‹ Grammaire comparée du grec et du latinChapitre 4 sur 306 · Voy. Mapvia, Griechische Syntax, 1"° édit., p. VIII · texte numérisé non relu

Voy. Mapvia, Griechische Syntax, 1"° édit., p. VIII

2. Jusqu'à ces dernières années, il n'existait que des travaux fragmentaires de syntaxe comparée, parmi lesquels il convient de citer Delbrück, Syntaktische Forschungen : I. Ablatir, Localis, Instrumentalis im Altindischen, Laleinischen, Griechischen and Deutschen (1867); 11. Der Gebrauch des Conjunctivs u. Optativs im Sanskrit u. Griechischen (1871); 1V. Die Grundlagen der griechischen Syntar (1879), Haius, Verlag der Buchhandiung des Waisenhauses. — E. Wimnisca, Unlersuchungen fber den ÜUrsprang des Relativpronomens in den indogermanischen Sprachen (dans le t. II des Studien de Curtius). — Jouzr, der Conjunctiv u. Optativ. u. die Nebensätse im Zend u. Altpersischen im Vergleich mit dem Sanskrit τι. Griechischen; 1d., Geschichte des Infinitivs im Indogermanischen (1873). — Buaonicxx, de conjunctivi el oplativi in indo-europæis linguis informatione et vi anliquissima, Paris, Vieweg, 1877. Mas, si ces ouvrages sont encore utiles à consulter, ils n’éclairent que certains points de détail, et perdront beaucoup de leur intérêt, quand sera achevé l'œuvre de K. Bauoxaxx et de B. Dreisntcx (Grundriss der vergleichenden Grammatik der indo-germ. Sprachen, Strasbourg, Trübner), véritable monument élevé à la grammaire comparée des langues indo-européennes. Mais la partie consacrée ἃ la syntaxe n'est point encore achevée et, quand elle le sera, les observations que nous faisons ci-dessus n'en subsisteront pas moius.

grecques ou latines, mais jamais elle ne dispensera d'étudier la syntaxe grecque ou latine.

Quoi qu'il en soit, et malgré les progrès sérieux qu'ont faits en notre siècle les études de syntaxe, ce serait une erreur de croire qu'il n’y a plus rien ou presque plus rien à faire. Il s'en faut de beaucoup que toutes les questions soient résolues. Soit qu'on ne cherche dans la syntaxe qu’un moyen de bien entendre les auteurs, soit qu'on veuille étudier l'histoire de la langue, complément nécessaire de l’histoire liltéraire, les grammaires existantes sont, on peut bien le dire, encore insuffisantes aussi bien pour le latin que pour le grec. Il y

a encore de nombreuses recherches à faire, et dès lors il convient de se.

demander suivant quelle méthode il faut procéder.

Tout d'abord, avant d'établir une règle quelconque, il est nécessaire de réunir une collection de faits soit complète, soit suffisante. Certaines questions ne sont mal connues que parce qu'il n’y à pas eu assez de faits réunis: c'est le cas pour l'emploi des adjectifs comme substantifs en grec et en latin, pour l'emploi de l’article, pour l'emploi de l'aoriste, en grec, elc. D'autre part, telle ou telle règle traditionnelle est fondée sur des faits mal connus. Quand on affirme, par exemple, que prohibere avec l'infinitif est un solécisme, on oublie que c’est la construction ordinaire de ce verbe; de même la prétendue règle donnée par certains graimmairiens de l'emploi du pronom ipse, pour éviter l'équivoque, n’est vraie que pour les prosateurs de l’époque impériale; chez les écrivains classiques, ipse est toujours demandé par le sens, et alors le réfléchi est sous-entendu ; de même encore, c’est à la suite d'informations insuffisantes que les grammairiens ont longtemps donné pour l’emploi de quominus une règle inexacte : il n’est pas vrai de dire, en οἷοί, que quominus s'emploie indifféremment comme ne ou comme quin après les verbes d'empêchement. De l'ensemble des exemples réunis, il ressort que quominus s'emploie surtout après des expressions négatives, plus rarement avec des verbes non accompagnés d’une négation. Enfin on enseignait, jusqu'à ces dernières années, que l'idée d'avec se rendait indifféremment en grec par σύν avec Je datif ou par μετά avec le génitif. Or, il résulte des palientes recherches de Tycho Mommsen* que, si l’on met à part la formule σὺν θεοῖς, la préposition σύν n'est employée que par les poètes et par Xénophon, tandis que les prosaleurs attiques préfèrent μετά avec le génitif.

