‹ Grammaire comparée des langues indo-européennesChapitre 47 sur 51 · POTENTIEL · texte numérisé non relu

POTENTIEL

sincuLIES.

Sanecrit. Zend. Grec. Latin. Gothique. V. hent-etiemend. Âne. save, bdré-y-am' baréi* (@époi-v)* feram* bairau° bére® ..... baré-s barôi-s” @épors bairai-s berês beri‘ baäré-t bardi-d @époi-(s) ee: batrai bère ber: bäré-ta baraita @époi-ro ...... baires-£i ...…

pUL.

baré-va ..,.... ....,.. ...... bairaiva ...... beréré baré-tam Pépor-voy ...... bairatts ...... bereta baré-iäm . Pepol-r7r ...... .......... ue... beréis PLUBIEL.

Géréme … breima" Qépor-uer Vérten bairaime béréanls beréms baréta baraita @époi-re il batrai-th bérét beréte bdréyus baray-ën @époi-ev batrai-na béré-n bäréran ....... @épor-vro ...... bairai-ndau"? . SINGULIER. PLUBIEL.

Sanserit. Latin. Sanecrit. Latin tlé-y-am ste-m ttilé-ma sté-mus tislé-s sté-s tislé-ta slé-tis tsfé-t set HNiléy-ne dent

! Voyez S$ 658 et 689.

? Voyez $ 699.

% Voyez $ 689.

* Voyez S$ Gg1, 6ga et 6:,3.

* Voyez $ 694.

$ Voyez $ Gg4.

* Voyez S 699.

* Voyez $ 696.

* Voyez S 699.

19 Voyez $ 468,

POTENTIEL, OPTATIF, SUBJONCTIF. $ 712. 367

$ 719. Le présent du subjonctif des verbes faibles, en gothique et en vieux haut-allemand.

Au sujet du subjonctif gothique, il nous reste encore à faire observer que les verbes faibles qui ont contracté la caractéristique sanscrite aya en 6 (=a+a)! sont incapables de marquer la relation modale : en effet, li ne peut se réunir en gothique à un 6 précédent; partout où nous devrions avoir &, l'i est absorbé par l'é. Conséquemment fryés signifie aussi bien «ames » que «amas»; dans le premier cas, il est pour fryéis?. Au pluriel, frijéth signifie aussi bien « ametis » que «amatis ». À la troisième personne du singulier, fr6 «amet» (pour frydith) se distingue de fryôth «amat»; mais cette distinction n’a rien d'organique : elle vient de ce que le subjonctif a perdu la désinence personnelle ($ 43a).

En vieux haut-allemand, les formes de subjonctif comme salbée, salb6és, salbdémés sont inorganiques, car lé, qui est une contraction pour ai ($ 78), n'aurait ici sa raison d’être que sil contenait l'a de la caractéristique; mais cet a se trouve déjà renfermé dans l'é (= we aya)°. Il ne reste donc pas d'a qui, en se contractant avec la voyelle modale :, ait pu donner un é. C’est par abus que lé, qui avait sa raison d'être dans d’autres classes verbales, a pénétré dans celle qui nous occupe.

1 Voyez $ 109°, 6.

? Je ne crois pas qu'il faille aussi à l'indicatif expliquer salbés comme étant pour salbôis, et, à la première personne, salbé comme étant pour salbéa. En effet, dans oig-a-”, vig-1-s, vig-i-th ($ 508), l'a et li ne servent pas à l'expression de la per-sonne : ils représentent la syllabe caractéristique de la première classe, exaclement comme dans salb-6-”, salb-6-s, salb-6-1h, l’6 est la caractéristique de la dixième classe insérée entre la racine et la désinence. Les flexions personuelles sont done tout aussi complètes dans le second verbe que dans le premier.

3 Les deux a de aya, en se coutractant après la suppression de la semi-voyelle, ont produit un 6 ($ 109°, 6).

Au contraire, dans les formes comme habéés « que tu aies», habéémés «que nous ayons», les deux voyelles longues figurent à juste titre : le premier 4 représente les deux premiers éléments de la caractéristique Wu aya!; le second 6 en représente le dernier a fondu avec la voyelle modale 1. Ainsi dans var-mané eque tu méprises», comparé au sanscrit méndyés et au latin moneds2, le second € correspond à l'4 sanscrit * et à l’4 latin; le premier é, au contraire, représente le ay sanscrit et l'e latin.

