‹ Grammaire complète syntaxique et littéraireChapitre 380 sur 399 · PRUSIAS · texte numérisé non relu

PRUSIAS

Ahl ne me brouillez pas avec la République ; Portez plus de respect à de tels alliés 1

Dans l'application, ce vers s'emploie pour marquer la peur que l'on de déplaire à une autorité ou à un parti puissant.

AlmeB-Tuua In muacade? O^ en • mis partout.

Vers de Boileau, dans la satire intitulée le Repas ridicule, que l'on rappelle pour exprimer la banalité d'une chose que l'on rencontre à chaque pas et la satiété qu'elle fait éprouver. Presque toujours on substitue au mot muicade celui qui fait l'objet de l'application: Aimez-vous la moutarde? Aimez-vous les anchois? Aimez-vous la tomate? etc.

Ane chargé de reliques (l'), titre d'une fable de La Fontaine :

Un baudet chargé de reliques S'imagina qu'on l'adorait; Dans ce penser il se carrait, Recevant comme siens l'encens et les cantiques.

Dans l'application, ces mots caractérisent ceux qui croient adressés i leur mérite personnel les hommages rendus à leur seule dignité, comme l'a si bien exprimé le Bonhomme dans la moralité de sa fable :

D'un magistrat ignorant C'est la robe qu'on salue.

Aniinaux malade* de la peate (les), titre d'une fable de La Fontaine, son chef-d'œuvre, s'il n'avait fait le Chêne et le Roseau. Dans cet apologue, tout est devenu proverbe, depuis le titre, depuis le début, jusqu'à la morale, jusqu'à la conclusion. L'auteur se propose d'y montrer que le bon droit ne peut attendre ni justice ni impartialité quand il est en lutte avec la puissance. Voici les principaux passages auxquels on fait le plus souvent allusion :

1» Le titre même de la fable, qui s'applique à tout ce qui rappelle de près ou de loin l'abus de la force ;

s» La peste, puisqu'il faut l'appeler par son nom. Ce vers se dit d'une chose mauvaise que, par précaution oratoire, on paraît ne pas vouloir nommer, ce à quoi on se décide cependant, comme à contre-cœur, et en jetant entre parenthèses la phrase qui fait l'objet do cette allusion. C'est ainsi que, dans une circonstance donnée, on dirait: Ce vice bas et odieux, cette lèpre sociale, la calomnie, puisqu'il faut l'appeler par son nom ;

^0 Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés^

rers auquel on fait le plus souvent allusion sur le ton de la plaisanterie

40 Vous leur fîtes, seigneur,

En les croquant, beaucoup d'honneur.

Ces Tors, par lesquels maître renard, le type du courtisan, cherche à calmer les remords hypocrites du lion, auquel il est arrivé parfois

De manger

Le berger,

sont d'une application toujours ironique. Ils servent à faire comprendre

que le petit doit toujours se trouver très honoré des libertés, des licences, ai loin qu'elles aillent, que le grand se permet à son égard ;

50 La faim, l'occasion, l'herbe tendrf^, et, je pp.nse.

Quelque diable aussi me poussant.

Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.

Ces vers se citent pour expliquer une faute dont on cherche l'excuse dans des circonstances alléchantes, irrésistibles;

60 Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net.

Ce dernier hémistiche, surtout, est devenu la formule qui termine une confession pénible à l'amour-propre ;

70 Un loup quelque peu clerc

Dans l'application, cet héniistiche va à l'adresse du pédant qui, en quelque circonstance que ce soit, s'empare du rôle d'accusateur public. Quand, en 1840, le roi Louis-Philippe, allant au-devant du vœu de toute la France, demanda aux chambres de voter la somme nécessaire pour la translation à Paris des cendres du Prométhée moderne, un député monta à la tribune, et débita un discours violent sur l'inopportunité de cette mesure. Le lendemain, un crayon spirituel et satirique dessinait la silhouette du malencontreux orateur avec une tête de loup et ces mots pour légende :

Un loup quelque peu clerc prouva par sa harangue Qu'il fallait dévouer ce maudit animal, Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout le mal;

e« Manger l'herbe d' autrui! quel crime abominable! Rien que la mort n'était capable ly expier son forfait

Vers qui, dans l'application, servent à exprimer pittoresquement le prétendu crime d'un pauvre diable qui, le plus souvent, n'a commis qu'une peccadille. Il y a ici trois expressions auxquelles on fait ordinairement allusion en les séparant :

10 Manger l'herbe d' autrui l

to Quel crime abominable!

