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LES CIRES, PORTRAITS ET MÉDAILLONS

OMML l'a dit Paul de Saint-\'iclor, l'arl de la sculpture en cire, qui tient de l'orfèvrerie et de la miniature, quand elle est traitée avec soin et délicatesse, est comme un diminutif de l'ancienne statuaire polychrome. Les Grecs, ces maîtres du goût, apprirent de bonne heure à tirer parti des qualités plastiques de la cire. La facilité avec laquelle cette matière souple reçoit les formes qu'on veut lui imprimer, la firent de bonne heure employer à une foule d'usages, entre autres à la fabrication de petits ouvrages de sculpture industrielle, car la céroplastique antique avait ses ouvriers célèbres comme la statuaire en marbre ou en métal. .\ cette époque où l'art s'épanouissait dans toute sa naïveté primitive, non seulement les modeleurs travaillaient pour les fondeurs en bronze, mais ils coulaient des statuettes de cire qui recevaient, dans leur fraîcheur, tout le velouté des couleurs naturelles. On imitait de cette manière les statues des dieux ; « mais c'est surtout à r.\moui", dit lOdouard l' ournicr, qu'on élevait de pareilles images, comme si, par une allusion malicieuse à l'instabilité des passions déifiées en lui, on eût voulu que la fragile effigie devînt aussi plus digne du dieu fragile ».

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C'est ce que semble avoir compris Anacréon, lorsque, dans une des odes attribuées au chantre de Théos, il parle d'une figurine représentant un Amour de cire. « Un jeune homme vendait un Amour de cire. Me trouvant près de lui : — Combien veux-tu, lui dis-je, de cette petite statuette ? » Il me répondit en dorien : « Donnez-m'en ce que vous voudrez. Je vous dirai sincèrement que je ne suis pas modeleur en cire ; mais je ne veux pas habiter davantage avec un Amour qui se plaît à tout consumer de ses feux. En ce cas, donnemoi pour une drachme, donne-moi cet hôte charmant. — Pour toi, ô Cupidon, enflamme soudain mon cœur ; sinon je te jette au feu et je te fais fondre toi-même ».

Quelques modeleurs jouirent d'une grande réputation à Rome. Tel fut, entre autres, cet habile Phrygien qui accompagnait toujours Verrès dans ses voyages, et dont c'était la spécialité de travailler la cire.

Les artistes de ce genre firent fortune avec l'empereur Héliogabale. D'après le récit qu'en a laissé l'historien Lampridius, ce mystificateur couronné épi'ouvait un malin plaisir à donner des repas où il faisait servir, imités en cire, les mets qu'il mangeait lui-même en réalité. Après chaque service, les convives étaient obligés, sous peine de mort, de faire bonne mine à ce mauvais jeu, de se laver les mains, suivant l'usage du temps où l'on mangeait tout avec ses doigts, et d'avaler un grand verre d'eau pour faciliter la digestion.

A l'époque de la Renaissance, les figures de cire devinrent des oeuvres moins grossières, surtout à Florence, où la céroplastique eut sa plus grande importance. Les orfèvres italiens, qui modelaient en cire leurs ébauches, rivalisèrent dès lors avec les modeleurs proprement dits ; mais les uns et les autres furent bientôt surpassés par les statuaires tels qu'Andréa del Verrocchio, lequel se reposait de ses importants travaux de sculpture en modelant en cire des figures pour servir d'ex-voto dans les églises. Bien qu'il mît en œuvre des matériaux périssables, ce grand artiste n'épargnait ni son temps ni ses soins pour rendre ses figurines dignes du goût cultivé de l'époque, très curieuse de la recherche dans le travail. Il enseigna cette méthode à son ami Orsino, le célèbre modeleur en cire (1432-1488). Peut-être serait-on autoriéé à reconnaître, comme un des ouvrages exécutés par Orsino le cirier, sous la direction de Verrocchio, l'admirable buste de jeune fille légué par le peintre Wicar au musée de Lille, et que l'on a longtemps attribué à Raphaël.