Comme le gothique ne met jamais la diphthongue a: dem fois de suite, la deuxième personne habais «que tu aies» est moins bien conservée que la forme correspondante habéés en vieux haut-allemand. À la deuxième personne habats, le gothique ne distingue pas le subjonctif de l'indicatif.

$ 713. Le lêt où subjonctif sanserit.

Le dialecte védique a un mode qui manque au sanserit classique et qui, même dans les Védas, est assez faiblement repré senté : les grammairiens indiens l'appellent lét*. Lassen en a rapproché avec raison le subjonctif grec; de même, en effet, que Aéy-w-psr, Ady-n-re, Aéy-w-pos, éy-n-tas, Aéy-w-vres se distinguent seulement de Aéy-0-uer, Aéy-e-re, éy-0-pas, Aéy-e Tu, Xéy-0-vrœ par l'allongement de la voyelle caractéristique. de même, dans le dialecte védique, nous avons les formes pdt-4-t4i « qu’il tombe » à côté de pdt-a-ti «il tombe», grh-yä-ntà «qu'ils soient pris» à côté de grh-yd-nté «ils sont pris ». I] faut remarquer que dans la forme grh-yd-ntéi, non-seulement la caractéristique est allongée, mais la diphthongue finale est ren-

! A l'indicatif hab-é-m, hab-é-s, les deux premiers éléments de WA aye sont seuls représentés ($ 109", 6).

3 Moneds est pour moneais (5 691).

$ Ona vu ($ 109", 6) que, dans les formes prâcrites comme cintémi, le ay sanscrit se contracte également en é.

* Voyez $ 428.

POTENTIEL, OPTATIF, SUBJONCTIF. $ 713. 369

forcée. On observe un fait analogue aux premières personnes de l'impératif moyen. lesquelles, en général, tiennent de plus près au lêt qu'aux autres personnes de l'impératif : nous avons, par exemple, bibérdmahäi «que nous portions», à côté de l'indicatif bibrmdhé «nous portons». Du reste, on se contente aussi, au lét moyen, du seul allongement de la voyelle a qui précède les désinences personnelles en é; exemple : médäyäsé

«que tu l'enivres», méddyäté « qu’il s'enivre»!.

Rewarçus. — La première personne plurielle de l'impératif, en gothique, appartient au subjonctif. — L'identité de formation qu'on observe, en sanscrit, entre les premières personnes de l'impératif et le subjonctif *, nous conduit à la constatation d'un fait analogue en gothique. Dans cette langue, nous avons à la première personne du pluriel de l'impératif la forme bair-a-m «que nous portions » * — sanscrit bdr-4-ma, zend bar-d-ma, grec Pép-w-uev. Îl est vrai qu'il n'y a aucune différence extérieure entre cette torme bair-a-m et la première personne du pluriel de l'indicatif. Mais, pour rendre un subjonctif grec, Ulfilas n'aurait certainement pas employé vis-a-m (— sanscrit vds-d-ma «que nous habitions»), si l'ancienne signitication impérative ou subjonctive ne s'était pas conservée dans cette forme : il aurait plutôt eu recours au mode qui correspond au potentiel sanscrit et à l'optatif grec. C’est ainsi que, pour rendre le grec Pépers, il n'aurait pas (comme il l’a fait) mis barr-1-th, lequel est extérieurement semblable à la seconde personne du pluriel de l'indicatif : il aurait probablement employé bair-ai-th — sanscrit bär-êta, grec Pép-o1-ve.

+ Voyez Benfey, Grammaire sanscrite développée, p. 365.

* Cette identité, que j'avais déjà reconnue dans la première édilion de cet ouvrage (p: 979); a été admise depuis par Curtius (Formation des temps et des modes, p. 241 et suiv.).

3 Bairam n'est pas dans Ulfilas; mais on y trouve des formes analogues. Grimm avait déjà cité des exemples de la première personne plurielle de l'impératif dans la première édition de sa Grammaire allemande (1, p. 411), et le nombre de ces exemples a été accru depuis par Von der Gabelentz et Lobe, Grammaire gothique, page 88, remarque 4.

