‹ Grammaire complète syntaxique et littéraireChapitre 391 sur 399 · SGANARELLE · texte numérisé non relu

SGANARELLE

« Oui , cela était autrefois ainsi ; mais nous avons changé tout cela, et nous faisons maintenant la médecine d'une manière toute nouvelle. »

Dans l'application, ces mots : Nous avons changé tout cela y se disent ironiquement d'une réforme opérée contrairement à la logique , au bon sens, à la morale, etc.

Noaa Bommea toua d Àthène «n •• p«lM(.

Vers de la fable de La Fontaine , le Pouvoir des Fables , dans laquelle , après avoir fait ressortir la frivolité athénienne, qui s'arrête à des contes d'enfants plutôt qu'aux paroles sérieuses d'un orateur, il se fait Athénien lui-même et s'écrie naïvement :

Nous sommes tous d'A thène en ce point , et moi-même, Au moment où je fais cette moralité.

Si Peau d'âne m'était conté.

J'y prendrais un plaisir extrême.

Dans l'application , ce vers est un aveu par lequel on ne se reconnaît pas exempt de la légèreté de ceux qui, en littérature, en politique, dans les beaux-arts, négligent le sérieux pour s'attacher à des bagatelles qui leur plaisent.

Nal M'aura 4« l'eaprit, bora noua «t naa aaila.

Vers de Molière, dans les Femmes savantes, acte III, scène n. Armande, Bélise et Philaminte , en compagnie de Trissotin , forment le plan d'une Académie au moyen de laquelle elles se proposent de faire sortir la femme de l'infériorité littéraire , philosophique et scientifique dans laquelle l'homme la tient depuis trop longtemps ; où elles seront les oracles do bel esprit et les distributrices des réputations :

Platon s'est au projet simplement arrêté,

Quand de sa République il a fait le traité ;

Mais à l'effet entier je veux pousser l'idée

Que j'ai sur le papier en prose accommodée;

Car enfin je me sens un étrange dépit

Du tort que l'on nous fait du côté de l'esprit;

Et je veux nous venger, toutes tant que nous sommes.

De cette indigne classe où nous rangent les hommes.

De borner nos talents à des futilités,

Et nous fermer la porte aux sublimes clartés.

AEMANDB.

Nous serons, par nos lois, les juges des ouvrages ; Par nos lois, prose et vers, tout nous sera soumis : Nul n'aura de l'esprit, hors nous et nos amis. Nous chercherons partout à trouver à redire^ Et ne verrons que nous qui sachent bien écrire.

Ce Ters, qui fait ressortir si énergiquement l'exclusivisme ridicule des coteries littéraires , méritait de rester proverbial et de devenir une des perles de notre langage figuré. Le mot esprit est souvent l'objet d'un» variante amenée par les circonstances.

Oh! le plaisant projet d'an poète ignorant, Qui, de tant de héros, va choisir Childebrandl

Passage de Boileau , dans le Ille chant de son Art poétique. Ici Boilean fait allusion à un poète aujourd'hui inconnu, Carel de Sainte-Garde, auteur des Sarrasins chassés de France , poème dont Childebrand est le héros.

Dans l'application, ces vers se disent , surtout en littérature , à propos d'un choix malencontreux lorsqu'il était facile de trouver mieux. La personne ou la chose dont il s'agit prend souvent la place de Childebrand : « L'Académie vient de couronner Gazida, roman vertueux de M. X. Marmier. Concevea-vous l'Académie, qui, ayant sous la main une foule d'oeuvres délicates, consciencieuses ou fortes,

Parmi tant de héros va choisir Gazida?

On dit, et sans horrear Je ne pais le redire...

Vers de Racine dans Iphigénie , acte IV, scène vi. Achille , instruit par Clytemnestre qu'Agamemnon, pour obéir à l'oracle, va immoler sa fille, aimée du héros , qm se croit certain de l'épouser bientôt , se présente à Agamemnon et provoque des éclaircissements :

Un bruit assez étrange est venu jusqu'à moi. Seigneur; je l'ai jugé trop peu digne de foi : On diiy et sans horreur je ne puis le redire, Qu'aujourd'hui par votre ordre Iphigénie expire j Que vous-même, étouffant tout sentiment humain, Vous l'allez à Calchas livrer de votre main.

Dans l'application, ce vers s'emploie, et toujours sur le ton de la plaisanterie , pour exprimer une circonstance, un événement qui blesse ou renverse les idées reçues.

On ne s'attendait guère

A voir Ulysse en cette affaire.

Vers de la fable de La Fontaine la Tortue et les deux Canards. Deux canards proposent à une tortue de la transporter à travers les airs :

Nous vous voiturerons, par l'air, en Amérique ;

Vous verrez mainte république, Maint royaume, maint peuple, et vous profitere* Des différentes mœurs que vous remarquerez. Ulysse en fit autant : on ne s'attendait guèr*

A voir Ulysse en cette affaire.