»<» Rien que la mort n'était capable ly expier son forfait

Àrrèa l'AccsiUs,

UéUal ilaia aprèa l'AttlIa,

Holàl

Quatrain épigrammatique de Boileau contre deux des plus faibles tragédies de Corneille, que celui-ci composa dans la décadence de son immortel génie. On prétend que le grand tragique prit naïvement cette épigramme pour un éloge. Eélas! prouvait qu'on s'était attendri à VAgésilas, effectivement conçu dans le genre élégiaque; Bolà! était un cri d'admiration pour V Attila.

On cite ces vers pour faire entendre qu'à une chose mauvaise, dans quelque ordre d'idées que ce soit, en succède une autre plus mauvaise encore; on comprend alors que les mots Agésilas et Attila doivent subir une variante : « Après le discours du père, hélas! Mais après celui du fils, holàl*

▲amodée, principal personnage du Diable boiteux, roman de Le Sage. Asmodée, qui est un être diabolique, enlève le toit des maisons de Madrid, afin de dévoiler à son compagnon tous les événements secrets qui se passent dans les habitations.

En littérature, on donne le nom A' Asmodée à celui qui est informe de tous les événements, des mille circonstances qui se rapportent à la vie privée de chacun, et cela sans qu'on puisse se rendre compte des moyens d'information qui sont à son service.

Attacher le ereiot, expression empruntée à la fable de La Fontaine in tulée •■ Conseil tenu par les rats.

Ceux-ci, plus que décimés par le terrible Rodilardus, qui menaçait d'anéantir le peuple entier des rats,

Tant il en avait mis dedans la sépulture I M réunissent pour aviser à un moyen de salut :

Dès l'abord, leur doyen, personne fort prudente. Opina qu'il fallait, et plus tôt que plus tard, Attacher un grelot au cou de Rodilard ; Qu'ainsi, quand il irait en guerre, De sa marche avertis, ils s'enfuiraient sous terre;

Qu'il n'y avait que ce moyen.

Chacun fut de l'avis de monsieur le doyen : Chose ne leur parut à tous plus salutaire. La difficulté fut d'attacher le grelot.

L'un dit : Je n'y vas point, je ne suis pas si sot ; L'autre : Je ne saura}s. Si bien que sans rien faire

On se quitta

Dans l'application. Attacher le grelot signifie faire le premier pas dans ttse entreprise difficile et hasardeuse.

An demeurant, le Bieillear Ala dn meade.

Vers des plus comiques, par lequel Clément Marot, dans l'épître qu'A adresse à François 1er, pour en obtenir de l'argent, termine l'énumération des qualités de son valet :

J'avois un jour un valet de Gascogne, Gourmand, ivrogne et assuré menteur, Pipeur, larron, jureur, blasphémateur, Sentant la hart de cent pas a la ronde; Au demeurant, le meilleur fils du monde.

C« vers SI plaisant est passé en proverbe, et se répète encore tous les ]oars dans le même sens.

Avant l'affaire,

Le roi, I Ane on moi, noaa moarrona.

Vers de la fable de La Fontaine le Charlatan. Un charlatan se présente devant un prince et assure qu'il rendra disert un âne :

Oui, messieurs, un lourdaud, un animal, un âne; Que l'on m'amène un âne, un âne renforcé.

Je le rendrai maître passé,

Et veux qu'il porte la soutane.

Toutefois, pour opérer cette merveille, il demandait dix ans, et aux eourtisans qui le raillaient sur l'impossibilité de la réalisation de cette promesse, il répondit :

Avant l'affaire.

Le roi, l'âne ou moi, nous mourrons.

On rappelle ce vers pour (aire entendre qu'on ne craint point de se compromettre par un engagement à longue échéance, si difficile à tenir qu'il soit; c'est la traduction poétique de notre locution vulgaire: D'ici là il passera de l'eau sous le pont.

ÀToeat, ahl pasBoas •■ délac*.

Vers comique des Plaideurs, de Racine. Le poète fait ressortir très habilement la manie ridicule qu'avaient les avocats de son temps de faire intervenir tous les grands événements de l'histoire à propos d'une haie ou d'un mur mitoyen.

l'intimé, avocat de l'accusé (un chien qui a dévoré un chapon). .... Avant la naissance du monde...

DANDiN, bâillant.

Avocat f ahl passons au déluge.

L'mxiMB.

Avant donc La naissance du monde et sa création, Le monde, l'univers, tout, la nature entière, Etaient ensevelis au fond de la matière ; Les éléments, le feu, l'air, et la terre, et l'eau, Enfoncés, entassés, ne faisaient qu'un monceau. Une confusion, une masse sans forme.

Un désordre, un chaos, une cohue énorme. Unus erat toto naturœ vultus in orbe; Quem Grœci dixere chaos^ rudis indigestaque moles.