4 Luc, xv, 93.

$ 714. Imparfait du lêt. en sanscrit et en send.

En grec, l'imparfait ne sort pas de l'indicatif; mais dans le. sanscrit védique l’imparfait possède aussi un lét. Il en est de même pour le zend, qui fait un emploi très-fréquent de ce mode, et surtout à l'imparfait, auquel il donne toutefois la signification d'un subjonctf présent. Nous avons, par exemple, eu)ep car-äd «qu'il aille», venant de l'indicatif dar-a-d «il allait»; gwj»b van-d-d «qu'il détruise», venant de l'indicatif van-a-d «il détruisaitr; jypsg pat-añ-n «qu'ils volent»! ; py)oi bar-añ-n «qu'ils portent». Les formes de l'indicatif seraient pat-ë-n, bar-ë-n (pour pat-a-n, bar-a-n).

Dans les Védas nous avons : bardt «qu’il apporte», venant de l'indicatif dbarat «il apportait»; pradidaydt «qu'il excite», venant de l'indicatif dpradidayat «il excitaitr; vadén «qu'ils disent», venant de l'indicatif doadan «ils disaient ».

$ 715. Parenté du subjonctif et du potentiel. — Nuance de signification qui les distingue.

Je crois reconnaître que le potentiel et le précatif sansenits, ainsi que les modes qui s’y rattachent dans les idiomes congénères, ont été formés d'après le principe du lét ou subjonctif.

De même que le subjonctif allonge l'a caractéristique ($ 713). le verbe auxiliaire qui est contenu dans le potentiel et le précatif a un 4 long devant les désinences personnelles; nous avons, par exemple, en sanscrit, dad-yât et d#-yät, en zend daid-yâd et dd-yäd, en grec dido-in et do-in. Je suppose que ces formes signifient proprement «qu'il veuille donner»; j'y vois, en quelque sorte, une variété plus respectueuse du lêt ou sub-

1 Pour pat-dn ($ 702).

POTENTIEL, OPTATIF. SUBJONCTIF. $ 716. 371

jonctif. Entre les deux modes, la nuance serait la même qu’entre «[je désire] qu'il veuille donner» et «{[je désire] qu’il donne »!.

À l'appui de cette explication, nous rappellerons que le futur, qui prend le même verbe auxiliaire ($ 670), a un a bref devant les désinences personnelles. C'est qu'en effet le futur dé-sgén énonce simplement un fait : 1l signifie «il veut donner» ou, plus exactement, «il veut être donnant». Le verbe auxiliaire «vouloir» n’est pas employé ici par déférence, mais pour marquer que l’action ne se fait pas présentement ?,

$ 716. Formation du lêt.

Nous venons de voir que, pour former le lêt ou subjonctif, le dialecte védique allonge l'a de l'indicatif : quand l'indicatif ne contient point d'a, le lêt en insère un. C'est ainsi qu’à l’aoriste dbdt «il était» répond le subjonctif Euvat « qu'il soit » ; à dkar* «il fit» répond karat «qu'il fasse ». De la troisième formation de l'aoriste dérivent des formes de lêt telles que gosisat «qu’il favorise», pra... târisat «qu'il étende», sévisat «qu'il engendre», mandisat « qu'il réjouisse »; dans une période plus ancienne de la langue, quand deux consonnes de suite pouvaient encore se trouver à la fin du mot, on a dà avoir à l'indicatif dgsist, dtârist, dsävist, ämandist5. Le lêt correspondant provient donc de l’insertion d'un a entre la sifflante du verbe substantif et la désinence personnelle ©,

‘ On a vu plus haut ($ 670) que dans la syllabe yé de dad-yä-t, l’auteur reconnait le verbe { « désirer, vouloir», qui, frappé du gouna, fait ya. — Tr.

* C'est une négation du présent, mais moins énergique que l'a privatif des prétérits augmentés ($ 537 et suiv.).

* L'augment étant supprimé, la forme en question perd son sens de prétérit; il en est de même pour l'aoriste du potentiel et de l'impératif.

* Pour dkart ($ 94); c'est un aorisle de la cinquième formation, laquelle est plus fréquente dans les Védas que dans le sanscrit classique. * Comparez les formes de pluriel et de duel comme dgôsiéra, dgétiéta. * Voyez Abregé de la grammaire sanscrite, $ 4ha, et Benfey, Grammaire sansah.

