‹ Grammaire comparée des langues indo-européennesChapitre 43 sur 51 · VIL · texte numérisé non relu

VIL

3 Formule de respect pour «puisses-tu vivres.

4 Sur la table de Bantia. Comparez les ablatifs osques en ud qui correspendent aux anciens ablatifs latins en o-d ($ 18:) et aux ablatifs sanscrits et sends en di et en dd.

5 C'est un fait à remarquer que, sans connaître les impératifs védiques en (ét,

DÉSINENCES DU MOYEN. $ 470. 67 La désinence rw de l'impératif grec @epérw est elle-même un

ancien moyen, comme on peut le voir par la comparaison du pluriel @ep-6-vrw, qui s'accorde parfaitement avec le moyen sanscrit 6dr-a-ntém!. Je ne crois pas qu'on puisse identifier Pep—b-vra avec le transitif bér-a-ntu : ce serait la seule fois, dans toute {a grammaire grecque, qu’un u sanscrit serait représenté par w, sans compter qu'il faudrait supposer l'addition d’une nasale inorganique. On pourrait plutôt, en rapprochant gspérw du moyen bdr-a-üim, admettre qu’une nasale s’est perdue, comme dans éeËx = wfewa ddikiam. Mais je préfère aujourd’hui identifier @epérw avec le védique bäratät, car la suppression du s était obligée, au lieu que celle de la nasale serait fortuite et arbitraire. Entre @ep-£-rw et bdr-a-tét le rapport est le même qu'entre 40/w et ddadät, entre &w et ddût.

En fatin, la désinence védique tit est représentée par la désinence té, que nous trouvons à la deuxième:st à la troisième personne du temps appelé vulgairement impératif futur ?; ainsi toto (venant de guito) «qu'il vive» répond à wftaatx g#r-a-tit (même sens); à la deuxième personne, vrto correspond, quant à sa désinence, au védique pra-yacé-a-têt edonne»°. La suppression du + final n'était pas obligée en latin; mais ce qui prouve que le latin supprime quelquefois une dentale finale. c'est l'exemple des ablatifs en o (plus anciennement o-d = sanscrit 44, zend d-d). À la troisième personne du pluriel, les formes latines en nto peuvent nous faire supposer des formes védiques en ntdt : veh-u-nto, par exemple, aurait pour pendant

Kuba avait déjà attribué une origine passive aux formes osques en queslion, dans son écrit intilulé Conyugatio in ps, linguæ sanseritæ rations habité, p. 26, noie.

1 Le rapport entre ces deux formes est exactement le même qu'entre le duel grec Pep-é-res et le duel sanscrit bér-a-tdm.

3 Les formes amato, amatote, amanto sont attribuées, dans la Grammaire laline de Zumpt, à l'impératif futur. — Tr.

3 Rig-véda, masgals I, hymne xurus , vers 5.

ot

une forme vah-a-ntdt. Dans cette hypothèse, on pourrait rapporter au même modèle les formes grecques comme éx-6-vrur, dont le » final s’expliquerait comme un » ephelkysticon, devenu à la longue partie intégrante de la désinence.

$ 471. Première personne du singulier moyen, dans les formes secondaires, en sanscrit.

En sanscrit, la troisième personne du singulier, dans les formes secondaires, étant terminée en ta, la première personne, d’après le même principe, devrait faire ma; en regard du grec Pepolunv (dorien Pepotuär), nous devrions donc avoir bdréma. I] faut, en effet, que cette forme, qui cependant n’est pas la plus ancienne, ait existé pendant un certain temps en sanscrit. Mais dans la langue telle qu’elle nous est parvenue, le m est tombé, comme il est tombé partout au singulier du moyen : au lieu de béré{m)a, nous avons bäré-y-a, avec le même y euphonique que nous trouvons inséré, à l'actif et au moyen du potentiel, devant toutes les désinences personnelles commençant par une voyelle ($ 43). Dans les formes chargées de l’augment, cette désinence déjà très-mutilée a se change, par un nouvel affaiblissement, en 1; exemple : dstr-nv-1 «sternebam » pour astr-nv-a, qui lui-même est pour astr-nu-ma. Une forme plus ancienne encore serait astr-nu-mém, qui correspondrait au dorien éo1opsv-uàr.

$ 472. Diphthongue finale é des désinences du pluriel et du duel,

en sanscrit et en zend.

Nous retournons aux formes primaires, pour faire remarquer une différence entre les désinences sanscrites en 6 et les désinences grecques en æ. En sanscrit, ce ne sont pas seulement les personnes terminées par : à l'actif transitif qui prennent é au moyen; toutes les personnes, sans exception, ont cetle

diphthongue finale 4, comme on peut le voir par le tableau suivant : |

SINGULIER. DUEL. PLURIEL, (n)ê — par vahé mahé — peôa sè — oai dié dvé té == vai dué né ou at = vru, avai (S 459).

Le zend, autant qu’on en peut juger par les formes qui nous restent, suit l'analogie du sanscrit; ajoutons seulement ici que la première personne du pluriel est maidë ou, sans aspiration, maidé, ce qui prouve que le sanscrit mahé vient d'une ancienne forme madë ($ 23). Le grec ue0a a également conservé la dentale aspirée; mais il a perdu son : final, ce qui le fait ressembler aux formes précitées ($ 466) du gothique.

Dans les formes secondaires, le sanscrit mahé perd le premier élément de la diphthongue é, ce qui donne mahi. Au contraire, la première personne plurielle de l'impératif, qui recherche les désinences les plus pleines, fait mah&i. De même, au duel, à côté de vahé, nous avons les désinences vaht et vah&. Le zend, même dans les formes secondaires, conserve la désinence pleine maidé; du moins trouvons-nous au potentiel Lace y bûrdydtmawdé « que nous voyions » 1.

$ 473. Explication des désinences moyennes qui ont la diphthongue finale «: en grec.

De ce que toutes les formes primaires du moyen se terminent, en sanscrit, par é, je ne veux pas conclure que tous ces & proviennent de la même origine. Examinons d’abord les personnes auxquelles correspond, à l'actif transitif, un :, et, au moyen grec, un œ. Je suis très-porté à croire que ces désinences

1 Vendidad-Sädé, p. 45.

ont perdu une consonne entre les deux éléments de la diphthongue !, à savoir un m à la première, un s à la deuxième, un t{ à la troisième personne. Ainsi (m)é, pœ sera pour mam; sl, cas pour sast; té, ra: pour tah. Rappelons que nous avons vu plus haut ($ 456) Pépes venir de Qépers, le prâcrit banaï sortir de banadi et l'espagnol cantais de cantatis; de même, en grec, le moyen rémfecas est devenu, par une nouvelle contraction, Tan, et, en sanscrit, mé s’est mutilé en 6. Dans ce x 6, l’expression de la première personne est donc contenue deux fois : a est pour ma et : est pour mi. De même encore, à la troisième personne du parfait redoublé, la désinence en sanscrit est é, au lieu qu'en grec nous avons gardé rœ (pour ta). Le dialecte védique, poussant encore plus loin la mutilation de certaines formes, nous fournit un présent #y-4? «il est couché», au lieu de la forme ordinaire #44 = xsïres. Ïl y a encore, dans les Védas, d’autres exemples de mutilation des désinences du moyen: ainsi dduhra « mulserunt» pour dduh-rata, duk-&m « mulgeat » pour dug-däm, qui lui-même est pour duh-tâm *.

Si donc, comme ïl est très-vraisemblable, nous devons ramener les désinences sanscrites (m)#, sé, té et les désinences grecques ps, oœ, tas à d'anciennes formes mami, sas, fat, ou peut-être mâm, sâs, tt 5, quel est, des deux pronoms, celui qui est sujet et celui qui est régime ? Faut-il traduire le sanserit dat-sa(s)i, le grec déooa(o): par « dans tibi tu» ou par « dans tu tibi »? En adoptant la première hypothèse, nous aurons les deux idées rangées selon le même ordre que dans les formes /0006e, didoo8o, etc. qui seront analysées plus loin ($ 474). Mais alors

! C’est aussi l'opinion de Kuhn. Ouvrage cité, p. 25 et suiv.

2? Par cuphonie pour #éé.

* L’accentuation, dans ce mot, est irrégulière : on devrait avoir #4 Voyez Système comparatif d'accentuation, p. 101.

4 Pänini, VIT, 1, La.

5 Comparez la longue dans id-s, td-t, pä-v ($ ho).

nous devrons constater un fait assez singuher : comme la seconde consonne est tombée, la première, qui dans le principe appartenait au pronom réyime, a été instinctivement rapportée au pronom sujet, car il est plus facile, dans une forme comme âdopalu}s, de sous-entendre emihi» que «ego»; ‘d’ailleurs, l’analogie, peut-être trompeuse, de dféw-us fait qu'involontairement on croit reconnaître le même y dans dfdo-uas. On n'aurait pas le droit d'invoquer ce sentiment irréfléchi pour dire qu’en effet le # appartient au sujet; l'histoire des idiomes prouve par de nombreux exemples que l'instinct populaire n'est pas infaillible, Je citerai ici un cas qui se rapproche beaucoup du nôtre. Dans les formes redoublées, la seconde syllabe est sujette à être mutilée et à perdre sa consonne initiale : À arrive alors que la première syllabe semble être la syllabe radicale. L'Allemand qui prononce aujourd'hui les mots ich hielt «je tins», croit que le k initial de ce prétérit est bien le même que celui du présent ich halte «je tiens»; mais, comme l'a reconnu d'abord J. Grimm, la syllabe h: de huelt doit au redoublement sa présence au commencement du mot. En vieux haut-allemand, nous avons half, pour h{kjalt, et en gothique haïhald; le second À, qui est le À radical, a disparu des dialectes modernes. De même, dans le sanscrit tépimd? «nous brülâmes», le t appartient, selon moi, au redoublement : la forme complète serait tatapima, d'où sont venus tasptma, tâpima, lépimd. De même encore, dans le slave dami «je donne» et dans le lithuanien dümi (même sens), la première syllabe est réduplicative et la syllabe radicale a entièrement disparu. Nous reviendrons plus tard sur ces faits.

1 Grammaire allemande, I, p. 103 et suiv.

3 Parfait redoublé de la racine tap «brûler».

$ 474. Explication des désinences moyennes qui n'ont point la diphthongue finale «: en grec.

Nous passons maintenant aux personnes du moyen qui ont la diphthongue 4 en sanscrit, sans avoir & en grec. Dans le pluriel dot, désinence de la deuxième personne, je crois reconnaître un nominatif pronominal ($ 228*); de même que le thème ts fait au nominatif pluriel 4-1, je regarde doé comme étant pour dva-, et je vois dans le thème dva une altération pour tva. Les désinences duelles di£, âté me paraissent être des duels neutres, analogues à té «hæc duo». Le tx diam des formes secondaires se lermine comme les pronoms yä-y-dm « vous », vay-dm «nous». Les désinences duelles dläm, âtâm sont à doam, en ce qui concerne leurs lettres finales, ce que du (venant de és) est à as!, et elles ont leurs analogues dans les pronoms ér4m «nous deux», yurdm «vous deux» ($ 336).

Dans leur partie initiale, wtà d-4, wa 44, Tara dite, WTAT4 dim me paraissent être des formes mutilées pour idk, tâté, iälâm, tâtém? : c'est ainsi que nous avons vu plus hant (S 473), dans le dialecte védique, à la troisième personne du singulier de l'impératif, ém au lieu de tém. Aux syllabes (4, (té, qui marquent le pronom régime, répond le o des formes grecques dédo-c-Ûov, dido-o-8ov, édiSo-a-8ov, é86-2-0n : le a tient ici la place d'un + ($ 99); quant au 8 suivant, il provient également d'un +, le 8 aimant à se combiner en grec avec une aspirée précédente ou avec un o. Si l’on place S/d0-o-00 en regard du sanscrit dad/(ijà-lé, on voit que chacune de ces deux formes a conservé de la forme primitive la partie qui manque à l'autre : le grec a gardé la consonne (o), le sanscrit la voyelle (4) du pronom régime. À la deuxième personne du pluriel, le sans-

1 Voyez $ 206.

3 Voyez Kuhn, ouvrage cité, p. 31.

crit a perdu à la fois l’un et l’autre élément de ce pronom; mais je crois qu'avant les formes comme bdr-a-dé, dbar-a-dvam, le sanscrit a dû avoir des formes bar-a-d-dvé, abar-a-d-dvam = Qéps-a0e, éPép-s-o-0e. En effet, une dentale est volontiers supprimée devant tv ou dv : ainsi, au gérondif, au lieu de dat-t4 «ayant donné», Bit-tv4 «ayant fendu», on trouve plus ordinairement da-tv4, bi-tvd': à la seconde formation de l’aoriste, la deuxième personne du moyen fait tantôt -1d-dvam (venant de ts-dvam), tantôt -1-dvam; enfin, à la deuxième personne du singulier de l'impératif, devant la désinence di, un s radical se change en d, mais ce d peut être supprimé. La racine £és «commander» fait, par exemple, #dd-di et #à-di; la racine as «être » fait 4-d{1, au lieu de ad-di qui lui-même est pour as-di. Le même rapport qui existe entre é-di et le grec {o-6: se retrouve entre bdradvé (pour baraddvé) et Pépeate; il y a seulement cette différence que, dans Pépsote, le 0 grec ne représente pas, comme dans {o@k, un d'sanscrit?, mais qu'il provient d'un + qui s'est aspiré par le contact du o précédent. Quant à l'impératif Qepécûw, qui est composé de la même manière, je crois qu'il est une formation d’un âge plus récent; Pepérw, quoique originairement un moyen ($ 470), ayant été employé dans le sens transitif, la langue créa un médio-passif d'après l'analogie de @épeote, Qépeolov, Qepéoüwr.

$ 475. Autre explication des désinences moyennes.

Cherchons maintenant à résumer ce qui vient d’être exposé sur l’origine des désinences du moyen. Nous avons dit qu’elles renfermaient deux fois le pronom personnel. En effet, le grec #fepéunr, le sanscrit dbaraläs et le védique Bdratét contiennent visiblement deux fois la même expression pronominale. Il était

1 Je suppose que la forme é-di a été précédée de d-df, dont l’d se sera affaibli en 6. : Voyez $ 16.

d’ailleurs naturel que le langage, ayant à représenter des idées telles que «je me donne, je me réjouis», prêtât également une expression à l'idée du moi sujet et à celle du moi régime, et qu’il empruntât cette double expression à un seul et même thème pronominal.

Au demeurant, si nous laissons de côté #Pspéuns, nous pauvons proposer encore une autre explication pour les formes grecques comme @épsobs et les formes sanscrites comme bdrad, Au lieu de regarder le o de @épsaôs comme le remplaçant d’un ancien 7, on peut supposer qu’il est un reste du thème sva; on a vu ($ 341) que sva, quoique étant le pronom réfléchi de la troisième personne, est employé aussi pour la première et pour la deuxième. En sanscrit, devant les désinences dé et dam, un s doit nécessairement tomber ou doit se changer en d : nous arrivons donc de la sorte aux formes Gdra{d)dvé, dbara{d)dvam ($ 474). Quant au duel dréi, il ne faudrait plus, comme nous l'avons fait plus haut, le rapporter à un primitif Garaläié, mais à une forme barasdié, qui viendrait elle-même de Garasvdis.

En adoptant cette seconde explication, il faudrait aussi modifier ce qui a été dit des désinences (mM, 4, pas, tas, car il est vraisemblable qu'un seul et même principe a dû présider à la formation de toutes les désinences du moyen. La première personne (m)é, pas ne viendrait donc pas de mami, mais de masi ou masi; la troisième personne { ne viendrait pas de tati, mais de tasi ou tasi. Quant à la deuxième personne sé, elle se rapporterait toujours à un primitif sast; mais le second s appartiendrait au pronom réfléchi sa, et non au pronom de la deuxième personne. C'est aussi au pronom réfléchi qu'il faudrait attribuer le s de dbaraiäs. Quant à la désinence pus, dans éPepôpn», elle resterait seule de son espèce, et elle devrait s'expliquer comme une formation de date relativement récente !.

? Remarquons que dans cette seconde hypothèse le pronom sva, quoique jouant

$ 476. Formation du moyen et du passif, dans les langues letto-slaves, par l’adjonction du pronom réfléchi.

Dans un de mes premiers écrits !, j'ai émis l'idée que le r du passif latin pouvait bien devoir son origine au pronom réfléchi. Cette explication me paraît aujourd'hui de beaucoup préférable à une autre explication également proposée par moi, qui ferait venir ce r du verbe substantif; le lithuanien et le slave, que je n'avais pas fait entrer à cette époque dans le cercle de mes études comparatives, nous présentent un exemple incontesté du même procédé. Ce n'est pourtant pas une raison pour affirmer que cette formation à l'aide du pronom réfléchi soit la formation primitive, et que le moyen, en grec, en sanscrit et en zend, renferme aussi le pronom réfléchi. Je crois plutôt que, en slave comme en latin, le pronom réfléchi n'a appartenu d’abord qu'à la troisième personne, et qu'il a envahi petit à petit les deux autres, où il a pris la place des pronoms spéciaux de la seconde ct de la première personne.

En ancien slave, pour donner au verbe le sens réfléchi ou passif, on le fait suivre de l'accusatif du pronom réfléchi; exemple : T4 ca dituñ sah «honoror», ureun ca ditest sañ « honoraris», HTETL CA Citeli sañ « honoratur »?. En bohémien, le pronom se peut précéder ou suivre le verbe; mais comme expression du passif, 1l n'est guère employé qu'avec la troisième personne. En lithuanien, les verbes ainsi combinés avec le pronom ont seulement le sens réfléchi; mais il y a, entre le lithuanien et

toujoars le rôle de pronom régime, se trouverait tantôt placé le premier, comme dans Oépecte, béra(d)dré, et tantôt le second, comme dans la désinence t# (pour tasi, tasvi). — Tr.

1 Jnséré dans les Annales de littérature orientale. Londres, 1830.

2 Voyez Dobrowsky, p. 544. Kopitar, Glagolita, p. 64, XVII. A l'exemple de Miklosich, je sépare le pronom réfléchi du verbe.

? Dobrowsky, Système développé de la langue bohémienne, p. 18s.

le latin, cette ressemblance que le pronom a l'air d’être soudé au verbe, de manière à ne plus former avec lui qu'un seul mot, et que ce n'est pas un cas déterminé du pronom réfléchi, mais seulement sa consonne initiale, qui s'adjoint au verbe. Devant cette annexe, la plupart des voyelles finales éprouvent un renforcement, comme pour être plus en mesure de porter ce poids additionnel ? : ainsi u devient &; : et e deviennent &; au duel, wa et ta se changent en w6 et en #; il n’y a que l'a de la troisième personne qui reste invariable. Nous faisons suivre le tableau du présent wadinüs ? «je me nomme», et nous mettons en regard la forme simple à signification transitive :

SINGULIKR. DUEL. PLURIEL.

nd

1. wadinù wadinäs œadinawa wadinawôs wadiname wadinamés a. wadinl mæadinés mæadinata æadinatüs wadinate wadinatés 3. œadina wadinas Comme au singulier. Comme au singulier.

$ 477. Formation analogue du passif latin.

À ces formations ressemble d'une manière frappante le passif latin, avec cette différence seulement que le latin a absolument perdu la conscience de la nature composée de son passif. Ce qui

1 L’accusatif du pronom réfléchi, en lithuanien, est semeñ ; mais à côté de cetle forme, et peut-être aussi à côté du datif saw, il paraît y avoir eu une forme secondaire si. Évidemment, c'est ce si qui aura fourni le suffixe des verbes réfléchis : d’ailleurs, à la troisième personne, on trouve également, au lieu d'un simple s, la forme pleine si; on a, par exemple, œadinas ou œadinasi «il se nomme». Quand le verbe est précédé de certaines prépositions comme at, ap, ou de la négation ne, le pronom réfléchi peut venir s’intercaler sous la forme si, quoiqu'il puisse également être mis à la fin : on a, par exemple, ts-si-laikau-s «je me soutiens. Comme exemple du pronom si intercalé avec le sens du datif, nous citerons at-si-neéu «je m’apporte [quelque chose}». Voyez Nesselmann, p. 420.

3 Comparez $$ 283 el 290. |

* Rapprochez le sanscrit vad «parler», le vieux haut-allemand far-ædzu e maledico», l'irlandais feadheim «je rapporte». |

fait que le lhithuanien sent encore la présence du pronom réfiéchi, c’est que celui-ci est resté mobile et qu'il peut, dans certains cas ($ 476), être placé avant le verbe. Il n’en est pas de même en latin. L'identité d’origine du suffixe passif et du pronom réfléchi a encore été obscurcie, en latin, par le changement, d’ailleurs si fréquent, de s en r.

Aux personnes finissant par une consonne, le r pour s’adjoindre avait besoin d’une voyelle de liaison : c’est ainsi que nous avons amat-u-r, amant-u-r, où probablement l’u a été employé, de préférence aux autres voyelles, à cause de la liquide. Dans les formes d'impératif comme amato-r, amanto-r, la voyelle de liaison n'était pas nécessaire. Dans amamur, le s de amamus a disparu devant le pronom réfléchi : on n'en sera pas surpris, si l’on songe que le s ne sert pas à désigner la personne ($ 439), et qu'en sanscrit le verbe actif, dans les formes secondaires, quelquefois même dans les formes primaires, a sacrifié ce s. L’altération est plus forte dans amer, amabar, amarer, où le caractère personnel (m) a disparu; mais il était impossible de prononcer amemr, amabamr, amaremr, et l’on ne pouvait non plus intercaler un uw, car amemur, amabamur, amaremur demeuraient réservés pour le pluriel.

Dans amaris, amenis, il y a peut-être métathèse pour amanr, amesir, ou bien, ce qui me paraît plus vraisemblable, le s s’est changé en r, ainsi qu'il arrive si souvent entre deux voyelles (S 22), et le pronom réfléchi a alors conservé son s, au lieu de le changer en r, comme dans amatur. C'est ainsi qu'au comparatif nous avons les neutres en 1us à côté des masculins en or (S 298"). Partout où le suflixe, au lieu de se changer en r, est resté s, la voyelle de liaison est :, et non u!.

1 Potl suppose que l'i de amaris appartient à la désinence prumitive si (Recherches étymologiques, 1" édition, I, p. 135). Je ne puis admettre cette explication. car je rapporle la formation du passif latin à une époque où l'achf avait déjà perdu son :

À l'impératif singulier ama-re, le pronom réfléchi a gardé sa voyelle : si l’on remplace re par l’ancienne forme se, on retrouve l’accusatif du pronom réfléchi. Une autre explication, qui me paraît moins vraisemblable, consisterait à détacher l'impératif amare du reste de la conjugaison passive, et à voir dans re un vestige de l’ancienne terminaison de l'impératif; re serait alors le représentant de la désinence oo en grec, & sva en sanscrit, sep ha en zend ($ 721).

$ 478. Origine des formes latines comme anamins.

On voit, du premier coup d'œil, que la deuxième personne du pluriel emamn: n'a rien de commun avec les autres personnes du passif : aussi peut-on être surpris à bon droit que cette forme amas: ait figuré si longtemps dans les paradigmes de la grammaire latine, sans que personne se soit jamais demandé d'où et comment elle s’y est introduite. Il est vrai que l’anci méthode grammaticale, en observant les faits, laissait de côté la recherche des causes et que jamais on n’avait songé à établir, entre le grec et le latin, une comparaison suivie et approfondie. Je crois avoir été le premier à poser la question !, et je répète avec confiance l'explication que j'ai autrefois donnée. Amamix est, selon moi, un nominatif pluriel masculin du participe passif : amamim est donc pour armamini eshs, comme on a en grec seruupévos sioi. Le suffixe latin est manu-s, et répond au grec pévo-s et au sanscrit mdxa-s. Mais ces participes sent sortis, en latin, de l'usage ordinaire, et min est resté seulement à la deuxième personne du pluriel, où il demeure comme pétnifié : il

final : nous voyons qu'en grec cet : a partout disparu, excepté dans la seule forme écoi. Je ne parle pas des formes secondaires qui avaient déjà perdu cette voyelle avant la séparation des idiomes, ce qui n’empêche pes qu’on dit eu latin amabarts, amerts.

1 Système de conjugaison de la langue sanscrile, 1816, p. 105 et suiv.

a pris de la sorte, dans l’usage, l'apparence d’une personne verbale; le souvenir de sa nature nominale s'étant perdu, il est devenu insensible à la différence des genres et a renoncé à l’'auxihaire este. Si l’on avait dit, au féminin, amamne, et, au neutre, amanana, nous aurions été dispensés de chercher pour amamini une explication que la langue nous aurait fournie d’ellemême.

ll ne sera pas hors de propes de rappeler ici un fait analogue en sanscrit. Le verbe dé «donner» a un futur dâté «il donnera». Mais ddt' est le nominatif du thème masculin détr ! «dator » : le sens propre de ce futur est donc «daturus [est |». Quoique détér ait un féminin détri?, c’est toujours dété que nous trouvons au fatur singulier, que le sujet soit masculin, féminin ou neutre. Au pluriel, c'est encore le masculin détéras qui sert pour les trois genres : comme substantif, il signifie « datores»; et, employé comme personne verbale, il équivaut à « dabunt». De même dätéräu au duel. Le sanscrit procède donc de la même manière que le latin : 11 y a même ici cette singu- Jarité de plus, que dâtf', dâtéras, dâtäräu sont restés usités dans la langue comme substantifs. Mais le sanscrit, tel qu’il nous est parvenu, ayant perdu la faculté de disposer librement de ces formes comme de participes futurs, cette circonstance seule a suffi pour que dâté signifiant «dabit» cessât de distinguer les genres et contractât toute l'apparence d’une personne verbale ordinaire.

On peut rapprocher des formes latines comme amamim les sabetantifs alumnus, Vertumnus, qui ont perdu un : après le m. Cet : s’est conservé dans terminus, s1 l’on voit dans ce mot le participe passif de la racine sanscrite tar, #f « dépasser » ?. Une

t Voyez $ 144.

