‹ Grammaire comparée des langues indo-européennesChapitre 44 sur 51 · ORIGINE DE L’AUGMENT · texte numérisé non relu

ORIGINE DE L’AUGMENT

$ 537. Identité de l'augment et de l'a privatif.

Je regarde l’augment comme originairement identique avec l'a privatif : c’est l'expression de la négation du présent. J'ai déjà émis cette idée dans les Annales de littérature orientale !, et elle a été appuyée depuis par Ag. Benary ? et par Hartung’. Elle a été, au contraire, combattue par Lassen *. Ce savant refuse , en général, de croire que les désinences grammaticales aient pu se former par adjonction : il doute, par exemple, que le verbe substantif joue un rôle quelconque dans la conjugaison des verbes attributifs, quoique sa présence, à certains temps, soit aussi évidente que possible. Je ne puis donc pas m'étonner que mon explication de l'augment lui ait paru le comble du système dit d'agglutnation. Comment croire, dit M. Lassen, que pour signifier «j'ai vu», l’homme primitif ait dit : «je ne vois pas»? Mais l’homme primitif n’a point dit «je ne vois pas » au lieu de «j'ai vu». La particule négative doit être entendue comme portant uniquement sur le présent, et non sur l’action elle-même. En général, le sanscrit emploie, dans certains composés, ses particules négatives d'une manière qui peut d’abord paraître étrange, jusqu’à ce qu'on découvre la vraie intention du langage. Ainsi l’e privatif, placé devant l'adjectif uttamd-s « le plus haut», en renforce la signification : an-uttamas®, loin de signifier «le

1! Londres, 1820.

* Annales de critique scientifique, 1833, p. 36 et suiv.

$ Théorie des particules grecques, Il, p. 110.

+ Bibliothèque indienne d'Auguste-Guillaume Schlegel, III, p. 78.

S L'a privalif placé devant un mot commençant par une voyelle se fait suivre, comme en grec, d'unc nasale,

moins haut» ou «le plus bas», veut dire «le plus haut de tous ». Comment expliquer ce fait ? c’est que anuttama-s est un composé possessif, comme, par exemple, abala-s (de a privatif et bala «force») «n'ayant point de force, faible». Le sens propre de anutlama-s est « qui altissimum non habet», et, par conséquent, «quo nemo altior est». D'après cet exemple, on devrait croire que chaque superlatif ou comparatif peut être employé d’une façon analogue, et que apunydtama-s ou apunyatara-s signifie «le plus pur». Mais il n’en est rien : la langue n’a pas fait un plus ample usage de cette faculté, ou, s’il est permis de parler ainsi, elle n’a pas renouvelé deux fois ce caprice. Du moins, je ne connais pas un second superlatif de cette espèce.

Autre exemple. Le mot #ka signifie «un» : on croit peut-être que anéka ou né&ka (pour na-6ka) signifieront «pas un». Mais de même que la force négative de l’augment, dans les verbes, porte seulement sur l'idée accessoire du présent, et non sur l’acte lui-même, de même les préfixes an ou na n’affectent ni l'existence, ni la personnalité !, ni même l'unité de #ka?, mais seulement l'idée accessoire de la limitation à l'unité. 1] n’y aurait rien de surprenant à ce que anéka et ndtka signifiassent au duel « deux», au pluriel «trois» ou quelque autre nombre plus élevé; ils pourraient encore signifier « peu » ou « quelques-uns ». Mais l'usage en a décidé autrement et ces deux mots veulent dire « beaucoup ».

L'usage a décidé aussi du sens de l'augment : d-védam, formé de védmi «je sais», aurait pu signifier aussi bien «je saurai» que «je savais ». C’est pour le passé que l'usage s’est prononcé. Il est vrai que le passé forme avec le présent un contraste plus sensible que le futur, car le passé est irrévocablement perdu et

! On a vu ($ 308) que #ka est un pronom.

1 L'unité marquée par #ka subsiste dans les composés anéka ou ndika, comme le nombre un est compris dans Îles nombres sept, huit, neuf, etc.

va toujours s'éloignant, au lieu que le futur, qui constamment se rapproche de nous, tend de plus en plus à devenir le présent. C'est ce qu'a parfaitement senti le langage : aussi trouvons-nous souvent le présent employé dans le sens du futur.

Remanque. — Examen d'une objection de Vorlander. — Vorländer, dans son écrit intitulé Esquisse d'une science organique de l’âme humaine, dit : «La négation du présent n’est pas encore le passé '.» On pourrait dire ave la même raison : la négation de l'unité n’est pas encore le grand nombre. En effet, la négation de l'unité pourrait signifier deux, trois, ou encore le néant : ce qui n'empêche pas que le grand nombre, comme on vient de le voir, est exprimé par la négation de l'unité, ou du moins par la négetion de la limitation à l'unité. Ajoutons que si la négation du présent n'est pss encore le passé, si la négation de l'unité n'est pas encore le grand nombre, du moins le passé est une négation du présent et le grand nombre est une négation, une transgression de l'unité. Voilà pourquoi l'une et l'auire idée sont exprimées à l'aide de particules négatives.

Inversement, en certains cas, la négation peut être marquée par une expression du passé. Dans sa ballade de l'apprenti sorcier, Gæthe fait dire au magicien s'adressant à ses balais transformés en porteurs d’eau :

Besen, Besen, Seid's gewesen!

«Balais, balais! l'ayez étél», c'est-à-dire «ne le soyez plus».

En général, le langage n'exprime rien d’une façon complète : en toute occasion, il se contente de faire ressortir le signe le plus saïllant, ou du moins celui qui lui paraît tel. C'est la tâche de l'étymologie de retrouver œ signe. L'éléphant s'appelle en sanscrit «le dentu » (dantin), le lion s'appelle «le chevelu» (késin), quoique le dentu ne soit pas encore un éléphant, ni le chevelu un lion. À son tour, le mot daänta «dent» peut donner lieu à une observation analogue : car, qu'on le fasse venir de ad rmanger» (avec suppression de l'a) ou de dañ$ rmordre» (avec suppression de la sifflante), on peut dire que ce qui mange ou ce qui mord n’est pas encore pour cela une dent (ce pourrait être aussi un chien ou une bouche). Ainsi, le langage tourne dans un cercle d'expressions incomplètes, marquant incomplétement

} J'asc 317.

les objets à l'aide d'une qualité qui elle-même est désignée d'une manière

incomplète. Cependant, comme de tous les attributs du passé, le plus saillant, sans aucun doute, c'est de n'être plus présent, le présent accompagné

de la négation est une expression mieux justifiée que ne l’est, par exemple, appliqué à l'éléphant, le mot dantin.

$ 538. L'a privatif et l'a de l'augment ne se comportent pas de la même manière devant une racine commençant par une voyelle.

Quand l'a privatif, pris dans son sens propre, c'est-à-dire comme négation, vient se placer en sanscrit ou en grec devant un mot commençant par une voyelle, il se fait suivre d’un n euphonique. Nous avons vu ($ 529) qu'au contraire l’augment, dans les deux idiomes, se fond avec la voyelle suivante. Mais je ne crois pas que ce soit là une raison pour attribuer une origine différente aux deux particules. La grammaire sanscrite nous présente des faits analogues : ainsi l'adjectif srddi «doux» fait à l'instrumental féminin svédr-4, au lieu qu’au masculin et au neutre il évite l’hiatus, non par le changement de l'u en », mais par l'insertion d’un n euphonique ($ 158). C'est de la même façon que se distinguent l’augment et l'a privatif ordinaire : ils emploient des voies différentes pour éviter l'hiatus. Cette distinction, quoique certainement ancienne, puisque le grec et le sanscrit la présentent l’un et l'autre, doit cependant appartenir à une époque où la force négative de l'augment n'était plus perçue, et où 1l servait déjà d’exposant au passé, sans qu'on en püt dire la raison. En général, la condition requise pour que les mots ou parties de mots exprimant des relations grammaticales deviennent de vraies formes grammaticales, c'est que le motif pour lequel il en est ainsi ait été oublié. Le s, par exemple, qui exprime le nominatif, n’est devenu l'exposant d’une relation casuelle déterminée que quand le sentiment de son identité avec le thème pronominal sa fut éteint ($ 134).

$ 539. Le n des particules privatives in, en latin, et ux, en allemand, est-il primitif?

Quoique je regarde la particule privative tn, en latin, et wa, en allemand, comme de même famille que l’a privatif sansenit et grec, je n’en voudrais pas conclure qu'il y avait originairement une nasale à côté de l'a. En effet, nous avons ici trois témoins, le sanscrit, le zend et le grec, qui déposent en faveur de l'opinion commune, savoir que le n est une insertion euphonique; il faut ajouter que ces trois langues se distinguent, en général, par un état de conservation plus parfait que le latin et l'allemand. Nous ne devons pas nous étonner qu'une insertion euphonique très-fréquente soit devenue constante dans un ou dans plusieurs idiomes, la langue s'y étant peu à peu tellement habituée qu'elle n’a plus pu s'en passer. Il faut remarquer, en outre, que les idiomes germaniques ont une grande propension à prendre un n inorganique, même là où l'euphonie ne l'exigeait pas : c’est pour cette raison qu’un si grand nombre de mots de la déclinaison à voyelle ont passé dans la déclinaison des thèmes en n, appelée par Grimm la déclinaison faible. Ainsi le sansenit vidavd «veuve», en latin vidua, en ancien slave vidova (à la fois thème et nominatif), est devenu en gothique viduvén (génitif viduvén-s) |.

Si, cependant, ax était en sanscrit la forme primitive du préfixe en question, son n n'en tomberait pas moins, non-seulement devant les consonnes, mais encore devant les voyelles. C’est une règle générale, en sanscrit, que les mots finissant par perdent cette consonne au commencement d'un composé : régun «roi» suivi de putra «enfant» fait rdga-putra «enfant de roi; suivi de éndra «prince», 1l fait râgéndra?. En ce qui concerne

! Au nominalif, le n cest rejeté ($ 14o), ce qui donne viduré. 2 Après la suppression de n, l'a de rägan, en se combinant avec l'i, fait é (= a+).

les lois phoniques, les particules inséparables obéissent au même principe que les mots pouvant être employés hors de composition. En conséquence, si la forme primitive était an, il faudrait expliquer d'une autre manière la différence qui s’est établie, dans la suite des temps, entre l’augment et la particule négative : l'augment, conformément au principe général, aurait rejeté son » devant les voyelles comme devant les consonnes, au heu que la particule n'aurait supprimé son n que devant les consonnes.

$ 540. L'a privatif et l’a de l’augment peuvent être rapportés à un pronom démonstratif.

La négation n'étant que l'exclusion ou l'éloignement d’une chose ou d'une qualité, nous avons cru pouvoir rattacher les particules négatives a et na aux thèmes pronominaux a et na, servant à désigner les objets éloignés ($ 371). En supposant que an soit la forme primitive de l'a privatif et de l'augment, on pourrait le rattacher au thème démonstratif Ww and, en hthuanien and-s ou an-s, en slave onü! «celui-là ».

Si l'on admet cette origine pronominale de la négation, il se présente pour l'identité de l’augment et de l'a privatif une autre explication, qui d'ailleurs ne s'écarte pas, quant au fond, de ce que nous avons dit plus haut. Le langage, peut-on dire, en plaçant un a devant les verbes, n'a pas songé à l’a négatif, et il n’a pas eu l'intention de nier le présent : il a entendu employer le pronom a, pris dans le sens de «celui-là», et il a voulu, de cette façon, rejeter l’action dans le lointain, la reléguer dans le temps disparu derrière nous. Le langage se serait donc contenté de recourir au même procédé qu'il avait employé une première fois en créant les expressions négatives. D'après cette hypothèse, l'augment ne serait pas, avec l'a privatif, dans un rapport de

1 Thème ono ($ 37a).

filiation : ils se trouveraient l’un et l’autre sur La même ligne. Tous deux viendraient immédiatement du pronom, au lieu que, selon la première explication, on arrive d’abord du pronom à la négation, et de celle-ci à l'expression du passé considéré dans son opposition avec le présent.

D’après l'interprétation que nous venons de proposer, le rôle de l'augment pourrait se comparer à celui que joue, en sanscrit, la particule & sma construite avec un présent : cette particule, qu forme alors un mot à part, donne au présent le sens du passé. Je la regarde comme identique avec le sma, pronom de la troisième personne, que nous avons trouvé en composition dans asmé' «nous », yuémé’ «vous», el dans beaucoup de pronoms de la troisième personne !. Employé comme expression du passé, sma doit être entendu dans le sens de « celui-là, là-bas, au loin »°.

G. de Humboldt a expliqué d'après le même principe le mot na, qui scrt, en tagalien et en tonga, comme expression du passé. Je rattache ce na au thème démonstratif sanscrit ne, et, par conséquent, d'une manière indirecte, à la particule négetive na. Rappelons, à ce sujet, que l'expression du fatur, en tonga et en madécasse, peut se ramener également à un thème démonstratif : le tonga te se rapporterait au thème sanserit tet et le madécasse ho au thème & sa (S 345 )5.

$ 541. L'augment peut-il être considéré comme le reste d'un redoublement? — Examen des opinions de Buttmann et de Pott.

L'a de l'augment est devenu en grec un s; au contraire, l'e

1 Voyez $ 165 et suiv. et $ 333.

3 Il est d'ailleurs employé souvent comme particule explétive.

3 Voyez mon mémoire Sur la parenté des idiomes malayo-polynésiens avec les langues indo-européennes, p. 100 el suiv.

* En nouveau-zéelandais ct en tahilien, il est employé, sous la forme te, comme article.

$ En tonga, he cst employé coinme article; comparez le grec 2.

de la particule négative est resté à en grec. Nous voyons de même que le parfait sanserit tutépa ! «je frappai, 1l frappa » est représenté à la première personne par réru@a, à la troisième par réruÿs.

Il est certain qu'en se renfermant dans la langue grecque, il était impossible de soupçonner la parenté de l’augment et de l'a privatif, puisque ces deux préfixes ne semblent pas moins éloignés par la forme que par le sens. Buttmann? fait sortir l’augment du redoublement:: éruw1ov, selon lui, serait pour rérvwlov. Mais il suffit de mettre à côté de l'imparfait #rvrlor le sanscrit dtépam, et à côté de réru®a le sanscrit tutépa, pour montrer que cette explication ne se peut soutenir. Les prétérits augmentés n'ont pas, en sanscrit, le moindre rapport avec le parfait redoublé : celui-ci fait toujours entrer dans la syllabe réduplicative la voyelle radicale (en l’abrégeant, si elle est longue), au lieu que l’augment consiste toujours dans un a, quelle que soit la voyelle de la racine. Une explication de cette sorte ne serait possible à la rigueur que si, au lieu d’un a, l’augment consistait dans un t, parce que les syllabes réduplicatives, pour alléger leur poids, substituent volontiers un : à un 4°, et quelquefois même à un u*.

Dans ses Recherches étymologiques*, Pott suppose que l’aug-

! Tutépa, qui sert à la fois pour la première et la troisième personne, a en réalité perdu toute désinence personnelle; l’a est l'ancienne voyelle de liaison.

3 Grammaire grecque développée, $ 83, 3.

3 C'est ce que nous voyons, par exemple, dans la syllabe réduplicative des verbes désidératifs. Ainsi l’on a pipds « vouloir boire», pour papés ou pépés (racine pd); pipatié « vouloir fendre», pour papatié (racine pat). On a, de mème, bibérmi «je porter, pour babarmi (racine Bar, Br); tiéfdmi «je suis debout» ($ 508), pour tæsidmmi (racine sid). Et, en grec, didæus pour S63œus (sanscrit dédémi), ‘etc.

4 Ce dernier fait se présente à l’aoriste second des verbes commençant per uns voyelle, qui redoublent Îa racine tout entière; exemple : ELLE D Là düninam (pour duntinam), de la racine dn «diminuer» ($ 584).

* Première édition, t. II, p. 73.

ment est une sorte de variété du redoublement; selon lui, l'a de l’augment devrait être regardé comme un son neutre destiné à représenter toutes les voyelles. Cette hypothèse me paraît trèspeu vraisemblable : elle serait admissible tout au plus pour les verbes qui ont affaibli un a radical en u ou en 1!, et il faudrait supposer que l'augment appartient à une époque antérieure à cet affaiblissement.

Si pourtant l'on voulait, malgré tout, voir dans l’augment une sorte de redoublement, j'aimerais mieux admettre que les voyelles radicales 1, {, u, à ont été frappées du gouna, et que l'e du gouna est seul demeuré : WTA dvédan, par exemple, serait pour évédam (= aiwvaidam), qui lui-même serait pour vaivasidam.

$ 54e. Les sept formations de l'aoriste sanscrit. — Première formation.

Dans ma Grammaire sanscrite, j'ai appelé le second prétént augmenté le prétérit multi forme, parce qu'il a sept formations différentes. Îl représente, sous les réserves exprimées plus haut (S 513), l'aoriste grec. Quatre formations répondent plus ou moins exactement à l'aoriste premier, et les trois autres à l’aoriste second.

Les quatre formations qui s'accordent avec l’aoriste premier ajoutent toutes un s à la racine, soit immédiatement, soit à l’aide de la voyelle de liaison 1. Dans ce s°?, je reconnais le verbe substantif. La première formation nous représente très-exactement l'imparfait du verbe as, avec cette seule différence que l'â de äsam, dsis, etc. est supprimé et qu'à la troisième personne du pluriel, au lieu de (â}san, nous avons (é}sus. On ne doit pas être surpris de la perte de F4, puisqu'il contient l’augment, qui,

l Et non pour les racines qui, de toute antiquité, ont eu un # ou un 5. — Tr. 3 Qui, dans certaines positions, devient & £($ 22°). /

dans le temps en question, est déjà exprimé devant la racine du verbe principal: quant à l'a bref qui reste, après la suppression de l’augment, il devait, en composition, se perdre d’autant plus aisément qu'au présent 11 manque même dans le verbe simple, devant les désinences pesantes du duel et du pluriel ($ 480). Entre le présent smas «nous sommes» et la syllabe finale des aoristes comme dksdip-sma «nous jetâmes »!, la seule différence réside donc dans le s final; mais celui-ci devait être supprimé à l'aoriste, puisque ce temps prend les désinences secondaires. | |

Quant au changement de an en us, à la troisième personne du pluriel, par exemple dans dksdip-sus (pour dksdip-san), il vient de ce que us est une désinence plus légère que an. Nous voyons le même changement à l'imparfait des racines réduplicatives; exemple : dhibar-us «ils portaient » (pour dbibar-an). C’est pour éviter la surcharge causée par le redoublement que nous avons dbibar-us, de même qu'on a dks&ip-sus à cause de la surcharge résultant de la combinaison avec le verbe attributif.

$ 543. Mutilation du verbe auxiliaire annexe.

Devant les désinences personnelles commençant par un t, un { ou un d, les racines finissant par une consonne autre que n rejettent le s du verbe substantif : cette suppression est destinée à éviter la rencontre désagréable de trois consonnes. On a donc dksdip-ta «vous jetâtes » (pour dksdp-sta), de même qu’au parfait passif grec les racines terminées par une consonne rejettent le o des désinences o8ov, ae; exemples : réru@0e, réray0e (pour réruÿde, réraëtle). C’est la même raison qui fait aussi que la racine sd «être debout » perd sa sifflante, quand celle-ci se trouve en contact immédiat avec le préfixe ut; exemple : ut-bta «levé » (pour ut-shla).

! Racine këp «jeter».

lil 1a

$ 644. Imparfait moyen du verbe substantif.

Avant de passer à l’aoriste moyen, il est nécessaire de donner le tableau de limparfait moyen du verbe substantif. Sauf en composition, ces formes sont presque complétement sorties de l'usage !.

SINOULIER. BUEL. PLUAIEL.

di Loeb Emak äsiâs &sdlém äddvam ou &dvam &sta &odidm Gsata.

$ 646. Tableau de la première formation de l'aoriste sanscrit.

. Comme modèle de la première formation de l’aoriste sanscrit, nous prenons la racine finissant par une voyelle sf? nf « conduire », et la racine finissant par une consonne fau hip «jeter». Les racines terminées par une voyelle prennent à l'actif le vriddhi, et au moyen, à cause de ses désinences généralement plus pesantes, le gouna. Les racines terminées par une consonne prennent à l'actif également le vriddhi; au moyen, elles présentent la voyelle radicale pure.

ACTIF

Singulier. Duel. Pluriel.

dndiiam® dGkédipsam dn&iéva dkédipsva dndiima dkidipsme andists akidipsis dnâiijam akédiptam* andista akédipia

andusit akédipsit anâtélim dksdipläm anijus akidipsus

! L'auteur donne ici ce tableau, parce que ces formes vont reparaître en counbinaïson avec les verbes attributifs. — Tr.

? Au sujet de # pour s, voyez $ 21°.

* Sur la suppression de s, voyez $ 543,

MOYEN

gulier. Duel. Pluriel.

aksipsi anésoaht dkéipsvahi dnésmahi dkéipsmahi akäipiäs dnéédidm dkSipsäiäm dnéddvam' dkäibdvam dhéipta aänésaldm akäipsäidn âné$ata* dkäipsata.

Les parfaits latins en si. — Le parfait latin est un ancien aoriste.

a une ressemblance surprenante entre le moyen dksipsi Jarfaits latins comme scripst : si l’on fait abstraction de la té de Fi final, la forme latine est la représentation pare la forme sanscrite.

troisième personne scripsit s'accorde mieux avec l'actif ä, qui sans vriddhi ferait dkpsît; de même vexit (vec-sit) ardta dvdksit «il transporta ». Au contraire, la première ne veri ressemble au moyen wafg dvaksi 3.

\ deuxième personne, nous avons vextsti, qui peut être té au moyen dkäp-läs* (pour dksipsls); le s final est tombé est affaibli en t°.

1 le parfait latin, qu'on aurait aussi bien, d'après sa ation, le droit d'appeler un aoriste, n’a rien de commun

rouve aussi dnédvam, car s, devant le d'des désinences personnelles, peut ren d ou être supprimé. Enfin, on a encore dnéd'vam (probablement pour nne forme dd'vam, qui vient elle-même de édvam). la suppression de la lettre n qui appartient à cette désinence personnelle, ne oah «lransporter», en latin veh. L'un et l’autre idiome a, pour des raipbonie, changé le À en la ténue gullurale, devant le s du verbe subetantif, it, ces, après un k, doit devenir #($ 1°).

avons vu qu'en slave, où il existe un mélange analogue du moyen avec sanscrit tis devient tü ($ 512, remarque 2).

is autrefois identifié la désinence sti du parfait latin avec la désinence ta , sanscril. Mais j'aune mieux aujourd'hui rapporter toutes les formes du n à un seul et méme leinps sanscrit.

avec le parfait grec et sanscrit !. Je crois pouvoir en rapporter toutes les formes, sans en excepter les formes redoublées comme cucurri, momordi, ceci, à l'aoriste sanscrit?. Nous avons, en effet, des aoristes comme dédéuram, moyen déücuré (racine éur «voler»), et éxéPpadov, Eme@vovS. Cucurri, momordi, cecini ont donc simplement perdu l’augment, comme l'ont perdu seripa, vent, mansi, et comme l’a perdu aussi l’imparfait ; c’est cette absence de l’augment qui leur donne l'aspect des parfaits grecs et

sanscrits.

$ 547. Cause de l'allongement de la voyelle radicale, dans les parfaits latins comme scdbhi, vidi, légi, fègr, fédi.

Les parfaits latins comme scdh, vih, ln, fâgi, fédi, pourraient, si l’on faisait abstraction de la vovelle longue, être comparés aux aoristes comme dhpam (moyen dlipé), en sanserit, el Puxov,.en grec. Mais l’allongement-de la voyelle, en latin, s'oppose À ce rapprochement. Je crois donc que les parfaits en question appartiennent à la septième formation sanserite (dc#curam, dédcuré, $ 580) : ils contiennent un redoublement ceché, comme certains prétérits allemands, tels que htess « j'appelai, il appela» (= vieux haut-allemand az, gothique hathat). Je reconnais dans lémt, scâbi, fn, f6di des contractions pour le-egi, sca-abi, fu-ug, fo-odi, qui sont eux-mêmes pour lelen, scacabi, fufugi, fofo. Comme la consonne de la deuxième syllabe a été supprimée, celle de la première n’a plus l'air d’appartenir

1 La troisième personne scripsit est beaucoup plus près de l'aoriste sanscrit ékiépsit que du parfait tutépa, réru®e. Ces parfaits ont perdu leur désinence persnnelle et il en est de même pour les formes comme saiglép, en gothique. Il est donc très-probable qu'avant la séparation des idiomes il n’y avait déjà plus de désinence à la première et à la troisième personne du singulier du parfait actif.

? Les parfaits en sf se font reconnaître à première vue comme des aoristes, quoique la ressemblance soit plus frappante avec le sanscrit qu'avec le grec.

3 Nous reviendrons plus loin sur ce sujet ($ 539).

AORISTE. $ 548. 181 à une syllabe réduplicative : c'est ainsi que dans le grec yivopras (pour y5-yév-0-pas) le y a l'air d’appartenir à la syllabe radicale, quoique en réalité le » seul, dans y5v, représente la racine!.

$ 548. Changement de la voyelle radicale, dans les parfaits latins

comme cépi, frégt, féci.

Dans les formes comme cêni, frém, féa, 11 y a sans aucun doute un redoublement?. Si c'étaient des parfaits, on les pourrait rapprocher des formes sanscrites telles que tépimd «nous brâlâmes » ($ 605). Comme aoristes, je les rapporte à la septième formation sanscrite : de même que Wawæ dnéfam «je succombai» est pour ananisam, dont le deuxième n a été supprimé, de même cépt est une contraction pour cacipi. On a vu ($ 5) que l'é latin, quand il est pour a +1, correspond parfois à lé sanscrit. Dans la seconde syllabe, l'a radical est affaibli en 1, à cause de la surcharge produite par le redoublement : on peut rapprocher des formes supposées caapt, fafia les formes réellement usitées cecint, tetigi. Mais la contraction de cêm, féa, frêgn doit remonter à une époque où l’a de la syllabe réduplicative n’était pas encore, comme dans ceant, thin, affaibli en e.

Cependant, on peut aussi faire venir cépi, féci de cecipr, feficr,

1 Dans sa Phonologie romaine, A. Benary explique également les formes comme fédi, füdi par un redoublement. Mais il suppose que la syllabe réduplicative est tombée, et que par compensation la syllabe radicale a été allongée; je ne puis souscrire à cette explication , car si je connais des exemples où la suppression d’une partie du mot entraîne, per compensation, l'allongement de la syllabe précédente, je n'ai jamais vu le même effet se produire sur la syllabe suivante.

3 J'avais déjà exprimé la même opinion quand je voyais encore dans ces formes de véritables parfaits. Voyez ma recension de la Phonologie romaine de Benary (Annales de critique scientifique, 1838, p. 10). Pott, dans une recension du même ouvrage (Annales de Halle), s’est prononcé contre mon opinion, mais, selon moi, sans motifs suffisan!s.

+ Je n’admets pas l'explication des grammairiens indiens, qui voient dans dnéfam un aorisle irrégulier de Îa sixièue formation.

par les formes intermédiaires ceïmi, feia; la première voyelle, après avoir absorbé la seconde, se serait allongée, comme nous avons au subjonctif lepés, legâämus, pour lepais, leaïimus.

Le parfait én mérite une mention spéciale : il diffère de féa, ctpi, en ce qu'il n’a pas perdu de consonne entre les deux élé ments dont est composé son é, c'est-à-dire entre la syllabe réduplicative et la syllabe radicale; 41 est la contraction de ain ou e-igi. On peut expliquer de la même manière édi, émi (pour e-edi, eemt). Toutefois, comme nous reconnaissons dans les parfaits latins d'anciens aoristes, on pourrait aussi voir dans épi, édi, émi un reste de l’augment.

$ 549. Les désinences stf, stis (amavisti, amavistis) du parfait latin

Je reviens à la désinence stt du parfait latin. Dans le tf de serpsisti,verisl, cucurrish, cépish, nous avons cru devoir reconnaître la désinence moyenne lâs, et dans le parfait latin un ancien aoriste. Si cette explication est juste, serpsistf sera un aoriste de la quatrième formation plutôt que de la première !. 11 est vrai que la quatrième formation est inusitée, en sanserit, au moyen, et, pour les racines finissant par une consonne, également à l'actif. Mais il n’est pas vraisemblable que, dans le principe, elle ait été d’un usage aussi restreint : à côté de l'actif dyâsisam (racine y4 «aller ») on peut supposer un ancien moyen dont la seconde personne devait être dyd-sisfds; c’est à cette forme que correspondrait le latin serp-sistf. Le sanscrit sarp, srp «aller», en lu supposant un aoriste moyen de la quatrième formation, ferait asrp-sisi@s.

À l'égatd de la lettre s qui précède, au singulier et au pluriel, la désinence de la seconde personne (cépi-st, cépi-sts;

1 La première formation ajoute à la seconde personne la désinence sids (énéiiés, ékäpids pour dkéipstds); la quatrième formation , si elle était usitée au moyen, aurait la désinence siétés.

AORISTE. $ 550. 183 cucurri-sh, cucurri-shs; serpsi-sli, serpst-slis), on peut encore noter en sanscrit un autre fait analogue. Le précatif! moyen, qui unit également à la racine le s du verbe substantif (soit immédiatement, soit à l’aide de la voyelle de liaison 1), fait précéder d’un autre s les désinences personnelles commençant par un t ou un é : ce second s, qui peut-être est purement euphonique, se change en $ sous l'influence de l'? précédent. Ainsi la racine sarp, srp, si elle était usitée au moyen, ferait au précatif srpsistäs, srpsista (deuxième et troisième personnes du singulier), arpstydsièm, srpstydsiäm (deuxième et troisième personnes du duel). La forme srpsisläs est très-proche du latin serp-s-stt, bien qu’il faille faire cette distinction que l'1 latin est simplement une voyelle de liaison, tandis que l'{ sanscrit est l'expression du mode. Les formes de précatif que nous venons de citer sont d’ailleurs les seules qui insèrent une deuxième sifflante : la première personne du pluriel est srpst-mah en sanscrit, de même que nous avons serpsimus (et non serpsismus) en latin. Non pas que le sanscrit ne supporte le groupe sm; nous le trouvons, par exemple, à la troisième formation de l'aoriste, dbédisma «nous sûmes», moyen dbéd'ismah.

$ 550. Exemples de désinences du moyen introduites à l'actif.

