CO
* Pour dan ($ 23).
à son prétérit redoublé : je crois avoir observé que c'est surtout quand il a pour sujet un pronom relatif qu'il est resté fidèle à son acception primitive, qui est de marquer l'achèvement de l’action !. Peut-être même ne trouvera-t-on pas un seul exemple où le zend, ayant à construire avec le pronom relatif un verbe indiquant une action accomplie, emploie un autre temps que le parfait. C’est le pronom relatif qui sert de sujet dans la phrase déjà citée : y n6 dada y6 tatasa y6 tuiruyé « qui nous a créés, qui [nous] a formés, qui [nous] a conservés»?. De même pour donharë «ils ont été», qui se trouve six fois dans le Vendidad- Sâdé, et chaque fois avec le relatif pour sujet. De même encore pour trtriarë ou trtritré «ils sont morts», qui est employé trois fois °.
La conjonction yég «sir me paraît également se faire suivre toujours du parfait, quand il s’agit d'exprimer l’accomplissement de l’action. Nous avons, par exemple : yési id didvaiéa «si je t'ai offensé » 4. On peut rapprocher de ce fait cette autre observation qu’en sanscrit, après la conjonction yadt «si», le verbe conserve son accent *.
L'accusatif du pronom relatif donne lieu à la même remarque, dans cette phrase : yim asëm... éraistèm däâdarësa « quem ego. optimum agnovi »‘.
Mais quand le verbe n'est précédé ni d’un relatif, n1 de la conjonction yést, l’accomplissement de l'action est ordinairement marqué par le temps qui répond à l'imparfait grec. C’est ainsi que nous avons, au commencement du Vendidad : agëm dadañm «j'ai créé»; au neuvième chapitre du Yaçna : hundta ou,
* On a vu plus haut ($ 588) que le dialecte védique présente un fait analogue. 2 Vendidad-Sédé, p. 3.
3 Voir l'Index du Vendidad-Sdde, dans l'édition de Brockhaus.
* Vendidad-Sädé, p. 12.
3 Système comparatif d'accentualion, p. 2h41. * Yacna, chapitre 1x.
ns. 19
avec la caractéristique de la première classe, hunvata «il a ex-
primé »; 4 tûm ufasayanha « à lui tu es né».
PLUS—-QUE-PARFAIT
$ 644. Le plus-que-perfait latin.
Nous avons déjà dit ($ 514) que le sanscrit n’a pas de plos-
que-parfait, et nous avons indiqué comment il le remplace. ll est permis de supposer que le zend en était également privé: mais on ne peut rien dire de certain à ce sujet, car le Zend- Avesta ne renferme aucun passage donnant lieu à l'emploi du temps en question.
En latin, le plus-que-parfait est formé par la combinaison de l'imparfait du verbe substantif avec le thème du parfait. On peut se demander si fueram, amaveram renferment la forme complète, eram, ou si l’e de eram est tombé. Dans la première hypothèse, il faudrait diviser ainsi : fu-eram, amav-eram; dans la seconde : fue-ram, amave-ram. Contrairement à l'opinion que j'ai exprimée autrefois !, j’adopte aujourd'hui la seconde explication, et je regarde fueram comme étant pour fu-ram. On a déjà plusieurs fois fait observer qu’en latin lt se change volontiers en e devant un r: nous voyons, par exemple, que dans la troisième conjugaison latine, la caractéristique : devient e dans leg-e-ris, leg-e-ren et leg-e-re. Or, la même opposition qu'on remarque entre lep-e-ru et leg-1-tur, leg-1-mur, se retrouve dans fue-ram opposé à fus-ssen. Il serait beaucoup plus difficile d'expliquer comment fu-essem aurait pu devenir fu-issem. En général, le latin nous présente beaucoup de cas où l'?, même sans être suivi d'un r, est devenu #; mais je n’en connais pas un seul où l'# se soit changé en :.
! Système de conjugaison de la langue sanscrile, p. 100.
\ PLUS-QUE-PARFAIT. $ G45. 291
L'é est un son inorganique d’origine relativement récente; au contraire, F1 est aussi ancien que la langue elle-même, car, quoique je ne veuille pas nier que li et lu ne soient souvent l'affaiblissement d'un a, je ne saurais cependant me figurer une période de la langue où l'a aurait été la seule voyelle.
En divisant de cette façon : fue-ram, fui-ssem, nous admettons que le verbe auxiliaire annexe a perdu sa voyelle initiale. La même chose est arrivée pour les aoristes sanserits en sam et les aoristes grecs en ca. Îl n'est pas étonnant que le verbe substantif, en entrant en composition avec des verbes attributifs, perde une partie de sa racine.
$ 645. Le plus-que-parfait grec.
En grec, le plus-que-parfait se forme sur le thème du parfait, comme l'imparfait sur celui du présent. De même qu'à l'imparfait, l’augment vient se placer devant le verbe; il transporte dans le passé l'action achevée qu'exprime le thème. On devrait s'attendre à trouver les désinences de limparfait : ainsi réru@a devrait faire éréru@o, ce qui nous donnerait une forme analogue à l’imparfait de l’intensif (dtétépam), en sanscrit. D'où peut provenir la désinence sv, dans éreri@ew? Landvoigt et Pott! y voient l'imparfait du verbe substanüif, en sorte que éreri@esv serait pour éreriQns. Mais il y aurait deux augments dans cette forme, puisque le grec #v répond au sanscrit sam : il semble que si le verbe substantif entre dans la composition de éreriQesr, il doit y entrer simplement comme copule, c'est-à-dire sans augment, ainsi que cela a lieu dans les aoristes sanscrits comme dksäip-sam. Conséquemment, si éreriü@eir contient en ellet Île verbe substantif, je crois qu'il faut chercher une autre explication pour &. Remarquons d’abord l'analogie de av avec elui : si
t Recherches élymologiques, 1° édition, I, p. 45.
ce dernier remplaçait ses désinences primaires par les désinences secondaires, il ne pourrait faire autre chose que eiv. On peut donc dire que l’« de & représente le o de la racine ss, absolument comme ei-p{ est pour &-u{!. Le pluriel érsri@eipsv sera de même pour éreri@eousv ? et le duel érerü@esro> pour éreripesoe.
À la troisième personne du pluriel éreri@eca»*, la compoation avec le verbe auxiliaire est évidente; mais on ne saurait conclure de cette forme que les autres personnes soient égalemeat composées, car à l'imparfait et à l’aoriste le verbe auxiliaire st renfermé dans éd/do-ca-v, #jo-ca-», quoique nous ayons partout ailleurs des formes simples comme édédo-ue», Édo-pev : il en est de même en latin, où nous avons fucrunt (pour fuesunt), à côté de fui.
Si nous admettons que la syllabe ss de érerü@-eiv est identique avec le & de ei-u{, nous arrivons à cette conclusion que dans les plus-què-parfaits comme ékeAüxesv, érerÜ@ess, le verbe substantif est contenu deux fois. Nous avons vu , en effet, que lez de Afuxa et l'aspiration de réru@a doivent être considérés, l'un comme le renforcement, l’autre comme l’affaiblissement du o de la racine es ($$ 568 et 569). Mais ce n’est pas là une raison pour écarter l'opinion qui vient d'être exposée : dans les aoristes sanscrits comme dydsisam ($ 570), le verbe substantif est, de même, contenu deux fois. Je crois d'ailleurs qu’à l'époque où dheküxeis, érerüQes sont, comme je le suppose, sortis de érén- Por, &kuxor, l'origine du x et de l'aspiration était depuis longtemps oubliée; on a rétabli le verbe substantif dont on ne reconnaissait plus la présence dans ces formes, à peu près comme
| C'est par l'intermédiaire d’une nasale que le o s'est changé en : : éoys/ est d'abord devenu par assimilation éuu/{ (forme qui est usitée en dorien) et éuyf a donné ciui, comme r:0évs est devenu ribels.
?* Mème hors de composition, écué» est devenu eluéy dans le dialecte ionien.
3 C'est là la forme organique, et non érer@eioa».
PLUS-QUE-PARFAIT. $ 645. 293
en anglo-saxon le simple sind «ils sont» est devenu sindun !, à une époque où l’on avait cessé de sentir que sind renfermait déjà le signe de la troisième personne du pluriel ?.
Au médio-passif grec, le verbe substantif n'a pas trouvé accès; #elv-xer-v ferait attendre une forme #ÀeAu-xel-uny; mais nous avons #eAv-unv, qui est sorti immédiatement de la racine redoublée et précédée de l'augment. Cette formation nous reporte à une époque où l'actif n'était pas encore #Àeluxsi, mais probablement #ehur.
Remnque. — Examen d'une opinion de Pott et de Curtius. — Les plusque-parfaits ioniens comme éwemo{fea. — Le plus-que-parfait en slave et en arménien. — L'hypothèse émise par Landvoigt, Pott et, plus tard, par Curtius ”, que le plus-que-parfait grec renferme l'imparfait du verbe substantif, s'appuie principalement sur la comparaison des plus-que-parfaits joniens en -ea avec l'imparfait ionien &a «j'étais». Mais ce rapprochement ne serait décisif que si, en regard de l'ionien -ea, la langue ordinaire, au lieu de -es, avait -y» comme désinence du plus-que-parfait. Cette terminaison -yv == #v cj'étais» (en sanscrit 4sam, en latin eram) serait certainement plus organique que l'ionien -eaæ, car la langue grecque laisse ordinairement sa nasale finale à la première personne de l'imparfait.
Je regarde la forme simple £a comme étant pour ;}a. L'absence du », jointe à la seconde personne %o6a, m'a porté ($ 453) à rapprocher ces formes du parfait sanscrit dsa «je fus» , ds-i-ia «tu fus», et non de l'imparfait dsam «j'étais». Il ne serait pas étonnant qu'un ancien parfait du verbe és eût pris dans l’un des dialectes grecs l'emploi de l'imparfait*. Ce qui serait plus étonnant, c'est qu'un tel parfait eût servi à former le plus-que-
1 Sindun, par abus, a été transporté aussi à la première et à la deuxième personne, de sorte qu’il signifie tour à tour «nous sommes, vous êtes, ils sont». À la troisième personne, sind est resté usité concurremment avec sindun.
3 C'est la désinence du prétérit qui a été ajoutée à sind-un. Le même fait a eu lieu en gothique, où nous avons stj-u-m"m «nous sommes», sÿ-u-th « vous êtes. La seule forme restée simple est s-tnd (pour s-ant = sanscrit s-énti) «ils sont».
3 Les temps et les modes, p. 333.
* D'autant plus que nulle part, en grec, le verbe és n’a conservé dans sa conju-
gaison un temps ayan} le sens du parfait.
parfait des verbes attributifs : nous aurions alors deux redoublements et un augment dans une seule forme verbale.
Il est vrai qu'Homère ne connaît que les plus-que-parfaits ioniens en es, et non les plus-que-parfaits en ew : mais le dialecte homérique ne nous présente pas toujours les flexions les plus régulières, ni les plus anciennes; il a, par exemple, à la première personne du pluriel, la terminaison per, au lieu que le dorien a encore le forme pes — latin us et sanscrit mes; de même, à la troisième personne du singulier et du pluriel, nous avons dans Homère o1 (ouai), au lieu que le dorien a 51, vs.
Curtius ' divise de cette façon : éwewoide-a, et regarde le comme une altération pour l'a final du thème éresoiôa. Mais alors il ne reste plus absolument rien de la racine du verbe substantif; en effet, qu'on fasse de éa un imparfait ou un parfait, son a n'es jamais qu'une voyelle euphonique destinée à porter les désinences personnelles *.
En dorien, il ne reste malheureusement aucun exemple de 1a première personne du singulier du plus-que-parfait. À la troisième personne, dont i nous est parvenu d'assez nombreux exemples *, nous trouvons ausei bien & que » : je regarde 7 comme une contraction pour es. C'est l'habitude de dialecte dorien de remplacer par » la diphthongue «: de la langue ordinaire, au lieu que nous ne voyons jamais en dorien un » primitif (c'est-àdire représentant un ancien 4) remplacé par 6°.
Au sujel du plus-que-parfait latin, je dois encore ajouter une obeerestion. De ce que fueram, amaveram renferment fui et amavi, je ne crois pes qu'il faille conclure avec Curtius que /w, amavi soient, quant à leur ongine, de véritables parfaits. Comment, demande Curtius, un aoriste aurait-il pu devenir un plus-que-parfait, par l'adjonction de l'imparfait du verbe substantif? Mais fui et amavt, tout en étant, par leur formatio. d'anciens aoristes, ont à la fois, en latin, le sens du parfait et celui de l'aoriste; et c'est avec la signilication du parfait qu'ils sont entrés en coposilion avec eram.
1 Ouvrage cité, p. 339 et suiv.
? Si l’on voit dans é un imparfait, l'a répond à l'a du latin er-a-m, er-d-s, ere! et à l'a du zend anh-a-d «il étaitn ($ 539); si l'on fait de éa un parfait, son a el identique avec celui de réru@-a, réruPa-s, el avec l'a du sanscrit &s-c eje fus, il fut-, ds-d-tus «ils furent tous deux» ($ 615).
3 Ahrens, De dialecto dorica, p. 33a.
* Par exemple à l'imparfait du verbe subslanlif, nous avons toujours # el non ©, en regard de l'é du sanscrit &sam. Ahrens, De dialecte dorica, p. 3a5.
En ancien slave, le plus-que-parfait comme le parfait sont représentés par une forme périphrastique. C'est le participe passé en lü, la, lo qui se joint, soit au présent, soit à l’imparfait du verbe substantif. On a, par conséquent, bült, büla, bülo jesmi «je fus», bulü, büla, bulo béchà ej'avais été».
L'arménien a également recours à une forme périphrestique. 11 fait : sireal em «j'ai aimé», streal' éaÿ enous avons aimé»; sireal &i «j'avais aimé», streal ag «nous avions aimé».
$ 646. Le futur à participe, en sanscrit.
Le sanscrit dispose de deux temps pour marquer l'avenir. L'un (c’est le moins employé) consiste dans la combinaison d’un participe futur avec le présent du verbe as « être ». Quel que soit le genre du sujet, le participe reste toujours au masculin. À la troisième personne, il prend tout à fait la valeur d’une forme verbale, car il se passe du secours du verbe substantif. Ainsi œrat dâtd' « daturus» est employé dans le sens de «dabit», et arnrx& détâras «daturi» dans celui de « dabunt ». C'est le lieu de rappeler le latin amamin:, qui équivaut à amamin: estis, amaminæ estis, amamina estis (S L78); rappelons aussi ce qui a été dit de la troisième personne du prétérit en polonais et en persan ($ 628). Aux autres personnes, c’est le nominatif masculin singulier qui se combine avec le verbe auxiliaire. On a, par exemple, détén (pour détd as) = «daturus, datura, daturum es»; dâtésia (pour dâté sta) = « daturi, daturæ, datura estis ».
Je fais suivre la conjugaison de ce futur, à l'actif et au moyen. À la troisième personne, le moyen est semblable à l'actif, les participes en tér ne faisant pas la distinction des voix ($ 810),
‘ Le participe, dans celle construction, ne prend pas le signe casuel
SINGULIEA. DUEL. PLURIEL.
Actif. Moyen. Actif. Moyen. Actif. Moyen.
dâtäsmi ddtähé ddiäsvas détäsvaké détäsmas déiäsmahé déiäsi détäsé ddiäsias détüsdié ddéiäsia ddtädvé ddt& ddiä détärdu détärdu dâtéres déiäres.
Remanque. — De la forme moyenne hé (ddt& hé), au lieu de sé. — Il est bien clair, et les adversaires les plus décidés du système dit d'aggiutination n'ont pu nier, que le futur sanscrit ddtäsmi se compose de la réunion de deux mots : néanmoins, aucun de mes devanciers n'avait attiré l'attention sur ce fait, que j'ai été le premier à signaler.
À la première personne du moyen, il faut remarquer que la racine # change son s en À : c'est là un changement qui n’a lieu nulle part ailleurs en sanscrit; mais il est très-fréquent en prâcrit, où sm, sx deviennent rgulièrement mh, #h (par métathèse pour km, ka). On a, par exempk, ami ou mhi (cette dernière forme après un mot finissant par une voyelk) — sanscrit dsmi «je suis» *. Comme le k sanscrit (qui est pour un ancien g) est ordinairement représenté en grec par un x, quelquefois aussi par un y et même par un x’, on peut citer d4t#hé à l'appui de l'opinion eprimée plus haut ($ 569), d’après laquelle le x de édwxa, Sédarxa serait un épaississement du © du verbe substantif.
$ 647. Emploi du futur à participe. — Le suffixe participial (dr : formes congénères en latin, en zend et en slave.
Même à la troisième personne du singulier, on trouve quelquefois le verbe substantif uni au participe; exemple : vaktast «il parlera», au lieu de vaktä *. D'un autre côté, on trouve aussi le verbe substantif sous-entendu à la première et à la deuxième
! Système de conjugaison de la langue sanscrite, p. 26.
2 Voyez Lassen, Institutiones linguæ précritice, p. 367 et suiv. et Hôfer, De pré krita dialecto, p. 77.
3% Comparez éy® avec ahdm, péyas avec mahdt, xñp, xapdla avec hrd, krdaye-m.
* Voyez ma collection d'épisodes du Mahäbhärata, publiée sous le titre Dilurium. Dräupadi, IIT, vers a.
personne, qui sont alors exprimées uniquement par le participe et un pronom !, comme cela a lieu en russe pour le prétérit ($ 629). Quelquefois le participe est séparé du verbe auxiliaire par un ou plusieurs mots; exemple : kartd tad asmi té «facturus hoc sum tibi». Néanmoins je ne pense pas qu'une séparation de ce genre pût avoir lieu là où le sujet ne serait pas un singulier masculin : je suppose que si le sujet était du féminin, il faudrait alors kartri. Hormis ces constructions, les formations en tér (tr, $ 144) sont très-rarement employées comme participes futurs ? : ordinairement, ce sont des noms d'agent correspondant aux mots grecs et latins en +np, rop (nominatif rwp), tér-; ainsi dâtér (forme faible a | dâtf, nominatif dété, $ 144) répond à dorp, dator, datér-1s.
De la forme tér est sortie en latin une forme élargie en târd, qui est seule employée dans le sens du participe futur.
En zend, les formations en tér ne paraissent usitées que pour désigner les noms d'agent; exemple : dâtér «créateur» (= sanscrit dâtér), nominatif détu ($ 144), accusatif détérëm, vocatif dâtarë (S 44).
En slave, je rapporte ici les formations en tek (thème teho, $ 259), avec permutation de r en let addition de la syllabe jo. Ainsi dételt « factor » correspond au zend dûtér et au sanscrit dätär (S 634). Ce mot déteh n'est jamais employé qu'en composition avec la préposition c3 sü ou l'adjectif dobro «bon» : sù-dételt «conditor», dobro-déteh «benefactor». Voici d’autres exemples du suffixe tel : nsreas pé-teh «coq» (littéralement «chanteur »), ÆATEAL $añ-teli « moissonneur», grab1-telt « voleur» *, etc.
1 Voyez le même recueil, page 114, vers 31 : bavitd ’ntas tvam (au lieu de bavitésy antas tvam) «lu seras la fin».
3 J'en trouve un exemple dans le Raghou-vança (éd. Stenzler), VI, 5a : nrpan tam... vyatyaydd anyavadiür bavitré «regem illum..… præteriit alius uxor futura».
