TROISIÈME PERSONNE DU SINCULIER. TROISIÈME PERSONRE DU PLURIEL
Racine. Passif. Moyea. Passif. Moyen.
bud' (classe 1) bud-yd-4 béd'a-té budyd-nté bôda-nit tu (classe 6) tud-ya-té tud-à-té tud-yd-nté tud-d-nté vas (::lasse 2) vas-ya-té vas vas-yd-nié vas-at* bar (br) (classe 3) bri-ya-té bibr1# brigd-nié bibraté yug (classe 7) gug-ydté guñk4té gufyinlé yuig-dté star (str) (classe 5) star-ydrté str-nu-té slar-ya-nté str-av-dié
pré(classe 9) priyété Oprinité O prigénté prisdit
Rewanque. — Passif des racines finissant en ar, r. — Les racines en sr qui, à l'actif et au moyen, contractent cette syllabe en r dans les formes
1 Voyez $$ 501 et 519.
* Voyez $ 104°, remarque 2, et Système comparatif d’accentuation , $ 11.
* Le moyen, à la différence du passif, prend les caractéristiques des classes. Voyez $ 109*.
* Voyez $ 459.
pures ou légères, prennent au passif la syllabe ri, si elles commencent par une seule consonne : ainsi Our fait bri-ya-té. Si, au contraire, elles commencent par deux consonnes, elles gardent ar : ainsi star fait star-ya-té. Je regarde la syllabe ri: comme une métathèse pour fr, qui lui-même est, à ce que je crois, un affaiblissement de la forme primitive ar.
C'est grâce à la protection des deux consonnes initiales que les verbes comme star ont maintenu leur ancienne forme. On peut rapprocher, à ce sujet, ce qui a été dit des impératifs comme dpnuhi robtiens!» , comparés aux impératifs comme cinü rassemble!» ($ 451). Je crois découvrir un fait analogue en latin : si la racine st4 (— sanscrit si être debout») a presque partout conservé sa longue, tandis que dà (— sanscrit d4 rdonner») l'a perdue, c’est probablement grâce à la protection des deux consonnes initiales.
En ce qui concerne la métathèse de bir en bri, on peut rapprocher les formes grecques comme æarpdo: {pour warap-ai)'.
$ 734. Affaiblissements irréguliers de la racine, devant la caractéristique du passif ya, en sanscrit, en zend et en ancien perse.
La racine subit quelquefois, au passif, des affaiblissements irréguliers, à cause de la surcharge produite par l'addition de la syllabe ya. Ainsi vaé «dire» se contracte en ué, par exemple dans ué-yd-té « dicitur »; rapprochez certaines formes anomales de l'actif, comme #éimé «nous parlâmes» (pour u-ucima). La racine #& praë «interroger» contracte la syllabe ra en r, par exemple dans préyäté «interrogatur»; on a, de même, à l'actif,
rétämi «j'interroge», papréimd « nous interrogeämes » ?. Quel-
ques racines en d affaiblissent au passif cette voyelle en f; ainsi dà «donner» a pour thème du passif dtya; exemple : diyaté «datur».
Le zend, en vertu du même principe, abrége w 4 en » a;
1 Voyez $ 254.
? Mais au singulier du prétérit redoublé, on a paprécéa ej'inlerrogeai, il interrogea», à l'iufinitif, prééfum «interroger.
ui. 20
exemples : gegwwss=œ nidiyémié « deponuntur » ? (= sanccrit mdtyanté); 24 30332}2 …. 0) frà.… #nayanuha «sois lavé»? (= sanscrit pra-snyasva ); spxwsse Snayaita « qu'il soit lavé» ou «qu'il se lave».
En ancien perse, l'4 de la racine pé s’est également abrégé devant le ya du passif dans E. FIN... Gr patipayauvä 3. On peut citer cet exemple à l'appui de l'explication que nous avons donnée plus haut ($ 721) pour les formes zendes énayanuha et #nayaita : nous y avons vu des passifs À signification réfléchie. C'est aussi le sens réfléchi qu'il faut dorner à l'impératif patipayauvd : Benfey le traduit par « garde-toi», Rawlinson par «te expeditum habe ».
Rewanque. — Examen d'une opinion d'E. Burnouf : le signe du passif ga existe-t-il en zend? — Burnouf. dans la forme précitée snayeguka, ne fait pas de ya le signe du passif‘. En général, selon ce savant, le zend n'aurait guère plus de part au signe passif ya que le grec et le latin *. Mais le changement du sens passif en sens réfléchi ou moyen n'a rien de plu surprenant que le fait contraire qui a lieu en grec, en gothique, en latin, en lithuanien et en slave. Burnouf cite sans autre indication la forme paresse] midayéinti, qu'il traduit par eils déposent»; dans le manuseri lithographié, je trouve deux fois cette forme au troisième fargard du Vedidad* ; mais je lis, avec Lassen et Westergaard, nidayéinté « deponuntur». Si, cependant, nidayëinti était la vraie leçon, je n'y verrais pas moins un passif avec désinence de l'actif : au passif sanscrit, il arrive assez fréquem-
1 Vendidad-Sädé, page 246 : yahmya narë trésta (lisez trista) ni layéinté ain qua [terra] homines mortui deponuntur».
* Avec le sens du moyen : elave- loi [les mains ]». Voyes $ 731.
$ Inscription de Béhistoun, IV, 38. Rawlinson et Benfey lisent patipaywewd ; mais je crois que l'a renfermé dans 1 y doit ici faire partie intégrante du mot La désinence uv (pour huvd, leqnel est lui-même pour hvd) répond à la désinence de l'impéralif sanscrit sua ($ 253). La préposition pati représente le sanscrit pret.
+ Yaçna, p. 361, note. [Il reconnaît dans ya la caractéristique de La classe. — Tr.]
1 Yagna, p. 359.
* Voir l'Index de Brockhaus.
PASSIF. $ 735. h03
ment que les désinences de l'actif prennent la place des désinences
moyennes, en sorte que le passif est exprimé uniquement par la syllabe
ya'.
En admettant avec Burnouf que nidayéinti fût un actif, il faudrait prendre
«ils déposent» dans le sens de son dépose» , et expliquer nard irista comme des accusatifs.
$ 735. Passif du verbe gan rengendrer», en sanscrit et en zend.
De la racine gan «engendrer» vient la forme irrésulière are géyé (pour ganyé) «je nais», que les grammairiens indiens expliquent comme un moyen de la quatrième classe. La position de l'accent tonique autorise cette explication ($ 333), qui, si elle est admise, devra s'étendre aussi au verbe zend correspondant.
Mais remarquons que le sens exige le passif et non le moyen; observons, en outre, qu'abstraction faite de l'accent, la forme du moyen est identique, pour les verbes de la quatrième classe, avec celle du passif. J'aime donc mieux regarder dans les deux langues la forme en question comme un véritable passif. Îl est vrai que l’accentuation de gâyé est irrégulière ?; mais Pânini nous apprend qu'on peut aussi accentuer de cette façon : gayé.
La racine zende correspondante est j6 san : nous la trouvons plusieurs fois employée au passif, en combinaison avec la préposition # uf (= sanscrit ut). Comme en sanscrit, le n final est rejeté devant le signe du passif ya; mais l’a précédent n'est pas allongé, ou la longue a été de nouveau abrégée. Ce fait ne doit pas nous surprendre, si nous considérons que même les racines qui ont par nature un & long, l'abrégent devant le ya
‘ Abrégé de la grammaire sanscrite, 2° édition, $ 446. * Elle n’est régulière que dans les cas très-rares où gâyé sigailie «j'engendre» on «j'enfante», et est, par conséquent, un vrai moyen. 3 VI, 1, 195.
af,
du passif. En conséquence, AS 2 us-sayéinté! «ils naïssent» répond exactement à la forme précitée (5 734) nidayénts. À l'imparfait, nous trouvons la deuxième personne sys
uéasayanha «tu naissais» ($ 469), et, à la troisième, uésayaie
«11 naissait »?.
$ 736. Les formes driyé «je dure» et mriyé’ «je meurs» appartiennent au passif. — Restes de l'ancien passif, en latin, en gothique et en
géorgien.
Les grammairiens indiens expliquent également comme des moyens de la sixième classe la forme 8 mriyé’ «je meurs», venant de la racine mar, mr, et la forme fÿà driyé'«je me maintiens, je dure», venant de la racine dar, dr. On a vu plus haut ($ 733, remarque) que parmi les racines finissant en ar, celles qui sont sujettes à contracter ar en r° prennent au passif la syllabe ri (pour ra). Or, il en est de même, à l'actif et au moyen, pour les racines en ar de la sixième classe; suivant donc qu’on divisera de cette façon : mriy-#, driy-4't, ou de cette autre manière : mri-yé, dri-yé, on aura des moyens de la sirième classe ou des passifs. Dans l’une et l’autre hypothèse, l'accentuation doit rester la même, puisque la caractéristique de la sivième classe reçoit l'accent aussi bien que la syllabe ya du passif.
Le sens de dar étant «soutenir, porter», je suppose que la signification primitive de driyé' est «je suis soutenu, je suis porté». Je vois donc dans cette forme un passif. Mais si driyé'est
! Vendidad-Sädé, p. 136.
* Vendidad-Sädé, p. 39 : yad hé (le texte porte çey h6) puird wésayata «qu'il lui naquit un fils».
* Selon les grammairiens de l'Inde, la f,rme en r serait la forme primitive.
* Dans ces formes, 1y tiendrait la place d'un simple i. Sur cette modification euphonique de l'i, voyez $ 50.
» Voyez $$ 109", 1, et 733.
un passif, je crois aussi devoir reconnaître un passif dans mriyé' «je meurs » !, On peut rapprocher les formes zendes mérë-yéi-t «il meurt», fra-mérë-yéi-4 (même sens), mair-ydi-h (par euphonie pour mar-yd-t) «qu'il meure», ava-mair-y&i-18 (même sens). Îl est vrai que ces formes peuvent être expliquées aussi comme des actifs ou des moyens de la quatrième classe ?. L’accentuation zende nous étant inconnue, il est impossible de décider cette question; mais ce qui est certain, c’est que, si le.y sanscrit dans mriyé, mriydsé correspond au y des mots zends précités 5, le verbe sanscrit représente par la forme et par l'accent un véritable passif.
À la racine sanscrite et zende mar répond, en latin, mor : dans le 10, tu de morior, moriuntur, nous avons encore un reste fort bien conservé du caractère passif 4 ya. Comparez le 14 de mor-iu-ntur avec le ya sanscrit de mri-yé-nté (pour mar-yd-nté).
Un autre représentant de ce ya nous est fourni par le gothique us-ki-ja-na «enatum », lequel fait au présent de l'indicatif uski-ja «enascor», et suppose, par conséquent, un simple ki-ja « nascor » ‘.
Mentionnons encore en latin, comme reste de l'ancien passif, le verbe fo, que je divise de cette façon : f-10, et que je regarde comme étant pour fu-10. C'est ainsi qu'en ancien perse nous avons b-1y45 «qu’il soit» = sanscrit bâyät. Le latin fo répond donc au sanscrit bdyé, si l’on fait abstraction de la désinence
1 Peut-être le sens primitif était-il eje suis usé, consumé»; comparez le grec mapaives. La racine sanscrite mar, mr, conjuguée d'après la neuvième classe (mr-nd-mi), signifie «tuer». Les grammairiens de l’Inde supposent pour ce dernier verbe une racine mf, et ils admettent que le f s'est abrégé devant la caractéristique de la Er a vu ($ 734) qu'en sanscrit le passif a quelquefois les désinences de l'actif.
3 C'est-à-dire n'est pas dû à la loi phonique indiquée au $ 508.— Tr.
* Pour kin-Je, comme en sanscrit nous avons gd-yé, pour gan-yé.
* Par leuphonie pour byd; il est rare qu’en ancien perse un y, quand il se trouve après une autre consonne, ne 5e fasse pas précéder d'un
moyenne de ce dernier !. Comparer ftu-nt avec bd-yd-nté, f-1e-t avec bd-yé-ta, f-16-mus avec bù-yé-mahe.
Comme le passif sanscrit est souvent employé avec le sens impersonnel, dans des locutions telles que éréydidmæ « entends!» (littéralement «qu'il soit entendu!»), dsydiém « assieds-toi!» (littéralement «qu'il soit pris place!»), je rappellerai ici que des expressions du même genre sont très-habituelles en géorgien ?. Je veux parler des verbes ou des temps que Brosset appelle indirects : leur élément formatif 1a ou se présente une ressemblance incontestable avec le signe du passif ga. On a, par exemple : dymbos m-gon-1a «il est pensé par moi», pour je pense »; dydo73 6 3808 $e-ms-quareb-1a «il fut aimé par moi», pour «j'aimai». Le passif ordinaire, quand 1} s'est conservé en géorgien, présente également une formation qui rappelle le gs sanscrit; c'est à la troisième personne du pluriel que la ressersblance est le plus visible. On a, par exemple, 30736 705b $e-1-quarehian «amantur» en regard de l'actif joj356 à 30 #+gwareben «amant » *,
$ 737. Restes du caractère passif ya, en arménien.
L'arménien, comme l’a d'abord remarqué Petermann;, à
! Le passif de bd «étre» ne peut guère trouver son emploi qu’à le troisième personne du singulier, dans le sens impersonnel. C’est dans le mème sens qu'on rescontre aussi le neutre du participe futur passif : tavd ’nucaréna mayé baviiaryen « c'est à moi à être ton compagnon » (Hitôpadèça, éd. Schlegel, p. 1 7). L'idée e devenir» est exprimée par l'actif de bé, Bévdsi signifiant non-seulement v je suis», mais eje deviens».
2 J'ai exposé les affinités grammaticales du géorgien et du sanscrit dans mon mémoirv intitulé Les membres caucasiques de la famille des langues indo-europécanes. Voyez en particulier page 59.
3 En sanscrit SAT GTA mayd gkd-ya-W «il est su par moi».
* Dans sa désinence, cette forme géorgienne nous présente la même mutilation que l'allemand sie lieben (pour liebent) «ils aiment+. Voyez le méunoire precilé,
page 96.
* Grammalica linguæ armeniacæ, p. 188.
sacrifié l'a du caractère passif ya, et a vocalisé le y en 1. Cet 1 se joint au thème du présent, dont la voyelle finale est supprimée; exemples : orsan-t-m « venatione capior » !, afnan-1-m «accipiot», gow-i-m «laudor». L'actif est orsane-m, aïnane-m, gome-m. Cette forme passive est prise aussi par beaucoup de verbes feutfes et déponents qui n'ont point d’actif correspondant : ils joignent l': à la consonne finale de la racine, comme Bounful n-st-1-m° je suis assisv, Yeud}al kam-1i-m «je veux», où bien ils l’ajoutent à la consonne finale du thème du présent, éoimme meran-1-m ° «je meurs ». Une partie des verbes de la troisième conjugaison gardent devant li la voyelle caractéristique # dés formes spéciales; exemple : senu1-m «mactor», venant de sén-u-m, dont la racine répond au sanscrit ŒA han «tuer ».
À l’imparfait, devant le verbe « être » qui vient s’adjoindre au verbe attributif, le caractère passif est rejeté; 1l faut excepter toutefois la troisième personne du singulier, où, à côté de ér, nous avons tur *, dans lequel je crois reconnaître l': du passif. Je regarde l’# de t-ur comme un affaiblissement de l'a de la racine as; le même affaiblissement a lieu, entre autres, dans ut-e-m €je mange » = sanscrit dd-mi, grec #-w, latin ed-0 ($ 183? 1).
1 Schrôder, Thesaurus lingue armeniace, p- 148.
3? En sanscrit, ni-éad «s'asseoir» (par euphonie pour s#i-sad). Voyez Windischmann, Éléments de l'arménien, p. 43.
3 Dans meran-i-m, le n n’est pas une lettre radicale.
* Exemple : gngbep powiur «laudabatur». Sclon Schrôder (Thesaurus lingue armeniacæ, p. 149), la forme en tur doit être employée avec les verbes passifs, la forme en ér avec les verbes neutres et déponents. Cependant, il est certain que les verbes neutres et déponents de la quatrième conjugaison auraient droit ä la forme en ir, puisqu’au présent ils suivent l’analogie des verbes passifs. Quoi qu'il en soit, ni dans l’une ni dans l’autre de ces formes, pas plus que dans le simple 6r «il élait», je ne saurais reconnaître, comme le font les grammaires arméniennes, la présence d’une désinence personnelle.
$ 738. Passif des temps généraux, en sanserit.
IL est probable qu’à l'origine le caractère passif & ya s'étendait aussi aux temps généraur. Le sansenit, tel qu'il nous est parvenu, nous en présente peut-être encore un reste dans les racines finissant par 4 ou par une diphthongue!. Je veux parler du y qui précède la voyelle de liaison : à l'aoriste, aux deux futurs, au précatif et au conditionnel ; exemples : édéyrst «je fus donné», däyitéhé «je serai donné», däyiéyé (même sens), . dâyistyé «que je sois donné», ddäyiéyé «je serais donné». Ce qui me détermine surtout à expliquer le y de cette façon, c'est que. dans la formation déponente de l'intensif?, le caractère passif reste aux temps et aux modes en question même après d’autres voyelles que l'4; on a, par exemple, déééiyñ «j'assemblai», céciyitähé «j'assemblerai», céctyisyé" (même sens) *. Si le & y se trouvait seulement après un 4, on pourrait, ainsi que je l'ai cru autrefois, y voir simplement une insertion euphonique, analogue à celle qu'on a, par exemple, dans l’adjectif yé-y-tx «allant», venant de yd et du suffixe in ($ 43).
