MAHOMET
Le droit qu'un esprit vaste et ferme en ses desseins A sur l'esprit grossier des vulgaires humains.
On peut, sans témérité, supposer que ces deux vers sont la paraphrase poétique de la réponse faite par Eléonore Galigaï à ses juges, qui lui demandaient de quel charme elle s'était servie pour dominer l'esprit de la reine : « De l'ascendant qu'une âme forte a sur l'esprit d'une balourde. »
De toutes les applications qu'on a faites du distique de Voltaire , voici assurément la plus plaisante : Lekain, le grand acteur, fut rencontré un jour chassant sur les terres d'un riche seigneur. Un garde l'aborde et lui demande de quel droit il se permet de chasser sur les plaisirs de monseigneur. Le célèbre tragique prend une pose théâtrale et répond fièrement :
Du droit qu'un esprit vaste et ferme en ses desseins A sur l'esprit grossier des vulgaires humains.
— Ah t monsieur, c'est différent, répond le pauvre garde-chasse, stupéfié par l'ampleur magistrale que l'acteur avait mise à déclamer les deux alexandrins; excusez, je ne savais pas.
Eafla Malherbe rlat...
Hémistiche de l'Art poétique de Boileau, chant 1er. L'auteur vient de parler des premiers essais de la poésie française ■'
Durtuit les premiers ans du Parnasse françois , Le caprice tout seul faisait toutes les lois ; La Txmef au bout des mots assemblés sans mesure, Tenait heu d'ornements, de nombre et de césure.
Après avoir passé en revue les différents poètes qui ont contribue À
Débrouiller l'art confus de nos vieux romanciers,
il arrive à Malherbe , et lui adresse un hommage qui tient presque de l'enthousiasme :
Enfin Malherbe vint, et, le premier en France, Fit sentir dans les vers une juste cadence, D'un mot mis en sa place enseigna le pouvoir, Et réduisit la muse aux règles du devoir.
Dans l'application, ces mots expriment la satisfaction produite par l'avénement d'un progrès, d'une réiorme, dans quelque ordre d'idées que ce soit.
E« ee »êi>e Scnèqne, «I ee »«m« B«rrh«« Qni députa...
Vers de Britannicus, tragédie de Racine. Agrippine, dans un long entretien, cherche à reprendre son empire sur Néron, a qui elle rappelle les sacrifices qu'elle s'est imposés , les intrigues auxquelles elle s'est livrée , les crimes même qu'elle a commis pour écarter Britannicus du trône et en préparer le chemin à Néron :
J'eus soin de vous nommer
Des gouverneurs que Rome honorait de sa voix;
Je fus sourde à la brigue et crus la renommée;
J'appelai de l'exil, je lirai de l'armée
Et ce même Sénègue, et ce même Burrhua
Q'ti depuis... Rome alors estimait leurs vertus.
Dans l'applicaiion , cette réticence, beaucoup plus énergique que l'exprossion même, caractérise fortement ceux dont la situation actuelle Dure un contraste frappant avec leur passé.
B« ee« <l««x (raads débris a« ceaBolmient eatr* «ax.
Vers de Delille, dans son poème des Jardins, chant IV. Après avoir doimé quelques conseils sur la manière d'orner les habitations champêtres , l'auteur recommande de respecter les ruines , les monuments antiques , dans lesquels il trouve un poétique contraste avec les embellissemecis modemes, et en même temps un enseignement philosophique :
L'aspect désordonné de ces grands corps épars, Leur forme pittorescpie, attachent les regards ; Par eux, le cours des ans est marqué sur la terre ; Détruits par les volcans, ou l'orage, ou la guerre. Ils instruisent toujours, consolent quelquefois. Ces masses, qui du temps sentent aussi le poids, Enseignent à céder à ce commun ravage, A pardonner au sort. Telle jadis Carthaue Vit sur ses murs détruits Maxius malheureux ; Et ce* deux grands débris se consolaient entre eux.
Les applications sont toujours plaisantes
B« dama d* f^lblea eorpa a alliiia «s (vaMd ••«#&(•.