De ce qui précède, nous croyons pouvoir conclure qu'à la deuxième personne du singulier, le temps improprement appelé parfait en latin contient une désinence moyenne; mais la langue n’a plus conscience de l'origine de cette forme et elle l'emploie comme une terminaison de l'actif transitif. Quoique le grec ait parfaitement conservé son moyen, 1l a également intercalé dans son actif une désineuce moyenne; nous voulons parler de la troisième personne de l'impératif, où @epésra» répond aussi

1 C'est le temps qui correspond à l’optatif aoriste grec ($ 705),

exactement que possible au sanscrit 6drantém. Dans les idiomes où le moyen ne s’est conservé que par fragments, il est naturel que les formes qui subsistent aient servi à combler des lacunes de l’actif!; d'autres fois, quand la forme active est restée, le moyen vient prendre place à côté d'elle, comme une variante à signification identique,

$ 5521. La syllabe si dans les formes latines comme vec-si-mus, dic-si-mus. Nous avons rapproché plus haut ($ 546) les premières per-

sonnes comme vext, manst des formes sanscrites comme dvaki, dmañsi. Mais je ne crois pas que l'identité s'étende jusqu'à la voyelle finale. On peut expliquér l{ latin comme provenant d'un ancien a, de sorte que sf fera le pendant du ca grec dans Aw-0a, Erux-o. En effet, ce n’est pas à la première formation de l'aoriste, mais à la deuxième, que je rapporte aujourd'hui le parfait latin en st, au moins à la plupart de ses personnes.

La seconde formation de l’aoriste insère un « entre le s du verbe substantif et les désinences personnelles. Cet a est traité à peu près de la même manière que l'a des verbes de la première et de la sixième elasse* : ainsi on l'allonge à la première personne du duel et du pluriel, devant les désinences va et me. De même que véh-a-si, vdh-a-ti, véh-a-la deviennent en latin veh-1-8, veh+-t, veh1-tis, de inême que vdh-4-mas devient vek-+mus, il est naturel de supposer que dans dic-si-sti, dio-si-t, dic-si-mus, dic-s-shs, la syllabe s répond au sa, sd* de la for-

‘ En ancien slave, à la deuxième et à la troisième personne de l’aoriste actif, nous avons trouvé la désinence T3 tÿ, qui répond aux désinences moyennes ids, ta du sanscrit ($ 512, remarque s).

? Les désinences de la première formation sont : sem, sfs, slt; sva, siam, stéu; sma, ste, sus. Celles de la deuxième formalion spnt : am, sas, sat; sÉva, salam, se tdm ; séma, sata, san. — Tr,

3 Voyez $ 10g°, 1.

‘ Par euphonie £a, 54.

mation en question et au grec ox. Conséquemment, dic-si-mus répondra à édeix-ca-per, ddik-5â-ma, et dic-s-stis à édeix-oa-ve, idik-sa-ta.

D’après ce qui précède, la parenté entre vec-s1-t et le sanscrit vâk-$i-t ne serait point si étroite que je l'ai admis autrefois : le latin vec-si-t suppose une forme sanscrite dvak-sa-t, de même qu'en regard de dic-si-t nous trouvons effectivement ddk-$a-t [grec &deix-ce, pour Edesx-oa-r 1).

La deuxième personne dic-si-sti correspondra au moyen ddiksa-lés stu montras», si l’on voit dans le second s une lettre euphonique ?.

$ 552. La première personne du singulier du parfait latin.

Même en rapportant les parfaits latins en st à la deuxième formation de l'aoriste sanscrit, 1l n’en reste pas moins trèsvraisemblable que la première personne du singulier appartient au moyen. En effet, l’a de la deuxième formation sanscrite est supprimé devant li de la première personne du moyen; au lieu de ddik-ét (= ddik-sas), on a donc ddk-ñ. [ y a accord complet entre les formes latines comme dc-st et les formes sanscrites comme ddik-f; au contraire, l’aoriste actif est ddksam, ce qui ne pouvait guère donner dixt en latin, puisque le m final s’est généralement conservé dans cette langue. De ddiksam, le latin aurait fait probablement dixim, comme 1l a dicébam, dicam, dicerem, dxerim.

I est vrai qu’à l’époque où le latin s’est détaché du sanscrit, il est impossible que la forme mutilée ddkf existât déjà; c'était

t Comparez le moyen édeix-oa-ro — sanscrit édik-éa-ta.

3 Le ten latin se fait volontiers précéder d’un s ($ 95). [L'auteur a proposé une autre explication au $ 549. — Tr.]

3 Il s’est conservé notamment à la première personne des formes secondaires. En

grec, eu contraire, un m final est quelquefois supprimé. Comparez éde:Ëx avec didis-

éen, wdca avec pédam, pedem.

probablement ddikiama ou ddiksamäm (= édeiËdnns, S k71): maïs

même ces formes nous conduisent plus aisément que ddikian au latin dixt, car c'est précisément là où le m était encore sum d'une voyelle que la première personne en latin a perdu sa désinence.

$ 553. La troisième personne du pluriel du parfait latin.

À la troisième personne du pluriel, nous trouvons, en regard du sanscrit ddikéen et du grec WsiËa», le latin dirérunt. Le r tient sans doute (comme d'habitude entre deux voyelles) la place d’un ancien s; dic-sérunt est donc pour dic-sésunt (comme ercm, ero, pour esam, es0). Le verbe auxiliaire est redoublé ou répété, soit que dic-sésunt doive être rattaché à la quatrième formation sanscrite! (d-yd-si$us, pour d-yd-sisant), soit plutôt que la répélition du verbe auxiliaire ait été opérée dans la période latine. Une fois qu’on eut oublié le sens et l’origine de la lettre s dans dic-si, il ne serait pas étonnant qu'on eût de nouveau combiné cette forme avec le verbe substantif 2.

Le même besoin de clarté fait qu'en grec on dit ér@s-0a-, ë0e-ca-v, quoiqu'à la première et à la seconde personne on ne dise pas éridé-ox-uey, éridé-oa-7e, ni dé-ca-pes, é0é-oa-re. Une circonstance qui a pu contribuer à l'adjonction du verbe auxiliaire, c’est que, sans ce verbe, la désinence eût été trop courte : elle n’eût pas formé une syllabe. Au médio-passif, où la même raison n'existait pas, nous avons ér@e-wr0, et non éti0é-œa-vro.

Le prâcrit adjoint le verbe substantif à la première personne du pluriel du présent de l'indicatif”; mais il n'en fait pas usage

4 Voyez $ 549.

? C'est le besoin de clarté qui aurait amené cette nouvelle addition du verbe sabs-

tantif. Mais les éléments constitutifs de dirérunt (pour dic-sésunt) se sont si étroite-

ment unis, que cette forme, à son tour, a pris l'apparence d’une forme simple. 5 De même, à l'impéraüf.

pour la deuxième et la troisième personne. Exemple : #14 gacCamha (mha pour sma) «nous allons» !. ne

es

$ 554. Allongement de l’e dans les formes latines comme dirérunt.

On devrait s'attendre à avoir dixérunt, et non dirérunt, puisque lt, devant un r, se change ordinairement en ë bref. L’é long de dixérunt n'est pas moins remarquable que celui de dic&-bam (pour dic-1-bam). Il est probablement dù à la même cause ($ 527). Si nous avons eu raison de supposer que lé de dicébam renferme l’augment, la même explication devra s’appliquer à dixérunt (pour dic-së-erunt).

On pourra objecter que le est bref dans dic-ë-rem, dic-e8rim ?; mais l’optatif grec et le potentiel sanscrit, auxquels correspond le subjonctif latin, n'ont pas l’augment : il n’y avait donc pas de raison pour que le subjonctif l'eût en latin. Dice, dans dice-rem, représente le sanscrit disa (racine dif + caractéristique a), et dic-s (plus anciennement dc-si) représente le sanscrit dk-sa, le grec deix-oa.

$ 555. Deuxième formation de l’uoriste sanscrit. — Tableau de cette formation.

La deuxième formation, qui a laissé de nombreux rejetons en grec et en latin, est d’un usage très-restreint en sanscrit. Îl n’y a que les racines finissant par #, $ ou À (encore n'est-ce pas la totalité) qui prennent cette formation.

Le #, $ ou À final se change en k devant le s du verbe auxiliaire. À son tour, ce s, à cause du k précédent, se change en

! Voyez ci-dessus, tome 1, page 256, note. Comparez Lassen, Institutiones lnguæ précrilicæ, pages 192 el 335; Burnouf et Lassen , Éssai sur le pél, page 182 ; Hüfer, De pracrita dialecto, page 184.

3 Voyez $$ 707 et 710.

#1. On a donc ké, par exemple dans ddik$am, ddikÿi «je montrair, en regard du Ë grec de &du:Ë2 et du x latin de dixt?.

Je fais suivre le tableau de la deuxième formation de l’aoriste

sanscrit, et je place en regard le grec #eËz et le latin dixt:

SINGULIES.

Sanscrit. Grec. Latin.

Actif. Moyen. Actif, Moyen.

ddik-éa-m ddik-h ddeix-oa éderm-cé-pyy dic-si

ddik-éa-s ddik-éa-iâs ddeux-oi-s éèelx -co dic-si-sti adik-éat adik-êa-ia Édeix-ce édelx-oa-ro dic-si-1

ddik-édva ddik-éd-vahi ......... édem-cé-nsdor ......... adik-éa-tam ddik-idiim® édelx-oa-vov édelx-oa-cûoy ......... adik-éa-täm ddik-édtèm" édemx-oé-ryr édeix-cé-oûmr .........

PLURIEL

ddik-äd-ma ddik-44-mahi édelx-oa-uer dderx-cé-ueda dic-si-mus adik-éa-ta ddik-éa-dram éâeix-oa-rss éèelx-ca-oûe dic-si-sts adik-éa-n adik-6a-nta dôex-ca-v éèeix-ca-vTo dic-sé-runl.

$ 556. Parfaits latins en ss, vi.

Dans dc-st, c'est l'auxiliaire es que le latin emploie pour former son parfait; dans ama-ui, audi-m, mon-u:, il a recours à l'auxiliaire fu. Nous voyons de même le sanscrit employer indifféremment, au prétérit redoublé, les formes périphrastiques Cérayäm-dsa «je volai, il vola » et dérayäm-babüva (même sens)‘.

Déjà dans mon Système de conjugaison de la langue sans-

1 Voyez $ 21°.

1 La parenté de dico et de ôeixvuus est connue. Il suflit de rappeler la locution laline dicis causa.

? Pour adik-$a-didm.

4 Pour adik-éa-dtäm, > Voyez $ G19.

crite, j'ai rapporté au verbe fu les parfaits latins en ot, ui; mais je crois avoir eu tort de voir dans le v ou l’u le représentant de Î. Je suppose aujourd'hui que le f est tombé, à peu près comme est tombé le d de duo dans viginti, bis, bi-pes!.

$ 557. Origine de ces parfaits.

Conformément à une règle générale, lu de (fui s’est changé en v entre deux voyelles; mais il s’est conservé intact quand il est précédé d’une consonne. On a donc amavi, audmi, en regard de monu:.

C'est pour alléger le poids du mot composé que fu a perdu son finitial. C'est ainsi que dans les mots français onze, douze,

treize, la syllabe de du latin undecim, duodecim , tredecim a disparu ?. $ 558. Le parfait potui.

La preuve la plus claire que dans amavi, audi, monui est contenu le verbe substantif nous est fournie par la forme potui. En effet, cette forme appartient à un verbe qui dans toute sa conjugaison se combine avec le verbe substantif. Il fait pos-sum (pour pot-sum), pot-eram, pot-ero, pos-sim, pos-sem. Au parfait, où la racine es faisait défaut, 1l a eu recours à fu : de là pot-w, pour pot-fu qui eüt été trop dur. On pouvait s'attendre à avoir pof-fu; mais la langue a préféré sacrifier l’une des consonnes. Malgré cette suppression de l’un des /, je doute que personne soit tenté de voir dans potu une forme simple, contrairement à

1 Le sanscrit doa «deux» est devenu dus en nouveau-zéelandais, mais «a en langue tongue. Voyez mon mémoire Sur la parenté des idiomes malayo-polynésiens avec les langues indo-européennes, p. 11 et suiv.

3 Pour la même raison, le d du nom de nombre «dix» s’affaiblit en r ou / dans plusieurs langues de l'Europe et de l'Asie ($ 319, remarque). Aux formes que j'ai mentionnées ci-dessus, on peut encore ajouter le malais et le javanais las «dixn et le maldive los. Exemples : dia-b-las (malais) «douze»; javanais ro-las; maldive ro-los.

l’analogie de tous les autres temps du même verbe. Mais si l'on accorde que pot-u: est une forme composée, force est d'en dire autant pour les parfaits comme mon-u, ama-vi, audi-oi, sé, si-vui.

$ 559. Les parfaits latins en ws, vi sont d'anciens aoristes.

Comme les parfaits en #, les parfaits en wi, ot sont, selon moi, d'anciens aoristes, en ce sens que fi, dont ils sont formés, est un aoriste. Rapprochez le latin fut de l'aoriste sanseni d-bét et de l'aoriste grec Æ@ü(r). [l me paraftrait beaucoup plus difficile de rapporter ft au prétérit redoublé babdva, en grec æéQüxe, car 11 faudrait supposer que le verbe latin a perdu le redoublement et qu'il a conservé une désinence dont le sansenit, le grec et le gothique sont privés !. Nous reviendrons plus loin sur ce sujct ($ 577).

$ 560. Troisième formation de l’aoriste sanscrit. — Tableau de cette formation.

La troisième formation de l'acriste sanscrit se distingue de la première, en ce que le verbe auxiliaire se joint à la racine du verbe attributif au moyen de la voyelle de liaison 1. Sous l'influence de cet 1, le s se change en $; mais, grâce à la voyelle euphonique , il peut se maintenir dans des positions où le s de la première formation est supprimé?. Tandis que k#p, par exemple, fait à la deuxième personne du pluriel dkséip-ta, au lieu de dks&p-sta, parce que la rencontre des trois consonnes eût été trop dure, bud'« savoir » fait dbéd-1-61a.

Au contraire, à la deuxième et à la troisième personne du singulier actif, la sifante est supprimée et l'on allonge la voyelle de liaison, probablement pour compenser cette perte. On a

1 Voyez S 610.

2 Voyez $ 543.

lonc dbôd'i-s «tu sus», dbôd-t-1 «il sut». Ces deux personnes orment, comme on voit, avec abôd-1-sam et toutes les autres lexions du même temps un contraste dont il est possible de leviner la cause. Comme les désinences de la deuxième et de a troisième personne consistent simplement dans un s etunt, mn aurait eu les formes dbôdiss, dbôdist (pour dbôdist); en sansrit, suivant une règle générale, les mots terminés par deux -onsonnes doivent sacrifier la deuxième ($ 94). Mais la langue a mieux aimé renoncer au verbe auxiliaire qu'au signe personnel, parce que les deux personnes seraient devenues semblables!.

Je fais suivre le tableau de l'aoriste actif et moyen de la racine bud «savoir». Les racines finissant par une consonne frappent leur voyelle du gouna à l'actif ct au moyen; les racines finissant par une voyelle ont, comme dans la première formation, le vriddhi à l'actif, le gouna au moyen. Ainsi nu «célébrer » fait anduisam, adnavisi.

ACTIF

Singulier. Duel. Pluriel.

dbôd'1-$am abod -1-$va dbôd'-1-8ma dbôd'-i-s - abôd-1-5tam abôd -1-$ta abôd'-+-t abôd'-1-$tam abôd'-1-$us

MOYEN

abôd'-1-61 abod'-1-#vahr àbéd'-i-$mah:

dbôdl-i-élàs abôd'-i-$dtäm abôd'-1-dd'vam * abôd-1-êta abôd'-1-éâtâm abôd'-1-data :.

: Cette confusion a cependant lieu assez souvent à l'imparfail : ainsi dbibar vignife à la fois «tu porlais» (pour ÿgbhilar-é) et «il portait» (pour dhibar-t); dvak veut Aire «lu parlais» (pour drak-ê) et «il parlait» (pour dvak-t).

? Pour dbédisdram.

3 Au sujet de la suppression de n, voyez $ 459 , et comparez les formes ioniennes comme weæavatai.

$ 561. L'aoriste en ancien slave. — Tableau comparatif de l’aoriste en ancien slave et en sanscrit.

En ancien slave comme en sanscrit, l’aoriste supprime le verbe substantif à la deuxième et à la troisième personne du singulier, et le conserve à toutes les autres!. Mais des formes comme WAY dbédis, war a dbéd'tt devaient encore perdre, en slave, la consonne finale ($ 92). On a donc 5oyan bud «tu éveillas » en regard de dbéd't-s «tu sus» ou «tu t’éveillas »; soyan budi «il éveilla » en regard de dbédt-t «il sut» ou «il s’éveilla»; mais 6oVAHCTE bud-1-ste « vous éveillâtes » en regard de dbéd-+-5ta «vous sûtes» ou «vous vous éveillâtes ».

Nous donnons ici le tableau comparatif de l’aoriste slave, en nous réservant d'y revenir dans les paragraphes suivants.

SINGULIER. DUEL

Sanserit. Ancien slave. Sanserit. Aucien slave. abôd'-1-5am bud-1-chù abod'-1-êva bud-5-choré dbéd-t-s bud-i- ébéd-i-tam bud-i-sta abôl 3-1 bud-1-” abôd'-1-#tèm bud-1-sta

PLURIEL

Sanserit. Ancien slave.

abôd-1-êma bud-t-chomi dbôd-i-5ta bud-1-ste abod-i-$us bud-i-6a.

$ 562. De l': dans les aorisies comme bud-chù, en ancien slave.

Le tableau qui précède est un des parallèles les plus frap-

! Voyez S 925. Sur certains aorisles qui, à la première personne du sangulierel du pluriel, ont conservé l’ancien s, au lieu de le changer en X ch, voyez Miklasich, Théorie des formes, 2° édition, $ 162. À la troisième personne du pluriel, ces aoristes ont s, au lieu du é ordinaire,

pants qu'on puisse trouver entre le sanscrit et ses frères de l'Europe. Toutefois, l'accord des deux langues n’est pas si parfait qu'on pourrait le croire à première vue. L'1 du slave bud-1chü n’a pas la même origine que celui du sanscrit dbéd=1-$am; en effet, bud4-ti «éveiller» ne répond pas au verbe primitif bud (présent b6d-ä-m1) d'où vient dbôd-1-$am : il répond au causatif bédéyämi «faire savoir, éclairer, éveiller ». C’est pour cette raison que nous avons comparé plus haut ($ 447) la deuxième personne du présent bud-1-# au sanscrit béd-dya-a, et le premier : de chval4-t ($ 504) à la caractéristique aya de la dixième classe sanscrite. La ressemblance vient de ce que les verbes slaves conservent à l’aoriste leur caractéristique.

En réalité, l’aoriste slave appartient à la première formation sanscrite; pour s'en assurer, on peut comparer A4xX3 da-chü «je donnai», Adcre da-ste «vous donnâtes» avec les formes sanscrites comme dnéi-sam, dndi-sta. Nous ne pouvons mettre en regard le verbe sanscrit dä, parce qu’il prend la cinquième formation ($ 573); s'il prenait la première, il ferait ddé-sam, ddaä-sta.

$ 563. Insertion d'un o euphonique devant les désinences de la première personne du duel et du pluriel, en ancien slave.

À la première personne du duel et du pluriel, l’ancien slave insère un 0, comme voyelle de liaison, entre le verbe auxiliaire et le signe personnel. Il en résulte que da-ch-o-vé, da-ch-0-mü ont plutôt l'air d'appartenir à la deuxième formation sanscrite (ddiks-ä-va, diks-4-ma = édeië-a-pe) qu'à la première (énéi$va, dnéisma). Mais l'insertion de cet o est de date récente; elle a lieu pour éviter le groupe cho, chm. Le serbe, qui a conservé dans ses prétérits (à l’imparfait, comme au temps communément appelé prétérit simple) l’ancienne sifflante du verbe substantif, n’a pas inséré de voyelle de liaison; on a, par exemple, igrasmo

sn. 13

«nous jouâmes », dont le smo s'accorde très-bien avec le sma sanscril, dans les aoristes comme dtép-sma «nous brûlâmes ».

$ 564. Aoriste des verbes correspondant aux verbes sanscrits de la dixième classe, en ancien slave et en grec.

Les verbes slaves qui correspondent aux verbes sanscrits de la dixième classe gardent la caractéristique à l'aoriste; elle sy montre sous la même forme que dans la deuxième série de temps'. On a donc des aoristes en a-chü, en #-chü et en :-chi; exemples : rüd-a-chù «je pleurai», $el-4-chü «je désirai », gor+chü «je brûlai», bud-1-chù « j'éveillai »2.

En sauscrit, les verbes de la dixième classe ne prennent pas l'auxiliaire à l’aoriste 5. Au contraire, en grec, nous avons éx#n-ca (ériu-ä-oa), éQl-n-ca, éuloô-w-oa, qu’on peut comparer aux aoristes slaves comme rüd-a-chä (pour rüd-a-sü). L'accord de l'ancien slave et du grec nous autorise à penser qu'originairement les verbes sanscrits de la dixième classe formaient également leur aoriste par l'adjonction du verbe substantif; je suppose des formes comme drôd-ay-1-5am, en analogie avec les futurs comme réd-ay1-#y4-m°. I] me paraît peu vraisemblable que l'ancien slave et le grec soient arrivés, chacun de leur côté et d'une façon indépendante, à former, pour la classe des verbes en question, des aoristes aussi ressemblants que le sont, par exemple, à la troisième personne du pluriel, ér{u-aä-cav et rüd-a-éaù.

$ 565. Insertion d'un o cuphonique entre la racine et le verbe auxiliaire, en ancien slave.

Les verbes slaves qui appartiennent à la première, à la sixième

\ Voyez S 504 et suiv.

2 Vovez $ 561 el suiv.

$ Îls suivent à l’aoriste la septième formation. — Tr. 4 L'iest une voyelle de liaison ($ 664).

et à la neuvième classe sanscrite! placent, quand leur racine finit par une consonne, un o, comme voyelle de liaison, entre la racine et le verbe auxiliaire. [ls s'éloignent sur ce point de la première formation sanscrite ?. On peut comparer £esoxz ves-0ch-ü «je transportai» avec dvdk-$-am (par euphonie pour dvdh-s-am).

SINGULIER. DUEL

mm,

Sanserit. Ancien slave. Senserit. Aacien slave. avak-8-am ves-o-ch-ù avék-5-va ves-0-ch-0-vé dvak-ét-s ves-e avdk-(#)}tam ves-0-s-ta dväk-8#i-t ves—e dvdk-(#)-täm :ves-0-s-ta

PLURIEL

cc , Sanscerit. Ancien slave,

dvâk-3-ma ves-0o-ch-0-mü avdk-(#)ta ves-0o-s-te dvdk-ê-us ves-0-#-aù.

$ 566. Absence du verbe auxiliaire et de la désinence personnelle à la deuxième et à la troisième personne du singulier, en ancien slave.

La deuxième et la troisième personne du singulier, dans toutes les conjugaisons slaves, sont privées, à l’aoriste, non-seulement de la désinence personnelle, mais encore de la consonne du verbe auxiliaires.

La suppression de la désinence personnelle était obligée (S 92 “). Après cette suppression, on devrait avoir ves-0-se «tu transportas, 1] transporta »*, pour faire pendant à la première

! Voyez $ 109", 1 et 5.

3 On vient de voir ($ 56s) que tous les aoristes slaves qui prennent le verbe auxiliaire appartiennent à la première formation. 3 Nous faisons abstraction ici des formes qui présentent la désinence moyenne T5 të — sanscril ds, ta ($ 519, remarque à).

* A la deuxième personne, ves-0-é&s serait pour vep-0-ée-s (== sanscrit drdk-éi-s),

personne ves-0-ch-ü et à la troisième personne du pluriel ve-+é-añ. Mais au lieu de ves-0-6e, nous avons vese. Peut-être la syllabe finale a-t-elle été supprimée et la voyelle de liaison o s'estelle altérée en e; c'est ainsi qu'au vocatif singulier lo final du thème, n'étant protégé par aucune désinence, s’affaiblit en « ($ 272).

Miklosich propose une autre explication. Selon ce savant, vese serait un aoriste second; cette forme serait venue s’intercaler dans l’aoriste premier, à peu près comme si #rux-oa avait perdu sa seconde et sa troisième personne du singulier, et qu'il et remplacé &rux-oa-s, Érux-oe par Érux-e-s, rux-e. Mais les verbes slaves qui correspondent à la dixième classe sansenite (S 504) ne se prêtent pas à cette hypothèse, car ils n’ont pas d'aoriste second, et ils ne peuvent pas plus en avoir que s:pds, QiAéw ou puobéw en grec !.

Mais si l'on ne veut pas supposer que 663€ ves-e soit pour ves-0-ch-e(s), ves-o-ch-e(t), on peut, en modifiant l'explication de Miklosich, admettre que vee appartient à l’imparfait. Il correspondra alors au sanscrit dvah-a-s, dvah-at. De même, pec-e répondra à dpac-a-s, dpad-a-t; rüd-a à dréd-aya-s, drédaya-t; bud-i à dbôd-aya-s, dbéd-aya-t, et vid-4 à dvéd-aye-s, dvéd-aya-t?. On devra supposer que ces formes d'imparfait se sont introduites à l'aoriste, et que l’imparfait slave les a remplacées par des formes composées de création nouvelle ($ 5a5). Si cette explication est juste, il serait intéressant de retrouver

et à la troisième personne pour veg-0-és-t (= sanscrit dudk-ét-t). C'est ainsi qu'à l'inparfait nous avons la désinence -aée, en regard du sanscrit ds, &s-6-t (pour &-6+, &s-a-t, $ 533).

! Des aoristes correspondant à la sixième formation sanscrite ($ 575) ne sont guère possibles en slave qu'avec des verbes comme dvig-nu-ù «je remue» ($ 109°,5). el ces verbes en possèdent effectivement.

3 Comparez les formes analogues en lithuanien ($ 533) et les aoristes arméniens en éi ($ 183”, s).

en slave, cachées au milieu de l’aoriste, deux formes de l’ancien imparfait sanscrit et grec. |

$ 567. Aoriste des racines da et bü, en ancien slave.

Les aoristes dachü «je donnai» et 631xx büchä «je fus» ménitent une mention spéciale : non-seulement ils prennent, comme toutes les racines finissant par une voyelle, le verbe substantif sans le secours d’une voyelle de liaison, mais ils conservent la siflante de la deuxième et de la troisième personne, en la combinant avec la désinence moyenne T3 #!. On a donc da-s-tù «tu donnas, 1] donna», bü-s-tù «tu fus, 11 fut »°.

Au lieu de la forme moyenne büstü, on trouve souvent, dans des manuscrits glagolitiques du xiv° siècle, sucu bis; Miklosich®? fait remarquer qu'il faut lire 6z1ch büsi, car les documents en question confondent souvent 4 et x1. Cette forme bisi ou büs: est employée pour la deuxième comme pour la troisième personne. La désinence # s'accorde très-bien avec les désinences sanscrites st-s, sf-t de la première et de la quatrième formation. Ainsi, #4 6d, d'après la première formation, ferait dbd-5-am, dbd-êt-s, dbd-st-t.

Je fais suivre la conjugaison complète de l'aoriste des racines

slaves da et bi :

SINOULIER. DUBL. PLURIEL.

- mm, qe da-chà bu-chä da-chové bü-cho-vé da-ch-o-mù bü-ch-0-mù da-otè obü-s-t& da-s-ta bü-s-ta da-s-te bü-s-te da-o-tà bu-s-tù da-s-ta bù-s-ta da-8-aù bu-i-an.

1 Voyez $ 513, remarque 2.

3 Les formes correspondantes en sanscrit seraient : dddsids, éddsia; ébééids, ébééte (avec gouna). Les racines en 4 (comme dd) ne peuvent prendre la première formation de l'aoriste qu’au moyen; les racines en 4 (comme Bd) ne la peuvent prendre ni à l'actif, ni au moyen.

3 Théorie des formes de l'ancien slave, $ 258.

4 Nous faisons abstraction du vriddhi qui serait exigé ici en sanscrit.

$ 568. Les aoristes grecs édwxa, éômua, fxa.

La gutturale qui remplace une ancienne sifflante dans le slave dachü et dans les formations analogues, rappelle le x des aoristes grecs Edwxa, Eônxa, #xa. Ce qui est de règle, en ancien slave, à la première personne des trois nombres, a bien pu arriver accidentellement en grec : nous voulons dire le changement d’une silante primitive en gutturale. Nous supposons donc que #uxa est pour édwsa, soit que le a se soit transformé tout d’une venue en x, soit qu'un x ait pris place aux côtés de la sifflante qui aurait fini par disparaître; #wxa viendrait alors de Æwoxs. Peut-être aussi un x était-il d’abord venu se placer devant le v, comme dans Éÿ» pour où (= sanscrit sam «avec»), en sorle que édwxa serait pour #wËz; de même, le latin cum, s’il est le congénère de Er, aûv, 44 sam, doit peut-être s’expliquer comme étant pour zum.

$ 569. Le s du verbe auxiliaire changé en &, à l’impératif lithuanien. — Le x du parfait grec. — Le o du parfait passif, dans la même langue”.

Ce n’est pas seulement en grec et en ancien slave que nous trouvons le s de l’aoriste changé en gutturale : le lithuanien nous présente une forme de même famille, où, à ce que je crois, un s primitif a été remplacé par un k. Je veux parler de l'impératif, qui représente le précatif sanscrit ou l’aoriste de l'optatif grec ; on a, par exemple, dûk «donne», dükite « don-

! Comparez le x qui s'est introduit, en grec, dans l'imparfait éoxov, éuxe, et en latin, dans le futur archaïque escit. Rapprochez aussi les imparfaits et les aoristes comme diveveoxe, xahéeoxov, xahéoxero, éAaoxe, daodaxero, dans lesquels il est impossible de méconnaltre la présence du verbe substantif : les formes en oæ-oxor, aa-oxounv le contiennent deux fois.

? L'auteur recherche quels sont, dans les différentes langues indo-européennes, les temps formés comme le slave dachà, et il est amené de la sorte à parler de certaines formes verhales qui n'appartiennent pas à l'aoriste. —- Tr.