Mais il ne suffit pas de réunir une collection d'exemples aussi complète que possible ; en les réunissant, il faut prendre certaines précautions : voir d’abord

4, Voici, entre beaucoup, deux exemples qu'on peut produire à l'appui de cette assertion. Une question intéressante, c'est l'emploi, en latin, des substantifs comme adjectifs : hostis victor, οἷς. Sur ce point la grammaire comparée ne peut que brouiller les idées. Elle nous apprend bien, en effet, qu'à l'origine {ous les sabetantifs étaient des épithètes, des adjectifs. Mais, ce qui est curieux, et ce sur quoi elle ne nous fournit aucune explication, c'est que, lorsque dans l'usage ces épithètes sont devenues des substantifs, certains redeviennent adjectifs dans quelques locutions. Autre exemple : on dit en latin discruciari animi (Tén.), pendere animi (Cic., Tusc., IV, 16, 35), etc. Dans ces formes de langage, animi est-il un génitif ou un locatif? Les linguistes y voient, peut-être avec raison, une forme de locatif. Mais les Latins y voyaient sans doute un génitif, puisque, d'après l'analogie de anzia animi, ils disaient anria mentis. Au contraire, pour Romæ, domi, Carthagini, les Latins avaient l'idée confuse que ce ne sont pas des génitifs oa des datifs : ainsi certains grammairiens anciens disent que ce sont des adverbes, tantôt de mème forme que le génitif (secundum genetivum), tantôt de même forme que le datif (secundum dativum), ce qui est DS exact. La grammaire comparée n'apporte donc ici encore qu'une solution insuffisante.

. Treso Mouussx, Beitrüge su der Lehre von den griechischen Prüpositionen, Berlin, Weidmann, 1895.

si les textes, Lels qu'on les cite, sont donnés par les meilleurs manuscrits, puis s'assurer si les textes donnés par les bons manuscrits sont garantis par la nature des formes employées. Ainsi, dans les manuscrits, les confusions sont fréquentes entre erat et erant (erat), esse et essent, possit et possetl, sunt el sin, indignatur et indignaretur, superauit et superarit, magna et magna, etc. Dans les cas douteux, les textes où de telles formes se rencontrent n’ont aucune autorité!. |

Enfin, il faut voir si la construclion grammaticale jugée remarquable n'est pas telle qu'on puisse croire le texte altéré. C'est là sans doute un point délicat, et il faut ici beaucoup de mesure et de bon sens; mais il est des cas où l'on ne peut hésiter. Ainsi l’on peut être sûr qu'en grec ἄν avec le futur est un solécisme : c'est une construction inconnue mème à Homère*; donc, partout où on la rencontre, on u'hésitera pas à corriger le texte. On corrigera de même prohibitus fui, si on le trouve chez un auteur classique : c’est une incorrection propre sans doute à la langue vulgaire, puisqu'on en a des exemples chez Plaute et chez Juslin, mais absolument inconnue aux écrivains classiques. Enfin, on ne doit pas lire dans Tite-Live (XXV, 16, 10) ad quam perficiendum : c'est une faule de copiste pour ad quam perficiendum ; jamais on ne trouve chez l'auteur ad placandum deos, par exemple. Par contre Madvig* va trop loin Jorsque, dans Tite-Live (1, 35, 3): « quippe qui non primus, quod quisquam indignari mirarive posset, sed tertius Romæ peregrinus regnum affectet, » il corrige quisquam en quispiam; on peut expliquer quisquam en disant que la proposition incidente se rapporte à une hypothèse qu’on écarte, et que quisquam est amené par le non qui précède. Madvig va trop loin encore quand il corrige dum en cum, partout où il le trouve chez Tite-Live suivi de l'imparfait du subjonctif. Cet emploi de dum avec l’imparfait du subjonctif appartenait peutêtre au latin populaire, mais Tile-Live n’est pas le seul auteur de son temps qui, sur ce point, s’écarte de l'usage classique ; Virgile et Tibulle, et avant eux Varron, usent de cette construction peu correcte.