En sanscrit comme en grec, le parfait passif est toujours semblable au parfait moyen : ainsi dadréé signifie «j'ai vu, il a vu» ou «j'ai élé vu, il a été vu». Parmi les temps généraux, le parfait est le seul, avec la troisième personne du singulier de l’'aoriste*, qui soit d’un emploi habituel au passif.
! On a vu ($ 109°, a) que les racines qui, suivant les grammairiens de l'Inde, finissent par une diphthongue, peuvent être ramenées à des racines en d.
2 J'appelle ainsi cette formation, parce qu'elle a la signification active avec les formes du passif.
S Racine FX & «assembler». Devant le y du caractère passif, l’i et l'& sont allongés. En général, le y allonge habituellement un à ou un u précédent, à moins que ne soit simplement le développement euphonique d'un : ou d’un f, comme dans biyis «timoris», venant de bf+ as. De même. en latin, le j. à l'intérieur d'un mot,
rend la voyelle précédente longue par position. “ Gette forme se termine en 1 ct est privée de désinence personnelle; exemple :
$ 739. Origine de la syllabe ya, exprimant le passif.
Il reste à nous demander quelle est l’origine du caractère passif & ya. Sir Gr. Haughton ! nous en fournit, ce semble, une explication parfaitement satisfaisante. Il rappelle qu’en bengali et en indoustani le passif est exprimé par un verbe auxiliaire signifiant «aller», savoir, en indoustani, tait güné (pour ydnd, $ 19), ct, en bengali, at yé. Dans ce dernier dialecte, par exemple, act utx kürd y&i signifie «je suis fait», littéralement « [in] confectionem eo». Or, en sanscrit, il y a deux verbes, : et y4 (classe 2), qui signifient l’un et l'autre «aller». Pour l'explication du passif, nous préférons le second, qui sert à exprimer la même relation en bengali : l’abréviation de la syllabe at yd en & ya vient, comme je le pense, de la surcharge produite par la composition. L'a du caractère passif ya appartient donc à la racine, et n'est pas, comme dans la caractéristique de la première et de la sixième classe, un complément servant à la conjugaison ?. L’adjonction des désinences moyennes, qui expriment l’action réfléchie, ajoute encore une nuance à la signification du verbe auxiliaire : tandis que le bengali kôrd ydi veut dire seulement «[in | confectionem eo», le composé sanscrit kriyé' dit quelque chose de plus, savoir «me [in] confectionem verto». On peut comparer les constructions latines comme
égani «il naquit». On pourrait être tenté de voir dans cet 5 une contraction du caractère pasaif A ya; mais les formes comme édéyi «il fut donné» s'opposent à cette explication, car ici le y est l’expression du passif et li est très-probablement une voyelle de liaison, comme dans édéy-i-éi «je fus donné», éddy-i-étés «vous fûtes donnés». Conséquemment, édéyi peut être regardé comme élant pour éddyisfa.
1 Dans son édition de Manou, t. I, p. 329 et suiv. et dans sa Grammaire bengalie, pages 68 et 95.
3 Il suit néanmoins l’analogic de la caractéristique a, absolument comme la racine sid «êlre debout», après s’être abrégée en sia, suit l'analogie des verbes de la première et de la sixième classe.
amatum ini «être allé en aimer ». Rapprochez aussi veneo qui est le contraire de vendo (8 632). Les expressions comme «aller en joie, en colère», au lieu de «être réjoui, être irrité », sont trèsfréquemment employées en sanscrit; on dit même : grahanai samupdgamat «il alla en captivité», au lieu de «il Fut pris»!.
CAUSATIF.
$ 7ho. Origine du caractère causatif,
Par sa formation, le causatif sanscrit et send est identique avec les verbes de la dixième classe ($ 109", 6). Dans les temps généraux, 1l prend #4 ay, et dans les temps spéciaux 4 ays. Pour expliquer cette caractéristique, le sanserit nous présente deux racines : t «aller» et { «désirer, demander, prier». L'une et l’autre, étant frappée du gouna, devient #4 ey devant les voyelles, et, combinée avec la caractéristique a de la première classe, wa aya. La signification « désirer, demander » convient bien, ce semble, pour l'idée accessoire exprimée par le causatif; en effet, le causatif sert à marquer que l'action est accomplie par la volonté du sujet, et non point directement exécutée par lui. Kérdydmi «je fais faire» signifierait donc proprement «je demande que quelqu'un fasse, qu'une chose soit faite ». Si, au contraire, le caractère causatif vient de la racine : «aller», nous rappellerons que les verbes sanscrits signifiant «se mouvoir, aller » servent en même temps à marquer l'action ($ 339). Le verbe causatif véddydm: signifierait alors à la lettre «je fais savoir ».
$ 741. Le causatif dans les langues germaniques.
On a vu que, dans les langues germaniques, les trois con-
1 Râmäyana, éd. Schlegel, L, 1, 73.
CAUSATIF. $ 741. LE À
jugaisons faibles se rapportent à la dixième classe sanscrite }; mais c’est seulement la conjugaison qui a conservé le plus clairement la caractéristique au, c'est-à-dire celle des verbes ayant ja à la première personne du singulier du présent, qui est em- + ployée pour marquer le causatif ou pour exprimer qu’une action, d'intransitive qu'elle était, devient transitive. Ajoutons que la langue n’a plus la faculté, comme en sanscrit, de tirer de chaque verbe primitif une forme causale : 11 faut qu'elle se contente des causatifs qui lui ont été transmis en héritage par un âge antérieur.
En gothique comme en sanscrit, le causatif renforce le plus qu’il est possible la voyelle radicale : dans les deux idiomes, c’est sous la forme la plus forte qu'ait développée le verbe primitif que la voyelle radicale nous apparaît au causatif®. Ainsi les verbes germaniques qui ont, au présent de la conjugaison pranitive ou forte, affaibli un a radical en s, reprennent leur a “dans la forme causale. Les : et w susceptibles du gouna se changent en at, au *. On peut dire d'une façon générale que le causalif gothique a toujours la même voyelle que les formes monosyllabiques du prétérit du verbe primitif; mais nous n'en conclurons pas que le causatif dérive de ces formes : 1l est avec elles dans un rapport collatéral et non dans un rapport de filiation. Comparez, par exemple, sata «je place» (racine sat) avec sila «je suis assis», sat «je fus assis»; lagja «je couche» avec
3 La première conjugaison faible de Grimm.
3 11 faut seulement excepter les verbes qui, au prétérit redoublé, contraæctent ensemble leurs deux premières syllabes ($ 6o5). Encore, en sanserit, où l'é est un son plus pesant que l'é, sddéydms a4-ñ une voyelle plus forte que sédsmd (pour sasidimd).
* C'est-à-dire qu'ils prennent le gouma le plus fort, lc geana per &, et non por : comme au présent du verbe primitif (S 27).
* C'est le même rapport qu'en sanscrit entre le causatif shléydmi «je fais asseoir ct la racine sad «s'asseoir».
4h19 VERBES DÉRIVÉS.
ga «je suis couché», lag «je fus couché»! ; nasja « sano » avec ga-nisa «sanor », ga-nas «sanatus sum » ?; sangujg «inclino » avec singva einclinor », sangv « inclinatus sum »°; drankja « j'abreuve» avec drinka «je bois», drank «je bus»; ur-raxmjs «je fais sortir» avec ur-rinna «je sors», ur-rann «je sortis». Voici des exemples de l’u gothique frappé du gouns : ge-draus-ts «je fais tomber, je jette en bas», causatif de la racine drus «tomber» (présent driusa, prétérit singulier draus, pluriel drusum } ; lausja «je délie», causatif de la racine lus (présent frakuss «je perds», prétérit singulier /ra-laus, pluriel fra-lusum)7. On a de même en sanscrit béddydm ® «je fais savoir, j'éveille», causatif de la racine bud «savoir, s'éveiller». Voici des exemples de li gothique devenu ai : ur-raisja «je dresse », causatif de la racine ru (ur-resa «je me lève», prétérit singulier ur-rais, pluriel ur-risum); hnaiva « j'abaisse », causatif de la racine niv « s’abaisser » (présent knetva, prétérit singulier knaiv, pluriel Anivum). On a de même en sanscrit véddyémi°® «je fais savoir», causatif de la racine vid «savoir ».
En haut-allemand moderne, il subsiste quelques restes de causatifs, comme 1ch setce « j'assieds »; ich lege «je couche», sk senke « j'abaisse » !°. Mais la flexion de ces verbes a été tellement mutilée qu'elle est devenue semblable à celle de leurs primitifs;
1 Racine lay.
2 Racine nas.
3 Racine sang.
Racine drank.
5 Racine rans.
* Comparez la racine sanscrite dvañs etomber» ($ 30).
7 Comparez la racine sanscrite lé «arracher, détacher».
# On a vu ($ 2) que l’6 sanscrit représente la diphthongue au.
* En send sçwwse%2b vaidayémi. L'é sanscrit et send représente la diphthongus ai,
10 En regard des primitifs ich site «je suis assis», ich liage «je suis couché», ik sinke «je m'abaisse». — Tr.
CAUSATIF. $ 742. 413
c'est là une preuve remarquable des altérations qui peuvent dénaturer certaines formes jusqu’à les rendre méconnaissables. Si nous n'avions conservé les verbes gothiques comme saÿja, et quelques formations plus ou moins analogues d’autres vieux dialectes germaniques, il eût été impossible d'apercevoir dans le deuxième e de setze le représentant du sanscrit ayämi, dans séddyäm; par suite, l'identité de formation du causatif sanscrit et du causatif gothique nous aurait pour toujours échappé. Déjà en vieux haut-allemand la marque du causatif est souvent fort effacée; nous avons, par exemple, dans Notker, nerent «ils font vivre, ils nourrissent», pour neriant (= gothique nasjand); lego «je couche», pour leo, legiu (= gothique lagja); legent «ils couchent», pour lesiant (= gothique lagjand).
$ 74a. Le causatif en ancien slave.
Celle des conjugaisons, en ancien slave, qui répond à la dixième classe sanscrite! est aussi celle qui doit renfermer les verbes causatifs. Elle contient effectivement plusieurs verbes à sens causal, à côté desquels on trouve des primitifs à signification non causale ou intransitive. Comme en sanscrit et en gothique ($ 741), le causatif a une voyclle plus pesante que le verbe primitif, ou bien il contient une voyelle, tandis que ce dernier l'a perdue. De même, par exemple, qu’en regard de la racine sanscrite mar, mr «mourir» il y a le causatif mérdyämi «je fais mourir, je tue», en regard du slave pa mruñ «je meurs», dont la voyelle radicale a été supprimée, il y a un causatif aopix morjuñ «je tuer. Le même rapport existe entre 6p5Tu vr-é-u «cuire » (intransitif) et sapaTu var-t-ti «faire cuire». En face de le du primitif, le causatif présente la voyelle plus pesante 0; exemple : AekaTH les-a-tt xêtre couché» et noao%uTu po-log-1-ti
1 Voyez $ 505.
ecoucher». L'a de sad--4 «planter», liltéralement «placer», représente l’é de sid-dyd-mi (= gothique saÿa «je place »), tandis que le + 6 de cacru s4s-& ! «se placer» a probablement d’abord affaibli en € e l’a bref de la racine, et l'a ensuite allongé en +4. On peut comparer en lithuanien le rapport qui existe entre la voyelle de sédms «je suis assis» et celle de sôdini «je plante »’. Citons aussi l'irlandais suidiughatm «je place, je plante», rapproché de suidhim « je suis assis»; le gh, dans le premier de ces verbes, comme en général dans les causatifs irlandais, représente le y sanscrit.
Parmi les causatifs slaves, nous remarquerons encore pacrwme rast1-4 «augmenter», littéralement «faire croître», à côté de rast-8-ti «croître » ; eacuru vés-1-h «suspendre », à côté de ou-4u «être pendu »; na-po-i-4 «abreuver», à côté de pi-t: «boire»; po-ko-t-4 «tranquilliser», à côté de po-4-ft «être tranquille». Comme le # é slave est le représentant ordinaire de la diphthongue & é (= at)°, le rapport de vés-+-4 «suspendre » avec «être pendu» est le même qu'entre le sanscrit oé$-dyd-mi rje fais entrer» et vif «entrer». Il serait impossible, sans la connaissance du sanscrit, de se rendre un compte exact du rapport
! Par euphonie pour séd-ti ($ 103).
# L'5 lithuanien, comme l'é gothique, représente très-sonvent un ancien ($ 92°).
$ En sanscrit vardéyémi, en zend vurèdayémi « je fais grandir, j’accrois». Le verbe slave a pris un t complémentaire, ce qui a déterminé le changement du d radical en s. Comme le verbe primitif a déjà un a, la gradation de la voyelle était impossible au causatif. Comparez encore le sanscrit ard, rd egrandir», qui est peut-être une forme mutilée de vard.
* Avec la préposition na.
* Voyez $ 92°.
# Combinée avec la préposition #1, la racine sanscrile vié prend au causatif, entre autres significations, celle de «joindre, attacher», ce qui nous rapprockie beaucoup du slave vés-5-ti «suspendre». Avec les préfixes 4, upa, le sanscrit vis signifie «s'approcher, s'assevir»; toutes ces acceptions ont pour fond commun celle de es'approcher».
CAUSATIF. $ 743. h15
qui existe entre (nu)poïiti «abreuver» et pitt «boire» : au point de vue de la grammaire slave, il semble que poïti vienne de prt, qui aurait inséré un o devant son 1; mais, en réalité, cet o représente F4 de la racine sanscrite pd «boire», l'# du grec œûûs, méxaxa, l'o de é#60nv, l'6 du latin pé-tun, pé-turus, l’uo du borussien puo-ton «boire». Au contraire, li du slave pi-ti se rapporte à l: du grec æi-&, æi-vw, à l't (affaiblissement de l'4) du sanscrit pt-ydté «bibitur», pt-t4-s «bu», pi-tvé « après avoir bu», Le slave a gardé au causatif la voyelle la plus pesante, conformément au principe général que nous venons d'exposer.
Le rapport de po-koiti! «tranquilliser» avec po--h «être tranquille» est d’une autre nature. Je regarde, en effet, avec Miklosich ?, la racine slave un comme représentant le sanscrit st (pour ki) «être couché, dormir » : cette racine, par exception, en sanscrit comme en grec, garde partout le gouna; comparez, par exemple, les formes xeïuœ, xofrn, xoïros, xaimdw. C’est l'o du grec xos que je reconnais dans po-ko-1-& ; mais la voyclle radicale s’est perdue, car li suivant est l'expression de la relation causative.
$ 743. La marque du causatif, en ancien slave.
La marque du causatif, en ancien slave, est devenue ordinairement :; de même, en gothique, la syllabe Ja, qui exprime le causatif, se contracte en : devant le verbe annexe du prétérit ($ 623) et devant le suffixe du participe passé. On a, par exemple, en gothique, sat-1-da «je plaçain, sat4-1h'-s « placé» (génitif sat-1-di-s), et, en slave, sad1-4 «plantare», sad-1-ft eplantat», sad-i-&i «plantas», sad-1-mù « plantamus», sal-1-te «plantatis ».
À la première personne du singulier et à la troisième per-
Po est une préposilion.
2 Radices linguæ slorenice, p. 36.
h16 VERBES DÉRIVÉS.
sonne du pluriel du présent, 44 J#-#, «TL aùff correspondent au gothique ja, jand, au sanscrit ayd-mi, aya-nt!. À l'impératif ($ 626), le caractère causatif s'est confondu avec l'exposant modal; exemples : sad « plantes, plantet» (gothique satjats, satjai); canwez sadimë e plantemus »; caawre sadite « plantetis » (gothique saÿaima, saÿaith).
$ 744. Le causatif en lithuanien. — Formations en ins.
Nous avons examiné ($ 506) les différentes sortes de verbes qui représentent en lithuanien les verbes sanscrits de la dixième classe. Mais le lithuanien utilise très-rarement les formes en question pour tirer d'un verbe primitif le causatif correspondant. Les seuls exemples que je connaisse sont £indau ej'allaite », à côté de éindu « je tette », et gréu-ju « je fais écrouler, je démolis», à côté de grüw-uù «je m'écroule». Le w de grüw-ù me paraît être un développement de l’&, comme dans le sanscrit babiüra «je fus, 1 fut» (racine 64). Si l'on regarde gr& comme la racine, il y a dans le causatif grdu-ju une gradation de la voyelle radicale comme dans le sanscrit bäv-dy4-m «je fais devenir, je produis ».
Les causatifs ordinaires, en lithuanien, finissent en mu (pluriel ina-me). La même flexion sert pour former des verbes dénominatifs?, tels que ig-inu «j'allonge», qui est un dénominatif à sens causatif venant de ilga-s «long». Le n reste à. tous les temps et à tous les modes, ainsi qu'aux participes et à l'infinitif®.
‘ A moins que les lois euphoniques n'exigent une modification; ainsi l'on a CARAA sajdus, au lieu de sadjun ($ ya).
* En sanscrit également, aya sert tout à la fois pour former les causatifs et les dénominatifs. .
* Devant un s, ce n prend le son nasal faible ($ 10); exemple : ldup-sit-siu eje louerair. Mais ce n'est pas une raison pour dire avec Mielcke (Éléments de grammaire lithuanienne, p. 98, 10) que le n a disparu.
GAUSATIF. $ 745. h17
$ 745°. De la voyelle radicale dans les causaifs lithuaniens en su.