3 Voyez $ 926.

nez», en regard du sanscrit düstdodm « que vous eussiez donné » (précatif moyen). |

Mais si le x de Eduxa, Ænxa, fxa est sorti d’un &, soit immédiatement (ce que je croirais le plus volontiers)!, soit par l'intermédiaire de ox ou Ë, nous sommes amenés à nous demender si le x des parfaits comme dédwxa ne provient pas luimême d'un o, et par conséquent du verbe substantif. Il est vrai qu’en sanscrit le parfait ne se combine pas avec la racine as; mais celte circonstance importe peu, car tous les temps, au fond, ont le même droit de recourir à la copule ($ 526). Nous voyons, par exemple, qu'en grec les imparfaits comme #5{ov et les aoristes comme £dwr se combinent, à la troisième personne du pluriel, avec le verbe substantif ($ 553), quoiqu’en sanscrit les formes correspondantes s’en abstiennent. À l'imparfait, certains dialectes grecs se servent de la forme #oxo ($ 568), et le latin de la forme bam ($ 526), quoique le sanscrit, au même temps, se prive absolument du secours du verbe substantif. Il n’est donc pas étonnant que le parfait grec emprunte un verbe auxiliaire, tandis que le parfait sanscrit emploie une forme simple.

Comme la racine du verbe attributif porte déjà, au parfait, le poids du redoublement, le x ne vient se joindre qu'aux thèmes où 1l trouve le plus aisément accès, c'est-à-dire après une voyelle ou une liquide : nous avons, par exemple, Saxe, æePlanxa, EP0apxa, Eolalxa, épayxa, mais non rérurxa, æéæhexxa. Pour éviter ces combinaisons trop dures, le x, par une sorte de substitution analogue à celle des consonnes germaniques, est devenu h, et en se joignant, sous cette forme, à la consonne précédente, a changé le æ ou le B en @, le x ou le y en x: on a donc réru@a pour réruw-d, venant de rérvr-xa; wé -

1 Sur le changement inverse d'une gutturale en ©, voyez $ 10g°, 2. 1 Voyez S #7, 1.

sheyxa pour æérex-d, venant de œéwhsx-xa. Quant aux dertales, la langue a préféré les sacrifier complétement au x : nous avons ésuxa pour #feudxa, œémesxa pour æéxeiôxa.

Au passif, où les désinences sont plus pesantes, le verbe auxiliaire devait plus difficilement trouver accès. En regard des parfaits actifs en x, nous ne trouvons point de parfaits passifs ea xapas (ou cap, avec maintien de la sifflante primitive), de même qu'en regard de édléocar, Eocas on n'a point édidécanre, édécayro. On pourrait toutefois admettre que le & de reréseuæ, Éoxacuai, fvvouu, qu'on explique ordinairement comme une insertion euphonique, appartient au verbe substantif !; nous voyons, en effet, qu'il est traité exactement de la même manière que le o qui tient la place d'une dentale radicale (#ÿevopos, œémsso-pas) et qu'il tombe seulement devant un autre o (æéxes-ou, rerée-oœs). Dans les verbes en », il y a lutte entre le » et le o. À la première personne, une forme æéfasouas étant impossible, 11 fallait opter entre æéfa-ouu où eéfas-pu (comparez déypaupes, etc.) : c'est æéfa-ouxs qui l’a emporté. Au contraire, à la troisième personne, on dit séfas-res et non æéQa-olas.

Les substantifs comme Pdoua, résoux, rehsoflns ne sont pas une objection suflisante contre l'explication que nous venons de proposer. Sans faire dériver ces noms du parfait passif, on peut admettre cependant que la langue grecque, une fois habituée aux groupes ou, a, les a introduits dans des formes où ils n'avaient pas la même raison d'être que dans le temps en question.

$ 570. Quatrième formation de l’aoriste sanscrit. — Tableau de cette formation.

La quatrième formation sanscrite donne lieu à peu de com-

! Ce o se trouve surtout après une voyelle brève, quelquelois cependant après une longue (#xououas).

paraisons avec Îles langues de l'Europe. Mais elle est importante en ce que le verhe substantif s’y étale tellement qu'il est impossible de ne pas reconnaître sa présence. Dans les formes comme dyd-sisam «j'allai», il occupe la plus grande partie du mot, et 1l présente deux fois sa consonne radicale; il en est de même aux autres personnes, excepté à la deuxième et à la troimème du singulier, où nous avons dyd-sts, dyd-stt (au lieu de dydsis-s, dydsis-t) pour la même raison que, dans la troisième formation, on a dbôd'is, abédit 1.

La conjugaison complète de dyässam est :

SIRGULIES. DUEL. - PLUBIEL.

dyd-sisam dyd-siéva dyd-siima dyà-sis dyd-siâtam äyd-siéta ayà-stl dyd-siétim dyd-silus.

) 573. La quatrième formation est inusitée au moyen. — Elle n’est employée à l'actif qu'avec des racines finissant par une voyelle ou par m.

Au moyen, cette formation de l'aoriste n'existe pas ou est sortie de l'usage. Les désinences du moyen étaient probablement trop pesantes par elles-mêmes pour être ainsi surchargées; c'est an motif semblable qui fait qu’en grec la syllabe ca de édidoga-v, Édo-ca-» ne se trouve pas au passif éd/do-vro, #do-»50 ($ 553).

Même à l'actif, la quatrième formation n’est pas usitée pour les racines finissant par une consonne, excepté ram «jouer», nam «sincliner», yam « dompter». Mais comme m se change, devant un s, en anousvära (ñ), c'est-à-dire en un son très-faible, il n’y a pas grande différence, à l'égard de la pesanteur, entre dyd-sisam (racine yd) et drañ-s15am, dnañ-sisam, dyañ-sisam.

1 Voyez $ 560.

Remarque. — Origine de la quatrième formation. — On doit se demander comment le sanscrit est arrivé à la forme sisam : cette question peut être résolue de deux manières.

Ou bien (c'est l'explication que j'ai admise autrefois) sam sera la syllabe principale et si une syllabe réduplicative ‘; ou bien il faut regarder sen comme étant venu se surajouter à la deuxième formation de l’aoriste, dans laquelle on avait cessé de sentir la présence du verbe auxiliaire. Selon cette seconde explication, que je regarde aujourd'hui comme la plus vraisemblable , la syllabe sa”, qui, à elle seule, représente déjà le verbe subetantif, s'est fait suivre de nouveau du même verbe, à peu près comme serpserni (pour serpsesunt) * en latin. Cette syllabe sa s'est ensuite affaiblie en si. En conséquence, sifam serait pour sasam, sifva pour sasva ou sdsva, sièma pour sasma ou sdsma, siêtam pour sastam, etc.

Il y a, en sanscrit, une racine qui nous présente, à certaines personnes, le même genre d'altérations phoniques : c'est la racine STY sds «gouverner » , qui fait au duel stétäm, #ié{äm, au lieu de séstm, sdstäm , et au pluriel #éfà, au lieu de sdsta.

À la troisième personne du pluriel, nous trouvons dyd-siéus, au lien de äyd-siian. On a vu précédemment que us est une désinence plus légère que an ($ 462) : la racine, déjà chargée par la répétition du verbe auxiliaire, « dû choisir les formes les moins pesantes. De même, la racine précitée sds, qui aime les formes affaiblies, fait à la troisième personne du plurid de l’imparfait dsds-us.

Nous avons aussi en grec des exemples d'un auxiliaire joint deux fois au verbe principal. Ce sont les aoristes ioniens comme &}éaoxe (pour #lass, venant de #Aaoar), daéoxero (pour éèécaro). La suppression: de l'augment dans ces aoristes et dans les imparfaits analogues a probablement pour cause la surcharge résultant de la répétition du verbe auxiliaire*.

1 Sous l'influence de l’ précédent, le s de sam se change en 4($ 21°).

3 La méme que nous trouvons, en grec, à l'aoriste premier ($ 555).

3 Voyez $ 553.

4 Dans la troisième édition de sa Grammaire sanscrite (1863), M. Bopp propos une nouvelle explication, qu'il préfère aux deux précédentes. Le premier s des formes comme dyânéam appartient au verbe substantif; mais il a fini par faire corps avec le verbe principal, de sorte qu'au lieu de yd, c'est yds qui cst considéré comme racine. En faisant prendre à yds l'aoriste de la troisième formation, on a eu éyés-r-éen, comme bud fait ébéd-i-éam. Grammaire sanscrite, $ 371, remarque. — Tr.

$ 572. Exemples de la première et de la deuxième formation en zend.

En zend, les aoristes qui joignent le verbe substantif à-la racine sont rares. Comme exemples de la première formation nous citerons : sex…y parsta, deuxième personne du pluriel actif de la racine par «détruire» = sanscrit par, pf; se=yç mañsta «il parla » = sanscrit émañsta «il pensa » (racine man !); c'est un aoriste moyen; spas) rusta «1l se leva», également un aoriste moyen de la racine rud (en sanscrit ruh)?.

La forme ses» dasta «il donna » n'appartient pas à l’aoriste, mais à l’imparfait; elle répond au sanscrit ddatta (pour adad-u, venant de adadä-ta = édido-ro), dont le premier t doit, en zend, devenir un # ($ 102).

Comme exemple d'un aoriste de la deuxième formation, on peut citer tawsat, troisième personne du singulier actif de la racine tap «brûler»; rapprochez-en les aoristes grecs comme Ærur-0t.

S 573. Cinquième formation, en sanscrit. — Aoriste second en grec. — Restes de cette formation en arménien. — L'augment en arménien.

Nous passons aux formations sanscrites qui sont représentées en grec par l'aoniste second. Selon l'ordre adopté dans ma Grammaire sanscrite, ce sont les cinquième, sixième et septième formations.

La cinquième formation ajoute immédiatement les désinences personnelles à la racine : elle ne se distingue de l’imparfait que par l'absence de la caractéristique de la classe. La même diffé-

1 La racine sanscrite man «penser» prend en zend le sens de «parler»; comparez le dérivé a\dgc mañira «discours».

? Voyez Burnouf, Etudes sur la langue et les textes zends, page 307. Le «4 s de 20) rusta est la transformation euphonique du d' de la racine; rusta est donc

formé comme le sanscrit ékéipta pour dkéipsta ($ 543), comme dtutta pour diutsta. — Sur le sanscrit ruk , pour rud', voyez $ 23.

rence qui existe en grec entre Ædwv et 40{dw» se retrouve en sanscrit entre ddâm et ddadäm, et en zend entre 64 daim et . mb dadaim !. Âu grec #1», bons, Fo‘ln répond en sanserit , dsläs, dstât, tandis que l’imparfait est dtisfam, dtistas, dtelat (S 508). Au grec #ny répond en sanscrit ddäm, tandis que l'imparfait ér/{n» est représenté par ddadäm. Au grec #@ÿ-», EQ0-s, 8@0-(r) répond le sanscrit dbds-am (pour dbd-m ?), dbé-+, dbd-t, pendant que l'imparfait ÆQu-0-», £fu-e-s, EQu-e est représenté par dbav-a-m, dbav-a-s, dbav-a-t.

À cette formation appartient, en arménien, l’aoriste &ewe e-tu = sanscrit ddâm, grec uw, deuxième personne e-tu-r (pour e-tu-s), troisième personne 6, troisième personne du plurid e-tu-n ° = dorien #-do-vt.

On peut comparer :

SIROULIER. PLURIEL.

ddäm éôny edi° dd'â-ma ibepes oda dd'4-s éôn-s ede-r dd'â-ta éôere edi-d éd'4-t 07 ed ad'-us d0e-v edi-n.

À la même formation appartient encore en arménien &4k eh

1 Sur le d', tenant en zend la place d’un d, voyez $ 39.

3 Voyez $ 437, remarque.

3 Voyez $ 183 *, s. La voyelle radicale a est affaiblie en # comme en latin dans le subjonctif archaïque duim. À la troisième personne du singulier e-t, la voyelle radicale est supprimée.

4 Dans les formes spéciales, le verbe arménien supprime la voyelle radicale devant la caractéristique ne ($ 496); exemple : ex4£&J” d-nem «je place». À l’aorisie, comme on peut le voir par le tableau que nous donnons, la voyelle radicale est tour à tour @, t, e, ou bien elle est supprimée.

5 Voyez Schrôder, page 132. — En ce qui concerne l’affaiblissement de l'a redical en :, compares ls du latin tradi-s, tradi-t, tradi-mus, ou mieux encore celui de crédi-s = érad-dadd-si ($ 633).

je vins»! = sanscrit dpé-m, grec &6n-v; deuxième personne hr ?, troisième personne ekn °. |

L'augment ne s'est conservé, en arménien, que devant les ormes monosyllabiques® : les formes polysyllabiques, à cause le leur poids plus considérable, s’en sont débarrassées. En conéquence, le seul temps qui à toutes ses personnes nous présente ’augment, c’est l'aoriste des trois verbes que nous venons de ater. L'augment se trouve en outre à la troisième personne lu singulier de l'aoriste de quelques verbes irréguliers, comme mes « vidit»°. Devant a et 6 l’augment s’allonge en £ é; exemples : Eawd- éaÿ «il conduisit » 7, £od- 4 «il oignit»#. Cet allongenent se trouve aussi assez souvent devant une consonne: xemples : &rkk ébek ou ebek «il brisa»°; étes ou etes « vidit »; lber ou eber «il porta »; éker «1l mangea » !°.

Les racines commençant par £ e n'ont pas d'augment à ’aoriste. Je crois pourtant, en comparant lé de l’imparfait £f é: j'étais» à le bref du présent em «je suis», reconnaître dans et #, comme dans ln du grec #, une contraction de la voyelle adicale et de la voyelle de l’augment. Il y a aussi, à ce qu'il ne semble, un augment temporel dans £9 &f «il descendit»; à

! Présent ga-m, $ 436, 4.

% Avec maintien de l’: qui, dans eds-r, s'est changé en e.

3 D'après l'analogie de et «il donna» et ed «il plaça», on aurait attendu une troiième personne ek. Peut-être le n de ekn représente-t-il le m de la racine 3TX gam aller» — gothique gvam «venir», proche parente de TT gd (même sens).

* Petermann, Grammaire arménienne, page 196.

# Encore faut-il excepter le première personne du pluriel tuag enous donnâmes»,

pui, étant dissyllabique, est privée de l'augment. On a, au contraire, e-dag «nous daçimes», c-kag e nous allâmes».

* Ona, au contraire, tesi evidi», teser «vidistir; de même au pluriel, — La preaière personne du présent est tesanem «je voisn ($ 496).

7 Première personne ai (en grec dyw, en lalin ago, en sanscrit ag ealler»).

* Première personne 6 (en latin ungo, en sanscrit añg «oindre»).

* Schrôder, Thesaurus, page 122. Comparez le sanscrit bañg «briser».

19 Schrôder, Thesaurus, page 125. Comparez le sanscrit gar, gr «dévorer».

la première personne, cet aoriste, qui d’ailleurs est seul de son espèce, fait #1; le présent est 19-ane-m ($ 496). Dans 4, l'ancien a de l'augment s'est contracté, d’après les lois phoniques du sanscrit, avec li de la racine !. Ï1 ne se présente pas d'autre occasion dans la conjugaison arménienne pour une contraction de ce genre, car 1l n'y a pas d'autre verbe commençant par un s radical qui ait à l’aoriste une forme monosyllabique.

$ 574. Restes de la cinquième formation, en ancien slave.

En ancien slave, 1l reste également quelques débris de la cinquième formation sanscrite. Tel est, par exemple, da «tu donnas, il donna »?; au contraire, la forme da-s-tü (même sens) est, comme nous l'avons reconnu, un aoriste moyen de la première formation *. À la deuxième personne, si l’on fait abstraction de la perte de l'augment, da s'accorde aussi exactement que possible avec le sanscrit d-dd-s = grec &-dw-s; à la troisième personne, da répond à d-di-t = grec &-dw : la suppression de la consonne était obligée en ancien slave. Citons encore l’aoriste 531 bü «tu fus, il fut», qui répond au sanserit d-bd-s, d-bd-t, au grec #&-Qu-+, &-Qù * : nous avons vu qu'il s’est également conservé une forme moyenne bü-s-tà.

$ 575. Sixième formation de l'aoriste, en sanscrit. — Comparaison avec le grec, le lithuanien et le latin.

La sixième formation sanscrite se distingue de la cinquième en ce qu'elle insère un « entre la racine et la désinence personnelle : cet a est traité exactement de la même manière que la

! Voyez $ 183", 4, où nous montrons une contraction analogue à l'ablatif singulier des thèmes en 1.

2 Miklosich, $ 248.

3 Voyez $ 512, remarque 2.

* Voyez $ 572. — Je rapporte le lalin fui à la sixième formation ($ 577).

ractéristique a de la première et de la sixième classe !. Pour s verbes de la première classe, entre cet aoriste et l'imparfait,

n’y a donc d'autre différence que l’absence du gouna. Ainsi 5 « blesser» (classe 1) fait à l'imparfait drés-a-m (= drais-a-m) et

l’aoriste dris-a-m. (est le même rapport qui existe entre \esm-o-v et Éum-0-v. La racine bud «savoir» (classe 1) fait à imparfait dbôd-a-m (= dbaud-a-m) et à l'aoriste dbud-a-m; c’est » même rapport qu'entre &Pevy-0o-v et ÉPuy-0-v.

À cette formation appartiennent, en lithuanien, les aoristes es verbes primitifs, quand ils ne passent pas, au temps en uestion, dans la dixième classe ($ 506). Ainsi likat (racine k) «je quittair répond au grec #umov et au sanscrit dricam racine ri? «abandonner») et est avec son présent leku ® dans » même rapport que ëemov avec Àsémw. Certains verbes qui nt un 1 à l’aoriste prennent un e brel au présent; mais cet e ent très-probablement la place d'un ancien &*. Le cas ne se résente, du reste, que pour bredu «je traverse à gué [une riière|», aoriste bridaü, et pour des racines terminées par deux onsonnes, comme kerté «je taille», aoriste rtaûS. Dans cerins verbes comme kylu (y = i) «je m'élève», aoriste kilat, le résent allonge la voyelle, au heu de la frapper du gouna, ou ien il prend, comme dans les langues germaniques, un : pour oyelle du gouna, de sorte qu’on a {= 1 +1°. [l ÿ a aussi des erbes qui ont à l'aoriste un y (prononcez 1) et qui, au présent, rennent le gouna; exemple : mëzu «mingo »?, aoriste myzau. es aoristes des verbes en tu ($ 499) sont avec leur présent dans

1 Vovez $ 109°, 1.

3 Pour rik.

3 Sur é pour a, voyez $ 193.

4 Voyez Schleicher, Grammaire lithuanienne, $ 113, 3. 5 En sanscrit kart, krt «fendre».

‘ Voyez $ 27.

Racine sanscrile mih,

le même rapport qu'en grec érûs-0-usr avec rüw-To-uer; exemple: dus-0-me « nous nous refroidtmes», présent dus-ta-me.

Dans les verbes sanserits de la sixième classe, la formation en question se confondrait nécessairement avec l'imparfai, puisque ces verbes ne prennent pas le gouna dans les temps spéciaux!. Aussi ne rencontrons-nous cette formation de l’aonste que pour un petit nombre de verbes irréguliers qui, aux temps spéciaux, insèrent une nasale, et la suppriment dans Îes temps généraux. Tel est, par exemple, le verbe kp «oindre», qui fait à l'imparfait dimpam et à l'aoriste dhpam; tel est encore lp «couper», qui fait à l'imparfait dlumpam et à l'aoriste dlupam?.

Le même fait se présente en lhthuanien : nous avons, par exemple, l’aoriste kp-a-4 eje collai» (pour kp-a-m, $ 436, 1) = sanscrit dip-a-m, et le présent kmp-ù (pour limp-a-mi) = sanscrit imp-d-mi.

En latin, je rapporte à cette formation les parfaits /Xdi, scidi’, dont la troisième personne fid+-t, scid-1-t s’accorde très-bien avec le sanscrit dhid-a-t, d£id-a-tt. Je regarde aussi tüh comme un aoriste de la sixième formation : il répond, quant à sa racine, au sanscrit ge tul (classe 1) «soulever», qui ferait à

1 Voyez $ 109°, 1.

2 Comparez le latin rumpo, rdpi, ruptum.

* Sur les désinences de la première et de la deuxième personne, voyez $$ 546 et 554.

4 Si les racines sanscrites Üid, Ed suivaient l'analogie de hp, lup, elles feraient à l'imparfait détnd-at, dfind-at; mais elles appartiennent à la septième classe, qui devant les désinences légères insère la syllabe na ($ 109, 3). Il y a d’ailleurs ane proche parenté entre les racines de la septième classe et les racines comme kp, lue.

# Il est vrai qu'à côté de tuli, nous avons conservé une ancienne forme tetuli (compares le sanscrit didtulam, de tul, classe 10). Mais cela ne nous oblige point à admettre que täli vient de ‘#tuli : les deux formes peuvent être également anciennes, comme en sanscrit le même verbe peut adopter tour à tour à l’aoriste plusieurs des sept formations. Pour tetuli, il faut supposer un ancien tutuk (comparez tutuds), qui aurait pu donner, en se contractant, ttilr,

l’aoniste dtulam, s'il suivait cette formation. À fidi, scid!, tüh, je joins encore bibi : car quoique btbo soit une ancienne forme redoublée, comme on peut le voir par le sanscrit pévémi (védique pibämi, pour pipdmi), 11 n’en est pas moins traité en latin comme s’i venait d'une racine hb?.

En grec, les aoristes comme #a6ov, Eyadoy, Aafoy sont avec leurs imparfaits é\tu6avor, éxdvdavor, é\dvbavor dans le même rapport que les aoristes sanscrits dhpam, dlupam avec les imparfaits dlimpam, dlumpan : 11 y a seulement cette différence qu'outre la nasale insérée dans la racine, le verbe grec, à l'imparfait, présente encore la syllabe av, qui est également supprimée à l'aoriste.

Comme verbe de la cinquième classe, nous citerons #ak « pouvoir», dont l’imparfait est dsak-nav-am et l'aoriste dfak-a-m : le rapport entre ces deux formes est le même qu'entre éeÿyvur et &Ruynv, éplyvur et éulynv, érifyvur et éxdyny.

Comme exemple de la neuvième classe, nous citons kh£ « tourmenter», dont l'imparfait est dkhs#-nâ-m et l’aoriste dkhs-a-m : le rapport entre ces deux formes est le même qu'entre édau-vn-v et dédunr.

Enfin, pour la quatrième classe, on peut prendre comme exemple la racine sd «suer » qui fait à l’imparfait dsvid-ya-m et à l’aoriste dsud-a-m. Nous avons de même l'imparfait #6ah0-» (par assimilation pour #6aà-j0-»°) en regard de l’aoriste ë6ah-0-v.

$ 576. Restes de la sixième formation, en arménien et en ancien slave.

À la sixième formation sanserite appartiennent, en arménien, tous les aoristes seconds qui ne sont pas, comme etu, eki, ed,

1 A côté duquel on trouve l'archaïque acicids. 2 C'est ce qu'on voit, par exemple, par le supin bi6-5-tum. 3 Comparez éAos pour djos ($ 19).

TA 1h

de la cinquième, ni comme le seul swpesph arari ($ 587) je fis » de la septième formation. La voyelle a qui, en sanscrit, s'intercale entre la racine et la désinence personnelle, est affaiblie en 1 !, excepté à la deuxième et à la troisième personne du singulier, et à la deuxième du pluriel. A la seconde personne du singulier, c’est un £ e qui remplace l'a sanscrit, comme cela arrive très-souvent en arménien. À la troisième personne, la voyelle est supprimée; mais, en revanche, la forme devenant monosyllabique, l'augment reste. À la première personne du pluriel, l’ancien a est maintenu, peut-être parce que la voyelle s'allonge en sanscrit dans la forme correspondante ( d/ip-d-ma), ou par copensation pour la perte du signe personnel ?.

A la rigueur, il ne faudrait citer 1c1 que les verbes arméniens qui ont un thème plus plein pour les temps spéciaux, comme, par exemple, test « je vis», odfr 66: «unxi», harä « j'interrogeai», qui font au présent tes-ane-m, 6@-ane-m, hari-ane-m. Quant à la plupart des verbes arméniens, je regarde leur aoriste second comme originairement identique avec l'imparfait sanscrit et grec. Nous avons déjà montré ($ 449) que le temps appelé impératif prohibitif est en réalité un imparfait. De même que l’arménien mi ber-e-r « ne porte pas» répond au sanscrit md bar-a-s (même sens), de même ber-e-r «tu portas » répond à dbar-a-s (= £Pep-e-s). La troisième personne du pluriel ber-1-n s'accorde très-bien avec le zend bar-ë-n (ou abarën) , le sanscrit dbar-a-n, le grec #@ep-0-»°.

On peut consulter le tableau comparatif suivant :

1 Comparez, à cet égard, les formes latines comme fid-1-t — ébid-a-t.

3 Ag pour amg ($ hho). Petermann explique de la même manière la forme &qu'on trouve, à la seconde personne du pluriel, à côté de 5-g.

$ Au sujet des aoristes en 4f £t, qui correspondent aux imparfaits sanscrils des verbes de la dixième classe. voyez $ 183 °, «. Sur le même fait en lithuanien, voyez $ 543.

Sauserit. Zend. Arméaien. Grec.

dbar-a-m bar-ë-m ber-1- épep-0s dbar-a-s bar ber-e-r ÉPep-e-s dbar-a-! bar-a-d eber éPep-e

dbar-4-ma bar-4-ma ber-a-g' ëQép-o-uev dbar-ata bar-a-ta ber-i-g* ëpép-ere ébar-a-n bar-ê-n ber-1-n épep-c-v.

De même qu'en arménien les seuls verbes qui aient de véritables aoristes de la sixième formation sont ceux qui répondent plus ou moins exactement à la neuvième classe de conjugaison sanscrite ($ 496), de même, en ancien slave, les seuls aoristes de cette formation appartiennent et ne pouvaient appartenir qu'aux verbes comme güb-nu-h, güb-ne-ñ ($ 497). Par la suppression de la caractéristique et par l’adjonction d’une voyelle de liaison, on forme, en ancien slave, des aoristes seconds * tels que dng-ü «je remuai» (présent duig-nu-h).

On peut comparer, comme modèles de cette formation, le sanscrit dstab-a-m ej'appuyai, j'arrétai» (présent stab-nd-mi) *, le grec #dax-o-» (présent ddx-»w), le lithuanien gaw-a-ù «j'obtins» (présent gdu-n-u)° et l'ancien slave dui-g-ü (présent

doig-nu-i).

Voyez $ hho.

32 Ou ber-é-q. Voyez page 210, note 2, et $ 4h.

3 Miklosich. qui les a le premier mis en lumière, les appelle des aoristes furts.

4 Racine stamb, dont le m est supprimé, non-seulement aux temps spéciaux, mais encore à quelques Lemps généraux. Je soupçonne une parenté entre celte racine et le causatif sidp-dyd-mi «je mets debout», de la racine sid «être debout» ($ 747). L'espiration du aurait passé sur la labiale (p) qui, de consonne sourde (p), serait devenue sonore (b') et se serait incorporée à la racine.

* Voyez $ 497. La diphthongue au s'est changée en aw, comme en sanscrit lé (= au) de gé «bœuf» devient av dans gév-é «bovi».

Sanserit. Grec. sLithuanien. Ancien slave.

dstab-am &ôax-0-v gaw-aù doig-àdstab-a-s édax-e-s gaw-a— doif-e-"" dstab-at édax-e géw-a-’ driÿ-e—” dstab-âva ........ géw-0-wa dvig-0-oê

dstab-aiam édéxe-ror géw-6-ta doig-ela dstab-atäm édax-é-ryy Comme ausing. dvig-e-ta

dstab-dma éd4x-o-uer gäm-5-me doig-0-mi astab-a-ta édax-s-re gäm-5-te drté-e-te dstab-an d3ax-0-v Comme au sing. doig-u-à.

$ 577. La sixième formation, dans les verbes terminés par une voyelk, en sanscrit, en latin et en lithuanien.

Les racines sanscrites finissant par une voyelle prennent rarement la sixième formation. Les grammairiens indiens posent la règle que devant la voyelle de liaison il y a suppression de la voyelle radicale finale, excepté pour % r et ww f. Ils citent comme exemples dévam «je grandis », dhvam «+ j'appelai», qu'ils font venir des racines #i et hvé?. Mais je crois que ces aoristes dérivent des racines fu, hu, et je les regarde comme des formes irrégulières pour déuv-a-m, dhuv-a-m°.

D’après le même principe, le latin a les parfaits fuvtt et pluv-it, pluv-sse. Le v de ces deux dernières formes n'appartient pas à la flexion, comme dans ama-ui, audi-ui : c’est ce qui ressort des substantifs pluv1a, pluv-iusS.

1% f par euphonie pour g, à cause de l'e suivant.

3? Pour hvd. Voyez $ 109", a.

? Il est de règle que l’u ou là final des thèmes monosyilabiques devienne wv devant une voyelle. On a vu ($ 502) un fait analogue pour l'i. Comparez aussi l'aoriste de la septième formation ddudruv-a-m «je courus», de la racine dru.

# Fuvimus dans Ennius, fuvisset chez Cicéron.

5 Comparez diluv-ium, diluv-ies. Au contraire, des formes comme ama-vis, audi via sont impossibles.

En lithuanien, la racine bü «être » (futur bü-siu) fait à l’aoriste büw-a-ù «je fus». Sont formés de même les aoristes : pütv-a-ù «je pourris»; £üäw-a-d «je succombai » (présent éüw-u, infinitif dut); kliüwo-a-d «hæsi» (présent klüw-4ù, infinitif klt-4); grüa «je m'écroulai» (présent grüw-uù, infinitif grä-4).

$ 578. La sixième formation, en send.

En zend, il est très-difficile de distinguer avec certitude si une forme appartient à l'imparfait ou à la sixième formation de l'aoriste. Au moins cela est-il presque impossible pour certains verbes tels que sanad «il frappa». Comme la racine sanscrite han (= zend san ou gan) appartient à la deuxième classe de conjugaison, l'imparfait est dhan (pour dhañ-s, dhan-t, $ 94). En zend également, cette racine suit ordinairement la deuxième classe : ainsi nous avons gatnh «il frappe », sainté (même sens)?. Il semble donc que sanad doive être un aoriste. Mais d’un autre côté, nous trouvons en zend des formes où san ou gan est conjugué d’après la première classe; exemple : ganait. Conséquemment on peut aussi regarder sanad comme un imparfait. Mais même en rapportant san à la deuxième classe, on peut encore expliquer sanad comme un imparfait formé d’après l’analogie du sanserit

drôdat «il pleuraitr et du zend gseyzæ anhad «il était» (S 53a).

$ 579. Septième formation de l’aoriste, en sanscrit. — Comparaison avec le grec.

