RODRIGUE
Mes pareils à deux fois ne se font pas connaître,
Et pour leurs coups d'essai veulent des coups de maître.
Dans l'application , ces vers caractérisent une personne ou une chose qui se révèle subitement par un coup d'éclat.
Meunier, ••■ OU e« l'Ane (lb) , titre d'une des plus jolies fables de La Fontaine , où il montre , par une succession d'incidents aussi plaisants que pittoresques, l'impossibilité de suivre les conseils, presque toujours contradictoires , que chacun se plaît à donner. De là, comme conclusion, ces mots passés en proverbe : On ne peut contenter tout le monde et son père.
Les allusions rappellent tantôt la fable elle-même, tantôt les mots que nous venons de citer.
Moi, MBol, dia-je, et e'ea* «««eB
Allusion à un passage de Corneille dans sa tragédie de Médée, acte !«', scène v. Médée, sur le point d'être abandonnée par le volage Jason, épris d'un nouvel amour pour la fille de Gréon, roi de Corinthe , fait part de ses sentiments de colère et de ses projets de vengeance à Nérine, sa confidente. Celle-ci rappelle à Médée l'abandon où elle se trouve et lui conseille la prudence :
Que sert ce grand courage où l'on est sans pouvoir!
MBDBB.
U trouve toajoars lieu de se faire valoir.
NBRINB.
Forcez l'aveuglement dont vous êtes séduite, Pour voir en quel état le sort vous a réduite. Votre pays vous hait, votre époux est sans foi ; Dans un si grand revers que vous reste-t-il ?
Moi^
Moi, dis- je, et c'est assez...
Dans l'application , le mot fameux de Médée est resté proverbial pour exprimer la confiance absolue que l'on conserve dans ses propres forces au milieu d'un grand danger.
Meaeienr Dim*mehe , personnage du t^éâtte de Molière, dans la seène la plus comique da Don Juan, et dont le nom est resté proverbial.
M. Dimanche vient réclamer ce qui lui est dû ; don Juan le paye en belles paroles et surtout en compliments : • Ahl monsieur Dimanche, approchez; que je suis ravi de vous voirl Vite un siège pour M- Dimanche. • On apporte un pliant. Ce n'est pas assez : i Un fauteuil à M. Dimanche. » D'ailleurs don Juan coupe sans cesse la parole au pauvre marchand, et l'accable de questions empressées sur sa santé, sur celle de Mme Dimanche, de la petite Claudine et du petit Colin. Est-ce tout? Non; pas encore : « Et votre petit chien Brusquet, gronde-t-il toujours aussi fon, et mord-il toujours bien aux jambes les gens qui vont chez vous? » M. Dimanche est confondu. Comment parler d'argent après tant de civilités? Pour comble, don Juan invite M. Dimanche à souper. Pour le coup, c'en est tropl ce malheureux créancier s'excuse très humblement et parle de se retirer. Se retirer 1 Voilà précisément le mot que guettait don Juan , comme le chat guette la souris , et il ne le laisse pas tomber : • Vite, vite ! un flambeau pour reconduire M. Dimanche. • Et le malheureux marchand est mis dehors sans avoir pu toucher un seul mot de sa créance.
Dans la langue, Monsieur Dimanche est resté le type du créancier timide, du fournisseur patient ; mais, de nos jours, cette espèce est devenue très rare.
Moataca* «al •mtmmut «■• «earia (la), allusion à Une fablo de La Fontaine, qui n'est que le développement de ce vers d'Horace {Art poétique, V. 139) :
Parturient monte», nascetur ridiculus mus.
Une montagne en mal d'enfant
Jetait une clameur si haute.
Que chacun, au bruit accourant.
Crut qu'elle accoucherait sans faute
D'une cité plus grosse que Paris :
Elle accoucha d'une souris.
Ces mots sont à l'adresse des personnes ou dei choses dont les promesses pompeuses ou les brillantes apparences n'aboutissent qu'à un résultat ridicule.
MontreB-mel patte bl«Meh«.
Vers tiré de la fable de I-a Fontaine le Loup, la Chèvre et le Chevreau. La chèvre, allant paître l'herbe nouvelle,
Ferma ta porte au loquet, Non sans dire à son biquet :
Gardez-vous, sur votre vie, D'ouvrir que l'on ne vous die.
Pour enseigne et raot du guet:
Foin du loup et de sa race !
Un loup qui passait par là entendit le mot d'ordre, s'approcha de la porte.