Il y a accord entre les causatifs lithuaniens en inu et les causatifs sanscrits, zends, germaniques et slaves, en ce qu'ils aiment à avoir une voyelle pesante dans la racine. Aussi plusieurs des formations lithuaniennes ont-elles gardé un ancien a, tandis que leurs primitifs l'ont laissé s’altérer en ? ou en e; il en résulte des oppositions de voyelles semblables à celles que nous trouvons dans les langues germaniques. De même, par exemple, qu’à l'intransitif gothique sita (pour sata) «je suis assis» vient s’opposer un prétérit sat et un causatif saÿa «je place», de même, en lithuanien, au verbe neutre mirstu «je meurs» s'oppose le causatif marint «je laisse mourir» !. Au verbe à signification passive gemt « gignor » répond le causalif gamin « gigno ». On peut encore citer : gadinà « perdo, occido», kankint « crucio», à côté de gendü, nagend «perdor», kendu «patior». Quelquefois le causatif lithuanien nous présente un 5, au lieu d’un a; exemple : sôdinu « planto», à côté de sédmi «sodeo ».
Remarquons le rapport qui existe entre la voyelle de pa-klai diné «je séduis, je trompe » et celle de pa-kljstu (par euphonie pour pa-klyd-tu) «je me trompe ». Comme l'y lithuanien se pro nonce f, nous avons ici un gouna analogue ? à celui du causatif gothique hnawya «j'abaisse » et du causatif sanscrit véddydmi «je fais savoir» ($ 741). La même opposition existe encore entre at-paimint «je recrée », littéralement «je fais vivre»*, et son primitif at-pü «je me recrée, je revis» (probablement pour atgwju), entre waidinü-s «je me montre» ($ 476) et wéi:dm je vois». La première de ces formes, qui contient un gouna plus fort que la seconde, répond au causatif sanscrit précité véddyänu.
1 En sanscrit méréydmi, en slave morjuà.
* Sauf la longueur de l’i en lithuanien.
3 Comparez gyœas «vivant», en sanscrit gir «vivre».
Hi. 37
h18 VERBES DÉRIVÉS.
Le lithuanien n’a pas toujours aussi bien marqué cette opposition : ainsi dans le causatif déninu œuro», l'a primitif s'est altéré en e comme dans l’intransitif correspondant degà « ardeo »!.
$ 745b. Origine de la lettre x, dans les causatifs lithuaniens en ins.
On vient de voir qu'entre la formation lithuanienne cas (première personne du singulier æ#'-w?) et le sanscrit aga il existe une double analogie : l’un et l'autre forment aussi bien des causatifs que des dénominatifs; en outre, comme les causatifs sanscrits, germaniques et slaves, les formes lithuaniennes en ts aiment à avoir une voyelle pesante dans la syllabe radicale. De cette double analogie .on est peut-être en droit d’inférer qu'il existe une parenté enfre.tna et aya. Dans le de na on pourrait voir l’affaiblissement d'un a primitif, comme dans l': de ÿ'-u, ye ($ 506). Le n serait alors l'altération d'un ancien LO ( j)°. On peut encore proposer une autre explication. L'i de tx'-#, sa, comme celui de tu, pluriel 5-me (myÿl-1-me «nous aimons», $ 506), répondrait au g du sanscrit aga; ainsi la syllabe à, dans süd-in-ti « planter», serait identique avec li du slave s0d-+4 (même sens) et du gothique sat-t-da «je plaçai» ($ 743). Le s des formes lithuaniennes serait alors une addition inorganique qui serait venue s'ajouter au thème verbal, de même que, par exemple, en gothique, nous avons le thème viduvén (nominatif viduvé) «veuve» en regard du sanscrit vidavé, du latin osdua et
! En sanscrit, la racine dah, conjuguée d'après la quatrième classe (dékyéss eardeo»), a le sens intransitif, au lieu que d’après la première classe (déhdms auro2), elle a la signification transitive. C'est à la dernière de ces formes que se rattache l'ir landais daghaim euro».
3? Sur u employé comme expression de la personne, voyes 5$ 436 et 438.
5 Ona vu ($ s0) que les semi-voyelles permutent fréquemment entre elles. Comparez, par exemple, le rapport du sanscrit ydkrt (pour yakart), en grec #xap, en latin jecur, avec l'allemand leher (voyez Graff, Dictionnaire vieux haut-allemand, IL, col. 80). En ce qui concerne le changement de i en #, rapprochez le dorien #ydo» (pour Ado»).
CAUSATIF. $ 745°, 419
du slave vidova !, ou de même que les thèmes participiaux en ant prennent en gothique la forme anden (nominatif andei). Dans cette hypothèse, il faudrait admettre que le thème verbal südin, forme élargie pour südi = sanscrit sédaya, a pris la caractéristique de la première classe sanscrite?; sddin-a-me « nous plantons » se décomposerait comme sük-a-me « nous tournons ».
À l'appui de la première de ces deux explications, on pourrait rappeler qu’à côté de sléwnu «je loue, je célèbre » il existe une forme slôwju (même sens)”, qui est évidemment identique avec le sanscrit frévdyämt «je fais entendre» et avec le russe caasmo
slavlju «je célèbre ».
$ 745°. Le causatif en latin. — Causatifs de la deuxième et de la quatrième conjugaison.
En latin, c’est dans la première, la deuxième et la quatrième conjugaison, qui répondent à la dixième classe sanscrite, que nous devons chercher les causatifs. La deuxième conjugaison nous présente le verbe moneo, moné-s = sanscrit méndydmi «je fais penser», prâcrit méném: ($ 109", 6); mais le latin ne voit plus dans moneo un causatif, parce qu'il ne possède point de verbe primitif correspondant, qui conduise à cette forme par une route bien connue et suivie aussi par d’autres verbes. Mesains peut bien être considéré par la langue latine comme une forme sœur, mais non come la forme mère de moneo. Sédo, sédä-s* pourrait, quant à la signification, être regardé comme le causatif de sedeo: mais ce dernier a lui-même la forme d’un causatif et nous n'avons pas d'autre exemple d'un verbe de la
1! Voyez S 140.
3 La première conjugaison lithuanienne, d'après la division de Mielcke. 3 La forme klausau «j'écoute», qui est de même origine, a conservé, comme le grec «Ad, l'ancienne gulturale, tandis que éæi)s, ainsi que le sanscrit éru, l'ont
laissée dégénérer en sifflante.
à Séd-d-s = ATZUTR séd-é(y)a-si.
h30 VERBES DÉRIVÉS.
deuxième conjugaison dont on aurait tiré un causatif en le faisant passer dans la première. Îl faut donc nous contenter de voir dans stdo, sëdeo et sédo trois verbes de même famille, qui se rattachent, chacun avec une formation particulière, à la racine sanscrite sad. Avec le sanscrit trésdyéms (prâcrit trdsémi) «je fais trembler, j'effraye» s'accorde le latin terreo, par assimilation pour tersæo, venant de treseo.
La quatrième conjugaison nous fournit sépso = sanscrit svépdyém: «je fais dormir», causatif de svdptm ! «je dors». Mais le latin ne sent pas non plus la formation causative de sépo, parce qu'il n’a pas de verbe intransitif sôpo appartenant à la troisième conjugaison, qui y puisse servir de point de départ. En vieux norrois, le verbe correspondant fait au pluriel svepixm «nous endormons» (singulier step); en vieux haut-allemand, nous avons tn-suepiw. Les langues germaniques ont gardé le verbe primitif (vieux haut-allemand sldfu), mais 1l est devenu étranger au causatif par la permutation des semi-voyelles » et [ ($ 20). En russe, le causatif est ycsrmaato u-süplaju *, à côté duquel est resté cn splju «je dors » ©. Je fais suivre le tableau comparatif de svdpdyémi et de son potentiel svépdyé-y-am (5 689), en sans-
erit, en latin et en vieux haut-allemand :
svdp-ayd-mi s0p-10 1n-suep-tu svdp-aya-si s0p-i-8 in-Suep-i-s svdp-aya-ti 80p-1-t in-suep-1-t svdp-dyd-mas s0p-f-mus in-suep-1a-m svdp-dya-la s0p-i-tis tn-suep-ta-t svdp-aya-nti s0p-1u-ul tn-suep-ia-ni
! Forme irrégulière pour svapini.
? L'u est une préposition. Le Î n'est qu’une addition euphonique appelée par le p:0n a donc au — sanscrit ayémi. L'& se rapporte à lu des formes contradées comme suéupimd «nous dormimes», supté «ayant dormi». Rapprochez la syllabe vs dans le grec üxvos.
? Par euphonie pour spyu.
CAUSATIF. $ 746. 421 svdp-ayé-y-am s6p-1a-m in-suep-te ° svdp-ayé-8 sÔp-iés sôp-i4-s in-suep-1é-s svép-dyé-t sÔp-ie-t s6p-ia-t in-suep-te svdp-Gyé-ma sôp-iè-mus sôp-id-mus in-suep-ié-més svp-ayé-ta sôp-iétis s6p-i4-lis in-suep-ié-t svdp-dyé-y-us s6p-te-nt sdp-ia-nt in-suep-il-n.
$ 746. Causatifs de la première conjugaison latine.
Outre le verbe sédére, déjà cité, on peut mentionner, comme causatifs appartenant à la première conjugaison latine, necdre, Pléräre, lavére et clâmäre; mais le latin n’a plus conscience de leur origine causative, parce que le primitif a disparu ou a pris une forme trop différente.
NecdreS répond au sanscrit ndf-dyâ-mi «je fais périr», causatif de nd#-yd-m (classe 4) «je péris». [1 y a encore en latin un autre représentant du sanscrit ndfdy4mi; mais il a une signification mitigée : c'est noceo. En grec, à la racine sanscrite nas (pour nak) se rattachent véxvs et vexpés.
Pléro est, selon moi, une altération pour plévo ($ 20); il répondrait donc au sanscrit plévdyämi, littéralement «je fais couler », causatif de la racine plu « couler ». Cette racine se retrouve, avec substitution irrégulière de l'aspirée à la ténue, dans le latin fluo, au lieu que pluit a conservé la ténue primitive. Dans lavdre (grec Aoëw), l'une des deux consonnes initiales est tombée; mais, sauf l'absence de cette lettre, lavo ressemble plus que pléro au sanscrit plävéyämi « j'arrose » (au moyen «je me lave»). En vieux haut-allemand, le verbe causatif correspondant est flewiu «je lave». En slovène, nous avons pleu-1-m «j'im-
1 Voyez $ 689.
2 Voyez $$ 691 et 692.
3 Au point de vue de la grammaire latine, il faudrait regarder necére comme un verbe dénominalif venant de nex (nrc-s).
4 Primilif fuzu «je coule». Le z qui s'est irrégulièrement introduit dans ce
merge, je fonds»!, qui est le causatif régulier de plav-a-m «je
nage ».
Clan, dont j'ai expliqué le m comme le durcissement d’un ancien v ($ 20), signifie littéralement, d’après cette hypothèse, «je fais entendre»; jy vois un parent caché de cluo, xAüw. Les causatifs correspondants sont, en sanscrit érdv-dy4-ms (pour krév-dyd-mi) «je fais entendre, je parles; en zend #rav-ayé-mui (même sens); en slovène slav-5-m «je célèbre» (primitif sluem ej'entends»); en ancien slave slovljuh (dans blaposlookjunr «je bénis»); en russe slavlju «je célèbre»; en lithuanien séœy (même sens)*?.
$ 747. Causatifs sanserils en -paydmi. — Restes de cette formation en latin.
Les racines sanscrites finissant par 4° prennent devant aya un p : ainsi sl «être debout» fait au causatif slâp-dyd-m «je fais tenir debout»; on en peut rapprocher le lithuanien sus (pour stôpju) «je suis debout » ($ 524), dont le réfléchi s16u75-s «je me place» a gardé la signification causative. La racine sanscrie yd «aller» fait ydp-dyd-m: «je fais aller, je mets en mouvement ». Les labiales étant assez souvent remplacées, en latin, par des gutturales*, je crois devoir, avec Pott®, expliquer le latin jacio comme étant pour Japwo, et l'identifier avec yép-aydmi. Îl est vrai que jacto appartient à la troisième conjugaison
verbe (S 109”, 1) ne l'a pas rendu moins différent de flewis que ne l'est le latin fs du causatif lavo.
1 Voyez Metclko, Système de Ja langue slovène, p. 115.
? Voyez $ 745.
* Les racines qui, selon les grammairiens de l'Inde, finissent par une diphthongue, doivent être considérées comme d'anciennes racines en & ($ 109", +).
* Compares, par exemple, quinque avec péncan, wévre; coquo avec pdcdmi, Géocw, en serbe pelem «je rôlis».
5 Recherches étymologiques , 1" édition, L, p. 195.
CAUSATIF. $ 7h47. 493
latine, dont le 10 répond ordinairement au sanserit & ya (quatrième classe) et non à Wa aya (dixième classe). Mais les formes comme audo, audiunt, audiam étant semblables aux formes comme capio, capiunt, capiam, 1] a pu se faire aisément qu'un verbe de la quatrième conjugaison passât dans la troisième. J'admets le même changement de conjugaison pour facto, que je rapproche du sanscrit bdvaydmi « je fais exister, je produis » : le v radical du causatif sanscrit ! s'est durci en c ($ 19). Le gothique nous présente bau-a (pour bau-ai-m) «je bâtis», qui est la forme sœur du sanscrit bdv-dyä-mi et du latin facto : il y a donc accord, à la deuxième et à la troisième personne, entre le caractère at de bau-ai-s, bau-ai-th et le sanscrit aya de bév-dya-si, bdv-dya-t. Il est d’ailleurs tout aussi impossible, en se renfermant dans les langues germaniques, de voir la relation qui existe entre bauen «bâtir» et bin «je suis», que d’apercevoir, en se bornant à la langue latine, la parenté de fac-10 et de fu-1.
De même que le c de jacto, j'explique celui de doceo comme le représentant d'un p sanscrit. Rapprochez de doceo, littéralement cje fais savoir», le désidératif di-sco, littéralement «je désire savoir», ainsi que le grec éddnr, diddoxw. Si le d de ces formes est sorti d’un g (comparez Anwfrnp pour l'iufrnp), nous sommes conduits au sanscrit gfdp-iyd-mi «je fais savoir», causatif de gd-nd-m1 (pour gid-nd-mi) «je sais ». Nous avons également un d dans le persa® dâ-ne-m «je sais ».
Comme exemple d’un causatif latin où le p primitif est resté sans changement, nous citerons rapo, s'il est vrai qu’il corresponde au sanscrit répdyämi «je fais donner »?, causatif de la ra-
' Le v de Édodyémi représente l'à de bé. On a vu ($ ag) que le vriddhi de l’d es du (devant les voyelles dv). Les racines en d, au causatif sanscrit, ne prennent jamais Île p.
3 J'ai admis autrefois que rapio pourrait étre parent de lup (présent lumpdm:) « fendre, briser, détruiren (comparez Pott, Recherches étymologiques, 1° édition, 1. p.258), d'où vient le lalin rumpo. Mais celte explication est moins satisfaisante,
cine r4 «donner». Cette dernière racine n’est, ce me semble, qu'un affaiblissement de dà : nous avons à côté de d4 une forme élargie dés, de même qu'à côté de ré le dialecte védique nous présente rés. La racine l4, que les grammairiens indiens expliquent par « donner » et «prendre», paraît aussi être originairement identique avec rd et dd.
$ 748. Restes de la même formation en grec.
Au nombre des racines sanscrites qui prennent irrégulièrement un p au causatif se trouve w& r, ou plutôt ar ($ 1) «aller»; le causatif est arp-dyd-m1 «je meus, je jette, j'envoie» (sardn arpayämi « sagittas mitto »). Peut-être faut-il y rattacher le grec épelrw!, lequel, il est vrai, devrait faire, comme verbe causatif, épeinéew, épeindw où épemd@w?. Par la perte du caractère causal, le thème éperx a pris tout à fait l'apparence d’un verbe primitif. Îl en est de même de {éw1œ, que Pott ramène, comme le précité jaco, au sanscrit yép-dyd-m «je fais aller». Si féxlo se rapporte également à arpéydmi, 1l faudra y voir une métathèse pour lpr-ro?.
car il faudrait alors admettre que rapio a perdu sa voyelle radicale et a gardé la voyelle du gouna. Or, Îe latin n'aime point le gouna et conserve ordinairement la voyelle redicale : ainsi l'on a video — sanscrit védéydini «je fais savoir», causatif de la racine ed.
* On pourrail voir dans pex une métathèse pour eips; l’e initial serait prosthétique, comme dans é}ay6-s — sanscrit lagt-e. Songe, dans ses Epilegomena au Diclionnaire des racines grecques de Benfey (page 24), identifie le x de odàmy£ avec le p du causalif sanscrit; la racine de ce mot serait svar, sor «résonner», et otimyË significrait lilléralement «ce qui fait résonner». En adoptant cette étymologie, que propose aussi Pott (Recherches étymologiques, 1° édition , Ï, p. 225), nous aurions une autre racine sanscrile finissant en ar, r, qui aurait pris le p causatif. Peut-être le lithuanien #tipinu «je siffle», malgré son & au licu de s, appartient-il à la même racine; il faudrait alors tenir compte de la forme plus brève, citée par Rubig, éwipja «il siffle» (en parlant d'un oiseau), où pjia répond au paygati des verbes sanscrits comme arpdyati «il fait aller, il meut».
? Voyez S$ 19 et 109", G.
. ? Peut-être que bfx-1w vient de la racine käp «jeter» ; il serait alors pour xpisfs,
GAUSATIF. $ 749. 425
$ 749. Causatif sanscrit en laydmi. — Restes de cette formation en grec et en latin.