{Dandin, endormi, se laisse tomber.) Dans l'application, ces mots: Avocat, passons au déluge, sont une manière ironique de faire entendre à quelqu'un qu'il remonte beaucoup trop haut dans le récit d'an événement.

Àv»«a<, Il ■'•(il é'm» ehapoa.

Vers de Racine dans les Plaideurs. L'Intimé, transformé tout à coup «n avocat, prend la parole devant le juge Perrin Dandin, et comment e en ces mots sa plaidoirie :

Sans craindre aucune chose.

Je prends donc la parole et je viens à ma cause. Aristote. primo, péri Politicon, Dit fort Dien...

DANDm.

Avocat, il s'agit d'un chapon, Et non point d' Aristote et de sa Politique.

Cette locution, tirée de la même scène que la précédente, offre avec elle une analogie évidente.

L'Intimé nous rappelle cet avocat qui, dans une cause où il s'agissait d'un mur mitoyen, parlait avec emphase de la guerre de Troie et du Scamandre ; son adversaire, homme d'esprit, l'interrompit en disant : • La cour remarquera que ma partie ne s'appelle point Scamandre, mai» Michaut. >

Ces mots : Avocat, il ^agit d'un chapon, s'appliquent à ceux qui, dan» \àDQ discussion, se lancent dans des considérations tout k fait étrangèi-f s au suj il.

ORAMMAIR- COMPLÈTE. 15

i34 G il Ail MAI KE LITTERAIKE.

Bâtona ffloii.ois, allusioD à iine fabie de La Fontaine intitulée le Chameau et les Bâtons flottants.

On avait mis des gens an guet, Qui, voyant sur les eaux de loin certain objet,

Ne purent s'empêcher de dire

Que c'était un puissant navire.

Quelques moments après, l'objet devint brûlot,

Et puis nacelle, et puis ballot,

Enfin bâtons flottants sur l'onde ;

et le fabuliste conclut par ce vers :

De loin, c'est quelque chose, et de près, c« n'est riea.

Quoique La Fontaine commette ici une hérésie d'optique, les bâtom

flottants n'en sont pas moins passés en proverbe, pour désigner toute

chose ou plutôt toute personne qui perd à être vue de près. C'est, dans

un ordre d'idées plus général, le Major e longinquo reoerentia des Latins.

m«ir (i^), mets Spartiate qu'on mangeait en commun à Lacédémone, et qui était, suivant quelques auteurs, un mélange de graisse de pore, de sang, de sel, de vinaigre et de morceaux de viande. Ce mot est devenu le synonyme de ragoût exécrable. Pourtant, si l'on en croit Basnage, cette opinion n'était pas celle de la savante Mme Dacier, qui poussait l'amour pour le grec jusqu'à adorer le hrouet Spartiate, et à vouloir faire partager son goiit à tous ses amis. Le jour qu'elle épousa M. Dacier, aussi fort en latin qu'elle l'était en grec (ce qui fit dire à un plaisant que c'était le mariage du grec et du latin), elle prépara de ses propres mains le mets héroïque, qu'elle servit aux gens de la noce avec une solennité respectueuse : tout le monde se crut empoisonné.

Les historiens prétendent que ce sont les exercices violents auxquels se livraient les jeunes Spartiates qui rendaient le brouet acceptable :

On conte, à ce sujet, qu'un monarque gourmand De ce breuvage noir, qu'on lui dit excellent. Voulut goûter un jour. 11 lui fut bien facile D'obtenir en ce genre un cuisinier habile. Sa table en fut servie. O surprise ! ô regrets I A peine le breuvage eut touché son palais, Qu il rejeta bientôt la liqueur étrangère. « On m'a trahi, dit-il, transporté de colère.

— Seigneur, lui répondit le cuisinier tremblant. Il manque à ce ragoût un assaisonnement.

— D'où vient que vous avez négligé de l'y mettre?

— Il y manque, Seigneur, si vous voulez permettre, La préparation que vous n'employez pas : L'exercice, et surtout les bains de l'Euro tas. »

Bercboux.