4. Par exemple, À. Fniaxie (Epilegomena ad T.-Livii librum primum, pp. 49-50) a tenté d'établir que non seulement l'imparfait ou le plus-que-parfait, mais aussi le présent et le parfait du subjonctif peuvent s'employer en latin dans les phrases où il y a une idée de répétition, Sur les dix passages de César cités par Frigell, deux (VI, 17, 3 et VI, 19, 2) doivent être écartés, d'abord parce que superaverint οἱ superarit, bien que donnés par les mss. de la première classe peuvent être des faules de copiste pour superaverunt οἵ superavil. De mème, les exemples cités par Manvia (Gr. Synt., p. 198, Rru. 1) no sont pas tous concluants pour la possibilité de l'omission du participe ὧν : ἀχίτων « ὧν)», πολλῶν « ὦν » ἐνδεής. On pourrait multiplier les exemples; en voici deux autres : Drgcen (ἢ ἰδέ. Synt., t. 1, $ 298, 5) cite les constructions esse ou habere in poleslalem, mais aucun des exemples produits n’est incontestable ; les copistes ont peut-être lu in potestaté (— potestatem) là où l'auteur avait écrit in potestate. Ce qui rend, en tout cas, cette hypothèse plausible, c'est que jamais on ne lit in vincla habere. Auzv-Gecre (1, 7, 17; XVII, 4, 11) confirme l'expression in mentem fuit chez Plautc et la locution in medium relinquam chez Claudius Quadrigarius; mais c’étaient sans doutc des locutions vicicuses usitées seulement daas la langue populaire et inadmissibles dans des auteurs comme Cicéron ou T.-Live.

On prétendait autrefois que T.-Live employait avec l’accusatif les verbes egredi, excedere pris au sens de « sortir », Frigell a démontré (Fpilegomena, etc., p. 43 et suiv.) que cetle observation était fausse, p. 46 : Omnes illi accusativi... in em, am, um ereuni, quæ mutatio ex 6 vel a vel ἃ facile ac sæpe facta est.

2. Cf. Rev. de phil, 1882, p. 204. Dans Thucydide (11, 80) λέγοντες ὅτι... ῥαδίως ἂν "Axapvaviav σχόντες χαὶ τῆς Ζαχύνθον καὶ Κεφαλληνίας χρατήσουσι, il faut supprimer ἄν, qui est ἀπο dittographie de la syllabe suivante (ἀχ).

3. Dans ses Emendationes Livianæ, cf. son édition de T.-Live (Copenhague, 1873 ct suiv.),

4. Voy. Riemaxx, Études sur... T.-Live (2° édit.), pp. 174-175.

Toutes ces précautions prises, il reste encore à bien interpréter les passages. Beaucoup de prétendues règles reposent sur des contresens. Quand Schultz el Gossrau disent, par exemple, que chez Plaute clam est construit avec le génitW, comprennent-ils le passage auquel ils se réfèrent, Merc., 44: « Res abibat clam patris? » Que penser d’Hildebrand (programme de Dorturand, 1854) qui, comme exemple de reddi synonyme d'effici, cite Cicéron (de Inv., 1, 95): « si ratio alicujus ταὶ reddetur falsa? » De même dans sa Theorie des lateinischen Sliles (2° édit., 1843, p. 8), Grysar, énumérant les différences qu’on peut remarquer entre la langue de Tite-Live et la langue de Cicéron ou de César, cite chez Tite-Live les expressions nemo unus, quilibet unus, quisquam unus, qu'il traite de pléonasmes. IL y ἃ la une double erreur: ces expressions ne sont pas des pléonasmes, et on les rencontre chez Cicéron aussi bien que chez Tite-Live. Dans Tite-Live, comme chez Cicéron, unus conserve partout son sens propre, demandé dans chaque passage par une opposilion exprimée ou sous-entendue, et, comme le dit fort bien Weissenborn, remplace le singulier de l’adjectit singuli, lequel n'existe pas'. » Le même Grysar (ibid., p. 9) cite comme pléonasme (Tüe-Live, 11, 47, 11): « funera deinde duo deinceps collegæ fratrisque ducit, » mais il oublie que deinceps a ici le sens ordinaire de « successivement ».

