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Clément de Ris, Moniteur universel du 20 avril

3. Voir l'intéressant Catalogue du Musée Sauvageot, par A. Sauzay, i86i.

ET LE GOUT EN FRANCE

« En 1830, je ne m'étais pas encore épris du vieux Paris. Le roman de Victor Hugo, une œuvre de génie, apparut en 183 1. L'histoire d'Esmeralda et de Frollo m'inspira la curiosité d'étudier la topographie de nos anciennes églises, debout ou détruites, de nos vieux cloîtres abolis; puis mon projet en resta là. Vers 1837, après trois voyages en Italie, je repris mes idées relatives aux monuments détruits ou en ruine de ma ville natale ; j'allai visiter les recueils de la rue Richelieu, et je résolus d'amasser sur les antiquités de I^aris tous les documents imprimés, dessinés ou gravés que le hasard m'offrirait.

« Je débutai par une lourde bévue : je négligeai d'acquérir pour vingt francs, chez le libraire Crozet, la première édition, d'une condition fort satisfaisante, de la Fleur des Antiquités de Paris, par G. Corrozet, opuscule qui vaudrait aujourd'hui (écrit en 1858) au moins dix fois ce prix. Je compensai cette maladresse par l'achat, moyennant un sou, d'une belle épreuve de la grand'salle du Palais, de Ducerceau : ce fut ma première estampe. En 1838, j'en possédais uuc centaine environ, mais la lithographie dominait beaucoup trop. Il y avait alors peu d'amateurs en ce genre, au plus cinq ou six, y compris M. Gilbert'. Cette même année, un quidam, une personne dont j'ai oublié le nom, et que je rencontrai devant un marchand étalagiste, me signala ainsi -M. Gilbert: « C'est un collectionneur érudit, fin connaisseur, très cornplaisant et communicatif. .Allez le visiter tout simplement, expliquez-lui votre but, et il vous fera voir des trésors ». Je suivis le conseil.

« Je fus reçu avec une extrême aménité. Vcni, vidi victus su.m.

Je veux dire qu'après une séance de deux heures, la conversation de M. Gilbert et l'examen de ses portefeuilles m'avaient initié au culte d'une religion dont les mystères, pressentis depuis longtemps, venaient de m'ètre révélés. Dès ce moment, je devins pour lui tout à la fois un disciple et un concurrent infatigable, ce dont il ne s'alfecta nullement ; il ne m'en prodigua pas moins ses bons conseils, avec une complaisance et une libéralité inépuisables. C'est qu'il possédait trois rares qualités, qui honorent le vrai savant, et qui sont l'opposé de l'envie, de l'égoïsme et de l'amour-propre ».

Depuis ce jour, il se passa peu de semaines sans que .M. Donnardot revit l'aimable collectionneur qui l'avait si obligeamment initié à la

I. Auteur de la Description historique Je la basilique métropolitaine Je Paris et Jes curiosités Je son trésor, 182 1.

l'art intime

connaissance des estampes. Ses fréquentes visites ne lassaient jamais la patience du savant professeur, car celui-ci était convaincu que son studieux élève avait la vocation et le zèle nécessaire pour marcher sur ses traces dans cette voie si fertile en émotions. Plus d'une fois, à son retour d'une tournée aux environs du Louvre ou de l'Institut, M. Bonnardot allait lui montrer une pièce intéressante, un détail dérobé pour ainsi dire à son monument, et qui sans lui, peut-être, fut arrivé droit à ses portefeuilles ; il le félicitait sans amertume, sans jalousie, sans rancune. Quand il venait à son tour visiter la collection naissante de son jeune rival, cet édifice à peine élevé alors au-dessus du sol, et qui, comme le sien, ne devait jamais avoir de comble, il le complimentait de tout cœur et semblait jouir au même degré que lui-même de ses nouvelles trouvailles.