Voici deux phrases, empruntées à MM. L. Veuillot et Saintine, qui indiqueront suffisamment dans quel sens se font les allusions : f Un dé mocrate de province fut admis à l'audience d'un habile écrivain, défenseur éloquent des droits de l'homme, qui demande tous les jours qu'enfin le peuple sorte de servitude. Le publiciste était à table : le démocrate remarqua tout d'abord qu'il ne se nourrissait pas de brouet noir. • t Une causerie pleine de confiance et de douceur s'établit entre les deux amis. Jamais ils n'avaient si bien et si longtemps s&vouré le plaisir àé la table ; jamais repas ne leur avait semblé si succulent, C'ast que, si l'e&srcice et les e*«» d» rSurotas pouvaiett ssivir d'assai-sonnera^ot au brouet noir

GRAMMAIRE LITTÉRAIRR. 335 |

^ Spartiates, la présence et la conveisation d'un ami ajoutent mieux i

•ncore au goût des mets les plus fins. » i

9*rtrmm* et Eaion, nom dcs deux personuages, des deux héros de cette

charmante fable de La Fontaine, que tout le monde connaît : le Singg et !

le Chat, cette fable dont Mme de Sévigné disait : Cela peint. ;

Un jour, au coin du feu, nos deux maîtres fripons H

Regardaient rôtir des marrons. '

Les escroquer était une très bonne affaire : ''

Nos galants y voyaient double profit à faire : \

Leur bien premièrement, et psis le mal d'autrui. a

Bertrand dit à Raton : « Frère, il faut aujourd'hui ■]

Que tu fasses un coup de maître; ^

Tire-moi ces marrons. Si Dieu m'avait fait naître Z

Propre à tirer marrons du feu, ■

Certes, marrons verraient beau jeu. » •

Aussitôt fait que dit, Raton, avec sa patte,

D'une manière délicate, '■,

Ecarte un peu la cendre et retire les doigts; -J

Puis les reporte à plusieurs fois ; j Tire un marron, puis deux, et puis trois en escroque,

Et cependant Bertrand les croque. .j

Une servante vient : adieu mes gens. Raton '-; N'était pas content, ce dit-on.

Ces deux noms sont passés en proverbe avec la signification métaphorique de dupeur et de dupé; Bertrand, c'est Robert Macaire, qui lance l'ami Raton dans les aventures les plus hasardeuses, pour en tirer seul

tout le profit : Raton casse l'amande, au risque de se briser les dents, et ■

Bertrand mange tranquillement le noyau. ^

B«B souper, boD (Ue et le reste. 1

Un des plus jolis vers de cette jolie fable de La Fontaine : les Deux Pigeons^ qui offre le tableau le plus admirable de l'amitié. Deux pigeons s'aimaient d'amour tendre.

L'un d'eux, s'ennuyant au logis, ,j

Fut assez tou pour entreprendre \

Un voyage en loinuin pays. ]

L'autre lui dit : « Qu'allez-vous faire? i

Vous voulez quitter votre frère ? 1

L'absence est le plus grand des maux. '

Je ne songerai plus que rencontre funeste. Que faucons, que réseaux. Hélas! dirai-je, il pleut : Mon frère a-t-il tout ce qu'il veut, Bon souper, bon gîte et le reste?

'< Dans l'application, ces veri touchants servent à exprimer les inquiétudes que nous inspire le sort d'une personne airaée qui est absente.

Comme source de vers devenus proverbes, cette fable est une des plus riches après celle des Animaux malades de la peste. En voici quelquesuns :

Quiconque ne voit guère

N'a guère à dire aussi.

Je dirai : « J'étais là, telle chose m'avint : Vous y croirez être vous-même. »

IJais UB fripon d'enfant (cet âge est sans pitié).

€• bloe enfariiié ■• aie dll rien qui valll*.

Vers de La Fontaine dans la fable le Chat et le vieux Rat.

Un chat, dont les ruses avaient rendu très prudent le peuple sounquois, imagine un dernier stratagème,

Blanchit sa robe et s'enfarine ;

Et, de la sorte déguisé, Se niche et se blottit dans une huche ouverte.

Ce fut à lui bien avisé :

La gent trotte-menu s'en vient chercher sa perte. Un rat, sans plus, s'abstient d'aller flairer autour: C'était un vieux routier, il savait plus d'un tour; Même il avait perdu sa queue à la bataille. Ce bloc enfariné ne me dit rien qui vaille^ S'écria-t-il de loin au général des chats : Je soupçonne dessous encor quelque machine;

Rien ne te sert d'être farine.

Car, quand tu serais sac, je n'approcherais pas.

Se dit, dans l'application, de tout piège que l'on soupçonne.

C« ■• .em« qu« feston*, «• >• aoat qa'.strag.U..

Vers de Boileau dans le premier chant de son Art poétique.

Le législateur du Parnasse s'élève contre l'abus que les auteurs de son temps faisaient des descriptions inutiles :

Un auteur, quelquefois, trop plein de son objet, Jamais sans l'épuiser n abandonne un sujet; S'il rencontre un palais, il m'en dépeint la face ; Il me promène après de terrasse en terrasse ; Ici s'offre un perron; là règne un corridor; Là ce balcon s'enferme en un balustre d'or. Il compte des plafonds les ronds et les ovales : Ce ne sont que festons, ce ne sont qu'astragales.