* Comparez la racine védique grab «prendre». — Dobrowsky fait dériver celte classe de mots de l'infinitif en t, et suppose un suflixe EAL elr ({nstitutiones hnguæ
Au sujet du suffixe sanscrit tér, tr, remarquons encore qu'il demande le gouna quand la voyelle du thème en est susceptible, et qu’il se fait souvent précéder de la voyelle de liaison 1. On peut comparer, à cet égard, le sanscrit gan-+-14, gan-1-târam avec le latin gen-1-tor, gen+-térem, et d'autre part pak-t#, pak-târen avec coc-tor, coc-térem!.
$ 648. Le futur à auxiliaire. — Sa composition.
À côté de ce futur, qui est particulier au sanscrit, et que j'a appelé dans ma grammaire sanscrite le futur à participe?, il y en a un autre qui est commun au sanscrit, au zend, au grec, au lithuanien et au latin, et que j'ai nommé le futur à auxiliaire, parce que j'ai cru y reconnaître la présence du verbe as « être». Tel est grarfa désydh, que je divise ainsi : dd-syd-h. Le carac- . tère sya n'est pas autre chose, selon moi, que le futur, inusité hors de composition, du verbe as. Conséquemment, dans dä-syd-#, l'idée de l'avenir est uniquement exprimée par ya, puisque les est la consonne radicale de as : on ne sera pas étonné de la disparition de l'a initial, qui manque souvent même hors de composition ($ 480).
Il y a une affinité évidente entre la seconde partie du fatur dä-syämi et le potentiel syâm «que je sois». On peut comparer :
SINGULIER. DUEL. PLURIEL
ct ee ne, — Fator. Potentiel. Fotur. Potentiel. Fatvur. Potentiel.
sydmi syâm sydras syäva sydmas syâma syasi syâs syalas syätam syala syâta syaii sydi syatas syäläm syanti sys.
slaricæ. page ay2). C'est ainsi qu’en latin on fait communément dériver les noms en tor des supins en tu.
! L'auteur reviendra sur le suffixe tdr au $ 810 et suiv. — Tr.
1 11 sera question plus loin ($ 666) d'un fur périphrastique en zend, qui est formé d’après le même principe que ce futur sanscrit.
$ 649. En quoi la flexion du fatur sydmt diffère de celle du potentiel sydm.
Comme on le voit par le tableau précédent, la différence principale entre le futur et le potentiel, c'est que celui-ci a partout un à long, et le futur un a bref!. Le futur a, en outre, les désinences primaires, c'est-à-dire léilinences pleines, au lieu que le potentiel a les désinences secondaires ou émoussées. À la troisième personne du pluriel, le potentiel a la terminaison us, qui quelquefois se trouve aussi à l'imparfait.
$ 650. Comparaison du futur sanscrit sydms et du futur latin er.
Tandis que le sanscrit n’a conservé le futur du verbe as « être » qu'en composition avec les verbes attributüfs, le latin a gardé ero, eris, erit, à l'état indépendant. Le r dans eris, erit, tient la place d’un s(esis, esit, $ 22). L'e initial représente l’a de la racine as, lequel est tombé dans les formes sanscrites correspondantes : 11 y a donc le même rapport entre eris, erit et syas, syat, qu'entre es-hs et s-la, entre do-ués et s-mas, do-rér et s-las,
sus ($ 480).
$ 651. D'où vient l’: du latin erts, erit.
Déjà dans mon Système de conjugaison de la langue sanscrite ?, j'ai expliqué le de eris, erit comme la contraction de ya, qui est le caractère du futur. J'ai été depuis confirmé dans cette opinion par le prâcrit, où l’on trouve quelquefois ht au lieu du sanscrit sya ou syé, notamment à la première personne du singulier him: pour syämi et à la deuxième Ms: pour syas. Rappelons à ce sujet que le sanscrit lui-même contracte quelquefois
1 Cet a bref devient long devant les désinences commençant par un m ou un v: on a vu ($ 434) qu'il en est de même pour la caractéristique a de la premiére conjugaison principale.
1 Page 91.
la syllabe ya en:, comme il contracte sa en u et ra en r !, et qu’au potentiel moyen la syllabe yd se resserre en {2.
$ 669. Le futur lithuanien.
En lithuanien, la caractéristique ya, aux personnes les mieux conservées du futur, s’est également contractée en 1; nous avons, par exemple, d&-si-me « nous donnerons », dä-si-te « vous donnerez » = sanscrit dé-syd-mas, dé-syd-la; dü-si-wa «nous donnerons tous deux», dü-#-ta «vous donnerez tous deux» = sanscrit désyd-vas, dä-syd-las. En lithuanien comme en sanscrit, le futur du verbe as n’est pas usité hors de composition.
Le verbe substantif combine au futur les deux racines Bé et as, et fait, par exemple, bü-si-wa, bü-sita, bu-si-me, bi-si-u. Nous avons, de même, en sanscrit, bav-1-5yd-vas, Bav-1-syd-les, bav-1-#y4-mas, bav-i-$yd-las. Une combinaison du même genre a lieu, en latin, au parfait fue-runt et au futur passé fue-rot.
$ 653. Deuxième et troisième personnes du futur lithuanien. — La forme bhus, en irlandais.
À la deuxième et à la troisième personne du singulier, le lithuanien a perdu li, caractère du futur, et n'a gardé que les du verbe auxiliaire. Je crois du moins que dans les formes comme dü-si «tu donneras» lt final appartient à la désinence personnelle et non à l'expression du futur5. À la troisième personne,
t Comme exemples, je citerai les racines yag «sacrifier», osé eparler», greb (pour grab') « prendre», qui font au participe passif 5644, uktd, grhitd.
3? Rapproches, par exemple, le potentiel actif sydt « qu'il soit» du potentiel moyes sil.
% Avec gouna de la voyelle radicale et insertion de la voyelle de liaison i.
4 Pour fut-ro ($ 644). Au parfait, la forme simple pour fue-runt aurait sans doute été fui-nt.
* En lithuanien, la deuxième personne du singulier est terminée à tous les temps
par &
dü-s sert pour les trois nombres ($ 457); le verbe substantif fait bu-s.
Il y a une ressemblance remarquable entre cette dernière forme et l'irlandais bhus «il sera» qui, dans cette langue, est une forme unique en son genre. Le sanscrit bav+-#yat et le zend bà-syéh servent d'intermédiaire entre le hithuanien bus et l'irlandais bhus.
$ 654. Première personne du futur lithuanien. — La première personne ero, en latin.
À la première personne du singulier, je regarde l’u final du lithuanien dü-siu! «je donnerai» comme la vocalisation du caractère personnel m.
Au contraire, en latin, lo de ero représente l'4 du caractère sanscrit yd : ero (au lieu duquel on aurait pu s'attendre à avoir erio) est à sydmu «je serai» ce que veho est a vahdmi. De même, à la troisième personne, erunt (pour ertunt) est à syant «ils seront» ce que vehunt est à vdhant.
$ 655. Le futur moyen éooouu, éoouœ, en grec.
Avec le latin ero, erunt (pour eso , esunt) s'accorde, si l’on fait abstraction des désinences moyennes, le grec écopæ, Ecovras, dont l'actif n'est plus usité qu'en composition. Écovtas, pour éclovras, répond au sanscrit -syanté (pour -asyanté), et le singulier &ceras répond à -syaté (pour -asyaté). Nous avons conservé dans le dialecte épique la forme #coopu ?, où le deuxième © représente encore le y sanscrit; &sooua est à Éojouas ce que uéocos est à uéojos (pour uédjos = sanscrit médyas, lalin medius) et ce que dAdos est à &Ajos (= latin ahus, sanscrit anyas*). Dans le
! Voyez S$ 436, 1, et 438. Comparez $ 358, remarque. 3 Comparez déco» pour éAéojæ.
3 Prâcrit anna. Voyez $ 19.
dialecte dorien, nous trouvons la forme éocoûpæs (venant de &céouas, pour éoolouu), où le caractère du futur est contenu deux fois ($ 656) : cette forme appartient à une époque où lon avait cessé de sentir que le redoublement du & était déjà par Jui-même l'expression du futur!.
La forme #1 n’est pas autre chose, quant à son origine, que le moyen de év1{. Sans le témoignage des langues congtnères et sans la comparaison de £oceræ, on pourrait prendre également #o-s-gæs pour un présent ayant la caractéristique de la première classe sanscrite (comparez Pép-e-re: = bdr-a-té).
Le prâcrit, comme le grec, assimile le y de sya à la lettre s qui précède : d’après une règle générale en prâcrit, la plus faible des deux consonnes consécutives s’assimile à la plus forte, que celle-ci soit la première ou la seconde. Nous avons donc, au lieu de sydmi, syan, syat, les désinences ssah?, ssant, ssadi; exemple:
karissadi «il fera», en regard du sanscrit karisyda. $ 656. Le futur premier et le futur second, en grec.
Dans les formes dé-ow, dui-ooues, delx-cw, delx-œouss, le verbe auxiliaire se dépouille de sa voyelle initiale, comme en sanscrit dans dé-sydmi, dä-syÂmas, dék-sy4m ®, dék-sy4mas. Le y, qui, en grec, aurait dû donner un :, s'est perdu également. Nous le retrouvons toutefois dans quelques formes doriennes, savoir : æpabloner, xapiËiôueda, auvdia@uaËiépela, Boabnais, æpoerÿiw*. Ï s’est de même conservé dans le futur dorien or-
1 On explique d'habitude le redoublement du ©, dans les formes épiques comme docopa, dAéacw, par les exigences de la prosodie. Mais je doute que ces formes eussent été employées si elles n’avaient pas déjà véritablement existé dans l'usage.
? Dans celte formation, li final de sydnu est supprimé. 11 y a aussi, comme on l'a dit plus haut (5 651), une forme en hims, où l'i final reste; mais elle est beaucoup plus rare.
$ Au sujel du changement de s en à, voyez $ 21°.
‘ Je crois, avec Polt (Recherches étymologiques, 1°” édition, I, p. 115), devoir
dinaire en cd, coûper, pour oéw, céouev, qui lui-même est pour olw, clousv. L's s'est d’abord altéré en e, puis contracté avec la voyelle suivante; dans la déclinaison des thèmes en :, nous voyons de même æé-es devenir æés-es et par contraction æt- Auss, et æbAu-as devenir æéÂe-as et par contraction æéAsis. Un fait analogue a lieu dans les langues germaniques : au génitif gothique baln-s! correspond en vieux haut-allemand la forme balge-s (ou palke-s); au génitif-datif vieux haut-allemand krefn? correspond, en moyen haut-allemand, la formg krefte; au géniüf pluriel vieux haut-allemand krefto (qui, plus anciennement, a dû être krefyo) viennent se joindre, dans le même dialecte, mais d'après d'autres manuscrits, les formes krefieo et krefio (ou chrefio). C'est exactement ce qui s'est passé en grec, où afw, olousv, est devenu d'abord oéw, céouevr, puis aoû, aoûuev, et enfin (comme dans deix-cw, deix-cousy) aw, œouer.
Au contraire, le futur second a perdu la siflante et gardé la semi-voyelle du sanscrit sya : nous avons, par exemple, o7eÿ qui est pour o1sk4v, venant de oeAlw qui lui-même est pour olehoiw (comparez les formes précitées Boaôn-oiw, æpohsn-al). En ce qui concerne l'expulsion du ©, on peut rapprocher ce qui se passe à l'aoriste premier des racines terminées par une liquide; exemple : &oesla, pour éo1e)oa.
$ 657. Forme primitive du futur. — Le futur dans les langues
slaves modernes.
Îl n’est pas vraisemblable que le caractère du futur ya ait été, à l'origine, exclusivement employé pour le verbe substantif as.
accentuer de cette façon : Boabnoiw, spolerhlw, et non BoalmaiS, pole. En etlet, les formes en & sont la contraction des formes en sw, qui elles-mêmes sont pour sw. Si l'on écrit «6, l’: sera donc représenté deux fois.
‘ Thème balgr «bourse, outre (masculin).
* En allemand moderne, kraft (féminin) « force».
Je crois plutôt qu'à une époque très-reculée et antérieure à la séparation des idiomes, les verbes attributifs formaient également leur futur par l’adjonction immédiate de la syllabe ya : il a dû y avoir des formes comme dé-yat «il donnera » avant qu'on eût des formes comme d4-sydti (= dof-ces), ou concurremment avec celles-ci. Mais les langues indo-européennes, telles qu'elles nous sont parvenues, pour former le futur de leurs verbes attributifs, ont toujours besoin du concours du verbe substantif. C'est aussi au futur de leur verbe substantif qu'ont recoura les langues slaves vivantes; mais, à l’exception du serbe, elles emploient l’auxiliaire comme mot indépendant. En slovène «t en polonais, c’est le même participe en !, la, lo que nous avons déjà vu comme expression du passé ($:628 et suiv.), qui vient se placer à côté du futur du verbe auxihaire. Le slovène fat par exemple, suivant les différents genres, bém! igrdl, bés igrdla, bém igrdlo «je jouerai» (littéralement sje serai ayant joué »})?. Le polonais fait bgde czytal, czytala, czytalo «je lirair (littéralement «je serai ayant lu»). En russe et en bohémien, c'est l'infinitif qui accompagne le verbe auxiliaire. Le russe fait Gyay asurams budu duigatj «je remuerai» (littéralement eje serai remuer»). Le bohémien : budu krast (pour kradn) «je volerai» (littéralement «je serai voler»). Seul parmi tous les dialectes slaves, le serbe n’a pas besoin, pour son futur, du secours du verbe substantif : 1l peut unir le verbe signifiant
1 La forme complète est bddem «je serain (littéralement «être je fais», $ 633). Ea prâcrit, nous rencontrons une contraction analogue du même verbe, à sevoir hômi eje suis» (pour Bémi, venant lui-même du sanscrit Bévémi). Rapproches aussi le vieux haut-allemand bim «je suis», en allemand moderne bin.
* Le borussien joint de méme un verbe auxiliaire signifiant «être» à un partiape parfait dont le suflixe correspond au suffixe sanscrit vdàs (5 786 et suiv.); exemple: laukyti, tyt wirstai ius aupallusis «cherchez et vous trouverez» (littéralement e vous serez des ayant trouvé»). Le même participe entre aussi dans une forme péripbres-
tique du parfait : asmai klantimuns ej'ai maudit» (littéralement «je suis un ayant maudit»). Voyez mon mémoire Sur la langue des Borussiens, p. 33 et suiv.
« faire » au thème de tous les verbes attributifs de la même façon qu’au verbe «être»; il fait, par exemple, igradju (igra-dju) « je
jouerai», comme il fait bidju «je serai ».
$ 658. Le fatur exprimé en slave par le préfixe po. — Le futur à auxiliaire en ancien slave.
Plusieurs idiomes slaves peuvent ou doivent, dans certaines circonstances, exprimer le futur en faisant précéder le présent d’une préposition po signifiant « après ». C’est ainsi qu'en bohémien «je volerai» se dit po-kradu aussi bien que budu krasti : au sujet de la nuance de signification qui sépare ces deux futurs, je renvoie le lecteur à Dobrowsky 1.
En ancien slave, Schafarik a signalé quelques futurs renfermant, comme en sanscrit, le verbe auxiliaire et correspondant aux futurs lithuaniens et lettes en au et en su ?. Tous les exemples que nous avons conservés sont à la première personne du singulier : comme le présent de la conjugaison ordinaire, ils ont ñ au lieu de mi pour signe de la personne. Tels sont : Hsaniux to-mi-éuh ctabescam» et séracrsr béo-a-sjajuñ « cursabo »?. Dans ce dernier exemple, le caractère sanscrit & sya s’est maintenu sans changement : quant à l'a qui précède, je le regarde comme identique avec l'a de linfinitif bég-a-4 «fuir», c’est-àdire que j'y vois la lettre finale du thème de la deuxième série de temps. Dans la syllabe ju de bég-a-sja-ju-à je crois reconnaître une sorte de caractéristique de la conjugaison ou de la classe : 1l y aurait donc le même rapport entre béy-a-sja-ju-à et le thème bégasa du futur qu'entre snajuñ «je connais» et la racine sua gna ($ 503). La syllabe finale nu-ñ des futurs comme
1 Système de la langue bohémienne, p. 160 et suiv.
3 Voyez $ 648.
3 Je cite les traductions données par Miklosich. Voyez Théorie des formes, $ 107. — Dans i-mi-éuñ, éuñ est pour sjun (S 92").
pla-s-nu-h « ardebo », vüs-kop-ü-s-nu-h « calcitrabo » (racine ko), o-bri-s-nu-# «tondebo » (racine bn), tük-ü-e-nu-à « tangam » contient, à ce que je crois, la caractéristique de la neuvième classe sanscrite : comparez les verbes comme güb-nu-à, güb-ne-&t ($ 497). Remarquons le 21 ü de ttk-ü-s-nu-ñn et vüs-kop-ü-snu-à : il rappelle l'u du védique tar-u-$#-ma « transgrediamur »; cette dernière forme, si nous faisons abstraction de la voyelle de liaison u, répond en grec aux aoristes de l'optatif comme r6x-oœu-pe.
$ 669. Forme péripbrestique du futur, en ancien slave. — Le futur dans les langues romanes.
À l'ordinaire, l’ancien slave, pour exprimer le futur, enploie une forme périphrastique!. I joint le présent du verbe auxiliaire tm4h «avoir», ne-ésht «commencer » ou chotéf « vosloir» à l'infinitif du verbe principal. Exemples : glagolet inf «il parlera», littéralement «il a [à] parler»; ne iweañt pets «il ne boira pas»; pruti imaf sünü « veniet filius »; ne bojah sa nain «non timebis», littéralement «tu ne commences pas à td frayer»?; ne most natineñ «non poteris»; chotañt prit ave nient»®. L’auxiliaire le plus usité est imaml «j'ai» *.
C'est ici le lieu de rapprocher le futur dans les langues nmanes. Quoique dans ces langues le futur ait pris tout à fait l'aspect d’une forme simple, il consiste dans la combinaison de l'infinitif avec le présent de l’auxiliaire «avoir ». I eût peut-être été difficile ou même impossible de reconnaître cette composition, à cause des contractions que le verbe auxiliaire éprouve au pluriel, sans le témoignage de l'ancien provençal, qui sépare
! Nous ne parlons pas de certains présents qui peuvent être pris dans le sens du futur.
? CA sai signifie proprement «se» ($ 34a).
3 Comparez l'anglais they mill come.
& Dobrowsky, Institutiones linguæ slavice, p. 379.
quelquefois par un pronom le verbe auxiliaire de l'infinitif. Nous avons par exemple : dar vos n'ai «je vous en donnerai»; der vos ai «je vous dirai»; dir vos em «nous vous dirons»; gitar metz «vous me jetterez». Le verbe «avoir» lui-même forme son futur de cette manière; ainsi le français tu auras est une contraction pour tu avorr as1,
$ 660. Restes du fatur à auxiliaire, en gothique et en persan.