Il peut arriver aussi qu’on se trompe dans l'énoncé d'une règle, faute de tenir compte des circonstances. Si (p. lege Manil., 5, 14) Cicéron dit « Corinthum (féminin) patres vestri, tolius Græciæ lumen, exstinctum (neutre) esse voluerunt », c'est que l'apposition au sujet, avec laquelle s'accorde l’attribut, est plus rapprochée du verbe que le sujet. Mais ailleurs il dira : « Pompejus, nostri amores, ipse se afflizil, » parce que le sujet Pompejus est représenté devant le verbe par le pronom ipse. De même César (de B. g., Il, 6,3), a écrit: « cum lanta. mullitudo lapides ac tela conjicerent, » parce qu'il s'agil ici d'une foule nombreuse et que cette idée amène le pluriel; mais il n'aurait probablement pas dit : « cum ea multitudo... tela conjicerent?. » Tite-Live (XNXXV, 26, 9) ἃ bien dit : « cetera classis, prætoria nave amissa, quantum quæque remis valuit, fugerunt; » mais il n'aurait sans doute pas dit : « cetera classis fugerunt ; » ce sont les propositions intercalées : « prætoria nave amissa » et « quantum quæque (navis) remis valuit », qui amènent le pluriel, parce qu'à l’idée de classis elles substituent l'idée de naves*. Enfin, l’on trouve dans les lettres des correspondants de Cicéron haud dubiumst construit, non avec quin et le subjonctif, mais avec l'accusutif et l'infinitif; mais Schmalzt ἃ remarqué que la construction avec l’infinitif et l’accusatif n'est employée que parce que la proposition subordonnée précède la proposition principale : la phrase commence comme s’il devait y avoir, par exemple, « perisse me una cerlumst, » mais, au dernier moment, certumst est remplacé par son équivalent logique hkaud dubiumst. Au contraire, là où la proposition subordonnée doit suivre la proposition principale, Pollion, Trebonius, Cicéron le fils se servent de non dubito quin5. Si l'on n'avait pas pris garde aux circonstances dans

. Rinmasx, 41. sur... T.-Live (2° édit.), pp. 176-177.

. Rismaxs, ibid., p. 255, n. 4.

. Rissanx, idid., p. 356, n. 1.

. 1. H. Scamarz, Festschrift sur XXX VI Versammlung deutscher Philologen, p. 88. . Rwxass, Études sur... T.-Live, p. 284, n. 1.

QT ὦ» ὦ» ὦ, »»

lesquelles ces auteurs se servent de la construction avec l’accusatif, on leur aurait imputé gratuitement une facon d'écrire qui n'apparaît, à proprement parler, que chez Cornélius Népos et chez Tite-Live.

De prétendues incorrections s'expliquent aussi par l'influence de la symétrie. Un auteur sacrifie souvent les exigences de la grammaire à celles du style. Dans la phrase de Thucydide (1, 143, 1, εἴ te xai χινήσαντες τῶν ᾿Ολυμπιάσιν ἢ Δελφοῖς χρημάτων...),16 datif Δελφοῖς est amené par ᾿Ολυμπίασιν, qui est en réalité une forme de locatif ; mais ou ne dirait pas τῶν Δελφοῖς χρημάτων. C’est pour une raison de symétrie que Cicéron a écrit (de Nat. deor., 1, 27, 75) : « species ut quædam sit deorum quæ nihil concreti habeat, nihil solidi, nihil expressi, nihil eminentis.…, » bien que l'adjectif eminens soit de la troisième déclinaison et ne puisse pas, d'après la règle!, s'employer au génitif après nihil. On expliquera de même (in Verr., II, 3, 21, 54): « ... condemnatur. Quanti? fortasse quæritis. Nulla erat edicti pœna certa : frumenti ejus omnis quod in areis esset, » où frumenti est justifié par quanti?; César (de B. c., ΠΙ, 58, 4) : « cogebantur Corcyra atque Acarnaniä... pabulum supportare, » où l’analogie du nom de ville Corcyra a amené l’ablatif du nom de pays sans ex?; Cicéron (ad Att., XI, 16, 1): « in Asia... in Illyrico, in Cassiano negotio, in ipsa Alexandria, in urbe, in Italia, » où la présence de la préposition in devant Alexandria est due sans doute à la place qu'occupe Alexandria dans une énumération de noms de pays précédés de int; Cicéron (de Fin., [, 1,3): « non parandu nobis solum ea, sed fruenda etiam est, » où l'emploi de fruenda, contraire à l'usage, s'explique par parandaÿ, etc.