Si maintenant nous passons à un autre genre, celui de la curiosité, nous verrons que Léopold Double ne fut pas moins heureux dans ses découvertes que dans ses relations de société. Une fois la Russie laisse échapper la tabatière de l'impératrice Catherine, tabatière d'or, avec des peintures microscopiques de Blarenberghe, représentant l'érection de la statue de Pierre le Grand sur une place de Saint-Pétersbourg. La tabatière de Catherine II ne devait plus retourner en en Russie, au moins du vivant de Léopold Double, qui, plus tard, répondit à la grande-duchesse Marie, qu'il voyait décidée à reconquérir à tout prix ce joyau impérial: « Votre Altesse ne voudra pas, en me forçant à lui céder un bijou qui est partie intégrante de ma cellection, me faire manquer à un serment solennel, que je me suis fait à moi-même, de ne jamais rien distraire de cette collection ». Puis, il ajouta, avec cette politesse gracieuse qui lui venait toujours en aide: « Je fais des vœux cependant pour que votre Altesse puisse me survivre et reprendre alors cette boîte qu'elle désire, quand je ne serai plus là pour la défendre à regret » '.

Une autre fois, Léopold Double traverse la rue du Sentier ; sa voiture est arrêtée par des travaux de démolition ; il regarde et se rappelle que la maison qu'on démolit avait appartenu à Le Normand d'Etiolés, qui se souvenait d'avoir été le mari de la marquise de Pompadour. C'est là qu'il avait vu, dans l'étude de M. Denormandie, l'avoué du roi Louis-Philippe, deux superbes fontaines en plomb doré, attribuées à Falconet, et, dans un salon de cette même maison, un beau plafond peint par Boucher : il s'arrête, s'informe et achète sur

I. Paul Lacroix, Catalogue delà Collection Léopold Double, Notice.

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place le plafond et les fontaines. Ce sont les deux fontaines qui décoraient, du vivant de Léopold Double, le grand escalier de l'hôtel de la rue Louis-le-(irand ; c'est le superbe plafond qui avait pris place dans le salon du second étage de cet hôtel.

Et puis, un des plus séduisants attraits de ces sortes de relations, c'est la fréquentation des femmes élégantes qui savent éblouir le monde par leur splendide parure, mais dont la coquetterie charmante réserve aux intimes des trésors cachés de grâce enchanteresse et de goût parfait. Les femmes, dit M. Jean Alesson, n'ont pas toutes l'esprit frivole ou le goût versatile. 1,'n certain nombre parmi celles qui fuient la lumière malsaine de la vie mondaine ont, au contraire, ce que l'on appelle l'esprit de suite, c'est-à-dire la persévérance exclusive dans l'étude qu'elles ont choisie.

« On obtiendrait une liste assez respectable en inscrivant les noms des femmes d'esprit qui aiment à rassembler des objets curieux ou rares, à s'enfermer avec ces richesses pour les étiqueter, les catalogner, les décrire, en rédiger l'histoire et en faire connaître l'origine et la provenance, toutes particularités fort goûtées de ceux qui poursuivent cet idéal — cette sœur de l'espérance — que Ton nomme « collection complète ».

« Qu'il nous sultise d'indiquer les noms les plus fameux de nos femmes amateurs.

« Commençons par les bibliophiles.

« Depuis qu'il existe des livres il existe des gens qui les aiment ; mais les bibliophiles féminins sont une découverte beaucoup plus moderne. On n'en connaît pas beaucoup avant Diane de Poitiers. 11 faut franchir le xvi'^ siècle pour atteindre .M"" de Sévigné : la duchesse du Maine; la Grande .Mademoiselle (duchesse d'Orléans) ; .Mme(vhamillart, femme du ministre : la princesse Palatine, mère du Régent : M"'° de Saint-Balmont, qui avait l'habitude, dit Tallemant des Réaux, d'inscrire son nom sur le titre de ses livres-

M Le xvni'^ siècle a été plus fécond. On se souvient de la célébrité acquise parles bibliothèques de .M"" de Pompadouret delà DuBarry, de la comtesse de Verrue et de la duchesse de Grammont, de .M"" du Deffant et de .Marie-.\ntoinette, etc., etc.