2 Comparez les féminins latins en trf-c (5 11). 3 Voyez mon livre intitulé Vocalisme, p. 174.

formation de participe moyen nous est fournie par le mot /emina « celle qui enfante », dont la racine /& se retrouve dans fetus, fetura et fecundus. Il est peut-être permis d'ajouter à ces exemples le mot gemin:, dans lequel je crois voir une forme mutilée pour genmin: où gentmmi «ceux qui sont nés ensemble ».

$ k79. Origine des formes latines en mino.

Dans la vieille langue latine, nous trouvons à la deuxième et à la troisième personne du singulier de l'impératif une désinence mino que je regarde comme un nominatif singulier privé de signe casuel; par l'absence de flexion, ce nominatif est devenu semblable au thème. Tels sont : fa-mino!, præfamino ?, antestamano ®, denuntiamano *, profitemino®, progrediminoS, fruimano..

Quant aux formes en minor, qu'on attribuait autrefois à la deuxième personne du pluriel de l'impératif futur, elles reposent

sur de fausses lectures 5.

1 Festas, qui cite cette forme, l'explique per dicito : cette interprétation est équivoque, cr elle peut faire supposer aussi bien la deuxième que la troisième personne.

1 Caton, De re rustica.

3 Loi des XII Tables.

4 Voyes la Revue pour la science historique du droit, t. XV, p. 248.

» Table d'Héraclée. (Corpus Inscriptionum latinarum, n° 206.)

Plaute, Pseudolus, III, 3, 70 :

Si quo hic spectabit, eo tu spectaio simul ; Si quo hic gradietur, pariter progredimino.

? Sur une inscription, dans Gruter : Îs eum agrum neï habeto nive fruimino. (Corpus Inscriptionum latinarum, n° 199.)

# Voyez Madvig, Opuscula academica altera, p. 339 et suiv. — Nous avons sur les Tables eugubines des nominatifs masculins pluriels comme subator, screshtor (=subacti, script), desquels j'avais autrefois rapproché ces formes. Le r représente ia le s des nominatifs pluriels comme dérés, en sanscrit, et comme vulfés, en gothique. On a vu ($ 228") que les nominatifs latins comme domini sont formés d'après la déclinaison pronominale. Sur le changement de s en r, voyez $ aa.

$ 480. Effet du poids des désinences sur la partie antérieure du verbe. — Le verbe substantif as.

En sanscrit, en zend et en grec, le poids des désinences personnelles exerce sur la racine ou sur la syllabe caractéristique de la classe des effets très-sensibles et très-étendus, quoique longtemps ignorés !. Il arrive, par exemple, que devant les désinences légères, la partie antérieure du verbe s’élargit et que ces élargissements manquent devant les désinences pesantes. Ou bien certains verbes irréguliers ne conservent le corps entier de la racine que devant les désinences légères; devant les désinences pesantes, la racine subit des mutilations,

Comme exemple de ce dernier fait nous citerons d’abord la racine W4 as cétré»; elle ne conserve son a que devant les désinences légères : devant les désinences pesantes, elle rejette son a, à moins qu'il ne fasse corps avec l'augment. On a donc, d'une part, dsm «je suis», mails, de l'autre, smas «nous sommes», sla «vous êtes», sdnti «ils sont». On peut prouver toutefois que ces mutilations sont postérieures à la séparation des idiomes, car le grec conserve l'e devant les désinences pesantes : en regard de smas, slu, slas, stas, il a éoués, écîé, tolé», éalér. Le lithuanien et le slave sont, comme le grec, mieux conservés que le sanscrit.

On peut comparer :

! C'est en recherchant les causes de l'apophonie, ou changement de la voyelle radicale dans les verbes germaniques, que j'ai été amené d'abord à constater cette série intéressante de phénomènes. Voyez les Annales de critique scientifique, 18a7, p. 259 et suiv. et Vocalisme, p. 13 et suiv.

nt. 6

89 DESINENCES PERSONNELLES,

SIAGULIER.

Sanserit. Grec. Lithuanien. Ancien slave.

de-m: ép-pl" es-mi KECML Jjes-ini i-n° éo-oi es KECH je-si ds-ti éa-ri és-ti KECTL Jes-1i DUEL.

&tas és-ma KCE% jes-vé s-las éo-rév és-ta KECTd jesia s-las éo-rôv c. au singul. KCT4 Jes-{a s-mas do-ués és-me KECHZ jes-mù sa éo-ré és-te KCTE jes-te

s-dnts (o)-evri c. au singul. CAT s-u-ui.

Ramanque. — rrégularités du verbe substantif as, en latin, en grec et en gothique. — C'est par la troisième personne du pluriel, où nous avons la désinence ant, qui de toutes est la plus pesante, que la suppression de la voyelle radicale aura commencé. Peut-être même avait-elle déjà eu lieu, pour cette personne, avant la séparation des idiomes, car il est difficile d'attribuer au hasard l'accord qui existe sur ce point entre toutes les langues indo-européennes. Le slave lui-même, qui conserve son je partout (jes-mi, Jjes-te, jes-vé, jesa), fait, à la troisième personne du pluriel, suntt ; de même le latin, qui fait à la deuxième personne estis, présente sus à la troisième.

Au contraire , à la première personne sumus, la perte de l'e appartient à la période latine. Ïl en est de même pour sum (au lieu de sum), où la suppression de l'e n’est pas justifiée par la présence d'une terminaison pesante. Aussi la forme sum n'a-t-elle pas d'analogue dans les autres idiomes indo-européens. Une fois que dsmi eut perdu en latin sa voyelle initiale et sa voyelle finale, l'insertion d'une voyelle euphonique devint

* Venant, par assimilation, de éo-ui, comme duues, dppes de doues, dopes == védique armé’, yuémd ($ 333).

* Forme irrégulière pour as-si : c’est à celle dernière forme que se rapporte le grec éa-oi.

nécessaire : la présence de la liquide fit donner la préférence à l'u. Cet n est reslé aussi au pluriel, où s-mus parut trop dur, quoique le groupe sin ne soit pas impossible à prononcer. On peut remarquer qu’en général le latin a évité de joindre immédiatement la désinence mus à une racine finissant par une consonne : ainsi il a voku-mus à côté de vul-tis, vul+; fer-1mus à côté de fer-tis, fers, fer-t; ed-imus à côté de es-tis, &s, es-t (sanscrit ad-més, at-là, dt-#t, ati).

En grec, si la troisième personne du pluriel éyr{ est, comme je le crois, pour o-eyri (= zend h-énti), elle n'a absolument gardé que la désinence ; le même fait est arrivé en sanscrit, à la deuxième personne du moyen sé, pour a(s)-sé.

Nous n'avons pas fait entrer le gothique dans nos comparaisons, quoique le singulier t-m, ++, is-t réponde bien à és-mt, d-st, de-ti; mais au duel et au pluriel, excepté pour la troisième personne sixd', le gothique a eu recours à une racine secondaire sÿÿ, qui prend les désinences du prétérit. Nous avons donc au pluriel sij-u-m, s1j-u-th, et au duel sij-d, sij-u-1s. Cette racine siÿ se rattache au potentiel sanscrit syÂ-m, avec changement de sy (= 9) en sÿ.

$ 481. Effet du poids des désinences sur les verbes da la troisième classe. — Le verbe d4 r donner».

Le poids des désinences exerce son effet sur toutes les racines sanscrites de la troisième classe? qui finissent par 4 : comme elles sont déjà surchargées par la syllabe réduplicative, elles ne conservent leur 4 que devant les désinences légères; devant les désinences pesantes, elles le suppriment entièrement, ou elles l'abrégent, ou bien elles le changent en 15.

Les racines dd «donner» et dâ «poser» suppriment leur 4 devant les désinences pesantes. ]] faut, je crois, excepter la troisième personne du pluriel, où je divise de cette façon : ddda-t: et non déd-au; en effet, la forme primitive a été indubitable-

1 Voyez $ 441.

s Voyez $ 109", 3.

3 C'est là un des faits qui m'ont permis de reconnalire que l'é long est plus pesant que l'flong, et l'a bref que l'i bref (S 6).

8h DÉSINENCES PERSONNELLES.

ment dadä-nti. Or, de cette forme on a bien pu faire dada-nti (avec un a bref), qui lui-même, par un nouvel allégement, est devenu däda-ti. Mais il eût été impossible de supprimer la voyelle radicale, car on aurait eu dad-nti.

Le grec se contente d’abréger la voyelle longue devant les désinences pesantes : de dde, r:0n, lola, 11 fait dido, rôle, iofà.

En latin, en lithuanien et en slave, le poids des désinences personnelles n’exerce plus aucun effet sur la syllabe précédente. Le latin dé a, de plus, abrégé l'ancienne voyelle longue, et il a perdu la syllabe réduplicative. Au contraire, le lithuanien et le slave ont gardé le redoublement; mais ils ont partout supprimé la voyelle radicale, ce qui n'arrive en sanscrit que devant les désinences pesantes. Si l'on tient compte, en outre, de cette circonstance que le d disparaît, en ancien slave et en lithuanien, devant les désinences commençant par un m ou uns, el qu’il se change en s devant un t', on ne sera pas surpris que le redoublement soit devenu presque impossible à constater sans le secours de l’analyse comparative. Nous avons, par exemple, à la première personne, dümi (pour dû-d'-mi), Aa dami (pour da-d'-nt); les éléments les plus importants ayant été éliminés de ces formes, la syllabe réduplicative a pris l’apparence de la syllabe radicale. [1 n’en est pas moins certain que dans dêm, demi, les syllabes dü, da sont identiquement les mêmes que dans dü-s-ti, da-s-& (pour dü-d-t, da-d-fi); ce sont, par conséquent, les syllabes réduplicatives. On peut comparer :

SIXGULIER.

Sanserit. Zend. Grec. Lithuanien. Ancien slave. Latin. düdi-mi dadämi dRw-p dü(d)-mi da(d)-mi do didd-si dadihi Gus did da(d}-si da-s

dadä-ti dadäi-ti dide-T1 düs-ti das-ti dat

1 Voyez $ 103. Le lithuanien perd également le d devant les désinences conimeuçant par ©.

DUEL

Senserit. Zend. Grec. Lithusnien. Ancien slave. Latin.

dad-vas" ........ ....... dü(d)-ma dafd}vé ........ dat-iàs das-16?* Gfo-vov düs-ta das-ta ........ dai-tàs das-16? 8ldo-roy c. au singul. das-{a soso.

PLURIEL

dad-mäs dad-mahi° Ôldo-ues dü(d}-me da(d)-mü da-mus dat-ia das-ta?" Glôo-re düs-te das-te da-tis dada-u* dadènti° d180-vT: c. au singul. dad-antÿ da-nt.

En grec, le poids des désinences a étendu son action plus loin qu’en sanscrit, en ce sens que les aoristes #n» et &dwr, qui n’ont pas la syllabe réduplicative, n’en abrégent pas moins la voyelle radicale au duel et au pluriel. Au contraire, &o77v (dorien éoär) demeure insensible au poids des désinences, comme les aoristes de forme analogue en sanscrit.

Si nous prenons pour exemple la racine dé, nous voyons bien qu’au premier prétérit augmenté (qui répond à l'imparfait grec) elle fait ddadä-m (= 40/8») au singulier, et ddad-ma

(comparez #d/00o-ue») au pluriel; mais au deuxième prétérit aug-

' Remarques le déplacement de l'accent, occasionné par le poids des désinences personnelles ($ gs). Voyez aussi Système comparatif d’accentuation, $ 66.

3 Je ne connais pas d'exemple, en send, de la deuxième personne du duel; mais le 16 de la troisième personne ($ 464) nous autorise à croire que la deuxième personne faisait i4, dans les formes primaires. Dans $ew»s daélé, le à devait se changer ent, à cause du = # précédent ($ 38). Ce » £ lui-même tient la place d'un s d ($ 103).

> Voyez $ 30.

Voyez $ 103.

» Les verbes réduplicatifs ne déplacent pas l'accent devant les désinences pesantes commençant par une voyelle. En ce qui concerne l’accentuation, le sanscrit traite l'a * de la troisième personne du pluriel comme faisant parie de la désinence.

$ Voyes $ 459.

menté (aoriste grec) elle fait au singulier ddä-m (= £dw-v) et au pluriel ddä-ma, en regard de &do-uss'. La différence sera ren-

due sensible par le tableau suivant :

SINGULIER. BUEL. PLURIEL.

er CC

adadä-m édièæ-v ddad-va ........ adad-ma ëdèo-ues adada-s das ddattam éôlèo-rov ddat-ta . éè{8o-re adadä-t E3dw-(r) ddatt4m éd86-vyv ddad-us® Edlèo-v?,

adä-in éde-v ad4-va ss... Gdé-ma édo-ues adä-s dus ddâ-tam ëéôo-rov adä-ta éèo-re adà-t &dw-(r) add-tâm éè6-Trnv dd-us 80.

$ 483. Autres verbes de la troisième classe : affaiblissement d'un 4 radical en f, devant les désinences pesantes. — Affaiblissement de l'a en t dans la syllabe réduplicative.

Les racines sanscrites hd «abandonner», hd «aller» et md « mesurer » * affaiblissent leur 4 en { devant la plupart des désinences pesantes ; hd « aller » et m4 «mesurer » remplacent aussi par un 1 bref l'a bref de la syllabe réduplicative. Nous avons donc gaht-mds «nous abandonnons» en regard de gdh4-mui «j'abandonne »: mé fait mamd'(venant de mimi-mé) «je mesure», et au pluriel mimt-maihé «nous mesurons ».

Les racines sid «être debout» et grd «sentir» suivent une formation à part. Il est probable qu’à l’origine elles abrégeaient Jeur & seulement devant les désinences pesantes : c'est ainsi qu'en grec nous avons jouer à côté de foæm; mais cet à bref a fini par se communiquer à toutes les personnes, après quoi

* D'après l'analogie de limparfait, on aurait dû attendre ddma.

3 Voyez $ 460.

3 Forme épique et dorienne. Voyez Bultmana, Grammaire grecque développée, $ 307, remarque 12. — Tr,

* La racine hé «abandonner» n’a que la forme active transitive; les deux autres racines ne sont usitées qu'au moyen

il a été traité comme l'a non radical de la première et de la sixième classe !. Aussi les grammairiens indiens rangent-ils ces racines dans la première classe, quoiqu'elles aient une syllabe réduplicative.

Les verbes ayant une voyelle longue dans leur syllabe radicale l’abrégent ordinairement dans la syllabe réduplicative : c’est par le même besoin d'alléger le verbe que s'explique le echangement de l'a en +: dans léfämi, gigrämi?. En regard du sanscrit tislémi, télasi, tlélat, nous avons, en zend, histémi, histahi, lestaiti. Le grec obéit au même principe : à héfdmi répond ioîmpu, à gigrémi xiypnu. Le grec étend même ce changement aux verbes qui ne commencent point, comme les deux exemples précités, par deux consonnes.

Les verbes œéamAnps et éumpnps ont ceci de particulier qu'ils insèrent dans la syllabe réduplicative une nasale dont il n’y a pas trace dans la racine. Nous trouvons quelque chose d’analogue en sanscrit : ce sont les verbes intensifs, qui renforcent par toute sorte de moyens la syllabe réduplicative. Ainsi ils frappent da gouna les voyelles qui en sont susceptibles, ils répètent deux fois les racines finissant par une nasale, ils remplacent quelquefois par une nasale les liquides r et l; par exemple, gam «aller » fait gañgam *, cal « chanceler » fait daxcal, éar «aller» fait caricur (pour caïicar). Je rapproche de ces derniers exemples æéuranm, ælumpnu, que je regarde comme étant pour em, æipzpnus. On y peut joindre Bau6aive, avec sa forme secondaire Bau6dAw (comparez balbus).

! Voyez $ 109", 1. °

3 L'a, qui est déjà la plus pesante des voyelles ($ 6), se trouverait encore long per position, à cause de éf, gr.

* Comparez le gothique gangu «je vais», où la syllabe principale a perdu sa nasale.

$ 483. Effet du poids des désinences sur les verbes de la deuxième classe.

Les racines sanscrites de la deuxième classe n’ont pas à porter la charge d’une syllabe réduplicative ! ; elles peuvent donc garder un à final devant les désinences pesantes, qui ne manifestent leur présence que par le déplacement de l'accent (5 481).

Mais ici encore le grec se montre plus sensible que le sanscrit à l'effet du poids des désinences. Il fait suivre à @nu/ (dorien Paul) l'analogie de fofnus. On peut comparer :

SINGULIER, DUEL, PLURIÉL.

Dämi api dois ......…. bd-mis Qä-nés bä-si Es bd-las Pd-roy bä-ta Qà-ré bä-ti Oa-ri ba-tas EX-rÉ» bä-nu Ed-vri

abä-m épa-» abd-va …....... Gba-ma Épd-pes abä-s pas abä-tam éQd-rov abd-ta épd-re aba-t épa-(r) aba-täm éQa-vyy abd-n épi.

Entre autres verbes sanscrits qui se conjuguent comme dm, on peut citer yd «aller». Le grec ins, littéralement «faire aller», a pris le sens causatif ?. Tandis que #4 fait au pluriel fe-ues, le-re, le sanscrit yd fait yd-mas, y.

De la racine yä, je crois devoir rapprocher aussi le grec feu",

' Voyez $ 109", 3.

? À l'égard du sens, Qnuf est avec Edmi «je brille» dans le même rapport qu'en sanscrit éaké «parler» avec éakds «briller», dont il est la contraction. La parole est présentée comme un éclaircissement. Voyez Glossaire sanscrit, éd. 1847, p. 116.

3 Le sens causatif vient du redoublement, comme dans le latin sisto, dont le primiüf est sto. Au contraire, le verbe redoublé o7nps (— oio7np) joint le sens de ese tenir debout» à celui de «faire tenir deboutr. Dans 07m, l'esprit rude occupe (et c'est là sa valeur la plus fréquente) la place d'un s : il n’en est pas de même dans mu, où l'esprit rude représente l'ancienne semi-voyelle j (é-jnxs, $ 19). Nous trouvons au futur la forme dépouillée du redoublement #-ow — yd-sytms.

* Ce rapprochement a été fait d'abord par Pott (Recherches étymologiques, 1” édition, t. 1, p. 201).

qui a vocalisé le y en s et aminci l'é en e. La grammaire grecque considère feux: comme le moyen de els; mais ce dernier verbe dérive de la racine % 1 «aller» qui fait en sanscrit, au moyen, #y-é' (pour +-mé), 1-56, it; transportées en grec, ces formes donneraient fuas, fou, ira.

On vient de voir que l'effet du poids des désinences personnelles se fait plus sentir sur la syllabe précédente en grec qu’en sanscrit : On a vu notamment que des racines primitivement terminées par une voyelle longue abrégent, en grec, cette voyelle devant les désinences pesantes. On pourrait donc s'étonner de ce que pas et xsïuas conservent partout la longue » et la diphthongue &. H sera traité plus loin de xeïuas ($ 487); quant à fu, ce verbe a conservé sa longue parce que la racine était primitivement terminée par une consonne, à savoir un s : Jo-Tas répond au sanscrit WT& ds-4, o-ro à WTe ds-ta, de la racine âs «s'asseoir » !. Si le composé xdônuas fait, d’une part, xabñoro et, de l’autre, éxdôn-ro, je crois que c'est là encore un phénomène qui tient à la loi d'équilibre : surchargé de l’augment, le verbe n’était plus assez fort pour porter le o.

S 84. Autres verbes de la deuxième classe. — Le verbe s4s «commander».

La racine sanscrite wtg #s «commander, régner » se montre particulièrement sensible au poids des désinences personnelles : elle conserve bien son 4 long devant les désinences pesantes commençant par une semi-voyelle ou une nasale, c'est-à-dire par les consonnes les plus faibles; mais elle change son den: quand la désinence pesante commence par une autre consonne.

1 Au contraire, el-ca et les formes analogues appartiennent à la racine éd, qui a donné le subetantif #2-pa esiége». La racine correspondante, en sanscrit, est sad es'aseoirr. Voyez Pott, ouvrage cité, p. 278, et Kübhner, Grammaire grecque, p. s4s. L'esprit rude de fus est inorganique (c’est-à-dire qu'il n'est pas sorti d’un o) : il en est de même, par exemple, pour l'esprit rude de ddwp, en sanscrit 37 uda, en latin unda.

Nous avons, par exemple, éis-vds «nous commandons tous deux», éds-mds «nous commandons», mais #iffd «vous commandez ». Devant les désinences légères, l'4 reste toujours : éo-si «tu commandes», és-4 «il commande ». Ce changement de la voyelle nous annonce déjà ce qui se passe dans la conjugaison germanique, où nous avons binda «je lie», bindam enous lions», bundum «nous liâmes», en regard des formes monosyllabiques band «je liai», bans-t « tu lias ».

Remarque. — La racine sds en ancien slave. — On peut regarder comme étant de la même famille que sds commander» la racine 5tt{. fais rdires qui, à l'origine, était peut-être également de la deuxième classe et devait faire alors, à la troisième personne du singulier, éaks-t. Je crois pouvoir rapprocher du sanscrit éats l’ancien slave CATH saù-ti ril dit»; le s final de la racine se sera perdu. Cette forme est remarquable en ce qu'elle est la seule qui ait conservé, à la troisième personne du singulier, la désinence pleine Tu 4”.

$ 485. Effet du poids des désinences sur les verbes de la neuvième classe : affaiblissement de né en ni, devant les désinences pesantes. — Affaiblissement, en grec, de »ä en va.

Les verbes de la neuvième classe ? suivent l’analogie des racines hd et md ($ 482), en ce sens qu’elles changent leur syllabe caractéristique né en nf, là où les racines précitées affaiblissent leur d radical en {. De son côté, le grec abrége dans ces verbes ‘n (dorien ä) en 4°.

1 La forme sai est d'ailleurs usitée (Miklosich, Théorie des formes, 2° édition, S 3684, et Radices, p. 91). Miklosich et Schleicher proposent pour sa*-ti une étymologie différente : ils le rattachent à la racine sanscrite &°{. sven erésonner», que je‘ crois, au contraire, retrouver dans SELN&TH pvïnéts ($ 92").

? Voyez $ 109", 5.

? Quelquefois le sanscrit, au lieu de changer né en nf, le change en nd, comme le grec. Nous trouvons, par exemple, dans le Mahäbhäreta , mai-ne-doam (deuxième personne du pluriel de l'impératif), au lieu de mai-ni-dsam, et praty-agrb-ne-te, au licu de praty-agrk-ni-ta. Voyez Grammaire sanecrite, $ 345?.

POIDS DES DÉSINENCES. $ 486. 91 On peut comparer :

SINGULIER. DUEL. PLURIBL.

or , RS kri-nä-mi' oép-vapu kri-ni-vds® ......... kri-né-mas mép-vd-ues

krinü-si oépvas krinilas aœépvèrov kri-ni-ià œtpvère kri-nä-ti mép-va-n ini-las wép-vd-voy krina-nt (æép-vä-vri)

akri-nd-m émép-va-v akri-ni-va ....,.... dkrinima ëmép#$d-ues dkrinä-s ënép-väs dkri-ni-tam ëmép-vä-rov akrinita émép-vä-re dkrini-t énmép-va-(r) akréni-tdm émep-vé-vnv dkri-na-n (émép-vä).

S 486. Verbes sanscrits de la deuxième et de la troisième classe : renforcement de la voyelle radicale devant les désinences légères. — Fait analogue en gret.

Nous avons vu jusqu'ici que le poids des désinences se manifeste par un affaiblissement de la partie antérieure du verbe; mais 1l peut aussi se faire sentir d’une façon contraire, c’est-àdire par un renforcement. C'est ce qui arrive pour les verbes sanscrits de la deuxième et de la troisième classe ayant une

voyelle radicale susceptible du gouna* : cette voyelle prend le

! Avec # au lieu de n, à cause der ($ 17°). Le grec wépräu eje vends» a changé la gatturale en labiale : de là vient l'air de parenté avec æepdw «je traverse» (= sanscrit péréyémi), où le æ est primitif.

* Voyez, an sujet de l'accent, $ 493, et Système comparatif d’accentuation, $ 66.

3 Si, au lieu de diviser de cette façon, on divise ainsi : krf-#’-dati, dkri-n’-an (comparez $ 458), il faudra admettre que la syllabe caractéristique supprime sa voyelle finale devant toutes les désinences pesantes commençant par une voyelle. C'est aïnsi que nous avons au moyen krt-n’-#, venant de brf-ni-mé. Au point de vue spécial de la grammaire sanscrite, cette règle peut continuer à être mainlenue. Mais si nous voulons nous rendre compte du développement historique de ces formes, ou, en d'autres termes, si nous voulons observer l'altération graduelle de la langue, il faut admettre une autre explication. Je crois que devant nti et n (pour nt), la syllabe né est devenue nd; la langue a évité de placer nf, syllabe déjà longue per elle-même, devant deux consonnes. Devant dif, dté, didm, dtém, désinences du duel moyen,

nd pouvait être maintenu, perce qu'il donnait un son homogène, et, par conséquent, plus léger que si l’on avait eu nf + dif, qui aurait fait =y-ds,

* Dans la conjugaison sanscrile, les voyelles brèves ne peuvent prendre le gouna

gouna ($ 26, 1) devant les désinences légères; elle reste pure devant les désinences pesantes.

Le grec obéit au même principe; mais, excepté els, il n'y a pas, en grec, de verbe à voyelle susceptible du gouna qui se conjugue comme les verbes sanscrits de la deuxième et de la troisième classe.

On peut comparer :

SINGULIER. DUSL. PLUBIEL.

ne,

é-mi el-pi i-vds ‘ .... i-mis l-ues

dé el-s las [-vov ia (ne

é-u el-vi i-tas l-vov yünt laot (de avri).

On a déjà fait observer ($ 483) que le moyen feuas appartient à une autre racine.

$ 487. Exception au principe précédent. — Le verbe sf

rêtre couché, dormir».

