RHADAMISTE
Qui? vous, seigneur, qui seul causâtes leur ruine! Âhl doit^on hériter de ceux qu'on assassine?
Les allusions que l'on fait à ce vers fameux sont presque toujours plaisantes ; Crébillon lui-même en a donné l'exemple. Alors qu'il travaillait à sa tragédie de Catilina, il fut atteint d'une maladie très grave, pendant laquelle son médecin le pria de lui faire présent des deux premiers actes, qui étaient achevés : Ah I lui répondit tragiquement Crébillon,
Aht doit-on hériter de ceux qu'on assassine?
Ahl n« me brouilles pas avec la République! -
Vers de Corneille, dans sa tragédie de Nicompde. Le vieux Prusias, roi de Bithynie, a deux fils : Nicomède, l'aîné, prince fier, indépendant, haïssant les Romains, et qui a pris des leçons d'Annibal , et Attale, qui, élevé par ces mêmes Romains, jouit de toutes leurs sympathies. Le sénat le voudrait donc voir régner à la place de Nicomède, dont il connaît les sentiments hostiles, et il s'en explique à Prusias par la bouche de son ambassadeur Flaminius. Prusias est dans un mortel embarras; dévoué aux Romains, il ne saurait cependant fouler aux pieds les droits d'un fils qui lui a rendu les plus éclatants services. Dans cette cruelle perplexité, c'est Nicomède lui-même qu'il prie de répondre à l'ambassadeur, et le prince le fait en termes fiers qui achèvent de mettre le vieux roi è la torture :
De quoi se mêle Rome? Et d'oii prend le sénat.
Vous vivant, vous régnant, ce droit sur votre Etat?
Vivez, régnez, seigneur, jusqu'à la sépulture;
Et laissez faire après ou Rome ou la nature.