‹ Grammaire complète syntaxique et littéraireChapitre 227 sur 399 · L'antonomase est une figure qui consiste à employer · texte numérisé non relu

L'antonomase est une figure qui consiste à employer

1» Un nom commun ou une périphrase pour un nom propre : t Apôtre des gentils pour saint Paul; rOrateur grec pour Démotthène; le Père des dieux pour Jupiter.

2° Un nom propre pour un nom commun : c*est un Néron, pour c'est un prince cruel; un Alexandre, pour un grand conquérant.

4° de l'allégorie.

663. h' allégorie n'est qu'une métaphore continuée. Quand on emprunte une idée à un certain ordre de choses, il est naturel de la suivre dans ses développements. Ainsi, dans cet exemple : La prière est une rosée qui rafraîchit l'âme, l'idée de rosée, sous laquelle la prière est désignée, appelle celle de rafraîchir, et la métaphore devient une allégorie. De même, quand La Fontaine dit, pour exprimer les dangers et les écueils de la cour :

Lorsque sur cette mer on vogue à pleines voiles, Qu'on croit avoir pour soi les vents et les étoiles. Il est bien malaisé de régler ses désirs : Le plus sage s'endort sur la foi des zéphyrs,

l'idée de mer, sous laquelle il désigne la cour, amène les mots voguer, voiles, vents, étoiles, zéphyrs.

5<* DE la MÉTONTMIE.

664. La métonymie {substitution de nom) est une figure qui met le nom d'une chose pour celui d'une autre. Elle emploie :

!« La cause pour l'effet : Il vit de son travail, c'est-à-dire de ce qu'il gagne en travaillant, l® L'effet pour la cause :

Sa main désespérée

Me fait boire la mort dans la coupe sacrée.

Marmontbl.

La mort, c'est-à-dire le poison qui cause la mort. 3* Le contenant pour le contenu : A ces cris, Jérusalem redoubla ses pleurs. (Fléchier.) Jérusalem, c'est-à-dire les habitants de Jérusalem.

4» Le signe pour la chose signifiée : A la fin j*ai quitté la Kon pour fÉPÉE, c'est-à-dire la magisti ature pour la carrière militaire. C'est ainsi que Gicéron a dit : Que les armes le cèdent à la tooe, c'est-à-dire que le civil, que le citoyen ait le pas sur le militaire.

5« Le possesseur pour la chose possédée : Cet bommk a été lnxen- DiÉ, c'est-à-dire la maison de cet homme.

6» Le nom abstrait pour le nom concret : La jeunesse est vaine, présomptueuse, et ne doute de rien, pour : Les jeunes gens.,, 7» Le nom du lieu où une chose se fait pour la chose ellemê/ne :

Pradon a mis au jour un livrp contre vous,

Et chez le chapelier du coin de notre place, '

Autour d'un eaudebee j'en ai lu la préface.

BOILRAU.

Autour d'un eaudebee, c'est-à-dire d'un chapeau fabriqué à Caudebec, ville de Normandie, où l'on fabriquait des chapeaur renommés.

6» DB LA SYNECDOQUE.

665. La synecdoque ou synecdoche est une espèce de métonymie qui fait entendre le plus pour le moins ou le moins pour le plus.

Elle emploie :

l® La partie pour le tout : Paris compte près de deux millions cTÂMES. Ames est ici pour hommes, habitants.

2® Le tout pour la partie : Servez-moi un boeuf au naturel. Un bœuf, c'est-à-dire un morceau de bœuf.

30 Le genre pour Vespèce : Quel mortel peut se vanter d'être à fabri des coups du sort? Quel mortel, c'est-à-dire quel homme; mortel est le genre, homme est l'espèce.

40 Vespèce pour le genre : J'habite une délicieuse Tempe. Une Tempe, c'est-à-dire une vallée.

5» Le singulier pour le pluriel, et réciproquement : Le ridicule est l'arme favorite du Français. (Raynal.) Du Français, c'est-àdire des Français.

Les Corneille et les Racine ont illustré la scène française. Les Corneille et les Racine, c'est-à-dire Corneille et Racine.

6» Un nombre déterminé pour un nombre indéterminé :

Mais si seul en mon lit je peste avec raison, C'est encor pis vingt foi* en quittant la maison.

B01LEAU

Vingt fois, c'est-à-dire un grand nombre de fois. 7» Le nom de la matière dont une chose est faite pour la chose elle-même : Les médecins déclarèrent gu'Epnmmondas expirerait dès qu'on retirerait le fer de la plaie. Le fer, c'est-à-dire le trait, le javelot.

FIGURUS DE PENSÉES.

666. Les figures de pensées sont celles qui consistent uniquement dans la tournure que l'on donne à l'expression de la pensée; elles suMstent même lorsqu'on change les mots.

Les figures de pensées servent à plaire, i convaincre ou à toucher. Nous pourrions donc les partager en figures d'ornement, de raisonnement et de sentiment. Mais, pour plus de simplicité, nous aimons mieux nous en tenir à une classification unique et dire ; Les principales figures de pensées sont l'antithèse, ïailuriorif la périphrase, la comparaison, Yhypotypose, la gradation, la prétérition, la suspension, la réticence, l'interrogation, Vexclamation, l'imprécation, l'épiphonème, l'hyperbole, la litote, ïù'onie, l'apostrophe, et la prosopopée.

Nous allons consacrer un article particulier à chacune de ces figures.

10 DE l'AXTITHÈSE.

667. L'antithèse est une figure qui oppose les idées aux idées : Si je dis oui, elle dit iïon; soir et matcî, wuit et joub elle gronde.

(Marmontel.)

L'antithèse doit naître du contraste des idées, et non du rapprochement des mots; sagement employée, elle répand beaucoup d'agrément dans le discours; mais, si on la prodigue, elle éblouit par la confusion des étincelles qu'elle fait jaillir, et donne à la composition un air d'affectation puérile.

2» DE l'allusioj».

668. V allusion est une figure qui consiste à dire une chose de manière à éveiller le souvenir d'une autre. Ainsi, quand Boileau dit, en parlant d'Homère :

Son livre est d'agréments un fertile trésor, Tout ce qu'il a touché se convertit en or,

il fait allusion à ce roi de Phrygie qui avait obtenu de Bacchus le pouvoir de convertir en or tout ce qu'il touchait.

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