LES CUIRS DORES
MPLOYKs autrefois dans ramcublement de luxe, les cuirs estampés et dorés servaient surtout à faire des tentures. Nos aïeux du Moyen Age et de la Renaissance, plus amoureux du confortable qu'on n'est porté à le croire,
remplaçaient en été par des tentures de cuir les tapisseries de laine réservées pour l'hiver. Le cuir était plus frais que la laine, plus résistant aux coups de soleil, et ne redoutait ni les vers ni la poussière. « Cuirs à estendre és chambre en temps d'esté», dit un Inventaire des ducs de Bourgogne (1427).
Le moine Théophile, en mentionnant, dans sa Divcvsarum artiiim schcdula ou Essai sur divers arls, les différents procédés de peinture alors connus et pratiqués, n'oublie pas de donner la manière de préparer le cuir pour recevoir le décor, ce qui prouve qu'au siècle on connaissait, en Europe, la fabrication du cuir doré. .Mais il semblerait toutefois que, de son temps, on n'employait guère le cuir d'ornement que comme moyen de couvrir la nudité primitive des fauteuils, des chaises, des stalles, des bancs, etc. ; il ne paraît pas qu'on en eût fait des tentures fabriquées comme celles que nous possédons et qui sont de beaucoup postérieures.
l'art intime
On n'a, en effet, aucune donnée positive sur l'origine de l'emploi de ce genre de décoration. M. Charles Davillier ■ assure que l'industrie du cuir gaufré était déjà en pleine prospérité au xii' siècle, dans la ville de Ghadàmès (Sahara). Le mot guadamacil est le mot espagnol qui sert à désigner le cuir doré; or, il résulte d'un passage du livre d'Ebn Abd el-Noùr el-Hamîri el Toûnsi ( le Tunisien), intitulé : Le jardin parfumé par les nouvelles contrées, ouvrage géographique écrit au sixième siècle de l'hégire, que le cuir ghadâmesien provenait de la ville de Ghadàmès. « Comme l'hégire, aJouteM. Davillier, a commencé l'an 622 de notre ère, on doit conclure de ces quelques mots que, dès le xii' siècle après J. C, Ghadàmès avait déjà acquis une certaine célébrité pour ses cuirs ; et qu'un Tunisien, compilant une description de l'Afrique à cette époque, jugeait utile de dire que « le cuir connu à Tunis sous le nom de djild Ghadâmesi provenait de la ville de Ghadàmès ».
D'un autre côté, M. Paul Lacroix pense que l'on commença dès le règne de Louis IX à tapisser les appartements avec des peaux vernissées, gaufrées et dorées. Cette coutume aurait été empruntée aux Orientaux après les expéditions chevaleresques des Croisades. M. de Laborde présume, au contraire, que l'emploi des cuirs gaufrés et peints a été importée par les Mores d'Espagne, à Cordoue, d'où le nom de Cordoiian donné à ces tentures. Le savant archiviste cite même un passage du dictionnaire latin de Jehan de Garlande, composé en T080, qui prouverait que les Cordouans ont été fabriqués pour la première fois au xi' siècle dans la ville de Cordoue.
Cette manière de voir est confirmée par l'italien Tomaso Garzoni, qui écrivait, en 1560, dans sa Piazza iiniversale di tutte scienze, qu'on croyait de son temps que l'art des cuirs dorés avait pris naissance en Espagne : « Ceux qui trouvèrent l'art des cuirs d'or, cet art si noble et si estimé de nos jours, méritent vraiment beaucoup de gloire et d'honneur ... Et quelques-uns prétendent que le commencement et l'origine de ce très noble travail sont dus à l'Espagne, parce que c'est de ce pays que sont venus les meilleurs maîtres qui, dans les temps modernes, ont atteint le plus de renommée dans cet art».
Séville, Barcelone et Valladolid passent effectivement pour avoir eu anciennement des fabriques de guadamaciles • une rue de cette dernière ville porte encore le nom de calle de Guadamacileros. « Le métier de guadamacilero , écrivait en 177g l'historien espagnol Capmany,