AVERTISSEMENT
Le présent volume a été rédigé par moi, en grande partie sur les notes qui ont servi à Riemann à faire son cours de grammaire à la Sorbonne et plus tard à l’École normale. Tous ceux qui ont été les élèves de ce maître regretté savent avec quel soin, avec quelle conscience et aussi avec quelle sûreté de méthode 1] préparait ses leçons. A ceux-là je n’ai pas besoin de dire que l’état des manuscrits laissés par Riemann a rendu ma tâche relativement facile. J'ai eu à ma disposition une ample collection de faits et d'exemples bien choisis et bien classés : 1] m'a suffi le plus souvent de les contrôler et d'en tirer les règles ou les remarques appropriées. Le plan général de l'ouvrage m'était indiqué par l'ordre même des leçons. Je l'ai scrupuleusement suivi, sauf en ce qui concerne l'emploi des modes dans les propositions subordonnées : sur ce point j'ai cru bon d'adopter une disposition qui permet de suivre aisément le développement historique des constructions étudiées. D'ailleurs Riemann remaniait sans cesse son cours, le complétait ou le corrigeait à mesure que les progrès de la science grammalicale et son expérience personnelle lui faisaient apercevoir une modification nécessaire. Il eût certainement adopté celle-ci : je la lui avais signalée et il l’avait approuvée. Tout le monde sait que nous avons élé unis pendant quelques années — malheureusement trop courtes — par les liens d'une collaboration étroite. L'étude en commun de Loutes les questions de syntaxe grecque et latine nous avait conduits à une complète unité de vues. Je n'ai donc pas besoin d'indiquer quelles sont dans le présent volume les parties qui sont entièrement de moi : il yen a un certain nombre, mais j'espère qu'on ne verra surtout que l'unité de l’œuvre.
HENRI GOELZER.
La syntaxe a fait de grands progrès dans notre siècle. Nous ne sommes plus au temps où l'ignorance de la grammaire était si grande, que dans une phrase de Xénophon, comme εἰ φοῤοῦνται μὴ παρέχωσιν, un éditeur corrigeait rapéyouv!. Les faits sont mieux connus, les règles mieux établies : ces résultats sont dus pour la plus grande part à l’école philologique allemande qui reconnait pour chef Godefroi Hermann; en France, les études de syntaxe, longtemps négligées, sont aujourd'hui en honneur, grâce aux travaux et aux etforts de notre ancien maitre à l'École normale, Ch. Thurot, grâce aussi au zèle infatigable et à l'exemple de feu Eug. Benoist, professeur de poésie latine à la Faculté des lettres de Paris.
Il semblerait que la grammaire comparée, si florissante aujourd’hui et représentée parmi nous par des maltres éminents, ait dû avoir sur l'étude de la syntaxe une influence féconde : il n’en est rien. Les linguistes, en effet, n'ont guère, jusqu'ici, étudié que les formes des divers idiomes de la famille indoeuropéenne, et, d'autre part, les travaux? mêmes de syntaxe comparée sont encore incomplets et soulèvent de grandes controverses. C'est que la syntaxe comparée se heurte à une grosse difficulté.
On appelle syntaxe l'ensemble des règles établies pour l'emploi des formes; or ces règles sont fondées en grande partie sur le sens que chaque peuple attache aux formes de sa langue et non sur la valeur éfymologique qu'elles pouvaient avoir, car le sens de cette valeur était perdu, le plus souvent, depuis longtemps. Par conséquent, la syntaxe comparée pourra bien, quand elle existera complètement, expliquer en gros l’origine de certaines constructions