Enfin, notre siècle a l'honneur de compter la duchesse de Berry, la reine Amélie, la vicomtesse de Noailles, .M'"" Standish, sœur de M""' de Balzac (née Sabine de Noailles), la duchesse de .Mouchy, la tragédienne Rachel, etc. Et parmi les vivantes, on peut citer M"" Ga-

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briel Delessert, M"= Dosne, M'" Clément de Ris, M"' la comtesse de la Ferronays et M""" la marquise de Nadaillac, membres, ces deux dernières, de la Société des Bibliophiles français.

« Ajoutons à ces noms celui de M"" la duchesse d'Uzès, qui cultive le goût des manuscrits anciens.

« Les autographes, si recherchés parles hommes, n'ont encore captivé, suivant nous, que les beaux yeux de M"^ Bartet, de la Comédie française.

« Restons dans notre siècle et cherchons-y d'autres femmes amateurs.

« S'agit-il de tableaux, de dessins, de gravures, d'aquarelles, etc., immédiatement la plume écrit le nom de la comtesse Duchâtel, qui a légué sa collection au Louvre, collection dont fait partie la fameuse Source d'Ingres. Vient ensuite le souvenir de la comtesse de Caen, qui a laissé la sienne à l'Institut. De tels noms en appellent d'autres : M°"= de Nicolaï, M'"^ d'Yvon, M"' la princesse Mathilde (statuaire, comme on le sait). M"' la vicomtesse de Terray de Morel-Vindé, M""' la marquise de Saint-Clou, à Compiègne; M"^ la marquise de Courtils, à Poitiers; M""' la comtesse de Rohan-Chabot ; M"" de Gaudard d'AUaines, qui entasse dans son château de Suévres, des miniatures de toute époque, etc., etc.

« Les femmes qui recherchent les porcelaines, les faïences, les terres cuites, se sont multipliées depuis la baronne de Meillonnas, qui, au xviu" siècle, étant céramiste elle-même, fondait la fabrique de Meillonnas. M"^ Gabrielle Fillon, sœur de l'auteur connu, est une des plus riches en porcelaines et en terres cuites anciennes. M"° Granjean recherche les Palissy, ainsi que le font M™' Sluis, M""" Pommery, de Reims, M"" Isidore Davette, d'Amiens, etc. On peut également signaler les galeries spéciales de M"' la baronne Nathaniel de Rothschild, de M""' Charcot, de M"" la comtesse de Cambis-Allais, de jyjme baronne Denain-Peuguilly, fille du grand peintre ; de M"*" la marquise de Saint-Chamon, etc.

« Les éventails, par leur destination, devaient avoir pour conservatrices les mêmes mains qui les agitent. En effet. M""' Achille Jubinal et M^^ la comtesse de Chambrun, l'heureuse propriétaire de l'éventail enrichi de diamants ayant appartenu à Ninon de Lenclos, ont pour concurrentes sérieuses de nombreuses femmes du monde, telles que M""" la comtesse de Pourtalès et de Nadaillac, M""" Duvauchel et M"" la marquise de Rochambeau, M""' la com-

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tesse de Beaussier et M""" Dubois, M"" 'l'h. Hligny et M"" la comtesse de Lancey, etc.

« Si des éventails on passe à un genre de curiosités susceptibles d'intéresser les femmes : les tapisseries, on nomme iM"" la comtesse de Raulincourt, M""° la comtesse de Rohan-Chabot, la princesse de Beauveau, morte il y a deux ans â peine, .M"" la baronne de Soubeyran, qui brode elle-même avec des doigts de fée, etc. Enfin, .M"" la comtesse de l^'laux possède en broderies, dentelles et lingerie fine ancienne, les vitrines les plus curieuses et les plus rares.

« Les meubles ont, eux aussi, de fiers chercheurs en M"" la marquise de Saint-Chamon, en .M"" la comtesse de Cambis-Allais, en M""" Grillon, qui a fait des dons royaux au Musée de Cluny, etc.