Le gothique aussi forme quelquefois son futur avec l’aide de l'auxiliaire «avoir»; exemples : tauan haba «æoifowr, visan habaith « Eole » 2. Dès l’époque la plus reculée, les langues germaniques ont perdu la flexion primitive du futur, qui s’est au contraire conservée et qui existe encore à l'heure qu'il est en lithuanien et en lette. Remarquons toutefois qu’Ulfilas rend fréquemment le futur grec par le subjonctif présent : or, en sanscrit, le futur -syému est presque identique avec le potentiel syäm”, et le caractère du futur & ya dérive, selon moi, de la même source que le caractère du potentiel at yd; il en résulte que le subjonctif gothique, qui est identique, quant à la forme, avec le potentiel sanserit et l'optatif grec, peut être regardé comme parent du futur primitif. Nous avons, par exemple, sijau « &opas», sÿai «Éclair, sijaina «écovrur, thulau « dvé6opau », bilethai «xarahetÿer nt.
En persan moderne, nous pouvons observer le fait inverse : le seul verbe qui ait conservé l’ancien futur l’emploie aussi dans le sens du subjonctif présent; c'est pet bdsem = sanscrit bavisyämi «je serai ».
1 [en est de même quelquefois en ancien slave; on a, par exemple : HMÈTH MAMALLUH sms mai « tu auras».
? Voyez Grimm, Grammaire allemande, [V, 93.
3 Voyez $ 648.
* Marc,ux,19;1x, 35:52 8:1x.19;x,97.
$ 661. Formes du futur périphrestique dans les langues germaniques.
Au lieu du futur qui lui manque, le gothique se sert habituellement du présent de l'indicatif. Le même fait a encore hieu fréquemment en vieux haut-allemand; mais on voit déjà s’introduire dans cet idiome le futur périphrastique formé à l’aide des verbes «devoir» et «vouloir» (ce dernier seulement à la première personne). L’auxiliaire werden «devenir » appartient en propre à l'allemand moderne, quoiqu'il soit, en quelque sorte, déjà annoncé per le gothique, qui emploie parfois vairthe dans le sens du futur du verbe substantif. Grimm cite les exemples suivants ! : vatrthith «Éolai», vairtha « Éoouas», vairthand «be za »3. Il est certain que de toutes les expressions du futur c'est la plus naturelle et la plus juste, car le verbe « devenir » indique ce qui sera, au lieu qu’en disant «je veux, je dois», le langage ne fait pas la part des obstacles ni des changements de résolution qui peuvent entraver ou modifier notre action.
Le vieux norrois emploie pour son futur le verbe «je penses, dont le prétérit mun a le sens du présent. Exemples : muxi wre seris», mun slina «rumpetur», koma munu «venient ». Rappelons ici qu’en gothique le verbe faible munan s'emploie quelquefois, sinon pour exprimer un véritable futur, du moins pour rendre la construction grecque avec p#Aw°; exemple : mans gabairhtjan cuédes ép@avikeivr*. Mais 1 y a lieu de penser qu'Ulfilas ne se doutait pas que son verbe muna et le grec A viennent de la même racine. Je crois pouvoir établir cette psrenté : mé est, selon moi, avec le sanscrit ményé 5 «je pense,
! Grammaire allemande, IV, p. 177 et suiv.
2 Matthieu, vin, 19; Luc, 1, 14 ; Deuxième aux Corinthiens , xr, 15, et v1, 16.
3 On trouve aussi haban dans la même acception. Voyez J. Grimm, Grammaire allemande, t. IV, pages 93 et 178.
4 Jean, xiv, 22.
5 Mdnyé est au moyen.
je crois» dans le même rapport que dos avec anyd-s «l'autre » (S 19). Il est vrai que le grec présente aussi des formes où le = de la racine sanscrite man s’est conservé sans changement, par exemple pévos = minas «esprit»; mais ceci ne doit pas nous empécher d'admettre que le » se soit aussi changé en À, par suite de la permutation si fréquente des liquides. C'est le changement de n en À qui fait que péAw ne présente plus aucune ressemblance avec les formes où est resté le ».
$ 662. Le futur latin en bo.
Déjà dans mon Système de conjugaison de la langue sanscrite, j'ai expliqué les futurs latins amabo, docebo comme des formes composées renfermant la racine fu, et j'ai rapproché bo, bu, bit de l’anglo-saxon beo « je serai », bys «tu seras», bydh «il sera ». Bo, qui est une forme sœur de bam (dans amabam, docebam)?, se conjugue exactement comme ero : bo est donc pour bo, bunt est pour biunt, et l'1 de brs, bit, bimus, bits est une contraction de la syllabe ya, qui est la caractéristique du futur sanserit ($ 651). Si le verbe sanscrit bd, au lieu de former son futur à l'aide de la racine 4s°, s’adjoignait immédiatement la syllabe ge, nous aurions : bdydmi, bûyasi, bdyat, ou, avec le gouna, Géyäm, béyas, béyut. La forme correspondante en latin serait fuo, fus, fut*; mais l'u de la racine fu a été supprimé, et l’on a bo, hs, nt.
La même suppression de l’u de fu s’observe dans le latin fo, fs, ft : ce verbe, qui n'est à proprement parler que le passif de
* Au sujet du b tenant la place d'un f, voyez $ 16.
2 Voyez 5 596 et suiv.
# 1 fait au futur Bav-1-éydins, avec gouna de l'é et iusertion d’un i euphonique. —Tr.
* Entre ce fuit et le fuit du parfait, il y a cette différence qu’au futur li est la contraction de la caractéristique ya, et par conséquent l'exposant de la relation temporelle, au lieu qu'au parfait l’i est simplement une voyelle de liaison. On a vu plus haut ($ 546 et sui.) que nous expliquons le parfait latin comme un ancien aoriste.
fe et qui correspond au passif sanserit bd-y#, bd-yd-04, bé-yd-#, a remplacé les désinences passives par celles de l'actif. La même chose est arrivée en prâcrit : ce dialecte a bien conservé la ceractéristique ya du passif ($ 733), mais à a remplacé les dé-
sinences du moyen par celles de l'actif.
$ 663. Origine de la forme latine bo. — Comperaison avec l'irlandais.
Le bo du futur latin peut s'expliquer de deux manières. On peut, comme on vient de le voir, supposer un futur Gégéss ou béydmi qui aurait encore subsisté à l'époque de la séparation des idiomes, soit seul, soit concurremment avec la forme composée bavisyämi (comparez le lithuanien bu-siu, le grec @i-0w, l'irlendais bhus serit»); ou bien le latin bo comprendra lui-même l'autre auxiliaire signifiant «être», en sorte que bo sera pour faro, fuso et plus anciennement funo (en grec @é-0w pour &oiw). Il est difficile de choisir entre ces deux hypothèses. Mas c'est la seconde qui me paraît la plus vraisemblable !. Je suis d'autant plus porté à voir dans amabo, amabis des contractions pour amaburo, amaburis, que ce sont précisément les formes surchargées par la composition qui ont le plus de penchant à sel léger et à s'affaiblir. Même hors de composition, le vieux hautallemand a contracté son singulier btrum (pour bivem) en btm°.
L’anglo-saxon beo (ou beom) «je serai» n'est pas, quant à ls forme, un futur : c’est un présent qui répond à f'allemand moderne bin, au vieux haut-allemand bim et au sanscrit Édvém:: on l'emploie surtout dans le sens du futur, au lieu que eom (= sanscrit dsmi, gothique im) reste consacré à l'expression du présent. On pourrait de même contester au latin bo, dans amabo, sa que-
1 Depuis que j'ai posé cette question dans la première édition de cet ouvrage, le futur osque fusil ou fust «il sera » est venu donner encore plus de vraisemblance à ls seconde solution (voyez Mommsen, Études osques, p. 61).
3 Au pluriel birumés (pour binumés — sanscrit bévdmas). Voyez $ 510.
lité de futur : l': de bis, bit serait alors identique avec la caractéristique a du sanscrit bdv-a-st, bdv-a-h, comme li de veh-1-s, voh-1-t est identique avec l'a de véh-a-si, vdh-a-h ($ 508). Remarquez le subjonctif archaïque fuam qui suppose un présent de l'indicatif fuo, fus ($ 510). Il paraît toutefois plus vraisemblable de supposer que bo, bis est formé comme ero, eris, et que par conséquent amabo, monebo contiennent un véritable futur.
H n’est pas douteux que la troisième et la quatrième conjugaison n'aient eu primitivement des futurs en bo ($ 528). Quant aux futurs en am, ce sont d'anciens subjonctifs, comme nous le montrerons plus loin !.
H a déjà été question ($ 526) du futur irlandais, qui joint à tous les verbes attributifs le verbe auxiliaire 6d. Mais 1 y a cette différence entre le latin et l'irlandais que ce dernier idiome emploie aussi hors de composition le futur du même
verbe.
$ 664. Gouna de la syllabe radicale au futur, en sanscrit, en grec et en zend. — Tableau comparatif du futur.
H nous reste à faire observer, en ce qui concerne le futur sanscrit, que la syllabe sya se joint à la racine, soit immédiatement, soit à l’aide de la voyelle de liaison 1°. À cause de cet t, le s de sya se change en $; exemple : tan-1-syämi « extendam ». Les voyelles radicales susceptibles du gouna le prennent * : ainsi dif «montrer» fait dék-syämi (= delx-ow); LR «lécher » fait l4k-
1 Voyez $ 69 et suiv. Comparez Système de conjugaison de la langue sanecrite page 98.
? Comparez la troisième formation de l’aoriste ($ 560).
3 La règle, en sanscrit, pour que la voyelle radicale puisse prendre le gouns, est la suivante : si la voyelle est médiale, il faut qu’elle soit brève et ne soit suivie que d’une seule consonne; à la fin de la racine, les voyelles longues peuvent prendre également le gouna.
sylmi (= Aelx-ow); yug «joindre» fait yék-sydms (== Leux-cw! ); bd «être » fait 6av-1-éyéms.
En grec, les seuls verbes qui prennent le gouna au futur sont ceux qui l'ont aussi au présent : on a donc, sans le gouna, Adow, Pi-cw, TÜüs-0w en regard du sanscrit lav-1-éyém: (de «couperr), bav-5-5y4m (de Bd aêtre»), wp-5-éydm: (de tu «frapper, tuer»).
Ainsi que le grec, le zend garde la voyelle pure dans des ces où le gouna est obligé en sanscrit; nous avons, par exemple, en regard du sanserit bar-1-éyd «il sera», le zend bdéyés ($ 665), auquel on peut comparer le grec @i-css et le lithusnien bü-s.
Nous faisons suivre le futur complet du verbe bd «êtres: nous y joignons le latin fac-s0, qui est formé comme Qé-0w, b#su, quoique, par le sens, ce soit un futur passé ?.
SIRGULIER.
Senscrit. Zend. Lithuanies. Letin. Ores.
Dar-s-éyém bd-éyémi * bé-siu fac-00 C6-cu° Dav-5-yasi bi-Syék: bü-si° fac-eùs Et-ots bav-+-éyati bd-éyéss bü-s fac-sit Et-ce bav-s-éydvas ........ bé-sima ........
Dav-t-Sydias bd-éyalé? bi-sita ........ Ob-oeror Bav-5-dydtas bé-éyaté Comme au sing. ..-..... @t-ceror 1 Voyez $ 19.
? Voyez $ 19. Au sujet des formes archaïques en a-ss0, 6-s50, s0, voyez S 856. [Au $ 856, l'auteur propose encore une explication pour les formes latines comms Jac-s0. — Tr.] $ Voyez $ 665. Au sujet de l'é, voyez $ 42.
4 Pour Quoiw ($ 656).
* L'i est la désineuce personnelle.
PLUAIEL.
Banserit. Zenà. Lithuanies. Latin. Grec.
Dav-iiyämes bé-iydmah: b-sime fac-simus Qtb-aoues Bav-+-éydla bd-éyala bü-site fac-sitis Pt-oere bav-véyants bd-éyants Comme au sing. fac-sumt' @ÿ-covri.
Nous ajouterons aussi le futur du verbe d4 « donner» en sanscrit, en grec et en lithuanien. Le latin dabo est formé à l'aide d’un autre auxiliaire; mais l': de dabis a la même origine que li
du lithuanien dä-si et représente le ya du sanscrit dé-syds.
ACTIF
SINGULIER
Sanserit. Grec. Lithuanien. Latin.
dé-syämi d&-00 dü-siu da-bo dd-syas do-oeis di-n da-bis dd-sydti d&-ce: dè-s da-bit
DUEL dd-syävas ......... dü-sima ........ .
dd-sydlas dd-cerov dümsita .........
dä-syätas dd-ceTov Comme au sing. ...... … PLURIEL.
dé-syâmas do-ooues d&-sime da-bimus dé-sydia dw-deTe di-site da-bitis dé-sydnti d@-covr: Comme au sing. da-bunt.
MOYEN
SINGULIER. DUEL
Senserit. Grec. Sanserit. Grec.
dé-syé’ Ôo-oopas dä-syävahé dw-côuebor
dd-syäst (dw-ceou) d4-syété 86-oeoboy dé-sydié dc-oeTai dà-syété dw-ceabdoy
1 La forme faxint est la seule usitée chez les auteurs. — Tr.
Sanmecrit. Grec.
dé-syämahé dœ-copeba dé-syéd'vé d6-ceoûe dé-syénié d@-covras.
$ 665. Le futur en send.
Le futur send a la même formation que le futur sanscrit. Mais il en reste peu d'exemples, si ce n’est au participe, où nous trouvons entre autres les accusatifs bdéyantém « futurum », bésyantin « futuram », et le composé bdéyañéta « futuri estis ». De ces formes, nous pouvons conclure avec certitude qu'à l'indicatif du verbe en question le futur n’avait ni gouna, ni voyelle de liaison :. L'absence du gouna vient peut-être de ce que la voyelle radicale, dans bd, est longue. Au contraire, les racines ayant un « bref prennent au futur le gouna, comme on le voit par le partape sau-syañs «le devant être utile» !.
Nous avons essayé plus haut ($ 664) de restituer le futur zend du verbe bd «être». On pourrait avoir des doutes au sujet de la première personne bdéyémi ?, car il n'existe pas d'exemple, en zend, de la désinence mu au futur. Dans le dialecte de la
1 Voyez Spiegel, dans le Journal de la Société orientale allemande, t. I, p. 24s. Burnouf (Études sur la langue et les textes rends, p. 135) attribue un autre sens au nominatif pluriel éauéyanté, qu'il écrit éauskyanté, d’après une leçon très-probeblement fausse. Il importe peu, pour notre objet, de savoir si la racine sende éu signifie véritablement e être utile»; mais ce dont je ne doute pas, c’est que éauéyañé ne soit le futur d’une racine és. Je la rapproche du védique Æ és (venant de és) «grandirs, d’où le substantif MIX, éévas «force». [Le mot éauéyañé, en persan moderne Sesiosh, est le nom donné par les Parses à un ou plusieurs prophètes qui doivent venir à la fin des temps rétablir le pouvoir d'Ormurd sur la terre. — Tr.]
* Le manuscrit lithographié nous présente, au fulur, un + s au bou de px é; mais les meilleurs manuscrits nous donnent bien le ue é qui est le représentant régulier du Œ s sanscrit devant les voyclles, ainsi que devant y et v ($ 53}
deuxième partie du Yaçna, on trouve des formes comme frevahksy «je dirai» (= sanscrit pravakiyämi !), et au présent péresé «je demande ». Dans ces formes, la désinence m1 est supprimée. Comparez les futurs comme 4Ëw, en grec, et les futurs passés comme axo, en vieux latin : de péré4 rapprochez les présents comme @épw, fero, en grec et en latin, et comme baira (= sanscrit bdrémi, rend barémi) en gothique. Le première personne du futur est ordinairement remplacée en zend par la première personne de l'impératif ($ 723) : c'est la cause de la rareté de nos exemples ?.
$ 666. D'une forme de futur participial, en zend.
La forme spsgssus p Édégañsis mentionnée plus haut (S 665) mérite un examen spécial, car elle est unique en son genre*. À la rigueur, elle ne devrait pas être rapportée ici, puisqu'elle nous représente un futur participial; mais ce n'est pas le même participe qu’en sanscrit ($ 646). Il y a, toutefois, accord entre les deux langues, en ce que le nominatif singulier masculin sert
1 Sur le groupe zend de Rs = sanscrit #1. k, voyez $$ 47 et 5e.
3 Dans la première édition de cet ouvrage (p. 1007), j'avais proposé d'expliquer comme un futur la forme fravaksyañm (Vendidad-Säâdé, p. 359). Je retire aujourd'hui cette conjecture et je me range à l'explication donnée par Brockbaus dans son Index du Vendidad-Sädé (p. 391); ce savant « reconnu que les mots ad fravaksyañm hdithn yapamaidé doivent se traduire : «nous adorons le chapitre [qui commence par les mots] ad fravaksyd. J'ajoute seulement qu'à la page 356 les mots tad imd pérésd «hoc te rogo» forment également une sorte de composé adjectif, à significalion possessive : ce composé se rapporte au substantif féminin hditi «chapitre», qui est régi per le verbe yapamaidé enous vénérons». Il faut donc traduire : «nous vénérons le chepitre [commençant par] tad iæd péréfdn. De même, à la page 393, les mots ad md yavd sont construits comme un adjectif à l'accusatif avec le mot hditfm, régi per gepamaidé (ad-mé-gavañm) «nous adorons le chapitre [commençant par les mots] ed md yavé».
3 L'auteur, sur ce mot bdéyeñéts, adopte l'explication d'Eugène Burnouf (Commentuire sur le Yaçna, p.533, note). Mais comparez Spiegel, Traduction de l'Avesta, 1, p. 180, et Commentaire, I, p. 289. — Tr.
aussi pour le duel et le pluriel, et probablement pour les trois genres : la traduction littérale de bééyañsta, qui signifie « vous serez», devrait être «futurus estis ». [1 est difhcile de décider a le » $ appartient au verbe substantif, comme le veut Burnouf!, en sorte que le participe aurait perdu son signe casuel, ou a c'est le verbe substaæäif qui est privé de son f initial. Je préfère la seconde hypothèes#@r nous trouvons, même hors de composition, les formes make ou mahf «nous sommes » privées de leur consonne radicale?; nous voyons, en outre, que le sanserit fait, à la première formation de l'aoriste, dksdip-ta pour dksdp-sts (SS 543 et 545).
$ 667. Insertion d’an 5 euphonique au futur zend.
Comme le sanscrit, le zend se sert quelquefois, pour son futur à auxiliaire, de la voyelle de liaison +; mais probablement cette insertion n’a lieu qu'après une consonne. La racine d&, qui correspond à la racine sanscrite damb «tromper», fait au futur spymospgeyss dubisyant® «ils affigerontr. Dans un autre passage, nous trouvons le futur moyen du même verbe,
daibisyanté.
$ 668. Futurs sends changeant le sya sanscrit en kya.
Dans les futurs zends que nous avons examinés jusqu'ici, nous avons toujours vu la sifflante du verbe substantif représen-
1 Yagna, p. 533.
2? Voyez Burnouf, Yagna, notes, p. 70 et suiv. Je rappelle à cette occasion la forme étrusque mi «je suis, qui n'a également conservé que la désinence. Mais nous ne savons pas encore s'il y a en étrusque d'autres verbes se terminant en ms, ou si «je suis» est une forme isolée dans cette langue, comme l’est im en gothique et em en anglais (= sanscrit ds-mi, lithuanien es-mi, éolien éu-ps).