ET LE GOUT EN FRANCE. 4:5

Par la suite, pour balancer le succès que les Allemands obtenaient avec les portraits-médaillons en bols, les modeleurs italiens appliquèrent la céroplastiquc à en produire en cires coloriées, petits chefsd'œuvre d'imitation et de caractère qui égalent quelquefois les camées antiques, et sont recherchés, comme des joyaux d'art, par les amateurs.

Mais si les ciriers italiens ont excellé dans les portraits-médaillons, ils n'ont pas moins réussi à modeler de charmants petits tableaux de genre travaillés en haut relief, tels que la jolie cire du commencement du xv!"" siècle, appartenant à .M. Spitzer, et offrant le portrait d'une noble dame vénitienne ou florentine vue à mi-corps et tourné vers la droite. La coiffure ainsi que le costume, qui laisse à découvert le bras et la poitrine, sont rehaussés de perles fines et de pierreries, absolument comme sur une cire analogue du Musée Sauvageot, au Louvre. On ignore le nom de cette patricienne; on ne connaît pas davantage le nom du modeleur. Peu importe! Ne suffitil pas que l'arrangement harmonieux de l'ensemble, le ton frais et rosé des carnations, en fassent une œuvre exquise, pleine de naïveté et de charme ? '

Voulant combattre la mode qui, patronnant cette nouvelle invention, commençait à délaisser les portraits-médaillons en bois, plusieurs artistes allemands s'empressèrent de suivre la route tracée par les Italiens. Mais tandis que les ciriers étrangers cherchaient à rivaliser entre eux, quelques modeleurs français excitaient l'admiration de leurs compatriotes, en introduisant chez nous la mode des portraits en cire coloriée. Déjà, vers 1582, le graveur en médailles Philippe Danfryc travaillait fort bien « d'après le vif en cire ». Son fils Philippe Danfrye le jeune devint aussi très habile en ce genre attrayant de plastique ; il exécutait des portraits qui faisaient l'effet de peintures, et que les connaisseurs trouvaient excellents.

Selon la supposition de .M. jal, ce Philippe Danfryc pourrait être l'auteur d'un médaillon d'.Anne de Montmorency que possède le Musée Sauvageot. « Le médaillon dont je parle reproduit en profil le buste de l'illustre maréchal Anne de .Montmorency, qui fut tué à la bataille de Saint-Denis, en 1567, en combattant les huguenots. La tète, tournée à gauche, annonce la rudesse; les traits en sont forts; la chevelure en est courte et peu cachée par un béret noir. Son costume

I Spire Ulondcl, Collection Spit^cr, Les Cirex. dans la Ga^etle .ies Ileaux-Arls. octobre iSSi.

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est simple et sans élégance, tel qu'il convient à un homme d'une austère gravité. L'ensemble de l'ouvrage est généralement un peu lourd ; la couleur en est opaque ; en un mot, c'est un morceau plus intéressant qu'agréable.

« Il n'en est pas de même de trois médaillons d'un travail italien que garde le Musée Sauvageot, entre autres médaillons de cire coloriée ; deux sont des portraits de femme et le troisième celui d'un sei-

Fig. 19. Portrait d'homme, cire du xvi" siècle.

gneur que l'on croit être un duc d'Urbin. Ceux-là sont d'un travail exquis et remarquables par le style, la grâce et la finesse. Celle des femmes qui est vêtue est surtout charmante ; l'autre qui montre une gorge abondante et de beaux bras, est belle aussi, mais un nez court et retroussé ôte à sa tête la distinction, un des caractères de la beauté de la première. Le ton général des carnations, chez les deux dames, est plutôt celui d'une cire blanche que le temps a jaunie que celui d'une cire dans laquelle fut jadis mêlée une couleur rosée. Celui de la tête du prétendu Délia Rovere est bien autrement vrai ; il admet des nuances qui lui prêtent un grand agrément. On peut dire de ce morceau qu'il est d'un peintre coloriste. Les vêtements des trois persyn-

nages dont il vient d'être ici question imitent le naturel et sont ornés d'or et de perles qui font comme les trompe-l'œil de ces trois exemples de la peinture et du modelage en cire au xvi' siècle.