« Certaines dames se sont créé des spécialités plus difficiles à enrichir. Ainsi, xM™" la comtesse d'Enval collectionne les peignes anciens; M""" de Vatry, les crosses du .Moyen Age; .M"' Grand jean, des ivoires; M"' Bligny, la vieille argenterie ; M"' Nathaniel de Rothschild, les instruments de musique. M""* Chavet, les cires.

« M"" veuve Rougier, de Lyon, et .M"" llumbert de .Molard ont fait don de leurs bijoux et de leurs étoffes anciennes, la première au Musée de Lyon, la seconde au Musée de Cluny.

« Les médaillons, les monnaies et les reliures plaisent fort à M"" Récamier, de Lyon. Les vieux objets de toilette allègent vigoureusement les revenus de M"" la comtesse des Isnards-Luze.

« Deux séries d'antiquités remarquables conservées au .Musée de Cluny, rappellent la noble passion de deux donatrices, la baronne Dornier et M'"'' de l)rèbisson, de Caen.

« Enfin, on pourrait désigner comme ayant aime et recherché tout ce qui est rare et précieux. M"" Achille jubinal. M"" Joly des Haies, M"" la marquise de Sommery, M"" la baronne Sickler, .M""' la comtesse de Saint-l^'èlix, etc. ' »

De telles personnalités expliquent les relations confraternelles qui se nouent entre curieux et curieuses, comme on disait encore au siècle dernier. Ces relations sont les fruits de notre sociabilité, mot charmant et expressif que notre dictionnaire seul possède. Les Anglais se contentent de nous l'emprunter. Ni l'Italie, ni l'Espagne n'ont l'équivalent de ce gracieux vocable. Le siltlich/ceit des Allemands indique l'état des mœurs et des âmes, et rien de plus. Mais la sociabilité ! c'est le besoin de nos vies et de nos esprits, la chose française

I. Jean Alcsson, Les Femmes cullcctionneiirs, dans la dii^et le Jes Femmes du ii janvier i8.S3.

par excellence. On ne s'aime pas toujours, surtout entre collectionneurs ; ce n'est pas nécessaire. On ne se recherche pas moins pour cela, on se lie, on va les uns chez les autres, on fait des échanges, on se rend des services. Parfois, il est vrai, on se joue de petits tours dans les ventes et chez les marchands, mais rien n'est dérangé dans le groupe intelligent des amateurs, et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, le monde de l'Art intime. Les anciens avaient inventé l'amitié, qui est gênante, bonne pour des barbares, et nous obligerait, nous sceptiques, à mille œuvres disgracieuses. Mais la sociabilité! elle exige seulement le « savoir-vivre». Félicitons donc les amateurs de notre époque d'avoir cultivé la sociabilité sous ses meilleurs, sous ses plus aimables et plus utiles rapports. Rien ne rend les hommes plus sociables, n'adoucit plus les mœurs, ne perfectionne plus leur raison, que de se rassembler pour goûter ensemble les plaisirs purs de l'art et de l'esprit.

Fig. 188. Soierie lyonnaise (xvn= siècle).

Fig. 189.

NETTOYAGE, RESTAURATION ET CONSERVATION DES OnjETS d'aRT.

'est par l'abondance des lumières et par le soin qu'ils apportent à former leurs collections, que les amateurs ont contribué à perfectionner l'art de restaurer et de réparer, dans toute leur intégrité, les objets de leur préférence, lorsque par hasard il est survenu quelque accident fâcheux.

Il s'est même établi de nos jours un certain nombre de chirurgiens et de médecins spéciaux, dont le talent consiste à soigner et à remettre sur pied les malheureux blessés de la (Curiosité; en un mot :

.\ réparer des ans rincparablc outrage.

