‹ Grammaire complète syntaxique et littéraireChapitre 393 sur 399 · ARMANDE · texte numérisé non relu

ARMANDE

Quand sur une personne on prétend se régler. C'est par les beaux côtés qu'il lui faut ressembler; Et ce n'est point du tout la prendre pour modèle, Ma sœur, que de tousser et de cracher comme elle.

Ces vers si bien frappés reviennent souvent sous la plume des écrivains , et servent à faire entendre qu'il ne suffit pas d'imiter les petits défauts, les petits travers, les manières d'une personne remarquable, pour s'attribuer le même mérite et croire qu'on a droit à la même considération.

Qa. J'.- .1 ^- -oarir, d. j«..«. ilIU.t

Premier vers des tantômes, un des morceaux les plus touchants des Orientales, de M. Victor Hugo :

Hélas l que j'en ai vu mourir, déjeunes filles.'

C'est le destin. Il faut une proie au trépas,

Il faut que l'herbe tombe au tranchant des faucilles;

Il faut que dans le bal les folâtres quadrilles Foulent des roses sous leurs pas.

Que j'en ai vu mourir! — L'une était rose et blanche ; L'autre semblait ouïr de célestes accords ; L'autre, faible, appuyait d'un bras son front qui penche, Et, comme en s'envolant l'oiseau courbe la branche, Son âme avait brisé son corps.

Dans l'appUcation , ce vers se dit de toute personne ou de toute chose dont on déplore la fin prématurée.

Qn«Iqaes eriBkca «oajonr* préeèdeM* !•« fr»Mda erlaiea.

Vers de la Phèdre de Racine , acte IV, scène n. Hippolyte, accusé d'un crime affreux par son père, s'en défend en répondant :

Examinez ma vie et songez qui je suis. Quelques crimes toujours précèdent les grands crimes; Quiconque a pu franchir les bornes légitimes Peut violer enfin les droits les plus sacrés : Ainsi que la vertu, le crime a ses degrés.

On cite souvent ce beau vers pour faire comprendre que , de vertueux qu'on était auparavant, on ne devient pas en un seul jour xm homme capable de tout, un criminel endurci. Le dernier des cinq vers qui précèdent est aussi devenu proverbial, et les écrivains y font de fréquentes allusions.

Qui aiéprlae Cetlm M'eatime point uom p«1, El ■'•, seloB Cotin, ni Dieu, b( foi, ni loi.

Vers de la neuvième satire de Boileau. Le poète prend le ton de l'irome pour mieux accabler les méchants auteurs :

Puisque veus le voulez, je vais changer de style.

Je le déclare donc : Quinault est un Virgile;

Pradon comme un soleil en nos ans a para ; Pelletier écrit mieux qu'Ablancourt ni Patra ; Cotin, à ses sermons traînant toute la terre, Fend des flots d'auditeurs pour aller à sa chaire; Sofal est le phénix des esprits relevés ; Perrin... Bon, mon esprit 1 Courage 1 poursuivez! Mais ne voyez-vous pas que leur troupe en furie Va piendre encor ces vers pour une raillerie ? Et Dieu sait aussitôt que d'auteurs en courrous, Que de rimeurs blessés s'en vont fondre sur vousî Vous les verrez bientôt, féconds en impostures, Amasser contre vous des volumes d'injures. Traiter en vos écrits chaque vers d'attentat Et d'un mot innocent faire un crime d'Etat. Vous aurez beau vanter le roi dans vos ouvrages. Et de ce nom sacré sanctifier vos pages : Qui méprise Cotin n'estime point son roi. Et n'a, selon Cotin, ni Dieu, ni foi, ni loi.

Dans l'application , ces vers si mordants sont dirigés contre ceux qui .1 la sotte prétention de mettre leur nullité à l'ombre d'un nom ou d'une chose généralement respectée.

Q«l ■•«« «iélWrera des Gr«ea •( de* RobémIbb?

Vers célèbre qui sert de début à l'unique élégie de Berchoux.

Le poète s'élève avec une verve des plus comiques contre la tyrannie que la langue et l'histoire des Grecs et des Latins exerçaient sur la littérature de cette époque :

Qui nous délivrera des Grecs et des Romains?

Du sein de leurs tombeaux, ces peuples inhumains

Feront assurément le malheur de ma vie.

Mes amis, écoutez mon discours, je vous prie.

A peine je fus né qu'un maudit rudiment

Poursuivit mon enfance avec acharnement;

La langue des Césars faisait tout mon supplice :

Hélas! je préférais celle de ma nourrice,

Et je me vis fessé pendant dix ans et plus.

Grâces à Cicéron, Tue, Cornélius,

Tous Romains enterrés depuis maintes années,

Dont je maudissais fort les œuvres surannées.

Dans l'application, ce vers exprime admirablement l'ennui, la fatigue que l'on éprouve à entendre vanter constamment tout ce qui a rapport à Rome ou à la Grèce, et, par extension, tout ce qui donne lieu à des répétitions trop fréquentes.

K«e« d'ÀgMBcnBom, «ai ■• Hait JaMals...

Allusion à un vers de Berchoux , qui sert de pendant à celui que nous venons d'étudier :

Qui nous délivrera des Grecs et des Romains?

On connaît trop la sanglante célébrité des Atrides et l'abus qu'en ont fait les tragiques, pour qu'il soit besoin de commenter ce vers.