La racine sanscrite gt pé «soutenir, dominer» prend au causatif un Î : péläydnu. Nous croyons reconnaître des formations analogues dans BfÜw, 0149 w, Idiw. Le deuxième À provient par assimilation d’un 7 : la forme plus ancienne était B&yw, oléljw, idjw, de inême que &Aos est pour dijos = gothique alba, latin akus, sanscrit anyd-s ($ 19). Quant au premier À, je le rapproche du Î de péliyâm.
En effet, à côté de Ba)yw, qui a abrégé la voyelle radicale (é6&h0v), mais qui a encore conservé la longue primitive au parfait Bé6n-xa, nous trouvons un primitif a !. À côté de ofléXjo, pour oldjw (Ëvlahxa), nous avons le primitif o7& (iolqu, folnps) = sanscrit s4, lequel, en combinaison avec différentes prépositions, exprime le mouvement?. À côté de {fyjw, nous avons la racine sanscrite at yd «aller», qui est représentée en grec par {nus (pour j{nme)°.
Peut-être faut-il rapprocher x£1-1w du sanscrit éliyämi «je meus», causalif de la racine cal «se mouvoir». Peut-être aussi ædÀ-Àw (pour &xà-Jw, venant de &dd-Jw) correspond-il au sanscrit pdddydmi, causatif de la racine pad «aller». En latin, on
dont le p représentcrait la sifflante sanscrite, comme dans xpeiwr, que Fr. Rosen a rapproché de la racine sanscrite kk «dominer» (Rig-vedæ specimen, adnotationes, p. x1). Le même savant compare xpæxvôs avec kipré «rapide» (de käp ejeter») et le latin crepusculum avec kéapé « nuit» (ou mieux avec kédpas).
* Voyez $ 109”, 1.
* Remarquez aussi qu'il existe en sanscril une racine séal, de même qu'à côté de pé le sanscrit a la racine pél. À sial je rattache l'allemand stelle (vieux haut-allemand stellu, pour steju), litléralement eje fais se tenir debout» — sanscrit sidläydmi.
* Comparez, par exemple, le futur ARATÉT ydsydmi avec fow, en lithuanien J6-stu sequitaho». Voyez $ 183. — D'après cette explicalion, léx7o ($ 748) et ia Aw seraient deux causalifs différents d’un seul ct mème primitif.
pourrait rapprocher pel-lo, qui serait pour pel-jo. Toutes ces
formes, si notre explication est fondée, auraient perdu l'a initial du sanscrit aya, et auraient, en quelque sorte, passé de la dixième classe sanscrite dans la quatrième !.
Comme les représentants ordinaires de la forme causative ou de la dixième classe sanscrite sont les verbes en sw, aw (pour go, ajw), alw, on peut encore découvrir un causatif dans xa- Aéw?. Le sens propre de ce verbe serait donc «je fais entendre» (compares le latin clémo, le sanscrit érévéyémi). D'après cette hypothèse, xakéw serait une métathèse pour xAa-é4, xlaF-é».
Remanque. — Examen d'une opinion de G. Gurtius. — Le verbe grec ya, dans lequel je vois une forme redoublée de la racine sanserite yé, est expliqué autrement par Pott ”, qui en fait le représentant du sanscrit dsyäms «je jette». Au contraire, Curtius adopte mon explication *. Mais je ne puis souscrire à l'opinion de ce dernier, quand il soupçonne une parenté entre la racine sanscrite gd aller» (et, par suite, le caractère passif ya qui en dérive*) et la syllabe 0y que nous trouvons à l'aoriste et au fatur passifs en grec. Curtius cherche à appuyer le changement de y en 6 sur l'exemple de x0és == sanscrit hyas «hier», et sur l’infinitif grec en cô« — védique À dydi ($ 852). Nous avons expliqué autrement ($ 16) le rapport de y0és avec kyas; quant à l'infinitif en o-0æ, s’il est en effet apparenté avec l'infinitif védique en dyd:i, il faut, selon nous, reconnaître dans ces deux formes la présence du même verbe auxiliaire que dans les aoristes en 07-v et dans les futurs en 67-copas ($ 630). Conséquemment, le 8 de oôas répondra au d', et non au y de dydi.
: Comparez Pott, Recherches élymologiques, 1° édition, 11, p. 45.
3 On a vu ($ 109°, 6) qu'en sanscrit la caractéristique de la dixième claxse n'est pas bornée aux lemps spéciaux : cest une analogie de plus avec les verbes srvcs eu co, au, aêw.
3 Recherches étymologiques, 1"° éditiou, p. 673.
+ Formalion des temps et des modes, p. 329.
» Voyez S =39.
CAUSATIF. 8 750. 497
$ 750. Le causatif en zend et en ancien perse. — La forme sanscrite en paydmi conservée en prâcrit et dans les langues du Caucase.
Le send, à ce qu'il semble, ne prend point part au p que s'adjoignent en sanserit les racines finissant par un 4 ($ 747). Du moins, je ne connais, dans cette langue, aucun exemple de cette sorte de causatifs. Une forme qui tend à prouver, au contraire, que le zend s'en abstient, c'est sssmpæe d-fidya «fais venir, apporte» ! = sanscrit dsidpaya (de rt sl «être debout» et de la préposition 4 eprès»). Le zend dstâya est pour dstd-aya, c’està-dire que l'a initial de la caractéristique s’est fondu avec l'4 radical. Il en est de même pour l’ancien perse, où nous avons vor ec EN crc rl ovdstéyam (venant de ava-astd-ayam) ej'établis » ?,
Au contraire, en prâcrit, même les racines finissant par une consonne prennent fréquemment au causatif la labiale en question; mais le prâcrit amolht le p en b et 11 élargit la racine en y ajoutant un 4. On a, par exemple, gfvdbéhi «fais vivre», givébédu «qu'il fasse vivre». En sanscrit également, dans les récits populaires, qui n’emploient pas la langue classique, on trouve des formes de cette sorte : nous avons notamment gfvdpaya®, qui correspond au précité givdbéh, avec cette différence que le prâcrit a conservé la désinence de l'impératif k: (pour di), laquelle s’est perdue dans la forme sanscrite. À la première personne du singulier, on a gtvépayäm ® (= prâcrit givébémi), et au participe parfait passif givépitah (= prâcrit giväbidô).
En traitant de ces formes, Lassen rappelle® que le mahratte
1 Vendidad-Sädé, p. 55 et suiv.
? Inscription de Béhistoun, I, 63, 66 et 69.
3 Voyez Delius, Radices précnitæ, s. v. pi.
* Lassen, Anthologie sanscrite, p. 18.
S Institutiones ‘invuæ präcriticæ, p. 360 et suiv. * Lassen, ouvrage cité.
a encore des causatifs de cette espèce. De mon côté, j'ai pu en constater la présence jusque dans les langues ibériennes ! : en laze, comme le fait observer G. Rosen, la syllabe ap (après les voyelles simplement p) donne toujours aux verbes la signification transitive. Ainsi gnap «dévoiler, révéler» correspond au sanscrit giépdyäm «je fais savoir», tandis que gra «comprendre » s'accorde avec # grid «savoir ». En géorgien, l’exposant causatif se présente sous les formes ab, eb, ob, aw, ew, cw, sans que pourtant les nombreux thèmes verbaux qui finissent ainsi aient la signification causale. Ce dernier fait ne nous surprendra pas. Nous avons vu que la forme du causatif sanscrit (dixième classe) s’est tellement multipliée qu'elle fournit à elle seule trois conjugaisons (et plus) au latin et les trois classes de la conjugaison faible aux langues germaniques ($ 109°, 6); mais 1] s'en faut que tous ces verbes aient le sens causal.
DÉSIDÉRATIF.
$ 751. Le désidératif sanscrit. — Formes correspondantes en grec et en latin.
Nous passons à l'étude du désidératif sanserit. Comme nous l'avons déjà fait observer ailleurs ?, le grec en a conservé la forme, sinon le sens, dans les verbes comme Biépcioxw, ysyvaioxw, puvioxw, diddoxw, didpisxw, TITPOOXw, œinioXw, @impdoxw, æiQaioxw. La gutturale n’est très-probablement, dans ces formes, qu'un accompagnement euphonique de la sifflante : il en est de même dans &oxov et dans le futur archaïque latin
escit (S 568).
Le sanscrit, pour former ses désidératifs, ajoute un s à la
1 Les membres caucasiques de la famille des langues indo-européennes, p. 45 el suiv.
# Annales de litlérature orientale, Londres, 1820, p. 65.
DÉSIDÉRATIF. $ 751. h99
racine, soit immédiatement, soit à l’aide de la voyelle de liaison 1. Les verbes commençant par une voyelle répètent la racine tout entière, d'après le principe de la septième formation de l'aoriste ($ 585); ainsi ds «s'asseoir » fait dsis1-51 « désirer s'asseoir »; ar, r «aller» fait arir1-5 « désirer aller» ?. On a de même en grec dpapioxw. Les verbes qui commencent par une consonne prennent le redoublement : si la voyelle radicale est a, dans le redoublement on l'affaiblit en :°, d’après le même principe qui veut qu'en latin l’a soit toujours exclu de la syllabe réduplicative ($ 584). C'est, comme on le voit, li qu’on trouve le plus souvent dans le redoublement des verbes désidératifs, et l'accord avec le grec n’en est que plus frappant. On a bien, par exemple, yéyutsdmi « je désire combattre » (racine yud), bébdsämi «je désire être» (racine bä); mais on dit figadsämi «je désire parler» (racine gad) et non gdgadisimi; de même, feretatfà £lgidsâmi, moyen gigiidsé « je désire savoir » (racine giû), et non gägrdsämi. Rapprochez le grec yryvaioxw et le latin (g)nosco : ce dernier, comme toutes les formations analogues en latin, a perdu le redoublement *. Avec mimnésdmi, désidérauif de
1 Pour dsdsié. Sur le changement de s en &, voir $ a 1°.
3 Pour ararié.
3 Voyez $ 6. Les racines ayant r pour voyelle médiale prennent également : dans la syllabe réduplicative; mais on a vu que r est pour ar ($ 1).
4 Pott (Recherches étymologiques, 1" édition, IF, p. 75) et Aufrecht (Journal de Kubn, I, p. 190) regardent comme un désidératif, unique en son genre, le latin véso «désirer voir». Je ne doute pas qu'ils n'aient raison, et je rattache la syilabe si (dans vi-ai-t) ou se (dans vi-se-re) à la syllabe sa du sanscrit vivit-sa (par cuphonic pour vivid-sa), par exemple dans vévit-sa-ti «il désire voir». Aufrecht suppose que li de viso a été allongé pour compenser la perte du d (comparez vi-sus, vi-sio, ri-s, dsvi-si, $ 100). Mais j'aime mieux voir dans viso une contraction pour vivi-s0, comme vidi est pour vividi ($ 547). Dans cette dernière hypothèse, il n'y avait pas de compensalion possible pour la suppression du d, puisque l'f était déjà long par suite de la fusion des deux à brefs. Comparez, à cel égard, les parfaits latins comme cles-s1, læ-si, où la suppression du d radical ne pouvait être compensée par l'allongement de la voyelle précédente
mad ! «memorare, nunciare, laudare», s’accorde puu»#oxw et le latin re-miniscor.
Dans les temps spéciaux, Île sanscrit place à côté de la sifflante un a, lequel, à la première personne, est soumis à l’allongement comme l’a de la première et de la sixième classe ($ 434). En grec et en latin, cet a est représenté par les mêmes voyelles que l'a caractéristique de ces classes ($ 109", 1). Je fais suivre le tableau comparatif du présent et de l’'imparfait de ferararfa figidsimi, avec les formes correspondantes en grec
et en latin.
PRÉSENT, Singulier.
Sanserit. Grec. Latin.
figid-s4-mi Y1YV-OX0 0-80 gignd-sa-si YIYVD-ONE1-S NO-sci-S gigid-sa-ti Yryr@-oxe1 no-801-t
Deel.
gignd-sd-vas ........... . ........
figid-sales yoyvé-one-soy ......., rand-sa-las ‘YIYPD-OXE-TOY ......
Pluriel.
gignñd-sd-mas yryro-ono-ues NO-SCi-NUS pignd-sa-la yryv-onxe-re no-eci-lis
figndsa-nti yyv@-0x0-vT: no-scu-nt
THPARPAIT.
Singulier, dgignd-sa-m Éyéyve-cno-y ......., dgignäi-sa-s Éylyro-oxes ........
agignd-sat Éylyvew-oxe ........
! Mad n'esl évidemment qu'une métathèse de man «penser», avec allongement de la voyelle radicale, comme dans le grec Bé6Anxa (racine Bar), méx7wxa (racine
wet).
DÉSIDÉRATIF. $ 752. 31
Duel.
Sanscrit. Grec. Latin.
dgignä-sd-va ............. ....... .
dgignd-sa-lam Éyryvo-one-Tov ......., dgignd-sa-tâm éyryvo-oné-rpv ..... …
Pluriel.
dguind-eata dyryvo-onsre ....... .
dfignid-sa-n éylyvo-ouo-v soso.
Dans les temps généraux, les désidératifs sanscrits se contentent de supprimer la voyelle a adjointe à la sifflante, tandis qu'en grec et en latin la formation correspondante ne sort pas des temps spéciaux. On a, par exemple, yvé-ow, qui vient de la racine simple yvw, tandis que le futur du désidératif sanscrit est giprids-1-&y4m « je désirerai connaître». Si le futur latin noscam s'éloigne du grec en ce qu'il garde son sc, cela vient de ce que le futur de la troisième et de la quatrième conjugaison latine est, par son origine, un potentiel présent; ainsi noscés répond au sanscrit fñidsés et au grec ysyvaioxois (S 693 ).
$ 762. Le désidératif en zend. — Origine du caractère désidératif.
On doit supposer que le zend également a possédé la forme désidérative; mais je n'en connais pas d'exemples certains. Peutêtre faut-il rapporter ici les formes LE nn UN éhigisanuha et Sa A éésditi!. Anquetil traduit le premier de ces verbes par «est vivante» et le second par «on s'approchera». Mais {fAgisanuha est évidemment un impératif moyen, comme pérèsanuha «interroge! », qui vient tout de suite après; fish est
1 Vendidad-Sädé, p. 431. Comparez Anquetil, Zend-Avesta, |, p. 393.
un subjonctif actif, comme pérëéäti «qu'il interroge » dont il est suivi. Peut-être la première forme correspond-elle au sanscrit four gigridsasva einforme-toir et la seconde à un lêt frarrarfa gigridsdts. Je n'ose rien décider à ce sujet, non plus que sur les formes = 600 2606 mimarèéksanuha et spsmadg ace mimaréksditi ! qui ont également l'air de désidératifs.
ll reste à rechercher l'origine de la lettre s qui est le caractère du désidératif. Elle provient probablement de la racine as «être», comme le s du futur auxiliaire et comme le s de l’aoriste des verbes primitifs. Comparez, par exemple, didik-sämi «je désire montrer» avec dék-syämi «je montrerai», et ddidik-sam «je désirai montrer » avec l’aoriste de l'indicatif ddik-sam, ainsi qu'avec les impératifs aoristes, comme Gisa, nésatu (S 727). |
$ 753. L'intensif en sanscrit et en grec,
Outre les désidératifs, il y a encore en sanserit une autre classe de verbes dérivés qui prend le redoublement : ce sont les intensifs. L’intensif donne à son redoublement un poids considérable; 1l frappe du gouna les voyelles qui en sont susceptibles, même les voyelles longues, et il allonge a en 4. Ainsi rif «entrer » fait vévésmi (ou vénsim), pluriel révismuis?: dip « briller» fait dédtpmi (ou dédipimr); lup « couper » fait 6lépmi (ou 16 lupim: bis « orner » fait bd bitsma (ou bébüsimi); Sak « pouvoir » fait ft$akm (ou sésakinn).
Comme w est très-fréquemment en grec le représentant d’un
' Vendidad-Sâdé, mème page.
* La conjugaison est celle des verbes de la troisième classe ; le poids des désinence fait sentir son effet sur la syllabe radicale ($ 486). Devant les désinences légères commençant par une consonne, on peut insérer un f comme voyelle de lisison ; mais
alors le gouna de la syllabe radicale disparait. Ou a, par exemple, vévisimi à côlé de vébesmi.
a long ($ 4), on peut voir dans la structure de ro0dv celle d’un intensif sanserit, avec cette seule différence que le verbe grec a passé dans la conjugaison en w!. Dans œumélw, defw, œuPdoow, pauiudow, poiudoow, l': qui est venu se méler à la syllabe réduplicative tient lieu de l'allongement de la voyelle radicale. Il en est de même pour œosmwe (racine æ»)?, posuvdw, posiXw, dont lu radical a été remplacé par un o dans la syllabe réduplicative, pour éviter la diphthongue uw. C’est d’après la même analogie que sont formés o/3uË et xorxÜlw. |
$ 754. Intensif des racines commençant par une voyelle, en sanserit
et en grec.
Parmi les racines commençant par une voyelle, un petit nombre seulement forme des intensifs. La racine est répétée tout entière : si la voyelle radicale est a, la seconde fois on l’allonge. Ainsi af «aller » fait atdt, af « manger » fait afäs.
Je crois reconnaître une formation analogue dans le grec dywy, quoique ce dernier n’ait pas donné de verbe, mais seulement quelques noms comme dywyds, dywyeüs. [l en est ici de lo (pour &) comme de celui du précité raä{w (S 753).