Car trop souvent, hélas ! ces fragiles souvenirs du passé ne nous arrivent qu'en fragments ou allreusement mutilés. 11 faut donc savoir gré à ces habiles artistes réparateurs d'avoir communiqué au public, dans des ouvrages aussi utiles que modestes, les secrets de leur art '. Grâce à ces Esculapes d'un nouveau genre, chacun peut désormais guérir chez soi les blessures de ses malades, ou tout au moins pro-

I. Voyez V Essai sur l'Art de resliiurcr U-s faïences, porcelaines, etc. par F. Tliiancourt, 1X65, et la Manière de restaurer soi-même les faïences, porcelaines, cristaux, etc., par Ris-Paquot, 1876.

l'art intime

longer leur existence en les préservant d'une rechute qui peut-être serait irrémédiable.

Nettoyer et réparer ses objets soi-même est une occupation non seulement utile à l'amateur, mais rien ne peut lui procurer une jouissance plus piquante, que de voir renaître sous ses doigts une belle production de l'art qu'il croyait perdue, et à laquelle son travail donne une seconde vie.

Parmi les gens du monde, il en existe un grand nombre qui ont été assez heureux pour apprendre quelques bons procédés, mais il en est beaucoup chez qui cette connaissance devient stérile, par leur timidité, ou par la mauvaise réussite que le manque de pratique donne à leurs premiers essais. Il faut avouer, en efifet, que sans un peu d'exercice et beaucoup de prudence, les meilleures méthodes ne sont pas sans danger. Mais cela ne doit point effrayer l'amateur. Il acquerra de l'expérience en renouvelant ses tentatives sur des choses de peu de valeur, nos conseils lui feront connaître toutes les précautions nécessaires ; son intérêt, le plaisir de bien faire et la crainte de nuire à une collection chérie feront si bien le reste, que ses objets trouveront bientôt entre ses mains une sûreté qui leur manque souvent dans des mains mercenaires où, n'étant plus la surveillance de l'œil du maître, ils sont traités parfois si lestement que, s'il survient un accident, on a la ressource perfide de cacher la plaie par un emplâtre, qu'un masque adroitement mis rend invisible au possesseur, jusqu'à ce que le temps et une étude plus attentive lui fassent découvrir la maladresse.

L'amateur espérerait en vain de trouver, chez les autres, la patience dans le travail qu'il aura lui-même, animé par le désir de conserver un morceau qu'il aime, et disposant à son gré du temps dont il est le maître. D'ailleurs, la difficulté qu'il a de rencontrer d'habiles réparateurs, particulièrement dans le lieu qu'il habite, l'obligeant à chercher le secours fort loin, et à exposer ainsi ses objets aux dangers des transports, comment ne serait-il pas charmé de pouvoir se passer de tout secours étranger, sauf dans des cas exceptionnellement graves ?

Ces considérations décisives nous ont suggéré l'idée de consigner, dans cette Grammaire de la Curiosité, les recettes les plus faciles et en même temps les plus efficaces. Puissent-elles encourager les collectionneurs à restaurer eux-mêmes autant que possible leurs objets d'art, et leur éviter l'ennui de recourir aux mains d'autrui.

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Lorsqu'il s'agit de recoller un marbre cassé, soit une statuette ou marbre. un buste, on commence par faire un savonnage en règle à l'aide d'une petite brosse. Si ce premier lavage ne suffisait pas, il faudrait remplacer le savon par l'eau seconde, dont l'action est plus corrosive. On rince ensuite à grande eau et on laisse sécher. Dans ce cas, l'opération exige presque toujours l'emploi de petits tenons de bois ou de cuivre, qui doivent donner plus de solidité à la partie restaurée. On recolle ensuite avec la cire blanche, étendue sur les morceaux chauffés à l'avance ; on les rejoint et l'on enlève les bavures avec un couteau bien chauffé. Les éclats et les petits morceaux manquants se refont à la cire. Pour les marbres anciens, d'une couleur jaunâtre, on ajoute à la cire blanche un peu de cire jaune, et on les fait fondre ensemble. I^a cire, employée de cette manière, conserve une transparence qui imite parfaitement le ton doux du marbre.