De ctkét-ti «il connaît» (racine kit, classe 3) vient dikélats «qu'il connaisse ». On a de même, en ancien perse, ahatiy « qu'il soit», en regard de asty «il est » !.

De l’aoriste, le dialecte védique tire aussi des subjonctifs ayant les désinences du présent, tels que karat « qu'il fasse »?, formé de dkar. Ïl se contente même de joindre les désinences personnelles du présent au thème de l'aoriste ; exemple : vtoééan «qu'il annonce», formé de vyavdcat «il annonça » ®.

Remarque. — Le subjoncüf latin correspond-il au lêt sanscrit? — Le subjonctif des trois dernières conjugaisons latines présente une certaine anslogie avec le l8t védique et avec le mode correspondant en zend , ainsi qu'avec les premières personnes de l'impératif actif dans ces deux langues‘. Aina fer-a-t (pour fer-d1) ressemble beaucoup au védique 6ar-d-t (8 714) equ'i porte»; de même, fer-a-nt (pour fer-dnt) s'accorde avec baär-d-n ° qu'is portent», et fer-d-mus avec är-d-ma rque nous portions». Mais ces anslogies sont purement apparentes, si nous avons eu raison de rapporter k subjonctif latin au potentiel sanscrit ($ 691 et suiv.)”. À l'appui de mon opinion qu'il s'est perdu un t après l'a du subjonctif latin, et que cet « a été allongé par compensation, je rappellerai les datfs latins comme popula Romano ($ 177), devenus plus tard populô Roman6. Par une rencontre fortuite avec le latin, l'ancien saxon, dont le subjonctif présent correspond d’ailleurs également au potentiel sanscrit, a supprimé l'? de la diphthongue a

crite développée, p. 365, où l'on trouve aussi le lét asas «que lu sois», asat equ'il soit», venant d'un ancien indicatif ds-s, ds-t. Le sanscril, tel qu'il nous cst parvenu, a, au lieu de ces dernières formes, dsés, dsit, védique ds ($ 532).

? Inscription de Réhistoun, 1V, 38. Le % s en ancien perse reste s devant un !; mais devant une voyelle il devient h.

2 Rig-véda, E, xuvi, 6.

% Rig-véda, I, cv, 4. — Le vi de vivécati est un préfixe.

* On vient de voir ($ 713) que ces personnes peuvent être rapportées au lét.

® Au présent bér-d-ti. Comparez la forme pat-d-ti «qu'il tombe» ($ 713).

$ Rapprochez vad-d-n ($S 71h).

? Pott (Recherches élymologiques, 1" édition, I, p. 695) et Curtius (Formation des temps et des modes, p. 264 ) sont d’une autre opinion.

et allongé l’a précédent, ou bien ila contracté en é les deux éléments de la diphthongue; on a, par exemple, bérds ou bérés — sanscrit bärés (pour Garais), vieux haut-allemand bérés, latin feras ou ferés*. Rappelons enfin qu’en latin le m de la première personne n'est resté, sauf sum et snquam, que dans les formes secondaires ($ 431); or, c'est à ces formes qu'appartient le potentiel sanscrit. Si donc ferds, ferdmus, ferdtis correspondaient à Pépns, Pépœuer, Pépnre, au lieu de répondre, comme je le crois, à @époss, Péporusy, Péporre, nous ne devrions pas avoir à la première personne du singulier feram, mais plutôt ferd ou fera, ou encore fero, comme au subjonctif grec on a Pépo.

L'imparfait du lêt, à signification de présent, me paraît de formation purement sanscrite et zende : je le crois postérieur à l'époque où les langues européennes se sont séparées des deux idiomes asiatiques. Le grec, qui surpasse ordinairement le sanscrit par la conservation plus parfaite des anciennes formes modales, ne présente aucune trace de ce temps. Je ne voudrais donc pes rapporter les subjonctifs latins tels que moneam, legam, audiam, à des imparfaits du lêt°. Il me paraît plus naturel de faire dériver tous Îles subjonctifs latins d'une seule et même source, que de les rapporter, suivant la différence des conjugaisons, tantôt au potentiel sanscrit (optatif grec, subjonctif germanique, impératif slave), et tantôt au léf sanscrit et zend (subjonctif grec) *.