3 Sur l’épenthèse de l’i dans la racine, voyes $ 41. — Anquetil traduit ce verbe tantôt par cafiliger», tantôt par « blesser».
tée par un yo #!. Cela vient de ce que la sifflante en question s’y trouve toujours après une des lettres qui exigent en sanscrit le changement de æ s en % $ ($ 21°) : or, le % 5 sanscrit est représenté en zend par æs # ou pus # (SS 51 et 52).
Mais après les lettres qui laissent en sanscrit le 4 s sans modification, nous devons nous attendre à trouver en zend un g h (S 53): c'est, en effet, un À que nous avons dans sañhyamana, qui est un participe futur passif signifiant «devant naître». Il est vrai qu'Anquetil traduit les mots : spçgjpms opçylel spénelecmuxé narañméa sélanañmés sañhyamananañméa par « les hommes qui naissent et engendrent » : il faudrait, en adoptant ce sens, regarder sañhyamana comme un participe présent moyen; mais la vraie signification est « des hommes nés et devant naître», car le y À de la forme zende ne s’expliquerait point si sañhyamana n'était pas un futur?. En sanscrit, la racine y gan, si elle s'adjoignait immédiatement le verbe auxiliaire, ferait Rata gañsyamäna. Mais la racine sanscrite insère un : devant le caractère du futur : on a donc à l'indicatif gan-1-sydt# «il naîtra », qui supposerait en zend une forme gan-t-syé-té.
$ 669. Futurs zends changeant le sya sanscrit en gya.
Les racines zendes d4 «donner» et dé «poser» ont dû faire au futur déonhyémi ($ 56°); mais comme nous trouvons quelquefois le sanscrit sy représenté en zend par sw. dy ($ 35), on pourrait s'attendre aussi à une forme déjyémi. Il existe en effet un participe futur passif ® usdägyamnanañm (= sanscrit uddäsyamânénâm) «sublevandorum », qui est opposé au participe passé us-dâtananm «sublevatorum», comme nous avons vu plus haut sanhyamananañm-ca opposé à gdtanañm-ca.
! Le manuscrit lithographié a toujours la leçon faulive æ s. 3? Le futur de l'indicatif a dû être gañhyé «je naftrai». # Vendidad-Sädé, manuscrit lithographié, p. 89.
On a ici un exemple de la sifflante du verbe substantif changée en gutturale : c'est le cas de rappeler ce que nous avons dit plus haut ($ 568 et suiv.) sur l’origine probable du x de fdsma, SéSœna, que nous croyons provenir d’un o. Comme la racine zende dé «poser, placer, faire»! répond au grec 9x, le déj du précité dégyamnanañm serait identique avec le Snx da grec Hana, Tux.
$ 670. Origine de la caractéristique du futur ye.
Il reste à nous demander quelle est l'origine de cet exposant du futur ya, auquel se rattache aussi le yd du potentiel et du précatif. Je persiste à cet égard dans l'opinion que j'ai déjà erprimée dans mon premier ouvrage : je crois que ces syllabes viennent de la racine & t «désirer». L’optatif grec, qui est le représentant du potentiel et du précatif sanscrits, devrait done son origine à un verbe signifiant «souhaiter », c'est-à-dire ayant précisément le sens de la dénomination qui a été donnée à ce mode. Si l'on ajoute à la racine & f la voyelle de liaison de la première et de la sixième classe, on obtient ya d’après la même règle phonique qui nous donne ydnti à la troisième personne du pluriel de la racine : «aller » ; la forme en question yénti coïncide tout à fait avec la partie finale de dé-s-yänti «ils donneront ».
Wüllner? propose la racine : «aller » pour expliquer le ya du futur : il est certain que sous le rapport de la forme cette racine ne convient pas moins que f «désirer ». Mais pour la signification, «désirer, vouloir» se prête mieux à l'expression du futur et de l'optatif que «aller». En grec moderne comme en vieux haut-allemand et dans différents dialectes germaniques, c’est à un verbe signifiant «vouloir» qu'on a eu recours pour former
‘ La racine sanscrite correspondante dé a, entre autres significations, celle de elcnirr.
? Origine des formes du langage, $$ 46 et 47.
le futur périphrastique : et c'est d’une façon indépendante, c'est-à-dire sans. emprunt ni imitation, que les divers idiomes germaniques sont arrivés à se servir du même auxiliaire.
En ancien slave également nous trouvons quelquefois le futur exprimé par un verbe signifiant « vouloir» ($ 659); mais il faut prendre garde que les exemples cités par Dobrowsky! appartiennent tous à des passages de la traduction cyrillienne où le texte grec a le mot méw. On peut donc supposer, jusqu’à ce
. qu’on ait trouvé d'autres exemples, que le xoa choscuñ slave est une traduction littérale du verbe grec. Ainsi nous avons : Jogda chotañt sja büti « bras péAAp radra yevéodas »?; chotañy pruti «Ô péior Épyecbou 2°.
$ 671. De l’afiinité du futur avec la forme désidérative, en sanscrit, en latin et en grec.
Pour exprimer le futur, le sanscrit emploie quelquefois son désidératif : ainsi dans l'épisode de Drâupadt, nous trouvons mumdrsu, littéralement « désirant mourir », dans le sens de « moriturus ». Inversement, plusieurs langues font servir le futur à l'expression de la volonté : le latin, par exemple, forme ses désidératifs des participes futurs en tdrus. On peut comparer esurus et esurio, parturus et parturio. L’u a été abrégé et l'on a ajouté l’{ de la quatrième conjugaison latine. Il ne faudrait pas rapprocher cet { de l’exposant du futur ya dont il vient d’être question : en effet, l’{ latin représente le caractère de la dixième classe aya, qui est employé également en sanscrit pour la formation de beaucoup de verbes dénominatifs.
Le grec tire certains désidératifs du futur en ow, ou peut-être
1 Institutones linguæ slarice , p. 380.
3 Luc, xxt, 7.
3 Malthien, x1, 14. — Sur la parenté présumée de p#}2w avec le sanscrit ményé, vavas CR:
de la forme plus ancienne en o4w, de sorte que æœapadworls, yshacelw auraient simplement renforcé ls par l'e du gouna. Peutêtre aussi le désidératif et le futur sont-ils deux formes sœurs, et sont-ils directement dérivés l’un et l’autre du thème verbal. Nous voyons pareillement en sanscrit des verbes désidératifs qui ont la forme du futur, mais qui n’en dérivent pas; ils sont sortis du même thème nominal par un procédé de formation anslogue. Tels sont : vréa-sydm « désirer le taureau », mads-asyéss «désirer du miel». Dans ce dernier exemple s’est peut-être conservé l'a radical du verbe substantif. Mais ordinairement, dans les désidératifs formés de thèmes nominaux, le verbe substantif est tout à fait omis, ou bien 1ïl s'est perdu avec le temps : il ne reste que la syllabe ya, c'est-à-dire la caractéristique du futur, ou, en d’autres termes, le verbe auxiliaire «désirer»; on a, per exemple, patf-ydnu «je désire pour époux», venant de péi « époux ».
Quant aux désidératifs sanscrits qui viennent d’une racine, avec addition d’une sifflante et avec redoublement, peut-être ont-ils eu d’abord un y après la sifflante; ce y appartiendrait également à la racine « désirer», et plpd-sdm «je désire boire» (pour pipé-syâmi) aurait une formation analogue à pé-sydmi eje boirai». Entre pépdsdmi et la forme supposée pipésyäms, le rapport serait le même qu'entre le grec dai-ow et la forme plus ancienne dwolw (= sanscrit désyämi). Il ne serait pas étonnant que la surcharge amenée par le redoublement eût déterminé un affaiblissement dans la partie finale du mot : c’est ainsi que les verbes redoublés, à la troisième personne du pluriel, ont perdu la nasale qui appartenait de droit à la désinence (bibra «ils portent » au lieu de bibrant)?.
Nous reviendrons plus loin sur les désidératifs.
1 Et non d'un thème nominal. — ‘Tr.
® Voyez $ 459.
POTENTIEL, OPTATIF, SUBJONCTIF. $ 672. 321
POTENTIEL, OPTATIF, SUBJONCTIF.
$ 672. Le potentiel dans la deuxième conjugaison principale, en sanscrit. — Caractéristique y4, en grec sn.
Le potentiel sanscrit réunit en lui les significations du subjonctif et de l'optatif grecs : 1l a, en outre, divers emplois qui lui sont propres. Sous le rapport de la forme, il répond à l'optatif grec.
Dans la conjugaison qui est représentée en grec par la conjugaison en ps, les verbes sanscrits forment leur potentiel en insérant la syllabe yé devant les désinences personnelles. Les caractéristiques des différentes classes sont maintenues : conséquemment, la racine vd (classe 9) fait vidyäm «sciam»; la racine Bar, Or (classe 3) fait bibrydm «feram»; la racine star, str (classe 5) fait strnuydm «sternam»; la racine as (classe 2) fait syém (pour asydm) «sim ».
: On n’a pas de peine à reconnaître l’erposant modal y4 dans le grec sm, où la semi-voyelle, conformément au système phonique de la langue grecque , s'est vocalisée en «; mais cet : forme toujours une diphthongue avec la voyelle radicale qui précède, attendu qu’il n’y a pas de présents comme &u: (= sanscrit ddmu, lithuanien édmi)!, et que, par conséquent, il ne peut y avoir d’optatifs comme édény (= sanscrit adyâm). Néanmoins, &sSo/yv répond assez exactement au sanscrit dadyäm, surtout si l’on rétablit dans cette dernière forme la voyelle radicale, qui a été irrégulièrement supprimée. La forme complète serait dadéyäm ; mais la racine dé, chargée des désinences pesantes et du caractère mo-
? C'est-à-dire de présents où la désinence pu soit précédée d’une consonne. — Tr.
au. 21
dal yd, retranche sa voyelle en sanscrit, tandis qu'elle se contente de l’abréger en grec. Nous avons donc dadyäm = didoinr!.
La racine as «être», par une anomalie qui lui est propre, supprime son a initial là où la racine d4 renonce à sa voyelle fnale? : on a donc sydm «que je sois» en regard du grec el». Cette dernière forme est pour écinr, le o& tombant volontiers entre deux voyelles. À la différence du sanscrit, la racine es conserve en grec sa voyelle; on peut comparer le présent de l'indicatif, où nous avons doué», éoé, avec les formes sanscrites sms: « nous sommes », sla «vous êtes ».
$ 673. Suppression de la voyelle longue du caractère modal, au moyen sanscrit, zend et grec.
Au moyen, le grec, le sanscrit et le send s'accordent d’ane feçon remarquable, en ce qu'ils ont laissé entièrement disparattre la voyelle longue du caractère modal y, :». On a, par exemple, Gôoïro, Gidolueba (pour idoiyro, didostue0a) comme en sansenit dadité, dadimdhi (pour dadyäâta, dadyémah:). La cause de cette suppression est évidemment le poids plus considérable des désinences du moyen; mais je ne voudrais pas affirmer qu'à l'époque où le grec ne s'était pas encore séparé du sanserit, le caractère modal fût déjà mutilé de cette façon. Il est vrai sans doute que dès cette période reculée certaines formes s'étaient affaiblies par suite de la différence de poids des désinences personnelles; on peut prouvèr, en outre, par plus d’un fait, qu'avant la séparation des idiomes indo-européens, l'organisme de ls langue mère avait déjà souffert diverses perturbations. Mais sur le point spécial qui nous occupe, nous ne croyons pas que l'a
! Comparez, au présent, dadmds —= dldoper ($ 481).
1 Cette anomalie a également son principe dans la loi de pesanteur des désinences, à laquelle la racine as se conforme très-rigoureusement : voyez $ 480.
5 En arménien, ky£ J' tem, venaut de iyem ($ 183, =)
POTENTIEL, OPTATIF, SUBJONCTIF. $ 674 323
tération soit aussi ancienne. L’accentuation du grec didoïro nous montre que nous avons devant nous une contraction relativement récente : car si l'y était tombé avant la séparation des idiomes, nous aurions une forme dédosro, comme on a Aéyorro. En second lieu, le grec se distingue du sanscrit, en ce qu'il peut supprimer ln même à l'actif, dans les formes du duel et du pluriel, au lieu qu'en sanscrit, dans la seconde conjugaison principale, le caractère modal y est intégralement maintenu au duel et au pluriel de l'actif, Le grec fait, par exemple, idoïuer (à côté de didoénpes), tandis qu'en sanscrit on a seulement dady#ma (et non dadima)!,
$ 674. Le caractère modal y4 changé en 1, f, au subjonelif latin.
Le subjonctif latin répond, sous le rapport de la forme, à J'optatif grec et au potentiel sanscrit. Même sans l'intermédiaire du sanscrit, on aurait pu reconnaître la parenté du subjonctif laün et de l'optatif grec, en voyant que le caractère modal : figure dans sim, velim, edim et duim aussi bien que dans Osdoin». Mais la ressemblance du latin et du sanscrit est bien plus manifeste : en regard de edim nous avons adyäm «que je mange», et si le moyen de ce verbe était usité, nous aurions, par suite de la contraction de yé en t, adi-mdlu en regard de edt-mus. De même, sim (pour sim) répond à &t& sydm, et encore plus exactement sîmus au moyen sîmdh. La forme archaïque sem, sis, siel, comparée au sanscrit sydm, syds, syât, est précieuse en ce qu'elle a conservé les deux éléments du caractère modal at yé, grec en : on en peut conclure que de même edim, edis, edit ont été précédés de ediem, ediês, ediet (= sanscrit adyäm, adyäs,
1 Cette particularité de la langue sanscrite est d'autant plus digne d'attention que les désinences actives du duel et du pluriel. étant plus pesantes que celles du singulier, produisent souvent, à d'autres égards, les mêmes effets que les désinences du moyen.
adyät) et que velim, duim, etc. sont pour des formes plus complètes veliem, dujem (venant de dajem). Il est vrai qu’au pluriel nous n'avons pas d'exemple de siémus, siêtis (= sanscrit syême, sydta); mais la contraction a pour cause l'accroissement de nombre des syllabes !. Cest, je crois, pour la même raison qu'à côté de velim, velis, volt, edim, edis, edit, duim, etc. l’ancienne langue n'a pas conservé de formes comme veliem, etc. Au contraire, à la troisième personne du pluriel, à côté du monosyilabe ant, nous avons, dans l’ancienne langue, sient.
$ 675. Le caractère modal au prétérit du subjonctif, en gothique.
Dans les langues germaniques, comme en latin, le subjonctil correspond au potentiel sanscrit et à l'optatif grec. Le prétént du subjonctif ajoute le caractère modal immédiatement à la recine, comme le font en sanscrit les verbes des deuxième, tror sième et septième classes, et comme Île font les verbes grecs en ps. Ïl y a même une ressemblance frappante, à la première personne du singulier, entre le jau gothique et le yém sanscrit ? : on peut comparer éÿjau° «que je mangeasse» avec adyâm « que je mange». Aux autres personnes, le gothique suit l’analogie du moyen sanscrit et grec, en supprimant l’a de Ja et en changeant le j en { (représenté dans l'écriture gothique par et). On peut comparer le gothique ét-ei-ma, le vieux haut-allemand dzimés avec le sanscrit ad-t-mdlu * et le latin ed-f-mus; de même, le go-
! Struve, De la déclinaison et de la conjugaison latines. p. 61.
3 L'd4 sanscrit s’est abrégé et le m vocalisé en u ($ 18).
* 11 faut faire abstraction du redoublement contenu dans étjau. La racine est st; présent : ita «je mange»; prétérit : étum «nous mangeâmes» (pour étum, venant de a-atum). Comparez le vieux haut-allemand dzumés, qui répond aussi exactement que possible au prétérit redoublé sanscrit dd--md (pour a-adimd). Remarquez que ce verbe germanique prend le redoublement sans subir, comme sétum et les formes
analogues, aucune mutilation ($ 605).
Adimdhi, ainsi que adidvém et adfté, ne sont pas employés réellement, le moyen de la racine Wg ad étant inusité,
POTENTIEL, OPTATIF, SUBJONCTIF. $ 676. 325
thique ét-a-th, en vieux haut-allemand dzft, avec le sanscrit ad-t-doäm et le latin ed-f-hs; à la deuxième personne du singulier, ét-a1-s (= ét--s) est presque identique avec le latin ed-t-s. À la troisième personne, le signe personnel étant tombé!, la voyelle qui précède s’est trouvée placée à la fin du mot et s'est abrégée : on a, par conséquent, ét en regard du sanscrit aditd et du latin edit.
$ 676. Cause de la contraction du caractère modal au prétérit du subjonctif, en gothique.
En rapprochant le gothique ét-ei-ma du sanscrit ad-t-mdhu, je ne veux pas dire que le prétérit du subjonctif, en gothique, se rattache au moyen sanscrit. La contraction de ja en ei (prononcez {) doit être attribuée aux lois phoniques qui régissent la langue gothique. Il est probable que ja s’est d'abord affaibli en ji; c’est ainsi qu'au nominatif singulier nous avons ji-s au lieu de ja-s, lorsque le thème est dissyllabique et que la syllabe précédente est brève ($ 135). Mais si la voyelle de Ja syllabe précédente est longue, soit par nature, soit par position, ou si le thème comprend plus de deux syllabes, ja se contracte en « (prononcez t), et, à la fin du mot, en 1 bref : nous avons, par exemple, andeis «fin» àu lieu de andjis (venant de andjas); accusatif : andi, au lieu de andja. Devant une nasale finale ou devant ns, la syllabe ja est maintenue; ainsi au datif pluriel nous avons andja-m, à l’accusatif andja-ns. C'est pour la même raison que, devant le m (changé en u) de la première personne du singulier, le caractère modal Ja s'est maintenu intégralement : on peut donc comparer étjau | pour éfjam ) « que je mangeasse » avec le datif pluriel andjam; éleis « que tu mangeasses » avec le nominatif et le génitif singuliers andeis; éti « qu’il mangeât » avec l’accusatif and.
1 Voyez $ 86, 2°.
$ 677. L'impératif slave correspond au potentiel sanserit, à l'optatif grec.
— Impératif des verbes en si. — Deuxième et troisième personne du
angulier.
On a vu qu’en ancien slave il subsiste quelques restes de la deuxième conjugaison principale (conjugaison grecque en pu): ce sont les verbes qui, à la première personne du présent, ont conservé la désinence mu mt. À l'impératif, que je crois devoir identifier avec le potentiel sanscrit et zend, avec le subjonctif latin et germanique et avec l'optatif grec! ; l'exposant de la relstion modale se joint, dans les mêmes verbes, immédiatement à la racine. Mais le caractère modal h’a gardé du y4 sanserit que la semi-voyelle, et comme à la seconde personne du singulier le s de yds devait nécessairement disparaître ($ 92"), nous avons uxAL jaÿdi? «mange» en regard du sanscrit ady4s «que tu manges» et du latin edis, &sxas véidi® «sache» en regard du sanscrit vidyds, et AaxAL dafdi* « donne » en regard du grec àdoins et du sanscrit dadyäs®. Les formes slaves en question servent aussi pour la troisième personne : en effet, par suite de ls suppression des anciennes consonnes finales, AT& yds et ara yéi sont devenus semblables. Au contraire, en grec, dsdoins. qui a conservé son s, se distingue par là de dido/n, dont la consonne finale a disparu.