On recolle aussi les marbres blancs avec du silicate de potasse uni au blanc d'Espagne, ou avec de la gomme laque blanche.

Les marbres de couleur se recollent par les mômes procédés, à cette différence près que, pour les marbres noirs, jaunes, rouges ou verts, on remplace le blanc d'Espagne ou la gomme laque blanche par le noir de fumée, l'ocre jaune, l'ocre rouge ou la terre verte en poudre, selon la nuance du fond ou des veines, l'ne fois sec, le morceau raccommodé est aussi solide qu'un neuf.

Beaucoup de jolies sculptures de la Renaissance sont en albâtre. albâtre. Pour les réparer, on commence par bien savonner les morceaux. On prend ensuite de la poudre d'albâtre mêlée à de la gomme arabique fondue et on la pose sur les morceaux cassés, que l'on joint ensuite. On enlève alors les bavures, et on use au papier de verre fin quand la pièce est sèche. 11 est quelquefois nécessaire de consolider les pièces d'albâtre comme celles de marbre ou de terre cuite, au moyen de petits tenons de bois ou de cuivre.

L'albâtre oriental ou marbre onyx ayant des veines jaunes et brunes, on fait une teinte avec un morceau pulvérisé et de l'eau gommée, et l'on peint l'endroit cassé. Quand le tout est sec, on passe à l'encaustique à la cire que l'on frotte ensuite avec un morceau de drap afin de donner à la partie restaurée le poli de l'albâtre.

Toute terre cuite â réparer doit être d'abord nettoyée au savon, terke cuite. â la potasse ou â l'eau seconde, puis lavée à l'eau pure. Les mor-

l'art intime

ceaux sont ensuite recollés à l'aide de plâtre fin gâché très clair, ou, ce qui vaut mieux, avec le secours du silicate de potasse et du blanc d'Espagne. L'objet une fois sec, le plâtre ou le silicate formant saillie le long de la cassure est gratté au couteau, puis on termine en usant au papier de verre. Ceci fait, on enduit entièrement la pièce avec une teinte à la gomme arabique. Cette teinte est composée de quatre parties d'ocre jaune, de deux parties de rouge de brique, une partie de noir et quatre parties de blanc. On broyé le tout sur une palette avec de l'eau gommée ou avec du lait, et l'on pose également cette couleur sur la terre cuite au moyen d'un pinceau doux. Quand la première est sèche, on en met une seconde, et ainsi de suite, jusqu'à ce que le ton désiré soit obtenu.

BRONZE DORc Pour ucttoycr les bronzes dorés, on les frotte avec un pinceau un peu dur trempé dans du vin chaud ordinaire ou dans de l'eau de savon chaude. On lave ensuite à grande eau et on met les objets dans la sciure de bois. Celle-ci s'introduit dans toutes les cavités et absorbe l'humidité qui, sans cette précaution, ferait oxyder le métal. On enlève la sciure en brossant fortement avec un pinceau, après quoi on essuie avec un linge, puis avec une peau qu'on passe sur les parties brunies.

Si le bronze est oxydé, le moyen le plus prompt et le plus sûr consiste à faire dissoudre, dans un litre d'eau chaude, 80 grammes de cyanure de potassium. Au moment de s'en servir, on verse une quantité suffisante de ce liquide dans une terrine, suivant l'importance de l'objet. A l'aide d'une éponge, on lave vivement la pièce et on la plonge aussitôt dans l'eau fraîche. On recommence l'opération jusqu'à complet résultat.

11 est urgent de ne pas laisser les bronzes trop longtemps imprégnés de cyanure, autrement la dorure noircirait. De plus, le cyanure est un poison violent dont l'emploi demande beaucoup de précautions. On fera donc bien de n'y pas trop longtemps tremper les mains.