La septième formation sanscrite se distingue de la sixième par une syllabe réduplicative qui vient se placer devant la racine. Elle est représentée en grec par les aoristes comme &xe@vos,

1 Présent püw-à, infinitif pé-4. Comparez la racine sanscrite pdy «puer», d’où vient pd-ti-s « puanteur». Voyez Glossaire sanscrit, +° édition, p. 223. 3 C'est un moyen, à mains que la leçon ne soit fautive et qu'il ne faille lire gants.

éméPpadoy, éxéxherto, ainsi que par certaines formes privées d’augment comme réruxov, æér:00v. Nous avons déjà rapproché ($ 546) les parfaits latins tels que cucurri, tutudi, cecini, et nous avons fait observer que les formes comme céni, frén, fé, léni, fôdi, scäbi, vid, fügi cachent un redoublement ($$ 547 et 548).

La structure de l’aoriste grec Ere@vov est la même que celle de dpaptam «je tombai » !, pour dpapatam (racine pat « tomber»). En sanscrit comme en grec, la voyelle radicale est supprimée?.

La racine pat «tomber», que nous venons de mentionner, existe en grec sous la forme æer. Mais les deux langues ont suivi le procédé inverse, car le grec prend le redoublement au présent æile et à l’imparfait £r:xlov, et y renonce à l’aoriste Æxeoor (dorien &rerov), tandis que le sanscrit fait à l’imparfait épatam et à l'aoriste dpaptam. C'est donc l’aoriste redoublé épaptam qui ressemble à l'imparfait grec éxswlov, et c'est l’imparfait sanserit dpatam qui est le pendant de l’aoriste £rero».

$ 580. Allongement de la syllabe réduplicative on de la syHabe radicale, dans Îes aoristes de la septième formation.

À la septième formation appartiennent en sanscrit tous les verbes de la dixième classe et, par conséquent, tous les causstifs. Une sorte de loi rhythmique veut que la syllabe réduplicative soit longue et la syllabe radicale brève, ou mce versa : peu importe d'ailleurs que la voyelle longue le soit par nature (aci- Curam) ou par position (dpaptam). La même racine peut adopter les deux formes : ainsi, de la racine sil «faire» viennent les aoristes déisilam et dsistlam. Mais la plupart du temps l'usage a consacré exclusivement l’une des deux formes d’aoriste. C'est d'habitude le redoublement qui a la syllabe longue : ainsi &r « voler » fait seulement dcücuram.

1 Grammaire sanscrite abrénée, $ 382, remarque. * [La racine de éxe£ vor est Oer, d'où vient Povos. — Tr,

$ 581. Verbes sanscrits ayant l’aoriste de la septième formation.

Outre les verbes de la dixième classe, les causatifs, la forme précitée dpaptam, et quelques autres dont il sera question dans les paragraphes suivants, la septième formation ne compte que cinq racines, qui finissent toutes par une voyelle. Ce sont : fn caller», #1 «croître», dru «courir», #ru «entendre», snu « couler »!; elles font à l’aoriste : dfifriyam, dfifoiyam, ddudruvam, dfufruram, asusnuvan. |

$ 582. Contraction de la syllabe réduplicative avec la syllabe radicale, sanscrit et en zend, dans les aoristes de la septième formation.

Nous avons déjà fait remarquer que dnéfam «je succombai » (racine nas) contient un redoublement : dnéfam est sorti de dnani$am (pour dnana$-a-m) par la suppression du second n. Les parfaits latins comme cépi ont une origine semblable ($ 548).

Je reconnais aussi un redoublement dans WaTa& drécum «je parlai» (racine vac), quoique lé ait l'air de n’être qu'une modification de Ÿa radical. La racine sac supprime volontiers sa voyelle radicale et vocalise alors son v en u; nous avons, par exemple, au participe parfait passif, uktd, et au pluriel du prétérit redoublé dé-1-ma (pour u-uéima). Si l’on admet qu’à l’aoriste en question va s'est contracté en uc, véc s’expliquera très-bien comme venant de va-uc (pour va-vaé). Ainsi qu’on l'a vu plus haut ($ 580) pour dédéuram «je volai » (racine ur), la syllabe réduplicative, dans va-u-é, est plus pesante que la syllabe radicale.

Nous avons de même, en zend, çguhb vaucèém «je parlair, vaucad «il parla ».

1 Les racines snu «couler» et sr (même sens) ont une origine commune; elles ne diffèrent que par Îles liquides, qui, comme on l'a vu, permutent souvent entre elles ($ 30). Les formes grecques sont véw, »eé-couu et péw, beë-copu.

$ 583. L'aoriste drandam. — Liquide changée en nasale.

Je crois encore reconnaître un redoublement dans érandam «je blessai, je tuai» (racine rad’); les liquides r et n auraient permuté entre elles (drandam pour drardam) et l’a de la syllabe radicale draradam aurait été supprimé comme dans dpapiam, pour dpapatam. En ce qui concerne le changement d’un r en à, on peut rappeler le tongouse nima «cinq», en regard des formes rima, lima usitées dans les dialectes congénères. Rapproches aussi les formes intensives ga éaical (racine éal) et wgx éakéur (racine dar) où le l'et le r de la syllabe radicale sont remplacés par une nasale dans la syllabe réduplicative ! ; il en est de même pour le a du grec œiuxAnm, œluxpnms. Le changement inverse de "» en Î s’observe dans le sanscrit dé «souflier » comparé au

latin flare ?.

$ 584. Aoriste de la septième formation dans les verbes sanscrits commençant par une voyelle. — Comparaison avec le grec.

Les verbes sanscrits commençant par une voyelle redoublent, dans cette formation de l’aoriste, la racine tout entière : la première syllabe est nécessairement longue, la voyelle radicale venant se mêler à celle de l’augment ($ 529). Le même fait se présente en grec dans les aoristes à redoublement attique, comme #yayov, &popor. Il y a toutefois cette différence entre le grec et le sanscrit que ce dernier idiome, dans la seconde syllabe, exige toujours la plus légère de toutes les voyelles, à savoir un 1. Ainsi at «aller», ou plutôt son causatif atay, fait à l'aonste

1 Voyez Abrégé de la grammaire sanscrite, $$ 506 et 507.

? Le changement de r en n s'observe aussi en lette, si Pott a raison, comme je le crois, de rattacher à la racine dur-t «piquer» le substantif dunduris « frelons (Recherches étymologiques, 1°° édition, II, p. 690). Le mème savant suppose aussi

que le grec Séväpoy est pour dépêpor, et il en rapproche dpüs et le sanscrit drumé-s arbre» (Ibidem, Î1, p. 235).

am; äpay, causatif de ép «obtenir», fait äpipam !; fday, cautif de id «célébrer», fait éfdidam. C’est le même changement : l'a en 1 que nous avons observé dans les formes latines comme ntingo, let ($ 6). En grec, on peut comparer drsrélw, dynus, dminleuw pour érard\]w, bvévmu, bmonlevw,

L' remplace aussi, dans la seconde syllabe, un ®% u et un à radical, ainsi que les diphthongues qui renferment u. Par ‘emple, unday, causatif de und « mouiller » *, fait éindidam, et ; «diminuer» (classe 10) fait éuninam. Ces aoristes et les rmes analogues du désidératif prouvent que l’u est traité par langue sanscrite comme une voyelle plus pesante que li: itrement 1 ne remplacerait pas lu dans des syllabes qui tendent diminuer leur poids le plus possible. Ce sont, du reste, dans ute la grammaire sanscrite, les seules formes où un u, pour 1lléger, se change en 1. Ainsi les racines commençant par une msonne suivie d'un w le gardent invariable au désidératif, tans que les racines contenant un a le changent en : : en regard »# désidératifs comme pipatis «vouloir fendre» (racine pat fendre »), nous avons yuyuts «vouloir combattre» (racine yud' combattre »)*.

$ 585. Aoriste de la septième formation dans les verbes sanscrits finissant par deux consonnes.

Quand une racine finit par deux consonnes dont la première t une liquide, on conserve la liquide dans la syllabe réduplitive, mais on la supprime dans la syllabe radicale, pour alger le poids du mot; exemples : déndidam «je mouillai» pour

1 Comparez le latin ad-ip-iscor pour ad-ap-1scor.

3 Voyez Pott, Recherches élymologiques, 1° édition, IT, p. 690.

3 Compares le latin unda.

4 C'est par les formes comme dtindidam que j'ai pu constater que l’u, en sanscril,

plus pesant que l'i

ééndundam ($ 584), érfigam «j'acquis» pour érgargam (racine arg, classe 1 0). C'est d'après le même principe qu'en latin puago supprime sa nasale au parfait et fait pupun au lieu de pupuxn. La suppression de la nasale dans tetigi, tutudi est moins surprenante, car len n'appartient pas à la racine (S 109", 1) et dis" paraît aussi au supin et dans les formes analogues.

Si en sanscrit la première des deux consonnes finales est une muette et la seconde une sifflante, la syllabe réduplicative prend seulement la muette, tandis que la syllabe radicale garde l’une et l’autre; ainsi, de tksay, causatif de tks «voir», vient l’aoniste diéikéam (pour dikiksam! ou éikñksam). C’est d'après le même principe que nous avons en grec dAaAxov; formé selon l’anslogie de déndidam?, l'aoriste serait, au contraire, dAxaxoy ou fAXaXOy.

$ 586. Aoriste de la septième formation avec redoublement incomplet.

Il y a un petit nombre de thèmes verbaux de la dixième classe qui comptent deux ou plusieurs syllabes avant le complément causatif ay; mais l’aoriste n’admet dans le redoublement que ce qui peut être compris en une syllabe. Ainsi avadtray* «mépriser » fait à l’aoriste dv-avad tram. En grec, le même principe est suivi par les formes comme dà-4@a, dy-Wyepxa, tppuy a.

$ 587. Restes de la septième formation, en zend et en arménien.

Nous avons déjà plusieurs fois mentionné, en zend, un

aoriste qui appartient à la septième formation : re AU M uri-

! Dans la syllabe réduplicative, les guttureles sont toujours remplacées par des palatales.

1 C'est-à-dire avec suppression de la liquide dans la syllabe radicale. —. Tr.

* Avadiray renferme, à ce que je crois, la préposition ava; quant à dr, je le regarde comme élant de même famille que dydi «penser» , di «intelligence».

rudusa «tu grandis» ($ 469), de la racine rud «grandir» = sanscrit &g ruh!. L'a de l'augment, dans urdrudusa, est remplacé par un u : mais cet u est probablement le reste de la diphthongue au, qui, à une époque plus ancienne, se trouvait en tête de cette forme; dans au l'a représentait l’augment et l’u était le résultat de l’épenthèse ($ 46). Peut-être est-ce l'allongement de lu dans la seconde syllabe qui a entraîné la mutilation de la diphthongue initiale. On peut rapprocher les aoristes sanscrits comme acdéuram ($ 580), où c’est également la syllabe réduplicative qui est allongée.

Il y a aussi en arménien un reste de la septième formation sanscrite : c’est l’aoriste, unique en son genre, æpiuph ar-ar4 «je fis» (présent wnhbd" aÿ-ne-m). Cette forme l'emporte sur les formes sanscrites comme dt-1t-a-m ($ 584), en ce que l’a de la racine n’a point éprouvé d’affaiblissement dans la syllabe principale; ar-ar-1 rappelle, à cet égard, les aoristes grecs comme

fyayov.

$ 588. Signification du prétérit redoublé, en sanscrit et en gothique. — Emploi des verbes auxiliaires dans les langues germaniques.

Dans le sanscrit classique, comme nous l'avons déjà fait remarquer (S 513), le prétérit redoublé a ordinairement le sens de l’aoriste grec. Dans les Védas, il est souvent employé comme un véritable parfait : 1l a surtout ce sens quand il est précédé d’un pronom relatif ou de la conjonction hi «car» *. Néanmoins,

1 La racine sanscrite n'a gardé du d' que l'aspiration.

* Pour compléter le chapitre du parfait, il faut se reporter aux $$ 546 et suiv. 575, 577 ct 579, où il est question du parfait latin, et au $ 569, où l’auteur traite du parfait grec en xa. — Tr.

3 On a, par exemple, dans le premier livre du Rig-véda : yé... tatakénur manasd bari «qui... creaverunt mente fulvos [equos]» (xx, a); yad vd ’ham abidudrüha yail

le temps dont les Védas se servent de préférence pour marquer l'achèvement de l'action, ce n’est pas le prétérit redoublé, mais l'aoriste.

En allemand moderne, les prétérits non périphrastiques, comme ich schhef, ich ess, ich wuchs (de schlafen « dormir», heissen « appeler », wachsen « grandir»), qui sont les congénères du parfait grec et du prétérit redoublé sanscrit, ne s’emploient plus que comme des aoristes et des imparfaits. Le parfait est exprimé par les formes périphrastiques : 16h habe geschlafen, ich habe geheissen, ich bin gewachsen. En gothique, et dans les plus anciens monuments du vieux haut-allemand, ces formes à verbe auxiliaire n'existent pas encore! et le prétérit simple remplit à la fois l'office de l'imparfait, de l'aoriste, du parfait et même du plus-que-parfait. C’est au 1° ou, comme Grimm le fait observer, peut-être déjà au var siècle, que les auxiliaires commencent à se montrer. Le procédé est le même qu'en sanscrit, où l’on peu dire : gatf ‘sm: (pour gatas asmi) «je suis allé» et wkténdn asmi «j'ai dit» (littéralement «je suis dit ayant ») 2. Outre l’auxiliaire qui est devenu en allemand moderne haben «avoir», le vieux baut-allemand se sert encore pour ses parfaits périphrastiques du verbe eigan (même sens)°.

vd éépé « quod aut ego peccavi, quodve juravin(xxu1, 29 ); y ménuééév 4 yaéas cskré «qui hominibus decus paravit» (xxv, 15); yat té akrma e quod tibi fecimus» (xxn, 18); ydni dakéra «que fecit» (xxxit, 1); uruñ M rdgd varunas dakéra sérydye peslâm anvétavdi «longum enim rex Varunas fecit soli iter insequendo» (xxv, 8). De même que le pronom relatif et la conjonction ht semblent exercer une certaine influencesur l'emploi du prétérit redoublé, ils ont aussi le pouvoir de conserver au verbe son accent : suivant une règle de l’accentuation sanscrite, le verbe perd son accent quand il n’est pas à la tête de la phrase (voyez Système comparatif d'accentuation, remarque 37); mais accompagné du pronom relatif ou de la particule ki, il le gerde.

! L'auteur parle, bien entendu, de l'actif, car, au pussif, le prétérit gothique emploie toujours des auxiliaires. — Tr.

2 Voyez 5 513.

? Grimm, Grammaire allemande, 1V, page 149 et suiv. Le verbe eigan, à l'in-

$ 589. Le redoublement en gothique.

Dans certains verbes gothiques, le redoublement s’est entièrement conservé. Ce sont : 1° les verbes (d’ailleurs en petit nombre) dont la voyelle radicale est longue !; 2° les verbes qui ont au présent un a long par position. Ainsi slép « dormir» fait au parfait (première et troisième personnes du singulier) saislép?; vô «souffler » (= sanscrit vd) fait vatvd; hait «appeler » fait harhaïit; auk «augmenter» fait aiauk; fald «plier» (présent falda) fait farfalth 5.

Les verbes qui ont un & au présent, le remplacent tous, excepté saislép, par un 6 au prétérit. Ainsi téka «je touche » fait taiték; gréta «je pleure » (= sanscrit krand « pleurer ») fait gaigrét; lta «je laisse » fait luilôt; fléka «je déplore » (= latin plango) fait faiflôk; réda «je conseille » fait rairéth. Ce changement de voyelle n'a rien de surprenant, puisque l'é et lé sont l’un et l’autre les représentants de l'4 primitif ($ 69), comme en grec l'a bref est représenté habituellement par e et par o, et l'd long par n et par «. Il y a donc le même rapport entre tatték et téka qu'entre rérpoQa et TpéPo, Xforma et eirw, mémoida et weldw. Ebpwya et piyvum (S hg1). Le changement en question vient, je crois, de ce que l’o est une voyelle plus pesante que l'e; or, le parfait, qui a à porter le poids du redoublement, éprouve le besoin de fortifier le plus possible sa racine : nous voyons, en effet, que si le gothique a pu conserver le redoublement, c'est seulement avec celles de ses racines qui étaient le plus solidement constituées t.

dicaif, ne se trouve qu'au pluriel. Au subjonctif, il est employé dans les deux nombres.

1 I n’est pas question ici des verbes qui allongent au présent une voyelle naturellement brève, comme cela arrive, par exemple, pour ceux qui prennent le gouna.

3 Sur # pour s, voyez $ 86, 5.

3 Pour faifald (S 93°).

* Voyez $ hgo, remarque 2. J'avais supposé autrefois (Vocalisme, p. 4o) qu'au

222 FORMATION DES TEMPS, ÿ 590. Les parfaits gothiques véks et stétk.

Les deux seuls verbes gothiques qui aient perdu le redoublemenl, quoiqu au présent ils aient un « long par position, sont vahaja cje grandis» (= sanscrit vaks, rend dy» us) et standa «je suis debout ». Ils font au prétérit (première et troisième personnes du singulier) véhs, stôth. Le ja de vahsja devait tomber au parfait, étant la caractéristique de la classe (S 109°, 2). 1l y a donc le même rapport entre véhs et vahsja qu'entre le sanscrit nandfa et ndfyémi « je succombe ». Le parfait st6th supprime la nasale inorganique qui se trouve au présent standa !; mais il est irrégulier en ce qu'il conserve le th devant les désinences! : il fait, par exemple, stôthum «nous fûmes debout», au lieu de stédum que nous devrions attendre d’après l'analogie de bautk, budum (racine bud «offrir »).

$ 591. Les parfaits gothiques haïkak et faifak.

Si vahsja et standa ont perdu leur redoublement au parfait ($ 590), il y a au contraire deux autres verbes qui ont conservé la syllabe réduplicative, quoiqu'ils n'aient pas au présent un « long par position. Ce sont haha «je pends » et faha «je prends», qui font au parfait hathah et faifah. Mais dans tous les dialectes germaniques autres que le gothique, ces verbes ont au présent deux consonnes après leur a : on est donc autorisé à croire qu'en gothique leur a était primitivement long par position 5.

parfait grec, l'a, qui suit la syllabe radicale, avait pu exercer une influcnce sar La voyclle e; mais c'est une explication que je crois devoir retirer.

! Au contraire, le vieux haut-allemand fait au prétérit stuont (présent sitantu).

* Sur l'origine de ce th, voyez S 91, 3.

% Comparez S 4go, remarque 2.

$ 592. Contraction de la syHabe réduplicative avec la syllabe radicale, dans les langues germaniques. — Faits analogues en sanscrit, en grec el en latin.

Comme J. Grimm l'a remarqué le premier, le redoublement de ces deux classes de verbes ne se perd pas dans les autres dialectes germaniques, quoiqu'il ne se montre plus d’une façon aussi apparente qu'en gothique. Ce qui fait qu'on l'aperçoit moins, c’est que la seconde syllabe du parfait est supprimée ou privée de sa consonne; dès lors, la syllabe réduplicative fait l'effet d’être la syllabe radicale ou se fond avec celle-ci !,

Des faits analogues se présentent en sanscrit, en grec et en latin. Ainsi les racines lab « prendre», pat « voler, tomber» font au désidératif üips, pits (pour hlaps, pipats)?. Je crois que ces formes ont perdu leur seconde syllabe. Il est vrai qu'on pourrait dire aussi que c’est la syllabe réduplicative qui a été supprimée et que l'a radical a été affaibli en :; mais on ne voit pas pourquoi la langue aurait fait subir cet affaiblissement à l’a de la racine, puisque, la syllabe réduplicative une fois retranchée, la forme était suffisamment allégée. La seconde syllabe a perdu une consonne dans le grec yivcioxw (pour y:yv0ioxw), yivopas (pour yéyvouæ, qui lui-même est pour yryévoums). On a de même en sanscrit l’aoriste énéfam (= änai$am) pour dnamsam. Nous en avons rapproché ($ 548) les parfaits latins comme cépi.

$ 593. Origine de la diphthongue ai, contenue dans la syllabe réduplicative, en gothique.

La syllabe réduplicative, en gothique, renferme toujours Îa

1 Ainsi, dans l'allemand moderne ich hielt, la syllabe hi appartient au redonblement. La forme gothique est hahald, vieux haut-allemand hi(h)alt ($ 473). [ C'est également un redoublement qui est caché dans le prétérit anglais held ($594).—Tr |

2 Voyez Abrégé de la grammaire sanscrite, $ 4go. Je regarde aussi d'iké eallumer» comme un désidéralif pour di(da)ki (racine dah ebrûler»).

22h FORMATION DES TEMPS.

diphthongue at : c’est là une particularité qui peut-être appartient en propre à ce dialecte. Voier comment je serais tenté de l'expliquer.

Avant la séparation des différents idiomes germaniques, l'usage a pu exister de remplacer un a par un : dans la syllabe réduplicative. Le même affaiblissement a lieu en sanscrit au désidératif : la racine dah «brûler», par exemple, fait didaks et non dadaks. Par un allégement analogue, dans les formes latines comme ceci, la devient e dans la première syllabe et : dans la deuxième. Le présent gothique valda «je gouverne» aurait donc eu la forme redoublée vivald. Plus tard, le.gothique, en frappant cet : du gouna, en aurait fait vawald!. Comme l'6 et l'4, en gothique, sont sortis d’un ancien 4 ($ 69), la même explication s'appliquerait aux parfaits tels que vaivé (racine vw «souffler» æ sanscrit v4) et saislép (racine slép «dormir» = sanscrit sep).

Quant aux racines renfermant la diphthongue au, comme auka «j'augmente», parfait atauk, il est difficile de décider si c'est l'a ou l’u qui est représenté par : dans la syllabe réduplicative. Je croirais plutôt que c’est l’u, car sous le rapport étymologique la seconde voyelle des diphthongues en est toujours la partie essentielle, et c'est toujours la seconde voyelle (+ ou s) que les verbes sanscrits à diphthongue radicale admettent dans la syllabe réduplicative.

$ 594. Le redoublement, en vieux norrois et en ancien saxon.

En vieux norrois, les verbes renfermant un a°? suivent au prétérit redoublé le procédé inverse. Îls prennent, comme en sanscrit, un a dans la syllabe réduplicative, et ils affaiblissent a de la syllabe radicale en 1. Les deux voyelles, en se contrac-

1 Comparez le gouna dans la syllabe réduplicative des intensifs sanserils (S 753).

? Première conjugaison de Grimm.

tant, forment un é. Ainsi la racine hald «tenir»! fait haha (pour hahalt) et, par contraction, hékt, pluriel héldum?. Les racines ayant un d long (= gothique é*) forment leur prétérit de la même manière. Ainsi grât « pleurer » fait grét (pour gra(grhit), blâs «souffler » fait blés (pour bla(blis)*. L'ancien saxon, dans ses prétérits, suit l’analogie du vieux norrois; ainsi fallu «je tombe » fait au prétérit {8 (pour fafll), et slpu «je dors» fait alép (pour slaskip). |

Si l'explication que nous venons de proposer est juste, ces formations sont l'inverse de celles que nous trouvons en gothique et en vieux haut-allemand, car le prétérit de halt «tenir», en vieux haut-allemand, est ki-alt (pour h-halt), et celui de blas «souffler» est bh-as (pour bk-blas).

$ 595. Le redoublement, en vieux hant-allemand.

Il nous reste à examiner ce que deviennent en vieux hautallemand les prétérits des verbes qui ont, en gothique, un ai ou un au dans leur racine.

De la diphthongue a, le deuxième élément se perd dans la syllabe radicale et le premier seul est conservé, soit sous la forme a, soit, ce qui est plus fréquent, altéré en e. Au prétérit gothique hœhait «j'appelair correspond dans Otfrid hwz (pour hihaz, qui lui-même est pour hhai); partout ailleurs que chez

1 Participe passé Aaldinn. Le présent de l'indicatif prend l’adoucissement (umieut) et fait held.

2 Sur le t qui, à la fin des mots, remplace le d, voyez $ 93°.

3 Voyez $ 69, 2.

‘ Participe passé grétinn, bldsinn. Le présent de l'indicatif prend l’adoucissement et fait gret, blæs. La suppression des deux consonnes, au milieu du mot, présente quelque analogie avec celle qu’on observe dans le vieux haut-allemand vsor e quatre», en regard du gothique fidvér.

* Comparez les parfaits sanscris comme nanëma «je m'inclinai», pluriel némsmd (pour nanunima). Voyez $ 605 et suiv.

Otfrid, nous trouvons hez'. En allemand moderne, les deux voyelles : et e se sont fondues en une seule (= f), en sorte qu'on a ess (prononcez htss).

De la diphthongue gothique au, c'est, suivant les différents textes, tantôt le premier, tantôt le second élément qui a été conservé. L’a reste a ou devient e; lu reste u ou s’altère en o ($ 77). Ainsi le verbe gothique klawpa «je cours», qui faisait probablement au prétérit hathlaup (pour hlaihlaun?), a en vieux haut-allemand les prétérits haf (pour klaf, qui lui-même est pour hkhlauf), lief, huf et liof 3. La forme usitée en allemand moderne est :ch hef (prononces f) «je courus ».

$ 596. Le redoublement, en sanscrit.

Æn sanscrit, la syllabe réduplicative prend la même voyelle que la syllabe radicale; mais si la voyelle radicale est longue, on l’abrége dans le redoublement, et si c'est une diphthongue, on n’en conserve que la dernière partie ($ 593). En conséquence, band' «lier» fait baband't, Gâs «briller» fait babds, Bd «fendre» fait ibid, dip «briller» fait didip, tud « frapper » fait tutud, pér «remplir» fait pupdr. Les racines ayant un r pour voyelle radicale ont l'air de faire exception, car elles ont une dans la syllabe réduplicative : ainsi mrd « écraser » fait mamdrdat «j'écrasai » ou «il écrasa ». Mais ce parfait vient de la forme pr:mitive mard, et non de mrd ($ 1).

Il a déjà été question ($ 534) des racines commençant par

1 Le présent, en vieux haut-allemand, est haizs (-x gothique haïita); comme ke parfait hsez, il a changé l'ancien a en e.

3 Voyez $ 598.

3 Voyez Graff, Dictionnaire du vieux haut-allemand.

* Nous metions seulement le thème du parfait, sans désinence personnelle.

* Comparez le latin momordi. Je ne vois pourtant pas dans momordi le représen- Lant du sanscrit mamdrda, mais celui d’un aoriste de la septième formation , qui serai! amamardar , au moyen amamardé ($ 546 et sniv.).

une voyelle. Ajoutons seulement ici que les racines commençant par un a et finissant par deux consonnes forment leur redoublement d’une façon toute particulière : l'a du redoublement se contracte avec l'a de la racine, ce qui donne un 4 long, qu’on fait suivre d'un n euphonique, après quoi vient de nouveau la racine tout entière; la voyelle radicale est donc représentée trois … fois. Ainsi ag soindre» (= latin ungo) a pour thème du parfait d-n-arig (venant de aa-n-aig).

$ 597. De la voyelle du redoublement, en grec et en latin.

Quelle que soit la voyelle radicale, le grec a toujours un e& dans la syllabe réduplicative, si la racine commence par une consonne. On peut comparer, par exemple, Téra@a au sanscrit tatépa ou tatépa «je brülai», rérv@a à tutépa « je frappai, je blessai, je tuair, æe@/nxa ! à piprdya ou piprdya (racine prt «réjouir, aimer»2).

Le latin fait de même pour ces parfaits que nous avons rapportés à l’aoriste de la septième formation ($ 579), comme cecini, letigi : 11 ne va pas si loin, toutefois, que le grec, car il n'est obligé de prendre un e dans la syllabe réduplicative que si la racine renferme un a, c'est-à-dire la plus pesante de toutes les voyelles5. Il ne craint pas de redoubler un o (momordi), ni un uw (tutudi).

Je ne doute pas que le grec n'ait eu égard, dans le principe, à la qualité de la voyelle radicale; mais les voyelles du redoublement se sont décolorées à la longue et ont fini par devenir uniformément e. Ï est arrivé quelque chose de semblable en

1 Sur l'origine du x de æe@lAnxA et de l’aspirée dans réruQa, voyez $ 568 et suiv.

? Comperez Île gothique frijé «j'aime», qui est un verbe dénominatif, se rattachant à l'adjectif sanscrit priyé eaimé, simant ».

3 Un fait analogue se présente au désidératif sanscrit ; les racines renfermant ün a le remplacent par un : dans la syllabe réduplicative.

allemand moderne, où c'est toujours un e que nous trouvons dans les syllabes finales des mots polysyllabiques : ainsi bide, salbe, gaben représentent les formes gothiques binda, salbô, pébum, et gäste, gästen sont pour le gothique gasteis, gastim. Cette sorte d’affaiblissement, dont souffrent les extrémités des mots en allemand moderne, a fort bien pu atteindre, en grec, une syillabe initiale qui n'appartenait pas proprement au thème.

$ 598. La consonne du redoublement, en sanscrit, en grec, en latin et dans les langues germaniques.

Après avoir traité de la voyelle du redoublement, nous passons aux lois qui régissent les consonnes.

Le sanscrit remplace une gutturale par la palatale correspondante : ainsi kds «briller » fait éakds, gam «aller » fait fagen.

Comme le grec, le sanscrit remplace une consonne aspirée par la non aspirée correspondante : dä « placer, poser » fait dadä, comme Ün fait rebn.

Quand la racine commence par deux consonnes, le sansenit redouble ordinairement la première : ainsi krand « pleurer » fait éakrand, ksip «jeter » fait &kéip. Le gothique suit le même pricipe, quand la seconde consonne est une liquide : ainsi gagri «je pleurai» correspond au sanscrit éakrdnda, et saiglép! cje dormis» au sanscrit susvdpa ?, Nous pouvons conclure par anslogie que le parfait de hlaupa «je cours» a dû être hahlaup”, et non hlathlaup. Mais si la seconde des deux consonnes est une muette, le gothique redouble l’une et l’autre; exemple : ske-

! Sur s changé en s, voyez $ 86, 5.