$ 717. L'impératif sanscrit.

Ce mode ne se distingue de l'indicatif que par les désinences personnelles, excepté à la première personne des trois nombres (S 7:3)°. Dans le sanscrit classique, l'impératif n’a d'autre temps que le présent.

‘ La longue n'est pas représentée dans l'écriture; mais Grimm écrit (ct je ne doute pas qu’il n'ait raison) d.

2 Ferés a été, par abus, employé en latin comme futur ($ 693).

3 Dans cette hypothèse, la forme correspondant à feram serait en sanscrit Gardm ; mais je n'ai pas encore rencontré de forme semblable.

* Ona vu ($ 713, remarque) que la première personne du pluriel de l'impératif gothique se rapporte aussi au lêt sanscrit. Comparez $ 736.

s En d'auires termes, l'impératif u'a pas de caractère modal. — Tr.

Nous avons déjà traité des flexions de l'impératif '. Le duel a les désinences secondaires : il en est de même pour le pluriel, excepté à la troisième personne. Nous avons, par exemple, bäratäm «qu'ils portent tous deux», qui diffère seulement de l'imparfait dbaratäm «ils portaient tous deux» par l'absence de l'augment.

En grec, la différence entre la désinence raw de l'impératif Pepérwr et la désinence rnv de l'imparfait éPepérn» est inorgenique, car raw et rnv 8e rapportent tous les deux à une seule et même forme tém.

$ 718. Suppression de la désinence à la deuxième personne du singulier, en sanscrit, en grec et en latin.

À la deuxième personne du singulier, il y a en sanserit cette différence entre les verbes actifs de la première conjugaison principale et ceux de la seconde ?, que les premiers ont perdu la désinence personnelle. Ainsi Gdr-a « porte » (= zend bar-a) n'a pas de flexion : l’a final est la voyelle caractéristique de la classe, à laquelle viennent au duel et au pluriel se joindre les désinences personnelles (At4& bdr-a-tam = Qép-e-ror, AXA br-a-la = Pép-e-te).

La perte de la désinence personnelle paraît fort ancienne, car en grec nous avons @ép-e (et non @ep-e-b) et en latin lep-e’, am-à, mon-ê, aud-i, lesquels sont privés aussi du signe de la personne.

1 Voyez entre autres $ 450 et suiv. et $ k7o.

? On a vu que la première conjugaison principale correspond à la conjugaison grecque en w, aux quatre conjugaisons latines et à la conjugaison faible des langues germaniques. La deuxième conjugaison principale est représentée en grec par les verbes en pu.

? L'e de lege est originairement identique avec l’i (pour a, $ 109°, 1) de beg-i-te. À la fin des mots, le latin préfère l'e à l'i : ainsi le thème mari fait mare.

$ 719. Deuxième personne de l'impératif, en gothique. — Formes latines et grecques en to, rw, no, yro et tôle.

Dans les langues germaniques, les verbes forts, à la deuxième personne de l'impératif, rejettent la voyelle caractéristique de la classe : ils se terminent donc par la dernière lettre de la racine, Cependant, dans la plupart des cas, ils ne présentent pas la vraie forme de la racine, parce que la voyelle radicale, à l'impéralif comme au présent de l'indicatif, est tantôt affaiblie, tantôt frappée du gouna. Ainsi les racines gothiques band «lier» (= sanscrit band’), bug «plier» (= sanscrit bug), bit «mordre» (= sanscrit did «fendre») font à l'impératif bind, bug, beit. De même, en sanscrit et en grec, le présent de l'unpératif garde les renforcements de l'indicatif présent ou, en général, des temps spéciaux : ainsi la racine sanscrite bud’ «savoir» fait à l'impératif ba (pour bauda), la racine grecque Quy fait Peëys.