Dans l'application, très fréquente, que l'on fait de ces vers pour exprimer plaisamment la surprise que doit causer l'apparition d'un nom inattendu , le mot Ulysse est toujours remplacé par celui qui est l'objet de l'allusion. Mais alors il faut que le mot qui remplace Ulysse se prête à un ▼ers de huit syllabes.

Oreiu«s *m lièvre (lbs), allusion à Une fable de La Fontaine. Le lion, qui a été blessé par un animal cornu, bannit de ses Etata Toute bête portant des cornes à son front.

Un lièvre, apercevant l'ombre de ses oreilles,

Craignit que quelque inquisiteur N'allât interpréter à cornes leur longueur. Ne les soutînt en tout à des cornes pareilles. « Adieu, voisin grillon, dit-il ; je pars d'ici : Mes oreilles, enfin, seraient cornes aussi; Et, quand je les aurais plus courtes qu'une autruche, Je craindrais même encor. » Le grillon repartit : • Cornes, cela! vous me prenez pour crache 1

Ce sont oreilles que Dieu fit.

— On les fera passer pour cornes.

Dit l'animal craintif, et cornes de licornes. J'aurai beau protester, mon dire et mes raisons

Iront aux Petites-Maisons. »

Dans l'application, ces mots : Les oreilles du lièvre, expriment les précautions qu'on est obligé de prendre quelquefois pour ne pas porter ombrage à une autorité soupçonneuse.

0«biiei> d'éclairer aa lanterne , allusion à 1» fable de Florian, le Sîtigt qui montre la lanterne magique.

Dans cette fable, le singe.

Un jour qu'au cabaret son maître était resté,

rassembla les animaux pour leur faire voir la lanterne magique :

« Messieurs, vous voyez le soleil.

Ses rayons et toute sa gloire ; Voici présentement la lune, et puis l'histoire D Adam, d'Eve et des animaux...

Voyez, messieurs, comme ils soni beaux I Voyez la naissance du monde ; Voyez... »

Les autres avaient beau s'éîarquiller les yeux, ils ne voyaient rien du tout:

Il n'avait oublié qu'un point, C'était d'éclairer sa lanterne»

Dana l'application, la lanterne magique dn sxngo est une allusion k ceux qui, dans un raisonnement, une démonstration, l'exposé d'une doctrine, disent de fort belles choses, mais oublient d'être clairs.

Les vers suivants, prononcés par le dindon :

Je vois bien quelque chose.

Mais je ne sais pour quelle cause Je ne distingue pas très bien, sont également passés en proverbe.

Par« d« lion (la), allusion à la fable de La Fontaine la Gentsse, la Chèvre et la Brebis en société avec le Lion. Les quatre animaux mettent

en oomman le gain et le dommage. Un cerf est pris dans les lacs de la chèvre, et, quand il s'agit de partager cette proie,

Le lion par ses ongles compta, El dit : Nous sommes quatre à partager la proie. Puis en autant de parts le cerf il dépeça;

Prit pour lui la première en qualité de sire. '

« Elle doit être a moi, dit-il ; et la raison, !

C'est que je m'appelle lion :

A cela l'on n'a rien à dire.

La seconde, par droit, me doit échoir encor : Ce droit, vous le savez, c'est le droit du plus fort. Comme le plus vaillant, je prétends la troisième. Si quelqu'une de vous touche à la quatrième,

Je l'étranglerai tout d'abord, i

Dans l'application, on appelle part du lion le lot que s'arroge le plus exigeant et presque toujours le plus fort. On dît aussi dans le même sens : Parce que je m'appelle lion, ce qui signifie : parce que je suis le plus fort.

Pmmb-m*! U phMbMrib« , J* vaa« i^Mseral !• «éa^ , locution formulée

d'après les éléments qu'en a fournis Molière dans V Amour médecin^ actellL scène ire.

Plusieurs médecins, appelés en consultation pour la maladie d'une jeune fllle , sont d'avis contraires ; l'un prescrit l'émétique , et l'autre la saignée, deux systèmes différents de médication :

M. THOMBS.

Monsieur, nous avons raisonné sur la maladie de votre fllle, et mon avis, à moi , est que cela procède d'une grande chaleur de sang ; ainsi je conclus à la saigner le plus tôt que vous pourrez.

M. DESFONANDRKS.

Et moi, je dis que sa maladie est une pourriture d'humeurs causée par une trop grande réplétion; ainsi je conclus à lui donner de l'émétique.

M. THOMÈS.

Je soutiens qu« l'émétique la tuera.

M. DESFONAJ4DRB8.

Et mol, que la saignée la fera mourir.