? La racine svap se contracte en sup devant les désinences pesantes : c’est à celle forme sup que se rapporte la syllabe réduplicative su. Sur le changement de s en é,

3 Il ne s'en trouve pas d'exemple.

skaith 1 «je séparair. De même on doit croire que staut faisait staistaut. |

Les autres dialectes germaniques n'ont mis aucune restriction au redoublement des deux consonnes : en vieux haut-allemand, les prétérits shaf «je dormis», spialt «je fendis» ne peuvent s'expliquer que par d'anciennes formes shslaf, spispalt, à moins qu'on n’admette que l’une des deux consonnes ait été supprimée dans la seconde syllabe. Je crois, en effet, reconnaître une suppression de ce genre dans les formes ana-steroz « impingebat», ana-sterozun «impingebant», pleruzzin «adolerent», capleruzzi «immolaret ». Grimm ? suppose que ces formes ont inséré un r euphonique; mais le r de ana-steroz et de ana-sterozun tient, selon moi, la place d'un s : je vois dans ces formes un redoublement de la racine stéz (= gothique staut «frapper »). Ainsi steroz pour stesoz, qui lui-même serait pour stestoz. Quant aux deux formes pleruzan et ca-pleruzzai, je crois que leur r remplace un Î; les liquides permutent fréquemment entre elles, et ici ce changement a pu être favorisé par le désir d'éviter le voisinage de deux syllabes ayant la même consonne. Pleruza1 serait donc pour pleluzz, qui lui-même serait pour plepluzzi.

On peut rapprocher de ces formes les parfaits latins spopondi, steti, qui ont également sacrifié, dans la seconde syllabe, l’une des deux consonnes initiales. 11 y a seulement cette différence entre le vieux haut-allemand et le latin, que celui-ci, au lieu de supprimer la deuxième lettre (ce qui donnerait sposond, stesi, et, par le changement de s en r, sporondi, steni 3), a préféré se débarrasser de la première.

! Luc, IX, 33.

* Bulletin mensuel de l’Académie de Berlin, 1850, page 17. Graf, Dictionnaire du vieux haut-allemand, III, 260, et VI, 713.

3 Comperez ser0, pour 5690.

$ 599. Redoublement des racines commençant par æ, st, «k, en sanscrit. en zend et en latin.

Quand une racine sanscrite commence par deux consonnes, dont la première est une sifflante et la seconde une muette, le redoublement se fait par exception à l'aide de la deuxième et non de la première consonne. Les autres lois phoniques précédemment exposées restent en vigueur. Ainsi s£4 «être debout» fait tusidi; sparé, spré «toucher » fait paspdréa.

Le zend, quoique très-proche parent du sanscrit, ne connaft pas cette sorte de redoublement à l’aide de la deuxième consonne. En regard du sanscrit Héfämi, il a la forme sçmgyy histämi !, où le h initial représente la sifflante de la racine. J'en conclus que la loi qui vient d’être exposée n'existait pas encore ou n'avait pas toute son extension au temps où le zend s'est séparé du sanscrit. Le latin sisto?, le grec onu: redoublent, comme le zend histémi, la première consonne (5 508).

$ 600. Redoublement de la racine o/7a, en grec.

De même que dans dd, riônps, Bl6nws, nous avons dans

ioînu un redoublement (comparez avec à la syllabe kï dans le zend histémt). Le & initial s’est changé en esprit rude. Il en est de même au parfait éofnxa, où le redoublement est représenté par é (pour oe)ÿ.

1 Je ne connais pas d'exemple, en zend, du parfait de la racine ps été, ni d'etcune autre racine commençant par une sifflante et une muette. Mais comme été prend le redoublement au présent, on en peut inférer la forme du redoublement au parfait.

? Au parfait steti, le redoublement est formé d’après un autre principe qui, s'il avait été suivi au présent, aurait donné stito.

* Le redoublement de éo7nxa est donc plus complet que ne l'est, en général, celui des verbes grecs commençant par deux consonnes (à moins que ces deux consonues ne soicnt une muelle suivie d’une liquide).

Buttmann ! pense qu'à l'origine l'aspiration plus forte de l'esprit rude a pu servir à remplacer le redoublement, et il cite comme exemples, outre #onxa, les formes eiuapras et d@éalaixa?, lequel suppose un ancien £cahxa. Je ne crois pas qu'on doive mettre &7nxa sur la même ligne que efuapræs, dont je ne veux pas m'occuper ici : #onxa a l'esprit rude au même droit que le latin sisto a son s. Quant à la forme dialectale 4d@éoladxa, il est intéressant de remarquer que sa racine commence également par un ©. Ce qui a pu contribuer à maintenir l'aspiration de écînxa, c'est l'analogie du présent et de l'imparfait, marqués également de l'esprit rude.

$ 601. Redoublement des racines commençant par deux consonnes, en grec, — Gonfusion de l'augment et du redoublement.

Si l’on excepte Eonxz, dont il vient d'être question, et les racines commençant par une muette suivie d'une liquide, le grec a renoncé au redoublement de la consonne pour ses racines ayant deux consonnes initiales. Il fait, par exemple, Æarxa, #Pdopa, et non œéfalxa, méPlopa. C'est évidemment le poids de la syllabe radicale qui a fait alléger ainsi la syllabe réduplicative. On voit que la similitude entre le de #Ÿalxa, #P0opa et e de #aXor, EPbespor est purement fortuite. L’e de Æa1or, EPOeipoy, qui représente un a sanscrit, est complétement indépendant de la racine : 11 vient s'y adjoindre comme expression du passé. Au contraire, l'e de Æfahxa, #Pbopa, est le reste d’une syllabe qui avait originairement la consonne initiale de la racine.

Je ne veux pas nier cependant que le grec n'ait quelquefois confondu son redoublement avec l’augment : il se peut, par exemple, que l'e de Æäya, éoépnxa soit le même que celui de

1 Gremmiaire grecque développée, $ 83, remarque 6. 3 Sur une inscription milésienne, dans Chishull, Antiquitales asiaticæ, p. 65.

faËa, éoupour. Toutefois, on peut aussi expliquer l’e des parfaits ya, éoûpnxa comme un redoublement, puisque a et o, qui sont originairement identiques, s'altèrent très-souvent en s°.

$ 602. La voyelle radicale au prétérit redoublé, en sanscrit. — Alongement d'un a radical suivi d'une seule consonne. — Comparaison avec le gothique.

Nous passons à l'étude des changements qu'éprouve, en sanscril, au prétérit redoublé la voyelle radicale. L’a suivi d'une seule consonne est allongé à la troisième personne du singulier actif; il peut à volonté rester bref ou être allongé à la première personne. Ainsi dar «aller » fait éacdra ou éacdra « j'allai », éacére «1l alla ».

J'ai cru, dans la première édition de cet ouvrage ($ 603), pouvoir comparer aux formes comme cacära les formes gothiques telles que /6r «j'allai, il alla » *. Mais comme l'é gothique reste à toutes les personnes des trois nombres et comme il se trouve également dans les formes terminées par deux consonnes, telles que vhs «je grandis, il grandit», je renonce aujourd’hui à cette explication. Je vois dans vhs, fér des formes redoublées remontant à une époque où la syllabe réduplicative, au lieu de «, contenait encore la voyelle radicale a. Vôhs est donc pour vevahs, à peu près comme à la première personne du duel nous avons bairds «nous portons tous deux», pour baira-as et, plus anciennement, baira-vas = sanscrit bdr-d-vas ($ 441 ).

1 Le digamma initial, qui se rattache à un P sanserit (racine Bañg ebriser»), fait supposer un aoriste éFaËa et un parfait FéFaya = sanscrit babdiga.

3 Voyez $ 3. Comme exemple du changement d’un « en e, nous rappelons édeëe (= D 11415 À ddikéat, $ 555), à côté de dduËx, é3e:£a-s ; et comme exemple da chargement d'un oene, nous citerons le vocatif fxxe ($ 204).

* Septième conjugaison forte de Grimm. La racine far ealler» (en allemand moderne, fahren) est, je crois, de mème origine que car.

$ 603. L'a radical suivi de deux consonnes reste invariable en sanscrit. —

Comparaison avec le gothique.

Quand un a radical est suivi, en sanscrit, de deux consonnes, il reste invariable à toutes les personnes des trois nombres; exemple : mamdnia «j'ébranlair, mamani1-md «nous ébranlâmes » (racine mani ).

Il en est de même en gothique pour les verbes qui ont conservé leur syllabe réduplicative, comme vaivald «je gouvernai, il gouverna », duel vatvaldà, pluriel vaivald-u-m.

$ 604. Le parfait gothique. — Cause du changement de la voyelle radicale au pluriel. — La deuxième personne du singulier en vieux haut-allemand.

Les verbes gothiques qui, dans les temps spéciaux, changent en ? un a radical suivi de deux consonnes!, conservent l’a dans les formes monosyllabiques du parfait. Mais dans les formes polysyllabiques du même temps, ils remplacent l'a par la voyelle plus légère u. Nous avons donc, au singulier, band «je liai, il lia», bans-t ctu lias», mais, au pluriel, bundum «nous hâmes »2.

Je fais suivre le parfait du gothique band (s’il avait conservé le redoublement, nous aurions batband*). Je place en regard le parfait sanscrit babdnda « je liai, 11 lia ».

1 Dourième conjugaison de Grimm.

? Comparez, en latin, calco et conculco, salsus et insuleus (5 7).

? Remarquons à ce propos que le dialecte védique supprime quelquefois la syllabe réduplicative du parfait. 11 fait, par exemple, nindimdé «nous blâmêmes». Voyez Benfey, Glossaire du Säma-véda, page 97, et Grammaire sanscrite développée, page 373, note 9.

SIRCULIES. DUEL.

baband'-a band baband'-5-04 bund-à baband-i-ta" bans-t baband-a-lus bund-u-ts baband'-a band baband-a-tus ........

PLURIEL

En regard du gothique bans-t «tu lias», le vieux haut-allemand présente la forme bunt4 (ou punt-). L’adjonction d'un i, en rendant le mot polysyllabique, a amené l’affaiblissement de l'a en u, de sorte que la seconde personne du singulier n’a pes la même voyelle radicale que la première et la troisième?

Quelle est l’origine de cet s qui vient s'ajouter, en vieux hautallemand, à la seconde personne de tous les prétérits réguliers à forme forte ? Je serais porté à y voir la voyelle de liaison : que nous trouvons dans le sanscrit baband-+-la. 11 est vrai qu'il y a des raisons de supposer que cet : a été plus anciennement un a ($ 614 et suiv.). Mais on peut admettre que le vieux haut-allemand a eu d’abord un &, qui s’est affaibli en w et finalement en 1. L' de bunt serait alors identique, quant à son on:gine, avec la voyelle de liaison w dans bunt-u-més, bunt-u-t, bunt-u-n.

On a proposé une autre explication pour la forme bunt : le

\ Dans les formes en i-la, l'accent peut être placé à volonté sur les différentes syllabes du mot. On a donc béband'ita ou babénd'ta, etc. Les formes qui s’adjoignent immédiatement la désinence {a prennent toujours le ton sur la syllabe radicale; exemple : ya-yd-ia.

? La conjugaison du parfait, en vieux haut-allemand , est : bant, bunti, bent ; bun-

tunes, buntut, buntun. — Tr,

prétérit redoublé aurait perdu sa seconde personne et l'aurait remplacée par une forme du subjonctif !. Mais, dans cette hypothèse , on s’attendrait à trouver la seconde personne du subjonctif buntt-s, et non la première ou la troisième bunn.

Remanqus. — Examen d’une opinion de Holtrmann. — Holtemann * attribue le changement de la voyelle radicale, dans les formes comme band ét bundum, à l'influence de l'accent. Selon ce savant, partout où l'a est accentué en sanscrit, il reste a en gothique; partout où, en sanserit, l'a n’est pas accentué, en gothique, il devient uw’. Mais je ne puis admettre celte explication, car je regarde comme relativement récente l'accentuation de babandimä et des formes analogues : on a dû avoir plus anciennement babaändima, comme nous avons au singulier babända. En général, le déplacement que les désinences pesantes font éprouver à l'accent sanscrit me paraît un fait particulier à cet idiome et d'une date relativement moderne. Je regarde, par exemple, l'accentuation de fus comme plus ancienne que celle de imds*; si, au singulier, mi est d'accord avec eue, cela vient de ce que l'accent ne s’est pas déplacé en sanscrit, n'étant point attiré par le poids de la désinence *.

$ 605. Contraction de la syllabe réduplicative avec la syllabe radicale, en sanscrit et en gothique.

Nous passons aux verbes gothiques qui, au présent, ont affaibli en : un a radical suivi d’une seule consonne, et qui ont

\ C'est l'explication de Grimm, Grammaire allemande, I, p. 881.— Tr.

3 Dans son écrit intitulé : De l’apophonie (Usber den Ablaut), p. 50.

3 Voyez le tableau comparatif à la page 334.

4 Voyes $ 486, et Système comparatif d’accentuation , $ 66.

# «Nous pouvons, dit Holtzmann, rétablir avec assez de certitude les intermédiaires qui manquent entre le sanscrit et le gothique.» Ces intermédiaires seraient : babundimd, bundimdé (?) et, avec déplacement de l'accent, bénduma (pourquoi pas baindima ? ), bündum (pourquoi pas bténd:m ?). L'explication que nous avons donnée plus haut nous dispense de chercher des intermédiaires et d'avoir égard à l’accentuation sanscrite. Partout où la forme est monosyllabique, nous avons a : partout où elle est polysyllabique, nous trouvons la voyelle plus légère ($$ 6 et 7) u. Comparez encore le subjoncüf prétérit : bundjaw, bundeis, etc.

conservé cet a au singulier du prétérit. Ils se distinguent des verbes précédemment examinés par une particularité curieuse : au duel et au pluriel du prétérit indicatif et dans les trois nombres du prétérit subjonctif, par conséquent, dans toutes les formes polysyllabiques appartenant au passé, ils prennent un 4 comme voyelle radicale. En vieux et en moyen haut-allemand, au lieu de cet 4, nous avons un d. Ainsi la racine las «legere», dont le présent est Lisa en gothique, su en vieux haut-allemand, lise en moyen haut-allemand, nous donne au passé les formes suivantes :

INDICATIF. SUBJORCTIF.

Vieux Moyen Vieux Moyen Gothique. heut-ellemand. baut-ailemand. Gothique. bautellemand. haut-ellemand. las las las lésjau si lese last ln! læse* lésess ldsis lœæsest las las las ln si læse lésum lâsumés lâsen léseima ldsimés lesen lésuth lâsut lâset lésaith ldsi læset lsun lâsun lâsen lésema läsin læsen.

Nous voyons ici les formes polysyllabiques prendre une voyelle plus pesante que les formes monosyllabiques : c'est là un fait qui est en contradiction, non-seulement avec ce que nous avons observé jusqu'à présent, mais avec ce qui se passe pour tous les autres verbes forts. La même dérogation apparente aux lois de pesanteur a lieu en sanscrit pour les racines correspondantes. Par un accord qui est peut-être fortuit, le sanscrit change, comme le gothique, l'a radical en 4 devant les désinences pesantes, c'est-à-dire au duel et au pluriel du parfait actif et aux trois nombres du parfait moyen. Dans l’une et l’autre langue, le

1 Avec d pour a, parce que la forme est polysyllabique ($ 604). 2 Avec æ pour a, par adoucissement (wmlaut).

fait en question ne se présente que pour les racines finissant par une seule consonne; mais il faut, de plus, en sanscrit, que la racine ne commence point par deux consonnes, ni par un v, une aspirée ou une gutturale !. Partout où l'a radical est changé en é, la syllabe réduplicative est supprimée.

Comme exemple, nous donnons le parfait actif et moyen de la racine tan «étendre » :

ACTIF. | Singulier. Duel.

tatäna ou tatdna ténivd pour lataniva tatdnia ou ténila pour tataniia® téndlus pour tatanaius taläna ténätus pour latanaltus Pluriel.

ténimä pour tatanima

ténd pour tatana

témis pour fatanus MOYEN.

Singulier. Duel. Pluriel.

D nd

téné’ pour tatané ténivdhé pour tatanivahé ténimdhé pour tatanimahé téniéé pour tataniéé ténälé pour tatandié ténidoé” pour tatanidré téné” pour taiané ténäté pour tatandté téniré' pour tataniré.

Comme il ressort de ce paradigme, tén remplace toujours

! Sur la cause de ces restrictions et sur quelques exceptions qu'elles comportent, voyez $ 605, remarque 2.

2 Ainsi peut s’énoncer la règle pratique : nous donnerons tout à l’heure l’explicalion théorique.

> Au sujet de l’accentuation, voyez ci-dessus, page 334, nole 1.

tatan devant les désinences pesantes ou aux personnes qui auraient quatre syllabes, si elles conservaient le redoublement. En effet, la forme complète de la deuxième personne du plunel serait tatanala ($ 610), comme on le voit par le grec ren@ars et le gothique vaivalduth, fruth, lésuth; la forme complète de la troisième personne serait tatananti ($ 462). À la deuxième personne du singulier, on a taténia quand la désinence se joint à la racine sans le secours d’une voyelle de liaison; mais on a téui (pour tataniia), quand un i, en s’intercalant, vient augmenter le nombre des syllabes.

De tous ces faits, je conclus que té cache un redoublement. Tén est, selon moi, pour tatin (comme, en latin, cecint pour cacant); la forme tatin est elle-même pour tatan qui, en éliminant le second t, aurait donné tdn (= ta-an). C’est probablement tés qui, à une époque plus ancienne, se trouvait dans ces personnes du parfait : et je crois que lé des prétérits gothiques comme lésum ne représente pas un € sanscrit, mais un à ($ 69, 2). Le vieux haut-allemand a conservé l’ancien d; il oppose au gothique lésum la forme lâsumés (pour lalasumés), qui est avec lésum dans le même rapport que certaines formes du dialecte dorien avec celles du dialecte 1onien.

À la deuxième personne du singulier, nous avons las-t en gothique et ldst en vieux haut-allemand. Le premier s’accorde avec les formes comine tatänia, le second avec les formes contractées comme ténita. Il faut admettre que le gothique, au lieu de las, last, a eu d’abord lailas, lailast, et plus anciennement encore lalas, lalast. Le rapport entre le singulier latlas ou lalas et le pluriel lésum (pour lâsum) était alors correct, c'est-à-dire’ qu'on avait la racine au singulier sous la forme la plus forte ef au pluriel sous une forme affaiblie.

Nous faisons suivre le tableau comparatif du prétérit redoublé de la racine sanscrite ax sad «être assis, s'asseoir», et nous

plaçons en regard le prétérit sat en gothique, saz en vieux hautallemand : |

SIRGULIER.

Sanserit. Gothique. Vieux haut-allemand.

sasäd-a ou sasäd-a (sas }sat (ei }saz sasdt-la ou séd--Îa (eai )sas-t säz+-" sasäd-a (aai sai (#5 )saz

DUEL

séd-+-0d sétà? (S hha) .........

séd-d-us sét-uts .........

séd-d-tus ......,. . cos.

PLURIEL séd-i-md sél-u-m sâz-u-mês séd-a- sét-u-th sûz-u-t séd-us sét-u-n sdz-u-n.

Rananque 1. — Examen de l'opinion de Jacob Grimm sur l’apophonie (ablaut). — Au sujet de l'exemple qui précède, comme au sujet de tous les verbes appartenant aux dixième, onzième et douzième conjugaisons de Grimm , je m'écarte de l'opinion de ce savant, car je regarde l'a du prétérit comme la véritable voyelle radicale et l’i du présent comme un affaiblissement de l'a; Grimm, au contraire, suppose que ces verbes ont renforcé leur : en a au prétérit, pour exprimer par ce changement l'idée du passé. Aux preuves que j'ai données plus haut à l'appui de ma théorie, j'ajouterai encore le fait suivant.

Quand le verbe gothique a un causatif, celui-ci prend l'a, non-seulement au prétéril, mais encore au présent. Ainsi, sat rêtre assis» forme le causatif satja rje place» —= sanscrit sédäydmi. Si l'intention de la langue était seulement de renforcer la voyelle radicale, il lui était facile de tirer de la racine sit une forme causative seifja (== sitja) ou saitja; et, de fait, les verbes qui ont véritablement un : ou un w radical prennent au causatif la diphthongue ai ou au. Îl en est de même en sanscrit, où les racines ayant un $ ou un « prennent le gouna au causalif. Nous avons, par exemple, en

gothique, ur-ris «se lever» (ur-reisa, wr-rais, ur-risum), dont le causetf est wr-raisja #je dresse»; drus «tomber» (drrusa, draus, drusum), dont k causalif est ga-drausja «je renverse». De même, en sanscrit, vid «savoir fait védäyäm: (== vaiddyämi) «je fais savoir», et bud' (même sens) fait bédäyämi (— baudäyämi ).

Ce n'est donc pas seulement parce qu'au gothique sat #je fus assis», band «je liai» correspondent, en sanscrit, des verbes ayant un a radical, que je crois devoir combattre l'explication de J. Grimm. Cette seule raison ne serait pas suflisante. Nous accordons, pourrait-on dire, que binda vient d'une ancienne forme band'et sita d’une ancienne forme sad; mais l'a des prétérits band, sat ne date pas de l'époque reculée où les langues germsniques ne s'étaient pas encore séparées du sanscrit ; il est de formation nocvelle : il est sorti de li du présent, par un développement spécial, parce que le passage de l'i à l'a est le symbole du passé.

À cette théorie je crois devoir opposer les faits suivants : 1° ce n'est pas seulement sa qui s'accorde avec le sanscrit sasdda ou sasäda; le plurid sétum (pour sdtum) répond au sanscrit sédimd (pour sddimd, venant de sa(s)adima). Il est impossible d'attribuer au hasard une double coïncidence aussi parfaite; 2° comme on vient de le faire observer, les causatifs des verbes en question supposent une racine renfermant un a; 3° la voyelle « se retrouve dans des substantifs comme band, satz, qui n’ont point affaire avec l'idée de passé, ni, en général, avec l’idée de temps; 4° dans toute le famille des langues indo-européennes, on ne citerait pas un exemple d'une relation grammaticale qui soit exprimée par le changement de la voyele radicale; 5° le redoublement, qui est la véritable expression du passé, est encore visible dans les verbes gothiques précités ($ 589). Il y a done une raison suffisante pour admettre que sat est une forme mutilée pour ssisst, et sétum (sdtum) une contraction pour sa(s)atum.

Rexanque 2. — Pourquoi certains verbes sanscrits n'opèrent-ils pas, au parfait, la contraction entre la syllabe réduplicative et la syilabe radicale? — Comparaison avec le gothique. — Il n'y a pas de contraction, au parfait, pour les racines sanscrites commençant par deux consonnes ou par une gutturale, une aspirée ou un v ($ 605). La raison de cette restriction est aisée à comprendre. La racine gam a pour thème du parfait gagam : supposons que le # de la syllabe radicale soit éliminé et que les deux «, eu se fondant, produisent un é ($ 605); nous arriverions alors à une forme

PARFAIT. $ 605. 2h1

gém qui n'aurait presque plus rien de commun avec la racine. Les verbes commençant par deux consonnes s'abstiennent de la contraction par une raison analogue : supposons que stan «soupirer», qui fait tastan au prétérit redoublé, perde le groupe st de la seconde syllabe; nous aurions alors la forme contractée tén, dans laquelle personne ne reconnattrait la racine séan.

H y a toutefois quelques exceptions : ainsi bag «rendre hommage» devrait partout garder son redoublement, puisqu'il commence par une aspirée; néanmoins il se contracte, mais en faisant passer l'aspiration sur la consonne de la syllabe réduplicative : il fait, par conséquent, bég'. Quelques racines commençant par deux consonnes opèrent la contraction et gardent leurs deux consonnes dans la syllabe réduplicative : ainsi tas rtrembler» a au parfait pour thème redoublé tatras et pour thème contracté trés. Il est assez dificile d'expliquer cette anomalie. Ou le r a été rétabli parce que la forme tés (venant de tatras) eût été trop éloignée de la racine; ou bien trés remonte à une époque où la syllabe réduplicative comprenait encore les deux consonnes, comme cela a lieu pour le latin spopondi, steti et le gothique skaiskaith; ou bien enfin (c'est l'explication la plus probable) les formes comme trésimd «nous tremblâmes» ont été créées à limitation des formes comme sédimd «nous fûmes assis», dans un temps où l’on avait cessé d'y reconnaître aucune contraction ni aucun redoublement, et où l'on prenait j'é pour l'exposant du passé. Ce qui, en sanscrit, est l'exception, est devenu la règle en gothique : à trésimé «nous tremblâmes», Brémimd nous voyageâmes» répondent en gothique les formes telles que fréhum nous interrogeâmes » *.

D y a accord entre le sanscrit et les idiomes germaniques, en ce qu'ils se souffrent pas de contraction pour les racines finissant par deux consonnes. C'est sans doute que des racines d’une constitution plus vigoureuse étaient plus capables de porter la syllabe réduplicative ($ 589). En gothique, boutefois , le redoublement a fini par se perdre dans les verbes qui ont affaini au présent leur a radical en à: : ainsi le verbe binda «je lie» fait au pré-

érit band, bundum (en sanscrit babdnda, babandimd). Si le présent gohique était resté banda, le parfait eût été baiband.

! C’est ainsi que nous avons vu plus haut ($ 592) la racine dah «brûler» faire u désidératif d'iké (pour didaké).

2 En sanscrit paprééimd et non précima.

TTA 16

$ 606. La contraction de la syllabe réduplicative et de la syllabe radicok est postérieure à la séparation des idiomes. — Parfaits ayant je æss d'un présent.

Si nous avons rapproché ($ 605) le sanscrit sédimd du gethique sétum et du vieux haut-allemand sérumés, il n’en faudrait pas conclure que nous regardons ces formes contractes comme antérieures à la séparation des idiomes. Je crois, au contraire, que le sanscrit et le gothique y sont arrivés chacun de se côté et d’une manière indépendante : en sanscrit, lé de sédmé remplace un ancien 4 et séd est pour sasad; de même, en gthique, l’4 de sét est le représentant régulier ($ 69, 2) d’un ancien 4 qui s'est conservé dans le vieux haut-allemand sdzumés, et sk est pour st, qui lui-même vient de sasat. La coïncidence que nous observons 1ci ne doit pas nous surprendre, si nous s0ngeons qu’il arrive très-fréquemment aux formes polysyllabiques de rejeter la consonne de la seconde syllabe ou la seconde syllabe tout entière: c'est surtout avec un redoublement qu'une contraction de ce genre est chose naturelle, car on y est ea quelque sorte invité par la similitude des deux syllabes !, Quand la voyelle radicale est a, le besoin d’alléger le mot devient d'autant plus pressant que l'a est la plus pesante des voyelles. Le latin nous montre encore clairement comment, en pareil cas, il a procédé : dans les formes comme momordi, tutudi, il a conservé la syllabe réduplicative; dans cecint, tetin, 11 s’est contenté d'affaiblir l'a radical en 1 et l'a réduplicatif en e; mais dans cépi, féci, il a opéré la contraction, comme l'ont fait, de leur côté, le sanscrit et le gothique.

Des coïncidences de ce genre ne sont pas rares dans l’histoire des idiomes : ainsi, le persan et l'arménien em «je suis» sont

! Comparez, par exemple, la contraction de hilaps en lips, $ 59s.

PARFAIT. $ 606. 213 aussi près que possible de l'anglais am, parce que les trois langues ont mutilé de la même manière la forme primitive dsmu. À la troisième personne, c'est avec le latin que se rencontre le persan : ils ont tous deux altéré le primitif ds en est. De même encore, le vieux haut-allemand for est à peu près avec le gothique fdvér dans le même rapport que le latin quar (dans quar-tus) avec son primitif quatuor.

Pour terminer, remarquons encore que le gothique man «je crois», quoique étant, par sa forme, un prétérit et quoique répondant au sanscrit mamdna ou mamäna |, fait au pluriel munum, et non ménum; cette forme munum suppose un ancien matmunum (pour mamunum), comme bundum suppose un ancien batbundum (pour babundum). De même, au prétérit singulier skal «je dois » correspond le pluriel skulum (et non skélum). Au prétérit singulier mag «je peux» correspond le pluriel magum, sans affaiblissement de l’a en u. Mais peut-être tous ces verbes, qui ont le sens d'un présent avec la forme d'un parfait, n'ont-ils jamais eu de redoublement : nous voyons que le sanscrit véda «je sais» et le grec o7da (= gothique vait, $ 491) en sont privés. On s'expliquerait dès lors très-bien pourquoi man ne fait pas au pluriel mérum.

Remanque. — Suppression d’un a radical, au parfait sanscrit. — Plusieurs verbes sanscrits, renfermant un a dans le corps de la racine *, suppriment la voyelle radicale devant les désinences pesantes : ainsi gam fait gagm-mà «nous allämes » *. Dans le dialecte védique, pat tomber» fait . papt-i-mi* (en sanscrit ordinaire, pétimd) et tan rélendre» fait, à la troi-

! En sanscrit, la racine man « penser» n’est restée uxitée qu'au moyen (mené je pensai, il pensa»). Mais ce n'est pas une raison pour admettre qu'elle n'ait pas eu à l’origine un actif. :

* La plupart appartiennent à la catégorie des verbes qui ne souffrent pas la contraction en é ($ 605, remarque à).

* En gothique, quém-u-m « nous vinmes».

* Comparez silo pour mixerw, ainsi que l’aorisie sanscrit dpaptam.

sième personne du pluriel moyen, tatairé’ (en sanserit ordinaire, téurf) Je ne crois pas que ces formes, qui sont d'ailleurs en petit nombre, soient une raison suflisante pour modifier ce que nous avons dit de l’origine pétimd, ténimd. On a supposé que pétimé venait de paptimd et téniré de tatniré : pour compenser la perte de la seconde consonne, l’a précédent aurait été allongé en d et ensuite changé en €, comme cela est arrivé pour l'impératif éd* «sois», venant de ad-di (par euphonie pour as-dt)'. Mais je regarde paptimd, latniré comme les formes sœurs et non comme les formes mères de pétimd, téniré": la forme primitive, selon moi, est papatime, tstaxiré, qui a perdu dans le premier cas une voyelle et dans le second œs : une consonne. Le changement de 4 (— à + 4) en é n'a pas eu lieu dans le participe parfait sdh-vâns (pour sasah-vês), qu'on peut rapprocher da parfait indicatif séhkimds (racine sah rsupporter»)*. L'une de ces formes nous présente l'4, comme en vieux haut-allemand, l'autre l'é comme ea gothique.

$ 607. Parfait des verbes sanscrits ayant un : ou un « radical suivi d'æe

seule consonne. — Comparaison avec le gothique. — Le gouna su présent gothique.