Enfin, l’on se gardera bien d'oublier la valeur littéraire du morceau, qu’on étudie au point de vue de la grammaire. Nombreuses sont les fautes de goût qu'on peut relever chez certains commentateurs ou grammairiens. On connait celles qui ont rendu fameux le critique Peerlkamp ; il serait trop facile de les rappeler. Il vaut mieux citer quelques erreurs du même genre commises par des savants chez qui l'on sera surpris de ne pas trouver plus de finesse. Dans Virgile (Géorgiques, I, 318 sqq.), on lisait jusqu'à ces derniers temps :

« Omnia ventorum concurrere prœælia vidi,

Quæ gravidam late sogetem ab radicibus imis Sublimom expulsam eruerent ; ia turbino nigro Ferret hiems.…

Madvig a vu qu'il fallait corriger ita en ut, correction timidement présentée déjà par Heyne. Mais, avant Madvig, il n'est pas d'explication bizarre qu'on n'ait donnée pour rendre compte du subjonctif ferret. Une des moins étonnantes est celle de Heyne, de Wunderlich et de Ladewig: selon ces critiques, l’imparfait ferret, dans le sens du conditionnel, s'explique par le mouvement de la pensée du poète, qui ramène par l'imagination la saison absente à la place de celle où se passe réellement l'action : « ainsi l'hiver, si l'hiver régnait

. Rismanx, Synt. lat. (nouvelle édit., Paris, Klincksieck, 1890), p. 98. . Id., ibid., p. 114, n. 2.

. Id., ébid., p. 119, n. 3.

. Id., ibid., p. 128, n. 1.

. Id., ibid., p. 454, ἢ. 1.

CR de ωὡ τς »»

encore, emporterait..., elc.‘. » Comme si Virgile pouvait comparer les elfets de la tempête du printemps à ce qui se passe daus une aulre saison ! Qui ne voit, au contraire, que l'image se complète et s'achève, si on lit :

… 6xpulsam eruerent, μέ turbine nigro Ferret hiems culmumque levem stipulasque volantes ?

Ailleurs, Virgile, Géorgiques, ΠῚ, 341 sqq., s'exprime ainsi :

Sæpe diem noctemque, et totum ex ordine mensem Pascitur, itque pecus longa in deserta sine ullis Hospitiis : tanium campi jacet.

Croirait-on qu'au lieu de l'explication ordinaire : tant sont vastes ces plaines! explication si simple et si naturelle, Ladewig voulait prendre tuntum pour un adverbe, campi pour un locatif, donner pecus comme sujet à jacet, et traduire : « le bétail repose seulement sur le sol des plaines? » Il n'avait pas pris garde que tantum campi jacet est le développement de longa in deserla du vers précédent.

On voit par tout ce qui précède que « faire des catalogues d'exemples n'est pas qu'une œuvre de patience, un métier où l'œil et la main ont plus à faire que l'intelligence. Ce n'est pas tout de réunir des exemples : il faut savoir les comparer entre eux, marquer les ressemblances et les différences, reconnaître dans un fait grammatical les circonstances essentielles et celles qui ne sont que des accidents, tenir compte des raisons particulières qui dans chaque cas ont pu modifier l'expression et faire choisir telle construction de préférence à telle autre, enfin se défier avant tout des distinctions subtiles et ne pas se hâter d'imaginer desrègles que les faits viennent démentir ensuite. Tout cela demande une grande rigueur de méthode, beaucoup de critique, de netteté d'esprit et de bon sens, un sentiment très fin de la langue qu'on étudie, je dirais même beaucoup de goût, si ce terme n'élait pas peut-être trop ambilieux en pareille matière? ».

Voilà pourquoi il est si difficile de poser une règle : on ne saurait agir avec trop de défiance, mème quand on est à peu près sûr de n'avoir omis aucun exemple et de les avoir tous bien interprétés. Il ne faut pas oublier non plus, en effet, que nous n'avons du grec et du latin qu'une connaissance toute fragmentaire : nous ne possédons pas la dixième partie de la littérature latine; ce que nous avons conservé de la littérature grecque n'est rien en regard de ce qui n’est pas arrivé jusqu’à nous.