$ 678. Pluriel de l’impératif des verbes précédents.
À la première personne du pluriel, 4x AM Jasdimü, exam vésdimü, Aa AUM3 dasdimü s'accordent avec Wutat adyäina, edimus;
! Cette identification est admise par Miklosich, dans la deuxième édition de sa Théorie des formes de l’ancien slave, $ 107.
? Par tuphonie pour jadj ($ 93").
3 Pour védj.
« Pour dad,.
* Comme le slave, le sanscrit a perdu ici la voyelle radicale.
POTENTIEL, OPTATIF, SUBJONCTIF. $ 679. 327
Faure vidyäma; quTa dadyäma, didoïuer, duimus. À la deuxième personne du pluriel, mwxawre jagdite, exxauTe vésdile, AAXANTE dagdite s'accordent avec Wuta adyäta, edits; feure vidydta; qura dadyäta, didoïre, duîtis. La troisième personne plurielle de ce mode s'est perdue en slave : dans les dialectes vivants, on la remplace par la personne correspondante du présent de l'indieatif, qu'on fait précéder d’une particule !.
$ 679. L'impératif lithuanien.
L'impératif lithuanien appartient également, quant à son origine, au mode en question : tous les verbes sans exception prennent un 1, lequel correspond à la voyelle slave à 4, 4 1, dont al vient d’être traité, à l’: des optatifs grecs, à li latin dans sim, di, velim, duim, au y4 ou à l’{ sanscrit et zend. Mais ce qui donne à l'impératif lithuanien un aspect à part, et ce qui d’abord empêche d’apercevoir la parenté que nous venons de signaler, c'est que l' est toujours précédé d’un k?, à moins que la racine ne soit elle-même terminée par un k. Comme à la seconde personne, où l': devait se trouver à la fin du mot, on supprime ordinairement cette voyelle, et comme le k se présente à toutes les personnes de l'impératif, excepté à la troisième”, on pourrait aisément être tenté de regarder le £ comme le véritable suffixe de l'impératif, et de méconnaître la parenté qui relie le mode lithuanien aux formes correspondantes des autres langues de la famille. La racine bü «être», par exemple, fait bûk: on
1 Dans la première édition de cet ouvrage ($ 678), j'ai dit, en me fondant sur les écrits de Dobrowski et de Kopitar, que l'ancien slave remplaçait la troisième personne du pluriel par la deuxième ; mais cette assertion était inexacte.
? L'ancienne langue présente encore quelques formes sans k (Schleicher, Gramrasire lithuanienne , $ 108). On a, par exemple, dôdi on dudi, dont l’i cotrespond au yé du sanscrit dadyäs et au « du grec Gidoins. Dans at-leid «pardonne» et ne-wed ene conduis pas», l'i a élé supprimé : da reste, on trouve aussi ne med.
3 Nous reviendrons sur ce point ci-eprès.
bük «sois», bükite «soyez», bükime «soyons», békrve « s0yons tous deux», bukita «soyez tous deux». De même on a dou dûük e donne», dükate « donnez», etc.
La plupart du temps, le k se trouve entre deux voyelles. En effet, ou bien c'est, comme dans les exemples précédents, la racine qui se termine par une voyelle, ou bien, comme dans les trois dernières conjugaisons de Mielcke, c’est la caracténstique ($ 506). Quant au verbe suki «je tourne», qui sert de modèle, chez Mielcke, pour les verbes de la première conjugaison, il ne prend pas le k en question parce que sa racine finit par un k. En conséquence, la grammaire de Mielcke ne nous offre aucun exemple où nous puissions voir le k de l'impératif se combinant avec une consonne. Cependant Ruhig nous donne, pour le verbe laupsinu « je loue », l'impératif laupsink” (pour laugernki). D'après la règle posée par Mielcke!, suivant laquelle le & doit prendre la place du suffixe de l'infiniüf, le verbe ras-# a trouver» (par euphonie pour rad-ä) suppose un impératif comme res-k
ou ræ-k.
$ 680. Le k de l'impératif lithuanien provient du verbe suostantif. — Comparaison avec le précatif sanscrit. — Formes correspondant à l'optatif aoriste grec (Soin, Seins), en zend, en arménien, dans le dialecte védique, en ombrien et en osque.
Quelle est l'origine de ce k qui est particulier à l'impéretif lithuanien ? Il est très-probable que c’est l’altération d'un ancien s, lequel appartient au verbe substantif. Conséquemment düki «donne» est doublement parent avec l'ancien slave dachä «je donnai», avec le grec &doxx, déduxa?, ainsi
1 Éléments de grammaire lithuanienne, p. 78.
1 Voyez $ 568. Comme exemple d'un k lithuanien correspondant à une sifflente primitive, nous cilerons encore juka «soupe» == sanscrit ydéé (même sens). latin jés, jér-1s (pour Jds-is), slovène juha, ancien slave jucha. Il y a donc le même rep-
POTENTIEL, OPTATIF, SUBJONCTIF. $ 680. 829 qu'avec ke rend spsgsmss dâgyä? «il donnera» (= sanscrit
désyis
Le même rapport qui existe entre le futur zend dégyän et le Futur sanscrit désydhi, se retrouve, en ce qui concerne Île remplacement de la siffante primitive par une gutturale, entre le hthuanien däki et le précatif moyen sanscrit ddsfsté « qu’il donne ». Au duel, le lithuanien dükiwa s'accorde avec le sanscrit däsirdha, et au pluriel dükime avec dästmdh.
Le précatif sanscrit, dont nous avons rapproché le futur arméhnien ($ 183°, 2), n’est pas autre chose en réalité qu'une modification du potentiel : entre le précatif et le potentiel le rapport est à peu près le même qu'en grec entre l’aoriste el le présent de l'optatif; en d’autres termes, les caractéristiques des classes sont supprimées. Comparez le sanscrit déyäs, déyät (pour dâyäs, déyét)?, le zend dâydo, däyäd, avec le grec doins, doin. À toutes les autres personnes, le sanscrit ajoute un s, c'est-à-dire le verbe substantif, à l'erposant modal yd : de cette façon, déyäsam « que je donnasse » ressemble à la troisième personne du pluriel, en grec, doinoar.
C'est seulement après la séparation des idiomes que le verbe substantif a pénétré dans les formes en question : le zend, qui de toutes les langues indo-européennes tient au sanscrit par {e lien le plus intime, ne prend pas le verbe substantif; nous avons, par exemple, au pluriel, açussus déyäma, pus däyata, Los dâyañn *, comme en grec dofnuer, doinre, doïev. Au contraire, le sanscrit fait déyäsma, déyästa, déyäsus. L'armé-
port entre le lithuanien juka et le slave jucha qu'entre düki «donne» et A4X2 dachà æje donnais.
1 Je ne connais pes d'exemple de cette forme zende; mais je crois pouvoir la supposer d’après l'analogie de la forme ugddgyamnanañm ($ 669).
3 Dans la plupart des racines sanscriles, un 4 primitif se change en é au précatif actif; mais il n'en est pas de même en zend.
# Comparez Burnouf, Yagna, notes, p. 150 et suiv.
nien, dans les formes correspondantes de son futur, s’abstient également du verbe substantif : il fait à la première personne du pluriel taiumd, à la troisième taten (= send ddydma, dâyain).
À la première personne du singulier, je trouve en send la forme 6,9 dyañm (avec suppression de la voyelle radicale, pour déyañm) dans un passage où la signification e donner » convient aussi bien que «poser, placer »?. Si cette forme appartient à le racine dd «donner», elle s'accorde avec le grec dofws et, abstraction faite du verbe auxiliaire, avec le sanscrit déyésam; si, au contraire, c’est la racine dd = sanscrit WT dé «poser, placers, il faudra rapprocher le grec Seiny et le sanscrit Qatar dèyésen.
Même en sanscrit, dans le dialecte védique, le verbe aunliaire peut être laissé de côté : c'est du moins ce qui ressort pour moi de la forme bdyäma « que nous fassions ». En l’absenes d’un présent bmi, bâñ, etc. j'aime mieux voir dans béyérma un précatif, c'est-à-dire un optatif aoriste de la cinquième formation ($ 573), qu'un potentiel, c'est-à-dire un optatif présent. Pour la même raison, je reconnais dans le védique Bdtu « qu'il soit» un impératif aoriste de la cinquième formation, et non un impératif présent appartenant à la seconde classe de conjugaison.
Avec la troisième personne du singulier bdyät, en zend buyéd, s’accorde parfaitement l'ombrien fuia «qu’il soit». L’osque fwd (même sens)* a conservé le signe personnel qui a disparu en ombrien; mais 1l a perdu lé de l'expression modale (en sans crit y). Au contraire, dans l’osque sta1-ed « qu'il soit debout»,
» Voyez $ 183°,a.
3 Vendidad-Sädé, p. 354; Westergaard, p. 79 : katd aédi drugèm dyañm saétagl «comment livrerai-je à l'homme pur la Drug’ dans les mains?». Anquetil traduit : «Comment, moi pur, mettrai-je la main sur le Daroudj ?». Spiegel traduit (Avesta, IT, p. 148) : « Comment par la pureté dois-je obtenir les Drujs en mon pouvoir?».
3 C'est aussi l’explication d'Aufrecht et de Kirchhoff (Monuments de la langue ombrienne, p. 141).
4 Mommsen, Études osques, p. 63.
POTENTIEL, OPTATIF, SUBJONCTIF. $ 681-6892. 331
la voyelle de l’exposant modal est restée sous la forme d’un e : rapprochez, en grec, l'optatif aoriste ofafn(r), ainsi que le zend
std-yé-d' et le sanscrit séé-yd-t (pour sid-yé-t). $ 681. Le précatif moyen, en sanscrit.
Au précatif moyen, le sanscrit confie au verbe substantif l’expression de la relation modale, de même qu’au futur actif et moyen c'est le verbe substantif qui est chargé de marquer la relation temporelle. La forme dé-st-y-d ? « que je donne » renferme le précatif ou le potentiel aoriste de la racine as°, comme désydmi «je donnerai» contient le futur de la même racine. Rapprochez de ddst le lithuanien dü-ki «donne» (sans désinence personnelle), où la sifflante s’est durcie en k ($ 680). Ce changement de s en k est la seule chose qui distingue l'impératif et le futur lithuaniens; comparez, par exemple, dü-hite « donnez» avec dü-sute x vous donnerez ».
$ 68s. Comparaison de l'impératif lithuanien et lette avec le précatif et le potentiel sanscrits.
I y à encore un fait qui prouve, selon moi, que l'impératif lithuanien se rattache au précatif sanscrit et non au potentiel : c'est que les verbes correspondant à la première classe sanscrite n'ont pas la voyelle caractéristique qui devrait s'insérer entre la racine et la désinence personnelle. À côté du présent tvé£-a-me «nous transportons », wéé-a-te « vous transportez», nous aurions
1 [1 ne reste pas d'exemple de cette forme que je restitue par conjecture.
3 Le y est une insertion euphonique; l’a (pour ma) est la désinence.
? En réalité, le précatif moyen n’est pas autre chose qu’un potentiel aoriste moyen. Il suit la première ou la troisième formation de l’aoriste : ainsi k&psfyd vient de dkhipsi et béd-i-éiyd de dbédif. Le précatif actif est un potentiel aoriste de la cinquième formation : ainsi dé-yd-t (pour ddydi) vient de ddd-t, comme do/n de édw. 11 est vrai que pour le plus grand nombre des verbes cetle formation de l'indicatif aoriste ne s'est pas conservée.
eu très-probablement le potentiel wé£-ai-me, wé£-ai-te= gothique vig-at-ma, vig-ai-th, grec Éx-o1-uers, Éy-oi-re, sanscrit vdh-6-ma, oûh6-ta (pour véh-a-ma, vdh-a-1). Or, on a wés-ki-me, wés-ki-t, formes qui, comme nous avons essayé de le montrer, répondent, si l’on fait abstraction des désinences moyennes, à vak-6t-mdka, vak-st-dodn. L
En lette, c'est le potentiel et non le précatif qui a prêté sa forme à l'impératif; en regard du présent darrat « vous faites», nous avons l'impératif darrait « faites », littéralement «que vous fassiez ». Le rapport entre ces deux formes est le même qu'entre l'indicatif gothique s-a-ts « vous lisez tous deux» et le subjonctif Lis-a1-ts « que vous lisiez tous deux »!. À la deuxième personne du pluriel, nous avons toujours en lette at ou ee (= grec os} en regard de l’a de l'indicatif?. Ainsi le lette et le lithuanien se complètent à l'impératif : l’un nous a conservé le potentiel sanscrit ou optatif présent, l’autre le précatif sanscrit ou optatif aoriste; il faut remarquer en outre que c’est le moyen du précatif qui nous est resté, c'est-à-dire une forme qui manque dans tous les autres idiomes de l’Europe ?.
1 Nous mettons ici le duel gothique de préférence au pluriel, parce que le duel a conservé la voyelle a, qui au pluriel de l'indicatif (lsith) s’est changée en :.
* [l est vrai qu'on trouve aussi quelquefois les formes en ait ou eet à l'indicatif; mais la forme en at est la plus usitée et la seule juste. Au contraire, à l'impératif, ce a toujours eet ou ait. ]l est difficile de se faire une idée exacte, d’après la description de Rosenberger (Théorie des formes de la langue lette), de la façon dont se prononce la diphthongue lette ee; mais il nous suffil de savoir qu’au point de vue étymologique, elle est une variété de la diphthongue ai, et qu'elle répond comme celleei au sanscrit® 4 (— a +1). On a, par exemple, deems «dieur = GE dévé-s, de la racine TC div «briller»; et «il van = gi dti, de la racine 3 1; smee-t entrer, en sanscrit EX smé eriren, et, avec le gouna, À smé.
* Le grec n'a que le précatif actif : ainsi SoMoav, comme nous l'avons déjà dit, répond au sanscril déydsus (pour déyäsant) et doïsy au send jyssmo déyain.
POTENTIEL, OPTATIF, SUBJONCTIF. $ 683-684. 333
$ 683. Restes conservés en lithuanien du potentiel de la seconde conjugaison principale.
En lette, la deuxième personne du singulier de l'impératif est toujours identique avec la personne correspondante de l'indicatif : il n’est donc pas nécessaire de nous y arrêter. De même, gn lithuanien, ce qu'on appelle ordinairement la troisième personne de l'impératif n’est pas autre chose que la troisième personne de l'indicatif présent : elle se fait précéder de la conjonction te, en sorte qu'elle doit plutôt être considérée, quant au sens, comme un subjonctif que comme un impératif.
Mais 1 y a en lithuanien un certain nombre de verbes dits irréguliers, qui ont une forme spéciale pour l'impératif, laquelle correspond de la façon la plus évidente au potentiel de la seconde conjugaison principale en sanscrit, et à l'optatif présent de la conjugaison grecque en pu. Le caractère personnel est tombé, comme il tombe régulièrement à tous les temps de l'indicatif. On a, par conséquent, ie = grec sn, latin 1et (dans siet}, sanscrit yât, zend yéd. On peut comparer notamment éne avec le grec sln (pour écén), l'ancien latin stet et le sanscrit sydt; la forme lithuanienne l'emporte en fidélité sur le latin et le sanserit, en ce qu’elle a conservé la voye le radicale, et sur le grec sin en ce qu'elle a gardé aussi la consonne de la racine.
$ 684. Comparaison des formes lithuaniennes comme dädie «qu'il donne» et comme düki «donne»,
Le lithuanien düdje « qu’il donne » répond au grec Sidoin, au: sanscrit dadyät et au zend daidyäd. Comme le sanscrit et le zend, le lithuanien a perdu la voyelle radicale : dü-die est pour düdüe, comme da-dyât est pour dadäyät et dai-dyâd pour da-dâyäd,
1 De même au présent éme, rapproché du sanscrit s-mas et du latin snmus.
Le rapport entre düdi et les autres personnes non réduplicatives de l'impératif, telles que dühi, dükime, est exactement le même qu’en sanscrit et en zend le rapport entre le potentiel et le précatif, ou en grec le rapport entre le présent et l’aoriste de l'optatif : ce que Ta dadydt est à Qura dé-yét (pour déyät, au moyen dd-stitd), ce que gamssques daulyäd est à gumssmws diyéd, ou ce que Gidoin est à doéy, le lithuanien düdie « qu’il donnes l'est à düki « donne». Preuve nouvelle et très-claire que l'impératif lithuanien, à la troisième personne des verbes dits irréguliers, se rattache au potentiel ou optatif présent, tandis qu'à toutes les autres personnes il représente le précatif ou optatif aoriste, et que le k de d#k: est identique avec le x de #dama et le s du sanscrit désiyd. Il ne sera pas inutile de rappeler ia ls division des temps et des modes sanscrits en formes spéciales et générales : ces dernières, auxquelles appartient le précatif, ainsi que l'aoriste grec, suppriment les caractéristiques de classes !. Or, dans dddämi, Sldons, düdu, la caractéristique coesiste dans le redoublement : conséquemment la syllabe réduplicative manque dans dé-ydsam, dä-styd, Soin», düks pour k même raison qu'au futur dd-syäm:, dui-ow, dü-siu. Conformément à ce principe, la racine lithuanienne b& « esse » (== sanscrit bd ) fait au pluriel du futur bu-si-me, et à celui de l'impératif, bu-ki-me.
$ 685. Le subjonctif lithuanien et lette.
Outre l'impératif, le lithuanien nous offre encore un autre mode que nous devons rapprocher du précatif sanscrit : c’est le mode que Ruhig et Mielcke appellent subjonctif et Kurschat optaf. Il n’a d'autre temps que l'imparfait.
Voici le tableau complet du mode en question : nous prenons
L Voyez $ 109°.
POTENTIEL, OPTATIF, SUBJONCTIF. $ 685. 335
pour exemple la racine d& «donner», et nous mettons en regard les formes correspondantes du lette, attendu que cet idiome nous est ici nécessaire pour l'intelligence du lithuanien.
AMROULIER. PLURIEL. DUEL.
Lithuanie. Lette. Lithuanien. Lette. Lithuanien. düciau es dohtu dütumbime mehs dohtum dütumbivwa dütumbes iu dohtu dftumbite juhs dohtut dütumbita dûtu œisdsch' dohtu dütu win dohtu düûtu.
La troisième personne du singulier sert également pour le pluriel, comme il arrive toujours en lithusnien et en lette; dans ce dernier dialecte elle s'emploie aussi pour le duel. Si nous nous bornions à l'examen de la troisième personne, nous serions amenés à rapprocher dütu, dohtu de l'impératif sanscrit dédätu « qu’il donne»; on pourrait dire alors que c’est par une sorte d'abus que le lette dehtu a pénétré aussi dans la seconde et dans la première personne : c'est ainsi qu'en gothique la troisième personne du pluriel du présent passif sert aussi pour les deux autres personnes {5 466). Mais je ne regarde pas le tu en question <omme une désinence personnelle : je l'identifie avec le tum des autres personnes, et j'explique dütu comme une forme mutilée pour dütumb. Cette opinion me paraît d'autant plus vraisemblable qu’à la première personne du pluriel on peut dire à volonté d&tum ou dütumbime ® : dans cette dernière forme, le second æ est le caractère de la première personne; quant au preinier #, il n’a rien de commun avec la désinence personnelle. En lette, on supprime tout à la fois la syllabe b1 et le m qui précède : le tu qui reste se combine au pluriel avec le signe personnel. Quant
! Féminin œifña.
