, gaigrés-t! «tu pleuras» en regard du sanscrit &krdnd-1-ia.

Le vieux haut-allemand n’a conservé le signe personnel que dans les prétérits ayant le sens d'un présent. Il y en a douze*, parmi lesquels weiz «je sais, 1 sait», dont la deuxième personne wets-{ répond au gothique vas-t et au zend spsæwsh vaifta.

$ 455. Tableau comparatif de la deuxième personne.

Nous faisons suivre le tableau comparatif de la deuxième personne des trois nombres, dans la forme active transitive :

SINGULIER

Sanscrit. Zend. Grec. Latin. Gothique. Lithuanien. Ancien slave. dsi aki éco es u esi* jesi tfljasi hstahi loflys stâs V.h.. stds stümi stajeii dädäsi® dadähi àlws das ....... dûdi dasi bdrasi® baraki @épeis fers’ bairis ....... bereii

vdhasi vasahi yes vehis vigis œeii veseii

1 A la troisième personne, gaigrét, en regard du sanscrit éakrénd-a «il pleure». La deuxième personne ne s’est pas conservée; mais nous l’avons rétablie d'après l’analogie de la troisième. On peut croire que cc sont surtout les verbes ayant un'é au prétérit, comme gaigrést, qui ont contribué à nous donner les formes comme saisüst.

Voyez S$ 6:16 et Grimm, Grammaire allemande, I, p. 881 et suiv.

3 En arménien, es.

4 Voyez $ 448.

# En arménien, enws (as.

6 En arménien, beres.

7 La désinence personnelle se joint immédiatement à la racine, comme dons le sanscrit bibéréi (troisième classe). Voyez $ 109", 3.

Sanserit. Zend. Grec. Latin. Gothique. Lithuanien. Ancien siave. (a)syds hydo é(oins stés sais" . ......,. ....... dadyäs daidydo àtèolys dés sunssos sec dagdi * barés bardis @épois ferds° batrais ..... beri* rahés vasôis Éyois vehds vigais ss... ven dvahas avasé elyes vehebds ....... sc. .… édi asdi?* lobi sonne conso coseoss se. .

viddt viidi?? lois sons cosssee sonne soc déhi° dasdi” Bols ....... ... sos cnssses soso srudi" ....... xÀA00: soso ee sous poses sous vaha vasa dye vehe vig sus cos &sila donhita?" ÿoda" ....... ....... ....... cs... vétla vaista?"* oloôa soso... Vaist s.. soso. tutôdila ....... ....... . sv... staistausté ,,,.,, … bibédila ....... .. ns sos batsi ... ...

1 Sÿ constitue le thème, a est la voyelle de la classe et à l'expression modale. Nous reviendrons sur ces différents points.

3 Voyez $ 92°.

3 Voyez S 693.

4 Voyez $ 92”.

® Venant de ad-di, qui lui-mème est pour as-d'i.

* En regard du primitif ad-d'i (devenu éd'i), on peut supposer en zend une (orme ag-di. Compares le send dag-di, venant de dad-di ($ 102).

7 Voyez S$ 103.

* Venant de dad-di, pour dadd-hi, qui lui-même est pour dadd-di.

* Voyez $ 108.

1° Forme védique ($ 450).

11 Le manuscrit lithographié donne fradadäié avec l'4 final long; mais cette forme se trouve dans la partie du Yaçna qui allonge les voyelles finales. Quant à la forme donhita, dont il n'existe pas d’exemple, j'ai cru pouvoir la supposer d'après l’analogie de fradadäia ; nous avons la troisième personne »çyye donha — HT dsa ($56 *). La deuxième personne, en sanscrit, est ATITA dsila.

13 Voyez $ 453.

13 Voyez $$ 102 et 453.

16 Le racine gothique staut a partout le gouna et a ainsi sauvé le redoublement. Le t final tient la place d’un d, en vertu de la loi de substitution des consonnes. Quant au t initial, il s’est maintenu intact, grâce à la lettre s qui précède, et qui est peut-être le reste d’une préposition (== sanscrit sam, slave sä). Voyez $ 91, 2. [L’auteur rapproche le gothique staut « pousser» du sanscrit tud (même sens). — Tr.]

DUEL

Sanserit, Zend. Grec. Latin. Gothique. Lithuanien. Ancien slave, tüfjalas histalô?' lolaroy ....... .,...., stôwila stajela bäralas baralô? @éperoy ....... batrats ....... bereta véhalas vasalô? éyeroy ....... vigats wéiala veseta barétam ....... Péporroy ....... batratts ....... beréta véhétam ....... éyorroy ....... vigails ....... veséta dvahatam ....... elyeroy ....... ...,.... soso sous.

PLURIEL

tfilala histaia boflare stûtis V.h-e. stût stôvite stajete bdraia barala @épere fertis* bairith® ....... berete vahala vasala éyere vehitis vigith métale vesele tislèta histaita iolalpre stétis ....... ....... stajete dadyäta daidyâta Gièolyre détis ....... dükite dadite baréta baraita Qéporse ferdtis bairaith ....... berête vdhéta vasaita éyorrs vehâtis vigaith wéékite veséte dvahala avasata elyere vehebâtis ....... ...... es...