Enfin, une fois la règle posée, il reste à en faire l'histoire, c'est-à-dire à montrer comment elle s’est établie et quelle fortune elle ἃ eue ; c'est l’objet de ce qu'on appelle la syntaxe historique. Mais, précisément parce que nous n'avons ni {ous les auteurs lalins ni {ous les auteurs grecs, nous avons le devoir d’être très circonspects dans nos affirmations. Pour pouvoir prétendre qu'une construclion a été introduite à telle époque plutôt qu'à telle autre, ou qu'entre deux constructions équivalentes tel auteur ou telle époque a choisi l’une ou l'autre, il faut non seulement que les exemples qui nous restent paraissent justifier celle conclusion, mais encore qu'ils soient assez nombreux pour rendre peu

1. Voy. Virgile, éd. Benoist (3° tirage, 1884), p. 130. — Dans les Additions au même volume, p. 347, M. Benoist s'est rangé à l'opinion de Madvig. 2. Rismaux, Études sur... Tite-Live, introduction, p. 2.

plausible l'opinion contraire. Enfin la syntaxe historique suppose que nous avons sur l’usage de chaque auteur des renseignements complets et exacts; or il s’en faut de beaucoup que nous ayons entre les mains d'aussi précieux documents. Pour le grec, le travail n'est qu'ébauché : sous la direction de M. Martin Schanz, uu groupe de professeurs a entrepris une série de monographies réunies sous le litre commun de Beitræge zur historischen Syntax der griechischen Sprache (Würzburg, Stuber, 14882-18961). Toutes sont sérieusement faites, quelques-unes sont excellentes; mais on sent qu'une pareille œuvre, avant d’être terminée, exigera encore bien du temps et bien des efforts, quoique, dans leurs recherches, les auteurs se soient déterminés le plus souvent à s'arrêter à Aristote. En attendant nous pouvons, 'il est vrai, consulter les nombreuses dissertations publiées sur tel ou tel point de syntaxe ou bien sur tel ou tel auteur; on en trouvera la liste dans E. Hübner, Grundriss zu Vorlesungen ü. die griechische Syntax (Berlin, W. Hertz, 1883); mais tous ces matériaux n'ont pas la même valeur, et, si nombreux qu'ils soient, ils ne sont pas cncore suftisants pour qu'on entreprenne dès aujourd'hui d'en faire un ouvrage achevé et durable. On entrevoit seulement quelques faits : la syntaxe d’'Homère, bien que souvent très différente de la syntaxe attique, nous permet de remonter presque aux origines des diverses constructions; la prose ionienne nous fournit quelquefois la transition entre l’usage d'Homère et l'usage attique; — dans l’usage attique, il convient de faire plusieurs distinctions : on considérera à part l'usage de Thucydide chez qui la langue, encore en voie de formation, est souvent embarrassée de phrases trop chargées d'idées et par conséqueut de propositions incidentes, l'usage de Platon et celui des orateurs qu'on peut en somme appeler l'usage classique, enfin l'usage de Xénophon dont l'atticisme est mélangé d'éléments étrangers ou poétiques; quant à la syntaxe des tragiques, elle est fondée sans doute sur les mèmes règles générales que la syntaxe des prosateurs attiques, mais elle les applique avec la plus grande hardiesse. Aristophane se sert à la fois de la syntaxe des tragiques et de celle des prosateurs classiques : aussi régulier que ceux-ci dans le dialogue, il se montre, dans les parties lyriques, aussi hardi que ceux-là. Telles sont les remarques générales qu'on peut faire : c'est quelque chose, mais c’est encore peu de chose.

Pour le latin, il semble qu'on soit beaucoup plus avancé. Nous possédons un travail considérable dà à M. Dræger, Historische Syntax der laleinischen Sprache (2° édit., Leipzig, Teubner, 1878-1881); c'est l’œuvre d'un homme consciencieux, elle est remplie de faits et d'observations; mais l'entreprise était trop lourde pour un seul. Quelle que soit la science de M. Dræger, quelque soin qu'il ait apporté à réunir, à choisir et à disposer ses matériaux, il lui est arrivé (et comment s en étonner?) de commettre des erreurs, de conclure un peu préci-

1. Treize fascicules ont paru : 1. ΕΝ. Kazns, die Præpositionen bei Polybius ; 11. Srepu. Kecx, über den Dual bei den griechischen Rednern mit Berücksichtigung der attischen Inschriften; I. Jos. Srunu, geschichtliche Entwickelung der Constructionen mit πρίν 1V-V. Ph. Weber, Entwickelungsgeschichte der Absichtsætse; V1. L. Gatnewwain, der freie formelhafte Infinitivo der Limitation; N1L. Ἐπ. Binxzrix, Entwickelungsgeschichte des substantivierten Infinitivs; NII. P, Scuwirr, Uber den Ursprung des Substantivsatses mil Relativpartikeln im Griechischen; IX-X. A. Dynorr, Geschichle des Pronomen reflezivum; XI-XII-XILL. O. Scuwas, historische Syntax der griechischen Comparation in der klassischen Literatur.