DORURE SUR Quand cette dorure est ternie par la poussière ou par la fumée, ^°'^* on prend un pinceau en blaireau, et avec de l'eau de puits on lave légèrement et à grande eau, afin de faire disparaître les corps étrangers; on laisse bien sécher; ensuite, un simple jaune d'œuf étendu légèrement avec un pinceau suffit pour rendre à la dorure sa fraîcheur primitive.

l'art intime.

Planche XXIV.

ÉTUDES SUR LES STYLES (xvil' sièclc).

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Rien n'est plus difficile, rien n'est plus délicat, que la répara- mldaillons et tion de ces charmantes œuvres d'art. Le matériel est pourtant des sujets en cire. plus simples. 11 se compose de pams de cire vierge, d'une spatule à dents de scie, d'une lampe à esprit-de-vin et d'une boîte de couleurs d'aquarelle. Le travail se fait avec la spatule chauffée, servant d'ébauchoir. Par la chaleur, les couleurs s'assemblent et se fondent dans la cire. Mais, nous le répétons, rien n'est plus délicat, rien n'est plus difficile.

Quant au nettoyage des cires abîmées par la poussière, il s'opère au moyen d'un petit tampon de coton ou d'un pinceau doux trempés dans de l'eau légèrement additionnée d'eau-de-vie.

Au bout d'un certain temps, quelque soin qu'on ait eu, le ver- peinture a nis des tableaux finit par se couvrir de salissures ou par être enlevé l huile. par l'air, et les dernières couches prennent une teinte jaunâtre qui détruit tout l'éclat de la peinture. On est alors obligé d'enlever cette couche et de la remplacer par un nouveau vernis, en un mot, de procéder à un nettoyage.

Cette opération se pratique de deux manières : par voie sèche ou par voie humide. La première consiste à frotter légèrement la surface du tableau avec la pulpe des doigts jusqu'à ce que le vernis, s'échauffant sous le frottement, s'enlève sous forme de poussière blanchâtre. On reconnaît qu'on est arrivé à la pâte, non seulement par la différence de ton qui existe entre elle et le vernis, mais parce que le doigt sent qu'il glisse sur une partie plus ferme qui ne cède pas. Ce moyen, appelé le déroulage, est surtout applicable aux tableaux de petite dimension, d'une exécution légère et peints par glacis en couches successives ; mais, quand on l'emploie, il faut aller avec précaution et essuyer souvent la poussière produite, parce que, dérobant la peinture à la vue, elle empêche de savoir si l'on ne va pas au delà du nécessaire, si on ne dépouille pas le tableau dans un endroit plus que dans un autre. Ensuite, quelque fine que soit cette poussière, on a toujours lieu de craindre qu'elle n'endommage la surface des tableaux fins.

La seconde manière consiste dans l'emploi des réactifs, c'est-à-dire d'agents chimiques qui, se combinant avec le vernis, le détruisent. On a recours alors à un mélange d'esprit de vin, d'essence de térébenthine et d'huile de lin, à parties à peu près égales. Dans le mélange susdit on trempe un peu de coton filé ou de vieux linge fin,

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roulés légèrement, ou un morceau d'éponge fine, et on en frotte délicatement le vernis du tableau par de très petits mouvements circulaires, comme si l'on dessinait autant de zéros entrelacés et retournant sur eux-mêmes. A mesure qu'on a dissous le vernis sur une petite partie, on l'enlève promptement au moyen d'un linge sec et doux, qu'on tient de l'autre main. Ainsi, de proche en proche, on dépouille successivement toutes les parties du tableau de leur vernis et de leur crasse, en ayant toujours soin de n'y laisser séjourner le mélange que le temps nécessaire, et de ne plus frotter les places qui sont déjà sans vernis. Dans le cas où le vernis ou la crasse qui recouvre le tableau résisteraient, il faudrait employer l'esprit de vin pur, en tenant tout prêt, de l'autre main, un tampon de coton imbibé d'essence dont on se hâte de frotter la partie nettoyée, afin de laisser le moins longtemps possible l'alcool en contact avec la pâte du tableau. Ce système de nettoyage ou de dévernissage par voie humide a en général la préférence, non seulement parce qu'il est applicable aux grands tableaux, mais encore parce que dans l'autre procédé les doigts ne pouvant pas pénétrer dans les profondeurs ou les anfractuosités des empâtements, y laissent subsister la crasse et le vernis malpropre qui les remplit.