Dans l'application, il désigne une suite d'hommes appartenant à la même famille, et qui se distinguent par des succès du même genre. C'est en ce sens qu'un ancien proviseur de Louis-le-Grand, voyant depuis cinq ou six ans les premiers prix du concours général invariablement rem-

portés par les frères Taillandier du lycée Charlemagne , s'écrir. un jous

plaisamment :

Race de Taillandier, qui ne flnit jamais I...

Rareaieat à e«arlr 1« iMMide Oa deTient plas haatm* de biea.

Vers tirés de Régnier-Desmarets, dans son Voyage à Munich. Le poète, parlant du Danube , qui voit autant de religions qu'U parcourt de contrées, s'exprime ainsi :

Déjà nous avons vn le Danube inconstant, Qui, tantôt catholique et tantôt protestant,

Sert Rome et Luther de son onde,

Et qui, comptant après pour rien

Le romain, le luthérien.

Finit sa course vagabonde

Par n'être pas même chrétien :

Rarement à courir le monde

On devient plus homme de bien.

Le poète Gresset faisait évidemment allusion à ces vers quand , avant de raconter le fameux voyage dn perroquet Vert-Vert sur la Loire, il a dit:

Dans maint auteur de science profonde.

J'ai la qu'on perd à trop courir le monde.

B«m*rd qui m 1» qnena e«apé« (lb) , titre d'une fable de La Fontaine, où un vieux renard des plus fins, ayant laissé sa queue dans un piège, saisit l'occasion d'un grand conseil tenu par tous ceux de sa race pour les inviter à se couper la queue, sous prétexte qu'elle n'est pour eux qu'un embarras, un poids inutile,

Qui s'en va balayant tous les sentiers fangeux ; mais chacun devine la cause de cette proposition saugrenue :

Votre avis est fort bon, dit quelqu'un de la troupe ; Mais tournez-vous, de grâce, et l'on vous répondra. A ces mots, il se fit une telle huée Que le pauvre écourté ne put être entendu.

Les allusions à ce conseil intéressé sont fréquente'S : elles caractérisent la jalousie qui ne peut supporter ches autrui un avantage, une satisfaction, un plaisir -iont eUe est elle-même privée.

R«v«air à •«■ moat«H« , expressiou tirée d'une des plus charmantes farces de tréteaux du moyen âge, l'Avocat Pathelin, rajeunie plusieurs fois sur notre scène, et qui amusera probablement encore pendant longtemps nos petits-fils. M. Guillaume, plaidant contre son berger, qu'il accuse de lui avoir volé des moutons, reconnaît dans l'avocat de l'accusé maître Paihelin , qui lui a emporté six aunes de drap sans les payer. La stupéfaction trouble ses idées; il embrouille les deux affaires et mêle à sa plaidoirie sur les moutons le drap, l'avocat et toutes les circonstances de l'achat. Le bailli, qui ne comprend rien à cet amphigouri, -interrompt a chaque instant le plaideur pour lui crier avec impatience ; « Mais, monsieur Guillaume, revenez donc à vos moutons/ »

Dans l'appUcation, cette phrase, l'une des plus fréquemment employées

dans notre langue, signifie reprendra un discours interrompu, revenir k •on «ujet.

Rl*M ■• ••»« é» e«arlr, tl !»■« partir à p*la«.

Premier vers de la fable de La Fontaine, le Lièvre et la Tortxte : -i

• Gageons, dit celle-ci, que vous n'atteindrez point

Sitôt que moi ce but. — Sitôt 1 êtes-vous sage7 jl

Repartit l'animal léger : -i

Ma commère, il faut vous purger ^

Avec quatre grains d'ellébore. J

— Sage ou non, je parie encore. • \

Ainsi fut fait : et de tous deux \

On mit près du but les enjeux. ;

Notre lièvre n'avait que quatre pas à faire.

il laisse la tortue j

Aller son train de sénateur. 1

Elle part, elle s'évertue, j

Elle se hâte avec lenteur. \

Lui, cependant, méprise une telle victoire.

. . . Il broute, il se repose ; 1

Il s'amuse à toute autre chose i

Qu'à la gageure. A la fin, quand il vit Que l'autre touchait presque au bout de la carrière. Il partit comme un trait; mais les élans qu'il fit *!

Furent vains : la tortue arriva la première.

• Eh bienl lui cria-t-elle, avais-je pas raison? *

De quoi vous sert votre vitesse? !

Moi l'emporter 1 et que serait-ce Si vous portiez une maison ? i

Cest le cas de répéter :

Rien ne sert de courir, il faut partir à point.

Application facile. :■

Rvdrlga*, a»-ta ûm e«eBrT

Hémistiche de Corneille , dans le Cid , acte !«' , scène v. Le vieux don Diègue, insulté par le comte de Gormas, veut charger son fils du soin de sa vengeance, et ces mots sont les premiers qu'il lui adresse.

Les allusions à cet hémistiche se font presque toujours sous une forme plaisante ou familière.

B*B>* «'eal plu* daas Bsaie, elle e«« «•nte oà Je •ais.

#ers de Corneille dans sa tragédie de Sertorius, acte III, scène 11. Serterius, révolté contre Rome, occupe l'Espagne à la tête d'une armée aguerrie. Pompée, envoyé pour le combattre, lui demande une entrevue. Dans cette scène , qui est à la hauteur des plus belles de Cinna et des Boraces, Pompée s'efforce de ramener Sertorius à la soumission, et lui dit :

Une seconde fois : n'est^il auctmc voie

Par où je puisse à Rome emporter quelque joie?

Elle serait extrême à trouver les moyens

De rendre nn si grand homme à ses concitoyens.

Il est doux de revoir les murs de la patrie... C'est elle par ma voix, seigneur, qm vous en prie ; C'est Rome...

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