DE LA MESURE DES VERS
641. Les vers français difl'èrent de la prose en deux points principaux : la mesure et la rime.
Dans les vers français, chaque syllabe se nomme pied; ainsi, au lieu de dire un vers de six, de dix, de douze syllabes, on dit plus généralement un vers de six, de dix, de douze pieds.
Il y a des vers de douze, de dix, de huit, de sept, de six, de cinq, de quatre, de trois, de deux et même d'un pied. Les vers de neuf et surtout ceux de onze sont inusités.
SYLLABES MUETTES À LA FIN ET DAKS LE C0R?S d'UN VERS.
642. Quand un vers se termine par une syllabe muette, cette syllabe jie compte jamais dans la mesure du vers :
Il faut, autant qu'on peut, obliger tout le monrfc.
La FoNTAimB.
Elle ne compte pas non plus dans le corps du vers quand elia est suivie d'un mot qui commence par une voyelle ou un A muet
Ma filie, il faut céder : \otre heure est arrivée.
Racinb.
Ces syllaJbes comptent devant une consonne ou un h aspiré :
Le m&sque tombe, l'homme reste.
Et le héros s'évanouit.
J.-B. ROUSSEAD.
Si Ve muet est suivi des lettres *, nt, il ne compte pas pour une syllabe â la fin du vers :
Le sage est ménager du temps et des paro/<'*.
La Fontainb.
Mais sur le front des camps déjà les bronzes grondent.
Lamartine.
Mais il compte toujours pour une syllabe dans le corps du vers, même quand il est suivi d'une voyelle ou d'un h muet :
Craijfnei d'un vain plaisir les trompeuses amorces. *
BOILEAO. ^
Ni l'or ni la grandeur ne nous rendent heureux. '
La Fontainb. ■
Remarque. Dans les troisièmes personnes des verbes en aient, Ve est
considéré comme nul, et ces mots peuvent entrer dans le corps d'un vers, même devant une consonne :
Mes larmes t'imploraient pour mes tristes enfants.
Voltaire.
Il n'en est pas ainsi pour les verbes en oient, qui, à l'exception de soient, ne peuvent précéder une consonne. Ainsi, ce vers est régulier : Qu'ils soient de vos écrits les compagnons fidèles.
Celai<i serait (aux :
Les hommes croient toujours les choses qu'ils désirent.
Ces distinctions pourront paraître un peu subtiles ; néanmoins, nos meilleurs poètes les ont observées.
Quand plusieurs voyelles se suivent dans un mot, comme ta, lai, tan, iau, ié, iè, tel, ière, ieu, io, ion, etc., il est esseatiel de savoir si elles forment deux syllabes ou une seule, c'est-à-dire si elles se prononcent en deux ou en une seule émission de voix; si l'on doit dire i-a ou ta, i-ai ou iai, i-au ou iau, i-an ou ian, etc. Cette règle, qui n'a qu'une importance secondaire en grammaire, doit être rigoureusement observée dans la versification; car la régularité du vers en dépend.
la forme généralement deux syllabes, comme dans di-anianr, di-adème, étudi-a, confi-a, vi-ager, etc.; excepté dans diable, diacre, fiacre, liard.
Iai forme deux syllabes, comme dans je ni-ai, je dévt-at, je rnart-ai, ni-ais, etc.; excepté dans bréviaire.
Biais est à volonté d'une ou de deux syllabes.
Ian et ien (se prononçant ian) forment deux syllabes : étudi-ant, oubli-ant, li~ant; pntt-ent, expéri-ence, expédi-ent. Il faut excepter viande.
Iau forme deux syllabes : mi-auler, besti-aux, impért-aux, etc.
Ien (se prononçant Un) ne forme en général qu'une syllabe dans les petits mots, tels que bien, chien, rien, mien, tien, sien, ]& viens, je tiens ; excepté It-en, qui en forme deux. 11 est de deux syllabes dans les mots plus longs, et, en général, dans les adjectifs d'état, de profession ou de pays, comme grammain-en, comédi-en, musici-en, histori-en, magici-en, et dans les noms propres, comme Phrygi-en, Quintili-en, etc. Cependant il est d'une seule syllabe dans chrétien, maintien, obtienne, appartienne. Les poètes font ancien et gardien tantôt de deux, tantôt de trois syllabes.
Ié n'est ordinairement que d'une syllabe, comme dans amitié, moitié^ pitié, sége, liége^ etc.; excepté dans pi-été, sati-été, et dans les participes des verbes en ier, comme humili-éf mari-é, appréci-é.
Ié est toujours monosyllabique, comme diète ^ lièvre, chaumière; excepté quatri-ème^ ingui-ète.
lel est d'une seule syllabe dans ciel, miel, fiel, e: de deux dans la plupart des autres cas : essenti-el, artificï-el, matén-el, véni-el, etc.
1er est de d^sojc syllabes dans les verbes, comme humili-er, )usfifi-er, aypréci-er, etc.
Dans les autres mots, substantifs ou adjectifs, ier est de deux syllabes s'il est précédé d'une consonne double, comme hr, dr, tr, bl, cl, etc.: marbri-er, madri-er , meuriri-er , tabli-er , boucii-er.
Il est d'une seule syllabe après une consonne simple, comme papier, mûrier, meunier, premier, dernier, etc.
Hier est, à volonté, de deux syllabes ou d'une seule ••
Mais hi-er il m'aborde, et, me prenant la main :
• Ahl monsieur, m'a-t-il dit, je vous attends demain. »
BOILEAU
Le bruit court qu'avant-Ater on vous assassina.
BOILEAD.
[erre est toujours monosyllabique, comme dans lierre, pierre, etc.
leu est monosyllabique dans les substantifs, comme épieu, milieu, Dieu,
Il est dissyllabique dans les adjectifs, tels que audaci-eux, ambiti-eux, séri-eux; excepté vieux, et l'adverbe mieux.
10 est de deux syllabes, comme dans vi-olence, vi-olon, di-ocèse; excepté dans babiole, fiole et pioche.
Ion est de deux syllabes dans tous les substantifs, comme religi-on, nati-on, créati-on, et dans les verbes en ier : nous étudi-om, nous fortifi-ons, etc.
11 est monosyllabique dans les autres cas : nous étions, que nous aimassions.
Ui est monosyllabique : construire, fuir, déduire; excepté ru-tne, bru-ine, pitu-ite, flu-ide, su-icide.
Oui est de deux syllabes; comme jou-ir,éblou-ir; excepté dans l'affirmatif oui.
Oe est dissyllabique, corame dans po-ème, po-ète; excepté dans poêle et moelle.
Oin est monosyllabique : coin, soin, besoin.
leur est dissyllabique : antéri-eur, ingéni-eur, supéri-eur.
Oue est dissyllabique : jou-et, lou-er, avou-er; excepté fouet et fouetter.
Ue et ua sont dissyllabiques : attribu-er, du-el, su-er , m-er, ru-adt; excepté écuelle.