$ 456. Origine de la troisième personne. — La troisième personne

du singulier, en grec.

C’est du thème pronominal a ta ($ 343) que vient la désinence de la troisième personne. Dans les formes primaires, l'a de ta s’est affaibli en :, ct dans les formes secondaires, il est tombé tout à fait, comme à la première ct à la deuxième per- | sonne. En sanscrit et en zend, le t n’a subi aucune modification, excepté dans la seule désinence plurielle us ($ 462) : il diffère,

! On trouve la désinence t6 pour la troisième personne du duel : on en peut inférer presque avec certitude que la désinence de la deuxième personne, dans les formes primaires, était 6.

3 Comparez FSRIU bibr-ia (troisième classe).

* Avec th pour d ($ 446).

TROISIÈME PERSONNE. $ 457. h9

à cet égard, du { de tva «loi», que nous avons vu, à la deuxième personne, devenir tour à tour £, d'et s.

Il en cest autrement en grec : excepté dans quelques formes dialectales et dans le seul verbe éo7/ = sanscrit fi dsti, zend spss ati, le grec a partout changé le t en o. Aussi dSwos ressemble-t-1l plus à la deuxième personne sanscrite dädäsi qu'à la troisième dädäh, et il se confondrait avec la deuxième personne (didws), si cette dernière n'avait pas perdu ls qui lui revenait de droit dans le principe. La forme @épes est pour Péo-s8-r: (= sanscrit bdr-a-t), comme l'impératif +/8es pour +/6er:, Sldos pour déd06: ($ 451); nous avons de même en prâcrit banaï «dicit», à côté de banadi!. Dans les formes secondaires, la dentale finale devait tomber, en vertu d’une loi phonique de la langue grecque : la même loi existe en prâcrit?, en gothique ($ 86, 2!) et en slave ($ 92°) : aussi éyos est-il plus près du prâcrit sah4, du gothique vigai et du slave Kesu vest que du sanscrit vdhét, du zend e:+5h vaséid et du latin vehat, vehet.

$ 457. Troisième personne du singulier, en ancien slave, en lithuanien et en gothique.

Tandis que la dentale finale des formes secondaires n’a résisté à l'action du temps qu’en sanscrit, en zend et en latin, la désinence pleine 4 des formes primaires n’a presque partout perdu que li; la dentale subsiste encore à l'heure qu'il est en allemand et en russe. L'ancien slave a même conservé quelque chose de l'1, sous la forme d’un & # ($ 92°). On peut comparer :

! À la deuxième persoanc de l'impératif, le prâcrit fait baraï «parler (Urvast, éd. Lenz, p. 67), pour banahi, venant de banadi. Cette forme coïncide très-bien avec les formes grecques comme ride(r}s, ido(0).

2 En prâcrit, toules les consonnes, excepté l'anousvära ($ 9), duivent tomber à l fin d'un mot.

[LUE b

Ancien slave. Sansert.

KECTR Jes-ii rest s RE ds-ti mers jas-Hl' reditn WU de-ti EtcTL vés-t racitn QÉU ot-t AACTL das-ti «dat» aaTià dédé-ti BESETR vep-6-A «vehit» afà odh-a-ti.

En lithuanien, la conjugaison ordinaire a perdu la marque de la troisième personne dans les trois nombres. On a, par exemple, wé£-a-" en regard du slave ves-e-f et du sanscrit »d}a-t; de même au duel et au pluriel. Il n’y a que les verbes qui ont sauvé, à la première personne, la désinence mt ($ 435), qui aient conservé en partie, à la troisième, la désinence pleine # ou le t; cette désinence se joint immédiatement à la racine. Exemples : és «il est», dést ou d&st? «il donne», ést «il mange » (en parlant des animaux), gést «il chante», dést «il place», mést «il dortr, sdugt «il conserve», gélbt «il aide», sérgt «il surveille », lékt «il laisse». Cetté désinence du singulier sert aussi pour le duel et le pluriel.

En gothique, à l'exception de tst «il est», où l’ancienne ténue s’est conservée sous la protection de la lettre s qui précède, le t, dans les formes primaires, s'est partout changé en th. Mais ce th ne doit pas s'expliquer par la loi de substitution des consonnes; il est le remplaçant euphonique d'un d, comme à la deuxième personne du pluriel; en effet, le gothique préfère, pour la fin des mots, un th au d ($ 91, 3 et 4). Le d s’est, au contraire, maintenu dans la désinence da du moyen et du passifs. De ce d est sorti le t du vieux haut-allemand, par une substitution qui a ramené la dentale à sa forme primitive.

1 $ par euphonie pour d ($ 103). Même observation pour vés-ti et das-tf.

3 Dans d&'st et les trois verbes suivants, le s tient la place d'un ancien d ($$ 102 ot 103).

3 Comparez la désinence di en prâcrit.

Page 1