Les médecins, après s'être injuriés , finissent par trouver un compromis, que le docteur Desfonandrès formule en ces termes : « Qu'il me passe mon émétique pour la malade dont il s'agit, et je lui passerai tout ce qu'il voudra. *

Ce proverbe de l'émétique et de la saignée ne tarda pas à être détrôné ; la rhubarbe fut substituée à l'émétique et le séné remplaça la saignée : Passex-moi la rhubarbe, je vous passerai le séné. Mais la nouvelle formule est évidemment moins heureuse que l'ancienne , car , la rhubarbe et le séné étant l'un et l'autre des purgatifs, le contraste n'existe plus , et le proverbe perd de sa justesse et de son originalité.

Dans l'application , cette phrase se dit de gens qui s'épargnent des reproches ou des critiques en se faisant des concessions réciproques , et dont l'un semble dire à l'autre : Passex-moi mes sot lises, et je vout passe' rai Us vôtres.

P«T« |de l'aura (le), allusion à Un passage de la fable de La Fontaine VOurt et l'Amateur des jardins. Un campagnard se lie d'amitié avec un ours, qui se charge d'écarter les mouches pendant le sommeil de son ami.

Uu jour que le vieillard dormait d'un profond somme, Sur le bout de son nez une allant se placer Mit l'ours au désespoir; il eut beau la chasser. « Je l'attraperai bien, dit-il ; et voici comme. » Aussitôt fait que dit : le fidèle émoucheur Vous empoigne un psvé, le lance avec raideur, Casse la tête à l'homme en écrasant la mouche , Et, non moins bon archer que mauvais raisonneur, Raide mort étendu sur la place il le couche. Bien n'est si dangereux qu'un ignorant ami ; Mieux vaudrait un sage ennemi.

Le Pavé de l'ours a passé en proverbe pour désigner l'acte irréfléchi d'une amitié aveugle et sans jugement.

Paysan du Danube (lb), allusloD à un apologue Célèbre de La Fontaine, dans lequel le fabuliste , sortant du ton ordinaire de la fable , flétrit éloquemment la corruption romaine, devant le sénat assembflé, par l'organ* d un paysan venu des bords du Danube.

Voici

Le personnage en raccourci :

Son menton nourrissait une barbe touffue ;

Toute sa personne velue Représentait un ours, mais un ours mal léché; Sous un sourcil épais il avait l'œil caché, Le regard de travers, nez tortu, grosse lèvr®.

Portait sayon de poil de chèvre,

Et ceinture ds joncs marins.

Ce portrait est un chef-d'œuvre.

Le Paysan du Danube a passé en proverbe pour désigner un homme d'un extérieur grossier et d'une framchise brutale , quelquefois aussi un homme dont la rusticité n'est qu'apparente, et à laquelle il se mêle de la finesse et du calcul. Ces mots deviennent alors synonymes de fatue

Peaa dn Lian (la), allusion à la fable de La Fontaine, l'Ane vêtu de la peau du lion :

De la peau du lion l'âne s'étant vêtu Était craint partout à la ronde ; Et, bien qu'animal sans vertu, 11 faisait trembler tout le monde.

Cette expression : La peau du Lion, sert à qualifier ceux qui cherchent à recouvrir leur faiblesse, leur lâcheté , d'un appareil menaçant. C'est le synonyme de capitaine Fracasse : beaucoup de bruit , beaucoup d'appa* rwice, mais peu d'effet.

P«« d* tarra «t !• yat da far (lb), titre d'une fable OÙ La Fontaine fait ressortir le danger que le faible court en s'alliant avec le fort ou en luttant contre lui. Le pot de fer propose un voyage au pot de terra, qui accepte imprudemment.

Mes gens s'en vont à trois pieds Clopin-clopant comme ils peuvent.

L'un contre l'antre jetés,

Au moindre hoquet qu'ils treuvent.

Le pot de terre en souffre; il n'eut pas fait cent pas, Que par son compagnon il fut mis en éclats,

Sans qu'il eût lieu de se plaindre.

PMtl« «M «eafa 4l'»w (la), titre d'une fable de La Fontaine :

L'avarice perd tout en voulant tout gagner;

Je ne veux, pour le témoigner, Que celui dont la poule, à ce que dit la Fable,

Pondait tous les jours un œuf d'or, n crut que dans son corps elle avait un trésor; Il la tua, l'ouvrit, et la trouva semblable A celles dont les œufs ne lui rapportaient rien, S'étant lui-même ôté le plus beau de son bien.

Dans l'application , la poule aux œufs d'or est une source de richesses et de bénéfices. Tuer la poule aux œufs d'or, c'est tarir cette source dans l'espoir de réaliser d'un seul coup ces mêmes bénéfices.

Poar l'amonr du «ree..., allusion à un passage célèbre des Femmes savantes de Molière. Dans cette comédie, Trissotin présente Vadius à sa pédante société :

Il a des vieux auteurs la pleine intelligence ,

Et sait du grec, madame, autant qu'homme de France.

PHiLAMiNTE, à BéUse.

Du grec, ah ciel! du greci II sait du grec, ma sœur!

BÉLiSB, à Armande.

Ah I ma nièce, du grec I

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