Pour les vernis, les plus clairs sont les meilleurs; mais dans aucun cas il ne faut se servir de vernis préparé à l'esprit de vin ou de vernis copal, parce que si l'on était obligé, pour une raison quelconque, de dévernir le tableau, on ne pourrait le faire que par des moyens qui compromettent toujours la finesse du travail et en enlèvent ainsi la valeur.

Quant à la manière de vernir, elle est des plus simples ; on se sert pour cela d'une brosse plate, douce, souple et bien propre; on la trempe dans le vernis et on en enduit le tableau par couches successives en frottant dans les deux sens opposés. L'opération doit se faire avec légèreté, surtout pour les tableaux modernes, et assez promptement pour que les couches s'unissent bien et ne laissent aucune trace de leur union. Une fois le tableau verni, on le laisse sécher quelques heures à plat pour que le vernis ne coule pas et que le tout soit parfaitement uni. S'il arrivait que le tableau ne fût pas entièrement ou fût irrégulièrement couvert', il faudrait réparer l'ou-

I. D' Lachaise, Manuel pratique et raisonné de l'amateur de tableaux, 1866. — F. Xavier de Burtin, Traité théorique et pratique des connaissances nécessaires aux amateurs de tableaux, etc., Valenciennes, 1846.

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bli de suite, autrement le vernis nouvellement ajouté, ne s'unissant pas au premier, ferait une tache. Mieux vaut souvent attendre quelques jours et recommencer l'opération.

Nous ne parlerons pas de la restauration des tableaux. Autant nous engageons les amateurs à apprendre à nettoyer et à vernir eux-mêmes leurs tableaux, autant nous leur déconseillons d'y mettre la main pour les retoucher ou les repeindre. Cette besogne est trop dangereuse et trop difficile. La restauration d'une peinture est toujours une opération délicate, qu'il ne faut confier qu'à des hommes non seulement habiles comme artistes, mais encore expérimentés dans cette matière spéciale, parce que, indépendamment de l'art en lui-même, la restauration exige la connaissance d'une foule de choses, de procédés, de petits moyens même, qui ne rentrent pas dans l'art proprement dit.

Si les tableaux sont peints à la gouache, à l'aquarelle ou au pastel, c'est-à-dire sur papier, l'humidité les altère très vite. D'un autre côté, toute lumière en mange promptemcnt les couleurs qui, dans ces sortes de peintures, sont en grande partie végétales. On doit donc les préserver soigneusement de l'humidité et les soustraire à la chaleur des rayons solaires, dont les verres les plus épais ne peuvent même les garantir.

Les aquarelles, les gouaches et les pastels se dédoublent ou se décartonnent à sec et au grattoir. Quand on ne peut pas faire autrement, on les étend sur un marbre, bien à plat; puis sur la feuille doublante collée au verso, on passe doucement une éponge fine légèrement humectée, de manière que le papier cntrecollé seul absorbe l'eau; au bout de deux minutes on l'enlève par parcelles, en raclant au moyen de la lame, avec beaucoup de précaution, de peur d'écorcher le fond de la peinture; à l'approche d'une lacération ou d'un trou, on redoublera de soins. On répare ensuite sans danger à sec et à la gomme, les avaries produites par l'humidité, consistant en petites moisissures et en taches dites mouillures. Ces dernières sont malheureusement indélébiles. 11 faut se garder de blanchir de semblables peintures, même par le chlore gazeux, car ce chlore enlèverait avec le jaune d'enfumage les couleurs végétales. L'amateur devra donc se résigner à conserver enfumés les aquarelles, les gouaches et surtout les pastels, s'il les possède en cet état, quitte à les faire retoucher ou à les retoucher lui-même avec légèreté et, pour ainsi

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