Ce dernier vers est la critique de la longue et fastidieuse descrij>tion d'un palais, que fait Scudeyrdans le troisième chant de son Alartc.

En littérature, on fait allusion au vers de Boileau pour désigner l'abus des décors, des ornements, dans quelque genre que ce soit, mais principalement en parlant d'un style pompeux et trop chargé d'images.

C'e*« ainsi qa'.a partant Je ^ou. faU »•• adi«nx.

Vers d'un opéra de Quinault (Thésée, acte V, scène vi). Egée, roi d'Athènes, aime Églé, jeune princesse élevée à sa cour, et veut l'épouser au mépris de la promesse qui l'engage lui-même à la magicienne Médée. Thésée, fils inconnu du roi, à qui il rend le plus éclatant service en faisant rentrer dans le devoir des sujets révoltés, aime aussi Églé et en est payé de retour, mais la magicienne a conçu elle-même la passion la plus vive pour le jeune héros, et, par les menaces les plus effroyables, par les enchantements de son art infernal, elle veut contraindre sa rivale à déclarer à Thésée, de sa propre bouche, qu'elle est devenue insensible pour lui; sinon le héros va expirer. Églé consent à commettre ce mensonge; mais, en présence de Thésée, l'affection l'emporte sur la prudence, et la jeune princesse laisse échapper son secret. Médée, irritée, conçoit alors l'horrible projet de se venger de tous en faisant empoisonner le fils par le père. Mais au moment où Thésée reçoit la coupe fatale, Egée reconnaix son fils à l'épée qu'il porte au côté, et l'empêche de prendre le pcM-

son ; de plus, il lui accorde la main de la belle Eglé. En ce moment, la magicienne, déçue dans toutes ses espérances, apparaît sur un char traîné par des dragons volants :

Vous n'êtes pas encor délivrés de ma rage ;

Je n'ai point préparé la pompe de ces lieux

Pour servir au bonheur d'un amour qui m'outrage;

Je veux que les enfers détruisent mon ouvrage ;

C'est ainsi qu'en partant je vous fais mes adieux.

Au même instant, le palais s'obscurcit, et les Athéniens s'imaginent être poursuivis par des fantômes; mais Minerve entre sur la scène, et détruit tout l'effet des enchantements de Médée.

Ce vers est devenu proverbial pour caractériser la dernière vengeance, mais aussi la plus terrible, que l'on tire en s'éloignant d'une personne, d'une société, d'un pays, etc. ; c'est, en quelque sorte, le trait du Parthe de la poésie.

Le jour môme où mourut Louis XV, on avait publié à Versailles ua dernier édit pour l'augmentation des impôts ; le lendemain, on trouva ce vers au-dessous des affiches :

C'est ainsi qu'en partant je vous fais mes adieux.

C'est dm N*pd a«J«ard'kal ^a* aoaa Tient la laHlAre.

Vers de Voltaire, dans son épître à Catherine II :

Elève d'Apollon, de Thémis et de Mars,

Qui sur ton trône auguste as placé les beaux-arts ,

Qui penses en grand homme, et qui permets qu'on pense

Toi qu'on voit triompher du tyran de Byzance,

Et des sots préjugés, tyrans plus odieux.

Prête à ma faible voix des sons mélodieux 1

A mon feu qui s'éteint rends sa clarté première :

Cest du Nord aujourd'hui que nous vient la lumière.

Ce vers, piUS juste sans doute au temps de Voltaire qu'U ne l'est à notie époque, est demeuré célèbre, et l'on y fait encore quelquefois allusion.

Cet eracU ••! pla« «Ar que celui de Caleks*.

Vers qui termine le troisième acte d'Iphigénie, tragédie de Racine. Clyitemnestre , mère d'Iphigénie et épouse d'Agamemnon , apprend que celui-ci va immoler la jeune princesse sur l'autel de Diane , pour obéir à la volonté du devin Calchas. Dans son désespoir , elle implore la protection d'Achille , à qui Iphigénie a été promise en mariage , et le héros lui répond :

Madame, à vous servir je vais tout disposer; Dans votre appartement allez vous reposer : Votre fille vivra, je puis vous le prédire. Croyez, du moins, croyez que tant que je respire Les dieux auront en vain ordonné son trépas : Cet oracle est plus sûr que celui de Calchas.

Ce vers caractérise avec énergie la confiance absolue que l'on a dans la réalisation d'un événement.