Les verbes sanscrits dont la racine renferme un : ou uns suivi d’une seule consonne, prennent au parfait le gouna devant les désinences légères; en d’autres termes, ils insèrent un « devant la voyelle radicale. Îl en est de même en gothique pour les formes monosyllabiques du prétérit des verbes correspondants (huitième ct neuvième conjugaisons de Grimm). Comme

le sanscrit btd « fendre » fait au prétérit redoublé bibaida, le go-

1 Voyez $ 455, page 47, note 5, et comparez le grec loû.

3 Comme formalions analogues, nous pouvons citer méd'-vdñs (racine msk e miogere») ct dûs-vêñs (racine ddé « donner»). Mid'-vdñs vient de mimid'cäs ; les deux i, en se contractant, ont donné un f long. Quant à ddéväñs (pour dadäfvdñs), comme la voyelle radicale est déjà longue par elle-même, il n'offre pas de trace de la co0traction.

% C'est-à-dire aux trois personnes du singulier actif.

à C'est-à-dire également les trois personnes du singulier. Én vieux hant-allemand, la seconde personne, n'étant pas monosyllabique, ne prend pas le gouna.

thique bit «mordre» fait bait; comme le sanscrit Guÿ «pher» fait bubaifa, le gothique bug (même sens) fait baug.

Cet accord entre le gothique et le sanscrit nous amène à rcchercher s’il ne reste pas trace aussi, en gothique, du gouna que prennent, en sanscrit, dans les temps spéciaux, les verbes de la première classe. On a vu {$ 109", 1) que, sauf un petit nombre d’exceptions, tous les verbes forts germaniques apparüennent à cette classe de conjugaison. Je crois que le gouna s’est en effet conservé au présent des verbes ayant un : ou un u radical : seulement, au lieu d'avoir, comme au prétérit, le son a, le gouna affecte le son 1. Ainsi, en sanscrit, la racine bud (classe 1) «savoir» fait au présent bédäm: «je sais», bôdämas «nous savons », et au prétérit redoublé bubôda «je sus», bubudimd «nous sûmes»'!. En gothique, la racine correspondante bud «offrir, commander» fait au présent biuda, pluriel btudam, et au prétérit bauth?, pluriel budum. Dans les verbes dont la voyelle radicale est :, 1 du gouna forme avec celui-ci un f, qui s'écrit ei en gothique ($ 70). Ainsi la racine bit «mordre» fait au présent beita (prononcez bfla). Si le verbe correspondant, en sanscrit, était de la première classe, il ferait au présent Gédémi*, qui serait avec buta dans le même rapport que bôdämi avec biuda *.

Rananqus. — Sur li, comme voyelle du gouna en gothique. — C’est dans ma recension de la Grammaire allemande de Grimm que j'ai exposé pour la première fois ma théorie de l'apophonie germanique". Graff adopte

1 Pour baidäm:, baudämas, bubaüda.

3 Sur le th, voyez $ 93°.

3 Pour baidämi.

* Le nominatif pluriel gothique fadsi-s (thème fadi), qui correspond au sanscrit pétay-as (thème pdti «maltre»), nous présente le même rapport entre lei gothique et l'é sanscrit, avec cette différence seulement que l’é, étant suivi d’une voyelle , s’est résolu en ay. Voyez $ 230.

* Cette recension, qui avait paru d'abord dans les Annales de critique scientifique (1837), est reproduite dans le livre intitulé Vocalisme, —- Tr..

en général cette théorte'; mais il s'en écarte sur ce point qu'il ne veut pes voir dans l'i de btuds, ni dans le premier 1: de betts (== bita pour bts), l'affaiblissement d’an ancien «. Pour expliquer comment bud a fait biude au présent, et comment bit a fait beita (== bita), il propose trois voies diffé rentes; mais aucune n'est aussi simple ni aussi directe que celle qu'œ« vient d'indiquer.

À l'appui de notre explication, nous pouvons encore citer le rapprochement suivant. Le thème sanscrit séné «fils» fait au datif singulier sénds-é et au nominatif pluriel séndv-as, c'est-à-dire que l'x final du thème prend k gouna avanf de s'adjoindre la désinence. Au nominatif pluriel, Îe gothique affaiblit l'a du gouna en t et fait sunju-s (pour suniw-s). Mais au datif singulier sunaw, le gothique a conservé l'a, tandis que Île vieux haut-allemand swniu opère le changement de l'a en :. 1] y a le même rapport entre le sanscrit baudämi (par contraction bédäms) et le gothique biuda qu'entre le sanscrit séndvas et le gothique suasus, ou entre le gothique sunas et le vieux baut-allemand sans *.

$ 608. Tableau comparatif du parfait des verbes ayant un s ouunsredical suivi d'une seule consonne, en sanscrit, en gothique et en vieur baut-allemand.

Nous faisons suivre le tableau comparatif des formes dont i vient d’être traité. Pour mieux faire ressortir l'accord qui eniste entre le sanscrit et le gothique, nous écrirons ai au lieu de w4, au au lieu de w* 6. On a vu plus haut ($ 607) que c'est bien là, en effet, la valeur étymologique de ces diphthongues. Nous ajoutons aussi le vieux haut-allemand, qui représente l'a gothique par ei, l'au gothique par ou (par 4 devant les dentales, s et h). On remarquera qu’en vieux haut-allemand la voyelle radicale reste pure à la deuxième personne du singulier, ce qui vient, comme nous l'avons dit ($ 6o4h), de ce que la forme

n'est pas monosyllabique.

1 Dictionnaire du vieux haut-allemand, t. 1, p. ax1 et suiv. 3 Comparez $ 330.

Sanserit. Gothique. Vieux baut-allemand, Racine :

Cid" bu° biz SINOULIER.

bibatd-a bait beiz bibaid-i-ia ‘ bars-t* biz-i bibaid-a bait beiz DUEL.

bibid-1-0a but .........

bibid-a-tus bituts .........

bibid-atus ......... .........

PLURIEL

bibid-1-ma bit-u-m biz-u-més bibid-a-? bit-uth biz-u-t bibid-us bit-u-n biz-u-n.

Sanscrit. Gothique. Vieux haut-ailemsnd.

Racine :

bug hg bg SIRGULIRS.

bubaug-a baug boug bubaug-1-tu baug-1 bug-i bubaig-a baug bou 1 » Fendrer.

2 +Mordrer.

‘ Voyez ci-dessus, page 234, nole 1.

* Voyez $ 108.

s Voyez $ 4h.

s +Plier».

DUEL

bubng-ivé bug-ê sors. . bub: CT 4 dus bug-u-1s este e e bubug-d-tus ......... ....... .… PLUBIEL.

bubug-1-mû bug-u-m bug-u-més bubug-à- bug-u-th bug-w-+ bubug-us bug-u-n bug-u-s.

$ Gog. Les parfaits seconds comme æéxoi0a, œéfevya, en grec. — La différence entre la voyelle du singulier et celle du duel et du pluriel, es sanscrit et en gothique, est-elle primitive ?

Avec les formes sanscrites bibaida, bubatüga et les formes gothiques bat, baug s'accordent, en grec, les parfaits seconds comme œéroifa, \fhoima, Éoixa, méQevya. Le grec conserve le gouna au duel et au pluriel : il fait œemo@auey, œeetyaper, et non Ger{aper, meQvyanuer.

En présence de ce fait, on est conduit à douter si la loi suivie par le sanscrit et les langues germaniques est primitive. Le grec a-t-1l irrégulièrement étendu au duel et au pluriel le gouna qui, dans le principe, n'appartenait qu'au singulier ? Ou Ie renforcement de la voyelle radicale avait-il lieu d’abord dans les trois nombres du parfait actif? Nous ne voulons pas nous prononcer sur celte question. Dans la dernière hypothèse, le sanscrit et les idiomes germaniques se seraient fortuitement rencontrés, en accordant au poids des désinences ou à l'étendue croissante du mot le pouvoir d’abréger la syllabe radicale '. Des effets de ce

. ! L'auteur indique de nouveau ici que ce n'est pas tout à fait la même cause qui produit le pouna dans le parfait sanscrit et dans le prétéril gothique : en sansenit, c'est le poids des désinences; dans les langues germaniques, c’est le noinbre des syllabes. — Tr. °

>enre sont si naturels qu’on n'aurait pas le droit d’être surpris si, avec le cours du temps, ils s'étaient produits d’une manière indépendante dans les deux idiomes. Le vieux haut-allemand suit sa voie propre, quand il fait à la seconde personne du singulier biz, bugs, et non beizt, bougi, quoique en sanscrit on ait bibaid-1la, bubaug-1-la. 1 est d’ailleurs certain que le sanscrit, tel qu'il nous est parvenu, accorde au poids des désinences personnelles ane influence beaucoup plus grande qu’elle n’a pu être dans la période primitive; ainsi le grec dsdépxaus», comparé à dédopa, nous présente une forme mieux conservée que le sanscrit ladréimä « nous vimes», qui a mutilé en r la syllabe ar du sin-

zulier dadäréa.

) 610. Les désinences du parfait actif, en sanscrit, en grec et en gothique.

Les désinences personnelles du prétérit redoublé méritent un ‘zamen à part, car elles n'appartiennent complétement ni aux lexions primaires, ni aux flexions secondaires. C'est toutefois rers les premières que le parfait penche le plus (en grec plus risiblement qu’en sanscrit) : si elles ont été mutilées et quelqueots supprimées, cela tient évidemment à la surcharge causée jar la syllabe réduplicative.

La première et la troisième personne du singulier sont les nêmes en sanscrit; toutes deux finissent par une voyelle qui ne kervait d'abord qu'à porter la désinence personnelle. Le gothique : encore perdu cette voyelle, ce qui fait qu’il présente les formes Mug, bait en regard de bubaiga, bibatda. Le grec, qui termine sa sremière personne en a, altère à la troisième personne l’a ens, mme à l'aoriste où il fait édesËe (= sanscrit ddiksat). Nous avons lonc, d'une part, les premières personnes réru@a, dédopxa = sanscrit utépa «je frappai», dadäréa «je vis»), et, d’un autre ôté, les troisièmes personnes réru@e, dédopxe (= sanscrit tutôpa, ludärsa ).

En voyant le sanscrit, le grec et le gothique (et lon peut encore ajouter le send!) privés de flexion à la première et à la troisième personne du singulier, on pourrait être tenté de conclure que cette suppression est antérieure à la séparation des idiomes. Mais la conclusion n’est pas obligée, car les iangues en question ont fort bien pu être conduites, chacune de son côté, à affaiblir la désinence par suite de la surcharge du redoublement. Les trois idiomes ? n'ont pas d'ailleurs affaibli la flexion au même degré : celui qui a été le plus loin, c'est le sanscrit. Dans cette langue, dès l'époque la plus reculée, la désinence de Ja deuxième personne du pluriel est devenue semblable à la première et à la troisième personne du singulier, ou elle ne s'en distingue plus que par l'accent et par l'absence du gouna, ou par une mutilation intérieure de la racine dont le singulier est resté exempt. Nous avons, par exemple, la racine krand «pleurer», qui fait éakrände « je pleurai, il pleura » et cakrandd « vous pleurâtes». Le gothique, au singulier, fait gaigrét «je pleurai, il pleuras, et ici il est moins complet que le sanscrit, qui a conservé la voyelle finale; mais, au pluriel, nous avons en gothique gegrôt-u-th, qui évidemment suppose une forme sanscrite éakranda-la ou cakrand-a-ta. Encore à l'heure qu'il est, les formes allemandes 1hr bisset «vous mordites », hr boget «vous pliâtes » sont plus complètes que le sanscrit de la période la plus ancienne. On en peut dire autant pour les formes grecques comme rsri@-a-rs, dedépx-a-7e, auxquelles correspondent, en sanscrit, tutup-à « vous

frappâtes », dadré-d «vous vîles» (pour tutuy-a-la, dadré-a-ia). $ 611. Désinences du parfait moyen, en sanscrit et en grec.

Au médio-passif, le prétérit redoublé sanscrit a perdu nor-

! Au sanscrit dadéréa correspond, en send, la forme amgle om ddardia (5 44)

* Nous pouvons laisser de côté le zend, dont la parenté plus intime avec le sanscrit ne fail pas de doute.

seulement le m de la première personne, qui manque aussi au présent, mais encore le t de la troisième. Ainsi tutupé remplace tutup-mé et lutup-t#. Le grec est beaucoup mieux conservé, car il nous donne réruu-uas et rérur-rœs.

De ces formes réruu-pu, rérux-ras on peut conclure que l'actif, à une époque plus ancienne, a dû faire rervx-a-pu, TETÜR-a-Ts OÙ TETUP-a-ps, TerUp-a-T5, et en sanscrit tufép-a-m: (ou tutép-d-m, $ 43h), tutép-a-4. Devant les désinences plus pesantes du médio-passif, le grec a supprimé la voyelle de liaison a, d'après le même principe qui fait que nous avons à l'optatif moyen Odo{ueba (au lieu de Gdoifueda), en regard de l'actif didofnuer !.

Le sanscrit, au parfait moyen et passif, insère ordinairement la voyelle de liaison : devant les désinences commençant par une consonne? : 1] fait, par exemple, tutup-1-56" (en grec rérum-am). Toutefois, dans le dialecte védique, on pourrait trouver tutup-s8, car ce dialecte supprime souvent la voyelle euphonique de la langue ordinaire; par exemple, au lieu du parfait habituel oiwvid-1-5# «tu trouvas», on a dans le Rig-Véda vivit-sé (racine md).

? $ 6192. La désinence ré, à la troisième personne du pluriel du parfait moyen, en sanscrit.

À la troisième personne du pluriel, la désinence sanscrite, pour le moyen et le passif, est ré. Devant ce ré, la langue ordinaire insère toujours la voyelle de liaison 1; dans le dialecte

védique, li peut manquer. Ainsi le Rig-Védat, au lieu de la

1 De même, au potentiel moyen, le sanscrit supprime l'é de l'actif : il fait dedémdhi, en regard de dadyäma «que nous donnions».

3 Voyez $ 605.

3 [,axxu, 4.

‘ J,zxiv, 10.

forme habituelle dadrsiré «ils furent vus», nous présente dadrs-ré.

Il est presque impossible de donner une explication certaine de cette désinence. Je suppose! que le r est pour un ancien s. Le changement de s en r n’a lieu ordinairement, en sansenit, qu'à la fin des mots, où il est obligé quand le s se trouve devant une lettre sonore et est précédé d’une voyelle autre que a ou 4. Si, comme nous le conjecturons, r tient ici la place d’un s, il appartiendrait au verbe substantif; nous avons déjà vu ($ 553) qu'en grec certains temps prennent le verbe substantif à la troisième personne du pluriel (&3/ocav, £éoca»), tandis que toutes les autres personnes ont des formes simples. C'est probablement le besoin d'alléger le mot qui a fait changer s en r. Un fait anslogue a lieu en vieux haut-allemand, pour les racines finissant par :s et par us, et pour une partie des racines finissant par as; la sifflante radicale, qui est conservée dans les formes monosyllabiques du prétérit, s’affaiblit en r dans les formes polysyilabiques. Ainsi la racine ris «tomber »? fait reis, riri, reis, riramés, etc.; lus «perdre» fait lôs, luri°, lds, lurumés, etc. ; was aje fus, 1l fut» fait, à la deuxième personne du singulier, wéri, et au pluriel wérumés, wrut, wérun.

$ 613. Insertion d'un r à la troisième personne du pluriel du potentiel et du précatif moyens. — Même insertion à l'aoriste moyen védique.

La désinence sanscrite ré nous amène naturellement à parler de la désinence ran, qu'on trouve à la troisième personne du pluriel du potentiel et du précatif moyens. Je vois dans rar un reste de ranta. Il a déjà été question de la racine sf «être couché», qui prend un r à la troisième personne du pluriel de tous les

1 Voir Abrégé de la grammaire sanscrite, $ 272, remarque 4. ? En sanscrit, brañé (même sens).

> Voyez $ 608.

temps spéciaux!. La racine nid «savoir» (classe 2), combinée avec la préposition sam, peut à volonté prendre ou laisser un r au présent, à l'imparfait et à l'impératif moyens; exemple : sañmdraté ou sañmdaté «ils savent »?. Il est clair que dans toutes ces formes le r a la même origine.

Le dialecte védique accorde encore une plus grande latitude à l'insertion de ce r, au moyen et au passifs : il fait, par exemple, dduhra «mulserunt», pour éduhrata; la langue ordinaire exige dduhata. Remarquons aussi les formes wrgst ddrérañ et wad dsrgrañ*, pour ddréranta et dsrgranta; la langue ordinaire demande ddréanta et dsrganta. L'anousvära de rañ (probablement pour une forme plus ancienne rats°) se change en m devant une voyelle; exemple : Waua © À fr dsrgram indra 18 girah «effusi sunt, Indra! tibi hymni»°,

$ 614. De la voyelle de liaison # au parfait sanscrit.

La voyelle de liaison 1, que le moyen contient presque à toutes les personnes, a sans doute été originairement un a. On en peut dire autant, avec plus de vraisemblance encore, pour l'actif, où la forme tutup-1-md a dû être précédée d’une forme

1 Voyez $ 468, page 63, note s.

2 Pânini, VII, 1, 7.

3 Pänini, VII, 1, 8.

* Le premier est un aoriste (sixième formation) de la racine daré, dré, qui est imusitée aux temps spéciaux. Quant à dsrprañ, je ne puis y voir, comme le fait Westergaard, un aoriste, parce que les racines de la sixième classe, quand elles n'insèrent point une nasale dans les temps spéciaux, ne peuvent prendre l’aoriste de la sixième formation : celui-ci se confondrait avec l’imparfait. J’explique donc dsrgraï (remarques le g, au lieu du g de la langue ordinaire) comme un imparfait : pourquoi ce temps n'aurait-il pas pu, aussi bien que l’aoriste, remplacer la désinence anta par rañ ?

* Sur le changement de t en s, voyez $ 462.

€ Rig-Véda, Ï, 11, 4.

tutup-a-ma!; en effet, le grec fait reruÿ-a-ue» et le gothique gaigrét-u-m «nous pleurâmes», lequel suppose en sansent cakrand-a-ma?, et non éakrand-5-md. On trouve bien en gothique l'u à la place d’un ancien a, mais on n’a pas d'exemple d’un « représentant un ancien 1.

$ 615. Suppression de la voyelle de liaison au parfait sanscrit et grec.

À la deuxième et à la troisième personne du duel, le sanserit a fidèlement conservé l'ancienne voyelle de liaison «; mais l'e des désinences primaires as, tas s'est affaibli en w, probablement à cause de la surcharge produite par le redoublement. Nous avons donc tutup-d-lus, tutup-d-tus, en regard du grec reniG-a-vor, reriQ-a-ror”, et de même cakrand-d-ius «vous pleurâtes tous deux», en regard du gothique gaigrét-w-ts (même sens).

Tandis que les désinences dus, tus sont toujours précédées de leur a*, la désinence va de la première personne du duel et la désinence ma de la première personne du pluriel sont quelquefois jointes immédiatement à la racine; ainsi sd « arrêter » fait nsu1-vd, aid-1-md ou sisd-vé, sid-md. Ï1 en est de même en grec, où l'a est quelquefois supprimé devant les désinences pesantes du duel et du pluriel; on a, par exemple, K-ue, Éory-pev, Éix-vov, dvwy-uev, dédi-per. Je ne veux pas dire que la suppression de la voyelle de liaison remonte à l'époque où le grec ne s'était pas encore séparé du sanscrit : les deux idiomes ont fort bien pu s’alléger, chacun de son côté, d'une voyelle auxiliaire qui n’ajoutait rien au sens.

Ÿ Ou tutup-d-ma ($ 434).

1 Ou cakrand-d-ma.

* Pour rerü@-a-ros, reru®-a-ros ($ 97).

* Aussi les grammairiens indiens reyardent-ils cel &. non comme une voyelle de

liaison, inais comme appartenant à la désinence. 5 Pour ofdauey (S 91).

$ 616. Deuxième personne du singulier du parfait actif, en sanscrit, en grec, en gothique et en vieux haut-allemand.

Nous avons déjà parlé ($ 453) de la désinence de la seconde personne du singulier w {a. Nous en avons rapproché les formes grecques comme #o-êa, olo-8a et les formes gothiques comme vais-t «tu sais». En vieux haut-allemand, les prétérits forts n’ont conservé du sanscrit 1-la que la voyelle de liaison; nous avons, par exemple, en regard du sanscrit bubôg-1-ls (venant de bubaug-5-ia) et du gothique baug-t «tu plias», le vieux haut-allemand bup-1. Toutefois, les prétérits qui, comme le sanscrit véda, le grec olda et le gothique vatt, ont le sens d’un présent, conservent le t qu'ils joignent immédiatement à la racine. Tels sont : weis-t! (= gothique vais-t, grec olo-ba, sanscrit vét-ia) «tu sais»; muos-t «tu dois»; 6h-1? «tu es capable de»; scal-t «tu es obligé de»; an-s-t° «tu es disposé à»; chan-s-t «tu peux, tu sais»; ge-lars-t «tu oses»; darf-t «tu as besoin de»; mah-t «tu peux »°.

$ 617. S inséré en gothique devant le de la deuxième personne du singulier. — La racine gothique s6 «semer».

Il a déjà été question ($ 454) de la lettre s, que les racines

1! Par euphonie pour meiz-t.

? Il n'y a pas d'exemple de cette forme; mais on peut la déduire avec certitude de la troisième personne touk et du prétérit t6h-ta.

3 Avec un s euphonique ($ 95) : cette forme n'est pas douteuse, quoiqu'il n’en reste pas d'exemple.

4 La plupart de ces verbes sont encore usités en allemand moderne : ce sont misson, müssen, lLaugen, sollen, günnen (avec le préfixe ge), kônnen, dürfen, môgen. C'est parce que leur présent est une ancienne forme de parfait, que nous avons : ich meiss et wir wissen, ich muss et wir müssen, ich kann et wir kônnen, ich darf et œir dürfen, ich mag et wir mogen ($ 606). Quant à taugen, sollen, günnen, ils sont conjngués comme des présents ordinaires. Voyez, sur ce sujet, Grimm, Hisloire de la langue allemande, chap. xaxv. — Tr.

gothiques finissant par une voyelle insèrent devant le t de la deuxième personne. Ainsi s6 «semer » fait saisf-s-t1.

Comme ce dernier verbe se retrouve en slave, en lette et en latin, on doit s’étonner que le sanserit ne présente aucune racine qui en puisse être rapprochée avec certitude. Benfey ? rattache le gothique s6 à la racine sanscrite W& as (présent ds-yémi, classe 4) «jeter». Mais comme ce verbe, dans toutes les langues congénères de l'Europe, commence par un s, je doute du rapprochement. Je penserais plus volontiers à la racine sex «donner», qui figure sur les listes des grammairiens indiens comme racine de la première et de la huitième classe; mais je crois que la vraie forme est sé °, que je rapporte à la cinquième et à la neuvième classe. Au lieu de san-6-#, je divise aina : sa-n6-ti (pour sd-n6-t), et, au lieu de san-a-&, je divise de cette façon : sa-na-t (pour sa-nd-t)t. Il y a le même rapport entre le gothique #65 «semer » et le sanscrit s4 « donner » © qu'entre le gothique v6 «souffler» et le sanscrit WT vd (même sens). H est vrai que sé signifie «donner» et non «semer»; mais l’idée de semer est sans doute trop particulière pour qu'elle ait été représentée dès l'origine par un mot ayant cette acception spéciale. On a dit «donner [à la terre]r, de même qu’en sanscrit la racine vap, dont la signification primitive est «répandre», à pris le sens de «semer ».

1 Au sujet de l’ai ou aÿ des formes spéciales (sais, saijith), voyez $ 109", s.

3? Lexique des racines grecques, 1, p. 390.

* Voyez Bôhtlingk, Chrestomathie sanscrite, page 385. Weber, Véjasanéys sperrmen, Ï,p. 13 ct suiv. Benfcy, Glossaire du Sâma-Véda, au mot san.

* Nous voyons de même la caractéristique de la neuvième classe nd abrégée en ns dans le zend étèrënai-ta «qu'il répande», potentiel qui répond aux formes grecques comme ddxvos-r0 ($ 109", 5).

* Sur la diphthongue ai que ces racines prennent, en gothique, dans les temps spéciaux, voyez $ 109", 2.

$ De la racine sd, on trouve, dans les Védas, le désidératif stéd-s (voyez Benfey. Glossaire du Sâima-Véda), qui est foriné comme pipd-s «désirer boire», venant de pé.

Si le gothique s6 répond au védique sé, le substantif gothique séth-s (thème sé-di)! sera identique avec le thème sanscrit s4-4 e don». Peut-être le latin sô-lum est-1l de la même famille, et signifiait-il d'abord «ce qui doit être ensemencé ». En irlandais, aol veut dire «semence» et siolaim, qui est probablement un verbe dénominatif, «je sème ». |

$ 618. Première et troisième personnes du singulier des racines sanscrites en d.

À la première et à la troisième personne du singulier, les racines sanscrites en d ont pour désinence du; il en est de même pour les racines qui finissent par une diphthongue ?. Ainsi dé fait at dedéë «je donnai, il donna»; sid fait tasidi «je fus debout, il fut debout». Ces formes sont irrégulières, car lé de la racine, devant l'a de la désinence, aurait dû se fondre avec lui et faire 4, ou 11 aurait dû tomber comme devant les autres désinences commençant par une voyelle. Si la première personne était la seule qui eût cette flexion, on pourrait dire que l’u est la vocalisation d’un m°. Mais la même explication ne peut s’appliquer à l’u de la troisième personne, à moins qu'on ne veuille admettre que la désinence du, dont le sens et l’origine auraient été oubliés, ait irrégulièrement pénétré de la première dans Ja troisième personne *. Une autre explication, c'est de regarder dadäü «je donnai, il donna» comme absolument dépourvu de désinence personnelle : lu serait un affaiblissement de la voyelle

1 En vieux haut-allemand sd-t (thème sd-ti).

? L'auteur a montré précédemment ($ 109°, 2) que les racines qui, suivant les grammairiens indiens, finissent per é, di, 6, sont en réalité des racines en 4. — Tr.

3 C'est ainsi qu'en regard du sanscrit syém le gothique fait sijau ; le lithuanien présente également à la première personne des formes en au ($ 438).

“ Une confusion de ce genre n'est pas sans exemple : ainsi, au passif gothique, la première et la troisième personne ont la même désinence; seulement, c'est ici la troisième personne qui a communiqué sa forme à la première ($ 466).

hile 17

de liaison a!. L'4 final de la racine, en se combinant avee cet #, aurait produit la diphthongue 4x, suivant le principe du vriddhi ($ 29), au lieu qu'ordinairement un 4 s'abrége en «

devant un # ou un 1, et fait alors 6 (= au) ou 4 (== ai). $ 6:19. Forme périphrastique du parfait, en sanscrit.

Tous les verbes sanscrits de la dixième classe, ainsi que tous les verbes dérivés, se servent au prétérit redoublé d’une forme périphrastique. Ils prennent l’un des verbes auxiliaires kr, kr «faire», as «être» ou bd (même sens), dont ils joignent Île parfait à l’accusatif d'un substantif abstrait formé du verbe attributif. Ce substantif abstrait, inusité à tous les autres cas, se termine par un à, devant lequel il conserve la caractéristique «y. Ainsi dur (présent érdyäm, classe 10) «voler» fait au préténi redoublé déraydi-cakéra? «il vola» (littéralement «il fit action de voler»), ou céraydm-dsa ou corayém-babära * (littéralement «il fut action de voler»). Déjà, dans la première édition de ma Grammaire sanscrite, j'avais expliqué cette forme en 4m comme l’accusatif d’un substantif abstrait; j'ai depuis trouvé en rend une forme analogue employée comme infinitif et marquant la relation de l’accusatif. Nous avons, en effet, dans le Vendidad- Sädé: : 6%@bs) 6% sjmssss0$26 jçmwb 6% yést vain magdayañna sañm raudayañnm* «si les adorateurs de Masda veulent cultiver (littéralement «faire grandir») la terre».

! Cette voyelle de liaison est tout ce qui a subsisté de la flexion dans les parfaits ordinaires comme daddréa ($S 610).

3 Par euphonie, pour cirayäm-cakdra.

$ Le parfait babüva présente une triple irrégulerité : au lieu d'un «, il prend on a dans la syllabe réduplicative; la voyelle radicale s’abstient, à la première et à la troisième personne du singulier, du gouna et du vriddhi; enfin l’& radical se change en dv (au licu de uv) devant une voyelle.

Manuscrit lithographié, p. 198.

$ Le lexte porle raédyañm; mais, page 179, nous avons raddayén.* Ces deux

Au lieu du verbe auxiliaire kar, kr « faire», le sanscrit emploie encore quelquefois d’autres verbes du même sens. Nous lisons, par exemple, dans le Mahäbhärata! : vapustamäriai varayäm pracakramuh «ils demandèrent [en mariage] Vapustamâ», littéralement «ils firent demande» ou «ils allèrent en demande à cause de Vapustamä». Le sens propre de pra-kram est «aller»; mais les verbes exprimant le mouvement prennent souvent le sens de « faire», laccomplissement d’une action étant représenté comme une entrée dans cette action.

Rewanque. — Formes périphrastiques de l’aoriste el du précatif, dans le dialecte védique. — Il arrive quelquefois que l'auxiliaire kar, kr est séparé dans la phrase du substantif abstrait qu'il régit”. De cette circonstance on pourrait conclure que les formes comme cérayäncakära ne sont pas de vraies formes composées. Mais cette conclusion n'est pas obligée : on trouve aussi au fator, au lieu de kartäsmi efacturus sum», des constructions comme kertä tad asmi té «facturus hoc sum tibi» *.

Quant aux verbes auxiliaires as et bd, je ne pense pas qu'on les trouve jamais séparés de leur substantif abstrait, car as et bd ne régissent jamais l'accusatif, excepté dans la combinaison en question. On ne dira certaiuement pas côraydn ‘ tad âsa ou côrayän tad babüva «il vola ceci».

Dans les Védas, non-seulement le parfait redoublé, mais l'aoriste et le précatif (c'est-à-dire le potentiel de l'aoriste) ont des formes périphrastiques composées d'un accusatif en dm et de l'auxiliaire kar, kr. Tels sont, par exemple, praganayäm-akar «il engendra» (littéralement rgenerationem fecit»), pévaydn-kriyät «qu'il punifiât» (littéralement «qu'il fit purifica-

formes m'ont conduit à la restilution de la véritable leçon, que Burnouf a confirmée depuis par la comparaison des autres manuscrits. Raudayañn est le causatif de rud egrandir», en sauscrit ruh (pour rud', $ 23). J'en rapproche le gothique lud « grandir», d'où vient le subslanlif lauths, laudis «homme» (en allemand moderne, leute). Anquetil traduit raudayañm par «creuser des ruisseaux» : il est passible que l’idée de «faire grandir» ait conduit à celle de «creuser [la terre]».