Au contraire, dans ôvévnue, dminleëw, drirdhàw, la voyelle radicale a éprouvé un affaiblissement analogue à celui des désidératifs sanscrits ($ 751). Néanmoins, j'aime mieux rapporter ces formes à l’intensif qu'au désidératif®. Ajoutons encore dal w et 4eAi@w, où la voyelle reste la même dans la syllabe radicale et dans le redoublement.
£ J'ai déjà fait ce rapprochement dans mon Glossaire sanscril, édition de 1830,
page 113.
? Présent ævév (pour mréFw), futur ævevow.
% Voyez Pott, Recherches étymologiques, 1°° éd. 11, p. 7b,
tn. 18
$ 755. Intensif des racines finissant par une nasale. — Le verbe gang, en gothique.
Les verbes commençant par une voyelle ne sont pas les seuls qui redoublent la racine tout entière : les verbes commençant par une consonne et finissant par une nasale, s'ils ont a pour voyelle radicale, répètent leur racine en entier, mais sans allonger la voyelle ni dans la syllabe radicale, ni dans la syilabe réduplicative. Si le verbe commence par deux consonnes, la première seule est redoublée; quant à la nasale du redoublement, elle se règle, suivant une loi phonique bien connue, sur la consonne dont elle est suivie. Ainsi dram «courir» fait dendram; Gram «errer » fait bambram; gam «aller » fait Wy4 gañgen. Rapprochez le grec œau@aivw (venant de Qaivw), dont le », quoique n’appartenant pas à La racine, se trouve reflété dans la syllabe réduplicative !.
À gañgam se rapporte, comme je crois, le gothique gangu! : gam ayant perdu, dans la seconde syllabe, sa partie finale am’, le gothique a obtenu de la sorte une forme gang qui a tout l'air d’une racine. Aussi, en vieux haut-allemand, trouvons-nous un nouveau redoublement : giang (pour gigang), en allemand moderne gieng ($ 592). De même, dans la formation des mots, gang est traité comme une racine indépendante : nous avons, par exemple, ie gothique gah-ts* «marche» (inna-gahts «entrée », fram-gahts « progrès »). Le lithuanien nous présente comme formation analogue le verbe Zengië «je marche » ©.
! Voyez S 598.
2 Voyez S$ 90 et 48s.
* La final de ganga appartient à la caractéristique; nous avons, par exemple, à la troisième personne du pluriel, gang-a-nd.
* Par cuphonie pour gag-ts, avec suppression de la nasale. Le suflixe est le même que dans Îe sanscrit g4-{i-s marche» (pour gan-ti-s). Voyez $ 91, 2.
* Le 2 lithuanien représente souvent un g ou nn g sanscrit. Comparez dde: parole» avec le sanscrit gad eparicrn.
$ 756. Insertion d'une nasale dans la syllabe réduplicative, en sanscrit et en grec. — Intensif des racines finissant en ar, r.
Il y a aussi des racines sanscrites qui, sans être terminées per une nasale, insèrent une nasale dans la syllabe réduplicative. Ainsi dal «se mouvoir» fait dakéal (ou éâcal); pal « éclater » fait pambul!; dar «aller» fait éxicur. Comme les liquides permutent volontiers entre elles, on peut admettre qu'ici la nasale du redoublement représente la liquide lou r. Il en est de même, en grec, pour beaucoup de formes redoublées, comme æ{uane, alunpnu, yyypalr, ylyyhvuos, yayyaARw, ydyypasva, Tovbopilw, Tavraleuw, TevOpnduir, aœeuQpnduie.
Comme exemples de verbes où la liquide est restée invariable dans le redoublement, on peut citer papuaïow, uopuüpo, uéppepos, ueppalpe, uepunpiéw, xapxalpo, yapyalpw, Bop6opièu, æopOüpa, wopPépw. On peut rapprocher ceux des verbes sanscrits en ar qui, dans les formes affaiblies, contractent ar en r : à l’intensif actif, les verbes en question répètent la racine tout entière. Ainsi dar, dr «tenir, porter» fait dér-dar-mi, pluriel dar-dr-mds. Toutefois, les racines commençant par deux consonnes ne répètent que l’une d'entre elles et se conforment à la règle générale : par exemple, smar, smr «se souvenir» fait sû-smar-m.
Avec därdarmi, potentiel dardryäm, troisième personne dardryät (pour dardaryäm, dardaryät), s'accorde le zend darédairyäd?, que nous trouvons dans ce passage du Vendidad»* : sb CC
ds) . PL . 2UaQÿ : POLE ° bugedus dep . boys
1 Avec affaiblissement de la en « dans la syllabe radicale (f 7).
2 Sur l’# inséré dans cette forme, voyez $ 44.
3 Manuscrit lithographié, p. 463. Anquetil (Zend-Avesta, I, p. ho), traduit : «comme le loup à quatre pieds enlève et déchire l'enfant de celle qui a porté (cet enfant)».
h36 . VERBES DÉRIVÉS.
guusinof)ss yaia véhrkô éalwarëangré baréiryäd haéa palrèm » mÿ- Tardayéd « quasi lupus quadrupes a genitrice filium eriperet ».
On peut se demander si nisdarëdairyäd vient de la racine sans-
crite dar, dr « porter » ou de la racine dar, df «fendre, déchirer» (en grec Sépw, gothique tatra), dont l'intensif est dardar dans le dialecte védique, dâdar dans le sanscrit classique. La première hypothèse me paraît la plus vraisemblable; quoi qu'il en soit, la forme en question est une preuve certaine que le zend prend part à l'intensif.
$ 757. Intensif des racines ayant une nasale pour avant-dernière lettre. — Insertion d'un f ou d'un à entre la syllabe réduplicative et la syllabe radicale.
Quelques racines sanscrites ayant une nasale pour avant-dernière lettre admettent cette nasale dans la syllabe réduplicative. Ainsi bañg «briser » fait bémbaigmi; dané « mordre» (grec dax) fait ddndan$m; skand « monter » (latin scand) fait één-t-shandm. Remarquez dans ce dernier exemple lt qui sert de voyelle de liaison entre la syllabe réduplicative et la syllabe radicale : il en est de même pour quelques autres racines de cette sorte. Un î ou un : peut aussi être inséré à volonté dans les intensifs des racines en ar susceptibles de la contraction en r : ainsi de kr, kr «faire» viennent cér-karmi, cär-f-karmi et cér+-karm.
$ 758. Intensifs comme pan-i-pad, pan-i-pat.
Comment expliquer les intensifs pan-t-pad et par-t-pat, venant de pad «aller» et pat «tomber»! ? On peut admettre qu’à côté de uz pad et de Ta pat il y avait des formes nasalisées pand et pant. C'est ainsi qu'à côté de beaucoup d’autres racines finissant par une muette simple, il y a des formes faisant précéder cette
1 Pânini, VII, 17, 84.
muette de la nasale du même organe : tels sont, par exemple, pai et pani «aller». À côté de dah «brûler » nous avons aussi la racine Æ dañh, qui explique l'intensif dandah ? : rapprochez le gothique tandja* «j'allume», qui est avec cette dernière forme dans le même rapport que ganga «je vais» ($ 755) avec le thème intensif Wy4 gañgam *.
Remanque. — La racine tand rallumer» en gothique, zand en vieux haut-allemand. — On vient de voir que nous rapportons le gothique tandja ej'allume» à l'intensif de la racine sanscrite dah «brûler». Graff° pose pour le vieux haut-allemand une racine zant*, qu'il cherche également à rapprocher du sanscrit dah, mais sans donner pour le n et le t l'explication que suggère l'intensif z-z& dandah. À la racine primitive dah ou à son causatif déhay se rapporte aussi le vieux haut-allemand déh-t ou t4k-+, en allemand moderne docht, dacht mèche»; ces formes, qui ont plus fidèlement conservé les consonnes radicales, sont devenues tout à fait étrangères à zand ou zant. Il arrive assez souvent qu'une moyenne initiale soit conservée sans changement dans les langues germaniques : c'est ce qui est are rivé, per exemple, pour l'intensif précité ganga rje vais» ($ 755), tandis que le simple gvam «venir», qui se rapporte à la racine primitive gam, a régulièrement substitué la ténue à la moyenne.
$ 759. Restes de l'intensif en latin.
En latin, gingrwo a tout l'air d’un intensif sanscrit : Pott” le
1 À poni se rattachent les cas forts de pain «chemin», ainsi que le latin pons, pont-is echemin [ par-dessus un fleuve], pont». Le slave RATE puñti echemin» est de la même famille. À pai se rapporte, entre autres, le grec ædros. Voyez Glossaire emnerrit, éd. 1847, p. 206.
2 Pâmini, VII, 1v, 86.
3 Sur le caractère causatif ja, voyez $ 741.
* Sur let de tandja, voyez $ 87, 1 ; la conservation du d est due à la lettre n qui précède. On peut rapprocher la forme sandja «j'envoie», dans laquelle je crois reconnafire le causatif de la racine sanscrite sad ealler» (sddéydmi «je fais aller»), avec insertion d’une nasale.
# Dictionnaire vieux haut-allemand, V, col. 686.
* Avec z pour le gothique t, et t pour le gothique d ($ 87, 2).
7 Recherches étymologiques, 1" éd. 11, p. 75.
Et
rapporte à la racine gf, c'est-à-dire gar, gir (d'où vient le subetantif gir « voix»). La syllabe réduplicative a un # au heu de r, comme en sanscrit ézkcur et comme les formes grecques précitées ($ 756). À girém: (ou giläm) edeglutio» se rattachent entre autres le latin gula et gurguho : ce dermier a remplacé [ par r dans la syllabe réduplicative.
$ 760. Forme déponente de l'intensif, — Exemples de l'intensif actif.
La forme passive de l'intensif sanscrit a ordinairement la signification active. Aussi les grammairiens de l'Inde y voientls, non pas un passif, mais une variété particulière de l'intensif. Je ne puis partager leur opinion à ce sujet : l’origine passive de cette forme, que j'appellerai déponente, n’est pas douteuse.
En sanscrit classique, on trouve plus souvent l'intensif avec ga que sans ya. Ainsi : WR éaicérydul#! sils voyagent » (de car, $ 756); léhhydsé? «tu Ièches » (de kh); dédipydména ? abrillant » (de dtp). Dans dédüyäména® «agité» (de dû ou du) nous avons à la fois la forme et la signification passives.
Comme exemples d’intensif sans ya, nous citerons le participe présent léhhat, moyen lélhäna* «léchant ». Le dialecte védique fait un plus fréquent usage de la forme active; tels sont : nänadat «ils résonnent » (de nad)", abipranénumas « nous célébrons» (de nu précédé des prépositions abt et pra), gôharim «j'appelle» (de Lu, contraction pour hvé, avec la voyelle de lia-
1! Mahübhärata, I, vers 5910.
% Bhagavad-gttà, XI, 30.
* Nalas, III, 19; Dréupadt, Il, +.
# Dräupadt, 1}, 1.
* Mahäbhärata, 111, vers 10394 et 19240.
* Toutes les furmes redoublées qui adjoignent immédiatement les désinences à la racine suppriment le n de la troisième personne du pluriel ($ 459). Rapprochez de la racine nad lc gallois nadu ecricr».
VERBES DÉNOMINATISS. $ 764. &39
son {, $ 753), d-navinét! «il remua, excita » (de nud «remuer, pousser », précédé du préfixe d)?.
VERBES DÉNOMINATIFS.
S$ 7ûs. Formation des verbes dénomainalifs en sanscrit, — Les dénominatifs en aya. — Verbes correspondants en latin.
Les verbes dénominatifs sont d’un usage moins fréquent en sanscrit que dans les langues de l’Europe. Ils se forment soit en prenant la caractéristique de la dixième classe, soit en ajoutant
ya, sya, asya. Je décompose sya et asya en s-ya, as-ya, et je reconnais dans (a)s, as la racine du verbe substantif ($ 648).
Les verbes latins des première, deuxième et quatrième conjugaisons répondent aux verbes sanscrits de la dixième classe ($ 109", 6); conséquemment laud-4-st, nomin-d-s, lumin-d-s, color-d-s, fluctu-d-s, æstu-ä-s, domin'-4-s, regn'-4-s, sorori’-d-s5, cœn’-4-s, plant'-4-s, pisc'-d-ns, alb'--s, calv'-&s, can'Æ-s, miser 4 ris, feroc-t-s, lasciv'i-s, lipp'-s, abort-t-s, fin'-t-6, sil'-s s’accordent avec les formes sanscrites comme kumär'-dya-si «tu
1 Voyez Westergaard, Radices sanscritæ , à la racine nu (p. 45). Quoique dnavinét puisee venir, en effet, de la racine nu, j'aime mieux, à cause de la signification, rapporter cette forme à la racine nud. Le t ne sera donc pas le signe de la personne : je crois qu’il appartient à la racine (t par euphonie pour d) et que le signe personnel, qui ne pouvait se maintenir après une consonne ($ 94), est tombé comme dans éyunak «lu lias, il lian (pour dyunaké, dyunakt). Remarques que dans d-nav-{-n6t (pour dnénét) on a inséré un f : une insertion de ce genre n'a lieu ordinairement qu'après r et n. Voyez 5 757, et Abrégé de la grammaire sanscrite, $$ 500, 501 et 508.
2 Rig-véda, 1, Luv, 8,21; cxxvmm, 13 xxxiv, 193 V, Lxxavur, 3.
? C'est-à-dire formés d’un nom substantif ou adjectif. — Tr.
4 Je cite la deuxième personne parce que la première montre moins clairement la caractéristique de la classe. En général, la flerion est plus facile à étudier sur toute autre personne que sur la première.
# De sororius, et non de soror : ce dernier aurait donné un verbe sorcro, et non soror1o.
h40 VERBES DÉRIVÉS.
joues» (de kumérd «garçonr!), suË-dya-s «tu réjouis» (de suka « plaisir»), yéktr'-dya-si «tu attaches» (de gSktra «lien »?), kéam’-dya-si «tu supportes » (de kiamd « patience »). On voit par ces exemples que le sanscrit, comme le latin, supprime devant la caractéristique la voyelle finale du mot primitif; sans cette suppression, on aurait ydktra-aya-s1, qui, en se contractant, donnerait yéktrdyasi. Ce qui prouve que dans les formes latines comme cœn'-à-s l'â n'appartient pas au mot cœna, c'est qu'on a regn'4-s, cal'-8-s, lasciv'-{-s, où la voyelle finale du thème est rejetée devant l'4, l’é ou l't de la syllabe formative. Au contraire, dans les verbes comme æstu-d-s, fluctu-d-s, lu de la quatrième déclinaison est maintenu. On peut remarquer, à ce sujet, qu'en sanscrit également, lu, dans certaines formations nominales, se maintient devant une voyelle avec plus de ténacité que l'a et que li; on a, par exemple, mand (nom d'une divinité) qui donne un dérivé ménav-d-s° « descendant de Manu, homme», tandis que fit «pur» fait féué-d-m «pureté» et que dasaraia (nom d'homme) fait dâfarat-1-s «fils de Dagarat'a ». Cependant, devant un f, lu de la quatrième déclinaison latine disparaît dans certains verbes dénominatifs, comme dans le précité abort'-t-s.
1 Les grammairiens indiens supposent à tort une racine kwmér «jouer», qui, n’élant pas monosyilabique, est par cela même déjà suspecte ; de cette racine kumér ils font venir kumdré eenfant». Je décompose, au contraire, ce dernier mot en ks, préfixe ayant ordinairement le sens péjoratif, mais marquant ici une idée diminuüve, et en mdra, qui n’est pas employé hors de composition, mais qui est de la même famille que mdrtya «homme». En général, parmi les prétendues racines données par les grammairiens de l'Inde, on trouve beaucoup de verbes dénominatifs : tel est, entre autres, suk «réjouir» (venant de suka «bonheur»), qui contient le préfixe s# (en grec el), de même que 3:4 duk «dolore afliccre» (venant de dukka esouffrance») contient le préfixe dus — grec dus. Mais les grammairiens indiens font également de dukk une racine simple.
? Racine yug «unir».
$ Avec gouna de l’u.
VERBES DÉNOMINATIFS. $ 762-763. PTT
$ 763. Verbes dénominatifs grecs en aw, sw, ow, afo, ie.
‘Je crois que les dénominatifs grecs en aw, sw, ow, aêw, 1e ont également supprimé la voyelle finale du thème nominal dont ils sont formés. Je divise donc de cette façon : dyop'-dw, dyop-do-pos, uopP-éw, xvo-6w, æœokeu-0w, woksu'-év, woheu-{6w. Dans l'a de aw, je reconnais l'a de ayd-mi, et dans le & une altération de y ($ 19). Dans les formes en ac, sw, ow, la semi-voyelle a été supprimée; les verbes en ew, ow ont, en outre, opéré le changement très-ordinaire d’un a en 6, o($ 3). Les verbes en «w doivent, à ce que je crois, leur s à l’affaiblissement d'un ancien a : quoique le changement de l’a en : soit moins fréquent en grec qu'en latin et en gothique, il n’est pourtant pas sans exemple; ainsi, pour citer un cas qui se rapproche assez de celui que nous examinons en ce moment, iw, iouas correspond à la racine sanscrite sad «s'asseoir», gothique sat (sita, sat).
$ 763. Devant les formations en a£w, aw, sw, ow, 18, le thème primitif supprime sa voyelle finale.