Cheval a'étaat veuiu veuger du eerf (le), titre d'une fable de La Fon taine, dans laquelle le cheval implore le secours de l'homme pour se venger d'une injure que le cerf lui a faite. L'homme accepta, s'élance sur le doa du cheval, et le cerf perd la vie; mais, anand le cheval veut remerc'^':'

son vengeur, l'homme, qui a reconna l'utilité du fier et vigoureux ani mal, le garde pour son service.

La morale de cette fable s'applique à ceux qui, pour la satisfaction d'une passion aveugle, s'exposent au plus fâcheuses conséquences.

Ches ell« nn beau désordre eut an effet de l'art.

Vers de Boileau [Art poétique, ch&ntll). Boileau trace les règles de l'ode, et achève d'en préciser le caractère et le génie par ce vers resté proverbe. Toutefois, pour bien saisir la pensée de l'auteur, il ne faut entendre par ces mots qu'un désordre apparent, sous lequel se dissimule habilement une liaison savante dans les idées, que la réflexion découvre.

Dans l'application, le vers du poète caractérise ces désordres savamment étudiés pour produire plus d'effet; il se dit quelquefois en parlant de la femme, négligée à> force d'être simple, mais dont l'ensemble n'offre qu'un attrait plus piquant.

Cbieo qui lAcbe «a proie pour l'ombre (lb), titre d'une fable de La Fontaine, dans laquelle un chien, voyant réfléchie dans l'eau la proie qu'il ■ emporte, lâche celle-ci pour l'ombre. ^

Dans l'application, le Chien qui lâche sa proie pour l'ombre est l'image a de ceux qui abandonnent un bien, un avantage réel, pour courir après l'incertain.

G*mB>eBt en nm ploMb iril l'*r par ■'•■«-il ekang^ ?

Vers de la fameuse prophétie de Joad. {Aihalie, acte III, scène vn.)

Cieux, écoutez ma voix ; terre, prête l'oreille : Ne dis plus, ô Jacob, que ton Seigneur sommeille! Pécheurs, disparaissez : le Seigneur se réveille. Comment en un plomb vil l'or pur s'est-il changé? Quel est dans le lieu saint ce pontife égorgé? Pleure, Jérusalem, pleure, cité perfide.

Des prophètes divins malheureuse homicide : De son amour pour toi ton Dieu s'est dépouillé ; Ton encens, à ses yeux, est un encens souillé.

Le grand prêtre , rempli de l'esprit prophétique , montre sous ce voile transparent la corruption, les crimes futurs du jeune Joas, et l'abîme d'opprobre où doit tomber Jérusalem.

Gomment l'aarai*-je fait ai je n'étala pas ■•?

Vers de la fable de La Fontaine le Loup et l'Agneau :

Et je sais que de moi tu médis l'an passé. — Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né? Reprit l'agneau ; je tette encor ma mère.

Se dit pour se disculper d'une faute qu'on s'est trouvé, par le temps et par l'éloignement, dans l'impossibilité de commettre

Comment pent^n être Persan? allusion à l'exclamation qui termine une des pages les plus spirituelles des Lettres persanes de Montesquieu.

Jette locution est si pittoresque, si souvent rappelée, et la lettre qui lui sert de cadre est un modèle d'observations si justes et si fines, qu'au lieu d'en donner une sèche analyse, nous n'hésitons pas à la citer tout entière. Rico écrit, de Paris, à son ami Ibben, à Smyrne • • Les habitants de Paris sont d'une curiosité qui va jusqu'à l'extravagance. Lorsque j'arrivai, je fus regardé comme si j'avais été envoyé du ciel : vieillards, hommes, femmes, enfants, tous voulaient me voir. Si je sortais, tout le monde se mettait aux fenêtres ; si j'étais aux Tuileries, je voyais aussitôt un cercle se former autour de moi ; les femmes mêmes faisaient un arcen-ciel nuancé de mille couleurs, qui m'entourait. Si j'étais au spectacle, je voyais aussitôt cent lorgnettes dressées contre ma figure : enfin, jamais homme n'a tant été vu que moi. Je souriais quelquefois d'entendre des gens, qui n'étaient presque jamais sortis de leur chambre, qui disaient entre eux : • Il faut avouer qu'U a l'air bien Persan. » Chose admL rablel je trouvais de mes portraits partout; je me voyais multiplié dans toutes les boutiques, sur toutes les cheminées, tant on craignait de ne pas m'avoir assez vu. Tant d'honneurs ne laissent pas d'être à charge je ne me croyais pas un homme si curieux et si rare; et, quoique j'aie très bonne opinion de moi, je ne me serais jamais imaginé que je dusse troubler le repos d'une grande ville où je n'étais point connu. Cela me fit résoudre à quitter l'habit persan et à en endosser un à l'européenne, pour voir s'il resterait encore dans ma physionomie quelque chose d'admirable. Cet essai me fit connaître ce que je valais réellement. Libre de tous les ornements étrangers, je me vis apprécié au plus juste. J'eus sujet de me plaindre de mon tailleur, qui m'avait fait perdre en un instant l'attention et l'estime publiques; car j'entrai tout à coup dans un néant affreux. Je demeurais quelquefois une heure dans une compagnie sans qu'on m'eût seulement regardé et qu'on m'eût mis en occasion d'ouvrir la bouche; mais si quelqu'un, par hasard, apprenait à la compagnie que j'étais Persan : • Anl ahl monsieur est Persan? C'est une chose »'bien extraordinaire! Comment peut-on être Persan? »