1 ], vers 1809.

? Voyez Abrégé de la grammaire sanscrite, a° édition, $ 419.

3 Voyez $ 67.

# Avec n pour 1», à cause du { suivant.

tion»). L'impératif de la racine vid «savoir» présente, même dans le sanscrit classique, une forme périphrastique analogue : vidän-kerdtu «qu'il sache» (littéralement «qu'il fasse action de savoir»).

Dans toutes ces formes, les verbes auxiliaires perdent leur accent tonique: mais cette circonstance ne suffirait pas pour prouver la nature composée des formes en question; car, si nous nous en rapportons aux grammairiens indiens, le verbe, à l'intérieur de la phrase, sauf certains cas spéciaux, est toujours dépourvu d'accent.

$ 630. La racine dé dans les langues germaniques. — Le prétérit des verbes faibles, dans les idiomes germaniques, est formé à l'aide de cette

racine.

Remarquons que ce sont surtout les verbes sanscrits de la dixième classe, les causatifs et autres verbes dérivés, qui, au prétérit redoublé, se servent de la forme périphrastique, et s'abstiennent de la forme simple. Un fait analogue a lieu dans les langues germaniques, où les trois conjugaisons faibles, qui sont précisément celles qu? répondent à la dixième classe sanscrite?, forment leur prétérit à l’aide d'un verbe auxiliaire signifiant « faire ».

Déjà dans mon premier ouvrage, j'ai montré que les formes gothiques comme séki-dédum «nous cherchâmes » (littéralement «nous chercher ffmes»), s6kidédjau « que je cherchasse » (littéralement « que je chercher fisse») renfermaient le même verbe signifiant «faire», qui a donné aussi le substantif déds (thème dédi) «actionrt. Depuis ce temps, J. Grimm a prouvé que même le singulier sékida «je cherchai » contenait le verbe auxi-

* Voyez $ s04.

4 Voyez $ 109", 6.

* Système de conjugaison de la langue sanscrite, p. 151 et suiv.

* Ce subslantif déds s'est seulement conservé, en gothique, dans le composé missa-déds « méfait». Mais nous le retrouvons dans le vieux haut-allemand tét, l'ancien saxon ddd et l'allemand moderne that «action ». [ Le h, dans l'allemand that, thun, est une insertion de date relativement récente. — Tr.]

liaire; l’auxiliaire existe donc aussi dans l'allemand moderne !ch suchte, ainsi que dans toutes les formes correspondantes des autres idiomes germaniques.

Dans l'ouvrage cité plus haut, j'avais supposé que le singulier sôkida dérivait du participe passif! : le thème de ce participe est, en effet, sékida (nominatif sékiths)*. Mais, malgré l'identité des deux formes, je les sépare aujourd’hui absolument’. En effet, si le da de sékida «je cherchai» appartient à la même racine qui a donné dédum dans sékidédum «nous cherchâmes » et déds «action», il n'a rien de commun avec le da du participe ; ce dernier représente le suffixe sanscrit ta, latin &, grec ro (œAex-rés, æoin-ré-s), lithuanien ta-s (sük-ta-s «tourné »). La présence de ce suffixe dans toutes les langues indo-européennes est une preuve manifeste de son ancienneté.

$ 621. Dérivés de la racine dd, en gothique. — Conjugaison

du verbe auxiliaire.

Le thème du substantif déds «action» est dé, dont l'i a été supprimé au nominatif ($ 135); le génitif est dédai-s, l’accusatif pluriel dé&-ns. La syllabe di représente le suffixe sanscrit &, qui sert à former des substantifs abstraits : nous avons vu ($ 91, 2) que ce suflixe devient en gothique ti, th: ou &, suivant la lettre

! Ouvrage cité, p. 118. J'ai retiré cette opinion plus tard; voyes Vocalisme, p. 51.

? Neus avons, de même, salbôths el'oint», dont le thème salbéda est identique avec salbéda ej'oignis». Une circonstance qui était faite encore pour induire en erreur, c'est que les seuls verbes qui aient des participes en da (nominatif ths) sont ceux qui forment ieur prétérit en da. Les verbes qui n'ont pas recours, pour leur perfait, à la forme périphrastique , appelés par Grimm les verbes forts, ont des participes en na (nominatif #s); exemple : bug «plier», prétérit baug, participe buga-ns (thème bug-a-na) = sanscrit Bug-nd-s «plié».

* Grimm semble vouloir établir un lien entre le participe passé de la conjugaison faible et le prétérit de l'indicatif. Voyez Grammaire allemande, t. 1, 1"° éd. p. 556, et s° éd. p. 1009. Comparez aussi mon livre intitulé Vocalisme, p. 51 et suiv.

* Esemples : tyak-té-s «abandonné», kr-td-s «fait», br-té-s «porté».

qui le précède. Il reste la syllabe dé (en anglo-saxon dé, en

vieux haut-allemand té) qui représente la racine; en sanscrit et en zend, la racine correspondante est wt dd, ”…, dä « poser, faire». On peut se demander si le d4 de d#-di «action» est absolument identique au dé de dédum, dans s6ki-dédum. Je ne le crois pas; je regarde aujourd’hui dédum comme un pluriel analogue à lésum, némum, sétum ($ 605), et je divise ainsi : déd-u-m, déd-u-th, déd-u-n. Au subjonctif, je divise : déd-jeu (comparez lés-jau). J'admets une racine gothique dad, contenant un redoublement dont la langue n’a plus conscience, de même que nous trouvons en sanscrit, au nombre des racines reconnues par les grammairiens indiens, &g dad «placer, coucher», qui n'est pas autre chose au fond que la racine WT dâ précédée d’une syllabe réduplicative et privée de sa voyelle radicale.

Au singulier du prétérit composé en question, la syllabe réduplicative du verbe auxiliaire s'est perdue; mais, en revanche, la voyelle de la syllabe radicale s'est conservée, tantôt sous la forme abrégée a, comme à la première et à la troisième personne s6k1-da «je cherchai, 1l chercha », tantôt avec la longue primitive, comme à la seconde personne sék:-dé-s « tu cherchas »!. De la syllabe da on peut rapprocher le da du zend dada (on trouve aussi une fois dadü) «il créa, 1l a créé». Au pluriel et au duel de l'indicatif, et dans les trois nombres du subjonctif, le redoublement s’est conservé en gothique; mais la voyelle radicale a été supprimée.

1 Au sujet de l'é gothique, qui représente le HT 4 sanscrit, voyez $ 69, s. C'est évidemment le s final qui a protégé la longue. On s’attendrait à avoir +6k-+-dé-e1. d’après l’analogie de saisé-s-t ($ 454 ); nous avons vu plus haut ($ 453 et suiv.) que le signe de la deuxième personne, au prétérit gothique, est t (== sanscrit ia). Nous pouvons donc supposer que dans s6k-i-dés, salb-6-dé-s, hab-ar-dé-s, le s était enciennement suivi d’un t; en ce cas, il ne faudrait pas voir dans le s l'expression dc la seconde personne, mais simplement une insertion euphonique.

$ 629. La racine dä hors de composilion, en anglo-saxon et en vieux haut-allemand.

Hors de composition, nous ne trouvons le verbe en question ni en gothique, ni dans les langues germaniques du Nord. En ancien saxon, nous avons au présent le singulier dd-m, dé-s, dé-d (ou dé-t), qui, si l’on fait abstraction de la perte du redoublement, répond très-bien au sanscrit dédä-m, dddi-s, dädä-ti. Le prétérit a gardé son redoublement : 1l fait au singulier déda, dédé-s (peut-être pour dëdé-s-t), dëda. Cette dernière forme répond très-bien au zend dada (pour dadä)'. Le pluriel dâd-u-n, qui sert pour les trois personnes ?, suppose, comme le gothique -déd-u-m, -déd-u-th, -déd-u-n, une racine secondaire dad, dont le présent eût été didu; j'explique, en conséquence, dédun comme étant pour daadun, qui lui-même est pour dadadun, avec deux redoublements.

En vieux haut-allemand, la confusion se met dans ce verbe dès la seconde personne du singulier tâti (pour tatat) «tu fis »°. Mais la première et la troisième personne téta «je fis, 1 fit » sont restées fidèles à l’ancienne formation : elles n’ont ni contraction, ni double syllabe réduplicative. Le pluriel est tét-u-més, tt-u-t, tât-u-n (pour tatat-u-més, latat-u-t, tatat-u-n).

$ 623. De Ti dans les prétérits gothiques comme sôkida, satida.

11 reste à expliquer li de s6hda «je cherchai». Nous avons vu ($ 109°, 6) que le ja de sékja «je cherche» répond à la caractéristique W4 aya des verbes sanscrits de la dixième classe;

: Voyez $ 651. Il ne reste pas d'exemple de la première personne zende, qui prohablement faisait auesi dada.

* C'était d'abord la troisième personne du pluriel : elle a été transportée ensuite aux deux antres personnes.

3 L'ancien saxon également permet la forme contraciée dddi, au lieu de dédé-s Voyez Schmeller, Glossarium saxonicum, p. 25.

dans sdki-da, cette syllabe gothique ja se contracte en 1. L'i de sûükida est donc en quelque sorte l'équivalent du sanscrit ayés dans éraydñ-éakdra ! «je volai»; ou, pour prendre des verbes de même famille, l': de sati-da «je plaçai » ? représente le ayén du sanscrit sdday4ñ-cakéra «je fis asseoir»; le gothique thax, dans than:-da ej'étendis » *, répond à ténaydm dans le sanscrit linaydñ-cakära «je fis étendre »; le gothique vas, dans vass-ds «J'habillai », répond à vdsaydm dans le sanscrit vésay4t-cakére «je fis habiller ».

On pourrait conjecturer que dans les composés gothiques question le premier membre avait également la désinence de l'accusatif, car 1l est un accusatif véritable par la signification. Comme la déclinaison gothique, telle qu'elle nous est parvenue, a partout perdu le signe de ce cas, on ne devrait pas s'étonner s'il avait aussi disparu en composition. En regard du sansent sédayäi-cakära, tänay4i-cakéra, vésay4i-akéra, on pourrait donc supposer d'anciennes formes gothiques satin-da, thanin-da, venn-da. La différence du verbe auxiliaire ne doit pas nous arrtter, car nous avons vu ($ 619) que le sanscrit aussi remplace quelquefois kar «faire» par un autre verbe de même significs-

tion, ou par les verbes as et bd « être ».

$ 624. De l'6 et de l'ai dans les prétérits gothiques comme salbéda, munaida.

À côté des prétérits composés comme sékida, nous en trouvons d’autres comme salbé-da : ils appartiennent aux verbes que Grimm range dans sa deuxième conjugaison faible. Nous avons vu ($ 109", 6) que ces verbes ont éliminé le y de la caractéristique sanscrite aya, et que les deux a, en se fondant ensemble,

l Avec #, par euphonie pour », à cause du c du mot suivant. 3 En allemand moderne, ich setzte.

3 En allemand moderne, 1ch dehate.

ont formé un 6 (= 4)!'. On peut rapprocher, par exemple, du sanscrit léhaydi-cakära? «je fis lécher» le gothique laipé-da « je léchai »°.

Il reste enfin la troisième conjugaison faible de Grimm, qui forme des prétérits comme munai-da «je pensai». Ces verbes, comme je le crois, ont retranché l'a final de la caractéristique sanscrite æya, et ont vocalisé le y en 1°. On peut donc rapprocher du gothique munai-da le sanscrit ménaydti-cakära «je fis penser», de ga-bauat-da «je bâtis» le sanscrit bévayéi-cakéra

«je fis exister, je créai»°.

$ 625. Verbes forts prenant le prétérit composé, en gothique. — Suppression de l'i dans les prétérits comme thahta «je pensai ».

Ce ne sont pas seulement les verbes de la dixième classe et les verbes dérivés qui prennent, en sanscrit, la forme périphrastique du parfait. Îl y a aussi des verbes qui tirent immédiatement de la racine un substantif abstrait en 4, dont ils joignent l’accusatif à l’un des auxiliaires précités. Ce sont notamment les racines commençant par une voyelle longue* : ainsi tf «commander» fait {#4#-cakdra «je commandai ».

De même, en gothique, nous avons le prétérit brah-ta « j'apportai» à côté du présent à forme forte bringa. En outre, les verbes dont le prétérit simple a la signification d'un présent ($ 616), expriment le passé à l'aide du prétérit composé. Ainsi

1 Comparez les verbes latins de la première conjugaison.

3 Racine kk «lécher».

3 En allemand moderne, ich leckte.

* Comparez la deuxième conjugaison latine ($ 109°, 6).

s Hne faut pas oublier qu’en sanscrit toutes les racines peuvent former un causatif, lequel se conjugue d'après la dixième classe.

* Peu importe que la voyelle soit Jongue par nature ou par position. 11 faut seulement excepter la racine dp et les racines ayant pour voyclle initiale un a long par

,… mnacieanss

nous avons més-ta « je dus » à côté de mt «je dois »; mun-da eje crus» à côté de man «je crois»; skul-da «je fus obligé de» à côté de skal «je suis obligé de»; vis-sa (pour vista) «je sus» à côté de vait($ 4g1) «je sais» !.

I existe enfin quelques verbes faibles ayant la syllabe dénivative ja qui, au lieu de former leur prétérit d'après le modèle de sékida, suppriment li et joignent immédiatement le verbe auxiliaire à la racine. En gothique, ces verbes sont seulement au nombre de quatre : thah-ta «je pensair (présent thaxkje), bauh-ta? «j'achetai» (présent bugja), vaurkta «je fis» (présent vaurkju), thuh-ta «1 sembla » (présent thunkeïth mis «il me semble »)°. Mais en vieux haut-allemand, la suppression de l': devient beaucoup plus fréquente : elle a lieu toutes les fois que la syllabe radicale est longue. En même temps que l': disparaît, cesse aussi l'influence que cet 1 exerçait sur un a précédent ($ 73) : ons donc nan-tat (et non nen-ia) «je nommai», wan-1a° (et non wen-la) «je tournai», lér-ta «j'instruisis». Les formes correspondantes, en gothique, sont nammi-da, randi-da, lain-da. Ces verbes, et d’autres semblables, ont également perdu le } ou l'i* de la caractéristique Ja au présent et aux temps qui s’y rat-

1 La dentale initiale du verbe auxiliaire devient t, &, d ($ 91) ou s ($ 109), selon la nature de la consonne précédente.

3 Avec au pour u, à cause de À ($ 83).

3 En allemand moderne, ich denke, ich dachte; es dünkt mir, es däuchie mur. En anglais, Z think, I'thought; L'huy, I bought. — Tr.

* Pour nann-ta ($ 108).

5 Pour wand-ta ($ 103). Je crois que ce verbe est identique avec le sanscrit sert (vrt) «aller, étre», qui, avec la préposilion ni, prend le sens de erelourner»; en latin, verto. Les liquides r et n ont permuté ($ s0). Cela ne doit pes nous enpècher de rapporter aussi à la racine vart l'allemand æerdsn «devenir», car il arrive souvent qu'une seule racine se scinde en plusieurs formes à significations différentes.

* L'écriture, en vieux haut-allemand, ne distingue pas le j de ls : il est donc impossible de savoir si le gothique nasja eje sauve», nasjam «nous sauvons» fait en vieux haut-allemand nerju, nerjamés , ou neriu, neriamés. I] n’est pas douteux, toute fois, qu’au moins à l'origine on a dù prononcer j.

tachent; mais l'adoucissement de l’a précédent a subsisté (nennu, wendu, léru), d'où l’on peut conclure que le 7 ou li sont demeurés beaucoup plus longtemps au présent qu’au prétérit.

$ 626. Ÿ a-t-il une parenté entre la flexion du participe passif sékida «cherché» et celle du prétérit composé sékida «je cherchai » ?

Le participe passif marche de pair, en gothique, avec le prétérit actif, en ce qui concerne la suppression ou le maintien de l': dérivatif, et en ce qui touche les modifications euphoniques subies par la consonne finale de la racine. Du prétérit 6h-t «je craignis», on peut donc induire le thème participial 6h-ta «craint» (nominatif éhts), quoiqu'il n'existe point d'exemple de cette forme. À côté de vaurhk-ta «je fis» (venant de vaurka), nous avons le participe vaurhts « fait » ! (thème vaurhta). À côté de fra-bauh-ta «je vendis » (venant de frabugja), on a fra-bauhts e vendu »?.

Mais on n’est pas autorisé à conclure de ces rencontres que Y'un des deux temps en question soit dérivé de l’autre. Ce serait commettre la même erreur que si nous disions que les participes latins en tus (doctus, monitus) et en turus (docturus, moniturus), ou les noms d'agent en tor (doctor, monitor) sont sortis des supins (doctum, monitum). Il est naturel que des suffixes commençant par la même lettre se combinent de la même manière avec la racine, et contractent de la sorte entre eux une analogie extérieure, quoiqu'ils soient d'origine complétement différente. Îl est vrai que le verbe auxiliaire signifiant « faire», dans les langues germaniques, et le suffixe du participe passif, n’evaient pas primitivement la même lettre initiale : en effet, l'un se rapporte à la racine sanscrite WT dé et l'autre au suffixe & &. Mais ils en sont venus à avoir tous les deux un d, par suite des

1 Marc, xiv, 58.

3 Jeen, xt, 5.

lois phoniques propres aux langues germaniques. La loi de subslitution veut d’une part qu'un d'sanscrit devienne un d en gothique ($ 87, 1), et, d’un autre côté, le suffixe ta, qui régulièrement devrait donner tha, devient da quand il est précédé d’une voyelle de dérivation ($ 91, 3). Ayant par conséquent da au participe passif et da au prétérit composé, la langue gothique a traité de la même façon deux formes extérieurement semblables. Pareille chose a lieu pour le suffixe sancrit & qui sert à former des substantifs abstraits; en gothique, il devient di après une voyelle, et 4, chi ou di après les consonnes (S 91, 2). On peut donc auxi conclure du prétérit s#ah-ta «je pus» à un substantif me-4

(thème maht « puissance »), sans que, pour cela, l’un dérive de l’autre.

$ 627. Prétérit périphrestique, en persan moderne.

S'il est permis de dire qu’en gothique le prétérit sdkida «je cherchai» et le participe sékiths (thème sékida) « cherché »! ne sont unis entre eux par aucun lien de dérivation, je ne crois pas qu'il faille étendre le même principe, ni appliquer le même raisonnement au persan moderne, où nous trouvons d'une part ber-deh «ayant» ou «étant porté», bes-th «ayant» ou «étant lié», pors-i-deh «ayant» ou «étant interrogé», et d’un autre côté ber-dem «je portai», bes-tem «je liair, pors-t-dem « j'interrogeai». Je pense, au contraire, que les prétérits persans dérivent des participes ?. Remarquons d'abord que les participes en question ont à la fois le sens actif et le sens passif, au lieu qu’en sanscrit br-té (nominatif masculin 6r-té-s) signifie seulement «porté» : il n'y a que les verbes neutres qui aient, en sanscrit, la forme ta avec la signification active; tels sont, par

1 Féminin sékida (thème s4kid#) « cherchée».

? J'ai déjà exprimé cette opinion dans mon Système de conjugaison, page 118, ct dans ma recension de la Grammaire allemande de Grimm (Vocalisme, page 72).

xemple, bübi-s sayant été», gatd-s «ayant marché». Or, le arfait, en persan, consiste dans la juxtaposition du participe t du verbe substantif : berdem «je portai» équivaut à berdeh em :je suis ayant porté». La contraction qui s'est opérée entre les leux mots ne doit pas surprendre, si l'on songe que le persan init très-souvent le verbe «être», non-seulement avec des paricipes, mais avec des substantifs et des adjectifs : 1l fait, par #xemple, merdem « je suis un homme », busurkem « je suis grand ».

À la troisième personne du singulier, on a berd ou berdeh, ans verbe auxiliaire. De même, au futur sanscrit ($ 646), on emploie bartä «laturus» dans le sens de «laturus, latura, laturum est», tandis qu'à la première et à la deuxième personne des trois nombres, la présence du verbe auxiliaire est de règle {Bartäsmi «je porterai», etc.).

Les formes du verbe substantif sont réduites à si peu de chose en persan, que, si l'on excepte la troisième personne est, elles ne se distinguent plus des simples désinences des autres verbes!. Aussi pourrait-on soutenir, contrairement à ce qui vient d'être dit, que berdem ne contient pas le verbe substantif, mais consiste simplement dans le participe berd (pour berdeh) suivi des désinences personnelles. Mais il faudrait alors admettre que berd est devenu une sorte de racine verbale, ce qui me paraît bien moins vraisemblable que la contraction de berdeh em en

berd-en.

Ed

$ 628. Le prétérit périphrastique, en polonais.

Les dialectes slaves vivants, à l'exception du serbe, forment ou plutôt transcrivent leur prétérit comme le persan moderne.

1 Comparez em «je suis», f «tu es», fm «nous sommes», fd «vous êtes», end «ils sont», avec berem «je porter, berf «tu portes», berfm «nous portons», berid evous portez», berend «ils portent». Avec end s'accorde le dorien éyrf (pour aeyri); avec em, l'anglais am (—= em).

Il ya même identité entre les deux langues, si j'ai raison de regarder le suffixe slave lo (féminin la) du participe prétérit actif comme le représentant du suffixe sanscrit ta; je reconnais, par exemple, dans l’ancien slave bülü «été» le sanscrit Bétd-s et le persan bâdeh. Peut-être le changement du t en l s'est-il opéré par l'intermédiaire d'un d. Comparez le rapport du lithuanien brôs «frère » ! (en lette bras) avec le borussien brat et l'ancien slave bratü (ou bratrü). On pourrait objecter que, dans certaines formes slaves, le suflixe participial ta s’est conservé avec son ancien t et son ancienne signification passive; mais cela ne doit pas nous empêcher de rapporter aussi au participe sanscrit en ta les participes ordinaires en lo, la, à signification active, d’autant plus que le sanscrit attribue la signification active à certains parlicipes comme ga-ti-s « ayant marché» ($ 8:19 )*. Pour expliquer le suflixe slave lo (féminin la), on pourrait être tenté de songer au suflixe sanscrit la, que nous trouvons, par exemple, dans #dk-la-s «blanc» (primitivement «brillant »), éap-a-là-s «tremblant », tar-a-ld-s (même sens), an-1-ld-s « vent» (littéralement «soufflant »). On trouve des formations analogues en grec, en latin et en lithuanien ($ 938 et suiv. ). Mais 11 n'est guère vraisemblable que le suflixe L, relativement rare dans tous ces idiomes, soit devenu dans les langues slaves l'expression ordinaire du participe passé actif.

En polonais, byl signifie «il fut», byla «elle fut», bylo «cela fut», byh «ils furent», byly «elles furent», Comme le verbe auxiliaire est sous-entendu et comme les formes en £, la, lo, ,

! Le € s'est conservé dans le lithuanien brôtuéé «nièce, fille du frère».

% Nous avons, de même, en latin, à côté des participes passifs en tus, des formes à signification active cn dus, telles que vir-1-dus, splend-i-dus ($ 819).

* Le suflixe en question est, selon toute apparence, originairement identique avec le suflixe ra (S 937).

La forme masculine by sert seulement pour les noms d'hommes : tous les autres subslanli(s des Lrois genres emploient la forme féminine byy.

Cd

& ne sont jamais employées en qualité de vrais participes, mais seulement pour remplacer l'indicatif présent, elles ont complétement pris l'apparence et adopté la nature des flexions personnelles. On peut donc les rapprocher des formes latines amasans, amabamin : le polonais l'emporte toutefois sur le latin, en ce qu'il a conservé la différence des genres, au lieu que le latin emploie invariablement le nominatif pluriel masculin ($ 478). 11 y a encore une ressemblance plus grande entre ces formes polonaises et la troisième personne des trois nombres du futur participial en sanscrit ($ 646). Mais c’est surtout avec le persan qu'on peut comparer les formes en question : ainsi byl «il fut» répond au persan bdd ou büdeh «il fut» (littéralement «été»). À la première personne du singulier masculin, bylem (byt-em) répond très-bien au persan bâdem, que j'explique, comme on l'a vu, par le sanscrit bütf ‘smi (par euphonie pour bütis asmi), littéralement « été je suis »; le féminin bylam (byla-m) répond au sanscrit bdt4 ‘sm, et le neutre bylom (bylo-m) à bâtim asmi. À la deuxième personne du singulier, nous avons en polonais byles (byl-es), bylas (byla-$), bylos (bylo-$), ce qui répond au sanscrit buté ‘a (pour bütis as), bütd ‘a (pour Gdté'an)et bütim as. Au pluriel, la première personne est, pour le masculin, byhsmy, et pour le féminin byly-smy : la forme sanscrite correspondante est bdtds smas, pour les deux genres. À la deuxième personne, nous avons byhscie, bylyscie!; en sanscrit, Oâtäs sia.

Remanque 1. — Mutilation du verbe auxiliaire au prétérit périphrastique, en slave. — La syllabe em dans le masculin bykem, et la lettre m dans le féminin byla-m et le neutre bylo-m, appartiennent, selon moi, au verbe substantif. Dans ces deux dernières formes, ainsi que dans byla-s, byloé”,

1 Le c polonais, qui se prononce ts, représente un ancien t : ainsi le cie de la seconde personne du pluriel répond à l’ancien slave TE te, et le c final de l’iufinitif à l'ancien slave TH ti.

. ? Deuxiètne personne du singulier féminin et neutre.

il ne reste done du verbe substantif que la désinence personnelle. C'est à peu près ce qui est arrivé en allemand moderne dans les contractions comme im «dans le», zum «vers le», am «près du», berm «chez le» (pour tx dem, zu dem, an dem, bei dem), où l'article n'est plus représenté que par sa dé sinence.

À la première et à la deuxième personne du pluriel, la consonne radicale s'est maintenue : on a #my, écie en regard du sanscrit sæmas, sis et du latin sumus (pour sus).

Employé hors de composition, le verbe substantif fait en polonais jesien œje suis», jestes ntu es», jesleémy «nous sommes», jesieécie «vous Étess. Mais je ne pense pas que ce soient là des formes primitives : je les crois sorties de la troisième personne du singulier jest ril est». Cette forme jen répond très-bien à l'ancien slave jesti, au russe est, au bohémien get (r == j), au slovène je (avec perte de st), ainsi qu'au sanscrit dsti, au gra éofli, au lithuanien est et au latin est. Au contraire, jestem, jesiesmy, ete. s'écartent de toute analogie avec les langues congénères. Je crois donc que jesteémy «nous sommes» doit se décomposer en jest-eémy, et je reconnais dans la dernière partie eéy le représentant du russe esmy. Quant à k forme polonaise jest-em «je suis» , il faut supposer qu'elle a perdu un s devant le m, comme cela est arrivé aussi pour le em de byl-em rje fus» (lité ralement rélé je suis»).

Il n’est pas étonnant qu'en composition avec le participe nous ne rencostrions pes l'élément superflu jest : peut-être qu'à l'époque où fut formé k prétérit périphrastique, cet élément n'était pas encore entré dans le présent du verbe substantif; ou bien l'on en sentait encore la valeur, car jest-em ne signifie pas «je suis», mais plutôt «c'est moi». Nous trouvons quelque chos d'analogue dans les langues celtiques : en gaëlique irlandais, is me, selon O’Reïly, veut dire proprement rcest moi», et ba me ou budh me «ce fut moi» *. De même, au futur, je crois que le signe de la troisième personne s'est introduit dans la première ; il a même fini par faire corps avec le thème du verbe substantif, de sorte que celui-ci peut y ajouter les désinences des autres personnes.

Remanque 2. — Comparaison du verbe auxiliaire, au parfait périphres-

* Encore cette désinence n'est-elle qu'apparente ($ 170). ? Sur le } initial, voyez $ 92°.

* Budh eil futn = sanscrit ébüt ($ 573); ba (même sens) — sanscrit éberet.

tique, en persan et en slave. — En persan moderne, à côté de em rje suis», nous avons hestem qui a le même sens. Îl y a une similitude frappante entre ce hestem et le polonais jestem, ainsi qu'entre la troisième personne «>M* hest et le polonais jest. En admettant la parenté de cu hest et de «xl est, on pourrait supposer la prosthèse d'un k', de même que le polonais jest et l'ancien slave jest ont pris un } prosthétique : le persan hestem aje suis», hesti «tu es», etc. dériveraient alors de la troisième personne, comme le polonais jestem, jesteé. Mais je préfère rapprocher le persan hestem du zend histémi (venant de sistémi) «je suis debout». Déjà, en sanscrit, la racine siä «se tenir debout» a fréquemment le sens rêtre»; dans les langues romanes, la racine du même verbe sert à compléter la conju-

gaison de l’ancien verbe substantif.

On peut donc comparer :

Grec. Lend. Persan.

loapu * histämi hestem lolas histah: hesti loär: histaiti hest

lo'laues histämahi hestim lolare histaia hestid lolévr: histént hestend.

On voit qu'à la troisième personne le verbe persan hest est privé de toute désinence personnelle : autrement, il faudrait hested, comme nous avons bered «il porte», pursed «il demande» , dehed «il donne» *, etc. La désinence de la troisième personne manque pareillement en allemand moderne, dans les formes comine wird «il devient», halt «il tient», pour œirdet, haället.

1 Comparez le À qui est venu se placer, en persan moderne, devant le nom de nombre het ehuit».

2 En sanscrit, tiéfdmi ($ 508).

3 Le h de dehem «je donne» me paraît représenter le d'du zend dadämi ($ 39). J'ai déjà montré ailleurs (Annales viennoises, 1828, t. XLIT, p. 258) que dans le verbe persan mihdden «placer» (présent nihem ), il n’est resté que l'aspiration du d'de la racine dä; la syllabe ni est une ancienne préposition (en sanscrit, ni een bas»). Dans la forme dehem, la syllabe réduplicative a pris l'apparence de la syllabe principale : on a vu que pareille chose est arrivée pour l'ancien slave dami (venant de de-dmt, $ 36, à) et pour les préterits atlemands htess, hielt (S 592).

ni. 18

27h FORMATION DES TEMPS.

Pott !, qui a également songé à la racine sf4 pour les formes persanes ea question , s’est cependant arrêté à une autre explication. [1 voit dans le { du persan kestem et du polonais jestem le t du participe passif. Mais on peut objecter que ni en sanscrit, ni dens aucune langue congénère, le verbe «s ne forme un participe en ta : le sanscrit fait éâté-s et non asta-s, le persan fait bddeh et non estek, le slave fait byl& et non jeslä ; le lithuanien n'a pes de forme esta-s, ni le latin estus, ni le gothique tsts. On est donc autorisé à conclure que si la racine as a jamais eu un participe en {æ, il s'est perdu à une époque tellement ancienne qu'il n'a pu servir ni au polonais, ni au per san moderne, pour la formation du prétérit et du présent de l'indicatif.