Les verbes faibles, dans les langues germaniques, gardent leur caractéristique ($ 109", 6). Cependant, ceux qui, comme lama, représentent par ja le caractère sanscrit aya, contractent je en t?; exemple : tam-ei° « dompte! » = sanscrit dam-dya, latin dom-4, grec ddu-ae. Dans la deuxième conjugaison faible, on a laig-6 elèche!» en regard du causatif sanscrit lék-dya, venant de kh «lécher»; la diphthongue gothique 6, qui est une contraction pour a{y}a, représente lé des impératifs latins comme

1 Comperez en latin les formes dic, duc (pour dice, ducs). L'impératif fer n'est pas tout à fait dans le même cas, si le verbe fero correspond, comme je le crois, à un verbe sanscrit de la troisième classe. Le même rapport qui existe entre fer-s, Jer-1, ferctis et bi-Bér-éi, bi-bür-ti, bi-br-t4, se retrouve entre fer et bibr-hi (pour bibar-di). De plus, la désinence personnelle a été supprimée comme dans es = grec to-0:, sanserit é-d'i (pour ad-d'i, lequel est lui-même pour as-di).

? En général, la syllabe ja, quand elle est à la fin des mols, supprime en gothique sa voyelle et vocalise le J.

3 On a vu ($ 70) que l'f long est représenté dans l'écriture gothique par «.

dom-4 ($ 69, 1). Dans la troisième conjugaison faible, on a hab-ai aie !», thah-ai etais-toi! », silai (même sens) en regard des formes latines hab-£4, tac-ê6, sil-é, dont l'é est une contraction pour a et représente le ay du sanserit aya ($ 109", 6).

A la deuxième personne du pluriel, tew-f1-th (pour tas-1a-t) répond au sanscrit dam-dya-ta, au latin dom-d-t, au grec dapde-re. En gothique comme en grec, la deuxième personne du pluriel est la même à l'impératif qu'à l'indicatif présent; au contraire, en sanscrit, nous avons à l'impératif la désinence te des formes secondaires, tandis que l'indicatif a la désinence ts des formes primaires : ainsi &Wu@ damdyata signifie « domptez» et gare damdyaia «vous domptez». En latin, on a à l'impératif domäte et à l'indicatif domdtis : le premier représente l'impératif sanscrit damdyata; pour le second, il coïncide, quant à la forme, avec le sanscrit Eaux damdyatas (gothique tamjats), qui est la seconde personne duelle de l'indicatif présent 1.

Au temps appelé impératif futur?, nous avons en latin w (= grec rw) pour désinence de la deuxième et de la troisième personne; le dialecte védique nous présente la forme correspondante tdt (S 470), qui sert pour la deuxième comme pour la troisième personne, et qui, comme on l’a déjà fait remarquer, s'est conservée le plus fidèlement en osque (haitud, estud). Dans cette forme aTa tél, l'expression de la personne est contenue deux fois.

Il en est de même, en latin, à la deuxième personne du pluriel tte, qui ferait supposer en sanscrit une forme T4 til, dont il n’y a pas d'exemple.

À la troisième personne du pluriel, on a en latin nto, en grec vrew (legunto = }eyévrwv); nous avons rapproché ($ 470) en sanscrit les formes moyennes en antäm (@epévrwr = bérantäm),

1 Voyez S 44.

4 Voyez plus haut, page 67, note 3. — Tr.

Mais cn peut proposer encore une autre explication. De même qu'il y a en sanscrit des singuliers comme ftvatdt «qu'il vive», il a pu y avoir des pluriels comme gévantät (en latin vivunté, $ 470). Cette désinence ntât sera devenue en grec rw, avec la suppression obligée de la dentale finale; à son tour, vr sera devenu vrww, par l'addition d’un » inorganique !. Cette explication, à laquelle je donne maintenant la préférence, est confirmée par les formes doriennes en »rw, quoique même pour ce dialecte les impératifs en re» soient plus fréquents dans les inscriptions que les impératifs en wrw ?.

$ 720. Impératif sanscrit en tu, nt. — Forme correspondante en send.

La désinence sanscrite tu, pluriel ntu, s'explique par le thème pronominal & {a : l'a s'est assourdi en u, tandis qu’au présent de l'indicatif et, en général, dans les formes primaires, l'a a pris le son de la voyclle la plus mince, c'est-à-dire de li. Nous avons donc les trois formes -ta, -tu, -4. Le thème du pronom interrogatif, même hors de composition, se présente aussi à nous sous les trois formes ka, ku, la.

En zend, lu de l'impératif s’est quelquefois allongé, par exemple dans la forme fréquemment employée aebslc mrauld «qu'il dise». L'u est bref, au contraire, dans »ps)w. garatu «qu'il mange», »pseyzeb vanhatu «qu'il revête ».