La racine # «être couché, dormir», qui appartient à la deuxième classe, fait exception au principe précédent. Quoique usitée seulement au moyen, dont les désinences, comme on verra ($ ga), sont pesantes, elle a partout le gouna; il en est de même pour xsïu, en grec. Nous avons donc xeï-oœs = #64, xeï-ras = 8-4, et au pluriel xe/-pe0a = $€-mah4. De même qu’en grec xs: est regardé comme la racine, on pourrait aussi prendre # pour la racine du verbe sanscrit, car on ne trouve nulle part, dans la conjugaison, la syllabe sf. Il n’y a pas non plus de dérivé nous obligeant à admettre une racine sf plutôt que #,

que quand elles sont suivies d'une seule consonne ; les voyelles longues ne le prennent que quand elles se trouvent à la fin de la racine. Une voyelle longue, soit par nature, soit par position, ne peut prendre le gouna si elle est au milieu de la racine.

! Remarquez le Géplacement de l’accent occasionné par la différence de poids des désinences personnelles (S$ gs). Voyez Système comparatif d’accentuation, $ 66.

à moins qu'on ne rapporte ici le mot sit «froid», en tant que «engourdi, immobile ».

Dans l’ancien slave nokoñ po-koj «repos», la diphthongue s'est modifiée de la même manière que dans le grec xoirn, xosudw. Âu contraire, dans une éjuñ «quiesco»!, il y a eu un double affaiblissement : le k s’est amolli en u é sous l’influence euphonique de l1, et la diphthongue amincie n’a conservé que son dernier élément. Il faut prendre garde que la forme primitive du thème n'est pas poko), mais bien po-kojo, qui a dû perdre sa voyelle finale au nominatif-accusatif dénué de flexion ($ 257). Le thème pokajo répond très-bien au sanscrit fayé, qui signifie, comme adjectif, «couché, dormant», et, comme substantif, «sommeil ».

$ 488. Verbes sanscrits de la cinquième et de la huitième classe : renforcement des caractéristiques nu, #, devant les désinences légères. — Comparaison avec le grec.

Devant les désinences légères, les racines de la cinquième et de la huitième classe renforcent leurs syllabes caractéristiques nu et u en né et en 6. Mais devant les désinences pesantes, elles gardent la voyelle u exempte du gouna.

Le grec obéit au même principe, avec cette différence qu’au lieu d'élargir v en ev, il allonge l'v. On peut comparer :

SINGULIER. DUEL. PLURIEL

A —————, str-nô-mi* oflôp-vü-pu strnuvas ......... strnu-mas o16p-vi-ues

str-nô-ii olép-vis strnuids olbôp-v-vor strnuid o'lbp-vi-re str-nô-u olôp-vô-rt slr-au-ids oôp-v-rov str-nvänti el6p-vv-vrs

1 Voyez Kopitar, Glagokta, p. 86.

3 Les grammairiens iudiens admettent une racine &{ str (cinquième classe) et une racine € stj (neuvième classe), qui signifient toutes les deux «répandre». La vraie racine est star (= grec o7op, latin ster). Voyez Vocalisme, p. 157 et 179.

3? Voyez, au sujet du déplacement de l'accent, $ 4gs, et Système comparatif d'accenluation, $ 66. |

SURGULIER. DUEL. PLURIEL.

detr-sav-am do lôp-vü-r astrnu-va ......... dstr-numa éoldp-vb-urs dsirné-s éolép-vès anr-ewtam éoldp-ri-rer dstrnuta éo'ôp-vd-re dsirnôt éolôp-vü-(r) astrmu-tdm évlop-vimmr dstryv-an (éo16p-vù).

$ 489. Renforcement de la voyelle radicale, dans les formes monosyilabiques du prétérit redoublé, en gothique et en vieux haut-allemand.

En sanscrit, le prétérit redoublé prend le gouna devant les désinences légères, et 1l rétablit la voyelle radicale pure devant les désinences pesantes. Dans les langues germaniques, l’augmentation du nombre des syllabes produit, au temps correspondant, le même effet qui est dû en sanscrit à l'augmentation du poids des désinences. Nous avons, par exemple, le gothique bat, le vieux haut-allemand beiz «je mordis, il mordit», en regard du sanscrit bibéda «je fendis, il fendit ». À la deuxième personne, le gothique fait bais-t; au contraire, en vieux haut-allemand, nous avons biz-1 (et non baiz1), parce que le verbe s'est allongé d'une syllabe. Remarquons que la désinence gothique t est plus pesante que 1 du vieux haut-allemand : néanmoins bais-t a conservé l’ancien gouna et bz-1 en a été privé, parce que l’un est monosyilabique et que l’autre ne l'est pas. Au pluriel et au duel, le gouna manque en gothique comme en vieux haut-allemand et en sanscrit!; nous avons, par exemple, le gothique bitum «nous mordimes» en regard du vieux haut-allemand hzumés (même sens) et du sanscrit bibid-mé «nous fendtmes ». Au subjonctif du prétérit, le gouna manque absolument, les formes de ce temps étant partout polysyllabiques : nous avons, par exemple, en gothique, bifjau (et non baÿau); en vieux haut-allemand, bizi (et non bei).

1 Les deux premiers idiomes le suppriment à cause de l'augmentation du nombre des syllabes , le sanscrit à cause de l'augmentation du poids des désinences.

jui a vocalisé le y en : et aminci l'é en e. La grammaire grecque msidère feuas comme le moyen de eu; mais ce dernier verbe bmve de la racine % 1 «aller» qui fait en sanscrit, au moyen, gré (pour 1-mé), 1-58, 1-t4; transportées en grec, ces formes donmemient ua, loœ, frau.

« On vient de voir que l'effet du poids des désinences personmlles se fait plus sentir sur la syllabe précédente en grec qu’en Bescrit : on a vu notamment que des racines primitivement Jerminées par une voyelle longue abrégent, en grec, cette voyelle levant les désinences pesantes. On pourrait donc s'étonner de w que dues et xeïuas conservent partout la longue n et la diphhongue &:. Il sera traité plus loin de xeïuæs ($ 487); quant à Pps, ce verbe a conservé sa longue parce que la racine était primitivement terminée par une consonne, à savoir un s : %o-rœs répond au sanscrit WT ds-1#, Jo-ro à WT ds-ta, de la racine fs «s'asseoir »!. Si le composé xdônpu fait, d’une part, xafñoro et, de l'autre, éxd@n-T0, je crois que c’est là encore un phésomène qui tient à la loi d'équilibre : surchargé de l’augment, le verbe n’était plus assez fort pour porter le o.

) 884. Autres verbes de la deuxième classe. — Le verbe #ds commander».

La racine sanscrite T& ss «commander, régner » se montre particulièrement sensible au poids des désinences personnelles : le conserve bien son 4 long devant les désinences pesantes ommençant par une semi-voyelle ou une nasale, c’est-à-dire par les consonnes les plus faibles; mais elle change son é en : quand la désinence pesante commence par une autre consonne.

1 Au contraire, el-oa et les formes analogues appartiennent à la racine éd, qui a donné le substantif &3-pa «siéger. La racine correspondante, en sanscrit, est sad rs'asseoir». Voyez Pott, ouvrage cité, p. 278, et Kühner, Grammaire grecque, p. 24s. L'esprit rude de fus est inorganique (c’est-à-dire qu’il n’est pas sorti d'un s) : il en est de même, par exemple, pour l'esprit rude de ddwp, en sanscrit 37 uda, en latin unds.

nences légères ($ 492); il l'affaiblit en u devant les désinences pesantes, et, en général, dans toutes les formes où la seconde conjugaison exclut le gouna. Nous avons, par exemple, au singulier du présent de l'indicatif : kar-m1, kar ba, karb-u, mais au duel kur-vds, kur-u-lis, kur-u-tds, et au pluriel kurmds!, kur-u-ld, kur-v-dnt. De même, au potentiel : kur-yém, kur-yds, etc. Quoique je ne doute pas qu'on n'ait dit d’abord kur-u-yâm, kur-u-yds, je ne crois pas que le premier w soit dû à l'influence assimilatrice du second, car alors nous devrions aussi avoir fun-u-ydm, au lieu de tan-u-yêm. Une assimilation de ce genre serait sans exemple dans tout le système de la conjugaison et de la déclinaison sanscrites : au contraire, il est arrivé souvent qu'un # soit sorti d'un a par affaiblissement ($ 7); nous citerons, entre autres, les intensifs cañéur et pampul, où l'a des racines car «aller» et pal «s'ouvrir» s'est affaibli en «

par suite de la surcharge de la syllabe réduplicative.

Rananque 1. — Le changement de l'a en « peut-il s'expliquer par l'mfluence de la liquide suivante? — Comme tous les verbes gothiques qui, au prétérit, suivent l’analogie de band, ont une liquide pour avant-dernière consonne de la racine, et comme les liquides ont une affinité particulière avec la voyelle u, je ne veux pas nier que l’u ne soit dû en partie à leur influence. Mais il n'en reste pas moins vrai qu'il faut chercher dans la loi d'équilibre, et dans la différence de pesanteur des voyelles a et u, la cause qui fait que nous avons, d'une part, band, et, de l'autre, bundum, bundjau, bundans. S'il en était autrement, pourquoi le monosyllabe band aurait-il conservé l'ancien a? Pourquoi aurions-nous, en regard du gothique banst «tu lias» , le vieux haut-allemand buntt (même sens) *, quand, au contraire, l’a est resté dans la forme monosyllabique bant «je liai, il lia»?

On peut, de même, pour le changement du sanscrit kar en kur, attribuer

* La suppression de la voyelle caractéristique w à la première personne du duel et du pluriel, ainsi que dans tout le potentiel, est une irrégularité particulière à ce verbe.

? Sur l'origine de ect :, voyez S 604.

une certaine part d'influence à la liquide ; mais si nous avons, dans le même verbe, des formes avec kar et d’autres avec kur, c'est le poids des désinences qui seul peut rendre compte de ce partage. Hors des temps spé- ‘aux, la racine kar supprime entièrement l'a dans les formes qui recherchent ‘m allégement, et le r se change alors en la voyelle r. Nous avons, par ssemple , kr-t4 efait» à côté de kär-tum «faire». La forme kr, qui résulte de cette mutilation , est donnée par les grammairiens indiens, suivant leur pratique constante, comme la forme primitive de la racine; mais j'ai essayé ailleurs de démontrer que cette théorie est en désaccord avec les faits.

Renanque 2. — Pourquoi les verbes réduplicatifs, en gothique, n’affaiblissent-ils pas la voyelle radicale? — On peut se demander pourquoi l’a radical n'a pas été également changé en « au prétérit des verbes gothiques qui ont gardé l’ancien redoublement; pourquoi, par exemple, hathald rje üns» fait au pluriel harhaldum rnous tinmes», et non haïhuldum. loi, comme dans bundum, la racine a une liquide pour avant-dernière lettre, et l'on pourrait croire que la surcharge causée par le redoublement fût une raison de plus pour alléger la voyelle radicale. C'est ainsi qu’on a vu ($ 481) qu'en sanscrit les racines réduplicatives (troisième classe) finissant par 4 affaiblissent ou suppriment cette voyelle devant les désinences pesantes, au lieu que les racines non réduplicatives de la deuxième classe n'éprouvent aucun amoindrissement. Mais le redoublement du prétérit gothique obéit à d’autres lois : ce sont seulement les racines les plus vigoureusement constituées qui se trouvent de force à le porter. Aussi ne nous a-t-il été conservé que par deux sortes de verbes : 1° ceux dont la racine renferme une voyelle longue ou une diphthongue, comme hathait «j'appelair (présent : haita), ana-aiauk «il augmenta» (présent : ana-auktth); 2° les racines renfermant un «a (c'est-à-dire la plus pesante des voyelles brèves) placé devant deux consonnes; exemple : faifalth eil plia» (présent : falthith)*. Dans ces conditions, la langue a éprouvé le besoin de laisser, après le redoublement, toute sa force à la racine, et elle a préservé l'a de l'affaiblissement en s.

$ 491. Double forme du gouna dans les verbes grecs ayant un 1: radical.

— Comparaison avec les langues germaniques. — Le parfait ojèa.

Les verbes grecs ayant un s radical prennent ec ou os dans

1 Voyez $ 1, et Vocalisme, remarque 1.

2 Fafah, de la racine fah eprendre», et haïhah, de la racine hah e pendre», fout | TER 7

les formes frappées du gouna !. C’est la drphthongue os, comme la plus pesante, qui se trouve au parfait*. La racine Ax (£uæov) fait donc Àsfrw au présent et Aflorwa au parfdit; æ:ô (#00) fait wew au présent et wéxosba au parfait. Ce double gouna grec répond au double gouna gothique : os correspond au gouna par a, s au gouna par ! ($ 27). Ï1 y a le même rapport entre we/{w et œéroiêa qu'entre baita?, présent du verbe hit «mordre», et son prétérit baitt. Il semble donc que le grec aime aussi à renforcer la syllabe radicale, quand elle a à porter le redoublement.

À la différence du gothique, le parfait grec est devenu presque indifférent au poids des désinences. Un verbe qui s’y montre encore sensible, c’est olda, qui répond au sanscrit véda «je sais» et au gothique vait (même sens )* ; les trois verbes ont le sens da présent avec les désinences du prétérit redoublé. Toutefois, le verbe sanserit, employé avec cette signification, a perdu le redoublement ; il en est de même du verbe grec, car le os de oùda (pour Foïda) est simplement le gouna de l; de la racine 4 (F9). On peut comparer :

Sanscril. Gothique. Gres.

véd-a vait o1d-a vét-ia vaist oio-ba(S h53) véd-a vail oid-E

exception; mais, comme le montrent les dialectes congénères, ils paraissent avoir perdu une nasale. [En allemand moderne, fangen, hangen. — Tr.]

1 On ne trouve & que dans le seul verbe afw, où le gouna reste à tous les temps ($ 26, s).

? Pour la méme raison, beaucoup de verbes qui ont un e au présent prennent un o au parfait. Le rapport qui existe entre AéAoisa et Acéxw est analogue à celui de rérpoPa el rpéQu.

* Beita (prononcez bfta) est l'orthographe gothique pour büta ($ s7).

* Hya, en outre, le même rapport entre rpéfw et rérpo@a qu'entre lisa eje recueille» et son prétérit las (5 6).

* Encore en allemand moderne on dit au singulier : ich œviss «je sais», mais au pluriel, æir æissen e nous savuns ».

Sanserit. Gothique. Grec.

rid-va vit-ù .9P%se p? pen vid-4-tus rit-uis lo-rov vid-a-lus __ ..... io-roy vid-ma vit-u-m l-uey

vid-d-{la) vituth fo-rs vid-és ($ 62) vit-un lo-a-oi,

Remanque. — Le duel et le pluriel de o!èa appartiennent-ils au présent ou au parfait? — La racine sanscrite »id a, en outre, un vrai présent, à savoir védmi, dont le pluriel vid-müs, vit-à, vid-anti aurait également fait en grec [à-ugv, lo-re, lo-ao1 (pour l3-awrs, S L58); de son côté, le duel vit-lds, vit-ds ne pouvait guère donner autre chose que lo-roy, lo-vov. Il est même vrai de dire que les formes grecques ressemblent beaucoup plus à eelles du présent sanscrit qu’à celles du prétérit. Néanmoins, je ne crois pas que le duel et Le pluriel de ol3a doivent être rapportés au présent : ce qui donne à fèue» l'apparence de ee temps (comparez éo-uév), c'est la perte de la voyelle a qui se trouvait entre la racine et la désinence; mais cet a pouvait d'autant plus aisément être supprimé qu’il n'est pas un élément essentiel du parfait. Il manque, entre autres exemples, dans éix-rov, qui est à éouxs ce que lo'lor est à olèe',

$ 492, Énumération et tableau comparatif des désinences légères et des désinences pesantes.

Après ce qui a été dit des lois de pesanteur, il est à peine nécessaire d'exposer quelles sont les désinences légères et quelles sont Îes désinences pesantes. À l'actif transitif, on voit au premier coup d'œil que les désinences du duel et du pluriel ont généralement plus de corps ou plus d'étendue que les désinences du singulier. Au moyen, déjà le singulier se range parmi les désinences pesantes : 11 est visible, en effet, que næ, ou, te, ont plus d’ampleur que y, o{:), 11: et de même, dans

1 On voit que éixros a rétabli la voyelle pure, en opposition avec éoixe où nous avons Ja voyelle frappée du gouna,

les formes secondaires, pyv, ao, ro sont plus pesants que », c', (Tr).

I faut du reste considérer que plus d'une désinence primitivement pesante s’est mutilée dans le cours du temps, sans que pour cela l'effet qu'elle avait d'abord produit sur la racine cessât d'exister. Nous voulons surtout parler ici du sanscrit : ainsi, à l'imparfait, la désinence du moyen dhbr-1 ($ 471) est beaucoup plus faible que celle du transitif dbibar-am, et si l'on considérait ces deux formes, telles que la langue nous les a conservées, on devrait plutôt s'attendre à avoir dhibar-i et äbibr-am. De même, au parfait actif, la deuxième personne du pluriel a perdu, comme la première et la troisième du singulier, la vraie expression personnelle : il ne lui reste que la voyelle de liaison ; néanmoins nous avons vidé «vous savez» en regard du singuher véda «je sais, 11 sait ».

À la deuxième personne plurielle des formes primaires, la désinence a, quoique sans doute mutilée ($ 444), est encore plus pesante que le singulier #1, car l'a est plus lourd que li, et les aspirées sanscrites font entendre à l'oreille une ténue ou une moyenne suivie d’un k ($ 12).

Le grec a fidèlement maintenu la proportion entre les désinences pesantes et les désinences légères, c’est-à-dire que les terminaisons que nous considérons comme pesantes ont encore réellement plus de poids, dans la langue grecque telle qu’elle nous est parvenue, que les désinences qui, d’après notre théorie, doivent être regardées comme légères. La seule exception qu'on pourrait citer serait le rapport de re à 0x, par exemple dans ia-re et oloa!.

On peut comparer :

! L'auteur trouve aussi dans les langues romanes des exemples de l'effet exercé par le poids des désinences personnelles sur la voyelle radicale. Voyez $ 611, remarque s.— Tr.

Désinences ° légères. Désinences pesanties.

mm Mi [PU vas ...... mas pes À par vahé pebov mahé ue0a si of!) las vov la ve sé ou dié oûov doé oôe LH ve las Toy nt wre té va diê aoûor né vrai M O9 va ...... ma ques a,i'uyr vahi uebovr mal peba 8 ss tam Toy ta ve iâs oo dlâm o6ov dam oûe

t (5) dm sv, Toy nf) v(r) ta ro didm oônv, côwy nta vro.

$ 493. Répartition des dix classes de racines en deux conjugaisons

principales.

Les verbes sanscrits peuvent être divisés en deux conjugaisons principales. La première, sans être la plus ancienne, existait déjà avant la séparation des idiomes, et c’est presque la seule qui soit représentée dans les langues de l’Europe. Elle comprend la grande majorité des verbes sanscrits, à savoir les classes 1, 4, 6 et 10. Ce sont les classes de verbes qui, dans les temps spéciaux, adjoignent à la racine la voyelle a (classes 1 et 6), ou une syllabe finissant par a, savoir ya ou aya (classes 4 et 10). Presque tous les verbes dérivés, et notamment tous les verbes dénominatifs, suivent cette conjugaison ?.

La conjugaison correspondante en grec est celle des verbes en w. Îl ne faudrait pourtant pas voir dans cet w, opposé au pe des verbes comme rm, le principal critérium de cette conjugaison. Nous avons vu plus haut ($ 434) que Pépo a dû être anciennement @épons (= sanscrit Gdr-d-m1), et que Pépeis, Péper

1 Pour mém, grec par (5 71),

3 Voyez $ 109".

ont été précédés, selon toute vraisemblance, des formes ép-e-01, Pép-e-rs. Ce qui distingue plus essentiellement les verbes comme Pépw des verbes comme +{ônu, c'est que les premiers insèrent devant les désinences personnelles un o ou un 6, ou une syllabe terminée par l’une de ces voyelles.

La deuxième conjugaison, en sanscrit comme en grec, comprend trois sortes de verbes :

1° Verbes combinant immédiatement les désinences personnelles avec la racine (classes 9, 3 et 7); exemples : mi=elqu; dédä-ms = Ôlôc-ps; yundg-mi «je joins», pluriel yurig-mds « nous joignons »! (il n’y a pas de verbe analogue en grec);

2° Verbes avec nu ou u, en grec »v ou v, pour syllabe intermédiaire (classes 5 et 8);

3° Verbes insérant la syllabe nd (forme faible nf), en grec vä (va), và (classe 9) 2,

Ces trois sortes de verbes sont soumises, en sanserit comme en grec, à l'effet du poids des désinences personnelles, au lieu que la première conjugaison principale en est exempte. Îl sera question plus loin d’autres particularités qui appartiennent à la seconde conjugaison, en sanscrit et en grec, et qui la distinguent de la première.

$ 4g4h. Subdivisions de la conjugaison en w.

La première conjugaison principale comprend, en sanscrit, quatre classes de verbes. En grec, les subdivisions sont plus variées; mais n1 dans l’un mi dans l’autre idiome elles ne concernent la flexion, qui reste toujours la même. Comme on conjugue @é-

p-o-uer, se conjuguent aussi rü-r0-uev, ddx-vo-per, i£-duo-usr,

! Voyez $ 109°, 3.

* Voyez $ 109", 5.

3% Nous mettons le pluriel Pépoues plutét que le singulier @épw, parce que les élémnents constitutifs de Pépopes sont plus faciles à reconnaitre,

Aau6-avo-per, æœpdo-co-uev, dau-dêo-uer, &0-Ro-uer. Peu importe donc pour la conjugaison que la caractéristique soit simplement la voyelle e ou o!, ou qu’elle consiste dans une syllabe se terminant par l'une de ces voyelles. Il en est de même en sanscrit, où les verbes avec a, ya et aya sont fléchis d’une manière identique.

Je ne crois pas cependant qu'il convienne de détacher la consonne de sa voyelle et qu’il faille dire, par exemple, que réx1ouev a pris d’une part un 7 el de l’autre une voyelle de liaison. Si nous voulons retracer le développement historique du langage, nous devons dire que la racine +vx s'est combinée avec la syllabe rs ou ro, comme dax avec ve ou vo, et Àa6 avec ave ou avo. L'adjonction d’une consonne nue ou d’une syllabe finissant par une consonne eût été très-difficile : jamais 11 n’a pu y avoir une forme rvs-7-uev où dax-v-uev. Si l’on a raison de diviser delusvuss en delx-vv-ues, sans faire de » l'élément formatif et de l'u la voyelle de liaison, 11 n’y a pas de motif pour décomposer séslouer d'après un autre principe; ce qu'est la syllabe vu dans deixvvuey, la syllabe ro l’est dans rür1ouev. Pour la même cause, je ne puis approuver le nom de «verbes à voyelle de liaison » qu'on a proposé pour distinguer la conjugaison en w de la conjugaison en pe; car on pourrait appeler, au même titre, syllabes de liaison les syllabes vu, va dans defx-vu-pev, ddu-va-uer.

$ 496. Origine des caractéristiques nd, nu, u et dna. Il est presque impossible de dire quelque chose de certain

sur l'origine des syllabes caractéristiques. Je crois que la plupart sont des pronoms dont le rôle est d'attacher à une personne ou à une chose l’action ou la qualité marquée !n abstracto par la racine. Nous avons, par exemple, une racine exprimant l'idée

! La voyelle o remplace l'e devant une nasale.

10f DIVISIONS DE LA CONJUGAISON.

d'aimer : par l’adjonction d’une de ces syllabes, on désigne une personne qui aime. Cette personne, à son tour, est déterminée par la flexion, qui indique si c'est moi, toi ou lui qui aime.

En adoptant cette explication, on peut considérer la caractéristique de la neuvième classe sanscrite nd! (= grec »&, »7, vä) comme un allongement du thème pronominal % na ($ 369); nu (= grec »v) sera un affaiblissement de na, comme on a, à côté du thème interrogatif ka, les formes secondaires ku et k.

‘u de la huitième classe est lui-même une mutilation pour #s : la raison de cette mutilation est aisée à reconnaître, car les racines, d'ailleurs en petit nombre, qui appartiennent à cette classe, finissent toutes par un n; exemple : tan-u-mds, pour tannu-mas. La seule exception est la racine kr «faire»; mais le védique kr-n0-mi et le rend kérë-nau-m1 nous autorisent à croire que ce verbe avait originairement un n devant son «.

De vw né paraît être venu, par métathèse, dn : cette syllabe se combine encore avec la caractéristique a de la première et de la sixième classe, et passe alors dans la première conjugaison principale. On ne trouve d’ailleurs dna qu’à la seconde personne du singulier de l'impératif actif des verbes de la neuvième classe; exemple : af-dnd «mange »?, qu'on peut comparer à la première personne a$-ndnt et à la troisième as-ndtu. D'après cette forme a$-änd, on devrait s'attendre à avoir un présent af-éné-mu, a$-âna-si, a$-âna-ti 5. Le dialecte védique ne nous a pas conservé de formes de ce genre; mais ce n’est pas une raison pour affirmer qu'elles n'aient jamais existé, car le dialecte védique , malgré son caractère général d’archaïsme , est loin pourtant d’avoir conservé dans leur intégrité toutes les formes qui existaient avant

1 Voyez $ 109", 5.

? [l n’y a pas de désinence personnelle : toute la première conjugaison principale est dénuée de flexion à la deuxième personne du singulier de l'impératif transitif,

? Au lieu des formes usitées af-n&-mi, as-nd-si, as-nd-ti

la séparation des idiomes; pour ne citer qu’un exemple, ses premières personnes du moyen nous présentent la désinence mé déjà mutilée en 4. Si toutefois, ce que j'ai peine à croire, le sanscrit a créé uniquement pour la seconde personne de l'impératif la caractéristique âna, le grec en a étendu et généralisé l'usage, car 1 est presque impossible de douter que les formes comme aÿ-änd ne soient le type des formes grecques comme f-ave, ddpB-ave. L'accord entre les deux langues ne pourrait guère être plus complet, car l'& grec représente plus souvent l'é long que l'à bref sanscrit. Au reste, l’ancienne longue s'est conservée dans

ixäyw!, $ k96. Les caractéristiques dna, nd, nu et a, en arménien.