Dans les applications que l'on en fait, cette mterrogation exprime plaisamment la surprise que cause l'aspect d'une personne appartenant à une classe ou à une nationalité qui excite notre curiosité.

Ceaseii «•■« par les rat* , titre d'uue fable OÙ La Fontaine met en scène des rats qui prennent une décision héroïque, fort avantageuse pour le salut de la république, mais que personne n'ose mettre à exécution, car il ne s'agit de rien moins que d'attacher un grelot au cou du terrible Rodilard.

On fait allusion au Conseil tenu par les rats pour caractériser ces assemblées où se prennent des résolutions excellentes, mais tout k fait inapplicables, ou dont personne n'ose assumer sur soi la responsabilité.

• Garsaires à earsairca.

L'a. l'aatra •'atlaq.aat, a. faa* p.. leur, affaira.

\ ers de la fable de La Fontaine : Tribut envoyé par les animaux à Alexandre, qui signifient , dans l'application , qu'il en prend mal aux écrivains, mais surtout aux fripons et aux méchants, de se faire la guerre entre eux.

Ceay de pied de l'âne, allusion à la fable de La Fontaine le Lion dmenu vieux. Le roi des forêts, chargé d'ans et décrépit, est étendu sans force et presque sans vie au fond de son antre, pleurant son antique prouesac. L«i animaux accourent successivement pour se venger :

Le cheval s'approchant lui donne un coup de pied, Le loup un coup de dent, le bœuf un coup de corne.

Enfin l'âne lui-même vient ajouter un dernier outrage :

Ahl c'est trop, dit le lion, je voulais bien mourir; Mais c'est mourir deux fois que souffrir tes atteintes.

Dans l'application , le coup de pied de l'âne se dit des insultes que les faibles, que les lâches prodiguent à une puissance tombée.

D*as aoM ehapiire des cbapeaaz, passage de MoUère dans sa comédie

du Médecin malgré lui :

8GANÂRBLLB.

Hippocrate dit... que nous nous couvrions tous deux.

GÉRONTK.

Hippocrate dit cela?

8GANARELLB.

Oui.

GBRONTB.

Dans quel chapitre, s'il vous plaît?

SGANARELLB.

Dans son chapitre... des chapeaux.

Dans l'application, qui est toujours plaisante, ces mots se disent quand, pressé d'indiquer à quelle source on a puisé ime citation, un argument, on se trouve dans l'impossibilité de le faire.

Dés da jage de Rabeiaia, aUusion à l'un des passages les plus spirituellement critiques du livre de Rabelais, où il personnifie les façons un peu sommaires avec lesquelles on rendait la justice à cette époque. Bridoie , aïeul du Brid'oison de Beaumarchais , a passé sa longue vie à appointer des procès à la grande satisfaction des plaideurs. Il se voit, sur k fin de sa carrière, appelé à donner les motifs d'un arrêt contre lequel on s'est inscrit. Bridoie n'y comprend rien; il a, dans ce cas comme dans tous les autres, appliqué la méthode dont il s'est toujours bien trouvé. Cependant il se ravise ; peut-être se sera-t-il trompé de dés. A ce mot on se récrie : « Des désl qu'est-ce à dire?... Expliquez-vous. » Le bon Bridoie s'explique en disant comme quoi il a deux sortes de dés , des gros et des petits , selon l'importance du procès ; il avoue que sa longue expérience lui a démontré qu'U n'y a pas de plus sûr moyen de juger sainement les causes, et qu'il pense que tous ses confrères, et ceux-là mêmes qui lui demandent compte de sa conduite , n'en usent pas autrement. Que si cette fois il y a eu erreur, elle ne prouve pas contre sa méthode , au fond ; c'est une simple méprise dans La forme, une malheureuse confusion de dés que l'on doit pardonner à son grand âge. Il faut avouer que la satire ne s'est jamais montrée ni plus vive, m plus mordante, ni plus ingénieuse. C'est une bonne fortune de la gaieté de Rabelais.