Et d'une voix papelarde, H demande qu'on ouvre, en disant : Foin du loupi
Et, croyant entrer tout d'un coup.
Le biquet soupçonneux par la fente regarde : Montrez-moi patte blanche, ou je n'ouvrirai point, S ecria-t-il d'abord. Patte blanche est un point
Chei les loups, comme on sait, rarement en usage. Celui-ci, fort surpris d'entendre ce langage, Comme il était venu s'en retourna chez soi.
Dans l'application , ces mots s'adressent à ceux dont on soupçonne les intentions hypocrites, et avec lesquels deux sûretés valent mieux qu'une.
Moaeke 4« e«ehe (la), allusiou à la fable de La Fontaine le Coche et la Mouche :
Dans un chemin montant, sablonneux, malaisé, Et de tous les côtés au soleil exposé,
Six forts chevaux tiraient un coche.
Femmes, moines, vieillards, tout était descendu : L'attelage suait, soufflait, était rendu. Une mouche survient, et des chevaux s'approche. Prétend les animer par son bourdonnement, Pique l'un, pique l'autre, et pense à tou* moment
Qu'elle fait aller la machine ; S'assied sur le timon, sur le nez du cocher.
Aussitôt que le char chemine.
Et qu'elle voit les gens marcher.
Elle s'en attribue uniquement la gloire.
Dans l'application, ces mots : Faire la mouche du coche, signifient faire l'empressé, le nécessaire, et s'attribuer le succèg des choses auxquelles on a le moins contribué.
M*«t*B* «e Paanrge (lbs), allusion à un dcs passages les plus comiques du Pantagruel de Rabelais.
Panurge, le joyeux compagnon de Pantagruel, est, comme on sait, un des enfants de Timagination capricieuse de Rabelais. Pendant le voyage de Pantagruel au pays des Lanternes, Panurge se prit, en mer, de querelle avec le marchand Dindenault, qui l'avait gravement injurié. Pour se venger et jouer à Dindenault un tour de sa façon , il lui acheta un de ses moutons, qu'il précipita dans la mer. L'exemple et les bêlements de celui-ci entraînèrent tous ses compagnons, qui sautèrent l'un après l'autre à la file. Le marchand lui-même fut entraîné par le dernier, qu'il s'efforçait de retenir, et se noya avec son troupeau, complétant ainsi le tableau saisissant de l'extravagance imitative de la foule. Panurge, armé d'un aviron, les empêchait de remonter sur le navire, « les preschoit éloquentement, leur remonstrant par lieux de rhétorique les misères de ce monde , affirmant plus heureux estre les trespassés que les vivants en ceste vallée de misère. *
Dans l'application, ces mots : Moutons de Panurge, désignent ceux qui s'empressent de faire une chose par esprit d'imitation.
Nourri 4»B> le aérall, j'ea eoBBats lea détours.
Vers de Racine dans Bajazet, acte IV, scène vu. Le vizir Acomat, sur ie point d'accomplir une révolution pendant l'absence du sultan Amurat, s'adresse à son confident :
D'amis et de soldats une troupe hardie
Aux portes du palais attend notre sortie ;
La sultane, d'ailleurs, se fie à mes discours ;
Nourri dans le sérail, j'en connais les détourt;
Je sads de Baiazet l'ordinaire demeure ;
Ne tardons plus, marchons \ et s'il faut que je meon»,
Mourons : moi, cher Osmin, comme un vizir, et toi Comme le favori d'un homme tel que moi.
Dans l'application, ce vers signifie qu'une longue habitude nous la profonde connaissance d'une chose compliquée, composée d'une multitude de détails, comme la chicane, la politique, l'administration, etc.
Noua avoua changé tout e«ia, mots tirés de la scène si plaisante du Médecin malgré lui, où Sganarelle donne une théorie toute nouvelle de l'intérieur du corps humain : « Or, ces vapeurs dont je vous parle venant à passer du côté droit, où est le cœur, au côté gauche, où est le foie... « Le bonhomme Géronte est ébloui de cette magnifique tirade ; et il ne lui reste qu'un petit scrupule , qu'il soumet timidement à Sganarelle : • On ne peut pas mieux raisonner, sans doute. Il n'y a qu'une seule chose qui m'a choqué : c'est l'endroit du foie et du cœur. Il me semble que vous les placez autrement qu'ils ne sont ; que le cœur est du côté gauche , et 1» foie du côté droit.