Les verbes arméniens en ane-m présentent une ressemblance frappante avec l'impératif sanscrit en dna et les verbes grecs en avw; je veux parler des verbes arméniens qui n'insèrent cette caractéristique que dans les temps spéciaux. Exemples : $wpgœubu hari-ane-m «j'interroge» (racine sanscrite praë «interroger»), aoriste harä; bek-ane-m «je brise» (sanscrit Garg «briser»), aoriste beki; bu£-ane-m «je nourris» (sanscrit bug « manger », présent bundgmi, septième classe), aoriste buêt.

Une syllabe caractéristique plus rare que ane, c'est, en arménien, ne, qui représente le né sanscrit, le »n, »& grec. On peut citer fuuwnhbu" kañ-ne-m «je mêle»?, en grec x{p-vn-uu.

La caractéristique sanscrite nu (cinquième classe), en grec w, est régulièrement et fréquemment employée en arménien;

1 On peut rapprocher w, ixdvw, ixyéous du sanscrit vifäme (pour vikémi) : l'idée commune est celle de mouvement. Voyez Pott, Recherches étymologiques (1° édition, t. I, p. 268.)

3 Le recine correspondante en sanscrit, kar (ky'), signifie etuer» quand elle est conjuguée d’après la neuvième classe (kir-nd-m:, venant de kar-nd-mi), «répandre» quand elle est conjuguée d'après la sivième classe (kir-&mi), el elle signifie aussi eméler » quand elle est combinée avec la préposition sam (sa-kirdmi).

exemple : af-nu-m «je reçois» (aoriste af) = sanscrit r-#6-m (pour ar-##-mi). La racine sanscrite est ar, r «aller, se mouvoir, obtenir » !; le verbe correspondant, en grec, est éprus.

ll est difficile de décider si les verbes arméniens de la troisième conjugaison qui adjoignent simplement un # (comme logum e je quitte»), appartiennent à la huitième classe sanscrite et ont perdu, comme celle-ci, un #, ou si cet # arménien est l'affaiblissement d'un a ($ 183°, 1). Dans ce dernier cas, la caractéristique a de la première et de la sixième classe sanscrite? se serait conservée en arménien sous trois formes différentes, savoir a, 6 et u. L’e est le représentant le plus fréquent; nous le trouvons dans la première conjugaison : ber-e-m, ber-e-s = bér-4-mi, bdr-a-si. L'a s’est maintenu dans la deuxième conjugaison : pui-a-m «je me hâte» = sanscrit pdi-d-ms «je vais». Enfin lu, par exemple, dans sen-u-m «j'abats [des bestiaux]» (aoriste sent); comparez le sanscrit hdn-mi «je tue» (deuxième classe)”.

$ hg7. La caractéristique na, en sanscrit, en grec, en latin et dans les langues letto-slaves. — Verbes grecs en avw.

La caractéristique insérée dans les racines de la septième classe sanscrite a la forme na devant les désinences légères et x devant les désinences pesantes; la racine bid « fendre » fait, par

exemple, bi-nd-d-m: «je fends» et bi-n-d-mds «nous fendons»,

1 Gette racine se conjugue d'après la première, Îa troisième et la cinquième classe. Pour le sens «obtenir», voyes le Dictionnaire sanecrit de Pétersbourg, sous le mot ar.

3 Voyez $ 109", 1.

% En arménien, l'adjonction immédiate des désinences personnelles à une racine finissant par une consonne est impossible : il fallait donc que gen === sanscrit ken pessût dans une autre conjugaison. Mais j'ai peine à croire que nous ayons ici un reste de la huitième classe sanscrite, laquelle comprend seulement huit verbes; il est plus probable que c’est une variété de la première classe, qui est très-nombreuse,

4 Voyez $ 109”, 3.

Si la forme na est la plus ancienne, je serais très-disposé à croire que cette syllabe n’est pas autre chose que le n4 de la neuvième classe, qui s’est abrégé et qui a pénétré dans l'intérieur de la racine !. |

Dans les verbes grecs conmme Aau6dv, uasôdvw, les deux formes de la caractéristique sont réunies, car nous avons d’abord la syllabe ay (pour na, $ 495), et de plus la nasale s’est encore une fois insérée dans la racine : on peut comparer cette sorte d’épenthèse à celle que nous avons observée en zend ($ 41), où l': ou le y est répercuté dans la syllabe précédente.

On a déjà fait remarquer ($ 109°, 5) que certains verbes comme ddx-vo-uer, téu-vo-uer affaiblissent l'a de la syllabe va (comparez ddu-vä-per) en e ou en o, ce qui les fait passer dans la conjugaison des verbes en w. Le latin affaiblit de même la caractéristique na en nt?; exemples : ster-ni-mus, cer-ni-mus, sper-ns-mus, li-ni-mus, si-ni-mus. On peut comparer notamment ster-ni-mus avec DLL | str-nf-mds : mais il faudrait se garder de voir dans le ni latin une abréviation du nt sanscrit ($ 485 ); ls latin est ici l’affaiblissement d'un ancien a, comme dans soh-1-mus (pour veh-d-mus)?.

En ancien slave, la septième classe est représentée par les verbes en 44 nuw#, nè-&, qui rejettent la caractéristique à l'aoriste; exemple : ruEux güb-nu-à « pereo », deuxième personne géb-ne-ü, aoriste güb-0-chu.

En lithuanien, nous avons quelques verbes en nu, pluriel se-me; mais ils sont très-peu nombreux et leur racine finit toujours par une voyelle*; exemple : géw-uu «j'obtienss, pluriel

gdu-na-me, aorisie gawai, futur gduaiu.

! Comparez énddmi eje fends» avec le grec ox/d-vn-pu, 2 Devant an r, mi devient ne; exemple : ster-ne-re.

? Voyez S$ 109°, 1.

t Schleicher, Gremmaire lithuanienne, p. 240.

On peut comparer :

PEPTIIEE güb-ne-oé géunawa ......... str-nf-ods® ........ Béu-ve-ror güb-ne-la ogéunata ......... strni-lds ........ déx-verov güb-ne-la géuna” ......... strni-lds ........

$ 498. Caractéristique re, ro en grec. — Verbes de même formation en latin.

Comment faut-il expliquer, en grec, les syllabes re, ro (rÜx- To-uer, Tüm-re-Te), qui, hormis dans réxrw, évite, dpure, se trouvent toujours après une labiale? Peut-être ce + est-il l’altération d'un » : nous avons déjà vu une muette sortir de la nasale de même organe, par exemple dans Bporés, venant de uporés, dans le lithuanien dewyni «neuf», pour newyni, et le slave devañtt (même sens), pour nevañ& ($ 317). Un exemple moins éloigné, c'est, en grec, le suffixe formatif par, auquel correspond, en sanscrit et dans les langues congénères, un suffixe finissant par n; comparez ë-vouar avec le sanscrit néman, le latin némin, le gothique naman et le slave tmen. En sanscrit également on peut noter le changement d’un n en t : de la racine han «tuer» vient le causatif gét-dyd-m: (pour hdn-dyd-ms).

Si donc le + de rüx-ro-uev, xpÜüx-vo-ues tient la place d'un », ces verbes appartiendront, comme les verbes en vo-uev, »e-re, à

1 Voyez $ 436, 1.

3 Au sujet de l'accent, voyez $ kg, et Système comparatif d’accentuation, $ 66.

la neuvième classe!. Mais si ce + ne provient pas d’une altération, il faudra, conformément à l'explication donnée plus haut ($ 495), rapporter les syllabes re, ro au thème pronominal 70 = sanscrit 4 {a (S 343).

Comme analogues de r4x-rw, le latin nous Drésente les verbes

nec-lo, pec-to, plec-to, flec-to.

$ 499. Caractéristique ta, en lithuanien.

Le lithuanien nous présente aussi des verbes qui, aux formes spéciales, insèrent, comme Tüxlw en grec, un t suivi d'une voyelle entre la racine et la désinence personnelle. Tels sont : klÿs-tu «j'erre» (par euphonie pour klÿd-tu, $ 103), pluriel klÿs-ta-me, aoriste kljd-au, futur klÿ-siu; plüs-tu (pour pléd-tu) «je nage», pluriel plüs-ta-me, aoriste plüd-au; lôs-tu «lascivio», pluriel los-ta-me, aoriste l-au; miré-tà «j'oublie», pluriel mirsta-me, aoriste mirs-ad; 1ls-tl «je me fatigue», pluriel ils-ta-me, aoriste 1ls-auû, futur il-siu. Après une gutturale, une labiale ou une liquide, on prépose encore un s euphonique devant le 1?; exemples : dik-stu « j'ai faim », aoriste dik-au; dÿg-stu «je germe», aoriste dég-au; sllp-stu «je m'affaiblis», aoriste silp-au; pra-kalbstu «je commence à parler», aoriste pra-kalb-au; pa-mil-stu « je commence à aimer», aoriste pa-mikau; rlm-stu «je me calme», aoriste rim-ad; pa-hmh-slu « je me gonfle», aoriste pa-hoin-au; mir-étu «je meurs», aoriste miniat.

On prépose aussi, dans quelques verbes, un s euphonique devant un t radical; exemples : kaisté «je m'échauffe », aoriste kaitaë, de la racine kait; gelsté «je jaunis», de la racine gelt. On ne peut donc pas compter ces verbes parmi ceux qui adjoignent un t à la racine, à moins qu'on n'admette que le s de kaïsté soit la transformation euphonique du t radical.

1 Voyez $ 109", ©.

Schleicher, Grammaire lithuanienne, p. 348.

$ 5oo. Origine de la caractéristique a.

Je crois qu'il faut également attribuer une origine pronominale à cette voyelle a qui sert de caractéristique aux verbes de la première et de la sixième classe, et qui se retrouve en grec sous la forme o, 8, dans les verbes comme @ép-0-usr, Pép-e-re.

C'est à tort, selon moi, qu'on l'appelle une voyelle de liaison. Aucune autre caractéristique ne se laisse ramener plus aisément à un thème pronominal; nous avons le thème a qui fait a-smût au datif, a-smdt à l'ablatif, a-syd au génitif et a-smin au locatif ($ 366). L'a étant la plus pesante des trois voyelles fondamentales, c'est la moins propre à servir de voyelle de liaison.

Je ne crois pas, d’ailleurs, qu'on deive rapporter l'origine des voyelles euphoniques au temps reculé où les idiomes européens ne s'étaient pas encore détachés du sanscrit; c'est dans les périodes d'affaiblissement que les voyelles euphoniques se glissent entre deux consonnes pour faciliter la prononciation. Or, nous voyons que ce W a se retrouve dans toutes les langues indo-européennes : en gothique, nous avons a ou :, en grec o ou e, en ancien slave € e, en lithuanien a et en latin :1. On peut comparer le sanscrit eux véh-a-ias «vous transportez tous deux» au gothique vig-a-ts, au grec ëy-e-rov, à l’ancien slave eseTa ves—e-ta, au lithuanien wét-a-ta; et le sanscrit gx vdha-la au grec &y-s-Te, à l’ancien slave sesere ves-e-te, au lithuanien w4%-a-te, au latin veh-1-Hs, au gothique vg-1i-th.

Il en est tout autrement pour les voyelles de liaison. Ainsi li, la plus légère des voyelles fondamentales, s'insère au futur auxiliaire sanscrit : mais cet : ne se retrouve pas dans les langues congénères; aussi devrons-nous placer la date de son insertion après la séparation des idiomes. En zend, nous voyons certaines

L Voyez $ 109", 1.

voyelles de liaison naître en quelque sorte sous nos yeux : on les voit s'introduire entre deux consonnes qui, à une époque plus ancienne, étaient encore jointes ensémble; mais, en pareil cas, ce n'est jamais un a, c'est un gë ($ 30) ou un 1 qui servent de voyelle euphonique. Ainsi dans ug-ë-hista ou ug-i-hista « lèvetoi», une voyelle de liaison # ou : a été insérée entre la préposition et le verbe; mais le sanscrit ne prend point part à cette insertion.

$ 501. Origune des caractéristiques ya et aya. — La caractéristique ya en latin et en lithuanien.

Dans les caractéristiques & ya (quatrième classe) et WU aya (dixième classe), je crois qu'il faut voir des verbes auxiliaires! La caractéristique & ya sert également pour le passif. Quand nous traiterons du passif, nous reviendrons sur ce sujet ?.

H a déjà été question de la manière dont le ya sanserit est représenté dans les langues germaniques, en grec, en latin et en lithuanien. Ajoutons ici que le latin, quand deux : se rencontrent, supprime l’un des deux; 11 fait cup-1-s, pour cup-ti-s, qui lui-même est pour cup-1-s = sanscrit küp-ya-si. De même, il contracte deux t dans cup-1-t, cup-#-mus, cup4-tis, Mais il n’y a pas contraction dans cup-10 = sanscrit kip-yd-m1, dans cup-iu-nt = hip-ya-nh.

En lithuanien, les verbes sanscrits de la quatrième classe sont représentés par ceux d'entre les verbes en ju ou en 1u qui, à la première personne de l'aoriste, adjoignent immédiatement au à la racine. 11 n’y en a qu'un petit nombre; Jeur racine est presque toujours terminée par d, ce qui fait qu’au présent ils ont dé (par euphonie pour d;). Un exemple

! Voyez $ : 39 et suiv.

5 Voyez 5 733 el suir.

3 Voyez $ 109", à.

de racine finissant par un b est gnÿlju «je pince» (anriste knyÿbau!). ,

On peut comparer :

hib-yd-vas gnyÿb4a-wa haf-jést ....... .

Mb-yalas gnÿb-ja-ta haf-jats ........

hib-yatas gngbya-” ......... ,..... “+

hib-yä-mas gnÿb-ja-me haf-ja-m cap-1-mus Mb-yaa gnÿb-ja-te haf-jirth cap-i-tis hib-ya-nti gnyÿb-ja-” haf-ja-nd cap-iu-ni.

$ 5os. Du ; dans les verbes comme btjuñ, en ancien slave.

L'ancien slave possède un petit nombre de racines finissant par une voyelle, dont le présent est en un ju-ñ, je-äi, etc. On pourrait, comme il a été dit plus haut ($ 109", 2), ranger ces verbes dans la quatrième classe sanscrite. Miklosich ‘, au contraire, regarde le } comme une lettre euphonique insérée pour éviter l’hiatus; 11 divise ainsi : bt-}-uñ «je frappe», b—4-e#, etc. L'opinion qui me paraît maintenant la plus vraisemblable, c'est que le 7 appartient à la racine; je divise : by-u-ù, biy-e-ài, bye-ti5, d’après l’analogie des racines sanscrites en :, comme n

1 Voyez Kurschat, Mémoires pour servir à la connaissance de la langue lithuanienne, IT, p. 146.

* «Je désire». Comparez le latin lubet, hibet, le gothique üubs «cher».

* Le gothique haf-je, en allemand moderne hebe «je soulève», a la même racine que le latin capio. L'aspect différent des deux mots est dû à la substitution des consonnes ($ 87, 1).

* Venant de haf-ja-vas ($ 4h31).

5 Théorie des formes, $ 163.

$ Comparez Schleicher, Théorie des formes du slave ecclésiastique, p. 73 et 2986.

«aller», pi (même sens), qui font riy-d-h, piy-d-n1. D’après le même principe, le gothique forme du thème numéral thn: et du thème pronominal : les pluriels neutres thrij-a, ÿ-a ($ 23a) et le gémtif thrÿ-ê. Le pâli met partout {4 1, au lieu d’un simple y, devant les désinences casuelles commençant par une voyelle ($ 202). L'ancien slave fait de même dans les formes comme gostij-u (génitif-locatif duel), gost-e (nominatif pluriel), pour gosy-u, gosÿ-e ($ 274). Il est donc naturel de supposer que dans bijuñ, bijes, le } représente l'1 radical, et que li est un surcroît euphonique destiné à aider la prononciation.

Les formes de présent comme by-u-h, biy-e-ñ, by-e- sont, à ce qu'il paraît, rarement employées en ancien slave; mais le témoignage des dialectes modernes nous autorise à affirmer leur existence ?. Je fais suivre le tableau du présent de la racine sanscrite ri (sixième classe) «aller», et je place en regard celui de l’ancien slave b1 «frapper» :

SIAGULIER. DUEL. PLURIEL. nn, nn, Senecrit. Ancien slave. Sanscrit. Ancien slave. Sanserit. Ancien slave,

riy-ä-mi bi-un riy-ü-vas bij-evê riy-ü-mas bij-e-mü riy-d-si bij-e-hi oriyd-ias bij-eta riy-d-la bij-e-te riydti bij-e-W riy-d-tas bij-eta riyanti bij-u-nti.

1 Ces racines appartiennent à la sixième classe : c’est un principe général, en sanscrit, que les formes monosyilabiques finissant par :, f, u, d, changent cette voyelle en :y, uv, devant une désinence grammaticale ou un suflixe commençant par une voyelle. Ainsi bi peur» fait à l'accusatif biy-am, Gi «terren fait buv-am. La racine nu ecélébrer» (sixième classe) fait à la troisième personne du présent nuv-d-t.

2 Nous avons, par exemple, en russe 6b:0 bj-u «je frappe», vij-u eje lourne», Rj-u je verse» (== sanscrit K «couler»), #j-u «je couds» (— sanscrit siv coudre»), gni-u eje pourris, vo-py-u «je crie», po-ci-u «je repose» (== sanscrit #f, pour kf, «être couché, dormir»).

3 Voyez Miklosich, $ 164.

liL 8

$ 503. Racines slaves en «, en # et en é.

Les racines slaves en w ! suivent la première classe sanscrite : elles frappent la voyelle radicale du gouna, de sorte que l'x devient ov, qui répond au sanscrit av. De même que nous avons eu dans la déclinaison ($ 274) sünov-e, en regard du sanscrit sündv-as «filüi»?, de même nous avons slov-u-1 «j'entends», slov-e-ñ «tu entends»; la racine sanscrite # fru «entendre», si elle était de la première classe, ferait srdv-d-m, érév-a-n. En grec, le verbe congénère xAÿw est de la sixième classe : d’après la première, il ferait xké (pour x\éFw), comme nous avons péæ (pour féFo) en regard du sanscrit srdo-d-mi (racine srx «couler »). La racine sanscrite ru «résonner », qui fait au moyen rde-t, rdv-a-sé, et d'où dérive le substantif rdva-s «bruit», a donné en slave le verbe pio rju «mugir», qui fait resa rev-u-#?, rev-e-&i, etc. en slovène rev-e-m, rev-e-é.

I y a des racines en z1 & qui font au présent jui, djeñ, etc. Nous avons, par exemple, as müjuñ «je lave », asteiun müy-es-t «tu laves», etc. Mais il faut considérer que x1 est pour w : l'i contenu dans cette voyelle s’est élargi en 1, de sorte que müj-u-à, mü-e-f, müje-U s'accordent avec les formes sanscrites comme ry4-mi, riy-d-si, ny-d-h. Îl en est probablement de même pour le } des racines en # é, telles que s4-u-à «je sème», slj-e-à, stj-e-ti*, Cet é est ordinairement, comme en sanscrit, la contraction de at ($ 92°) : on peut donc supposer que l': renfermé dans les formes comme s#-u-à (plus anciennement s«1j-u-à) a donné naissance au j. Si pourtant ce j était une insertion euphonique,

: Ces racines sont en petit nombre.

3 Thème sént.

3 Le j inséré devant la voyelle a amené le changement de l'o en e ($ 93 *).

‘ Le # é de la racine sé tient la place d’un ancien à ($ 92°}, et répond à l'é de le racine gothique sd (prétérit sais6) et à l’é du latin se-vi, sé-men ($ 5).

on pourrait le rapprocher du y qui est inséré, en sanscrit, entre l'é du potentiel et les désinences commençant par une voyelle (S 689). Le j de sua snajuñ «je sais» est dû peut-être à l’analogie des verbes en qu-#, aje-ñ, qui correspondent aux verbes sanscrits en ayd-mi, aya-s (dixième classe).

$ 5o4. Verbes de la dixième classe en ancien slave.

La dixième classe sanscrite !, à laquelle appartiennent tous les verbes causatifs et beaucoup de verbes dénominatifs, s’est scindée dans l'ancien slave en cinq groupes*?. Le premier est formé par ceux qui ont aj-ü-#, aje-f, aje-fl, en regard du sanscrit ayd-m, aya-s, aya-h°. Hors des formes spéciales, le sanscrit renonce à l'a final de la caractéristique aya; le slave a simplement un a. Àu supin, par exemple, nous avons rüd-a-tù en regard de l'infinitif sanscrit rôd-dy-1-tum* «faire pleurer». On peut comparer cet a avec l'a, l'y et l'w de la deuxième série de temps des verbes grecs en aw, ew, ow (pour æjw, gw, ojw)° : rapprochez, par exemple, les aoristes slaves comme pziaaxz rüda-chà des aoristes grecs comme éQoip-ä-oa, #Q{À-n-oaf.

Le deuxième groupe? a changé, dans les formes spéciales, le wa aya sanserit en +K ÿe®; 1l contracte le wa ay des formes générales en # 4 (= a). Cet é répond donc à l’é de la deuxième conjugaison latine, à l'é vieux haut-allemand et à l’a: gothique

1 Voyez $ 109", 6.

2 Nous faisons abstraction ici des verbes à conjugaison mixte ($ 505).

3 Voyez la conjugaison complète du présent, $ 109", 6.

‘ L': est une voyelle de liaison, comme dans réd-ay-1-éyà-m.

5 Voyez $ 109", 6.

* Au sujet du X ch slave tenant la place d'un s, voyez $ 92.

7 Voyez Miklosich, $ 193 et suiv.

* Au lieu d’un e, nous trouvons toujours un w devant la nasale faible #, à la première personne du singulier el à la troisième personne du pluriel; et un a au parlicipe présent, en admettant que A soit vraiment = an ($ 92°). Pour le } de feléju-n, feléje-üt, voyez ce qui a été dit plus haut ($ 503) de sui, séjed.

de la troisième conjugaison faible, enfin à l'é prâcrit de la dixième classe et de la forme causative !. Les infinttifs prâcrits comme cint-é-duñ (= sanscrit int-dy-5-tum) répondent aux supins slaves comme xeanTz sel-é-ti.

Le troisième groupe? a contracté, dans les formes spéciales, aya en i. Îl faut excepter la première personne du singulier, qui fait 8 ju-n (= sanscrit ayd-mi), la troisième personne du pluriel, qui fait are at (pour jañf = sanscrit ayant), et le participe présent qui fait, au nominatif singulier masculin, À ai (pour jan —sanscrit ayan). Le verbe ropr gor-ju-à « ardeo», pris par Miklosich comme modèle de ce groupe, répond au sanscrit gér-dyd-mt, venant de Îa racine gur, gr «briller »°. Je fais suivre le présent complet du verbe slave :

Singulier. Duel. Pluriel.

gorqu-h gori-vé gor-t-1nù gor--# gor-la gor-i-te gor-1-1l gor-+-ta gor-a-nfi.

La contraction de aya en : peut se comparer à la contraction latine en {, :, dans aud-t-s, aud-1-t, aud-t-mus, aud-t-ts, ou à la contraction de ja en : dans les prétérits gothiques de la première conjugaison faible, tels que sat-1t-da «je plaçai», littéralement «je fis asseoir»t, sat4-ths (thème sat-1-da) «placé». Dans les formes générales, le ay sanscrit s’est contracté en # 6, comme dans le deuxième groupe. On a, par exemple, l'aoriste gor-é-chü, l'infinitif gor-é-u, le supin gor-#-tà.

Le quatrième groupe® contracte en : le aya sanscrit des formes

! Voyez $ 109", 6.

‘3 Voyez Miklosich, $ 198 et suiv.

3 La racine far avait sans doute aussi, à l’origine, le sens de «brüler». La forme &gdrdydmi appartient à la dixième classe : peut-être est-ce un causatif.

4 Voyez $ 633.

5 Voyez Miklosich, $ 207 et suiv.

spéciales, comme le ay des formes générales. Les exceptions sont les mêmes que dans le troisième groupe : on a donc xkaaur choakqu-à «je loue» !, choal1-#, choali-t, chual-a-nñ; aoriste choal-chü; infinitif chval+-4; supin choal4-tù.

Le cinquième groupe présente & je dans les formes spéciales (devant à, je devient ju ou ja), et a dans les formes générales ?. On a donc op orju-n «je laboure» (en latin aro, en grec dpéw), orje-si, or-je-f; au participe présent, opta orja-ñ; à l'aoriste, opaxs or-a-chù; à l'infinitif, or-a-t; au supin, or-a-tà, Cette classe de conjugaison s'accorde le mieux, au présent, avec les verbes gothiques de la première conjugaison faible, comme

nas-ja, nas-ÿt-s, nas-ji-th, nas-ja-nd, participe présent nas-ja-nds. On peut également rapporter ici les verbes finissant par une voyelle *, comme plu «spuere» = sanscrit plu «couler». Phu a inséré devant son u radical un j inorganique ‘; il devient pv devant les formes commençant par un a. Nous avons, par exemple, l'aoriste plv-a-ch-ù, linfinitif phv-a-t; au contraire, le présent est phu-ju-#, plju-je-&, phu-je-ti(et non phu-j-un, etc.). Quand la racine 4% d£ «faire » est conjuguée d'après cette classe, il faut diviser au présent déju-à, dé-je-&, dé-je-4, mais à l’aoriste déj-a-chüù. |

1 Ce verbe se rapporte probablement à la racine sanscrile svar «briller» (comperez le substantif svdr «ciel»), qui s'est contractée en sur. Par un changement de sens analogue, nous avons en gothique le verbe hag-Ja «je loue», qui se rapporte à la racine sanscrile kds ebriller». Le sens propre est donc «faire briller».

2 Le j des formes spéciales disparaît dans certaines positions, en vertu des loi phoniques de l'ancien slave. Nous avons, par exemple, piéüñ (pour pisjuñ) ej'écris» de la racine pis. En sanscrit, pif signifie «écraser»; de là, sans doute, le sens de egraver» : le verbe slave se rattache au causatif péé-dyd-mi. L'expression perse signifiant sécrire» est empruntée à la même racine précédée de la préposition ns.

3 Ces verbes forment, chez Miklosich, le quatrième groupe de la cinquième conjugaison ($ 234).

4 Cette racine a pris en slave, dans cette conjugaison, le sens causatif «faire couler».

s Compares plus haut (5 503) re == sanscrit ru.