3 Féminin œuiñas.
3 Voyez Mielcke, Éléments de grammaire lithnanienne, p. 143 6.
au singulier, lequel perd toujours en lette les consonnes des désinences, il reste sans complément aucun : es dohtu, tu dohtu, wuisch dohtu.
Ces faits nous conduisent à soupçonner qu'en lthuanien, à la première personne du singulier, la forme düéau et les formes analogues ont éprouvé une forte mutilation : je ne doute pas que düdau ne soit pour dütumhaw, dont la syllabe wmb a été supprimée. Le t s'étant trouvé en contact avec l'? suivi lui-même d'une voyelle, il s'est changé en é ($ 92°). La mutilation de dütumhau en düéiau (pour dütiau) n'est pas plus forte que celle de dütu(mbi}me en dütum, pour dûtume. Dans les deux cas, trois lettres ont été omises : une fois, mb précédé d’une voyelk, l’autre fois mb suivi d’une voyelle.
$ 686. Comparaison du subjonctif lithuanien avec le futur latin.
Dans le bi du subjonctif htbuanien, je reconnais l’exposant de la relation modale. Nous retrouvons la même syllabe au fatur latin de la première et de la deuxième conjugaison. Compare da-bimus avec dütum-bime, da-bitis avec dütum-bite, dabis avec dütum-bei (pour dütum-bi4), dabo (pour dalio) avec la forme supposée plus haut dü-tum-biau, et dahit avec la forme également supposée dütum-bi (mutilée en dütu). Cette rencontre entre le subjonctif lithuanien et le futur latin n'est pas purement fortuite : sans sortir du latin, nous voyons par les futurs comme legés, leget, legémus, legêtis, qui ont la même forme que les subjonctifs de la première conjugaison, l'affinité qui existe entre le futur et le subjonctif.
$ 687. Explication des subjonctifs lithuaniens comme détumbe: que tu donnes».
L’i du lithuanien ht correspond sans aucun doute au caractère modal sanscrit et zend yd, qui, joint à la racine bd «êtres.
POTENTIEL, OPTATIF, SUBJONCTIF. $ 688. 337
donne la troisième personne du précatif aura büyét, en zend gs buydd. Le lithuanien a renoncé à l’& de sa racine bü, soit à cause de la surcharge causée par la composition, soit parce que l'&, qui partout ailleurs est suivi d’une consonne, se trouverait ici devant une voyelle. Quant à la syllable yé, elle est assez bien conservée à la première personne du singulier 1a-w; mais à toutes les autres personnes elle s'est contractée en 1. Comparez biau (pour btam, $ 436, 1) avec le zend 6%: buyañm ! (venant de buyâm); et, d'autre part, bime, bite (venant de bujame, bujate) avec nçwssrs buyâma, npussry buyata.
I'reste à expliquer la première partie du composé lithuanien dütum-ba, etc. J'y vois une forme correspondant à l'infinitif sanscrit (&Tq4 détum) et à l'accusatif du supin latin (datum). Hors de composition, le supin lithuanien se termine en tu. Quant à la lettre m, qui est le signe de l’accusatif, elle a pu se conserver ici sous sa forme primitive, grâce au verbe auxiliaire qui suivait, et qui commence par une labiale. On a vu ($ 149) qu’ordinairement le m de l’accusatif devient # en lithuanien.
$ 688. Le potentiel dans la première conjugaison principale, en sanscrit. — Optatif des verbes grecs en w.
En sanscrit, la première conjugaison principale supprime au potentiel l'4 de l’exposant modal yé : cette suppression a lieu à l'actif comme au moyen. Le y, vocalisé en 1, se réunit à la caractéristique a qui précède, ce qui nous donne la diphthongue ai, que le sanscrit a contractée en £; exemple : AT& bdrés «que tu portes», pour bar-a-yds; nous avons de même en grec @époss pour @epoins (Pep-0-in-s). D’autres idiomes nous présentent, comme le sanscrit, la diphthongue at contractée en é; mais cette contraction est si naturelle que plusieurs langues de la famille
\ Je ne connais pas d'exemple de celte forme, que je restitue par conjecture.
ont fort bien pu se rencontrer en l’opérant d’une manière ind& pendante. Le grec, au contraire, nous présente toujours la diphthongue sanscrite & sous la forme æ, &s ou os. À l’optatif, c’est os : l’o représente la voyelle caractéristique !, l’: l’exposant modal.
La voyelle », que nous avons dans l’exposant complet sr, est supprimée en grec comme l’é de y est supprimé en sanscrit. On a donc Pép-o1-s, Pép-os-(T) en regard de Bdr--s, bär-4t; Pép-orroy, Pep-oi-rn en regard de bdr-b-tam, bdr&tâm; Pép-o1-uer, Pép-o1-re en regard de bdr-8-ma, bir-b-ta.
Ræmanqus. — Pourquoi la caractéristique modale yé s'est-elle affaiblie en 1? — Ce qui a dù favoriser la suppression de l'é, au potentiel sanscrit, c'est la facilité avec laquelle le y, vocalisé en , se combine avee un a pré cédent. Ajoutez le besoin d'alléger des formes qui, par la présence de l'esposant modal complet, auraient souvent trois ou quatre syllabes : ainsi büdés «que tu saches» est pour béd-a-yds; kdmayés «que tu aimes» est pour kdm-aya-yds.
Dans la deuxième conjugaison principale, la syllabe modale yé ne s combine avec ua 4 radical” que si le thème verbal est monosyllabique; exemple : bd-yäm que je brille». Les racines de la troisième classe, devenues polysyllabiques à cause du redoublement, s'allégent en supprimant lé; exemple : dad-yäm «que je donne» (pour dadd-yâm). gah-yäm #que je quitte» (pour gahd-yâm)*. La neuvième classe affaiblit sa caractéristique nd en nf comme devant les désinences personnelles pesantes ($ 486 ): on a donc yu-nf-yäm «que je lie» (pour yu-nd-ydm). De cette façon, on énie absolument la combinaison de l’exposant complet y4 avec un a ou uné, dans les thèmes verbaux polysyllabiques. Au contraire, les racines qui s'adjoignent nu ou n’affaiblissent ni le thème, ni le caractère modal: ici, en effet, l'4 de ya ne peut se perdre, car li ne saurait se réunir e diphthongue avec un w précédent; quant à la voyelle « de la syllabe carectéristique, elle n’a pas besoin d'être affuibl'e, puisqu'elle est déjà par elle-
1 C'est l’o de Gép-o-uev. Mais à l'indicatif, cet o ne se lrouve que devant les n2sales; devant les autres consonnes nous avons € (@ép-e-Te).
? Il n'existe pas de racine finissant par un a bref,
3 Comparez $ 482.
POTENTIEL, OPTATIF, SUBJONCTIF. $ 689. 339
même l’une des voyelles les plus légères. Conséquemment, nous avons des formes comme dp-nu-yäm «que j'obtienne». En grec; on aurait dû avoir, comme forme correspondante, des optatifs tels que derxvviyv ; mais le grec, probablement à cause de la difficulté de la prononciation, a modelé ces optatifs sur ceux de la conjugaison en w. Le petit nombre de formes qui sont restées fidèles à l'ancienne conjugaison suppriment l’s et, par compensation, allongent l'v; exemple : émiôssxvduns, pour ériderxvuluyr.
$ 689. La première personne ous, en grec. — La première personne éyam,
en sanscrit.
Nous avons déjà fait observer ($ 430) que la première personne du singulier ox est une forme inorganique et que zvaloiums suppose un actif rüx7ow!. Nous ne chercherons pas à savoir si les formes en of», ons, dans la conjugaison des verbes contractes, sont des restes d'une période plus ancienne de la langue, en sorte qu'elles surpasseraient en fidélité le sanscrit bdr-ê-s (pour bar-a-yds), ou si, ce qui me paraît plus vraisemblable, elles ont été refaites sur le modèle de la conjugaison en ps.
Entre la diphthongue # et les désinences personnelles commençant par une voyelle, le sanscrit insère un y euphonique (S 43); exemple : Gdré-y-am, en regard du grec Qépoius (pour Pépoiv). La même insertion a lieu, dans la deuxième conjugai-
Wson principale, après lt qui est la contraction de l’exposant modal ya.
La désinence am est pour m? : sans l'insertion de cet a, la lettre euphonique y n'eût pas été nécessaire et nous aurions eu, au lieu de bdréyam, une forme bdrém.
1 La forme rpéQosw, attribuée à Euripide, est citée dans l'Etymologicum magmum (5. 0.) :
ÂQpuv &v elnv el rpéPoiy rà rôüv œédas. — Tr.
? Voyez $ 437, remarque.
8 6go. Le subjonctif des verbes latins en dre.
Au subjonctif de la première conjugaison latine, nous trouvons, comme en sanscrit, un é. Cet é représente la diphthongue qui provient de la contraction de la syllabe caractéristique avec la voyelle modale :; mais en latin l'é s’'abrége devant un m ou un { final. On a donc : amëm, amët, en regard de amés, amêmus, améhs. Peut-être n’aurait-on jamais reconnu, sans le secours du sanscrit, la parenté de ces subjonctifs avec les optatifs comme Péporns (Péporr), Pépois, Péporner, Péporre.
Si l'on compare amés, amet, amémus, am£hs avec les formes sanscrites à signification identique kémédyés, kdmdyét, kämdyéme, kämdyéta, on sera conduit à admettre que c’est le dernier « de la caractéristique W4 aya qui s'est contracté avec l'? modal !. C'est donc des formes comme rspdoss, QiAéous, dnAdois qu'il faut rapprocher le latin amés. Le premier a de la caractéristique a été supprimé. Dans les formes archaïques verberit, temperint?, le second a manque également, de sorte qu'il reste seulement l'élément modal. Ces formes peuvent s'expliquer de deux manières : ou bien elles doivent leur naissance au sentiment qu'un : se trouvait renfermé dans l'e de verberet, temperet, ou bien elles ont été créées à l'imitation de sit, velit, edit (S 674). Au contraire, les subjonctifs duim, perduim sont réguliers, car le verbe do est conjugué comme les verbes sanscrits de la deuxième conjugaison principale ou comme les verbes grecs de la conjugaison en pu : li de duim, perduim correspond donc au y du sanscrit dad-yäm ou à l’: du grec didoinr. L’affaiblissement de l'a en uw, dans dun,
1 Nous avons expliqué ($ 109°.6) l’é du lalin amd-re par la contraction des deux a de HU aya, après élimination de la semi-voyelle. Conséquemment, amds, amdmus, amdtis ont la même formation que kdm-d(y)a-si, kdm-d{y)d-mas, kém-d{y)e-is. 3? Struve, De la déclinaison et de la conjugaison latines, p. 146.
POTENTIEL, OPTATIF, SUBJONCTIF. $ 691-6992. 341
vient peut-être de ce que le groupe ui est plus fréquent en latin que ai. |
$ 691. Subjonctif des verbes latins en ére.
Le subjonctif latin moneds, monedmus n’a rien laissé perdre des éléments renfermés dans le thème causatif sanscrit mân-dya «faire penser »!. Le ay sanscrit est devenu en latin un 4, lequel s'est abrégé devant la voyelle suivante. Si l'expression modale : a disparu, en compensation l’a précédent s’est allongé, de même qu'à l'optatif grec nous avons ÿ au lieu de wc. Moneds est donc pour moneais comme éridesxvüunv est pour éridesxvuluny, comme dalvüro, afyvüro sont pour dasvviro, ænywviro. Il en est, au contraire, de carint? (au lieu de carednt, venant de careaint) comme de verberit, temperint ($ 690).
$ 692. Subjonctif des verbes latins en $re. — Le futur latin en am est un ancien subjonctif.
Entre audis et audids (pour audais) le rapport est le même qu'entre monés et moneds®.
Le futur de la troisième et de la quatrième conjugaison n'est pas autre chose qu'un subjonctifi. Il a conservé l'élément modal : : ceti, en se contractant avec l'a caractéristique de la classe, a donné un é à toutes les personnes, excepté à la première du singulier. On a donc lepés, legémus, lepéns, legént, audits, audiémus, audhlhs, audiént; mais la première personne fait legam, audiam, au lieu de legem, audiem. Quintilien rapporte que Caton
1 Voyez $ 109", 6.
# Struve, De la déclinaison et de la conjugaison latines, p. 146.
à Ce fait, qui a été admis depuis par Struve, a été indiqué par moi pour la première fois dans mon Système de conjugaison de la langue sanscrite, p. 98.
le censeur écrivait dicem, faciem !, et il est probable que la que-
trième conjugaison avait également des formes comme audiem.
Dans la troisième et la quatrième conjugaison latine, le futur et le subjonctif sont donc les représentants d’une seule et . même forme primitive. Au subjoncüf, li de la diphthongue & est rentré dans l'a précédent qui s'est allongé; au futur, l'? s’est contracté avec l'a précédent, qui s’est changé en 6. En se scindant, la forme primitive a laissé une partie de sa signification à chacune des deux formes qui en sont issues. De pareils faits ne sont pas rares dans l’histoire des langues : c’est ainsi que datin et datérés se rapportent tous deux au sanscrit ddtâras, lequel réunit en lui les significations des deux formes latines.
L'emploi du subjonctif dans le sens du futur rappelle ce qui se passe dans Îles langues germaniques, où le futur est exprimé par des auxiliaires signifiant, les uns, «devoir», et les autres, « vouloir ». Nous avons vu aussi que le rend emploie quelquefois l'impératif dans le sens du futur?. Il y avait d'ailleurs, dès les temps les plus anciens, une véritable affinité entre l’expression du futur et celle des relations qu'indique le subjonctif latin : en sanscrit, c'est ya qui marque le futur et y4 le potentiel.
$ 693. Le futur des verbes latins en ére.
Arrétonis-nous un peu plus longtemps au futur et au subjonctif de la troisième conjugaison latine, quoique l'essentiel ressorte déjà de ce qui a été dit au sujet de la deuxième et de la quatrième conjugaison. Dès mon premier ouvrage, j'avais reconnu la parenté des futurs comme vehés, vehémus avec les potentiels sanscrits comme vahés, vähéma et avee les subjonctifs latins comme amés, amémus. Mais dans la première conjugaison, l'é avait une raison d’être qu'il n’était pas difficile d'apercevoir, car
1 Comparez Struve, p. 147.
3 Voyes $ 665,
POTENTIEL, OPTATIF, SUBJONCTIF. $ 694 343
il provenait évidemment de la fusion de l’é avec li du caractère modal : au contraire, l'é de vehés, vehémus paraissait inexplicable, à moins qu'on ne regardât ces formes comme transplantées de la troisième dans la première conjugaison. Aujourd’hui que nous avons reconnu dans l'i de la troisième conjugaison le représentant d'un ancien a!, vehés, vehémus s’expliqueront tout autrement. Leur é contient l’ancienne caractéristique a, qui dans veh-i-mus, veh-1-ts s'est affaiblie en : : l'a s'est maintenu sous sa vraie forme au futur et au subjonctif, grâce à la diphthongue où il se trouvait englobé. C'est ainsi qu'un mot s'est quelquefois mieux conservé en composition qu'à l'état isolé?. Avant qu’à l'indicatif les formes veh-ä-s, veh-ä-mus eussent dégénéré en veh-1-s, veh-1-mus, on en avait déjà tiré le futur veh-é-s, veh-é-mus et le subjonctif veh-d-s, veh-d-mus : aussi l’altération de la caractéristique à l'indicatif n’a-t-elle pas eu d'influence, au futur et au subjonctif, sur l'a fondu avec l'expression modale*,
$ 694. Le subjonctif présent, en gothique.
Les formes comme vehds, vehdmus, vehés, vehémus nous con duisent au gothique, où les douze classes de verbes forts correspondent à la troisième conjugaison latine‘. À la différence du latin, le gothique n'a altéré l'ancien a de l'indicatif en + que devant un s ou un {À final : partout ailleurs l'a s’est conservé. Il ne faudrait donc pas dire que bairais «feras», bairai «ferat», bat-
1 Voyez $ 109°, 1.
3 La gutiurele du latin fæcio s'est maintenue dans le mot français magnifique, au lieu que dans fais, faisons, elle s'est altérée en s ; on peut même dire que dans :feis elle est complétement sortie de la prononciation.
3 J'ai exposé pour la première fois cette théorie dans les Annales de critique seientifique, 1834, p. 97 et suiv. (Voyez Vocalisme, p. 200.) Ag. Benary a adopté is même explication dans sa Phonologie romaine (p. 7 et suiv. }; mais il fait venir la voyelle modale : de la racine s «aller» ($ 670),
* Voyez $ 109°,1ets.
raith «feratis » se forment de l'indicatif batmis, bairith, batrith au moyen de l'insertion d'un a; un pareil procédé de dérivation serait tout à fait sans analogie dans la famille des langues indoeuropéennes. Î1 faut rapporter les subjonctifs en question à une époque où le présent était encore batr-a-s, bazr-a-th (comparez le passif batr-a-sa, bair-a-da, $ k66). À la deuxième personne du duel et à la première du pluriel, batr-ai-ts, batr-at-ma sont avec l'indicatif bair-a-ts, bair-a-m dans le même rapport que le sanscrit dér-é-tam, Gdr-ê-ma (pour bdr-at-tam, bdr-ai-ma) avec Gär-a-las, bdr-â-mas. À la troisième personne du pluriel, bærai-na ! « ferant» est avec bair-a-nd « ferunt» dans le même rapport que le rend jgsswhus bar-ay-èn est avec bar-a-nti (ou bar-ë-nti), ou que le grec Pép-o1-ev est avec Pép-0-vrs. À la première personne du duel le rapport entre batr-ai-va et bair-6s (pour bara-vas, $ Lh1) repose sur le même principe que le rapport entre le sanscrit bdr-8-va et bdr-4-vas?. À la première personne du singulier batrau «feram », la voyelle modale : manque; mais l'a est la vocalisation du signe personnel m : il y a donc la même relation entre batrau (pour bairaim) et bairais, bairai, qu'au futur latin entre la première personne feram (pour ferem) et ferés, feret (venant de ferais, ferait)°. Le vieux haut-allemand présente la diphthongue a sous la forme é, mais 1 abrége cet #4 quand il est final (S 81) : 11 y a donc le même rapport entre bére (pour
! Par métathèse pour bairaian, à inoins que le dernier « de bair-ai-ns ne soit une addition inorganique. Comparez $ 149.
? Sur l'allongement de l'4, voyez 5 434.
$ En ce qui concerne la suppression de l'i dans beiraw, on peut comparer en gothique ia troisième conjugaison faible de Grimm. De la caractéristique ai (— sanscrit AU aye, latin é), celle-ci a perdu l’s à toutes les personnes qui ont ou avaient anciennement une nasale, soit finale, soit accompagnée d’une autre consonne : on a donc à la premmère personna du singulier haba pour habai, en vieux haut-ailemaod habén ; pluriel habam pour habaim , en vieux haut-allemand habémés ; à ia troisième personne du pluriel, haband pour habaind, en vieux haut-allemand ksbént. Au contraire, là où ne suivait point de nasale, on a habas, habaith, etc.