$ 629. Le prétérit périphrastique, en bohémien et en slovène.

Le bohémien, au prétérit, place après le participe passé le présent du verbe auxiliaire; mais il ne joint pas les deux mots ensemble. Le slovène met d'abord le verbe auxiliaire. Le russe s’en passe tout à fait et distingue les personnes par les pronoms placés devant le participe. « Je fus » se dit donc, en bohémien, suivant la différence des genres : byl sem,-byla sem, bylo sem; en slovène : sim bal, sim bla, sim bilo; en russe : ja («je ») bul, je büla, ja bülo.

Entre le slovène et le sanscrit, 1l y a une rencontre curieuse aux trois personnes duelles et aux deux premières personnes plurielles du présent du verbe substantif. En sanscrit, suivant une loi phonique d’une application générale, svas « nous sommes tous deux» et stas «ils sont tous deux» doivent perdre leur s final devant une voyelle (excepté devant un a bref) : nous avons alors sva, sta?, qui sont précisément les formes slovènes. Au pluriel, en regard du sanscrit smas (devant les voyelles sms) «nous sommes », s£a « vous êtes», sdnti «ils sont», nous avons, en slovène, smo, ste, so. Remarquons toutefois que, si les deux

! Recherches étymolopiques, 1° édition, t {, p. 274. ? Par exemple dans sva 1h «nous sonimes lous deux ici», sta shd eila sont tous deux icir.

langues ont perdu la voyelle initiale de la racine, c'est là une rencontre fortuite, car l’ancien slave a partout conservé cette

voyelle !, qu’il fait précéder d’un prosthétique ($ 480).

$ 630. Le verbe dé, en grec. — L'aoriste et le futur passifs, en grec, sont formés à l'aide de ce verbe auxiliaire.

Nous avons vu plus haut ($ 621) que les prétérits comme sékida, en gothique, et comme suchte, en allemand moderne, renferment un verbe auxiliaire signifiant «faire », qui est identique avec la racine sanscrite dâ « poser, faire ». C'est le même verbe que je reconnais, en grec, dans les aoristes et futurs passifs comme #rv@-Onv, ru@-Ooopos : je crois, en effet, que érü@-6n renferme l'aoriste actif, et ru@-Oroopas le futur moyen de mu = sanscrit dédémi?.

On peut comparer rv@-0&, ru®-Beinv, rv@-Ooopas avec les formes simples S&, Sein, Snoop, qui se fléchissent exactement de même. Entre érÿ®-üns et &nv, 11 y a cette différence que ce dernier abrége la voyelle radicale devant les désinences pesantes du duel et du pluriel, au lieu que éré@-6nv garde partout son n. Mais la comparaison du sanscrit nous montre que la longue restait primitivement dans les trois nombres, car nous avons, en regard du singulier WWT& édä-m = #nv, le pluriel ddà-ma, qui supposerait en grec nue», au lieu de #epev. L’aoriste grec #onv est resté plus près du sanscrit, car il garde la longue au duel et au pluriel. À l'impératif, r5@-0nr: se distingue encore avantageusement du simple Sés, par la conservation de la voyelle longue, comme par sa désinence plus pleine.

À côté du futur rv@-Oyoouæs, nous devions nous attendre à trouver un aoriste éru@Ounr, ou inversement laoriste ér0@-On»

! Excepté à la troisième personne du pluriel. ? Comparez Annales de critique scientifique, 182:, p. 285 et suiv. Vocalisme, p- 53 et suiv. Pott, Recherches étymologiques, 1°° édition, t. [, p. 187.

semblerait demander un futur à désinence active !. Peut-être y a-t-il eu, en effet, dans une période plus reculée , un futur et un aoristc périphrastiques actifs rv@-0fow et érü@-Onr, à côté desquels ru@Ür-copas et érv@-Bunr (ou érv®-déunr) servaient pour le passif. Mais la langue grecque, telle qu’elle nous est parvenue, a perdu deux de ces formes, et une fois qu'on eut cessé de reconnaître dans la syllabe Sn un verbe auxiliaire, on s’habitua à y attacher une signification passive. C’est ainsi qu'en allemand moderne la syllabe te de suchte n’est plus sentie comme verbe auxiliaire, et fait simplement l'effet d'un exposant du passé. De même encore, dans le mot heute, la syllabe te n’est plus reconnue comme une expression signifiant «jour», ni la syllabe es (vieux haut-allemand hiw) comme un pronom démonstratif, mais le tout fait l'impression d'un adverbe simple spécialement créé pour signifier « aujourd'hui ».

$ 631. L'aoriste et le futur seconds passifs, en grec.

À l'aoriste et au futur seconds, nous avons éréæn» et ruxwrpas, que je regarde comme des formes mutilées pour ér6gôm «t TuQOdoonm. Le S& s’est perdu, de même qu'à l'aoriste actif des verbes finissant par une liquide s'est perdu le o. Comme c'est seulement à cause du S& que nous avons un ® dans érÿçôw, Tu@Ooouas, on ne doit pas s'étonner si l'ancien x reparaît dens érémns, rumooueæ. Un fait analogue a eu lieu en allemand uvderne; on dit au génitif et au datif singuliers kraft, quoique ke moyen haut-allemand ait krefie; mais la voyelle finale qui exgeait l’adoucissement de l’a étant tombée, l'ancien son a reparu. Au contraire, au pluriel, le de la désinence étant resté, on continue à dire kräfte (en moyen haut-allemand, krefie).

Une autre explication pour érûmnr consisterait à y voir le

1 Ahrens ( De dialecto dorica, page 289 ) cite les formes doriennes ourayOwootes:, darubiow, deyünaoëvz, et, à l'infinitif du futur second, Parñocsr.

verbe substantif; en effet, runs se fléchit exactement comine #v. Mais nous aurions alors deux augments dans une seule et même forme, car #»; comme on l’a vu ($ 529), renferme un augment. [l est vrai que le sanscrit unit l'imparfait dsam « j'étais » avec un verbe attributif; mais alors il supprime l’augment et, du même coup, la voyelle radicale a du verbe auxiliaire ($ 54a). Une objection encore plus grave, c'est que nous aurions l’augment au futur rurfooua: et à l'impératif rémn&. Les formes qu'on attendrait sont rumécopas, rümiobk, ou peut-être, avec suppression du o, rümib; à la troisième personne, ruréolw ou zuxérw. Enfin, au participe ruxeés, la désinence e:s est sans analogie aucune avec le participe du verbe substantif.

$ 632. Le verbe d4 employé en composition, en latin. — Les verbes comme vendo, credo.

Le latin vendo présente une formation analogue au germanique s/kida , sékidédum et au grec érüQôn», ru@01oouas. Je crois, en effet, que le do renfermé dans vendo correspond au grec r{- Opus = sanscrit dédimi, et non à dfdœus = sanscrit dédämi. Entre les racines d4 « donner » et dâ «poser», il n’y a de différence que l'aspiration : en zend, il est presque impossible de distinguer ces deux verbes! ; en latin, ils pouvaient aisément se confondre, puisque le d'sanscrit et le S& grec sont souvent représentés, surtout à l'intérieur des mots, par un d, de même que le B sanscrit par un b ($$ 16 et 18). De ce que la racine dä, Sn ne s’est pas conservée en latin comme verbe simple, on n’a pas le droit de conclure qu'elle ne puisse être renfermée en composition : nous croyons la reconnaître dans credo?, perdo, abdo, condo et

: Le d, en send, devient fréquemment un d'à l'intérieur des mots ($ 39), et le € perd son aspiration quand il est lettre initiale.

3 C'est Auguste-Guillaume de Schlegel qui a reconnu le premier (Bhagavad-Gitd, 1” édition, page 108) la parenté du latin crédo et du sanscrit #rad-dadämi ejo crois», littéralemont «je mels croyance» (comparez $ 109°, 5).

vendo, ainsi que dans pessundo, pessumdo. Dans venundo, le premier mot est à l’accusatif, comme dans le composé sanscrit téicakära (5$ 619 et 625). -

$ 633. Le verbe d4 employé comme auxiliaire, en slave. — Le futur buñduñ rje serai», l'impératif buadémä que nous soyons».

Pour montrer dans toute son étendue l'influence que la recine dä, dans les langues de l'Europe, a exercée sur la conjugaison, il nous reste à examiner le slave. Je crois reconnaître cette racine dans la dernière partie du futur et de l'impératif du verbe substantif. « Je serai» se dit en ancien slave buñdun, c’est-à-dire littéralement «être je fais». Dans ce composé, duñ se fléchit exactement comine le présent vesuñ ($ 507) : il fait, par exemple, buñ-desi «tu seras», buñ-deft «il sera». Il y a seulement cette différence, que dans ves-e-à, ves-e-fi, l'e est la caractéristique de la classe, au lieu que dans bui-de-àt, buñ-de-&, l’e représente l'é de la racine dä. Il faut supposer qu’en ancien slave cet 4 s'est abrégé, car le correspond ordinairement à un a bref sanscrit ($ 92°); nous rappellerons à ce sujet que la racine si abrége en sanscrit son 4, qui est traité comme s'il était la caractéristique de la première classe (508). À l'impératif slave, nous avons EAAGAU buñ-dé-mü «que nous soyons » (littéralement « être que nous fassions »), BAATE buñ-dé-te « soyez ». Nous avons ici un # 4, comme en sanscrit au potentiel de sd : Hsfé-ma « que nous soyons debout», äsfé-ta «que vous soyez debout ».

On voit que sa buñd a pris tout à fait l'aspect d’une racine simple : on croirait que c'est un verbe appartenant à la sixième classe sanscrite ou à la troisième conjugaison latine. 11 en est tout à fait de même, en latin, pour les verbes composés comme vendo : sans le parfait vendidi, on pourrait supposer qu'il appartient à la même conjugaison que veho. Mais il y a cette dfférence entre 11 de ven-di-s, ven-di-t et celui de veh-1-s, veh-#1,

que le premier répond à l'é de dd-dû-s, di-dà-t ou à ln de r{ On-s, vi-ôn-r1, au lieu que le second représente la caractéris-

tique a de vdh-a-si, vdh-a-t.

$ 634. Le verbe d4 employé hors de composition, en slave.

B y a aussi en ancien slave un verbe 4% dé «faire», qui s’emploie hors de composition; 1l ne se distingue du verbe 4e de renfermé dans buñ-duñ que par sa voyelle longue et par la différence de sa conjugaison : au lieu de suivre la première classe sanscrite, il appartient à la dixième ($ 504). Il fait au présent A%s& déjuñ «je fais » : Kopitar en a rapproché avec raison l'ailemand thun et l'anglais do. De la même racine vient le substantif neutre délo «action, acte», qui est formé comme les participes dont il a été question plus haut ($ 628), et qui, à la différence de ceux-ci, a laissé à son suflixe son ancienne signification passive.

$ 635. Le verbe d4 employé comme auxiliaire en slave. — Le présent iduñ «je vais». — Comparaison avec le gothique.

De buñduñ «je serai on peut encore rapprocher l’ancien slave nAA iduñ «je vais», qui signifie httéralement «aller je fais». Le premier membre du composé appartient à la racine ! «aller » (infinitif ru 1-t).

Nous avons, de même, en gothique, le prétérit irrégulier s-ddja ej'allai», pluriel «1-ddjédum «nous allämes». Je crois que ces formes sont pour t-da, t-dédum (littéralement «aller je fis, aller nous fimes»), avec redoublement du d et addition d’un }. Je les regarde donc comme le pendant du présent slave

$ 636. Le verbe dé employé comme auxiliaire. en lette et en lithuanien.

En lette, 11 y a quelques verbes qui, dans toute leur conju-

gaison, sont unis avec le verbe auxiliaire en question. Tels sont : dim-deh-t! «sonner», nau-deh-t «miauler», à côté desquels se trouvent aussi les simples dim-t et nau-t. Quelquefois la signifcation du verbe auxiliaire se fait encore clairement sentir, et le verbe avec lequel 1l est joint prend le sens d'un causatif : on peut comparer bai-deh-t effrayer» avec bf-t «craindre» (en sanscrit À 6 «craindre »), et ékum-deh-t «attrister » avec skum+ «être triste». D’autres fois, comme dans le précité dim-deh-t, il équivaut à l'auxiliaire anglais to doi.

Il a été déjà question ($ 524) de la forme lithuanienne appelée l'imparfait d'habitude : nous y avons reconnu la préfence du même verbe auxiliaire.

$ 637. Le verbe dé employé comme auxiliaire, en send.

En zend, nous trouvons aussi le verbe en question employé comme auxiliaire annexe. Îl est contenu, par exemple, dans mobs C— yauÿ-dâ «purifier», qui fait au présent moyen wegibroabbs yauÿ-daiënté sils purifient», au potentiel moyen spobisobhess og pairi-yauÿ-daihta «qu'ils purifient » (S 703), et à l'impératif sjwd=eabbe yaus-daf-äni «que je purifie». Dans le substantif yaus-d&ti « purification », la forme däiti correspond exactement au gothique déths (thème déd)°.

On rencontre plusieurs fois dans le Vendidad-Säâdé l’expression }gey3s Lssobbe yauÿ-dayañn anhën «ils sont purifiés »; peut-être faut-il lire yausdayañm anhën : je prendrais alors le premier mot pour le locatif de yausdä, et je traduirais le tout par «ils sont en purification ». Mais s'il faut conserver la leçon du Leite, je regarderai yauÿdayann comme l’accusatif pluriel de

1 Le h sert uniquement à indiquer que l’e précédent est long. 2 Voyez Pott, Recherches étymologiques, 1°° édition, t. Ï, p. 187. 2 Voyez $ 621.

l'adjectif yausdaya e pur » : le verbe substantif est alors construit avec l’accusatif, comme en arabe.

Remarque. — La forme dal (venant de d'4), en send. — Burnouf' explique le À de dai comme un complément inorganique qui est venu se joindre à la racine dd, da. J'ai partagé autrefois cette opinion *; mais je regarde aujourd'hui le À de dat comme étant pour un d,, et je vois dans le da la syllabe réduplicative, comme dans le sanserit zurfi dédämi. En conséquence, yssss ss) ni-dailyain « deponant» correspondre au sanscrit FT. nidadyus et spsbsosy ni-dailita à FTTENR ni-dadita ($ 702). Au participe du prétérit redonblé : nous avons le génitif kw»4s daiuéé qui répond au sanscrit dad'uéas. Au contraire, le nominatif severe dadodo (== sanscrit far, dad-5-vän) et l'accusatif custwness dadodonkèm (== sanscrit dad-i-värsam) n’ont pas opéré la substitution du À au d': c'est que très-vraisemblablement lle n'avait lieu qu'aux cas faibles.

Remarquons que quand le verbe dé est en composition avec un autre mot et chargé d’un redoublement, il a presque toujours le {; au contraire, quand ÿl n'est pas précédé d'une préposition, quand il n’est pas en composition avec un autre mot, ni chargé d'une syllabe réduplicative, il emploie de préférence le d': cette différence tient peut-être à ce que le £ est traité par le send comme une lettre plus faible que le d'et le d°.

Dans les formes comme nidafëm cj'ai créé», je regarde la voyelle qui suit le À, non comme la caractéristique de la classe, mais comme la voyele radicale abrégée : on a vu que le verbe tu sid, en send spa ét4, abrége de même sa voyelle radicale ($ 508).

EH y a quelques formes où, au lieu de dai, nous trouvons déi; exemple : nid'élayën «qu'ils déposent » ‘. La syllabe réduplicative s’est peut-être allongée pour compenser l'abréviation de la syllabe radicale; ou bien le da n'est

1 Jagna, p. 360.

? Grammaire comparée, 1"° édition, p. 122.

3 En ancien perse, { devait avoir jusqu’à un certain point la prononciation d’une siffiante : ainsi la racine perse {ak «dire, parler» répond aux racines sanscrites éañs, éds, dont la première signifie «dire, raconter» et la seconde «commander» (peutétre aussi, à l’origine, edire»). Rapprochez également l'ancien perse alurd «assyrien ». Il est possible que le é end ait eu une prononciation analogue.

* Burnouf, Pagna, p. 360.

plus reconnu comme un redoublement', de sorte que déi est traité per la langue comme une racine secondaire.

Nous avons encore en send un autre verbe composé dans lequel je reconnais la racine dé, dont l'a final s'est abrégé : c'est le thème verbal snéds «laver», composé des racines éné et dé*.

$ 638. Le prétérit redoublé, en zend.

Nous revenons au prétérit redoublé, qu'il nous reste à éudier en zend.

Nous avons déjà donné ($ 520) quelques prétérits zends formés de la même manière qu'en sanscrit. Ce qui est particulier au send, c'est le penchant à allonger l1 ou l'« dans la syllabe réduplicative, quand la racine commence par une seule consonne; exemples : vtoté4, tétava. Le premier de ces prétérits vient de la racine vf, qui semble signifier, au moyen, «obéir», et qui correspond à la racine sanscrite ftr{ vif (classe 6), dont le sens habituel est «entrer». Dans le passage déjà cité : géss mé gema néid vtotéé3 «si mihi, Yima! non obtemperasti», vtvtéé est à la seconde personne du prétérit moyen. H ressort de cet exemple que de la désinence sanscrite s4 (= grec cs), la voyelle seule s'est conservée après une consonne *; vfvté£ peut donc servir pour les trois personnes du singulier. Quant à la forme tdtava, elle est à la troisième personne dans le passage : yést ttava «s’il le peut» ou «si on le peut, si cela est possible ». La forme correspondante, en sanscrit, est tutéva, de la racine & tu «grandir». Quand la racine commence par deux consonnes, l': ou lu ne s’allonge pas dans la syllabe réduplicative : c’est ce que prouvent les formes

1 C'est ainsi qu'en sanscrit les formes dé-hé (pour dad-d'i, send daep-di) «donne!» el dé-hf (pour dad-d'i) «placel» ne font plus l'effet de formes réduplicetives.

2? Voyez Benfey, Lexique des racines grecques, IL, p. 54.

3 Vendidad-Sédé, chapitre n. Comperes ci-dessus, $ 630.

i Ou du moins après une sifflante.

æppoweness | didraiia « j'ai offensé, j'ai blessé » et tulruy4? «il a

conservé ».

L'a, étant la plus pesante des voyelles fondamentales, reste ordinairement bref dans la syllabe réduplicative, même quand la racine commence par une seule consonne : nous avons, par conséquent, vavaca® «je parlair; la forme correspondante en sanscrit, uodéa ou uvéca, a contracté le premier va en u. Un autre exemple est tataia «il a formé » = sanscrit tatdkéa t, I] y a toutefois des verbes qui allongent l'a dans la syllabe réduplicative : tel est dédarësa «il a vu» = sanscrit daddrsa, grec édopxs.

Au contraire, les racines ayant un à prennent un a bref dans le redoublement; exemple : dadaS «il a créé» = sanscrit dadäu «1l a posé». Cet exemple nous montre aussi que la forme sanscrite âu (pour 4, $ 618) n’est pas usitée ou, du moins, n'est pas obhgatoire en zend. Du zend dadaf on peut rapprocher l’ancien saxon déda (pour dida) « j'ai fait, il a fait» ($ 622). Je ne doute point que la première personne n'ait été également

dada; à la deuxième personne, je suppose que le zend faisait dadäia (S h53).

$ 639. La forme zende donhènt.

Au pluriel, je ne connais pas d'exemple, en zend, du par-

1 Vendidad-Sédé, page 12. Le manuscrit lithogrephié a un + s, que je remplace, avec Burnouf (Yagna, page 580), par un yo é. Mais je maintiens le d devant le v.

3 Vendidad-Sädé, page 1 2. Sur le y euphonique devent l'é, voyez $ 43.

3 Vendidad-Sédé, p. 83.

4 Voyez $ 52, et Burnouf, Ÿagna, p. 14.

S Vendidad-Sédé, p. 2.

* Pour dadé ($ 118), qui lui-même est pour dadd-a ($ 618); rapproches les formes sanscrites comme nindy-a «il conduisit», éuérév-a «il entendit», venant des recines mé, éru. Burnouf écrit (Façna, page 358) dadhdo, peut-être per erreur, car je ne trouve aucun exemple à l'appui de cette forme. Les seuls exemples qui me soient counus sont dada et une fois dadä ; mais cette dernière forme se trouve dans le dialecte du Yaçna qui, ainsi qu'on l'a dit ($ 188), allonge les voyelles finales.

fait actif, à moins que nous ne voyions dans donhenti le pluriel de donha «il a été» = sanscrit dsa!. La forme donha se trouve dans ce passage? : ge gupe cpbs el GcŸ ue. néid autëm donha nd farémëm « neque frigus fuit neque æstusr. Quant à la forme donhënt, nous la rencontrons dans cette phrase 3: Loysuensio Lonol bispss bo cpu $chog pnpde) spçpses bugs sppiuee haumd tmiéid yéi ketay6 naskô frasäonh6 donhënts épân6 masttméa baksaih « Haumas ris quicunque capitula dicentes fuerunt excellentiam magnitudinemque lergitur»*. Nous avons traduit donhènä par «fuerunt» quoiqu'on puisse aussi le considérer, quant au sens, comme un présent : il a déjà été question ($ 520) de cette particularité de la langue zende.

Nériosengh, dans sa traduction sanscrite, rend la forme en question par fief néldant «ils sont assis», ce qui nous prouve qu'il a vu dans donhënt un tout autre verbe. Mais je ne crois pas qu'il faille attribuer une trop grande importance à cette interprétation. Nériosengh a fort bien pu confondre les recines W& as cêtrer et WTY ds «être assis», qui toutes deux existent en zend comme en sanscrit : nous voyons bien qu'il confond aussi les deux racines zendes d4 « donner » (= sanscnit at dâ) et dâ « poser, placer » (= sanscrit wt dä). Dans le cas présent, l'erreur était d'autant plus facile que donhènt, si on le considère comme un parfait, est peut-être une forme unique

1 Voyez $$ 56* et 56°. [On trouvera des formes de pluriel dans Justi, Manuel de la langue zende, p. 401. — Tr.]

3 Vendidad-Sädé, p. Lo.

3 Vendidad-Sddé, p. 45.

* Anquetil, qui, dans une phrase, conserve rarement à toutes les formes leur valeur grammaticale, traduit : «0 Hom, accordez l'excellence et la grandeur à celui qui lit dans sa maison les Nosks-.

5 Burnouf, dans ses Études sur la langue et les textes rends, p. 287 et suiv. est mine en délail le passage dont il est question ici.

dans les textes zends , au lieu que comme présent donhënt aurait de nombreux analogues. Si, toutefois, Nériosengh avait raison, je regarderais ici la racine ds comme ayant le sens du verbe substantif : nous avons vu, en effet ($ 509), qu’en sanscrit la racine ds signifie quelquefois « être » !.

Ajoutons, pour terminer, que si éonhènt est, comme nous l'avons supposé, le parfait du verbe substantif?, cette forme est plus ancienne que la forme correspondante en sanscrit : dsûs

$ 64o. Les formes zendes donharë, donhatri.

Au moyen, comme troisième personne du pluriel du verbe substantif, nous trouvons fréquemment gjegpsge donharë, avec lequel on peut comparer, en ce qui concerne la désinence, la forme geb3gs irtrilaré «ils sont morts». Si l'orthographe de ces deux mots est correcte, nous avons une désinence zende arë en regard de la désinence sanscrite tré : la voyelle de liaison qui, en sanscrit, s’est affaiblie en :, serait donc restée en zend sous sa forme primitive a. L’é final de la flexion sanscrite a été supprimé en zend; mais comme un r n'aurait pu se maintenir à la fin du mot ($ 44), on l’a fait suivre d’un # inorganique, comme au vocatif gagava détaré «créateur» = sanscrit WTA dätar. Si, dans les formes donharë, irtritaré, lé était mis par erreur pour é, 1l faudrait, en vertu de la loi de l’épenthèse, qu'un i vint se placer à côté de l'a de la syllabe précédente ($ 41 ). C'est là pour moi une présomption que la forme en ëest correcte.

1 Deux des manuscrits de Paris donnent, comme le fait observer Barnouf, la forme moyenne 2ew£uste donhènté : si c’est la vraie leçon, elle est en faveur de la racine ds e être assis”, qui, comme #(o)-pas, fo-ras en grec, n'est employée en sanscrit qu'au moyen.

3 Comparez $ 640.

3 Voyez 5 641 et suiv.

4 Voyez $ 614 et suiv.

Je ne veux pas dire pour cela que le zend ait eu seulement la forme donharé : nous trouvons, en un autre endroit du Vendidad- Sàädé!, Hsmgygwe éonhatri, où li, comme ïl fallait s'y attendre ($ 41), s'est répercuté dans la syllabe précédente. La forme

*donhairi, à côté de laquelle on trouvera peut-être aussi la leçon donhatré, prouve également que la voyelle de liaison, en zend, est restée un &, au lieu de se changer en 1, comme en sanserit.

Remanque. — Signification des formes précédentes. — Dans ce qui précède, je n'ai rien changé à ce que j'avais dit dans la première édition ($ 641). Ma conjecture, en ce qui concerne doukatré, a été confirmée depuis par Burnouf, qui a trouvé cette leçon dans l'un des manuscrits du Yaçna, et qui l'a admise dans son texte *. Nériosengh traduit également cette forme, quoique évidemment elle soit un prétérit redoublé moyen, par nijédenti «sedent». Burnouf traduit ydo ..... doyhairé par «qui sont restées». Si l'on compare tous les passages où se trouve le mot en question *, on arrivers à la conviction qu'il ne peut signifier autre chose que «ils furent», comme le prouve aussi l'expression hënti «ils sont», à laquelle ordinairement il est opposé. Je mentionnerai seulement ce passage du Yaçna* : géo gf domharé ydodcä hnti ydosc4 masd4 bavainti -quæ enim fuerunt, quæque sunt, queque, Ô Masda! erunt» . [1 est évident que dans ce passage, où le passé est si nettement opposé au présent et au futur, le sanscrit ne mettrait pes d'autre verbe que as ou bé, quoiqu'il puisse aussi, comme le zend, employer quelquefois les verbes ds rêtre assis» et sid eêtre debout» dans le sens du verbe substantif.

S'il est prouvé que le moyen dosharé ou donhairé appartient à la racine = af OU 4y» ah eêtre», il devient d'autant plus probable que l'actif donkenti doit être rapporté à la même racine. On conçoit que l'emploi fréquent de la forme moyenne ait fait presque sortir de l'usage la forme active : c'est

! Manuscrit lithographié, p. 45.

3 Etudes sur la langue et les textes zends, page 395. La plupart des manuscrits donnent donhars.

3 Voir l'Index du Vendidad-Sédé, dans l'édition de Brockhaus.

* Chapitre 11. Manuscrit lithographié, page 222. Je cite le texte donné par Westergaard (page 64).

$ Bavarnti est un présent employé dans le sens du futur.

ainsi qu'en grec le moyen écoua a complétement supplanté l'actif écw, au lieu qu'en sanscrit c'est l'actif de la racine as qui est seul usité hors de composition.

$ 641. Les formes zendes srérilaré, iréribré.

Nous avons mentionné plus haut ($ 640) le prétérit g=439: srfriaré. Cette forme est remarquable par son redoublement. La racine est ds irit, d’où dérive un verhe de la quatrième classe fréquemment employé. Dans irtrif, la première syllabe tr est donc un redoublement; F1 qui vient ensuite a été allongé, comme pour lui donner la force de porter la syllabe réduplicative !.

Cette formation rappelle celle des parfaits attiques comme &Afvôa, épipexa, bpopuya, car je ne crois pas qu’il faille expliquer ln ou l’w comme provenant de l’augment temporel. S'il est bien vrai qu'un & ou un o, en se mélant avec l’e de l’augment, devient » ou w, il ne s'ensuit pas que dans tous les verbes où une voyelle initiale est allongée, il faille apercevoir l’augment. Dans les formes comme #AfAuba, le passé est déjà exprimé par le redoublement : quant à l'allongement de la voyelle suivante, je crois qu’il est dû au sentiment du rhythme ou au besoin de donner un appui à la syllabe réduplicative. Le même fait a lieu dans le zend irtrif ou, pour ne pas sortir de la langue grecque, dans les substantifs comme dywyés, dywyeûs, &ywyr ?, dans lesquels on ne sera pas tenté de voir un augment. En général, si l'on songe que l’augment est un élément étranger à la racine, il paraîtra peu naturel de l'aller chercher au milieu du mot, entre la racine et la syllabe réduplicative : c'est seulement au défaut de toute autre explication qu’on doit supposer une telle anomalie.

! Un fait analogue a lieu en gothique; voyez $ 589. 3 On a vu ($ 4) que l’w est en grec l’un des représentants de l'a long.

Pour revenir au zend irtritaré, ajoutons qu’on trouve aussi trtrirél, avec adjonction immédiate de la désinence à la racine. On peut comparer les formes védiques comme dadréré'?.

$ 642. Signification des formes précédentes.

D'accord avec Burnouf*, je rapporte le verbe rend trif à la racine sanscrite {ty ré « blesser, tuer ». Cette racine a donné au zend deux verbes différents, l’un avec l’ancienne sifflante, l’autre avec un {*; tous deux ont pris un : prosthétique, qui réfléchit en quelque sorte la voyelle radicale. Nous avons vu ($ 383) qu’en arménien tous les mots commençant par un r ont pris de même une voyelle prosthétique.

Le causatif du verbe zend en question s'abstient à la fois de la prosthèse et du changement de la sifflante primitive en @ i; on a, par exemple, à l'imparfait du subjonctif ($ 714), guess) raéaydde «qu'il tuât, qu'il fit mourir ».

En ce qui concerne le changement d’acception de cette racine, qui signifie «blesser, tuer» en sanscrit, et «mourir» en zend, rappelons la racine grecque Sas « mourir D, qui correspond à la racine sanscrite han ? «frapper, tuer ».

$ 643. Emploi du prétérit redoublé, en zend.

Il nous reste à parler de la signification que le zend attache

! C’est même la leçon la plus fréquente. Le manuscrit lithographié donne une fois iréritré.

* Voyez Grammaire sanscrite abrégée, $ 391.

3 Fagna, alphabet, page 52. J'avais émis dans la première édition une autre conjeclure à laquelle je renonce aujourd'hui.

* Comparez $ 637, remarque.

Ÿ Jrityéiti et iriéyéiti «il meurt».

* Vendidad-Sädé, chapitre x. Le manuscrit lithographié a un 4 s au lieu d'un

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