$ 505. Verbes slaves à métathèse ou à conjugaison mixte.

Quelques verbes à racine finissant par une liquide opèrent une métathèse. Dans les formes spéciales, ils suivent la première classe sanscrite, et ont e ou w (pour a) comme voyelle caractéristique !. Mais dans la seconde série de temps, ils font passer la voyelle radicale, sous la forme d'un a, du milieu à la fin de la racine. Telle est du moins l'explication que je crois la plus vraisemblable pour cette double série de formes : ber-u-à «j'assemble », ber-e-êt, ber-e-&, ber-e-vé, etc. (= sanscrit Bér-d-m, bér-a-si, bdr-a-ti, bdrd-vas, etc.); et, d'autre part, l’aoriste brachü, l'infinitif bra-4, le supin bra-tü. Des métathèses analogues ont lieu en grec et en latin, et le cède pareillement la place à l'ancien a; exemples : en grec #dpax-0-v, dpaxÿ, à côté de dépuw, Sépbw?; en latin strd-vi, strd-tum, à côté de ster-no (sanscrit star, str «répandre »). Comme ber-u-à se conjuguent, en ancien slave, der-u-ñ «je fends», der-e-à, etc. (= sanscrit ddr-d-mt, ddr-a-si, grec dépw, gothique ga-taira, ga-tair-1-s), aoriste dra-chà ; per-u-à «je foule», pere-f, etc. aoriste pra-chü; $en-u-n® «je pousse», $en-e-ñ, etc. aoriste gna-chü.

Mais si cette explication n'est pas fondée et si les verbes en question n’ont pas opéré de métathèse, les formes comme brachä, brat, bratü devront se diviser de cette façon : br-a-chü, br-a-t, br-a-tü (pour ber-a-chù, etc.), et il faudra admettre une conjugaison mixte. L'a de br-a-chü devra alors être identifié avec la caractéristique sanscrite ay, et, par conséquent, aussi avec l'a

1 L'u devant #.

? En sanscrit, la racine daré, dré (venant de dark) «voir» opère également la métathèse de ar en ra; par exemple, au futur, drakéyämi pour darkéy&ni. Il en est de même pour quelques autres racines renfermant un ar ou un r médian. Voyez Abrégé de la grammaire sanscrite, $ 34?.

* Le $ est le remplaçant euphonique d'un g ($ 92').

4 Ay est la caractéristique des temps généraux, aya celle des temps spéciaux.

de la première conjugaison latine (am-d-s, am-d-bo) et avec l'6 gothique de salb-4, prétérit salb-6-da. Il est certain que pour quelques verbes slaves on ne peut se dispenser d'admettre une conjugaison mixte. Ainsi le verbe süs-u-ñ «je tette» (süs-e-s, süs-e-4) a dans ses formes spéciales la caractéristique de la première ou de la sixième classe sanscrite !; mais par son aoriste süs-a-chü et par ses autres formes, il appartient à la dixième classe. On peut comparer, à cet égard, dans la conjugaison germanique, certains verbes irréguliers qui appartiennent, par leur présent et par les temps qui en dépendent, à la conjugaison forte (c'est-à-dire à la première classe sanscrite), et, par leur prétérit, à la conjugaison faible : ainsi le présent gothique bringa cj'apporte» (racine brang) devrait faire au prétérit, d’après la conjugaison forte, brang; mais 11 fait brah-ta, c'est-àdire qu'ils adjoint, comme les verbes faibles, un verbe auxiliaire ($ 620 et suiv.) signifiant « faire »2,

$ 506. Verbes lithuaniens à conjugaison mixte. — Verbes lithuaniens de la dixième classe.

En lithuanien, il y a beaucoup de verbes à conjugaison mixte, c'est-à-dire appartenant par leurs temps spéciaux à la première classe sanscrite ou conjugaison forte des langues germaniques, et par leur aoriste à la dixième classe sanscrite ou conjugaison faible de l'allemand. Je veux parler des verbes qui, à la première personne du singulier, ont simplement un w après la consonne finale de la racine, et, au pluriél, a-me, mais qui terminent leur aoriste soit en 1a-u, pluriel &-me, soit en &ja-u, pluriel &8-me, soit en &a-u, pluriel 5)0-me. Exemples : mal-ù eje mouds», aoriste mal-w-ù, pluriel mal-é-me; 4ad-ù «je pro-

1 Voyez $ 109", 1.

: Remarques pourtant qu'à la différence des verbes faibles ordinaires, il joint l'auxiliaire immédiatement à la racine.

mets»!, aoriste ad-&ja-u, pluriel Zad-é75-me, infinitif £ad-é-t; géd-u «je chante [des cantiques|»?, aoriste g#d-éja-u, pluriel géd-0j5-me, futur g8d-6-siu. L'aoriste de ces verbes ferait attendre des présents en 1u, u, ou.

Abstraction faite de ces verbes à conjugaison mixte, la dixième classe ou forme causative s'est scindée en sept groupes au moins. Le premier, qui est le mieux conservé, comprend les verbes comme raud-0-u, pluriel raud-0ja-me®, aoriste raud-6ja-u, futur raud-6-au, infinilif raud5-tt. En lette, l’a qui précède le } reste bref : raud-aj-u «je pleure», pluriel raud-aja-m, prétérit raudaa, pluriel raud-aja-m, futur raud-a-su, infinitif raud-4-t5. L'a des deux dernières formes et lo des formes lithuaniennes anslogues représente le we ay des temps généraux en sanscrit.

Le deuxième groupe a partout un &, qui est probablement l'altération d’un à long’. Comme exemple, nous citerons klydguej'erre»', aoriste klydéjau”, futur klyd-é-siu, infinitif klyd-é-4.

Le troisième groupe ne s'éloigne du deuxième qu’au présent et au participe qui en dérive : 1l y contracte aya en t. Exemple : myliu «j'aime», duel mÿl1-wa, mÿl1-ta, pluriel mÿl+-me, mylste, aoriste myl-éja-u, futur myl-é-siu, infinitif myÿl-é-u.

* En sanscrit, racine gad «parler», causatif gddéydmi.

2 Gédu se rattache comme Zadi au causatif précilé gddéydms.

2 Voyez $ 109°, 6.

* Comparez, en slave, les verbes en œqu-à ($ 504). Au sujet de la longue 5, en lithuanien, voyez ci-dessus, t. ], p. 257, note s.

5 En sanscrit r6d-dyd-mi (pour raud-dyd-mi) « je fais pleurer».

6 On écrit raudaht; ah est pour d.

7 C'est ainsi que l’a de la racine d& «coucher» (première personne démi) répond évidemment à l’d du sanscrit UT dé « poser».

# Le lithiuanien a aussi le verbe klÿstu (venant de klÿd-tu, $ 103), qui a le même sens : aofiste klÿdau. Klydéju est donc, en quelque sorte, la forme causative de klystu. .

* À la deuxième personne, nous avons klyd-éjei au lieu de klyd-éjai, à cause du j (S 92“). Sauf cette différence, les aoristes en &jau se conjuguent comme ceux en Gjau.

LES CARACTÉRISTIQUES. $ 506. au

Le quatrième groupe a au présent ju ou tu, au pluriel ja-me ou s4-me, à l'aoriste ja-# ou saw, au pluriel j5-me ou 55-me; mais il forme le futur et l'infinitif immédiatement de la racine, peutêtre par suite d’une mutilation. Exemples : läp-j#1 «je commande», pluriel lépa-me, aoriste lëp4a-d, pluriel l#p-6-me, fatur lép-eiu, infinitif ép-4. Rem-jà «je soutiens » *, pluriel rm je-me, aoriste rew-ja-é, futur rém-siu, infinitif rdm-t. Baudas «je châtie»? (par enphonie pour baudu), aoriste baudhaë, futur bei-siu, infinitif bais-#. Pléuju «je lave»t, aoriste pléw-au, futur pléu-siu, infinitif pléu-t.

Le cinquième groupe contient des verbes en 4, aoriste yaw, fatur s-siu#, infinitif s-4 5. Je regarde cet :, tant dans les formes spéciales que dans les formes générales, comme un affaiblissement de l'a initial de We aya, Wa ey. À ce groupe appartiennent éfæ-ÿu «je rafraîchis» = sanscrit gio-dyd-mi «je fais vivre»; zmés-ÿju «je sonne [les cloches] » = sanscrit svan-dyd-mi «je fais résonner »; db-ÿu «j'aime» = sanscrit W6-dyd-m1 (racine lub) ej'invite à l'amour, j'excite».

Le sixième groupe”? présente la caractéristique sanscrite aya sous cinq formes différentes, savoir : 4° à la première et à la deuxième personne du singulier du présent et au participe qui

1 Sanscrit lap eparler», causatif lép-éyd-mei.

3 Compares le sanscrit d-ram-ayd-mi «je fais reposer». À la racine rex appertient aussi le lithuanien rimstu eje me calme» ($ 499). Au composé d-rem se rapporte le grec dpéna, fpeuos. Voyez Glossaire sanscrit, p. 287.

3 Signifie aussi, d’après Neselmann (Dictionnaire, p. 334), «avertir, stimuler». H répond bien au causetif sanscril bidéyémi (racine bud'asavoir») «je fais savoir».

* Comperes le sanscrit plév-éyd-mi cje fais couler», causatif de la racine plu æcouler», à laquelle appartient, entre autres, le grec eAÿ-»«. Voyez Glossaire sansrit, p. 294.

, Voes Kurschet, Mémoires pour servir à la connaissance do la langue litruemienne, ÎI, p. 193.

* Pour la signification, voyez le Dictionnaire de Nessemann.

1 C'esi la deuxième conjugaison de Mielcke.

* Ainsi l'on a leh-e-é «je tions», laik-a-1 (5 436, 1), ldik-«; laik-a-hs etenant».

en dérive; 6 dans les autres personnes du présent (l&ik-5-wa, ldsk-5-ta; lik-5-me, lhik-5-te); 1a à la première personne du singulier de l'aoriste (laik-1a-à «je tins»); te! à la deuxième et & à toutes les autres (ldik-8-wa, ldik-8-ta, ldik-8-me, litk-8-te)?. On peut comparer T5 de l&ik-5-wa, ldik-5-me avec l'5 gothique de la deuxième conjugaison faible (salb-6-s, salb-6-m) et avec l'é latin de am-d-mus ($ 109", 6). Rapprochez aussi :

Lithuanien. Gothique. Saascrit.

Singulier. lait-a-ù «je lèche» laig-6 léh-ayd-ms° Duel.... (lait-5-wa laig6-s léh-dyd-vas Pluriel.. läit-5-me laig-6-m léh-dyd-mas.

Dans les formes générales, la classe de conjugaison en question représente le ay sanscrit par y (prononcez 1); exemple : laié-ÿ-siu = sanscrit l#h-ay+-éy4mi *. On peut rapprocher de ce y l'{ du latin audt-s, audt-mus, aud-t-tis, aud-t-tum (S 109", 6); j'y vois la vocalisation de la semi-voyelle sanserite % y.

Le septième groupe s'accorde avec le sixième au présent et aux formes qui en dépendent. Mais partout aïlleurs 1l suit l’analogie de raudoju 6. Exemple : rÿm-a-u «je reste appuyé», aoriste rÿm-ôja-u, pluriel rÿm-5ja-me?, futur rfm-5-stu, infinitif rÿm-5-1.

1 Laik-1e4 «tu tins». De même, dans tous les autres groupes, nous trouvons à l’aoriste une opposition entre la première et la deuxième personne : en regard de l'a de le diphthongue au vient se placer un e, lequel provient probablement de l'e per l'influence enphonique de l'i précédent ($ 92°).

3 D'après l’analogie des verbes en &”-u (voyez ci-dessus, p. 130).

3 «Je fais lécher», de la racine lik, qui fait au présent #'h-mi «je Ièchex», duel kh-vés, pluriel kh-més.

“ Nous citons le futur, parce que l’acriste, dans les verbes lithuaniens de la dixième classe, n'appartient pas aux lemps généraux.

$ C'est la quatrième conjugaison de Mielcke, avec j#kau «je cherche» pour modèle (sixième classe de Schleicher).

* Voyez ci-dessus, p. 130.

7 Comparez l'imparfait sanscrit 4-rdm-ayd-ma enous flmes reposer» (pour d-ardmaydma), de la racine ram «reposer» précédée du préfixe d.

$ 5o7. Formation du présent.

Le langage n'a pas besoin d'un exposant spécial pour marquer le présent : celui-ci est suffisamment indiqué du moment qu'il n’y a point de signe exprimant le passé ou le futur. Aussi le sanscrit et les idiomes congénères se contentent-ils, au présent, d'unir les désinences personnelles à la racine.

La flexion du présent se fait à l’aide des désinences primaires. La racine reçoit les élargissements qui caractérisent, dans les temps spéciaux, les différentes classes de conjugaison !. On peut comparer, comme exemple de la première conjugaison principale ($ 493), le sanscrit véhâm «je transporte » avec les formes qui y correspondent dans les autres langues indo-européennes? :

SINGULIBA.

Sanserit. Zend. Arménien. Grec. Latin.

vah-à-m* vas-d-mi tDas-e-m éy-0-" veh-0-” väh-a-si vas-a-hi wWas-e-* éy-ei-s" veh-i-s°

véh-a-ti vas-ai-li was-É-” éye-(r)e veh-i-t

1 Voyez $$ 109° et 493.

3 L'arménien /wg£J° wage-m «je cours» me paraît être le congénère du sanscrit vdh-4-mi. Tous deux impliquent l’idée du mouvement. Le 4 s est, comme le S s zend, le représentant ordinaire du & h sanscrit. Bulticher rapproche wa de la racine sanscrite AT, vag «aller» (Journal de la Société orientale allemande, t. IV, p. 363) : on a vu, en effet ($ 183°, 2), que le g sanscrit est quelquefois représenté en arménien par un s. Mais il serait surprenant que l'arménien eût perdu la racine GA vah, qu'on retrouve dans toutes les langues de la famille.

3 Sur l’allongement de l'4, voyez $ 434.

‘ Voyez S 448.

5 En latin, l'affaiblissement de la caractéristique a en 1 est presque constant; en gothique, il n'a lieu que devant s et th. Voyez S$ 67 ct 109", 2.

Gothique. Lithoanien.

vig-a- œez-ù vig-i-s meii° vig-t-th méz-a-—’ DUEL.

Zend. Arménien vas-a-i8P ..,.....

vag-a48 ........

Gothique. Lithuanien.

vig-a-ts téz-a-ta $ PLURIEL.

Zend. Arménien.

vag--mahi* was-e-mj' vasaia maség* Gothique. Lithuanien vig-a-m wéi-a-me vig-i-th mci-a-le vig-a-nd so.

Ancien slave.

ves-u-à ves-e-i ces-c-{f

Grec.

éy-o-ues Éy-eTe

éy-0-vr!

Ancien slave.

ves-e-me

Laüa.

$ 508. Présent des verbes s{4 rêtre debout», grä esentir ».

Parmi les verbes sanscrits de la première conjugaison prin-

1 Venant de œeim ($ 436, 1).

3 W'e24 pour weia, venant de wez-a-si (5 448) 3 Pour éy-e-ros ($ 97).

* Pour vig-a-vas ($ 41).

3 Est remplacé par le singulier.

* Vapdmahi, comme dans le dialecte védique: véhémasi ($ 439).

7 Voyez $ 4ho.

cipale, fautfa délämi «je suis debout» mérite un examen particulier. Il vient de la racine sid et appartient proprement à la troisième classe, qui prend le redoublement !. Mais il s’en éloigne en ce qu'il abrége son d radical dans les temps spéciaux ?, et en ce qu’il prend un 1, au lieu d’un a, dans la syllabe réduplicative. De là les formes tisla-si «tu es debout», Gsfa-h «il est debout», au lieu de taglä-si, taslä-t, ainsi qu’on devrait s’y attendre d’après l’analogie de dédä-si, dddä-t. Comme l'a (devenu bref) de slé est traité exactement de la même manière que la caractéristique a de la première classe, comme d’ailleurs l’accent reste toujours sur la syllabe initiale *, les grammairiens indiens ont rangé si parmi les racines de la première classe; 1ls divisent donc ainsi : tléf-a-si, dsf-a-u, en disant pour toute explication que &s{ s’est substitué à si. Ils expliquent de même le présent gigrämi «je sens » de la racine grd.

Le double affaiblissement que les formes comme tis{a-si, figra-a éprouvent dans leur syllabe réduplicative et dans leur syllabe radicale, est dû, je crois, aux deux consonnes initiales de sià, grd; la syllabe réduplicative se trouvant déjà longue par position, ces mots, pour ne pas prendre une pesanteur excessive, ont diminué le poids de la première voyelle et abrégé la seconde. Le zend htstah «tu es debout», histah «il est debout » obéit au même principe. À cause de la surcharge produite par la syllabe réduplicative, le latin sishs, nstt, sistimus, sislitis à également affaibli lé radical de st-re en 1. Ïl en résulte que sstis a l'air d'appartenir à la troisième conjugaison; mas ce n’est là qu'une apparence, car l'1 de sisti-s représente l'a radical de #ifa-si, tandis que le signe distinctif de la troisième conjugaison, c'est l'insertion d’un non radical entre la racine et la

1 Voyez $ 109", 3.

+ Cet a redevient long à la première personne, d'après la règle exposée $ 434. 3 Voyez $ 109", 1.

désinence personnelle. Le grec Yo’n-u s'est mieux conservé, sous un rapport, que les formes correspondantes en sanscrit, en zend et en latin; malgré la syllabe réduplicative et les deux consonnes de la racine, 1l a maintenu longue la voyelle radicale; sil l'abrége au duel et au pluriel, ainsi que dans tout le moyen, c'est en vertu d'une loi générale, que nous avons exposée plus haut ($ 480 et suiv.). L

Le redoublement de ésféms est d’un genre particulier : il en sera traité plus tard ($ 599). Contentons-nous ici de mentionner le latin teshs, qui contient la même sorte de redoublement, en supposant que ce mot dérive, comme je le crois, de notre racine !.

$ 5og. Les racines Bd et as être». — Autres racines remplissant le rôle de verbe substantif.

Le sanscrit et la plupart des idiomes congénères ont deux racines pour le verbe substantif. L'une est 4 bd, en zend y bd. Elle appartient à la première conjugaison principale (classe 1) : elle prend, par conséquent, la caractéristique a dans les temps spéciaux, et frappe la voyelle radicale du gouna. L'autre est la racine W4 as, qui appartient à la deuxième conjugaison principale (classe 2). En sanscrit et en zend, as ne s’est conservé, comme verbe isolé, que dans les temps spéciaux et au parfait : il est remplacé, aux autres temps, par bd, qui a gardé sa conjugaison complète.

Dans la plupart des idiomes congénères, bd et as sont défectifs et se complètent l’un l'autre. En hthuanien, la racine correspondant à as n'est usitée qu'au présent de l'indicatif et au participe présent; il en est de même en slave. Le gothique tire de as, dont il affaiblit l’a en t, tout son présent de l'indicatif et

\ Testis serait celui qui se tient dehout, qui se lève pour quelqu'un ou quelque chose. Dans steti, le rapport des deux premières syllabes est renversé.

du subjonetif; sy, qui est la racine apparente d'un certain nombre de formes !, dérive lui-même de #4 &. La racine 64, dans le sens de «être», manque tout à fait en gothique; elle a pris, dans cette langue, l'acception de edemeurer»?. Au contraire, le haut-allemand a gardé des restes de la racipe & bé avec le sens «être » : ce sont bs-m «je suis», bi-s ou bt-st «tu es», beru-més «nous sommes», btr-u-f «vous êtes». D'autre part, ist «il est» et s-5-nt «ils sont» ® répondent à ufr dt et afènr sénti. De Wa as vient aussi le subjonctif sf «que je sois» (en sanscrit WT sydm) et l'infinitif sfx « être ».

Outre les racines es et 6, les langues germaniques ont aussi appelé au rôle de verbe substantif la racine sanscrite vas e demeurer». Le prétérit was et son subjonctif séjast, l'infinitif swan ot le participe présent stsands remplacent, en gothique, les formes qui manquent aux deux autres racines ?.

Nous rappellerons à ce propos deux autres racines qui peuvent remplir l'office de verbe substantif. Le sanscrit donne quelquefois à la racine s£ «se tenir debout» le sens abstrait «être»; il a donc en quelque sorte devancé les langues romanes, qui composèrent à l'aide des trois racines sta, es et fu la conjugaison de leur verbe substantif. On trouve aussi, en sanscrit, le verbe ds « être assis » employé dans l'acception abstraite « être ». Exemples : gatssatteh{s) své ”’saté® «dementes quasi sunt»; éyuimdn dstém

‘ Voyes 5 511, remarque 1.

3 La troisième personne bes-5-th «il demeure» représente le sanscrit Eév-e-ti (pour B-a-ti, venant de Bas-s ti) «il est». Voyez Grimm, Grammaire allemsnde, 3° édition, t. I, p. 101. |

3 C'est par abus qu'exi allemand moderne cette forme sint a fini par s'introduire aussi à la première personne (æir sind).

De là l'allemand moderne ich ser «j'étais», ish wëre «que je [usse».

» Au contraire, le présent visa a conservé le sens cje reste». Sur l'affaiblissement de l'a en 5, dans visa, visan, visands, voyez $ 109", 1.

* Nalss, XVI, vers 30. [La double apostrophe placée devant ”’sa#f indique, sui-

ayam «longævus esto ille»!. Peut-être le verbe as n'est-il luimême qu'une abréviation de la racine ds. 11 est vraisemblable, en effet, que l’idée abstraite «être» n’a jamais été dans aucune langue le sens primitif d’un verbe. L’abréviation de és en ss, qui lui-même se réduit à un simple s devant les désinences pesantes ($ A80), s'expliquerait aisément dans un verbe si fréquemment employé : il est naturel qu'on cherche à alléger un mot dont on a besoin à tout instant.

La fréquence de l'emploi peut produire des effets de deux sortes. D'une part, le mot s’use, il se simplifie le plus qu'il est possible; mais, d’un autre côté, comme il est constamment prononcé, sa flexion, en s'imposant à la mémoire, échappe à la destruction. L'un et l’autre fait se vénifient pour le verbe substantif, car sum est en latin, avec taquam, le seul verbe qui ait conservé son æ au présent. De même, en gothique et jusque dans l'anglais et dans l'allemand d'aujourd'hui, le signe de la première personne du singulier et celui de la troisième personne du plariel ont survécu dans les seules formes t#, am, bi (venant de bin) «je suis» et dans sind «ils sont».

$ 510. Présent du verbe bé «être».

La racine sanscrite à appartient à la première classe : elle prend, en conséquence, le gouna et insère la caractéristique a devant la désinence personnelle ?. À cause de cet a, 64 (= Gau) devient bar, et c'est sous cette forme que nous trouvons la racine en question dans tous les temps spéciaux. Du sanscrit 6av, du zend bar, je rapproche le vieux haut-allemand bir (ou pur), dans brr-u-més, bir-u-1, brun : nous avons déjà fait observer

vaat le sysième de transcription adopié per l'auteur, qu'une voyelle lougue s'est conr binée avec la vovelle finale du mot prirident. fré ’’ssié est pour ire ésaté. — Tr.] \ Urras, édition Lens, page 93, ligne 8.

t Voyez $ 109°, 1.

s semi-voyelles permutent fréquemment entre elles et que ment le v se change volontiers en r ou en L!. L’u de btr-uet est un affaiblissement pour a ($ 7), et l': de la syladicale btr est un autre affaiblissement encore plus fréquent même voyelle ($ 6). D’après l'analogie du pluriel, nous as avoir au singulier birum, birus, birut; mais la deuxième e a été éliminée, de sorte que btm est avec bdvémi à peu lans le même rapport que malo avec son primitif mavolo.

; subjonctifs archaïques latins fuam, fuas, fuat, fuant supt un indicatif fuo, fuis, fuit, qui sans doute a existé autret qui est au sanscrit Üdvdmi, bdvasi, bdvati ce que veho, vehat est à vdhâmt, véhasi, véhat. D'un autre côté, le parchaïque fur: suppose un présent fuvo, qui ressemble encore Gdvâms. Je regarde le » de fur: comme étant sorti de l’u, an développement analogue à celui qui nous a donné en it le parfait babdva, l’aoriste dbévam, et en lithuanien le buati 2. |

ais suivre le tableau comparatif du présent de la racine sanscrit, en zend, en vieux haut-allemand et en grec :

SINGULIER

Sanscrit. Zend. Vieux haut-allemand. (Grec.

bdv-d-mi barv-d-mi bi-m Eb-w—

bav-a-si bav-a-hi bi-s° Pb-e1-s

bér-a-ti bar-ai-ti ....... QÙ-e-(r}e DUEL.

bdr-doas ........ sers sos.

bdv-a-tas bar-a-iô? ....... Gb-e-rov

bdo-a-tas bav-a-t6 soso P-8-Tov

$ 20. Comparez ausa Graff, Dictionnaire du vieux haut-allemand, IT, ja5.

e crois donc pas qu'il faille identifier la syllabe vi de fuvi avec celle de amarr. nst (S 448).

$ B12. Présent du verbe as «êtres.

N est inutile de donner ici un modèle de la deuxième conjugaison principale (la conjugaison en x du grec). Nous en avons déjà donné plusieurs aux $$ 480 et suivants.

Nous placerons cependant ici le présent du verbe substantif, parce que ce verbe donne lieu à plusieurs observations en gothique. C'est le seul qui, dans cette langue, appartienne à la conjugaison en question. Nous plaçons en regard le présent sanscrit, zend et arménien du même verbe ?.

SINGULIER

Senserit. Zend. Arménien. Gothique.

do-mi ak-u: e-m -m da a-ki e—6 1-5 äs-ti ait é ts-t PLURIEL.

s-mas k-mahi e-mÿ sij-u-m s-ia é-ta é-ÿ sy-u-th s-a-nti k-ënn en s-t-nd.

