‹ Grammaire comparée des langues indo-européennesChapitre 7 sur 51 · XVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVIII INTRODUCTION

tous du même temps, et qui nous montrent Île langage réunissant les mêmes syllabes à | plusieurs reprises et de diverses façons.

__ est intéressant d'étudier ce travail de dépérissement et de rénovation. Tandis que le suffixe superlatif tama est resté vivant en latin, il est à peu près complétement sorti du grec. D’un autre côté, au lieu que le grec 5epo n'a pas cessé, concurremment avec 0v, de faire partie de l'organisme de la langue, et en fait encore partie aujourd’hui, le latin ter a été de bonne heure étouffé par le suffixe 10r. Dans les textes les plus anciens où nous puissions observer la langue latine, ter ne subsiste que pour un certain nombre de vieux comparatifs dont la formation appartient à une période antérieure et dont le nombre ne s'augmente plus.

Si l'on fait abstraction de la théorie dont il vient d'être question, le chapitre que nous analysons offre beaucoup d'observations justes et curieuses. Ïl présentera surtout de l'intérêt aux latinistes et aux germanistes. C'est à Bopp qu'on doit cette explication si ingénieuse de la syllabe ts dans 1sta, tssimus : de nouvelles recherches n'ont fait que la confirmer. M. Benfey a relevé en sanscrit les formes péptyastara «plus méchant», panishjæma «très-digne de louange », surabhish{ama «très-odorant», qui présentent la même composition. En grec, nous avons ÂaMoïepos, äplolepos ; en latin, magister, minister, sinister ?. C'est aussi

* La même chose est arrivée en gothique.

* Benfey, Histoire de la linguistique, p. 4g2. Sur le comparatif et le superlatif latms, voyez Corssen, Journal de Kubn, III, 241, et Kritische Beiträge, p. 313.

INTRODUCTION. xIX

M. Bopp qui le premier a reconnu des comparatifs dans les mots latins comme uter, alter, ceteri, iterum. C’est lui enfin qui nous a fait apercevoir d'anciens comparatifs dans ces adverbes plus, magis, dont se servent encore nos idiomes modernes pour exprimer les degrés de comparaison , et qui sont comme les derniers survivants d'espèces perdues.

Une autre question est de savoir quel a été le sens primitif des suffixes de gradation. M. Bopp ne s'explique point sur ce sujet; toutefois, en proposant son étymologie de la racine {ar «surpasser », il nous donne à penser qu'il regarde la signification relative comme la plus ancienne. Mais il ne faudrait point nous laisser tromper par le rôle qu'ont pris, en nos idiomes cultivés, le comparatif et le superlatif une fois placés dans la phrase et accompagnés de régimes. Il est plus probable que la signification absolue (c'est le terme employé par nos grammaires) a précédé la signification relative, et que le rôle primordial de ces suflixes ra, ta, ma était simplement d'insister sur l'idée marquée par le thème. On peut même supposer que la différence entre le comparatif et le superlatif, quoique certainement antérieure à la séparation de nos idiomes, est d'origine secondaire : apa-ra, apa-ma servaient peut-être uniquement à marquer un plus grand éloignement que pa, et c'est grâce au progrès du langage qu'ils se sont d'abord distingués l'un de l'autre et qu'ils ont ensuite exprimé l'éloignement, non plus en lui-même, mais par rapport à d'autres objets.

zx INTRODUCTION.

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