POTENTIEL, .OPTATIF, SUBJONCTIF. $ 695-696. 345
béré) «feram, ferat» et bérés (= sanscrit bürés) «feras», bérémés e feramus », qu'entre le latin amem, amet et amés, amémus.
$ 695. L'impératif borussien.
En borussien, dialecte très-proché parent du lithuanien, nous avons des impératifs comme immats « prends », immaiti « prenez», qui ont avec les formes de l'indicatif tmm-a-se «tu prends», imma-ti «il prend», une relation plus facile à comprendre que celle du gothique nim-at-s «que tu prennes», nim-at-#h qu'il prenne » avec nim-1-8, nim1-th. D'un autre côté, le lette nous présente des impératifs comme darrait «faites», en regard du présent darrat «vous faites» ($ 682). Le rapport que nous voyons en borussien entre dais «donne», dait «donnez» et dase «tu donnes», dati «vous donnez» nous sert à comprendre celui qui existe en latin entre dés, dés et das!, datis : le borussien nous présente encore la diphthongue at qui en latin s’est contractée en 4. Mais le plus souvent l'indicatif borussien a pour voyelle caractéristique un e ou un 1, et l'impératif la diphthongue «; exemples : dereis « vois » = dépxous; 1deitt «mangez » = Édosre, gothique 1taith «que vous mangiez».
Toutefois les deux modes ne sont pas toujours d'accord : ainsi en regard de hchinnaiti « faites » nous trouvons tichkinnimat « nous faisons », tandis qu'on s’attendrait à avoir hckinnamai. On trouve aussi à l'impératif borussien un simple : ou un y; exemples : mylis «aime», endiris «regarde ». Ces formes ont perdu la voyelle caractéristique de la classe devant l'expression modale, comme
verberit, temperint en latin (690).
$ 696. Impératif des verbes slaves qui ont perdu la désinence mi.
En ancien slave, dans la conjugaison ordinaire, la deuxième et la troisième personne du singulier de l'impératif n’ont gardé
! Il n'existe pas d'exemple de das avec a bref. — Tr.
que le dernier élément de la diphthongue primitive ai. Conséquemment, comme la consonne finale est tombée ($ 92"), ses vesi «transporte, qu'il transporte» correspond au sanscrit vdhés, vähét ($S 433), au latin vehés, vehet et vchds, vehat, au gothique nigais, nigai, au grec Éyois, Eyos ($ 688). Mais au duel et au pluriel, comme la diphthongue était protégée par la désinence personnelle, nous trouvons * & (pour at, $ 92°) en regard de f4 sanscrit, latin et vieux haut-allemand, de l'ai gothique et de l'a grec; exemples : 6essmz vesémü = sanscrit WQ8t vdhéma, latin vehémus, vieux haut-allemand mwéyémés, gothique vigaima, grec éxolper; 6E3RTE veséte ! = sanscrit WQR vdhéta, latin vehéhs, vieu haut-allemand wégét, gothique migaith, grec Éyoire; duel : sestre veséia = sanscrit WQux vdhéiam et WYata véhélim, grec Eyorro et éyolrnr, gothique vipaits.
$ 697. L'impératif en slovène.
Parmi les autres langues slaves, le slovène mérite une mertion spéciale : les verbes qui ont un a pour syllabe caracténstique distinguent leur impératif de lear indicatif présent en plaçant un j (= 1) à côté de cet a, de sorte qu’ils ont ay en regard de lé du potentiel sanscrit, de l'«: du subjonctif gothique, de l'4 du subjonctif et du futur latins. Le singulier fait aj aux trois personnes?, les consonnes finales qui marquaient la désinence personnelle ayant dû tomber, en vertu d’une loi commune à tous les idiomes slaves ($ 92"). Nous avons donc : dél-a) « que je trevaille, que tu travailles, qu'il travaille » (pour dél-aj-m, dél-aj-s, dél-aj-t°), qu'on peut comparer aux formes gothiques comme batr-ai-s, bair-at, aux formes sanscrites comme bdrés, bdrét, aur
1 Sur la troisième personne du pluriel, qui a disperu en ancien slave, voyez $ 678.
1 Seul parmi tous les dialectes slaves, le slovène a une première personne da argulier de l'impératif.
3 L'indicatif présent, au contraire, fait dél-a-m (pour dél-a-mi), dél-a-sh (pour déta-shi), dél-a (pour dél-a-ti\.
POTENTIEL, OPTATIF, SUBJONCTIF. $ 697. 347
formes latines comme amem, amés, amet, vehés, vehet, aux formes grecques comme (Pépoiv), Pépouus, Pépois, Pépos. Au duel, déla-va! s'accorde parfaitement avec le gothique batraiva et le sanscrit Gdréva; à la deuxième personne du duel, dél-aj-ta est avec l'indicatif dél-a-1a dans le même rapport qu’en gothique bair-ai-ts «que vous portiez tous deux» avec batr-a-ts «vous portez». Au pluriel , dél-aj-mo est à dél-a-mo ce que le gothique bair-ai-ma est à bair-a-m; à la deuxième personne du pluriel, dél-aj-te est à déba-te ce que le gothique batr-&-th est à la forme primitive bair-a-th (devenue bair+-th, $ 67), ou ce que le vieux haut-allemand bér-6-t (pour ber-at-t) est à l'indicatif bér-a-t.
Remanque. — D'où il vient que le verbe slave, dans quelques-unes de ses formes, fait la distinction des genres. — À l'indicatif comme au subjonctif, le duel du verbe slovène distingue les genres. Il fait, par exemple, dél-a-va «nous travaillons tous deux» et dé/-a-vé «nous travaillons toutes deux», dél-aj-va «que nous travaillions tous deux» et dél-aj-vé rque nous travaillions toutes deux». De même, on a dél-a-ta «vous travaillez tous deux, ils travaillent tous deux» et dél-a-t8 « vous travailles toutes deux, elles travaillent toutes deux», délaÿ-ta «que vous travailliez tous deux, qu'ils travaillent tous deux» et dél-aj-té rque vous travaillies toutes deux, qu'elles travaillent toutes deux» *.
En ancien slave également, on trouve quelquefois T# t# comme désinence féminine et neutre, en regard de ta qui est indifféremment employé pour les trois genres *. Cette désinence té vient évidemment du pronom féminin. neutre Ta # (== sanscrit À &) he duæ, hæc duo». Dobrowsky et Kopitar, dont j'ai suivi les écrits avant de pouvoir consulter ceux de Miklosich, présentent aussi à la première personne du duel &#& vé comme une désinence exclusiveinent féminine, tandis que &4 va servirait seulement pour le mascalin et le neutre. Cette dernière distinction ne s'est pas trouvée confirmée, à ce qu'il semble, par les textes étudiés par Miklosich. Aussi l’ai-je laissée de côté, dans la présente édition; je pense toutefois que c’est par abus que
* À l'indicatif présent, dél-a-va.
* Le ta du masculin représente le tam, tém du duel sanscrit, > Miklosich, Théorie des formes, s° édition, p. 87,
gt vé s’est introduit au masculin : le slovène me paraît plus régulier, sous ce rapport, que l’ancien slave, de même qu'il a conservé le æ de la première personne du singulier, lequel, en ancien slave, est devenu à (5 436, «). D'où provient cette distinction des genres, au duel des verbes, dans cer. tains idiomes slaves? Je ne puis que répéter à cet égard ce que j'ai dit dans la première édition ($ 4ag) : ce n'est point là un reste des temps primitifs de notre famille de langues, mais au contraire une déviation reküvement récente de l'usage grammatical. Mais elle est remarquable en ce qu’elle montre combien le sentiment de l'identité grammaticale du verbe et du nom s'est maintenu longtemps. À l'époque où les verbes slaves ont pris les désinences féminines en é (comparez les substantifs comme vidové «les deux veuves» et les pronoms féminins comme Ts té hæ duæ»), on sentait encore le rapport intime qui a existé de toute antiquité entre les pronoms employés à l'état indépendant et les pronoms unis à des thèmes verbaux.
$ 698. L'a de l'impératif slovène délam représente la caractéristique sanscrite aya.
En rapprochant les formes slovènes comme dél-aj-mo «que nous travaillions » du gothique batr-ai-ma et du sanscrit Gdr-£-me, nous devons toutefois faire une restriction. Îl ne faudrait pas identifier l’a de dél-a-m avec la caractéristique a de la première et de la sixième classe sanscrite, n1 avec celle des verbes forts en gothique. Dans l’a de dél-a-m comme dans celui du polonais czyt-a-m «je ks»!, je reconnais le représentant de la caractéristique aya qui appartient à la dixième classe sanscrite. Cet aya se montre à nous sous diverses formes dans les langues slaves, comine en latin et comme dans la conjugaison faible des langues germaniques. Si nous plaçons à côté du slovène dél-a-m et du polonais czyt-a-m les formes russes x'haaio deldju, uamaro ätdju (pour djel-djo-m, àt-djo-m), nous nous trouvons déjà beaucoup plus près des formes sanscrites comme &nt-dy4-m: «je pense».
l Czyt-ay «lis», czyt-ai-my «que nous lisions». C'est la première conjugaison d'après ie classement de Bandike.
POTENTIEL, OPTATIF, SUBJONCTIF. $ 699. 349
À la troisième personne du pluriel, le slovène délujo et le polonais czylajg sont déjà plus près du sanscrit dint-dya-nt.
8 699. Le potentiel zend. — Pourquoi il présente tantôt la diphthongue 61, tantôt ai.
Les verbes zends de la première conjugaison principale prennent au potentiel tantôt la diphthongue ét, comme en grec, tantôt la diphthongue at (w», $ 33), comme en gothique. Ainsi 20h); barôis répond très-bien, abstraction faite de la longue de lé, au grec Pépois, et eds baréid à @époi(s). Au contraire, au moyen, la troisième personne du singulier spxs»l; baraita s'accorde mieux avec le gothique batraith 1 qu'avec le grec @éposro. Je ne connais pas d'exemple de la première, ni de la deuxième personne plurielle de l'actif, dans la première conjugaison principale ; mais je ne doute pas qu’elles n'aient été baraima, baraita, et non bardima, bardita?. En effet, je crois avoir reconnu que le zend préfère la diphthongue & quand la consonne suivante est finale, et la diphthongue ai quand la consonne suivante est encore accompagnée d'une voyelle. C'est pour cela qu’à la troisième personne du singulier le potentiel actif est gsblas bardid et le potentiel moyen ses baraïta. Il est vrai que le Vendidad-Sâdé nous présente deux fois la première personne du pluriel moyen La»6b@ * béidyéimadé «videamus » = sanscrit ARE bédyémahi «sciamus ». Mais l'étendue de la flexion, dans ce mot que le manuscrit lithographié coupe en deux par un point*, a pu être cause que bdidyüi a été con-
1 Sur la forme moyenne bairaith, venant de bairaida, et sur deux formations analogues, voyez plus haut, t. I, p. 20, note 2.
3 La supposition de l'auteur s’est vérifiée. On a trouvé gafaima, vanarma, hanaima, frdvayaima ; mais il ne s’est point rencontré de forme en 6ima. — Tr.
3 Comparez les génilifs et les ablatifs en dis, 64 == sanscrit és, et la particule nôul ene ... pasr == sanscril nét.
* Ce mot se trouve deux fois page 45. Une fois le texle donne Ja leçon fautive
sidéré comme un mot à part. Il faut remarquer, en effet, qu'à la fin des mots la diphthongue & est permise, surtout si elle est précédée d'un y; exemples : 17 en y «lesquels » = sanscrit à yé, grec ol; QT QE maidyôi «in medio » ($ 196) = #à madyé ; sbç méi «à moi», sbp et bus hréi «à toi», she M «à soir (à côté de wç mé, ve é, vus in, ww hé). De la forme bdidydimaidé je ne voudrais done pas conclure à des formes comme barétmad?, encore moins à un actif bardima, car nous n'avons pas le y qui favorise la présence de &, et dans la dernière forme la désinence n'est pas assez étendue pour prendre l'apparence d’un mot à part. C'est pourquoi aussi à la troisième personne du verbe moyen en question, nous avons bdidyaita, et non béidyéita!.
$ 700. Exemples du potentiel dans les verbes zends de la première conjugaison principale.
À la troisième personne du pluriel, l'a de la diphthongue primitive at s'est conservé ; mais l': s’est changé en sa semi-voyelle y, à cause de la voyelle suivante. On a donc jgss=sy barayën en regard du grec Pépossv, ce qui fait que pour la seule diphthongue grecque os le zend présente tour à tour, dans le même mode, 4b di, y» ai et += ay.
Si les exemples de la troisième personne du pluriel sont nombreux, il n'en est pas de même pour la première personne du singulier?. Le seul exemple que je connaisse a perdu le signe personnel et se termine en &. C'est le mot nëméi qu'on trouve deux fois au commencement du chapitre xivr du Yagna : 6gs TS sb6g kaïñm némôt sañm, qu’Anquetil traduit par : « quelle terre
biid'iôi maidé et l'autre fois b&idy6: maëdé. Voyez Burnouf, Études sur la langue et les tertes zends, p. 270. Sur la longueur de l'à, voyez $ 41.
! Vendidad-Sädé, p. 45.
3 Nous ne parlons ici que des verbes de la première conjugaison principale.
POTENTIEL, OPTATIF, SUBJONCTIF. $ 701. 351
invoquerai-je ?» et Spiegel par : «quel pays célébrerai-je ? ». Le sens est à peu près : « qualem celebremterram ? »!. La phrase suivante est : use sbçg) aw)drs kulré némdi ayéni, qu'Anquetil traduit par « quelle prière choisirai-je ? »?.
Parmi les potentiels zends de la première conjugaison principale, je citerai encore upa-séid «qu'il frappe», de la racine san (= sanscrit Y4 han); après la suppression de n, la voyelle a est traitée comme si elle était la caractéristique de la première classe.
Mentionnons encore la forme sexs»igçps ftérénaits « qu’il répande », qui abrége l'é de la caractéristique nd (neuvième classe); le thème verbal #térëna est ensuite traité comme s'il appartenait à l'une des quatre classes de la première conjugaison principale : ainsi, au potentiel, l'a final du thème est supprimé devant la diphthongue modale ai. On peut rapprocher, à cet égard, le latin sternet (S 496).
$ 701. Exemples du potentiel dans les verbes sends de la seconde conjugaison principale.
Dans la seconde conjugaison principale, le potentiel zend est généralement d'accord avec le potentiel sanserit, excepté à la troisième personne du pluriel, où nous n'avons pas la désinence
1 Rapprochez néméi du sanscrit némas «adoration» (racine nam).
: Spiegel (Avesta, IT, p. 152) traduit par : «où dois-je aller priant?». Contrairement à une hypothèse autrefois exprimée par moi, j’adopte aujourd'hui la leçon que Westergaard, d'après un seul manuscril, a introduite dans son texte. Ce savant lit némé (au lieu de nèméi). Je traduis donc : «ubi adorationem faciam ?#, littéralement : eubi [in] adorationem eam ?». Rappelons que les verbes marquant le mouvement prennent souvent aussi en sanscrit le sens de efaire». [Spiegel et Justi admettent la même correction. Mais ils considèrent le premier nem6i comme un présent moven. (Comme exemple d'une première personne de polentiel, dans un verbe de la première conjugaison principale, Jusli cile gaidyañm (Vendidad, III, 5), de la recine gad e invoquer». — Tr.]
3 Comparez ce qui a été dit plus haut ($ 508) de la racine sanscrite std.
us ($ 46a)!. À la première personne du singulier, yarm* répond au sanscrit ydm, au grec env; ainsi daidyañm ($ 4ha) «que je place, que je crée » répond au sanscrit &wT& dadyém, au grec ri8eins. À la deuxième personne, nous avons gsss ydo° pour utg yés, ins; exemple : pessçs)e) fra-mruydo « dicas » = HER pra-brâyés. À la troisième personne, on a gum. ydd = Ta yét, er); exemple : gassnégs Kérénuydd « faciat » = gare krauydt (forme védique).
Au pluriel, je ne connais pas d'exemple du potentiel proprement dit, pout les deux premières personnes de l'actif; mais il existe de nombreux exemples du précatif, qui a exactement le même sens*. [1 diffère seulement du potentiel par la suppression des caractéristiques : on peut donc, de l'un de ces modes, déduire avec certitude les formes de l'autre. À la première personne du pluriel, nous avons, pour le précatif, la désinence ydma =sanscrit yésma et grec smuer; exemple : sçussr buydme* «que nous soyons » = sanscrit bdydsma. Nous pouvons donc conclure à un potentiel datdyäma. À la deuxième personne du pluriel, le précatif fait yata (avec abréviation de la voyelle modale) = sanscrit ydsta et grec snre; exemples : sw» buyata « que vous soyez» = Hate biysla; sgwssme déyala «que vous donniez» = arte dé-yäsla, doinre. De ces formes je conclus que le potentiel a dû être daidyata = sanscrit d''dyâta, grec didoinse. Remarquez que la syllabe yd abrége sa voyelle : il est difficile d'admettre que cette différence entre la première et la seconde personne
! De même, à la troisième personne du pluriel moyen, la désinence assez énigmatique ran ($6:13) est remplacée en zend par une flexion plus en accord avec les règles ordinaires de formation. Nous y reviendrons plus loin.
3 Voyez 5 61.
3 Voyez $ 56°.
* Le précalif est beaucoup plus fréquent en zend qu'en sanscrit.
5 La racine bü abrège sa voyelle au précatif. Comparez Burnoaf, J'agne, notes,
page 150.
POTENTIEL, OPTATIF, SUBJONCTIF. $ 702. 353
provienne du hasard. Je suppose que la désinence ta, à cause de la muette initiale, a plus de poids que la désinence ma, qui commence par une liquide; la syllabe précédente aura été affaiblie pour compenser cette différence de pesanteur.
$ 709. Troisième personne du pluriel du potentiel zend. — Comparaison avec le sanscrit et le grec.
À la troisième personne du pluriel, la syllabe modale y4, en se combinant avec la désinence personnelle # (plus anciennement an), nous donne la forme yañn (pour yén)?. Devant la nasale finale, la seconde moitié de lé long (= a + a) s'est donc changée en un son nasal faible, que l'on peut comparer à l'anousvâra sanscrit. Comme exemple, nous citerons le potentiel Lu...) nidaityañn « qu'ils déposent »°.
La racine dé « donner» doit faire à la troisième personne du pluriel du précatif actif jyssws déyañn ou peut-être, avec abréviation de la voyelle radicale, Les dayañn, ce qui est très-près du grec doïev, au lieu que le sanscrit déyâsus (pour déyésant) s'accorde mieux avec doénoav. Cette différence vient de ce que le sanscrit, comme nous l'avons déjà fait remarquer ($ 680), adjoint le verbe substantif à la racine*. Il est très-remarquable que le zend s’abstient absolument de prendre le verbe substan-
1 Comparez $ 480.
* Rapproches la première personne dn singulier ydäm (pour ydn).
3 On trouve aussi la leçon fautive nidiiyañn. Au sujet du 6 à représentant un d sanscrit, voyez $ 637, remarque. Le second i de nidaiiyañn est dû à l’épenthèse ($ 41); comparez la forme moyenne paitr ni-daifita «qu'il dépose» = ff prati nidadla.