Remanque 4. — Le présent du verbe auxiliaire «être» en gothique. — On voit sans peine que les formes plurielles stj-u-m, sÿ-u-tà ne joignent

1 Les formes birint, birent, birnt et bint, que Notker emploie à la deuxième personne du pluriel, se sont, je crois, introduites par abus dans cette personne; elles appartiennent à la troisième, où btrint correspond très-bien au sanscrit Eéventi. Le forme bint a éprouvé la même mutilation que le singulier bim, bis. Au sujet de ce changement de personne, nous reppellerons ce qui s'est passé en allemand moderne, où sind «ils sont» a pris aussi le sens de «nous sommes».

3 Comparez $ 480.

pas immédiatement les désinences personnelles à la racine : ces formes ne devraient donc pas, à la rigueur, figurer ici. On en peut probablement dire autant de la deuxième personne du duel, dont il ne reste pas d'exemple, mais qui serait sans doute stj-#-{s. La première personne du duel est sid!,

Quant à la syllabe si7”, je ne crois pas qu'il faille Jui attribuer une autre origine qu'à # (qui a perdu son s radical) et à sind, Il y a accord entre sij et sind, en ce que tous deux ont perdu la voyelle qui se trouvait à la tête du mot. Je rattache siÿ au potentiel sanscrit sydm (— sjdm) : le gothique diffère seulement du sanscrit en ce qu'il a inséré un s devant le j. semble, en effet, que le gothique ne supporte pas un j précédé d'une consonne initiale : c'est ainsi que le thème numéral thri «trois» fait au génitif tkriÿ-é et au nominatif-accusatif neutre thriÿ-a ($ 310). Puur la même raison nous avons sÿjan et non sjan en regard du potentiel T7 syâm «que je sois ». D'après cette explication , le s seul serait radical et 5j serait l'expression d'un mode. Mais la langue gothique, telle qu'elle nous est parvenue, n’a plus conscience de l'origine de la syllabe st, qu'elle traite comme une racine : au subjonctif, stÿ prend la caractéristique a”, avec laquelle vient se combiner un nouvel i comme expression du mode; à l'indicatif, il prend la même voyelle # qui s’insère régulièrement au prétérit, entre la racine et la désinence personnelle.

Ramanque 2. — Effet du poids des désinences personnelles sur la voyelle radicale, dans les langues romanes *. — Les langues romanes également se montrent sensibles à l'effet exercé sur la racine par le poids des désinences personnelles. Le rapport qui existe en français entre tenons et tiens s'explique per le même principe que celui qui existe en grec entre àfdouer et àfèwpu ‘. La troisième personne du pluriel suit l'analogie du singulier, en ce qui concerne la voyelle radicale, parce qu'elle a, comme le singulier, une désmence plus légère que la première et la deuxième personne du pluriel : en français, par exemple, la désinence est muette; on peut comparer tenneni à tenons et ienez.

! Pour s-u-vs. Voyez $ k41.

3 On retrouve cette même syilabe au subjonclif sij-au, s1)-ais, ele.

3 Voyez $ 109, 1.

« D faut rapprocher cette remarque du $ 492. — Tr.

5 J'ai déjà indiqué ces faits dans les Annales de critique scientifique, 1827, p. 261; Vocalisme, p. 16.

Dies , dans sa Grammaire des langues romanes ', propose une autre expli cation : il suppose que le changement de voyelle dans tiens et tenons vient de la différence d’accentuation que présentent, en latin , les formes téneo et tenémus. Mais dans la troisième conjugaison l'accent ne change pas de place : néenmoins, l'espagnol a quiero et querimos et le français acquiers et acquérens’. N se peut que l’i du français sais soit identique avec l's du latin septo ; mais la suppression de cet 4 dans savons n'en devra pas moins être expliquée par la même cause qui a amené dans texons la suppression de l'i adventice de tiens. C'est ainsi qu'en sanscrit la racine vaf (deuxième classe) rejette son « radical dans les mêmes formes grammaticales où d’autres verbes de la même classe se débarrassent du gouna : 3% wémas #nous voulons» est avec le singulier f3xx odsrai eje veux» dans le même rapport qu'en français seven

avec sas.

Remanque 3. — Les caractéristiques des classes servent-elles à exprimer l'idée du présent? — Je ne crois pas que dans la conjugaison il faille attribuer au gouna une valeur grammaticale*. Il sert simplement, selon moi, à renforcer et à soutenir les voyelles légères s et u, tandis que l’a lui-même, étant la plus pesante des voyelles, n’a pas besoin d'un secours étranger.

Pott regarde le gouna, au présent et à l'imparfait, comme l'expression de la continuité de l'action *. Mais pourquoi alors y a-t-il des verbes avec un # ou un y radical qui gardent le gouna presque à tous les temps et à tous les modes? On trouve des verbes de celte sorte non-seulement en sanserit, inais dans les langues congénères de l’Europe (dans celles du moins qui ont sauvé les diphthongues résultant du gouna) : ainsi les racines grecques Àrx et @vy, qui ont le gouna au présent Àctrw et Petye, le gardent dans toute leur conjugaison, excepté à l’aoriste éArwoy et éQuyov"'.

Si l'aoriste second nous présente la voyelle radicale pure, je ne voudrais pas davantage en chercher la raison dans la signification de ce temps. Ea effet, l'aoriste second n'a pas d'autre sens que l'aoriste premier, lequel garde le gouna quand le verbe en est pourvu dans le reste de sa conjugaison. La vraie cause est, selon moi, que l'aoriste second aime générale-

* [, page 168. [Comparez la deuxième édition, 1, page 81, note. — Tr.]

? Cette remarque se trouve déjà dans l'excellent écrit de Fuchs, Mémoires pour servir à l'étude des langues romanes, p. 18.

* En d'autres termes, le gouna ne modifie pas le sens du verbe. — Tr.

‘ Recherches élymologiques, 1" édition, t. 1, p. 60.

* Au parfail Aélorxe, le gouna sulsiste, avec o au lieu de l'e (S 26, a).

à conserver la forme primitive de la racine : aussi la voyelle qu'il wésente est-elle tanlôt plus légère et tantôt plus pesante que celle des temps; il fait, par exemple, érpawoy, quand, au contraire, l'aoriste »” et l’imparfait font érpeÿa et érpemov. Si nous avons donc les s éAimov, éPuyov, éruyov en regard des imparfaits éAerwov, éPevyov, », on ne peut pas dire, pour expliquer cette différence, que l'aoriste e l’action momentanée et l'imparfait l’action continue, et que le gouna pression symbolique de la durée.

n point de vue plus général, je ne crois pas que la langue ait besoin imer par un signe particulier la durée d'une action. Il s'entend de e chaque espèce d'acte, non moins que chaque espèce de repos, an certain laps de temps. Quand je dis #il mange, il boit, il dort, wsis», on sait bien qu'il n’est pas question d'une action instantanée : st de même quand je dis #il mangeait, il buvait, il dormait, il était pendant que se faisait telle ou telle autre action]». Je ne puis donc uscrire à cette opinion de Pott que les temps spéciaux ‘ prennent, à sion des autres temps, les caractéristiques des classes, parce qu'ils exprimer une action qui se prolonge. Pourquoi le sanscrit aurait-il 6 neuf formes différentes pour symboliser la durée? et pourquoi, ses dix classes de conjugaison, y en aurait-il une privée de tout fment étranger? Je crois plutôt que les caractéristiques ont appardans l’origine, à tous les temps, et qu'à une époque plus récente, le antérieure à la séparation des idiomes, elles ont été éliminées de # temps, dont la structure ne se prétait pas à leur maintien. Ainsi e* et le futur les auront rejetées parce qu'ils s’adjoignaient le verbe ntif, on a dit, en conséquence, désyämi et àdow, au lieu de daddsyäms 9. Au parfait, c'est le redoublement qui aura été cause de cette ation ; on a préféré, par exemple, 8éèe:ypas à une forme àedstxvuuu. inte de surcharger le verbe a été jusqu'à faire retrancher, en sanscrit, nence personnelle; ainsi à la deuxième personne du pluriel du parfait on a Z2N dadréä vous avez vu», en regard du grec àeè6px-a-re.

$ 512. Tableau comparatif du présent moyen.

a déja été question ($ 466 et suiv.) des désinences du

st-à-dire le présent et l'imparfait, avec les modes qui en dépendent. qez $ 109°.

os parlons ici de l'aoriste premier, qui est le plus généralement usité.

moyen. Nous avons vu, à ce sujet, que le présent moyen sert également de passif en grec. En gothique, nous trouvons les formes du moyen presque toujours employées dans le sens du passif. Comme modèle de la première conjugaison principale, nous prendrons le verbe bar «porter» (classe 1); pour la seconde conjugaison, le verbe tan «étendre» (classe 8) : SINGULIER.

Sanserit. Zeod. Grec. Gothique.

bar-é' bair-8* PÉp-0-pas sos. 3

bär-a-sé bar-a-hé (Pép-e-ou) bair-a-sa°

bar-a-té bar-ai-té Pép-e-rai batr-a-da

DUEL, bar-d-vahé sensor. + Pepb-uebor ........, bär-êté sos... Qépe-côov* ..... .. bur-êté soso. Pépe-chor .....,...

bar-d-mahé” bar-d-maidè @ep-b-pela ......... bar-a-dvé° bar-a-dmé?" Qépe-oûe ........ .

bär-a-nté bar-ai-nté Eép-o-vrai bair-a-nda,

1 Venant de bar-d-mé (95 467 et 4h73).

* Sur le ai de la racine, voyez $ 41, et sur le ai du gothique barrage, $ 8s.

3 Est remplacé par la troisième personne.

® Les désinences sa, da, nda sont des formes mutilées pour pai, dei, ndaï ($ 466). Remarquez que dans bair-a-sa, bair-a-da la caractéristique s’est conservée sous forme primitive.

5 Les formes Béréié et bérété sont pour bar-a-dié, bar-a-dié, qui régulièrement auraient dû faire bérdié, Bérdté. Mais dans toute la première conjugaison principale, cet d s’est affaibli en (= a + 1), ou bien lé de la désinence s’est changé en s ouf, et a donné un é en se combinant avec la caractéristique a. — Sur l’origine probable des désinences dté, dté, voyez $S k74 et h75.

* Voyez SS 434 et 475.

7 Venant de bar-d-madé ($ k72). Avec la désinence zende mad? s'accorde d'une manière remarquable la désinence irlandaise maid ou maoid, par exemple dans dagh-a-maid ou dagh-a-maoid «nous brülons — sanscrit déh-d-mahé, venant de düh-i-made.

# Probablement pour Bar-a-ddvé (SS 17h et 475).

* Je ne connais pas d'exemple de la désinence dé; mais on peut la supposer

SINGULISR.

Sanserit. Grec.

tan-0—é (de tan-u-mé') Tév-v-uas lan-u-$é" Tévy-v-oai tan-u-té Tév-u-Tai pou.

tan-u-vdhé Tav-6-ue0ov tan-v-#l8 rév-v-chov tan-o-Ëté Tés-v-000v

PLUBIEL.

tan-u-mahé (de tan-u-madé) Tas-d-ueba tan-u-dvé' Tév-v-00e tan-v-dié (de tan-v-anté)'" rév-v-vreu.

Remanque 1. — Le présent moyen en send. — En send, tan, s'il est conjugué d'après la même classe, doit faire à la deuxième et à la troisième personne du singulier tan-di-36 ($$ L1 et ba), tan-di-t*, et à la première et à la deuxième personne du pluriel tan-w-maidé, tan-u-divé. La troisième personne du pluriel serait sans doute tan-v-aité ou tan-v-ainié, suivant que le zend conserve ou rejette la nasale. Il y a des exemples qui montrent que le send pent supprimer la nasale, comme le sanserit. Au sanserit af édsati correspond le send spsouyte sénhaiti eils enseignent», et au moyen srTtfT édsdié correspond wpsousts éénhaité". D'un autre côté, le sanserit, au moyen, conserve quelquefois la nasale dans la deuxième conjugaison principale; exemple : dcinvanta, pour la forme plus usitée dcinvata. — À ja première personne du singulier, le send a tan-uy-é, avec un y euphonique ($ 43).

Remanque 9. — La forme moyenne védé, en ancien slave. — Autres dé-

d’après l'analogie de la forme secondaire dwëm. Voyez Burnouf, Yaçns, notes, p. 38.

1 Voyes 55 458 et 459. Nous avons donné plus haut ($ 488) un tableau de la coajugaison de l'actif pour un verbe de la même classe ou d’une classe très-voisine. — Au sujet de l'eccentuation, voyez $ gs et Système comparatif d'eccentualion, 8 66.

3 D'après le modèle de kérd-ndi-16 «il fait».

3 Voyez Burnouf, l'açns, p. 480.

bris du moyen dans cette langue. — Il y a, en ancien slave, une forme moyenne unique en son genre, savoir EtA®% véd-é, qui est fréquemment employée, selon Miklosich', comme forme secondaire de vémi (pour sédei) æje sais». C'est ce savant qui a d’abord reconnu dans v4dé un moyen. & Ton fait abstraction du gouna, que le verbe slave dont il s’agit, différent en cela du verbe sanscrit, conserve au moyen, ainsi qu'au duel et au pisriel de l’actif*, «sa véd-é répond très-bien au sanscrit vid-£ Comme le sanscrit, le slave a perdu le m de la première personne. C'est là, avec besecoup d’autres faits mentionnés précédemment”, une raison de croire que le slave s'est détaché du sanscrit postérieurement aux autres idiomes européens.

Si pourtant &aA% védé était, comme l’admet Miklosich , la seule trace que le moyen eût laissée en slave, on serait autorisé à douter de son identité avec le sanscrit vidé'*. Mais je crois avoir découvert en slave encore d'autres formes de moyen, notamment dans la conjugaison qui joint, au présent, les désinences personnelles immédiatement à la racine. Je regarde, par exemple, comme appartenant au moyen, la deuxième et la troisième personne de l'aoriste, comme da-#t# rtu donnas, il donna», ja-s-#i eta mangeas, il mangea», bë-s-tà «tu fus, il fut». À la deuxième personne, le désinence tà répond, selon moi, à la désinence sanserite ls ($ 470) : em effet, le À sanscrit ($ 12) est représenté en slave par T t; c'est ainsi qu'en sanscrit a de la deuxième personne du pluriel répond, en slave, #', Si l'on remplace la désinence moyenne lds par sa forme abrégée las, on errive très-aisément à la forme slave tä ($ 421). À la troisième personne de singulier, T3 té répond au {a sanscrit, au ro grec; on peut comparer A4CTz da-s-tä eil donna» aux aoristes sanscrits comme d-yd-s-ts (racine gd raller»)*.

t Théorie des formes de l’ancien slave, 2° édito:,, $ 25.

3 Par exemple dans vé-vé « nous savons tous deux», 0é-mü e nous savons», céd-aitf «ils savent». Âu contraire, en sanserit, nous avons vid-vés, vid-més, vid-énts.

3 Voyez ci-dessus, t. I, p. 17.

* Il n’y a pas d'exemple du sanscrit vidf; mais le moyen a eu autrefois une plus grande extension que dans le grec et le sanscrit tels qu'ils nous sont parvenus. Peutêtre même tous les verbes avaient-ils à l'origine un moyen.

5 Exemple : das-te «vous donnez» (par euphonie pour dad-ts) == sanscrit dat-bé

* Dans la seconde édition de sa Théorie des formes de l'ancien slave (page 87), Miklosich suppose que les troisièmes personnes du singulier en tä dérivent des formes

LES TROIS PRÉTÉRITS. $ 513. 137

À la troisième personne du pluriel, il s’est également conservé en ancien slave des désinences moyennes, non-seulement à l'aoriste, mais encore plus fréquemment à l’imperfait. Ce sont les formes en atü, qui correspondent très-bien aux formes sanscrites en ta et aux formes grecques en »r0. On peut comparer MONOLLATZ mog-0-fañti' «ils pouvaient» avec les aoristes moyens comme ddik-éanta, en sanscrit, et comme éèeéx-cayro en grec. Le rapport entre mog-o-danti et l'actif m0g-0-éah est le même qu'entre ddikdents, éèeix-cayro et ddik-dan, éôeix-cav*.

LES TROIS PRÉTÉRITS.

$ 613. Emploi des trois prétérits en sanscrit. — Maniéres d'exprimer le parfait.

Ainsi que le grec, le sanscrit a, pour exprimer le passé, les formes de l'imparfait, de l'aoriste et du parfait. Mais il n’y attache pas, comme le grec, des nuances différentes : 1l les enploie toutes indistinctement soit dans le sens de l’aoriste, soit dans celui de l'imparfait grec.

actives en t, par l’adjonction d'une voyelle : il rappelle l’adjonction d’un a dans les neuires pronominaux comme tha-ta (== sanscrit ta-t), en gothique. Mais ce fait n'est pes isolé en gothique ($ 18), au lieu qu'il le serait en ancien slave, quoique cette langue eût de très-nombreuses occasions de sauver une consonne finale, en lui adjeigneat une voyelle. On sait, en effet ($ 92"), qu'une loi phonique de l'ancien slave exige la suppression de toutes les consonnes qui se trouvaient primitivement à la fin d'en mot. En regard du génitif sanscrit ndbas-as « du nuage», nous avons nebes-e «du ciel» (5 269); en regard du nominatif pluriel sindv-as, nous avons sünov-e ($ 274); ea regard de l'instrumental pluriel bts, nous avons ms (en lithuanien mis). Pourquoi le slave n'a-t-il pas fait nebes-esù , sünov-esü ? Je ne vois pas de raison pour admettre l'adjonction d’un ä pour la seule désinence tÿ, d'autant plus qu'elle s'explique sans difficulté per la désinence sanscrite ta. — Quant au tù de da-s-tü «tu donnas», Miklosich suppose que c'est la désinence de la troisième personne qui s'est introduite jei per abus Jans la deuxième. J1 y a, en elfet, des exemples de cette sorte de confusion; mais je n’en connais pas en slave, et il n’est pas nécessaire d'admettre que nous ayons ici une anomalie de cette espèce.

: Voyez Miklosich, $ 101, p. 87.

3 Sur l'aoriste premier, en ancien slave, voyez $ 561 et suiv.

exprimer le futur passé. Exemple : kalzm buddvé bavisyati ! «que deviendra-t-elle quand elle se sera réveillée?», littéralement «après le réveil ».

Pour marquer le plus-que-parfait, le sanserit emploie également le locatif absolu. Apakränté nal4 rdgan damayanti.....… abudyata? « postquam-profectus-erat Nalus, Ô rex! Damayantl.… expergefacta est» (littéralement « profecto Nalo »).

$ 516. Les trois prétérits sanscrits avaient-ils à l'origine des significations différentes ?

Le sanscrit a-t-il, de toute antiquité, employé ses trois prétérits sans y attacher aucune différence de signification ? Faut-il croire qu'il ait ainsi prodigué inutilement ses formes? Ou bien ces trois temps se distinguaient-ils à l’origine, comme en grec, par des nuances particulières, qui se sont effacées dans le cours du temps? Cette seconde supposition me paraît la plus vraisemblable. Si le corps des mots s’émousse et s'use à la longue, le sens n'est pas moins sujet aux altérations et aux dégradations. Pourquoi, par exemple, le sanscrit a-t-il un si grand nombre de verbes signifiant caller »? Ils devaient désigner à l'origine les diverses variétés du mouvement, et l'on retrouve encore pour quelques-uns des traces de cette diversité. Ainsi le verbe sanscrit sdrpdm «je vais» a dû avoir le sens de «ramper», comme serpo, éprw, car c'est d'après ce verbe que les Indous, ainsi que les Romains, ont nommé le serpent (sarpd-s, serpens, comparez le grec éprerév).

1 Nalas, X, 92.

3 Nalas, XI, 1.

? Je crois pouvoir rapporter à la même famille la racine germanique skp, shf etraîner, glisser». En vieux haut-allemand, nous avons slifu, sleif, slifumés; en anglais, J skip. La forme gothique serait sans doute sleipa, slaip, slipum (le p primitif conservé invariable comme dans slépa — svdpimi «je dors»). La forme skip suppose une métathèse de sarp en srap et le changement de r en L. Comme les semi-

LES TROIS PRÉTÉRITS. $ 546. 4141

Si les trois prétérits sanscrits se distinguaient d'abord par des nuances qui se sont effacées dans la suite, le prétérit redoublé avait sans doute le même rôle que son congénère le parfait grec, c’est-à-dire qu'il marquait l’action accomplie. Le redoublement n’étant pas autre chose à l'origine qu’une manière de renforcer l'idée, le langage aura opposé la racine redoublée, comme type de ce qui est achevé et accompli, à la racine non redoublée, qui exprime l'action inachevée et en voie d’accomplissement. Par le sens comme par la forme, le parfait est proche parent de l'intensif sanscrit, qui admet également le redoublement !.

$ 616. L'imparfait et l'aoriste sanserits avaient-ils à l'origine des significations distinctes ?

11 nous reste à examiner s'il y a des raisons de croire que les deux prétérits à augment, qui remplissent en grec l'office d’imparfait et d’aoriste, avaient reçu dès l’origine des significations différentes et avaient été créés pour des emplois distincts.

Rien, dans la forme de ces temps, ne nous autorise à le penser. Le seul indice qu’on pourrait apercevoir, ce seraient les aoristes grecs comme #umov, édwv, comparés aux imparfaits £esæov, éSldwr, et les aoristes sanscrits comme dlipam ?, ddäm, comparés à dlimpam, ddadäm. On pourrait être tenté de regarder les premières formes comme les formes primitives, et de voir

voyelles permutent fréquemment entre elles, et comme une seule et même racine, en s’altérant diversement, a très-souvent donné naissance à plusieurs racines nouvelles, je serais lenté de rapporter encore à la même origine le verbe sep, sætf ecourir çà et là», en moyen baut-allemand swife, sweif, swifen.

1 Poar donner à la syllabe réduplicative encore plus d'énergie, l'intensif la frappe da gouna ($ 753 et suiv.).

+ Ji ne faudrait pas croire que le sanscrit lip et le grec A soient de même famille : la racine sanscrile signifie «oindre» et a pour dérivés, en grec, Afxos, dAciQe. Mais le rapport entre dlipam et élimpam est jusqu’à un certain point semblable à celui qui existe entre éov et éusxov; le verbe grec, pour s’alléger, se débarrasse à l’aoriste du gouna, comme le verbe sanscrit, au même temps, élimine la nasale.

dans leur brièveté et leur rapidité, comparée à la pesanteur de l'imparfait, l'expression de l'action instantanée!. L'aoriste, pourrait-on dire alors, se débarrasse du gouna et des autres caractéristiques, parce que, dans l’ardeur du récit, le narrateur ne se donne pas le temps de les prononcer; c'est pour une raison anslogue que l'impératif sanserit emploie, à la seconde personne du singulier, la forme verbale la plus faible, à cause de la rapidité naturelle du commandement ?. Mais cette explication souffre de graves difficultés.

En premier leu, cette sorte particulière d’aoristes comme £umov, dur, dlipam, ddâm , est relativement rare, en sanscrit comme en grec. De plus, l'aoniste n’est pas le seul temps qui supprime les caractéristiques. Enfin, dans l'une et l’autre langue, l’aoriste a la plupart du temps une forme plus pleine que l'imparfait. On peut comparer, par exemple, l'aoriste sanscrit ddikéam (= Ede:£a) avec l'imparfait ddifam. Ici les rapports sont renversés, et c’est l'imparfait qui est formé comme les aoristes précités dlpam, ddûâm.

Est-ce la sifilante de l'aoriste premier (ddik-iam, Edex-oa) qui aurait pu lui donner sa signification particulière ? Mais cette siffante appartient, comme on le verra plus tard ($ 54a), au verbe substantif : ce verbe pouvait concourir aussi bien à la formation de tous les temps, et il sert, en effet, à en former plusieurs n’ayant aucun point de contact entre eux.

On peut donc affirmer que rien, dans la forme, n'implique une différence de signification entre l'imparfait et l’aoriste. Il ne s'ensuit pas que dès une époque très-reculée, et avant la séparation des 1diomes indo-européens, l'aoriste et l'imparfait n'aient pu adopter des sens distincts : la langue a pu profiter

* Par action instantanée j'entends celle qui nous semble telle, soit parce qu'elle vient dans le récit s'ajouter à d'autres actions, soit pour tout autre motif.

? Comparez, par exemple, vid-di «sache» à oft-tu «qu'il sache», yuñg-di «unis» à yundktu «qu'il unisse».

le quelques divergences peu importantes, pour attacher à deux ormes, primitivement équivalentes, des nuances de signification articulières. C'est un fait assez fréquent dans l'histoire des angues qu'une seule et même forme finisse par se scinder en lusieurs, et que chacune d’entre elles soit alors affectée à un sage spécial. Le nominatif sanscrit ddt4'!, par exemple, signifie a fois « donateur » et « devant donner»; mais le latin, de cette orme unique, en a tiré deux, en ajoutant encore un 6 à l’anien thème. [1 a réservé la formation nouvelle (datärus) pour 8 participe futur, tandis que l'ancienne (dator), restée plus rès du type primitif, est toujours employée, ainsi que le grec or#p, comme nom d'agent.

1MPARFAIT.

$ 517. Caractères de l'imparfait. — Tableau comperatif de l’imparfait en sanscrit et en grec.

Nous allons examiner successivement les trois prétérits.

Nous commencerons par celui que dans ma Grammaire sansrite j'ai appelé le prétérit augmenté uniforme, pour le disinguer de l’autre prétérit à augment, qui admet sept formations ifférentes?. Nous emploierons ici les termes d'imparfait et l'aoriste, quoiqu'ils éveillent l'idée d’une différence de signifiation qui n'existe pas en sanscrit.

Le temps sanscrit qui répond, quant à la forme, à l'imparfait rec, présente les caractères suivants. Pour exprimer l'idée du assé, il se fait précéder de la voyelle a, laquelle reçoit toujours accent tonique ‘; il a la caractéristique de la classe; enfin, 1l

1 Thème ddi&r ($ 144).

3 Quatre de ces formations répondent plus ou moins, en grec, à l'aoriste preer; les trois autres répondent à l'aoriste second.