« Le Musée Sauvageot a quelques médaillons de cire blanche que leur matière pourrait faire ranger parmi les ouvrages de cérographie ; mais comme ce genre de travail était commun à tous les graveurs en médailles, ce n'est probablement pas à des ouvrages de cette espèce

Fig. 20. Olympe de Clèves, cire du xvi» siècle.

que les lettres patentes d'Henri W en faveur de l'hilippe Danfrye font allusion, et je persiste à penser qu'il s'agit de figures faites en cire coloriée, au moyen de l'ébauchoir, sur des morceaux d'ardoise, de cuir ou de carton. Comment et par quel mérite particulier les œuvres de Philippe Danfrye se rendirent-elles dignes qu'on les honorât du titre de « belles inventions } » Imagina-t-il d'appliquer les couleurs sur la cire blanche, et remplaça-t-il le modelage fait avec des pâtes coloriées par une enluminure plus ou moins habilement imposée à la cire blanche pétrie par l'ébauchoir.^ Il y a des médaillons faits dans ce dernier système et forts inférieurs, assurément, aux autres; .M. Sauvageot m'en montra quelques-uns qui, mis à coté de ceux dont la

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matière est la cire fondue saturée de couleurs, rappellent les visages de certaines femmes de ce temps-ci, couverts de farine de riz et rehaussés de noir, de rouge et de bleu, et par là ressemblent à des masques affreux, quand ils se trouvent à côté de figures de jeunes filles fraîches, blanches et roses, qui n'ont que le fard de leurs dix-huit ans »

Quoi qu'il en soit, les successeurs des Danfrye, sous Louis XIII, paraissent avoir été des céroplastes italiens. A défaut d'autres ouvrages, VAbecedario de Mariette suffirait seul à le prouver, par les renseignements précieux qu'il donne sur le Napolitain Bernardine Azzolini, devenu presque célèbre au xvn'^ siècle. Le Journal de Jean Hérouard, médecin ordinaire de Louis XIII, cite également un certain Jean Paulo ou Paolo, modelant, en août 1604, le portrait en cire du petit Dauphin accompagné de sa nourrice, et, détail curieux, on assiste au début de Louis XIII dans la carrière des arts, puisque, dès l'année suivante, Hérouard nous le montre s'amusant « à travailler la cire », comme il l'avait vu faire à Paolo.

Le musée de Cluny possède une série de médaillons en cire coloriée, avec boîtes en cuir gaufré, décorées d'ornements au petit fer, qui sont intéressants surtout pour l'iconographie des xv^ et xvi' siècles. Les principaux offrent les portraits de Louis XII, de François I", de Charles-Quint, de Charles IX, d'Henri III, du duc de Guise, de Clément Marot, de Catherine de Médicis et de la célèbre Marguerite, reine de Navarre. Ce dernier médaillon, mieux conservé que les autres, est d'une vérité charmante d'expression.

On voyait également autrefois chez M. de Nieuwerkerke, parmi les nombreux objets d'art exposés dans le salon de la surintendance, de charmantes effigies de grandes dames et de gentilshommes du xvi'' et du xvii^ siècle, façonnées avec des cires coloriées ; mais les auteurs de ces fins ouvrages sont restés inconnus. Dans quelques-uns de ces portraits, dont la totalité appartient aujourd'hui à sir Richard Wallace, la cire brune ou blonde demeure monochrome ; dans les autres, comme dans ceux du temps des Valois que possédait M. Thiers, elle se colore de tons différents et s'enrichit de perles, de paillettes et de verroteries.

Telle est encore le haut relief en cire coloriée, de o'",40 de longueur sur o'",3o de largeur, du Musée Correr, à Venise, et représentant une Bataille de cavaliers romains. Les combattants, qui brandissent des armes d'acier, portent des vêtements adroitement recouverts de

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