I. A. Jal, Dictionnaire de Biogi-aplue et d'Histoire
ET LE GOUT EN FRANCE
plaques d'or et d'argent. L'encadrement de ce chef-d'œuvre de patience et d'habileté, dont le style rappelle celui de la seconde moitié du XVI' siècle, est pareillement en cire et orné d'une quantité de feuilles d'argent doré. .Malheureusement cette réalité fausse, matérielle, brutale, développée par les modeleurs allemands et suisses et où le clinquant Joue le principal rôle, nuit essentiellement au caractère épuré de l'art. L'œil est plus surpris que charmé par ces portraits qui ont des cheveux véritables, des perles fines aux oreilles ; etc., etc. L'art n'est pas une copie, mais une interprétation.
Aux artistes de la Renaissance succédèrent, du xyii*^ au xvui' siècle, plusieurs modeleurs de talent, parmi lesquels on remarque le peintre académicien Antoine Benoist (1632-1717); Chevalier, célèbre ivoirier français (1690) : Anne-Maria Pfrùnd, née à F>yon (1642-1712) ; Neubcrgcr, d'Augsbourg, bien connu par ses batailles et ses scènes historiques (1760) ; (jutieurcz de 'l'orices, de .Madrid (mort en 1709), lequel modelait indistinctement des figures, des fruits, des reliquaires, etc. ; A. Hubert, né en 1763 ; Kraftt (né en 1738), qui travailla à \'^iennc. puis à Munich ; .Michel 'l'rautmann, né à lîamberg en 1742, céroplasticien du premier évèque de cette ville, en 1778; l'Védéric-Guillaume Dubut, vers 1740, etc., etc.
Antoine lienoist, bien connu aujourd'hui, fut un artiste qu'un ouvrage de lui, conservé à \'ersailles dans la chambre à coucher du roi, recommande au souvenir des amateurs ; il s'agit d'un très curieux et très remarquable médaillon en cire coloriée, représentant de profil, au naturel, on peut le dire, et certainement d'après le vif, Louis à l'âge de soixante ans environ. Lne sorte d'habit accompagne ce portrait en cire, dont la précision du modelé, la vérité du coloris, l'ardeur de l'œil qui est en émail, l'expression haute et saisissante, ont quelque chose d'une apparition. « Oui n'a point vu cette effigie, dit à ce sujet, Feuillet de Couches, ne connaît qu'imparfaitement le grand roi, ce Jupiter Olympien dont la vaste perruque achève l'imposante grandeur. Le monarque n'est plus à l'âge des perruques d'or et des fêtes théâtrales, où les maîtresses étaient un des luxes du tronc. 11 n'a plus sur la lèvre cette légère moustache qu'il avait portée depuis sa jeunesse jusqu'en 1700. Il a dépassé sa soixantième année, et, incliné sous les reliques, près de la robe austère de la veuve Scarron, atteint de cet immense ennui qui dévore un jour tout ce qui a été grand sur la terre, il pleure de vieillir et redemande ses légions à Varus. .Mais, à l'air de sa grande figure qui se relève encore, on voit qu'il s'est senti comme
l'art intime
Vespasien, devenir dieu. Cette portraiture, prodigieuse d'effet et en quelque sorte palpitante, un des rares monuments restés aujourd'hui de cet art fragile des xvi", xvii" et xvni'' siècles, provient du cabinet du comte de Maurepas et rappelle les effigies d'ancêtres modelées en cire chez les anciens romains » '.
M.Eudore Soulié, conservateur du Musée de Versailles, a fait également de ce portrait une notice spéciale. « Rien ne peut, dit-il, donner une idée de l'effet saisissant, de l'illusion extraordinaire que
produit cette image presque vivante du grand roi... On y distingue les traces très visibles de la petite vérole, détail qui n'existe sur aucune des effigies peintes, sculptées ou gravées... De tous les portraits de Louis XIV qui nous restent, celui de Benoist devra être désormais consulté avant tout autre ».
De 1660 à 1704, Benoist exécuta sept médaillons de Louis XIV , pour lesquels, « par une bonté particulière», dit le Mercure - galant , « le roi a bien voulu lui accorder tout le temps qui lui a esté nécessaire. On y voit un air vif et naturel auquel il ne manque que le mouvement pour faire croire que c'est quelque chose de plus qu'un portrait ».
C'est dans ce sens que M"" de Sévigné écrivait à sa fille, dans une lettre datée du 8 avril 1671 :
« Adieu, ma très aimable enfant ; je ne pense qu'à vous. Si par un miracle que je n'espère ni ne veux, vous étiez hors de ma pensée, il me semble que je serois vide de tout, comme une figure de Benoist ».
On lit dans le Livre des Peintres et des Graveurs, par l'abbé de Marolles :
Fig. 21. Famille vii nitienne, cire du xvi= siècle ( Collection Spit^^er).