? J'en est de même à l’aorisle,

dans leur brièveté et leur rapidité, comparée à la pesanteur de l'imparfait, l'expression de l'action instantanée!. L'aoriste, pourrait-on dire alors, se débarrasse du gouna et des autres carectéristiques, parce que, dans l'ardeur du récit, le narrateur ne s donne pas le temps de les prononcer; c'est pour une raison anslogue que l'impératif sanscrit emploie, à la seconde personne du singulier, la forme verbale la plus faible, à cause de la rapidité naturelle du commandement ?. Mais cette explication souffre de graves difficultés.

En premier lieu, cette sorte particulière d'aoristes comme &umov, Édewv, dlipam, ddâm, est relativement rare, en sanscrit comme en grec. De plus, l'aoriste n'est pas le seul temps qui supprime les caractéristiques. Enfin, dans l’une et l'autre langue, l’aoriste a la plupart du temps une forme plus pleine que F'imparfait. On peut comparer, par exemple, l’aoriste sanscrit ddkéam (= #duËa) avec l'imparfait ddiéam. Ici les rapports sont renversés, et c’est l'imparfait qui est formé comme les aoristes précités dkpam, ddém.

Est-ce la sifflante de l'aoniste premier (ddk-sam, Eeix-ca) qui aurait pu lui donner sa signification particulière ? Mais cette siflante appartient, comme on le verra plus tard ($ 54a), au verbe substantif : ce verbe pouvait concourir aussi bien à la formation de tous les temps, et 1l sert, en effet, à en former plusieurs n’ayant aucun point de contact entre eux.

On peut donc affirmer que rien, dans la forme, n'implique une différence de signification entre l'imparfait et l’aoriste. Il ne s'ensuit pas que dès une époque très-reculée, et avant la séparation des idiomes indo-européens, l'aoriste et l’imparfait n'aient pu adopter des sens distincts : la langue a pu profiter

1 Par action instantanée j'entends celle qui nous semble telle, soit parce qu'elle vient dans le récit s'ajouter à d’autres actions, soit pour tout autre motif.

? Comparez, par exemple, vid-di «sache» à ofttu «qu’il sache», yuñg-di eunis» à yundktu «qu'il unisse».

IMPARFAÏIT. $ 517. 143

de quelques divergences peu importantes, pour attacher à deux formes, primitivement équivalentes, des nuances de signification particulières. C’est un fait asses fréquent dans l’histoire des langues qu'une seule et même forme finisse par se scinder en plusieurs, et que chacune d'entre elles soit alors affectée à un usage spécial. Le nominatif sanscrit dâtd'!, par exemple, signifie à la fois « donateur » et « devant donner»; mais le latin, de cette forme unique, en a tiré deux, en ajoutant encore un 6 à l’ancien thème. Ï a réservé la formation nouvelle (datrus) pour le participe futur, tandis que l’ancienne (dator), restée plus près du type primitif, est toujours employée, ainsi que le grec dorp, comme nom d'agent.

$ 517. Caractères de l'imparfait. — Tableau comparatif de l'imparfait en sanscrit et en grec.

Nous allons examiner successivement les trois prétérits.

Nous commencerons par celui que dans ma Grammaire sanscrite j'ai appelé le prétérit augmenté uniforme, pour le distinguer de l’autre prétérit à augment, qui admet sept formations différentes?. Nous emploierons ici les termes d'imparfait et d’aoriste, quoiqu’ils éveillent l'idée d’une différence de signification qui n'existe pas en sanscrit.

Le temps sanscrit qui répond, quant à la forme, à l'imparfait grec, présente les caractères suivants. Pour exprimer l'idée du passé, 1l se fait précéder de la voyelle a, laquelle reçoit toujours l'accent tonique ‘; il a la caractéristique de la classe; enfin, il

1 Thème dédiés ($ 144).

2 Quatre de ces formalions répondent plus ou moins, en grec, à l'aoriste premier; les trois autres répondent à l’aoriste second.

3 Il en est de même à l’aoriste.

a Jes désinences émoussées ou secondaires ($ 430), probablement à cause de la surcharge résultant de l'augment.

Comme exemple de la première conjugaison principale, on peut comparer dbar-a-m «je portais»! avec #ep-o-»; comme exemples de la deuxième, ddadä-m «je donnais» avec 40/3», dstr-nav-am? « je répandais » avec éo16p-v5-», et dkrt-n4-m « j'achetaisr avec éxép-vä-v. On a donné plus haut ($$ 481, 485 et 488) le tableau de l'imparfait de ces trois verbes. Nous nous contenterons done de présenter ici le tableau de dbar-a-m,

EQep-0-v.

SINGULIER. DUEL. PLURIEL

Sanscrit. Grec. Sanserit. Grec. Sanscrit. Grec. dbar-a-m° éfep-ov dbardva ........ dbar-d-ma ëfép-o-per

dbar-as éQep-es dbara-tam éfép-e-vor dbarata épépers dbar-a-t éQep-e(r)" dbaraidm éPepé-ryv dbaran éfep-0+.

$ 518. L'imparfait en zend.— Imparfaits ends ayant conservé l'augment,

A l'imparfait comme à l'aoriste, le zend supprime ordinairement l’augment. Il n’y a pourtant pas complétement renoncé; voici des exemples où il s’est conservé à l'imparfait : apérééad «il demandait »°, abavad «il était», afanhad «il disait», pait ahméi adavata «il Jui répondait », paitt ahmi avaiata® (même sens),

1 Nous traduisons par «je portais», quoiqu’on puise traduire aussi par «je portai, j'ai porté». Le même observation s'applique aux formes sanscrites et sendes citées dans les paragraphes suivants. — Tr.

1 Voyez $ 437, remarque.

* Voyez $ 437, remarque.

4 Voyez $ 461.

# Veadidad, chapitre xvinr. Mais péréfad est beaucoup plus fréquent.

* Spiegel (De quelques interpolations dans le Vendidad, page 68) regarde ce verbe comme une forme secondaire du sanscrit vac. Je le rapporte au sanscrit T3 wdé «crier», que je regarde d'ailleurs lui-même comme de même origine que vec; en effet, é et # dérivent l'un et l'autre d'un k primitif. Voycs Glossaire sansenil, édition de 1847, page 317.

donta «ils pensaient», advaranta ou advarënta «ils couraient ». > dernier vient d'une racine dvar qui est probablement une tération du sanscrit tar «se hâter», à moins qu'il n'y ait eu Amitivement les deux racines {var et dvar marquant l’une et rutre le mouvement; on pourrait alors rapporter à cette derère le sanscrit dvér (féminin) et dvéra-m (neutre) «porte, itrée »!. La forme précitée adäonta appartient à la racine sansite dy «meditari»?, qui a perdu sa semi-voyelle, en sorte ue le zend traite dé comme étant la racine. Il faut qu’elle ait 1 aussi l'acception «voir», car le mot déi-fra «œilr° en est frivé; dans ce mot, la racine sanscrite dyd ou dyäi a perdu sa elle, vocalisé le y en 1 et frappé cet : du gouna.

$ 519. Conjugaison de l'imparfait en zend.

H y a, en zend, des exemples assez nombreux de l'imparfait tif. Nous en citerons quelques-uns, qui feront connaître les ésinences du temps en question.

Première conjugaison principale. — Singulier. Première pernne : usbar-ë-m «je faisais sortir »; fréhwarés-ë-m ou fréhwérèsmt eje créais»; frâdaisatm «je montrais», pour frédais-ayè-m sanscrit prédés-aya-m «je faisais montrer » ($ 42).

Deuxième personne : frédaié-ayé «tu montrais »; kérënvd5 «tu isais ».

1 Voyez Glossaire sanscril, page 179, et comparez Wrana (masculin et neutre) orte”.

3 Là dydi (classe 1), ou plutôt dyd (classe 4). Voyez $ 109", 9.

3 Le suffixe send tra, cn sanscrit tra, marque l'instrument à l'aide duquel on it l'action exprimée par le verbe ($ 816).

* Comme la préposilion sanscrite pra est ordinairement rendue en send par fr4 ec un d long, il n’y a pas de raison pour supposer que frdimaréé-&-m contienne un gment. Mais je crois bien reconnaître l'augment dans la forme ug-agayanha «lu issais» ($ 469), où il serait difficile d'expliquer le premier a comme une simple yelle de liaison. Comparez $ 500.

s Au lieu de kërénaus. Ainsi qu'il arrive souvent, à la caractéristique déjà contenue

tie 10

Troisième personne : gas-a-d «il venait » = sanscrit dgux-a- «il allait ».

Pluriel. Troisième personne : gasén «ils venaient »; berëk «ils portaient ».

Comme exemples de la deuxième conjugaison principale, nous citerons :

Singulier. Première personne : dadañm e je posais, je faisais» = sdnscrit ddadä-m, grec ér{Ün-v; mrau-m! «je parlais ».

Deuxième personne : mray-s «tu parlais ».

Troisième personne : -wrau-d? «il parlait»; kérënau-d «il faisait ».

Au pluriel, ces deux derniers verbes feraient sans doute amrd-ma, amrû-ta (= sanscrit dbrd-ma, dbrd-ta) et kërë-nu-ma, kérë-nu-ta, comme’ en grec nous avons #06p-vu-ues , d16p-vv-re = sanscrit dsir-eu-ra, dstr-nu-ta. Îl est plus difficile de conjetturer quelle serait la troisième personne du pluriel.

$ 5so. L'imparfait employé en zend comme subjonctif présent. — Emploi analogue du prétérit redoublé.

En ce qui concerne l'emploi de l'imparfait, il faut encore remarquer que le zend se sert très-fréquemment de ce temps comme de subjonctif présent, et que le prétérit redoublé est quelquefois employé avec le même sens. [1 semble que dans ces constructions le passé soit envisagé par son côté négatif, c’est-àdire comme niant la réalité présente, et que, par conséquent, il ait été trouvé propre à exprimer le subjonctif, qui manque également de cette réalité. C'est pour une raison du même dans le verbe est encore venue se joindre celle de la première classe, comme si nous avions en grec édelx-vu-es, au lieu de édelx-v0-s.

1 La forme sanscrite est dbrav-am. Comparez la contrection du sanscrit Uf yévam «oryzam» en çbeye yaum. Au sujet du b changé en m, voyez $ 63.

? Ces deux personnes supposent en sanscrit les formes dbré-e, dbré-t; mais nous ‘avons, avec inserlion irrégulière d'une voyelle de liaison, dbrev-te, ébrav-t-1.

IMPARFAIÏT. $ 521. 147

erdre que le zend, là même où il emploie le subjonctif, exprime bien plus souvent l’action actuelle à l’aide de l'imparfait qu'à laide du présent. Pour la même cause, le conditionnel, en sanscrit, est pourvu de l'augment, et la relation conditionnelle, en allemand et en latin, est marquée par des temps du passé. Voici des exemples de l’imparfait de l'indicatif employé en send avec le sens du subjonctif présent : fraca kéréntën! « qu'ils découpent » = sanscrit dkrntan; da vâ nara anhèn panca vé «qu'ils soient deux hommes ou cinq»; yés anhad diravd? «si c'est un prêtre»; yési anhad ralaistéo «si c’est un guerrier»; yési anhad séstryô «si c'est un laboureur»; yêst anhad épd «si c'est un chien»; yési vasèn masdayasna sañm raudayaim® «si les Masdayasniens (adorateurs d'Ormuzd) veulent cultiver la terre ». La conjonction yés, que nous trouvons dans la plupart de ces exemples, aime à être suivie d’un mode autre que l'indicatif, soit le potentiel, soit le subjonctif, ou bien elle se fait suivre de limparfait de l'indicatif comme représentant du subjonctif présent. On trouve aussi quelquefois, après yés, le parfait redoublé employé dans le même sens; exemples : yési môt yima nôid vi- #45 «si, Ô Yima, tu ne m'obéis pas»; yést tütava «sil peut»

ou (d’après Anquetil) «si on le peut».

$ 521. L'imporfait après la particule prohibitive mé, en sanscrit. — L'imparfait arménien.

Le sanscrit fait de ses deux prétérits augmentés un emploi qui se rapproche jusqu'à un certain point de ces constructions

Vendided-Sädé, manuscrit lithographié, p. 333.

? Nous reviendrons plus loin ($ 532) sur la désinence de anhad.

3 Vendidad-Sèdé, pages 230 et 231.

4 Jbidem, page 196. Je lis raudayañm au lieu de raudyañm ; nous trouvons aillears (page 179) la leçon raudayén, qui conlient deux autres fautes.

3? Fargard 2.

sendes. L'imparfait et l’aoriste, précédés de la particule prohibitive m4, prennent le sens de l'impératif.

On a vu plus haut ($ 449) que l'impératif prohibitif arménien, c’est-à-dire le temps qui après la négation #1 prend la place de l'impératif, est très-probablement un ancien imparfait privé de l’augment. Abstraction faite de cette construction, Ferménien ne paraît avoir conservé qu'un seul imparfait simple, à savoir celui de la racine es «être» !. Tous les autres imparfaits renferment la racine es ?, dont la sifflante est devenue un r à la troisième personne (ér) et s'est perdue partout aïlleurs . Je fais suivre l'imparfait de berem «je porte», placé en regard de l'imparfait du verbe substantif :

SINOULIER. PLURIEL.

Ek& phebhberéi Eue lag phrkwe beréag ke dir pbetke berëir ke éd ekekke bertig &ér ebrkpberér Lvén phekfu berlin.

$ bas. Conjugaison de l'imparfait arménien.

L'é de beréag «ferebamus » appartient à la fois à la caractéristique du verbe principal et au verbe auxiliaire annexe. La forme éaÿ «nous étions » suppose en sanscrit une forme comme ésäma; par l'insertion de la voyelle, 6aÿ se trouve plus près du latin er-d-mus que du sanscrit 4sma ou du grec Auer. Je considère 1’: de 4 « vous étiez » et de &in «ils étaient» comme un affaiblissement pour l'a; si l'on rétablit cet a, éan répondra trèsbien, sauf la suppression de la consonne radicale, au sanscrit ésan et au grec foav. Dans la deuxième et la troisième conju-

1 Voyez $ 183?, a.

? Sauf, bien entendu, les formes dans lesquelles nous reconnaftrons plus loin des avrisles.

$ Le © de la racine ec s'est perdu de même, en grec, à l'imparfait #», äs, à, Mer, re, Aro, frur.

gaison , le verbe auxiliaire annexe est moins visible : l'a de la deuxième conjugaison, en s'’unissant avec le £& 4 du verbe auxiliaire, donne y a; on a, par exemple, npuuyh orsai « je chassais», pluriel orsaiaÿ. Après lu de la troisième conjugaison, la voyelle du verbe auxiliaire disparaît complétement; exemple : aim caccipiebam», pluriel afnuaÿ. Dans toutes les conjugaisons, on reconnaît clairement le verbe annexe à la troisième personne du singulier, où le r final ne peut appartenir à la désinence personnelle, mais doit être sorti de l’ancien s radical du

verbe substantif ($ 183°, 2).

$ 5a3. L'aoriste en lithuanien.

L’aoriste lithuanien! a une double origine. Dans les verbes primitifs, il répond à l'aoriste sanscrit (sixième formation }?; dans les verbes qui appartiennent à la dixième classe sanscrite ($ 506), il répond à l'imparfait°. Je fais suivre l’aoriste lithuanien rawdô-jau «je pleurai», que je mets en regard de l'imparfait sanscrit drédayam «je faisais pleurer »‘.

SIROULIER. DUEL.

Saneerit. Lithusnien. Sanscrit. Lithuanien.

dréd-aya-m raud-êj-u ärôd-ayd-va raud-076-wa dréd-aya-s raud-ôje-i dàréd-aya-am raud-0j6-ta arôd-aya-t raud-6j5 dréd-aya-täm Comme au sing.

Sanscrit. Lithuanien.

ä-réd-ayé-ma r \0-me

d-rôd-aya-ta raud-056-te

a-rôd-aya-n Comme au sing.

t D'accord avec Kurschat, je nomme maintenant ainsi le temps que Ruhig et

Mielcke appellent le parfait.

3 Voyes $ 575.

3 Voyes ci-dessus, t. I, p. 408, note 3.

4 Voyez Le présent du méme verbe, $ 109", 6.

Remasqus. — Explication de l'ô de l'aoriste lithuanien. — On peut ss demander d'où provient l'ü qui, à l'aoriste lithuanien, précède immédiatement les désinences personnelles”. 1] faut remarquer que cette voyelle, qu répond à l'a du présent, se trouve dans tous les verbes lithuaniens; on a, par exemple, Gpô oil colla», lp-5-te « vous collâtes». Au contraire, le présent fait limp-a «il colle», limp-a-te «vous collez» *. Il est probable qu'en allongeant la voyelle caractéristique qui précède la désinence personnelle, la langue a voulu faire mieux ressortir son prétérit, d'autant plus que k lithuanien a perdu la vraie expression du passé, savoir l'augment. Je n'hé-

site donc pas, malgré cet allongement, à voir dans Hp-e-à, lp-5-me le représentant de l'aoriste sanscrit dlip-a-m, d-lip-4-ma, de même que kmg-4,

lunp-a-me représente le présent sanscrit Lmp-4-m:, limp-4-mas*.

$ 524. Origine de l'imparfait d'habitude, en lithuanien. — La racine d ou dä jointe au verbe, en lithuanien et en gothique.

Dans la forme lithuanienne appelée l'imparfait d'habitude, comme sük-dawaw «j'avais l'habitude de tourner», dames est un verbe auxiliaire annexe. Ïl ne diffère pas beaucoup de dauyei (présent dü-mi) «je donnais, j'ai donné», dont il se sépare seulement en ce qu'il est fléchi comme hpat et les aoristes anslogues. Cependant, comme il y a en sanscrit, à côté de dé «donner», auquel se rattache le lithuanien dämi, une racine UT dä « poser» qui est également représentée en lithuanien, et qui fait au présent dêm «je pose», on peut attribuer à cette dernière racine le verbe auxiliaire renfermé dans sùk-darus. Il est vrai que le prétérit simple de démi est déjau et non deuga ou dawrau. Mais démi est pour dami (= sanscrit dddäm, grec

! À la troisième personne des trois nombres, cel 5 est final, parce que la désinenæ personnelle est tombée.

2 En sanscrit, nous avons partout un a bref : limp-à-t5, limpà-la; élip-et, dlip-ata. On a vu ($ 434) que l'allongement de l'a dans kmp-d-mu, limp-d-mas est dû à une loi phonique particulière au sanserit.

3 Au sujet de l'ô de rauddju, raudérau et des formes analogues, voyez $ 109", 6.

Tin), 0e qui explique l'a de dawau; quant au w, nous le trouvons également au prétérit damjau, quoique l'un de ces deux verbes.n'y eût pas plus de droit que l'autre. A se pourrait donc que l’adjonction du verbe auxiliaire, dans sük-datoau, appartfnt à une époque où däm «je donne» et démi «je pose» étaient, dans leur conjugaison, aussi rapprochés l'un de l’autre qu'ef sanscrit dddémi et dddäm:; en effet, ces deux derniers verbes ne diffèrent que pat l'aspiration, laquelle n’existe pas en Hthuanien. Comme dddämi, quand il est précédé de la préposition #, prend en sanscrit le sens de «faire», et qu'en zend il a ce sens même sans préposition, ce verbe paraît bien approprié, par sa signification, au rôle de verbe auxiliaire ($ 636). C'est la même racine que nous retrouvons dans la dernière partie du gothique s4k-1-da « je cherchais », s6k-5-dédum « nous cherchions »: j'ai déjà expliqué dans mon premier ouvrage que ces mots renferment le verbe qui a donné le substantif déds «action »; le sens Httérat de s6k-1-dédum serait donc «nous chercher faisions » !. R réste à exarhiner quelle peut être l'origine du # de sükdawau; je crois que dans ce mot, comme dans damiai «je donnais» et dans stwmi «je suis debout», pluriel stéwi-me, le w est l’amollissement du p qui est joint, en sanscrit, au causatif des racines finissant par un ou par une diphthongue ($ 747}. Les racines st4 « être debout », dâ « donner», dä « poser » forment les causatifs sip-dyd-mi, dâp-dyd-mi, däp-dyd-mu. 11 faudrait donc identifier le lithuanien daw-1a-d? avec l'imparfait sanserit ddép-aya-m, stho-ja-ù avec dslép-aya-m, et le dawvau de sùk-danau avec WWTaW& ddäp-aya-m°, En ce qui concerne l'amollissement

du p en w, on peul comparer les mots français savoir, recevoir,

1 Système de conjugaison de la langue sanscrite, pagé 151 et sui.

3 Venant de daw-ia-m, 5 436, 1.

3 Hest probable que -daw-ie-u s'est affaibli en -dawas à cause de la surcharge résultant de la composition.

neveu, pauvre, poivre, avoir, devoir, cheval, où le p ou le b latin, placé entre deux voyelles, s’est également amolli en ». Compare aussi l’anglais seven et l’arménien evin ($ 315) au sanscrit sdpien, védique saptdn!.

$ 525. L'imparfait en ancien slave.

Nous passons à l'imparfait en ancien slave. Il est de formaion nouvelle, comme l'imparfait latin en bam (5 526) : ïl se termine en achü. On a vu ($ 92!) que le x ch répond à un s sanscrit. S1 les aoristes comme dachü «je donnai» représentent les aoristes sanscrits en sam ($ 561 et suiv.), :l s'ensuit que les imparfaits comme vesé-achü doivent contenir le thème du verbe principal combiné avec l’imparfait de la racine sanscrite as?, Cet imparfait n'est plus employé seul; mais ce n'est pas une raison pour qu'il ne se soit pas maintenu dans des formes composées. L'a de as est resté a en slave, peut-être parce qu'il s'est mêlé avec l'a de l’augment. À la deuxième personne du pluriel, la ressemblance est frappante entre le slave aste et le sanscrit ds-ta (en grec #a-re). À la deuxième et à la troisième personne duelles, asta représente le sanscrit ds-tam « vous éties tous deux » (%o-rov) et ds-tim «ils étaient tous deux » (#o-ry»); on sait ($ 92") que les consonnes finales primitives tombent toujours en slave.

Devant le & v et le « m de la première personne duelle et plurielle, on insère la voyelle de liaison 0; on a donc : ach-0-06, ach-o-mù pour le sanscrit 4s-va, 4s-ma. À la troisième personne, achuñ (pour asuñ) répond au sanserit dsan el au grec jar.

Le thème du verbe attributif se termine en € ou en a. L'é

J'ai déjà donné cette explication dans la première édition de cet ouvrage ($ 525). Comparez Schleicher, Grammaire lithuanienne, p. 97.

? On verra plus loin ($ 5493) que les aoristes sanscrits en sœn contiennent le s du verbe subslantf as, avec les désinences de l'imparfait. — Tr.

IMPARFAIT. $ 525, 153 est plus fréquent; l'a ne se trouve qu'après un j!, après ué (venant de &) et dans les verbes appartenant à le dixième classe sanscrite, dont le thème se termine aussi en & à l’aoriste et à l'infiniuif. Comme exemples, nous citerons : ue&saxz nest-achü «je portais »; vesé-achü «je transportais »; peéa-achi « je cuisais » (présent : pek-u-n, ped-e-à); bij-achü «je frappais» (présent : by-u-à, bij-e-àr, $ 5oa); felé-achü « je désirais » (présent : felu-#, polhje-i, aoriste jelé-chü); goré-achü «je brûlais» (présent : gorju-h, gor+-ü, aoriste goré-chü, $ 5o4); chralja-achü «je louais » (présent : choalju-à, choalje-&, aoriste choalé-chü, $ bo4); déla-chü eje travaillais» (présent : délqu-h, délaje-f, aoriste

Je regarde partout l’é ou l'a qui précède l'a du verbe auxiliaire comme la caractéristique de la dixième classe sanscrite ($ 504 et suiv.), et j'admets que les verbes qui n’appartenaient pas déjà par eux-mêmes à cette classe, y ont passé à l’imparfait ?. Je crois donc devoir identifier le # # de ves-#-achü « je transportais » avec celui des formes comme por-6-achü, aoriste goré-chù, et le premier a de bt-a-achü avec celui de rüd-a-achü. La différence entre l'imparfait chvalja-achü et l'aoriste choal-8-chü vient de ce qu'à l'imparfait la caractéristique sanscrite aya conserve sa syllabe finale, au lieu qu'elle est toujours contractée dans les formes générales; le # € (pour at) de chval-8-chü nous présente le même changement de Wg ay en & que nous trouvons en pràerit et en latin ($ 109", 6).

Les verbes qui appartiennent à la neuvième classe sanscrite ajoutent encore l'é à la caractéristique de cette classe; exemples : gübn<-achü «je périssais » (présent güb-nu-n, güb-ne-h °, aoriste güb-o-chü). C'est comme si du sanscrit krt-n4-m: (S 485 ) venait

! On a vu ($ 375) que le j se fait aussi suivre de l'a dans la déclinaison.

3 Comparez $ 505, et rapproches les verbes lithuaniens à conjugaison mixte ($ 506). ? Voyez $ 497.

un verbe dérivé kripaydmi. I y a aussi en gree des formes de cette sorte, par exemple æeprdw, qui vient de æœéprapu.

L'é s'ajoute enfin à l'imparfait des verbes qui joignent immédiatement les désinences personnelles à la racine ($ 436, s); exemple : jad-#-achki «je mangeais»!. À l'aoriste, au contraire, nous avons jad-0-chä (avec o comme voyelle de liaison), à linfinitif jas-4, au supin jas-tüù (par euphonie pour jad-#, jad-ti, $ 103). Le verbe em vén «je sais » (en sanscrit t#l-m:) prend l'8 à tous les temps, excepté à l'impératif et aux participes dérivés du présent; nous avons, par exemple, l'imparfait véd-6-ack8 «je savais » ?, l’aoriste véd-é-ché, les participes passés actsfs véd-d0i et véd-4-lü, l'infinitif b47-4-4, le supin véd-#-ti.

On trouvera plus loin ($ 533) le tableau de l'imparfait en ancien slave.

$ 526. Origine de l'imporfait latin. — Comparaison avec le celtique.