C'est sans doute parce que lt est la plus légère des voyelles que les formes en «w sont plus employées que les formes en aëw, et que notamment les thèmes qui ne perdent point une lettre finale devant l'élément dérivatif prennent presque tous la forme en so. On a, par exemple, æod-{w, dyar-{foua, dxovr-i@w, dvdc-llw, aluart-iêw, dhox-(êw, yuvuix-iêw, Srwpax- Bow, xuv-lGw, uvwn-lêw, xepar-ow, xepuat-lêw, épuar-fw. Mais on dit épn-dêw, bvou'-dêw, youv'-çouu!, que je ne crois pas devoir diviser en épua-êw, bvoud-êw, quoique au point de vue de la grammaire grecque on puisse être tenté d'identifier lo de
1 Le primiüf n’est pas yoyv, mais yourar, d'où viennent yoÿsar-os, yovrar-a.
éppito, broudte, dyopdl, dyopdouas avec celui des thèmes
nominaux correspondants. Ce serait rompre sans nécessité l’analogie qui rattache ces verbes aux verbes comme irx-d£ouas, AOds, six -dêcs (du thème elxor), évdi'-de, yes’ -de, sex du, »6pso'-dw, ainsi qu'aux dénominatifs sanscrits en aya : puisque o et », et quelquefois aussi v et « tombent devant la dérivation aw, a{w!, il est naturel de supposer la même chose pour l'e.
Comme les thèmes en « et en # (pour &, $ 4) forment de préférence des verbes dénominatifs en aw, aêw, tandis que les thèmes en o donnent plutôt des verbes en ow, s£œ, on peut croire que la voyelle finale du thème a exercé une certaine influence sur le choix de la voyelle dérivative : l'« et l’# favorisaiént le maintien de l'a primitif, tandis que les thèmes en 0° donnent naissance volontiers à des verbes en ow. Mais, malgré cette sorte de reflet de la voyelle finale du thème, nous devons regarder tous ces verbes dérivés comme présentant une seule et même formation, dont l'origine est antérieure à la séparation des idiomes. Le même principe qui a donné au grec les verbes comme alpar-6w, dpfer-bw, œup-b, xaro@pu-bw, Sahaca(a)-6w, xrioo(a)-6w, est aussi celui qui a fourni æoxep{o)-6w, ypuo(o)- Éw, dyxvA(o}-6w; et la même formation qui a donné xwr-ds, yevei(o)-dw, Xox(0)-dw, duti(o)-do, veusoi)-dw, œehex(v)-ds se retrouve aussi dans dyop(a)-do-ps, roh()- -dw, (a)-d, vix(n)-do.
En résumé, les verbes grecs en av, aw, ew, ow, 1êw me paraissent tous répondre aux dénominatifs sanscrits en aya (première personne ayd-mi, zend ayé-mi), et puisque le sanscrit, le zend et le latin suppriment la voyelle finale du thème nominal
! Comme exemples de la conservation d'un s et d’un v, on peut citer xAavor-de dxpi-dopai , iyMu-do.
3 Cet o lui-même provient d'un ancien «.
” VERBES DÉNOMINATIFS. $ 764. h43
devant la voyelle de la dérivation, je suppose que le grec opère la même suppression !. Là où la voyelle finale du thème reste (et c'est ce qui arrive seulement avec quelques thèmes en : et en v), on la fait suivre de la voyelle de la dérivation; exemples : Onps-do-pas, bPpu-bw, IyOv-des.
Quant aux formes comme dnp{-o-pas, pyri-o-pas, punto, ue00-c, Éaxpi-w, elles appartiennent à une autre classe de dénominatifs qui se retrouve aussi en sanscrit : nous y reviendrons plus loin.
$ 764. Dénominatifs gothiques de la première conjugaison faible. — Mutilation du thème noininal. en gothique, en sanscrit et en grec.
Les langues germaniques également suppriment la voyelle finale du thème devant le j (pour a = sanscrit aya) ou devant la voyelle de la dérivation verbale. Ainsi, en gothique, audapa (nominalif audag'-8, $ 135) heureux » fait audag’-ja « je bénis »; gaura (nominatif gaur”’-s) «triste » fait gaur’-ja « j'afflige »; skafts (nominatif skafl'-s?) «création » fait skafl-ja «je crée»; manvu (nominatif manvu-s) « prêt» fait mave'-ja «j'apprête»; maurthra (nominatif maurthr, $ 153) «meurtre»® fait maurthr'-ja «je tue »; tagra (nominatif tagr’-s) « larme » * fait tagr'ja «je pleure ». Le verbe dénominatif ufur-skadv-ja + j'ombrage», qui a conservé au présent l’u final du thème skadu (nominatif skadu-s) «ombre», est unique en son genre; au contraire, thaursu (nominatif thaur-
1 G. Curtius présente une autre explication. De la formation des temps et des modes, p. 119 et suiv.
3 Ce mol ne se rencontre que dans des composés comme ga-skaft’- «création, créslure», ufar-skaft’-s «commencement».
* Comparez le sanscrit nér-dyd-mi «je fais mourir, je tue». Le suflixe gothique thra représente le sanscrit tra ($ 817 °).
* Comparez le grec ddxpu, le sanserit ééru (pour dafru).
&hh VERBES DÉRIVÉS.
sus) «sec» a fait hawrs'-jan !; dauthu-s «la mort» a fait dautk”-
ja sje tue »?.
Comme verbes dénominatifs dérivés d’un thème à consonne, nous citerons namn-ja «je nomme», venant de naman (nominatif namb, $ 141), et aug'-ja «je montre», venant de augan (nominatif awgé) «œil». Le premier de ces verbes a conservé la consonne finale du thème, comme le latin nomsmo et les formes grecques telles que aluar-6w, aluar-fw; mais il a fait subir à la partie intérieure du mot une mutilation analogue à celle des cas faibles en sanscrit (ndm»w-as «nominis»). Au contraire, aug-ja (pour augan-ja ou augin-ja) suit le principe des dénominatifs sanscrits comme varm”’-dyd-m1 « je couvre d’une cuirasse», pour varman-«yd-mt, venant du thème vérman. Rapprochez aussi les verbes grecs dérivés de thèmes comparatifs en o», tels que Bshri(ov}-6w, pei(ov)-6w, Aaco(or)-éw, xaxi(0v)-60 2.
Les verbes grecs dérivés d’un thème en s suppriment cette consonne ainsi que la voyelle précédente : on en sera d'autant moins étonné que cette classe de noms a également perdu son s à la plupart des cas de sa déclinaison ($ 128). On a, par exemple, æAnp(so)-6w, venant de œAmpes ($ 146); dày(eo)-é, venant de d)yes; dobev(eo)-éw, venant de doûeves; reuy(so)-itw, venant de reuxes; ynp(ac)-dw, venant de ynpas ($ 128).
$ 765. Dénominatifs gothiques de la deuxième et de la troisième conjugaison faible.
Nous retournons au gothique pour faire observer que la deuxième et la troisième conjugaison faible contiennent aussi
: Employé comme impersonnel : thaurs-jith mik (en allemand moderne ssch durstet) e j'ai soif».
? Comparez le grec Savar'-dw, venant du thème Savaro. — Je ne crois pas que duuth’-ja vienne de dauth(a)-s «mortuus», car en vieux haut-allemand tédiu dérive évidemment de téd (thème t6da) « mors» et non de t6t (nominatif t6t#) « mortuuss.
$ On a, au contraire, wÂAcos-alw, el non æÀc-dêx.
VERBES DÉNOMINATIFS. $ 765. 445
quelques verbes dénominatifs. On a vu ($ 109°, 6) que la deuxième conjugaison faible représente par 6 la caractéristique sanscrite aya : elle a donc rejeté le & y, et contracté les deux a en 4 (= 4, $ 69, 1). Nous avons, par exemple, fsk'6-s «tu pêches » en regard du latin psc -4-ris : le thème gothique fiska (nominatif fsk'-s, S 135) a supprimé son « devant la dérivation, comme en latin pis a perdu son 1($ 761). Le gothique thiudan'-6-s «tu commandes», venant du thème thiudana (nominatif thiudan’-s) «roi», a la même formation que le latin domin'-d-ns, puisqu'il y a identité d'origine entre Îles noms gothiques comme thiudans (première déclinaison forte) et les noms latins comme domnus, ainsi qu'entre la deuxième conjugaison faible en gothique et la première conjugaison latine. Aux verbes latins venant des noms de la première déclinaison, comme cœn'-4-s ($ 761), répondent les verbes gothiques comme fairin'-6-s «tu accuses», venant du thème féminin fairiné (nominatif fairina) «faute». À æstu-d-s, fluctu-d-s répond, mais avec suppression de lu, lust'-6-s «tu désires», venant de lustu « plaisir, désir ».
Les thèmes en an affaiblissent leur a en :, comme au génitif et au datif. Un a, par conséquent, fraujin-d-s «tu règnes», venant de fraujan «seigneur » (nominatif frauja, génitif fraujin-s), comme en latin nous avons nomin-d-s, lumin-d-s ($ 761 ); même formation pour gudjin-6-s «tu exerces le sacerdoce», venant de gudjan (nominatif gudja) «prêtre». Quelques thèmes en a, avant de former leur dénominatif, prennent un n devant lequel l'a s’affaiblit en :; exemples : skalkin-6-s «tu sers», venant de skalka (nominatif skalk’-s, géniuf skalki-s, $ 191) «serviteur»; hôrin-6-s «uosyeusis», venant de héra (nominatif hér-s) « pos- X6s »; reikin6-s «tu règnes», venant de reikja (nominatif retki, $ 153) «royaume ».
La troisième conjugaison faible contracte la caractéristique aya en at et répond à la deuxième conjugaison latine. Comme
exemple de dénominatifs de cette classe, nous citerons arm'-ai-s «tu as pitié de», venant de arma (nominatif arms) « pauvre»; on en peut rapprocher le latin miser-6-ris, venant du thème miserd (nominatif miser, pour miseru-s). Citons encore ga-koafaie «moraris», venant du thème féminin ho (nominatif hoeila) «tempus, mora ».
$ 766. Verbes dénominatifs en slave.
En slave également, les conjugaisons qui correspondent à la dixième classe sanscrite ($ 504) servent à former des verbes dénominatifs : AsAa4n dAl'-aju-# «je travaille», aoriste dél'-e-chü, venant de délo (à la fois thème et nominatif-accusatif neutre!) ouvrage»; bogat-#ju-h «je suis riche», deuxième personne bogat’-eje-ñ, aoriste bogaf-4-chü, venant du thème adjectif bopato (nominatif bogatä) «riche » ; rüd'-4-4 sai « rubescere »?, présent réÿduh, par euphonie pour rädjuñ ($ 92"); sen'-ju-à sai «yapéw, deuxième personne $en-+-ét sat, aoriste gen-1-chü sak, venant de fena «femme»; glagol'-ju-à «je parler, deuxième personne glagol'-je-ñ, aoriste glugol-a-chü ($ 504), venant de glagobo
« parole ».
$ 767. Verbes dénominatifs en lithuanien.
Le lithuanien aussi emploie les conjugaisons sorties de la dixième classe sanscrite pour former des verbes dénominatifs ($ 506). Nous citerons : ratidôn’-9j-u «je suis rouge», venant du thème adjectif raudüna « rouge » (nominatif raudüna-s); bdlt'ju «j'ai l'air blanc», venant de bdlta «blanc» (nominatif bilia-s); asar'5j-u «je verse des larmes», venant de asara (fé-
\ C'est proprement un participe passif, venant de la racine A% dé =— sanscrit UT dd «poser, faire», en grec 0%.
2 L'adjectif correspondant manque : son thème a dû être rüdo. Comparez le lithuanien raudà srougeur», le sanscrit rud'ira «sang», rôkité (pour réd'ita) e rouges.
VERBES DÉNOMINATIFS. $ 768. kb7
minin) elarme»; dwrn-üj-u «je suis en fureur», venant de durna «fou» (nominatif durna-s); #kst'-éj-u «je suis avare», venant de sikstü-s «avare»; cjst-1j-u «je purifier, venant de dysta-s «purr; ga-täw-1j-u ej'apprête», venant de gd-tawa-s «prêt»; püsl-1-u «je dévaste», venant de püsta-s «désert»; stér'-y-u «je gouverne [un vaisseau] », venant de stÿr-as e gouvernail ».
11 ressort de ces exemples que le lithuanien, comme le slave ($ 766), le germanique, le grec et le latin ($ 761 et suiv.), rejette devant la dérivation verbale la voyelle finale des thèmes adjectifs et substantifs. Mais dans les cas peu nombreux où le slave tire un verbe d'un thème substantif finissant par n, cette liquide est maintenue : ainsi l'on a, en ancien slave, snamenaju-à «je désigne », venant de snamen (nominatif snamü, $ 266).
$ 768. Dénominatifs sanscrits en payäms. — Restes de cette forme conservés en lithuanien et en ancien slave.
Retournant aa sanscrit, il nous faut encore remarquer que certains thèmes en a insèrent un p devant le caractère aya des verbes dénominatifs, et allongent l'a final du thème. Ainsi ària «chose» fait aridpéyämi, satyd «vérité» fait satydpdyämi. Il y a accord entre ces verbes dénominatifs et les formes causatives comme släp-dyâ-mi «je fais se tenir debout», dâpdyämi «je fais donner» ($ 747).
Nous avons rapproché du p en question le w lithuanien ds siôwmi où stw-1}-u «je suis debout», de daw-tiai «j'ai donné», ainsi que celui des formes appelées tmparfaits d’halatude, comme . sük-daw-au (pour sük-dawiau) «j'avais l'habitude de tourner»! ($ 524). Je rapporte aussi à un p sanscrit le w ou l’u des dénominatifs lithuaniens comme prä-rak’-auj-u «je prédis », aoriste
1 Comparez l'amollissement du p en v dans les formes françaises comme savorr, pour sapotr.
prérakewau, venant de präraka-s «prophète, denin» ($ 20): péstinnk'-auj-u «je jeûne», venant de pastmnkos «jour de jeûne»; gaspador’-auj-u «je suis hôte», venant de gaspadiru-s «hôte, maître de maison»; gaspadin'-duj-u «je suis hôtesse», venant de gaspadine «hôtesse »; kar'-Gu}-u «je fais la guerre, je combats », aoriste kar’-diwau, venant de kéra-s « guerre, combat »i. L'a qui, dans toutes ces formes, précède l'u ou le # de la dérivation verbale, est, à ce que je crois, le représentant de l'4 qu’en sanscrit et en prâcrit nous trouvons dans les causatifs formés de racines terminées par une consonne ($ 750). Comme les thèmes nominaux finissant par une voyelle rejettent celle-ci en lithuanien, as) et awe se trouvent correspondre à la caractéristique dpay, dbé des causatifs sanscrits et prâcrits comme fto-dpéyä-mi, fio-4bé-m:. Comparez au pluriel les formes lithuaniennes comme kar’-duja-me, kar’-duja-te, kar-dma-me, kar-da-te avec les formes sanscrites comme gfv-épdyd-mas, gtr-dpdya-ia; et, à l'imparfait, dftv-dpayé-ma, dfv-dpaya-la. On peut objecter que ces formes sanscrites se trouvent seulement dans des écrits modernes en langue populaire; mais il arrive souvent que le langage populaire conserve d'anciennes formes qui ne sont plus admises par les écrivains classiques. Rappelons à ce sujet l’emploi en laze du p des causatifs sanscrits comme gidpéyämi (S 750). |
Il reste à examiner de quelle manière le lithuanien répartit les formes en s et en w, comme kar-duj-u et kar-dma-u (aoriste). Le p sanscrit (= b prâcrit) a pris la forme du w devant les voyelles, tandis que devant la semi-voyelle ; on préfère la vocalisation du w en u, auj-u, auja-me étant plus aisés à prononcer que awy-u, awja-me. Rapprochez, à ce sujet, la relation qui existe en gothique entre le nominatif thius «enfant, servi-
* On trouvera encore d'autres formes de la même sorte dans Kurschat, Mémoires pour senir à la connaissance de la langue lithuanienac, IT, p. 295 et surv.
VERBES DÉNOMINATIFS. $ 768. 449
teur » (pour thiv-s, venant du thème thtra) et le génitif thim-s, le datif thiva, et les cas du pluriel thivô-s, thiv'-ê, thiva-m, thiva-ns.
Tous les verbes lithuaniens en au-u, awa-u ! ne sont pas des dénominatifs : certains d’entre eux se rattachent à des causatifs sanscrits ou à des verbes de la dixième classe. Tel est, par exemple, rék-au-u «je fais du bruit», en regard duquel on pourrait s'attendre à trouver en sanscrit une forme vdc-dpiyd-mi ? (pour véc-dy4-mi « je fais parler»), si l'on admet que le r lithuanien tient ici la place d’un v ($ 20),
En ancien slave, nous rapportons ici les verbes finissant à la première personne du présent en oyt uju-à * (deuxième personne ovKlui we-st) ot à l’aoriste en ova-chü ou eva-chü. La caractéristique ovu, era, qui s'étend à toutes les formations de la seconde série‘, correspond au lithuanien awa et au sanscrit dpay. Nous citerons comme exemples kownoyer kup'-uju-ñ «j'achète», deuxième personne kup'-uje-t, aoriste kup'-ova-chù, venant du thème kupo, nominatif kupäü « mercatura »; vér'-uju-n «je crois», aoriste vér'-ova-chü, venant de véra (à la fois thème et nominatif) «croyance »; vidov'-uju-h «je suis veuve», aoriste vidov'-a-chù, venant de vidova; kpaatoën kralÿ-uju-à «je règne», aoriste kralj”-eva-chù (par euphonie pour krakjovachü), venant du thème kraljo «roi», nominatif «paas kralt ($ 258), khétj”-uju-ù «je fais du bruit», aoriste khst'-eva-chü (pour klistj-eva-chü), venant du thème khsijo « bruit», nominatif khstr. Mais je ne puis reconnaître l'infinitif d'un verbe dénominatif dans stav-1-t « placer», littéralement «faire se tenir debout», quoique je voie dans son v, comme dans le v des dénominatifs en question et
! Sur lu qui remplace un m au présent et à l'aoriste, voyez $ 438.