Les dét de Bridoie sont, dans l'application, une des mlQes les plus riches ou la littéiâture puise ses allusions.

Vers célèbre de Corneille dans sa tragédie à.' fféraclius , acte IV^ scène v. Pour parvenir au trône , Phocas immole à son ambition Maurice, empereur d'Orient, ainsi que tous ses fils. Héraclius, le plus jeune de ceux-ci, échappe au massacre de sa famille , grâce à sa nourrice Léontine, qui pousse le dévouement jusqu'à livrer son propre fils Léonce au tyran, afin de sauver l'héritier de l'empire. Phocas prend Léonce pour le véritable Héraclius, le fait mourir , et , voulant récompenser le prétendu service que lui a rendu Léontine , il lui confie son propre fils Martian pendant une expédition qu'il entreprend contre les Perses et qui dure trois années. Au retour de Phocas, la nourrice, comptant sur l'impossibilité de distinguer , après une telle absence , entre des enfants d'âge si tendre , remet an tyran le jeune Héraclius et garde Martian, qu'elle élève sov.s le nom de son fils Léonce. Cependant de vagues rumeurs apprennent à Phocas que le dernier rejeton de Maurice est vivant, et il veut le sacrifier à sa sûreté. Héraclius, qui connaît le secret de sa naissance, et que Phocas veut contraindre à un hymen incestueux, apprend à l'usurpateur que Léonce est son fils, mais sans se découvrir lui-même. Phocas, en proie à la plus cruelle perplexité, fait venir la nourrice et lui demande l'éclaircissement de ce mystère. C'est alors que Léontine, forcée de parler, mais sachant le sort qui attend l'héritier de Maurice, répond à Phocas :

Devine $i tu peux, et choisis si tu l'oses :

L'un des deux est ton fils, l'autre ton empereur.

Ce vers fameux est passé en proverbe, et, bien qu'on le rappelle toujours sous une forme plaisante, il exprime avec une grande énergie l'embarras qu'on éprouve quelquefois à se décider entre deux choses, deux résolutions ou deux personnes qui nous attirent également.

DiadoB ëe la fable (le), allusion à un passage de la fable de Fionan l» Singe qui montre la lanterne magique.

Un jour qu'au cabaret son maître était resté (C'était, je pense, un jour de fête).

Notre singe en liberté Veut faire un coup de sa tête.

Il s'en va rassembler les divers animaux Qu'il peut rencontrer dans la ville :

Chiens, chats, poulets, dindons, pourceaux. Arrivent bientôt à la file.

Chacun s'installe; voilà notre Jacquot qui se met en besogne, place un verre peint dans la lanterne , et fait défiler toutes les merveilles de la création aux regards de ses spectateurs ; mais ceux-ci ont beau s'écarquiller les yeux : les chats eux-mêmes n'aperçoivent rien.

Afoi, disait un dindon, je vois bien quelque chose. Mais je ne sais pour quelle cause Je ne distingue pas très-bien.

Maître Jacquot n'avait oublié qu'un point, C'était d'éclairer sa lanterne.

Ces vers se rappellent ironiquement pour faire comprendre au narrateur qu'il n'est pas clair, et que, lui aussi, il a oublié d'éclairer sa lanterne.

Dm e£t« de ia harbe eat l» ioate-piilas«Be«.

Vers de Molière, dans l'Ecole des femme» , acte III, scène n. Par mesure de précaution, Amolphe, qui se croit sur le point d'épouser Agniès, lui trace à l'avance les devoirs de la femme mariée :

Le mariage, Agnès, n'est pas un badinage; A d'austères devoirs le rang de femme engage.

Votre sexe n'est là que pour la dépendance . Lu côté de la barbe est la toute-puissance.

Ce vers, si comique dans la bouche d'Arnolphe, est l'objeï de fréquentes applications.

Du droit qn an «aprlt v«st« et feraie ea ses deeselaw A sur I esprit grossier des vais«ires hnasaiBS.

Vers de Voltaire dans sa tragédie de Mahomet. Le prophète vient d'expeser à Zopire ses projets de révolution religieuse.

ZOPIRK.

Voilà donc tes desseins 1 C'est donc toi dont l'audace De la terre , à ton gré , prétend changer la face ? Tu veux, en apportant le carnage et l'efifroi, Commander aux humains de penser comme toi-: Tu ravages le monde, et tu prétends l'instruire. Ah ! si par des erreurs U s'est laissé séduire, Si la nuit du mensonge a pu nous égarer, Par quels flambeaux affreux veux-tu nous éclaurer ? Quel droit as-tu reçu d'enseigner, de prédire. De porter l'encensoir et d'affecter l'empire?

Page 1