J'ai exprimé pour la première fois dans mon Système à conjugaison de la langue sanscrite l'idée que les imparfaits latins en bam, comme les futurs en bo, renferment le vetbe substantif. Ces formes contiennent la même racine bd «êtres ($-509), qui a donné en latin le parfait fut, l'infinitif fore et le subjonctif archaïque fuam°. À moins de nier d’une manière générale que les formes grammaticales puissent provenir d'une composition, on ne doit pas s'étonner de voir intervenir le verbe substantif dans la conjugaison des verbes attributifs : sa place y est en quelque sorte marquée d'avance, puisqu'il sert (de là

! En sanscrit, le causatif de ad emanger» fait à l'imparfait 4d-aya-#.

1 Compares à cette forme, après en avoir retranché le verbe substantif annexe, l'imparfait du causatif sanscrit : doéd-aya-m.

3 Ag. Benary est donc dens l'erreur, quand il dit, dans sa Phonologie romaine, que le latin bar n'a pas encore élé rapproché du sanscrit ébavax. Voyez mon Système de conjugaison de la langue sanscrite, p. 97.

à IMPARFAIT. $ 596. 155

son nom de copule) à unir le sujet, qui est représenté par les désinences personnelles, avec l'attribut qui est exprimé par la racine. En prenant le verbe auxiliaire, l'imparfait latin ne fait pas autre chose que ce que font le grec et le sanscrit à l’aoriste : seulement lun se sert de la racine bd, les deux autres de la racine @s, és.

La même racine bd est chargée, dans les langues celtiques, d'un rôle analogue. Dans le dialecte irlandais, on a les formes mealfa-n, ou meal-fa-mad, ou meal-fa-maoid «nous tromperons»; moal-fai-dhe «vous tromperez»; meal-fai-d «ils tromperont»; meak-fai-r «tu tromperas »; meal-fai-dh « tronpera ». La forme mutilée fam, qui marque la première personne du pluriel, mais qui a perdu le signe de la pluralité, s'accorde d’une façon remarquable avec le latin bam. Il ne faut pas nous laisser arrêter par cette circonstance que le latin bam sert pour le passé et l'irlandais fam pour l'avenir : fam est pour fam ou biam, car on dit, hors de composition, bd me «je serai» (littéralement «sera moi»), biadh-maoid «nous serons»!; dans ces formes, li est l'exposant de l'idée de futur (comparez le latin ama-bis, ama-b, eris, er). Mais en composition, cet 1 a été éliminé, pour éviter la surcharge, et le b a été affaibli en /. Les faits sont donc les mêmes en irlandais et en latin, quoique, à l'égard de la lettre initiale, le rapport soit renversé : car en latin ce sont les formes simples fu, fore, fuam qui orit le f, et en irlandais ce sont les formes composées. Mais l'euphonie est la seule cause de cette diversité; on a déjà vu ($ 18) que le latin, au commencement des mots, représente le & sanscrit par un f, tandis qu'à l'intérieur des mots il préfère la moyenne à l'aspirée.

1 Dans biad me, biadh-maoid, le signe de la troisième personne du singulier est venu faire corps avec la racine.

$ ba7. Allongement de la. voyelle e, devant la désinence bem, dans les verbes de la troisième conjugaison latine.

On peut se demander pourquoi la voyelle caractéristique 4 est longue dans læ-#-bam, puisque la troisième conjugaison Îetine correspond à la première classe sanscrite!, dont Fe bref devient en latin un t ou (devant un r) un &. Agathon Benary croit que la voyelle caractéristique s’est fondue avec la voyelle de l’augment?. Il serait intéressant de voir le latin, qui a perdu l'augment, le retrouver de cette façon comme expression da passé; mais quoique j'aie adopté autrefois cette opinion ?, je ne voudrais plus aujourd’hui la soutenir avec la même confiance, d'autant plus que le zend, dont j'avais cru pouvoir invoquer l'exemple, et où j'avais cru que l’augment ne s'était conservé qu'à l'abri d'une préposition précédente, en a, comme on l'a vu, conservé d'autres traces (S 518).

Je pense donc qu’il ne faut pas absolument écarter une autre explication. Il est impossible de nier qu'il y ait des allongements inorganiques , que des voyelles primitivement brèves se changent, pour les besoins de la flexion, en longues ou en diphthongues. C'est ainsi, par exemple, qu’en sanscrit la caractéristique a s'allonge toujours devant un # ou un v (vdh-4-mi, vdh-d-oas, vdh-4mas)*, et qu'en gothique 1 et lu prennent toujours le gouna quand ils sont suivis d'un r ou d'un À. Le lithuanien renforce les voyelles finales des désinences personnelles, pour les mettre en état de porter le poids du pronom réfléchi annexe ($ 476); il renforce de même, à quelques cas, les désinences des adjectifs

devant le pronom défini annexe ($ 283). Un renforcement ? Phonologie romaine, p. 29.

» Annales berlinoises, 1838, p. 13, 4 Voyez $ 434.

* Voyez $ 8a,

pareil a lieu en gothique dans des circonstances analogues (8 290). Il faut donc admettre la possibilité qu’en latin la royelle caractéristique de leg-4-bam se soit allongée simplement pour donner au thème du verbe principal la foree de porter le poids du verbe substantif annexe !.

ÿ 528. Aïllongement de l’e, devant la désinence bam, dans les verbes de la quatrième conjugaison latine.

Dans la quatrième conjugaison latine, lé de aud-t4-bam représente l'a final de la caractéristique aya ($ 109", 6); il est avec cet a dans le même rapport que l'é de veh-8-bam avec la caractéristique a de dvah-a-m. 11 faut donc admettre qu'il y a eu fusion entre la voyelle finale de la caractéristique et l’augment du verbe auxiliaire, ou bien que nous avons encore ici an allongement purement phonétique ?. Ge qui semble confirmer la première explication, c’est que nous avons bien des futurs archaïques comme audibo, ventho, dormtho, servtbo, oppertbor, smactbor, demolibor , mais qu’on ne trouve jamais dormiébo, ve- «sébo, etc. Ce fait n’a rien que de naturel, si l'on admet que sud4-bam est pour aud-1#-ëbam; en effet, le futur n'ayant pas droit à l’augment, il n'y avait place que pour des formes comme rdibo, qui doivent s’expliquer comme étant pour aud-8-bo *,

H est vrai que dans la troisième conjugaison on trouve un petit nombre de futurs archaïques en e-bo : exsugebo, dicebo, xvebo. Mais on doit sans doute les expliquer, ainsi que le font outes les grammaires latines, par un mélange avec la deuxième

: L'auteur revient sur cette question au $ 554. — Tr.

3 Comparez $ 587.

3 Ces formes sont surtout fréquentes chez Plaute. (Voyez Struve, De la déclinaien et de la conjugaison latines, p. 15 el suiv.)

Avec 5 == sanserit aya; c'est la caractéristique de la dixième classe. — Les mperfeils comme scfbem , scibat, audibant, custodibant, qu'on trouve dans Plaute, mcrèce et Catulle, sont évidemment des contraclions pour sf.

conjugaison, où lé appartient à la caractéristique. Gomme il y a à l'imparfait, entre mon-é-bam et leg-8-bam, une identité apparente de flexion, la langue a pu être amenée à étendre quelquefois cette identité au futur !.

imparfait dä-bam et le futur dà-bo méritent une mention à part. L'a radical devrait être long partout, comme dans le verbe correspondant en sanserit; on devrait donc avoir dés, et non dä-s, en regard du sanscrit dédé-a et du grec dédw-s?. Mais puisque le verbe latin en question a partout abrégé son &, on n'a pas plus le droit de s'étonner des formes comme d&-bam que des formes comme dd-mus, dà-trs.

Quoi qu'il en soit, l'augment à l'intérieur d'un verbe n'aurait rien de plus surprenant que le redoublement : nous avons, par exemple, en latin cré-didi, ven-didi, et en gothique les formes comme s0k-3-dédum « nous chercher faisions » .

$ 529. L'augment temporel en sanscrit et en grec. — Imparfait du verbe substontif en sanscrit, en grec et en latin.

Comme l’augment syllabique, l’augment temporel s’est fidèlement conservé en sanscrit et en grec. C'est un principe général en sanscrit que deux voyelles qui se rencontrent se confondent en une seule. Quand l’augment se trouve devant une racine commençant par un a, les deux a en se mélant forment un d long : de même, en grec, où l’augment est un &, les verbes commençant par un s prennent ordinairement un 1.

Choisissons comme exemple la racine du verbe substantif :

W& as devient wTg ds, et és devient ns.

! Si nous appliquions à la langue latine la terminologie de Grimm, nous dirions que ce sont des verbes à forme forte qui se sont introduits au futur dans la coojugaison des verbes faibles ($ 109", 6).

? Comparez sid-s, std-mus, std-bam, std-bo, en regard de la racine sanscrite sid.

3 Voyez S$ 6921 et 623.

On peut comparer, à l'imparfait :

Banserit, Grec.

äs-ma ÿ-uev (pour ÿo-usv)?

äs-ta More

&s-an Jo-av

&s-tam a-vo

äoüm ÿo-1n

La première personne du singulier est en sanscrit s-am, ee qui devrait donner en grec fo-av. Mais le grec a supprimé une syllabe entière et a fait J-v.

Le latin eram (pour esam)? a mieux conservé la forme primitive : en général, le latin a su partout conserver la consonne de la racine 4s°, mais, suivant une loi phonique particulière à cette langue, 1l change s en r, quand il est entre deux voyelles. Il est très-probable que ëram a été précédé d’une forme pourvue de l’augment éram; on peut donc dire que l’ë de ëram appartient moitié à la racine, moitié à l'augment.

L'arménien &f & a conservé partout la longue résultant de la fusion de le de l'augment avec l’e de la racine ($ 183°, a).

$ 530. Deuxième et troisième personnes du singulier de l'imparfait du verbe substantif en sanscrit, en grec et en arménien.

À la deuxième et à la troisième personne du singulier, le sanscrit insère entre la racine as et les signes personnels s et t un { comme voyelle de liaison : ds-f-s, s-1-t. Sans cette voyelle auxiliaire, ces deux personnes auraient perdu leur désinence, puisque le sanscrit ne souffre pas deux consonnes à la fin d'un

! Le o est tombé devant le p; mais il est resté au présent éoués.

3 Voyez $ 22.

3 Excepté peut-être à la deuxième personne du singulier du présent de l'indicatif ($ 530).

mot : on trouve, en effet, dans le dialecte védique, une forme

ds «il est»; on en peut rapprocher le dorien #s «il est» et l'arménien £p ér. Il serait permis aussi de voir, avec Kühner!, dans le s de #s le remplaçant d'un ancien +, de sorte que cette consonne serait l'expression de Ja troisième personne, et non la lettre radicale ?. La forme #s n’en serait que plus remarquable, car elle serait la seule forme secondaire qui aurait gardé le signe de la troisième personne. Quoi qu'il en soit, #s nous aide à comprendre la forme ordinaire de la troisième personne #, dont l'identité extérieure avec le #» de la première personne peut sembler bizarre. À la première personne, #v est pour # (moyen fun), au lieu qu'à la troisième, le » est l’altération d'un s : # est avec le dorien #s «il est» dans le même rapport que Téwlousr avec rüwloues, ou le duel @éperov, Pépero» avec bdraias, Gdratas ($ 97).

S 531. Deuxième et troisième personnes du singulier de certaines racines sanscrites finissant per s.

En sanscrit, c'est une règle établie que les racines en s changent, à la troisième personne du singulier de l'imparfait, leur s en t, quand elles appartiennent, comme as, à une classe de conjugaison qui n’insère aucune syllabe intermédiaire entre la racine et la désinence personnelle. Le même fait a lieu, mais d'une façon facultative, à la deuxième personne : toutefois, le s ou ses remplaçants euphoniques sont plus fréquents que t. Ainsi WT éds « gouverner » fait à la troisième personne de l'imparfait dét, à la deuxième déds (ou ds4h) et déét. En ce

! Grammaire grecque, p. 334.

? Nous avons expliqué ($ 153) par le changement du + final en s les neutres comme reru@ds, répas (pour serv@dr, répar) et la préposition spds (pour wpori

== sanscrit prdti).

? Voyez Abrégé de la Grammaire sanscrite, $ sg.

qui concerne Ja troisième personne, je crois qu'il vaut mieux regarder le t comme le caractère personnel : sinon, on ne voit pas pourquoi le t se serait maintenu de préférence à la troisième personne, tandis que la deuxième affecte plutôt la forme déäs. Dans la période où le sanscrit tolérait encore, comme les idiomes congénères, deux consonnes à la fin du mot, la troisième personne a dû être sans doute dsds-t, et la deuxième dsfüt-s!.

$ 539. Imparfait du verbe substantif.

À côté de et ds-t-s «tu étais», WTA ds-f-t «il était»,

ont sans doute existé d’abord les formes ds-a-s, ds-a-t; nous voyons, en effet, que plusieurs verbes de la seconde classe prennent à volonté, dans les mêmes personnes, a ou comme voyelle de liaison. On a, par exemple, éréd-t-s «tu pleurais», drôd-t-t «il pleurait», ou drôd-a-s, dréd-a-t (racine rud). Je crois que les formes en as, at sont les plus anciennes, et que les formes en ts, tt proviennent, par imitation, des aoristes comme dbôd'ts, dbôd'ît (troisième formation). Dans ces aoristes, l’allongement de Î: est une compensation pour la perte de la lettre s, qui se trouve à toutes les autres personnes : dbéd-i-sam, dbôd-1-sva, abôd1-sma?.

Le zend confirme cette hypothèse, car 1l nous présente à la troisième personne la forme gseyze anhad (avec suppression de l'augment ® et insertion d'une nasale‘). Je ne connais pas d'exemple, en zend, de la deuxième personne; mais Je ne doute pas qu'elle n'ait fait anhô (avec da «et», anha-ca). En ancien perse, nous trouvons dh-a «il était», avec suppression du signe

personnel ($ 86, 2°).

! Pour ééds-s, le s se changeant volontiers en t devant un autre s.

* Ce s appartient au verbe auxiliaire as ($ 54a). L'i est une voyelle de liaison. 3 Autrement nous aurions donkad.

® Voyez $ 56.

Lil. 11

e 162 FORMATION DES TEMPS.

De même, en latin, nous avons erat : l'a a subi un allongement inorganique, puis 11 a été de nouveau abrégé à cause du t final. Cet allongement s'est étendu à toutes les personnes, rame à celles où le sanserit, le grec et probablement aussi le rend joignent immédiatement les désinences à la racine.

En arménien, nous trouvons #4 ej'étaisr, #4-r «tu étais» (S 183°, a), din «ils étaient ». Je regarde cet 5 comme l'affaiblissement relativement récent d’un ancien a. Il en est de même pour le du slave que a$e «tu étais, il était»? : un e final, en ancien slave, est toujours l'altération d’un a primitif. À la troisième personne, le slave a$e est donc plus près du perse ék-a que du sanscrit ds4-t. Quant à la deuxième personne, elle e dû être également dh-a en ancien perse, car après un a, à la fin des mots, cette langue ne souffre pas plus le s que le t.

Mentionnons encore f'albanais, qui, sans avoir un lien spécial de parenté ayec l’ancien slave, s’en rapproche ici d'assez près. À la première et à la deuxième personne du singulier, il fait jéô-e, jéG-e; à la troisième, «& (comparez le védique és, le dorien #5). Comme en slave, cet imparfait se combine avec les verbes attributifs; mais 1l perd alors sa voyelle radicale.

Remarquons enfin qu'en zend, à la troisième personne du singulier, à côté de anhad, on trouve aussi une forme dépourvue de flexion s» a$, qui s'accorde avec le védique és. Burnouf a

1 A la première personne eram, l'a redevient bref à cause de m final.

3 N'est employé que comme enclitique ($ 525).

3 Voyez mon mémoire Sur l'albanais et ses aflinités, p. 14 et suiv.

{ Spiegel, De quelques interpolations du Vendidad (p. 25). Burnouf (Feçue, p. 434) cite aussi une forme 45 ds , avec d long : il rejette avec raison le 4 s comme fautif, et le remplace par æ £$. Dans le « 4 sont renfermées à la fois la voyelle de l'augment et la voyelle radicale. On peut se demander comment le send peut faire as ou éé, puisque cette langue change en à 6 le A et en do le UT és final sanscrit. Mais le t, qui terminait originairement ces formes, a probablement préservé la siMlante. — Spiegel mentionne une lecon aftën, qui est sans doute un duel, car le sanscrit diam «vous éliez tous deux» doit donner en zend dstén ou aétèm.

aussi reconnu un imparfait du subjonctif !, savoir donhdd «esset», qui se rattache à l'imparfait de l'indicatif anhad; mais il a conservé l’augment, qui s’est perdu à l'indicatif; en sanscrit, nous aurions dsét.

Je fais suivre limparfait du verbe substantif en sanscrit, en albanais, en grec, en latin et en arménien. J'y ajoute le slave, dont les formes ne sont employées qu’en comhinaison avec des

verbes attributifs ($ 525).

SINGULIER

Senserit. Albanais. Grec. Latin. Aacien slave. Arménien. äsam Jéo< v eram -achü âsis Jéce s erds -aèe êir äsit, ds* 15 s, ÿv eral aie ér

DCEL.

da ..... ..... ..... -achové .....

slam ..... ao ..... -asla .....

äsiäm ..... H91nv ..... asia .....

PLURIEL

&sma Jtôen Monev erdmus -achomä éaÿ . &sua jJécer£g ÿMole erdtis -aste éig &san M7 Joav erant -achuñn éin.

Rewanque. — Allongement de l'a, à l'imparfait eram. — On vient de voir que l'a, dans eram, eras, est simplement une voyelle de liaison et qu'il a dà être bref à l’origine. Ce qui a pu contribuer à l'allongement inorganique de cette voyelle, c'est l'analogie des imparfaits en bam, bés, où la longue a sa raison d’être, puisque ces syllabes sont la contraction du sanscrit d-bavam, d-bavas ($ 526). Après la suppression du », les deux a brefs, se trouvant en contact, se sont fondus en une voyelle longue, de même que, dans la première conjugaison latine, la caractéristique sanscrite aya (dixième classe) est devenue d, après la suppression du y ($ 109", 6):

1 Fagna, Alphabet, p. 118.

* Às est la forme védique; en zend, anhed, dé, ds; en ancien perse, dhe.

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5 3523. Augment temperri « samscre. drcant kes mena peri,i,u,. dr.

Devant Les rarins commençant par :. i, u. ou r. l'angmesi sanscrit ne suit pas Les lois phoniques ordimarres, suivant lesquelles il aurait dû donner é'= a +iou a + i). é(=a+s 0 as+é)tar (= a+ 7r). Au lieu d'un é nous avons &, au be d’un 4 nous avons és, et au lieu de ar nous avons ér. ina # e désirer»? fait diam - je désirais+, uks -arroser r fait éskbsen < j'arrosais ». Îl «st diflicile de dire avec certitude la raison de celle exception aux régles habituelles. Peut-être est-ce à cause de l'importance que l'augment a pour la signification du verbe, qu'ici le vriddhi remplace l’augment; il ne pouvait être indifiérent que l'a restät parfaitement perceptible à l'oreille et ne se confondit pas avec la vovelle suivante. Peut-être aussi l'exemple des verbes de Ja première classe ;, qui prennent le gouna quand ils se terminent par une seule consonne, a-t-il entraîné les ra-

! En sanscrit, ya (-ya-si, -ya-ti).

* La racine if est remplacée par i£ dans les temps spéciaux. * C'est La classe de verbes la plus nombreuse.

ines n’ayant pas droit au gouna : difam serait alors pour a-££am, juoique comme verbe de la sixième classe il ne doive pas chaner son : en é, et déksam serait pour a-6ksam, quoique lu, tant suivi de deux consonnes, doive rester invariable 1.

$ 534. Effets différents de l'augment et du redoublement dans les verbes sanscrits commençant par s et u.

Devant les racines commençant par un a, l’augment et le edoublement produisent, en sanscrit, exactement le même ffet; car quand on place devant la racine as « être » un a comme ugment ou comme syllabe réduplicative, le résultat est touours a-as = ds. Ainsi, au parfait, as fait ésa «je fus, il fut». Il l'en est pas de même pour les racines commençant par t et u : ÿ «désirer» et us «brûler» (en latin uro) font avec l’augment 15°, dus; mais avec le redoublement ils font ts, dé, qui sont la ontraction régulière de 1-45, u-us. Aux personnes du singulier jui frappent la voyelle radicale du gouna, l'i et l’u de la syllabe éduplicative s’élargissent en :y et uv; on a donc 1y-é5a «je déirai», uv-0sa «je brülais, en regard des pluriels dépourvus du ouna fsimd, dsimd.

$ 535. Les verbes grecs commençant par :, vu, o, ne prennent pas l'augment, mais le redoublement.

En grec, devant les racines commençant par une voyelle, !

1 Comme é est pour a + 1 et 6 pour a + u , le premier élément de ces diphthongues > fond avec l’a précédent en d, ce qui donne di, du. Pour les racines qui comrencent, selon les grammairiens indiens, par r, on pourrait dire que la forme dr ne rovient pas de r, mais de la syllabe ar dont r est la mutilation ($ 1). C'est ainsi u'au présent bibärmi la syllahe réduplicative n’est pas tirée, comme le dit la gramaire indienne, de br, mais de la racine véritable bar, dont l'a s'affaiblit en : ; l'affailissement en question n'a pas lieu au parfait rcdoublé, où l’on a babdra ou babära je porlai”.

3 Aorisle disiéam. L'imparfait se forme de &,

l’augment et le redoublement produisent le même effet. Ce n'est pas une raison pour nier l'existence du redoublement : on vient de voir ($ 534) par les formes comme tétmdé «nous désirâmes», äñimd «nous brûlâmes» (pour t-i$tma, u-uéima), que ce redoublement existe en sanscrit. Je crois donc que les verbes grecs qui changent un s bref ou un v bref en 5, ü, comme ‘sxéreuor, “ixéreuxa, ‘’Uépièov, ‘’UGpsouw, doivent cette longue au redoublement, en d’autres termes que Î' est pour «+4 et l’ü pour v +v. Pourquoi, en effet, e + « aurait-il donné t, quand partout ailleurs 1l donne &:, et que cette diphthongue est si familière au grec que parfois les verbes commençant par un e prennent à l’augment un es au lieu d’un n? On en peut dire autant pour lv, car la diphthongue ev est très-usitée en grec. De même, je reconnais le redoublement dans le changement de lo initial en w, Car & + o devraient donner ov et non w!.

Remarque. — Examen d'une hypothèse de Kühner sur l’augment tenporel. — Kühner* fait consister l’augment temporel dans la répétition de la voyelle initiale. Cette explication, en ce qui concerne les verbes comme ixérevoy, “ü6pilov, “ü6pioua, wulAsor, dufÂmxa, est d'accord avec celle que nous venons de donner. Mais elle me paraît conçue en des termes trop généraux, car il en faudrait conclure que les verbes commençant par une voyelle n’ont jamais de véritable augment : il faudrait regarder, par exemple. comme n'étant pas absolument identiques le grec oav et le sanscrit &ses, car l'é de ésan se compose de l'augment (c'est-à-dire d'un élément étranger à la racine) et de la voyelle radicale, tandis que l'y de 4oav contiendrait la voyelle radicale répétée ou redoublée; la ressemblance de &san et de moav serait donc en partie fortuite.

Quoi qu'il en soit, si l'on fait abstraction du sanscrit, l'explication de

1 ]lest vrai qu'on trouve dans certaines formes dialectales un « remplaçant o; ainsi le dorien fait +3 »dpe, rès »duws. Mais ce sont là des exceptons. On pourrail dire aussi, à la rigueur, que l'o grec étant sorti d’un ancien a et l'angment ayant d'abord été lui-même un «, ces deux voyelles ont donné une longue qui est représentée par l'w.

? Grammaire grecque développée, $ 99.

(ühner pourrait convenir à la langue grecque, et j'aimerais mieux, avec ui, n'accorder que le redoublement aux verbes commençant par une ‘oyelle que de voir partout l'augment, comme le font quelques grammaires

recques.

S 536. Imparfait moyen.

Au moyen, l'accord èst complet entre le sanscrit, le zend et e grec, à la troisième personne du singulier et du pluriel. On eut comparer éPép-e-ro, &@ép-0-vTo avec le sanscrit dbar-a-ta, {bar-a-nta, et le zend abar-a-ta, abar-a-nta.

À la deuxième personne du singulier, éd8/x-vu-co présente la nême désinence que le zend urürudu-sa «tu grandis »! ($ 469).

Dans la première conjugaison principale, Faccord entre le grec et le zend est un peu moins évident, parce que le zend a :hangé la désinence primitive sa en nha ($ 56") et que le grec 1 contracté e-oo en ov. On a donc é@épov (pour é@ép-e-00) en “egard du zend abar-an-ha ou bar-an-ha. La forme sanscrite est i-bar-a-iâs ($ 469). À la première personne, le sanscrit est beaucoup plus altéré que le grec : 1l a wat dbaré (pour äbar-a-1) en regard de é@ep-6-unv?. À la première personne du pluriel, Pep-b-ue0a est plus près du zend bar-d-maidë que du sanscrit 4bar-&-mahi (S 472). La deuxième personne éPép-e-06e ° répond au sanscrit dbar-a-dvam ( pour dbar-a-ddvam). Au duel, nous avons en grec éPép-e-o8ov, éPep-é-oOnv ( pour éPep-e-Tlov, Pep-s-11nv)", et en sanscrit dbaréiäm, dbarétäm (pour dbar-a-âiâm, dbar-a-diâm)".

1 Il est vrai que c’est là un aoriste ($ 587), mais on en peut conclure avec assez de certitude la forme de l'imparfait. Ainsi la racine hu (cinquième classe) «extraire» a dû faire ahunu-5a ($ 469). La troisième personne hu-nd-ta répond aux formes grecques comme édeixvuro, si l’on fait abstraction de l'allongement inorganique de la caractéristique et de la perte de l'augment.

2 On s’attendrait à avoir dbar-a-ma ($ 471).

3 Pour é?ep-e-17e (S h7h).

4 Voyez $ 474.

s D'après la troisième classe, dbibr didm, dbibr-dtäm.

Nous avons dit plus haut ($ 474) que la forme primitive était sans doute dbar-a-tdlâm, àbar-a-tétâm.

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