* D'après l'analogie de giv-dpéyd-m.
$ Sur le son CY u, qui était originairement une diphthongue, voyez $ 92".
4 La forme eva est employée partout où elle est ou était précédée d'un ÿ (S 92"). # La sixième classe de Miklosich,
us. 29
dans le w du lithuanien stéw--u, l’amollissement d'un p sanscrit. C'est plutôt un causatif qu'il faut voir dans ce verbe, que je
rapproche du sanscrit sidpdydmi ($ 747).
$ 769. Origine des verbes dénominetifs grecs on oc, À», œipo et aise.
Nous avons déjà rapproché! les verbes grecs en oow et en Aw des dénominatifs sanscrits en & ya. Le deuxième © ou À provient d'un } par assimilation régressive?, comme dans Îles verbes de même forme correspondant aux verbes sanscrits de la quatrième classe. Mais tandis qu’en sanserit on allonge, quand elle est brève, la voyelle finale du thème nominal primitif, le grec rejette cette voyelle *; exemples : &yy4w pour dyyeX(c}jo, œouxlw pour æœoix:)(0)-jw, aixdo pour alxa(o)-jœ, pa- Adoow pour palax(o)-jœ, perloow pour pesuy(o)-je.
Les thèmes en p, en po et en » vocalisent le 7 en s et le font passer dans la syllabe précédente, au lieu de l'assimiler à la liquide; exemples : rexua{p-0-pas pour rexpap-Jo-uos, venant de Téxuap; xabalp-o pour xabap(o)-jw, venant de xafapo: peyaip-w pour psyapÿo, venant, non pas de péya-s, mais du thème des cas obliques peyædo, avec changement de À en p*; uelaire pour pelay-jw, venant du thème pelay; œouaive, æœexalw, TexTalvw, d@palve, edppalvo, pour œouuavjw, sexarjo, TEXTAY]&, dPpayjw, süPpayjw, venant des thèmes œomer, æemov, texto», d@pov, eü@pov, qui, dans le verbe, ont conservé leur ancien a (S 3).
Les verbes comme ôvouaivo, xuualvw. onepnalve, onpair, xepaive, venant des thèmes substantifs en par, doivent proba-
! Voyez $ 1a9°, à.
3 Voyez S 19.
3 Comparez $ 76s.
* Voyez $ 20.
VERBES DÉNOMINATIFS. $ 769. 451
blement leur » à une période antérieure, car le suffixe par est une altération de par = sanscrit man, latin men, mn!.
Mais il reste un très-grand nombre de dénominatifs en aivw, dont le thème nominal primitif ne finit ni par un », ni par une lettre qui puisse provenir d’un ». Îl me paraît impossible de dire quelque chose de certain sur l'origine de ces verbes; mais ce que je ne puis croire, c’est que le grec ait de lui-même inventé de pareilles formations, qui ne se rattacheraient par aucun lien aux formes déjà créées dans la période indo-européenne. Il se peut que les thèmes finissant par un » ou par une lettre provenant d’un » aient simplement fourni le type des verbes en œvw : on sera en droit de dire alors que dAcaivw, dxraivo, yauxalvw, Depuaive, épidaivw, xnpaive ont suivi la route frayée, de même que dans les idiomes germaniques beaucoup de thèmes nominaux, en s'élargissant par l'addition d'un n ou de la syllabe an, ont passé dans la déclinaison communément appelée faible. Peut-être aussi y a-t-l quelque rapport entre certains verbes en ww? et la formation sanscrite en «ya, de même qu’en lithuanien nous avons cru pouvoir rapporter à cette formation les causalifs et les dénominatifs en nu ($ 345°). Le » représenterait le % y sanscrit; quant à la diphthongue «, elle pourrait être considérée comme représentant là qui, dans la plupart des thèmes dénominatifs en % ya, précède la semi. voyelle : en effet, quoique cet à appartienne au thème nominal et quoiqu'il soit d'ordinaire l'allongement d’un a bref (&rd-yat «il tarde», venant de drd «long»), néanmoins, dans le cours des temps, il a pu être traité comme s'il faisait partie intégrante de la dérivation. Devant cet &:, le grec aurait alors supprimé la voyelle
! Comparez Curtius, De nominum græcorum formatione, p. ho. * Je serais particulièrement tenté d'admettre celte hypothèse pour ceux des verbes en me qui viennent eux-mêmes d’autres verbes.
k59 VERBES DÉRIVÉS.
finale du thème nominal primitif, comme il la supprime devant les formations en aw, als, etc.
H y a encore un autre moyen de rattacher au sanserit ceur des verbes en arvw qui dérivent de verbes plus simples. Le rapport qui existe entre abaivw, dpalyw, xpadalvo, yahalre et abw, Épdw, xpaddw, xahdw, est analogue à celui qui existe entre le védique caranydmi « je vais » et le simple éérém:. La forme élargi vient du nom d'action 4x4 cdrana «la marche »!. Quelques verbes sanscrits de cette sorte ne sont pas exactement conformes au nom d'action dont ils dérivent : ls en affaiblissent la voyelle radicale, ou ils opèrent une contraction, ou ils ont la voyelle radicale pure, au lieu que le mot primitif prend le gouna; tous ces changements paraissent provenir de la surcharge qu'amène la dérivation verbale. Ainsi bdrana «l’action de porter, de conserver » (racine bar, 6r) donne buranyäm: «je conserve ?»; trana «la hâte» (racine tvar) donne turanyäm: «je me hâte»: érana «l'action de voler» (racine éur) donne éuranyäm eje vole » *. Comme toute racine est capable en principe de former un nom d'action en ana, et que notamment nous voyons tous les infinitifs germaniques et ossètes provenir de ces noms‘, il ne faudrait pas s'étonner si le grec avait conservé certains dénominatifs de cette sorte, dont les primitifs nominaux se seraient perdus. Ainsi œüaivw (pour alayw) pourrait venir d'un thème nominal perdu aavo ou abayn. Mapaivw, à côté duquel nous ne trouvons pas un verbe plus simple, rappelle le sanscrit mérana-m «l'action de mourir» (racine mar, mr «mourir», causatif méruydmi). Rappelons ici les noms abstraits féminins en 07 qui
! Au sujel d'#, pour n, voyez S 17°.
+ Rig-véda, !. 1, 6 : Buranyäntam.
* Rig-véda, [, cuxt, 1 : turanyün.
‘ Westergaard, Radices sanscritæ, p. 337.
$ Ainsi l'infinitif ossète batin «lier» répond au nem sanscrit lénd'm e l'action de licrn ($ 874).
VERBES DÉNOMINATIFS. $ 770. 453
correspondent aux substantifs sanscrits en and ou and, comme ydéané « precatio », arhand « honoris testificatio ».
L'explication qui vient d'être proposée pourrait s'appliquer aussi à une partie des verbes en avw, qui doivent peut-être leur origine à des thèmes nominaux perdus en ao.
$ 770. Origine des verbes dénominatifs gothiques en na.
Le gothique nous fournit une nouvelle preuve de ce fait, que, pour expliquer les verbes dénominatifs, 1l faut se reporter à un état antérieur de la langue et consulter les idiomes congénères. Nous avons en gothique une classe de dénominatifs dans lesquels le n joue également un rôle, bien qu'il ne faille pas songer à établir aucune relation entre ces verbes et les verbes grecs en œvw, dont il vient d'être question, quelle que soit l’explication qu'on adopte pour ces derniers. Je veux parler des dénominatifs gothiques comme ga-fullna «impleor», us-gutna «effundor», distaurna « disrumpor», and-bundna «solvor », gahailna «sanor», fra-quistna «perdor», ga-vakna «excitor», uslukna «aperior», dauthna «morior». Comme je l'ai fait déjà dans mon premier ouvrage !, je rattache ces verbes gothiques aux participes passifs sanscrits en na, comme bug-nd «plié», auxquels répondent en grec les noms verbaux en vo-s, comme cluy-vés, œeu-vés. Les participes passifs gothiques ont la même formation; mais ce qui leur donne un aspect un peu différent, c'est qu’au lieu de joindre le suffixe na immédiatement à la racine, ils intercalent une voyelle de liaison a ($ 834): on a, par conséquent, bug-a-n(a)-s «plié» en regard de grng bug-nd-+. Au contraire, les verbes tels que ga-fulina se rapportent à un état antérieur de la langue, où le suffixe se joignait encore 1mmédiatement à Ja racine, comme en sanscrit et en grec.
‘ Système de conjugaison de la langue sanscrite, p. 135 et suiv.
h54 VERBES DÉRIVÉS.
Le présent ga-skatdna «je me sépare»! se trouve donc plus en accord avec le participe sanscrit fgwg n-nd-s (par euphonie pour éid-nd-s) «fendu» que ne l'est le participe gothique thad-a-n{a)-s. Comparez de même and-bund-na «je suis déhé, je suis délivré» avec bund-a-n(a)-s «liér; bs-auk-na «je suis augmenté » avec bi-auk-a-n{a)-s «augmenté »; fralus-na «je suis dissous, détruit, perdu » avec lus-a-n{a)-s « dissous » (en sanscrit ld-nd-s «détaché, arraché»); ga-luk-na «je suis fermé» avec geluk-a-n(a)-s «fermé»; and-lêt-na « je suis dissous » avec lé-+-
n(a}-s «laissé »; af-hfna «je suis de reste, œepsAefwopas» avec
lb-a-n(a)-s? creliquus»; wfar-haf-na «je m'enorgucillis, üxepat- Popeas » avec wfar-haf-a-n{a}-s « orgueilleux »; dis-laur-na « dirumpor» avec\dis-taur-a-n(a)-s « diruptus »; ga-thaurs-na «je sèche, Enpaivopas » avec pa-thaurs-a-n{a)-s « éEnpanuéros n3.
Dans dis-hnaup-na « dirumpor», venant de la racine si À le goana est irrégulier, car les verbes dénominatifs en na, ainsi que le participe passé en na, prennent ordinairement la forme la plus légère du thème verbal. Même observation pour ws-peus-na «percellor, stupeo», qui devrait faire us-msna5. Dis-skrit-na « findor» et tundna «uror»® sont, au contraire. réguliers.
! Jaba gaskaidnai « éàv ywpioôÿn. Corinth. [, vu, 11.
? Il n'y a pas d'exemple de hban(a)s; mais nous avons le mot laibés «restes», venant d’un verbe perdu leba, laif, libum (en vieux haut-allemand bi-lëu eje reste », bi-leib «je restain, bi-kbumés « nous restèmes»). Au lieu du à, la loi de subs- Litution des consonnes ($ 87, 1) devait nous faire attendre un f (compares le grec Asixw). | En allemand moderne, bleiben «rester». — Tr.]
* D'un verbe, dont il ne reste pas d'exemple, ga-thairsa, ga-thars, ga-thaursen.
{ Temps principaux : hniupa, knaup, hnupum, hwupans.
* Le primilif a dù faire geisa, gais, gisum (Grimm, Graramaire allemande, ll, page 16).
* Des primitifs perdus : skreita, skrait, skritun ; Uinda, land, tundum.
VERBES DÉNOMINATIFS. $ 771. &55
$ 771. La forme dénominative en na, devenue en gothique une forme passive. |
Une fois que na eut pris en gothique la valeur d’un exposant du passif, ainsi qu'on l'a vu par les exemples précédents, il s'ajouta aussi à des thèmes adjectifs. Il en est résulté qu'entre les verbes dénominatifs en Ja! et les verbes dénominatifs en na i s’est établi la même opposition qu'entre les verbes transitifs et les verbes passifs ou neutres. Devant na comme devant ja (= sanscrit aya), on rejette la voyelle finale du thème nominal. C’est ainsi que le thème fulls (nominatif masculin full-s) « plein » fait full-na «impleor» et full'-ja «impleo»; mikila « grand » (nominatif mukil-s) fait makil-na « magnificor» et mikil-ja « magnificon?; veiha (nominatif veih'-s) «saint» fait veh'-na «sanctificor» et veaih'-a (deuxième personne veth'-ats) «sanctifico»; gandha (nominatif ganéh'-s) «suflisant » fait ganéh'-na «expleor » et gandh’-ja «expleo »; managa (nominatif manag'-s) « beaucoup» fait manag'-na « abundo» et manag'-ja «augeo»; gabiga (nominatif gahig'-s) «riche» fait gabig'-na elocupletatus sum» et gahig -ja «locupleto ».
Les primitifs des verbes dénominatifs en na ne nous ont pas tous été conservés par les textes gothiques; quelques-uns, au temps d'Ulflas, étaient peut-être tombés en désuétude, de manière qu'ils ne se sont conservés que dans les dénominatifs qui en sont sortis. Ainsi nous n'avons pas d'exemple du thème adjectif drôba (nominatif dr6b’-s)* «sombre », d'où viennent dréb'-Ja «j'obscurcis, j'agite, j'ébranle» et drdb'-na «je suis ébranlé ». Des prépositions inséparables viennent se placer devant les verbes dénominatifs comme devant les autres verbes, quoique le thème
1 Au lien de ja, on trouve aussi ai ($ 109”, 6). 3 Comparez le grec ueyadlêe.
* En anglo-saxon, dréf; en allemand moderne, trübe,
nominal ne prenne point de préfixe : ainsi bkxda (nominatif blind'-s) «aveugle» fait ga-bhnd'-na «je suis aveuglé» et gablind'-ja «j'aveugle»; dumba (nominatif dumb'-s) «muet» fait af-dumb'-na «je deviens muet»!. [l se peut que les adjectifs simples aient d'abord donné naissance à des verbes dénominatfs simples, sortis de l’usage ou non employés dans nos textes, et que de ces dénominatifs simples proviennent les dénominatifs composés : dans cette hypothèse, dumba aurait fait dumbna, d’où afdumbna, comme en latin mutu-s fait mutesco, d'où obmultesco.
$ 772. Verbes dénominatifs grecs en saw (Savaridæ).
Nous retournons au sanscrit pour faire observer qu’une partie des verbes dénominatifs formés avec &% ya expriment un désir. Ainsi pati « maître, époux » fait pati-yémt « je désire pour époux»; putrd «fils» fait putrt-yâmi «je désire des enfants». La voyelle finale du thème est allongée; si cette voyelle finale est un a, il se change en { (par affaiblissement pour 4 )?.
Ces formes nous amènent aux dénominatifs grecs en saw, à sens désidératif : tandis que les verbes sanscrits allongent la voyelle finale du thème et changent 4 en f, les verbes grecs rejcttent la voyelle finale du thème nominal primitif, de sorte qu'on a Savar’-idw, olpatny -tdw, xhavo’-1d. 1 serait plus exact de dire que ces verbes se rapportent à la forme causale des dénominatifs sanscrits en ya; ainsi Savar ide, Savar -140-per supposerait une forme sanscrite comme putri-yayd-m:, putriyayd-mas. En effet, putri-y&-mu, putri-y4-mas ferait attendre en grec des verbes comme Savar'-1W, Sravat -10-uer, ou, par le changement de +7 en oo ($ 769), Savaoow, Savaooouer.
Il est bon d'ajouter qu'on trouve quelquefois le causatif des
1 Afdumbn « weÇluwaon. Marc, 1v, 39.
* Nous trouvons cependant dans le dialecte védique afod-y#mi e cquos cupios, venant de déva «equus». Säma-véda, 11,1, 1;x1, 2,
VERBES DÉNOMINATIFS. $ 773. k57
dénominatifs en ya employé en sanscrit sans la signification causale. Ainsi asd-yémi «je maudisr! a donné ie gérondif à forme causale asüyayrtva ? qui signifie «ayant maudit »®.
$ 773. Verbes dénominatifs latins en igo (mitigo).
On pourrait rapporter également les dénominatifs latins en ird à la forme causale des dénominatifs en & ya. L'i serait alors la voyelle finale du thème nominal, tantôt restée invariable, comme dans miti-gd-s, levi-pd-s, nâvi-gâ-s, tantôt affaiblie en 14, comme dans fumi-pé-s (pour fumu-gé-s, fumü-gà-s), remsgâ-s, clari-gâ-s, casti-gâ-s°. Dans les verbes comme hu-gd-s, l'i serait un élargissement du thème. Quant au g, il faudrait y voir le durcissement d’un }. Il n’y a peut-être point d'autre exemple en latin d'un pareil changement; mais il n’est pas rare dans les idiomes congénères 7. L'4 serait, comme il l'est partout dans la première conjugaison ®, la contraction du sanscrit a(yha. De cette façon, fumi-p4-s serait en quelque sorte le sanscrit démä-ya(y}a-si «tu fais fumer » latinisé ?.
Si l’on préfère l'explication habituelle des verbes en 1g0!, suivant laquelle il y faut voir des composés renfermant le verbe
* Employé dans le sens intransitif, asd-ydi signifie «je suis en colère». Le thème nomioel est dsu « vie».
3 Kréddd astiyayitvé tam «irâ exsecrando eum» (Nalas, XIV, 17.)
S Au contraire, le causalif düméydéydmi, venant de dimdydmi « fumer» , signifie «faire fumer». Mahäbhérela, 11, vers 1545 : déméyayan difak «faisant fumer les régions du monde».