$ 721. Les impératifs zends en anuka,

En zend, à la deuxième personne du singulier, la désinence moyenne sva *, précédée d'un a, s'est presque toujours altérée en

1 Un fait à peu près analogue a lieu en gothique pour les thèmes féminins en 6», qui représentent les thèmes sanscrits en d (5 14a).

? Voyez Ahrens, De dialectis, t. 11, p. 2:92, et Gurtius, Formation des temps ct des modes, p. 269. °

# Venant de (va, $ 443,

anuka (pour ankva). Le o s’est vocalisé en w et est venu se placer devant le k; mais la nasale qui avait été insérée devant le k (S 56*) est restée, quoique d'ordinaire le ; #, en sa qualité de nasale gutturale, ne se trouve qu'en combinaison immédiate avec h. On serait tenté de croire que le zend a fini par trouver trop incommode le groupe #hv, car presque partout où il devrait se rencontrer, 1l est remplacé par en #uh : c'est ainsi que nous avons bpsgnysmb vivanuhaté = sanscrit f{WRrTE oivasvates «de Vivasvat ».

Comme exemples d'impératifs en aywha on peut citer ! : ami vastra ydonhayanuha? «revêts les habits»; frd sasta énayanuha? «lave-toi les mains»; 4 atfmanm ydfanuha * « étale du bois ».

On trouve encore hunvanuha à côté de hkunvanha 5. Mais on à, au contraire, ovffanha «obéis», pour lequel il ne semble pas

qu’il y ait de variante ‘.

Remanque Î. — L'impératif zend henvasuha. — Dans l'exemple précité hunvasuha, la racine sy ku (— sanscrit 4 su”) prend à la fois la carac-

1 Tous ces exemples sont tirés du xviu° chapitre du Vendidad-Sâdé. Le manuscrit lithographié donne plusieurs fois la forme anks, au lieu de asuha; mais Burnouf (Commentaire sur le açna, note À, p. 17) adopte, d'après les autres manuscrits, la leçon enuke.

2 C'est le causatif de la racine sanscrite ZX] yas «s’efforcers.

% Je regarde énayanuha comme un passif à signification moyenne. C’est ainsi que nous avons (Vendidad-Sädé, p. 331) : uf tamim énayaita «qu'il se lave le corps». Quand la racine énd est employée dans le sens transitif, on se sert de préférence dn composé sndda ($ 637); exemple : aitdo vaétrdo fraénddayën «qu'ils lavent ces habits» (Vendidad-Sädé, p. 333). Au sujet des formes passives employées dans le sens du moyen, comparez $ 734.

4 C'est la racine sanscrite UT yam (dans les temps spéciaux AE yaëË) avec la préposition AT d.

5 Vendidad-Sädé, p. 39.

* Vendidad-Sädé, p. 123. Compare Olshausen, p. 11, et Westergaard, p. 347.

7 E. Burnouf (Journal asiatique. 1844, 11, p. 467) me reproche à tort d'avoir rapporté le zend hu au sanscrit & hu esacrifier». Je me suis, au contraire, attaché à démontrer que le & h sanscrit n’est jamais représenté en send par un ey à.

téristique de la cinquième classe nu et la caractéristique a de la première; autrement, nous aurions à l'impératif hunugva (= sanscril 47107 sunuivd). I reste à savoir quelle est, parmi les différentes racines sanscrites 4 su, celle que représente ici le zend kw. On peut hésiter entre le sens de «louer, célébrer», qui est adopté par Nériosengh et Anquetil ', et celui de «exprimer [le suc|+, que préfère Burnouf. La phrase : frémaim hunvanuha daretéé* est traduite par Nériosengh : GdenT{Eg @TanTa parisañskérañkurs K4dandya®. Cette explication est commentée par la glose suivante : aTerré eat4u * dhérdrian sanmânaya «honore [moi] à cause de la nourriture» ®. Anquetil rend Île même passage par : rqui me mange en m invoquant avec ardeur» , et aux autres endroits où se présente la racine »ey Au °, il traduit toujours par rayant invoqué et s'étant humilié » ”. Mais, d'un autre côté, à est certain que le sens «exprimer [le suc]», proposé par Burnouf, convient très-bien pour tous ces endroits, où il est question de la plante appelée, précisément d'après la même racine, sçb»y hauma (— sanscrit HT s6ma).

