___ INTRODUCTION
Le plus haut point de cohésion a été atteint par les langues slaves modernes : l'adjectif composé a presque partout remplacé en prose l'adjectif simple!. Mais comme, d'un autre côté, la présence du pronom annexe ne se révèle plus guère que par quelques modifications phoniques, ces idiomes ont l'air de posséder une déclinaison spéciale pour les adjectifs.
C'est à M. Bopp que revient le mérite d’avoir analysé tous ces faits’. Avant lui, la double déclinaison des adjectifs allemands était regardée comme une singularité inexplicable, ou était expliquée d'une façon très-défectueuse. Jacob Grimm, dans sa Grammaire allemande, regarde blinder comme la forme la plus ancienne et {a plus simple : aussi l’a-t-il appelée la forme forte, nom qui lui est resté®. Bopp lui-même n'a pas trouvé du premier coup la vraie explication. Dans la recension qu'il donna, en 1827, de
que. Les pronoms ein, mein, dein, sein ne sont simples qu'au nominatif : les cas obliques renferment le pronom annexe ya. Aussi, par une nouvelle application de la même règle, l'adjectif reparaît-il sous la forme simple dans les cas obliques (meines guten vaters et non meines gutes valers).
! Ce dernier n'est plus guère usité que comme attribut, c'est-à-dire dans le même emploi où l'allemand se sert de l'adjectif privé de flexion.
* En lithuanien, où la forme complexe de l’adjectif est encore très-transparente, la présence du pronom a été reconnue dès le xvn° siècle. Voyez sur ce sujet Benfey, Histoire de la linguistique et de la philologie orientale en Allemagne, depuis le commencement de ce siècle et avec un coup d'œil sur les temps antérieurs (Munich, 1869), p. 489. — Nous profitons de 1a première occasion qui se présente pour signaler cet excellent ouvrage, qui sera bientôt entre les mains de tous les linguistes. Nous y avons nous-même fait plusieurs emprunts dans le cours de cette introduction.
* Grammaire allemande, Î (2° édition), p. 597. Comparez IV, p. 460, 6og et 582.
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la Grammaire allemande de J. Grimm}, il regarde encore les formes bhinder, grüngs, non comme renfermant effecüvement un pronom, mais comme portant simplement une désinence pronominale : en d'autres termes, il suppose que par une extension dont plusieurs idiomes nous présentent des exemples, les adjectifs ont été fléchis sur le modèle des pronoms?. C'est l'étude du slave et du lithuanien qui a suggéré à M. Bopp la véritable solution.
Au reste, tous les problèmes qui se rattachent à cette double déclinaison germanique ne sont pas éclaircis. Pour ne citer que deux points encore incertains, le n qui caractérise la forme faible (gothique blindan) a donné lieu aux hypothèses les plus diverses, et l'on s’est demandé si ce n ne serait pas lui-mème le débris d'un pronom annexe*. D'un autre côté, notre auteur laisse planer un certain doute sur la manière dont, selon lui, se déclinait la forme forte : l'adjectif et le pronom portaient-ils l’un et l'autre la flexion, comme en slave et en lithuanien, ou bien le pronom annexe se fléchissait-il seul? Les formes les plus anciennes sont déjà trop contractées pour qu'il
! La recension en question a été reproduite dans le volume intitulé Vocalismus. Voyez page 121 et suiv. Cette première opinion de Bopp est celle qu'a adoptée Schleicher, dans son Compendium (a° édition), p. 624.
* Des exemples d’empiétement de la déclinaison pronominale sur la déclinaison des noms se trouvent en grec, en latin, en lithuanien, en pâli (S$ 173, 228°, 248, 274).
* Voyez $ 286. Comparez Guillaume Scherer, Zur Geschichte der deutschen Sprache (Berlin, 1868), p. 408. On trouvera en cet endroit l'énumération des diverses suppositions qui ont été faites à ce sujet. Voyez aussi Leo Meyer, Ueber die Flerion der Adjectiva im deutschen (Berlin, 1863).
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ait été possible jusqu'à présent d'arriver à cet égard à une certitude.