# Dans pur-gé-s l'i aurait été supprimé.
* Au contraire, jur-gd-s n'aurait point élargi son thème.
7 Voyez SS$269et7493. Rappelons aussi le durcissement d’un ; primitif en £($ 19).
* Excepté quand il appartient à la racine.
* Au sujet de f — sanscrit{ d', voyez $ 16.
19 Je rappelle que cette explication a été comballue par Duntser, Thévrie de la formalion des mots en latin, p. 140.
ago, on devra diviser de cette manière : mf'-190, fum'-190. L'a radical de ago devra être considéré comme ayant subi un affaiblissement en 1, et 190 comme ayant passé de la troisième conjugaison dans la première. Nous observons, en effet, ces deux changements dans le verbe facere, qui à la fin des composés
devient fcare.
$ 774. Verbes dénominatifs grecs en cet (æapaèmoelw). — Dénominatifs latins en wrio, 10 (parturio, equio).
Les thèmes sanscrits finissant par n suppriment cette consonne devant le ya des verbes dénominatifs, qu'ils aient ou non la signification désidérative. Îl en est de même pour quelques autres consonnes : ainsi vrhdt, dans les cas forts orhant 1, fait vrh4-yé (moyen) «je grandis». On serait donc en droit de s’attendre aussi à des formes comme dé-syd-yé (pour désyat-yé ou däsyant-yé), venant du participe futur dé-syant « devant donner».
Nous sommes amenés de la sorte aux désidératifs grecs en ceiw, qu'on pourrait regarder comme des dénominatifs venant d'un participe futur?. L'e de æapa-dw-celw serait l'amincissement de lo du suffixe ovr: æœapa-duve'-lw viendrait de &apadwooivt)-1w, à peu près comme dex-alôuevos vient de &exovr.
Si les désidératifs grecs en oe:w proviennent de participes futurs, on en peut rapprocher les désidératifs latins en turo, comme cœænaturio, nuplurio, parlurio, esurio° (pour es-turto, $ 101). L'i paraît répondre au suffixe sanscrit & ya. Il est vrai que l'? de la quatrième conjugaison correspond ordinairement au sanscrit aya, tandis que ya est représenté par l1 de la troi-
' C'est un participe présent de verk, vrk «grandir».
2 Et non, comme on les explique d'ordinaire, d'un indicatif futor.
% L'u des verbes en türio est bref, tandis que celui des participes en tiru-s est long. Mais la surcharge produite par la dérivation verbale me paraît avoir déterminé
ce changement de quantité : c'est ainsi qu’en sanscrit lé du suflixe tér est complélement supprimé devant le caractère féminin €
VERBES DÉNOMINATIFS. $ 775. * 459
sième conjugaison. Mais comme cet : devient quelquefois {!, on ne doit pas être surpris de voir certains dénominatifs de la quatrième conjugaison latine appartenir à la formation en ya, et non à la formation en aya. Conséquemment equ'-10, equ'-fs représenterait par son thème comme par sa dérivation le védique
asviyämi « equos cupio» ($ 772).
S 775. Verbes dénominatifs latins en t#s0 et esso (ailicisso, capesso).
Il y a aussi des dénominatifs à signification désidérative que le sanscrit forme à l'aide des suffixes sya et asya; exemples : vréa-sydmi « désirer le taureau »; afva-syäm « désirer l'étalon», en latin «equio»; mado-asydmi «désirer du miel». Noas avons déjà fait remarquer la ressemblance de ces formes avec celle du futur à auxiliaire, et, en ce qui concerne la sifflante, avec les désidératifs venant de racines verbales.
On peut rapporter 1ci les verbes imitatifs latins en ss0 ?. Ainsi patri-ss0 proviendrait par assimilation de patri-so®, et l'i serait un élargissement du thème, comme dans patn-bus. Dans athc-s30, græci-s80, l'i proviendrait d’un affaiblissement de la voyelle finale du thème nominal. Il est vrai que les verbes sanscrits comme afva-syd-ti faisaient plutôt attendre en latin la troisième conjugaison que la première.
C'est la troisième conjugaison que nous trouvons pour Îles verbes comme cape-s830, incipt-s30, lace-ss0, peli-s30, lesquels sont eux-mêmes dérivés d’autres verbes. On les peut rattacher aux verbes désidéralifs sanscrits en sa, en supposant que Île & s soit effectivement pour & +; ou bien encore, on les peut rap-
! Voyez Struve, De la déclinaison et de Ja conjugaison Îatines, p. 200 ct suiv. Fodio fait chez Plaute fodérs, gredior fait aggrediri, pari fait chez Ennius partre, morior fait morfnur.
? Ce rapprochement a déjà été fait par Düntzer, Théorie de la formation des mots
en latin , p. 135.
* Comparez les faturs präcrits ($ 655).
k60 VERBES DÉRIVÉS.
porter au futur à auxiliaire. Toutefois, dans l'e ou 1 des verbes comme cap—e-ss0, pel-1-850, je reconnais la voyelle caractéristique de la troisième conjugaison, quoique cette voyelle ne sorte pas d'ordinaire des temps spéciaux.
Incesso, venant de cedo, est probablement une forme mutilée pour tncedesso, de même que arcesso, s'il vient de cedo, est pour arcedesso.
8 776. Verbes inchoatifs latins en sco; verbes grecs en oxe.
Il y a une ressemblance extérieure entre les désidératifs en sya ou asya, formés de thèmes nominaux, et les inchoatifs latins en asco et esco. Mais je ne pense pas qu'il faille rapporter l'origine de ces derniers à la période indo-européenne ; je crois qu'ils sont de formation latine, et qu'ils proviennent de l’adjoncüon du verbe substantif, pris dans le sens « devenir», au thème nominal. Si le thème est terminé par une voyelle, il la rejette devant le verbe auxiliaire ($ 761). De même qu'on a pos-sun, venant de pot-sum, pour pot-sum, et pot-eram pour poti-eram, de même on a puell'-asco, ir'-ascor, puer'-asco (du thème puerô), tener'-asco et tener'—esco, acel'-asco, gel-asco (de gelu), herb'-esco, exaqu'-esco, plum-esco, flamm'-esco, amar'-esco, aur'-esco, clar”esco, velust'-esco, dulc'-esco, juven’-esco, celebr'-esco, corn'-esco. Pour les verbes en 1500, nous n'examinerons point s'il faut diviser de cette façon : long'-1sc0, vetust'-1sc0, ou longi-sco, vetush-sco. Dans le premier cas, on pourrait comparer lt du verbe auxiliaire avec celui de l'impératif grec io-&:; dans la seconde hypothèse, l': est l'affaiblissement de la voyelle finale du thème adjectif, comme cela a lieu dans les composés tels que lonn-pes et les dérivés tels que longitudo. Les thèmes finissant par une consonne n’éprouvent point de mutilation : on a, par exemple, arbor-esco. carbon-esco, lapid-esco, matr-esco, noct-esco, du-esco. Remarquez toutefois
VERBES DÉNOMINATIFS. $ 776. hG1
opul-esco, pour opulent-esco : cette mutilation rappelle celle qu'éprouvent en sanscrit les verbes dénominatifs venant de thèmes participiaux en nt!.
Si ces formations contiennent, comme je le crois, le verbe substantif, elles sont identiques avec le futur archaïque en esco (escit, superesait, obescit). Grâce à la composition, le verbe substantif a encore gardé quelquefois son ancien a initial?. Il n'est pas besoin d'expliquer combien se touchent de près l’idée de futur et celle de devenir.
Nous retrouvons la gutturale dans l’imparfait grec #oxos, qui se combine aussi avec des verbes attributifs (divets-oxs, xadéeoxov, éAdoa-axe S),.
Comme le grec £oxw, le latin esco renonce à sa voyelle initiale, quand il s’adjoint à des thèmes verbaux, car l'd, lé ou Ft des formes comme laba-sco, ama-sco, consuda-sco, genera-sco, palle-sco, wire-sco, rube-sco, senti-sco, obdormu-sco, sont évidemment les caractéristiques des première, deuxième et quatrième conjugaisons. Aussi divisons-nous ces verbes autrement que les verbes dérivés d'un thème nominal, tels que puer -asco, clar -esco, dulc'-esco. Dans gemi-sco, tremi-sco, où le verbe primitif est de la troisième conjugaison, li est bref par nature; c'est le même : qui, dans gem-1-s, trem-1-s, représente la caractéristique a des verbes sanscrits de la première et de la sixième classe*. L'i de profci-scor, concupi-scor est identique avec l'i de faci-s, profici-s,
cupi-s; nanci-sc0r suppose un simple nanco, nanci-s; frage-sco a
1 Voyez $ 774, et Westergaard, Radices, p. 337.
3 C’est ainsi qu’en borussien, même hors de composition, on a as-mai, as-sai, as-t, landis que le lithuanien fait es-mi, e-si, &-ti.
3 Je ne doute pss que dans ces composés la voyelle qui précède le o n'appertienne au verbe principal. En effet, dans l'imparfait simple éxdAce, le dernier e appartient encore au thème : si à la première personne nous avons éxdAeo-», avec o pour e, cela tient au voisinage de la nasale.
4 Voyez S 109", 1.
un & au lieu de lt de frangi-s ($ 6), et il s’est allégé en reje-
tant la nasale de la racine. |
Les verbes grecs comme ynpd-oxw, #6d-axu, id-oxopuu, dXô-oxw ont la même formation que laba-sco, ama-sco, pallesco. Nous ne voulons point dire par là que l’'» de æeDfy-xa, Qslf-aw soit identique avec l'8 de la deuxième conjugaison latine, quoique tous deux se rapportent à la caractéristique sanscrite aya ou ay! : le latin a contracté en é les deux premières lettres ay ou a?, tandis que le grec a simplement allongé l'e de @sés pour compenser la suppression du y de we ay*.
Dans les formes comme sipi-oxw, olepi-oxw, dAi-oxopas, duGli-oxw, je crois que l'« est l'affaiblissement d’une voyelle plus pesante, et non une voyelle de liaison : je regarde ces verbes comme étant pour sipf-oxw, ofepr-oxw, du6iu-oxw, dAd-oxopas, ainsi que le prouvent, entre autres, les futurs &pyfaw, dAd-oouu, etc. Nous avons des affaiblissements analogues de l'o en « dans bvéomus (pour évérmus), dæraletw (pour ëxo- #leiw*); ajoutons qu'à côté de dA6/-axw on trouve aussi &}61oxw.
$ 777. Verbes dénominatifs sanscrits formés par la simple addition d’un a. — Formations analogues en latin, en grec, en gothique et en arménien. — Verbes grecs en evw. — Verbes arméniens en anam.
On forme aussi des dénominatifs sanscrits en ajoutant simplement dans les temps spéciaux un a au thème nominal. Cet « est supprimé dans les temps généraux comme celui des verbes
! Aya dans les temps spéciaux , ay dans les teinps généraux.
? Voyez $ 109", 6.
* Orâéo est pour QrAéjw, comme énAdw est pour dnAdjw ($ 504). Au futur, qui est un lemps général, nous ne devons avoir que la caractéristique 9.
* Voyez $ 754, et comparez dswsy et éswréw, qui, au lieu d'affaiblir la voyelle radicale, l'ont au contraire allongée. Ces formes, où la racine est entièrement répé tée, répondent exaclement aux intensifs sanscrits.
VERRES DÉNOMINATIFS. $ 777. 463
primitifs de la première et de la sixième classe !. Si le thème nominal se termine par un a, on le rejette; ainsi Bhita «rouge» fait lhat-à-t «il est rouge». Dans les textes sanscrits, je n'ai pas trouvé d'exemple de cette sorte de dénominatifs; mais parmi les racines que les grammairiens indiens attribuent à la première ou à la sixième classe, j'en crois reconnaître plusieurs qui sont des dénominatifs de thèmes en a. Tel est bdm «être en colère» qui fait bâm-a-t8 «il est en colère», et que je fais dériver de bém-a? « colère ».
L'i de la troisième conjugaison latine répondant à l'a sanscrit de la première et de la sixième classe, les verbes metu-5-t, tribu-i-t, statu-i-t, minu--t correspondent aux dénominatifs sanscrits dont nous venons de parler. En grec, on peut rapporter ici les dénominatifs qui, dans les temps spéciaux, joignent un o ou un & au thème nominal, comme pnvi-o-pev, pnvé-e-te, dnpl-0pas, unré-o-pas, daxpu-0o-pai, peÜ-0-pas, I0-0-per, dy ÿ-0-uer, Bacsheu-0-uer, Bpabeu-0-uer.
Mais comment faut-1l expliquer les verbes dénominatifs en eu à côté desquels nous ne trouvons point de thème nominal en eu? Le grec en compte un assez grand nombre, comme xop-ev-0-pas «je suis vierge», æokuT-ei-w «je suis citoyen», dÛX'-eÎ-w «je combats», littéralement «je suis dans le combat», latp’-eu-w «je suis médecin », xpær:oT-e0-w «je suis le meilleur», xoaax'ev-w «je suis flaiteur», douX\'-eù-w «je suis esclave », dAnd'-e0-« «je suis véridique». On pourrait supposer que le verbe substantif, qui, dans la plupart de ces formations, est plus ou moins clairement sous-entendu, s'y trouve effectivement renfermé. 1] faudrait alors songer à la racine @v, qui aurait conservé son sens primitif «être», tandis que hors de composition elle a
1 Voyez $ 109", 1.
? Le mot bäma lui-mème, qui signifie aussi «lumière, éclat», vient évidemment de la racine Lé «briller».
surtout la signification causative «produire». L’e de -euw serait la voyelle du gouna, répondant à l'a de bdv-4-m1 «je suis, je deviens». En ce qui concerne la perte de la labiale, on pourrait comparer poi-ui, mon-ui, ama-vi, audios 1.
À la même classe de dénominatifs appartiennent les verbes gothiques en na (comme fullna « impleor »)?. Ces verbes dérivent de thèmes participiaux en na qui perdent leur voyelle finale devant la caractéristique : on a donc au singulier fulln'-5-th eimpletur», pour fullna-t-th, qui lui-même est pour fulina-a-th?, et au pluriel fulln-a-nd, comme en sanscrit nous avons réhitd-ti, rékal-a-nt. Le gothique n’emploie d’ailleurs cette formation qu’au présent et aux temps qui en dérivent : au prétérit, l’a ou le est remplacé par un d; ainsi l'on a fulln -6-da « je fus remplir, dont la formalion s'accorde avec celle de regn'-d-v1 *.
En arménien nous avons également des dénominatifs qui se forment de la même manière : on adjoint simplement au thème nominal la caractéristique (ordinairement e), devant Jaquelle la voyelle finale du thème est rejetée. Exemples : qui æ#u gani e-m «je thésaurise», venant de gan$ (thème ganzu ou ganii)
1 Voyez $ 556 et suiv, — L'ossèle, même hors de composition, a perdu la labiale du verbe auxiliaire en question. Il fait, par exemple, œad «qu'il soit», œoni equ'ils soient» — sanserit bévatu , bévantu. Voyez mon mémoire intitulé Les membres caucasiques de la famille indo-européenne, pages 43 et 83, remarque 48. — En persan moderne, le présent du verbe substantif peut entrer en combinaison avec tous les noms substantifs ou adjectifs, ainsi qu'avec les pronoms personnels; exemples : pérem esenex sum», menem «cgo sumn. — Avec le wa de l'ossète œa-d +qu'il soit», on peut comparer l'albanais va, pluriel ua-u, dans les aoristes cumme kepkü-va cje cherchair, ke2k”-da-p «nous cherchämes». Dans ce va, ay je reconnais également la racine sanscrite bi, en latin fu. Mais je ne crois pas qu'il faille admettre pour cela une parenté spéciale entre l’albanais et le latin ou l'ossète. Voyez mon mémoire Sur l'albanais et ses affinités, p. 18 et suiv.
3 Voyez $ 770.
3 Voyez $ 67.
* Le suffixe du thème nominal regnô eroyaumen , littéralement ace qui est régi”, est le même que celui de fullna (en sanscrit pérné erenuplir).
VERBES DÉNOMINATIFS. $ 777. 465
«trésor», wuwklr psak'-e-m «je couronne», venant de psak (thème psaka) «couronne». Comme exemple d’un dénominatif de la deuxième conjugaison, formé par la simple addition d’un a, nous citerocs fupnfuunus Krokt-a-m «je brave, je suis fier», venant de Kroft (thème Krokta) « fier ».
Toutefois, la plupart des verbes dénominatifs de la deuxième conjugaison arménienne finissent par ana-m à la première personne du singulier du présent; ils s'accordent donc dans leurs traits essentiels avec les formations en ane-m! (dont le remplace un ancien a), et avec les verbes primitifs de la neuvième classe sanscrite. Ces dénominatifs traitent comme une racine le thème substantif ou adjectif dont ils sont formés : la caractéristique ana, ou plutôt la syllabe na, est donc supprimée dans les formes générales, ainsi que fait le sanscrit pour la syllabe caractéristique nd. Exemples : htvand'-anu-m «je deviens malade», aoriste hivand'-ai, venant de hivand (thème hivanda) «malade»; er” ana-m «je deviens vieux», aoriste <er'-aä, venant de db êer (thème £ero) «vieux »?; (ÿai-ana-m «je deviens enfant», aoriste tÿai-aii, venant de wrquuy tÿas.
3 En sanscrit garant (forme faible garat) = grec yepoyr. Le = o de $ero, comme l'o de yepoyr, représente un a sanscrit (S 183°, 1).
? Qui se prononce td (voyez t. 1, p. 4o3, note 1).