Vers ds Racine, le &ls, dans son poème de la Religion, où le poète parle des nids des oiseaux , des soins (pfils apportent à élever leurs couvées, »t surtout de l'énergie qu'ils dépioiejit pour les défendre :
Que de berceaux pour eux aux arbres suspendus l Sur le plus doux colon que de lits étendus l l.e père vole au loin, cherchant dans la campagne Des vivres qu'il rapporte à sa tendre compagne; Et la tranquille mère, attendant son secours, Réchauffe dans son sein le fruit de leurs amours. Des ennemis souvent ils repoussent la rage, Et dans de faibles corps s'allume un grand courage.
Dans l'application, ce vers se dit principalement de la femme, chez qu la faiblesse naturelle n'exclut pas le dévouement et l'intrépidité.
Et Je aais même aar ce fait
Bon nombre d'homme- qui «ob* feaimM.
Vers de la fable de La Fontaine les Femme» et le Secret.
Rian ne pèse tant qu'un secret :
Le porter loin est difficile aux dames ; Et je sais même sur ce fait Bon nombre d'hommes qui sont femmes.
Se dit, dans l'application, de certains défauts communs chea la femme, mais dont beaucoup d'hommes ne sont pas exempts.
B« la garde qal ▼ellle «as barrières Au L*avr« N'en défend pas nos rola.
Vers de l'ode fameuse de Malherbe à Dupérier sur la mort de sa fllie.,Le poète cherche à consoler son ami eu lui rappelant que tous, petits et grands, sont sujets à la mort :
La Mort a des rigueurs à nulle autre pareilles;
On a beau la prier :
La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles Et nous laisse crier.
Le pauvre, en sa cabane où le chaume le couTre,
Est sujet à ses lois; Et la garde qui veille aux barrières du Louvre N'en défend pas nos rois.
Souvent l'application de ces vers n'est que plaisante ; c'est ainsi qu'un écrivain du commencement de ce siècle a dit de l'invasion désastreuse du calembour dans toutes les classes de la société :
Le pauvre, en sa cabane où le chaume le couvre,
Est sujet à ses lois; Et la garde qui oeille aux barrières du Louvre
N'en défend pas nos rois.
On sait , en effet , que Louis XVIII se complaisait à ce genre d'esprit.
Et l'ami Pompicnan pense être qoelqn* eh*se 1
Vers qui termine plaisamment le petit poème de Voltaire intitulé là Vanité. Lefranc de Pompignan avait, en pleine Académie, signalé Voltaire comme un philosophe dangereux. Il expia cruellement cette courageuse attaque : six mois durant, il fut accablé de sarcasmes en vers et en prose. On connaît cette épigramme :
Savez-vous pourquoi Jérémie A tant pleure pendant sa vie?
C'est qu'et. prophète il prévoyait Qu'un jour Lefranc le traduirait-
Et ce vers décoché contre ses Cantiques sacrés :
Sacrés ils sont, car personne n'y touche. Chaque courrier arrivant de Genève apportait un pamphlet contre le téméraire Pompignan, Enfin , le petit poème intitulé la Vanité fut le coup de grâce :
La terre a vu passer leur empire et leur trône ; On ne sait en quel lieu florissait Babylone ; Le tombeau d'Alexandre, aujourd'hui renversé, Avec la ville entière a péri dispersé ; César n'a point d'asile où sa cendre repose... Et l'ami Pompignan pense être quelque chose/
Bl l'avar* Àehéroa ■• lâche point sa prol*.
Vers de la Phèdre de Racine , acte II, scène v.
Phèdre, femme de Thésée, confie à Hippolyte, fils de ce prince et d'une première épouse, les craintes que lui fait concevoir la longue absence de Thésée, parti pour une expédition dangereuse. Hippolyte lui répond :
Madame, il n'est pas temps de vous troubler encore ; Peut-être votre époux voit encore le jour; Le ciel peut à nos pleurs accorder son retour. Neptune le protège, et ce dieu tutélaire Ne sera pas en vain imploré par mon père.