Rauwanque 2. — Les impératifs grecs comme Aéyou, 3/oc0. — Des impératifs zends comme risanha #obéis» ($ 721) on peut rapprocher, quoique, à première vue, ils ne leur ressemblent guère, les impératifs grecs comme ÀAéyov (pour Àéy-e-00). En effet, la désinence oo, laquelle est restée aux impératifs des verbes en pu (00-00), représente le ha zend, le sva

1 J'avais traduit de la même façon dans l'édition latine de ma Grammaire sanscrile, p. 330.

2? Fagçna, chap. 1x, 7.

? Burnouf fait observer : «Nos manuscrits sont très-confus en cet endroit : celui de Manakdji a HERTÇ%1G, mais je ne suis pas sûr du #1; le numéro II F lit XERTE avec 31 au-dessus de la ligne.» Mais je ne doule pas que Burnouf n'ait raison de lire F4.

4 C’est ainsi que lit Burnouf, au lieu de FATJA sanmdraya, qui ne présente point de sens.

5 Burnouf traduit : «honore-moi comme nourrilurer. Mais dhdrdrlam signifie æà cause de la nourrilure», et Kddandya, qui traduit le send gardés, est comme celui-ci uu datif.

* Elle revient plusieurs fois dans le chapitre 1x du Fagna.

7 Je regrette que Burnouf n'ait pas donné la traduction de Nériosengh pour ces passages. La forme zende est huntita (une fois hunvata), c'est-à-dire la troisième personne de l'imparfail. | Nériosengh traduit la phrase zende kag iwañim vaoiryé hundta par : kas todm pürvam saïskriavén. —- Tr.]

sanscrit; quant à la nasale insérée dans vfsaska, elle n'est qu’une addition inorganique ($ 56“). Si nous supprimons cette nasale, nous aurons, per exemple, ber-a-hka (pour barasa) == grec Pép-e-co. D'après cette expiicalion, {0-0 est pour une ancienne forme 8@0-0Fo'.

Mais il se présente encore une autre hypothèse, qui mérite d'être prise en considération. Les impératifs grecs comme @épov (pour Pépeco), àt- 8000 sont identiques, sauf l'absence de l'augment, avec la seconde personne de l'imparfait. Or, nous avons vu qu'en sanserit l'imparfait et l'aoriste peuvent remplacer, après la particule prohibitive md, l'impératif, soit en gardant, soit en rejetant l'augment; on a vu aussi ($ 449) qu'en arménien la seconde personne du singulier de l'impératif (mi beres «ne porte pas») était originairement un imparfait. Il se pourrait done que les impératif grecs comme Àéyov, àlèoco fussent sortis des formes correspondantes de l'imparfait, avec suppression de l'augment.

$ 722. Première personne de l'impératif, en sanserit et en zend.

Au singulier comme au duel et au pluriel, la première personne de l'impératif se forme suivant un principe particulier, qui rappelle plutôt le subjonctif ou lét que les autres personnes de l'impératif ($ 713). On insère un é devant les désinences personnelles; au moyen, les flexions qui à l'indicatif présent finissent en €, allongent cette diphthongue en &; dans la seconde conjugaison principale, le thème verbal prend la forme renforcée, qui d'ordinaire ne se trouve que devant les désinences faibles.

La première personne du singulier a # pour flexion : le n est évidemment une allération pour m. Au moyen, ce n est supprimé en sanscrit; mais il est resté en zend : on a donc ygojss äné en regard du sanscrit &. Nous avons déjà vu ($ 467) que le sanscrit supprime de même, au présent de l'indicatif moyen, le # de la première personne, lequel s’est conservé en grec; le send, qui s'est altéré de la même manière que Îe sanscrit à l’indica-

1 En sanscrit dat-svd (pour dadd-sva).

tif, a, au contraire, gardé la consonne à l'impéralif. Il y a le même rapport entre ou âné et l'actif ju ânt qu'entre le grec pas et l'actif pu.

Nous faisons suivre les premières personnes de l'impératif de la racine fx duis «hair», mises en regard des personnes correspondantes de l'indicatif.

Page 1