pitamment parfois, et surtout de négliger ou d'omeltre certains détails importants. Ce qu'il a fait, ce dont il faut lui savoir gré et lui faire honneur, c'est « d'avoir tracé comme une espèce de cadre où tous ceux qui s'occupent de grammaire latine pourront faire entrer les observations isolées qu’ils auront occasion de faire sur tel ou tel point de la syntaxe. A la longue le cadre se trouvera rempli, et l’on finira par avoir pour la syntaxe latine un répertoire de faits pareil à celui que Neue a donné pour la flexion des mots? ». Cela ne tardera guère si l'on en juge par la quantité de travaux spéciaux à la syntaxe de tel ou tel auteur qui ont paru à l'étranger et en France depuis dix ans?. Mais on ne saurait trop le répéter; quelque reconnaissance qu'on doive aux auteurs de ces monographies pour la peine qu'ils se sont donnée et nous ont épargnée, on ne doit pas accepter leurs conclusions les yeux fermés ; nous devons toujours user du droit de contrôle et de vérification.

On distingue dans l’histoire de la langue latine trois grandes périodes : l'époque archaïque, l'époque classique et l'époque impériale*.

L'époque archaïque est représentée pour nous surtout par Plaute et par Térence. Leur langue est assez pure et se rapproche de l'usage classique, mais elle contient néanmoins une quantité de mots, de formes et de tours dont les uns tombèrent de bonne heure en désuétude et ne se retrouvent plus que chez les amateurs d’archaïsmes, et dont les autres furent proscrits par la prose classique.

L'époque classique est celle de Cicéron, de César, de Salluste, de T.-Live et de Cornélius Népos; mais il ne faut pas oublier, qu'au sens étroit du mot, Cicéron et César sont les seuls auteurs vraiment classiques; les trois autres sont moins sévères dans le choix des mots ou des constructions qu’on employait à leur époque ; de plus la syntaxe de T.-Live, quand on la compare à celle de Cicéron, présente déjà des symptômes de décadence’.

Enfin l'époque impériale est celle où les germes de décadence et de corruption se développent de plus en plus, jusqu’au moment où la langue latine se dissout et se transforme, pour donner naissance aux divers idiomes qu'on nomme 168 langues romanes.

Comme en grec, il faut faire une place spéciale à la syntaxe poétique. Mème à l'époque classique, des poètes comme Virgile ou Horace emploient des tours inconnus à la bonne prose ou empruntés au grec. Plus tard quand la prose

1. Nsur, Formenlehre der latein Sprache, 3° édit., faite par les soins de Wagener, Borlin, 1890.

4, Rrewasx, Études sur. Tite-Live, p. 7. L'entreprise dont nous parlons sera accomplie plus tôt que sous ne pensions. Les tomes III et IV de l'Aistorische Grammatik der latein. Sprache, qui seront mis en vente par la librairie Teubner, de 1897 à 1899, contiendront une syntaxe historique complète de ja langue latine, où les questions soulevées par Dræger seront traitées et élucidées par un groupe de savants comme MM. Blase, Golling, Landgraf, Schmalz, Thüssing, Wagener et Weinhold. Voy. le plan de l'ouvrage dans Welfilin, Archiv., etc., t. X (1896), p. 150.

3. On trouvera la liste des principaux dans Riemann, Études... p. 5, n. 8. De plus, un grand norabre de dissertations sont, non seulement annoncées, mais encore discutées dans le précieux recueil de WoælfBin, Archiv für laleinische Lexikographie und Grammatik (Leipzig, Teubner). Enfin Hübner donne dans son Grundriss zu Vorlesungen à. d. lat. Gramm. (Berlin, Weidmann, 1884, 2° édit.) une liste amez complète des travaux de toute sorte qui ont été publiés jusqu'en 1880 sur chaque point de la syptate latine. Consulter aussi les tables de la ÆARevue des Revues dans la Revue de Philologie.

4. Sur cette question, του. Rizmanx, Études sur... T.-Live, introduction, et Syntaxe latine (introduction), Paris, Klincksieck, 1890.

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