4 Excepté à la deuxième et à la troisième personne du singulier actif, où les formes déydss, déydst ont dû supprimer l’une des deux finales ($ 9h); comme elles ont mieux aimé sacrifier le verbe auxiliaire que le caractère personnel, on a eu déyäs, déyät en regard du zend déydo, ddyéd.
in. 33
tif; il en est de même à l’optatif grec, excepté pour la forme doinoas (à côté de doïer).
$ 703. Restes du potentiel moyen, en zend.
À la troisième personne du singulier moyen, nous avons une forme daiita «qu'il place» = sanscrit dadité, grec ridesro. La forme correspondante du pluriel est daiäta, qui se distingue seulement du singulier par l'abréviation de la voyelle modale. Cette abréviation vient peut-être de la nasale qui, à une période plus ancienne de la langue, a dà suivre li. On peut donc suppose qu'il y a eu d'abord une forme dainta; en grec, nous avons rldewro : si la voyelle radicale s'était perdue en grec comme elle a été supprimée en zend et dans le singulier sanscrit dadlid, on aurait eu T{bivro.
La forme daitita est fréquente en send, surtout en compostion avec be CT yauÿ; les progrès de la grammaire sende ont Wis hors de doute que psbsssabhe yauidaihita « purificent»' est un pluriel, quoique Anquetil le traduise toujours comme un singulier. Je supprime donc ce que j'ai dit à ce sujet dans la première édition de cet ouvrage.
$ 704. Restes du précatif moyen, en zend.
Je reconnais une deuxième personne du pluriel du précatif moyen dans la forme GEUSQuIs9 dayadwëm, que Burnouf traduit par «donnez» et qu'il considère probablement comme un impératif moyen ?. Celte forme, qui ressemble assez au grec doïote, est importante en ce qu'elle nous montre que le précatif zend, pas plus au moyen qu'à l'actif, ne s’adjoint le verbe substantif. De même que l'actif dayata (= grec doinre), le moyen dayadwes se rattache à la cinquième formation de l'aoriste sanscrit (&dd-1
! Voyez $ 637.
1 Pagna, notes, p. 38.
POTENTIEL, OPTATIF, SUBJONCTIF. $ 705. 355
«= dur), au lieu que le précatif sanscrit dà-st-drdm appartient à la première formation !.
Si toutefois l’on voulait voir dans le zend dayadwëm « donnez» un véritable impératif, il faudrait supposer que la racine dd a produit en zend un verbe de la quatrième classe : la syllabe ya, au lieu d'être l’exposant modal, serait alors la caractéristique de la classe. Mais je ne vois pas de raison suffisante pour admettre cette hypothèse.
$ 705. Formes correspondant à l'optatif aoriste grec (réxo:), dans le dialecte védique.
Le potentiel sanscrit et zend n’a qu’un seul temps. Mais le précatif est avec le potentiel dans le même rapport qu'est en grec l’aoriste second de l'optatif avec le présent du même mode. Dé-yäs, dé-yät (pour dä-yés, dä-yät) est à ädäs, ddât ce qu’en grec doins, doin (pour duins, win) est à Æ3ws, E3w. Pour les précatifs comme budyds, budyât il n'existe pas à l'indicatif de forme correspondante, parce que la cinquième formation de l’aoriste est bornée, en sanscrit, aux racines finissant par une voyelle?. Mais il est probable qu'à l'origine cette formation s'étendait aussi à des racines finissant par une muette; nous pouvons donc supposer qu'il y a eu anciennement des aoristes comme dbud-ma, dbut (pour dbut-s), dbut (pour dbut-t), dbudma, etc. auxquels appartiennent les précatifs tels que bud-
Il n’est pas nécessaire de regarder comme des potentiels conjugués d’après la sixième classe les formes védiques telles que
D'après le paradigme de éydsi. Voyez $ 544 et suiv. Comperez Abrégé de la grammaire sanecrite, $ 35s.
? L'aoriste védique dkar «il fit», de la racine ker, br, fait exception, à moine qu'on ne considère, avec les grammairiens indiens, kr comme la vraie racine. Mais nous avons vu ($ 1) que la forme primitive est ker.
vidéyam «sciam», éakéyam «possim », gaméyam «eam », réc/ma «dicamus»!. Ces formes, qui appartiennent à des verbes ne faisant point partie de la sixième classe, sont en quelque sorte les prototypes des aoristes optatifs grecs comme réxomu (plus anciennement rurosw). Il les faut considérer comme des rejetons de l'aoriste de la sixième formation (dvidam, déakam, dyaman, dobtam) : la voyelle de liaison a s'est unie avec la voyelle modale :, exactement comme en grec la diphthongue os, dans riæou, renferme la voyelle de liaison o? de &rux-0-» et la voyelle modale «. À l’appui de cette explication, nous citerons surtout vécéma « dicamus» : il n'existe pas de racine vé à laquelle on puisse rapporter vé#ma, comme bdréma se rapporte à la racine Bar; mais il existe bien un aoriste drééam®, d'où est tirée la forme en question.
$ 706. Formes correspondant à l'optatif aoriste grec (rüÿas, Acou), dans le dialecte védique. — Comparaison avee le borussien.
H y a aussi trace, dans le dialecte védique, de quelques formes qui présentent la même structure qu'en grec l'aoriste premier de loptatif. Pänim® cite taruséma qui, par le sens, équivaut à A4 téréma «transgrediamur», mais qui, par sa forme, dérive d’un indicatif aoriste comme ddk-sam = &eiËa ($ 555). 11 y a seulement cette différence que le verbe auxiliaire ne vient point s’adjoindre immédiatement à la racine, mais qu'il insère une voyelle de liaison u, comme au futur védique tar-u-$ydti et dans quelques formes analogues ®.
Il est difficile de croire que A4 taruséma qui, considéré à
1 Pânini, Ill, », scholie 86.
2 A l'indicatif, cet o alterne avec € (érvz-e-s).
3 Nous avons vu plus haut ($ 58a) que dévétam est une forme redoublée pour a-va-ucam, venant lui-même de a-vavacam.
4 III, 1, scholie 85.
‘ Voyez Benfey, Glossaire du Sâma-véda, p. 81.
POTENTIEL, OPTATIF, SUBJONCTIF. $ 706. 357
part, semble une anomalie, ait été toujours seul de son espèce. Il est probable qu'à une époque plus ancienne, dont le grec a gardé un souvenir plus fidèle que le sanscrit, tous les aoristes de la seconde formation ($ 555) pouvaient donner naissance à un précatif. Ainsi ddik-éam (= #9u:Ëx) aura donné dik-iéyam (= eléauius), pluriel dik-êma (= deléaiuer); dans ces formes, l'élément modal yd, contracté en :, a produit une diphthongue avec la voyelle précédente, comme nous l'avons vu plus haut pour bdr-8-y-am (= @ép-o1-us), bdr-ê-ma (= Pép-o1-uer).
Avec les formes grecques comme TÜr-0œ, Aÿ-oœu (troisième personne du singulier de l’aoriste premier de loptatif) et avec le védique tar-u-séma, s'accordent très-bien les formes borussiennes comme da-sa1 «qu'il donne » 2, bo-sai « qu'il soit», galbsa «qu'il aide». Par l'altération de l'a en e, le sas borussien (= grec ou) est devenu sei : de là les formes bau-sei «qu'il soit», sei-set «qu'il soit», au-da-sa « qu'il arrive». Enfin, par la suppression de l': final, on a eu se dans da-se «qu’il donne», bou-se « qu'il soit», galb-se « qu'il aide », tusst-se « qu'il se taise ». La forme si, dans po-kân-si «qu’il préserve», eb-siond-si « qu'il bénisse», provient de sa ou de sa, par la suppression de la première partie de la diphthongue. Quant à la forme -su, dont il n'existe qu'un seul exemple, savoir mukinsusin « discat » (littéralement «se doceat»), elle ne peut provenir que de sa(t) par l’affaiblissement de l'a en u°.
Cette forme d'aoriste optatif reste bornée, en borussien, à la troisième personne du singulier, laquelle sert en même temps pour le pluriel (busei « qu'ils soient»). À la deuxième personne du singulier, on aurait pu s'attendre à avoir des formes comme
1 Abstraction faite, bien entendu, de la voyelle de liaison uw. La troisième persunne du singulier serait tar-u-éét.
3? Voyez mon mémoire Sur la langue des Borussiens, p. 28 et suiv.
3 Comparez asmu cje suis», puur asmai ($ 448).
da-sais (comparez grec A-ouu1s); il est probable que des formes de ce genre ont effectivement existé à l'origin
$ 707. L'imparfait du subjonctif, en latin, est un temps composé.
On pourrait être tenté de voir dans l'imparfait du subjonctif latin la même formation que dans les aoristes grecs comme dsf- Expev et dans l'aoriste védique taruééma. Il est certain qu'entre le latin sté-rémus et le grec a/w-oœusr il y a une ressemblance frappante, car le r représente un ancien s (comparez eren, pour esam) et l’# est une contraction pour at (compares 4 = a de amémus, legémus). Cependant, je m'en tiens, au sujet de sté-rem et des formes analogues, à l'opinion que j'ai exprimée dans mon premier ouvrage ?; je les regarde comme des formations nouvelles, appartenant en propre à la langue latine.
Nous remarquons, en effet, qu’en regard de l'indicatif sté-bam, qui est un composé de date relativement récente, nous devrions avoir un subjonctif sté-bem (pour std-baim); ou, inversement, l'indicatif correspondant à std-rem devrait être st4-ram (pour st-eram). Mais la langue latine, qui disposait de deux racines? pour exprimer l'idée d’être, s’est servie de l’une à l'indicatif et de l’autre au subjonctif : par suite, la symétrie entre sta-bem ct sta-rem s’est trouvée, jusqu'à un çertain point, rompue, et le r de starem a l'air de participer à l'expression de la relation modale, quoique en réalité cette expression réside uniquement dans lt que renferme la diphthongue é.
Personne ne refusera de croire que possem (venant de potsem) ne renferme, au même titre que pos-sum et pot-eram, le verbe substantif réuni avec pot. Mais si l'on accorde que pos-sem soit une formation nouvelle, appartenant en propre au latin, il fau-
1 La forme correspondante, en sanscrit, serait dikééma. 2 Système de conjugaison de la langue sanscrite, p. 98. 5 Les racines bh# et as ($ 509). — Tr.
POTENTIEL, OPTATIF, SUBJONCTIF. $ 708. 359 ”
dra en dire autant pour son analogue es-sem (venant de ed-sem) «que je mangeasse», ainsi que pour l'archaïque fac-sem!, car si ces formes étaient dérivées du parfait /éci, on aurait eu fexem, fexim. Dans possem, essem et fac-sem, l’ancien s du verbe auxiliaire s'est conservé; après un r ou un |, il s'est assimilé à la liquide précédente ( fer-rem, vel-lem). Entre deux voyelles, 1l s’est changé en r, et c’est là le cas le plus fréquent, puisque l’imparfait a droit à la voyelle caractéristique de la classe. C'est ainsi qu'on a eu leg-e-rem, dic-e-rem (pour ley-1-rem, dic-1-rem). Au contraire, si l’imparfait du subjonctif avait la même origine que l'aoriste de l'optatif en grec, nous devrions nous attendre à avoir divem (= deléau, pour delbuv), au lieu de dic-e-rem. Les formes es-sem « que je mangeasse » et fer-rem sont régulières, car elles ne prenaient point originairement la voyelle caractéristique, comme nous le voyons encore par les formes és, es-t, es-hs = sanscrit dt-si, dt-ti, at-id; fer-s, fer-t, fer-tis = sanscrit bibdr-5i, bibdr-ti, bibr-t4. 11 n’y a donc aucune raison pour faire venir fer-rem de fer-e-rem, par la suppression d'un e; il faudrait, au contraire, expliquer fer-e-rem, si cette forme existait, en disant que ce verbe, par l'insertion d’un e, s'est introduit dans la classe de conjugaison la plus usitée, comme effectivement à côté de es-sem nous avons ed-e-rem.
$ 708. L'imparfait du subjonctif essem que je fusse», en latin.
Mais comment expliquer es-sem «que je fusse», au lieu duquel, pour correspondre à l'indicatif eram, nous devrions avoir erem ?
Remarquons que eram est pour esam (= sanscrit dsam, $ 53); c'est de cette forme primitive esam qu'est sortie la forme esem
1 Fac-sem est un imparfait du subjonclif, au moins quant à la forme, de même que /ac-sim est un présent.
(pour esém), par l'insertion de la voyelle modale : !. Une fois que esem fut dérivé de esam, la forme primitive a pu, dans le cours du temps, céder au penchant qu'a la langue latine de changer en r un s placé entre deux voyelles, sans que pour cela la forme dérivée esem dût nécessairement suivre cet exemple; car le changement en r d'un s placé entre deux voyelles n'est pas en latin une règle absolue. On a donc eu, à l'indicatif, eram et, au subjonctif, esem; la sifflante que le subjonctif a gardée ayant été plus tard redoublée, on obtint essem. Nous observons une opposition de même nature, quoique en sens inverse, dans le vieux haut-allemand was «j'étais» et mén « que je fusse »1.
Quant au redôublement de la lettre s dans esse, je crois pouvoir l'expliquer par le même principe qui fait qu’en grec, dans la langue épique, les consonnes les plus faibles (à savoir les liquides et &) sont quelquefois redoublées, et qui veut que le p le soit toujours dans certaines positions. En sanscrit, un» final précédé d'une voyelle brève est toujours redoublé si le mot suivant commence par une voyelle. Conséquemment, si nous admettons que le redoublement de s, dans essem et esse, est, comme je le crois, purement euphonique, nous en pourrons surtout rapprocher les aoristes grecs tels que #r£sooa, car ici le oo appartient également au verbe substantif. Au sujet du futur £cooua, je renvoie le lecteur au $ 655.
On pourrait toutefois proposer une autre explication, d’après laquelle le redoublement de s, dans essem, aurait sa justification étymologique 5. Nous avons vu précédemment ($ 707) que esem
! L'a, en se contractant avec l'i, est devenu é, comme nous l'avons vu pour amem ($S 690).
? Jai l’affaiblissement de s en r a pour cause l'accroissement du nombre des syllabes ($ 614).
* Cette seconde explication me parait moins vraisemblable que la première.
POTENTIEL, OPTATIF, SUBJONCTIF. $ 709. 361
(venant de esam) s’est abrégé en sem, devenu plus tard rem, et qu’il s’est adjoint sous l’une de ces deux formes aux verbes attributifs : il est possible que dans cette position on ait cessé d’en sentir la vraie valeur, et que sé, ré aient été pris pour des exposants de la relation modale; alors la racine es se serait combinée avec elle-même, et es-sem signifierait « que je fusse étant», comme nous avons es-sem «que je fusse mangeant» et pos-sem «que je fusse pouvant».
H se peut aussi que l'analogie de es-sem «que je mangeasse » et de pos-sem, ainsi que de ferrem et de vellem, ait agi sur notre forme essem «que je fusse »; la langue aurait alors redoublé le s de essem, à l'exemple de ces verbes et sans se rendre un compte bien net de ce qu'elle faisait.
Quoi qu'il en soit, on peut regarder essem, ainsi que la forme qui a dû précéder, esem, comme de création nouvelle, car ni en sanscrit ni en grec l'imparfait ne sort de l'indicatif!. Le terme de comparaison le plus proche qu'on puisse trouver pour l'imparfait du subjonctif latin, c'est l’aoriste de l’optatif en grec : esem est sorti de esam (eram), comme rüÿaus (pour rÿaur)
de éruÿa{u).
$ 709. Parfait du potentiel, dans le dialecte védique et en ancien perse. — Le parfait de l'optatif en grec.
Dans le dialecte védique, il y a des potentiels redoublés tels que : sasrgydt, vavrtyât, babüydt. gagamyäm, gagamyät; et au moyen : vavrlita, vavrtimahi, Susucila, duduvita?. D'accord avec Westergaard 5, je crois aujourd'hui devoir les expliquer comme des parfaits du potentiel*. Comme tels, ils s'accordent très-bien
1 Abstraction faite du lé védique ($ 713).
2 Benfey, Grammaire sanscrite développée, p. 380.
Radices sanscritæ.
* Je prenais autrefois ces formes pour des intensifs et j'expliquais, par exemple,
avec les prétérits du subjonctif dans les langues germaniques; on peut notamment rapprocher les premières personnes gothiques comme hathait-jau « que j'appelasse » des formes védiques comme gagam-ydm. En regard de bundjas (pour batbundjau) «que je liasse», on pourrait s'attendre à trouver dans le sanscrit védique babandydm. À l'égard de la signification, il n’y « plus de différence, dans les Védas, entre les parfaits et les présents du potentiel : ainsi babd-yét veut dire «qu'il soitr!. Mais c'est probablement le résultat d'une confusion. En ancien perse, au contraire, dans l'inscription de Béhistoun?, nous trouvons cakriy4 avec le sens d’un prétérit 5.
. À la différence des formes correspondantes en sanscrit, en ancien perse et en germanique, les parfaits de l’optatif, en grec, conservent la voyelle de liaison du parfait de l'indicatif; mais l'a se change en o, lequel, en se combinant avec la voyelle modale, produit la diphthongne o:, comme au présent et à l'aoriste second. À la troisième personne du singulier, au lieu de rerü@os, on aurait dû s'attendre à avoir, d’après la formation sanscrite, rerv@i»; dans le dialecte védique, la forme correspondante eût été tutupydt, s’il nous était resté un potentiel parfait de la racine tup «frapper, tuer ».
sasrg-ydt comme étant pour sésrg-ydt. Mais le redoublement irrégulier de la forme babüydt (ba au lieu de bu) s’accorde mieux avec le parfait bab@va (venant de babü-a) «je fus» qu'avec l'intensif bébd-yét, qui frappe du gouna la syilabe réduplicative.
1 Rig-véda, I, xx, 9.
? Colonne 1, ligne 50.
3 @Ïl n’y avait pas un homme, ni Perse, ni Mède, ni quelqu'un de notre race, qui aurait fait ce Gaumata, le mage, privé de la puissance. » L'i de cakriyd s'explique comme celui du pâli rattiy-aà, rattiy-d ($ 202). Quant à la suppression de la voyelle radicale (cakriyd pour éakariyd), compares en sanscrit les parfaits de l'indicauf tels que gagnumd ($ 606, remarque).
POTENTIEL, OPTATIF, SUBJONCTIF. $ 710-711. 363
$ 710. Parfait du subjonctif, en latin.
En latin, les parfaits du subjonctif comme amave-rim (pour amavi-sim) sont indubitablement de formation nouvelle : le thème du parfait est joint avec sim «que je sois». Le s, placé entre deux voyelles, s'est altéré en r, et à cause de ce r li de amant, amavi-sh est devenu e!. On pourrait, au besoin, diviser aussi de cette façon : amav-erim, puisque sim est pour esim, comme sum est pour esum. Mais cette supposition me paraît moins vraisemblable, puisque déjà à l’état simple nous trouvons sim, et non esim, et que l'e, à plus forte raison, a dû être supprimé en composition; on sait d'ailleurs que le changement de l: en e, devant un r, est conforme aux habitudes du latin.
$ 711. Tableau du potentiel et du précatif.
Nous faisons suivre le tableau du potentiel et du précatif, en sanscrit et en zend, avec les modes qui y correspondent dans les langues de l'Europe :